Hambourg, vrai écosystème propice à l'innovation média

Par Frédéric Lecoin, Direction de l'Innovation | Relations avec les start-ups

Les start-ups seraient-elles la planche de salut de médias en mal d'inspiration ? Les outils qu'elles proposent, dopés à l'intelligence artificielle, aux algorithmes et aux big data semblent en tout cas offrir des solutions pertinentes pour permettre aux médias d'innover sans investir des millions dans la R&D.

Et pour mieux faire du pied à ces jeunes entrepreneurs, des médias de toute l'Europe se sont réunis la semaine dernière à Hambourg pour les Online Marketing Rockstars. 25.000 professionnels du marketing et de la communication se sont ainsi rencontrés au centre de conférences Hamburg Messe autour des problématiques qui animent leur secteur. Et c'est dans ce cadre que le Next Media Accelerator (NMA) proposait son propre cycle de tables rondes et, surtout, des "Media Match", des rencontres entre start-ups et investisseurs ou représentants des groupes de média.

Un "Media Match" pour partir à la rencontre des start-ups

De nombreux médias allemands étant traditionnellement installés à Hambourg, c'est aussi pourquoi le NMA a décidé d'y développer son activité, à la fois d'investisseur et d'accélérateur de start-ups spécialisées dans l'univers des médias. Même si les médias allemands tendent à transférer leurs bureaux vers Berlin, Hambourg reste attractive dans ce secteur et sa situation géographique favorise les échanges avec les pays du Nord et de l'Est de l'Europe.

Le "Media Match" organisé par le NMA est donc particulièrement propice aux rencontres avec des start-ups allemandes bien sûr, mais aussi belges, finlandaises, autrichiennes ou... israéliennes. Mais pas de start-ups françaises en vue !

Cela démontre peut-être l'incapacité de nos écosystèmes à se projeter à l'international, notamment vers les marchés est-européens. Le label "French Tech" a favorisé une certaine visibilité des start-ups françaises, sur notre territoire ou sur quelques grands événements internationaux, mais sans transformer l'essai, c'est-à-dire sans structurer les efforts de nos "jeunes pousses" vers la conquête de nouveaux marchés, à l'inverse de l'écosystème israélien souvent moins représenté (en nombre de start-ups) mais plus efficace dans son "business development".

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Crédit : Online Marketing Rockstars 2017

Des solutions innovantes pour favoriser l'engagement de l'audience

Les groupes de média français n'étaient pas plus présents que les start-ups françaises. L’événement se révèle pourtant pertinent pour les acteurs des médias car start-ups comme grands groupes se retrouvent directement confrontés, sont amenés à échanger sur leurs priorités, leurs perspectives. Chaque rencontre est inspirante, les solutions présentées couvrant les activités, voire les besoins, des médias, qu'il s'agisse d'outils, de services ou de plateformes qui permettent la création de contenus et de nouvelles expériences, le suivi de campagnes marketing, le renforcement des liens entre les médias et leurs audiences, l’analyse et l’utilisation des données pour la recommandation ou la monétisation des contenus, etc.

L'engagement de l'audience est au cœur des problématiques médias et les start-ups l'ont bien compris :

  • EzyInsights ou StoryClash, avec leurs outils de veille sociale ;
  • PushApps et sa solution de push notifications interactives ;
  • Opinary qui agrège et analyse l’opinion de millions d’utilisateurs pour favoriser l’interaction avec les marques ;
  • SuperMashApp dont les outils collectant les commentaires pendant un « live video » permettent de fournir des contenus adaptés.
  • ad dont la solution doit permettre aux campagnes marketing et publicitaires de mieux cibler les utilisateurs, et non les devices ;
  • Chestnote qui propose des contenus contextualisés et géolocalisés ;
Crédit : Online Marketing Rockstars 2017

Crédit : Online Marketing Rockstars 2017

Autre star des médias et des start-ups, sans surprise : la vidéo. Les solutions présentées font une grande place à l’expérience, la vidéo en étant l’élément central. Et cette expérience doit être sociale, c’est-à-dire partageable et partagée avec le public, avec ses amis, etc. Dans ce contexte, la réalité virtuelle et la vidéo 360 semblent constituer un futur incontournable, mais le live streaming est aujourd’hui le dispositif le plus en vogue :

  • BIGVU propose une plateforme de création de vidéos en mobilité ;
  • StreamTime offre un guide des contenus diffusés en live ;
  • Sceenic cherche à recréer l’expérience de partage d’un moment devant le téléviseur ;
  • Newsreps permet la constitution d’un réseau de contributeurs vidéos ;
  • Contentflow facilite le live streaming d’un événement sur plusieurs plateformes de diffusion.

Ce focus sur l'univers média constitue la valeur ajoutée d'un acteur comme NMA. En France, peu d'acteurs jouent ce rôle : Le Cargo, d'une certaine manière, comme incubateur dédié aux industries culturelles et créatives, ou Ouest Medialab, cluster nantais qui rassemble les acteurs régionaux concernés par le défi de l’innovation numérique dans le secteur des médias. En outre, le NMA bénéficie d’un positionnement original, jouant à la fois le rôle d’accélérateur et d’investisseur, ce qui permet de contribuer directement à la croissance des start-ups, tant dans leur maturité que dans leur essor technique et business.

Pour autant, le développement des relations et des projets entre start-ups et grands groupes n’est pas plus simple en Allemagne qu’en France. Bild ou Der Spiegel semblent certes avoir embrassé le sujet de l’innovation (avec de nombreux tests et déploiements pris en exemple) mais l’ensemble du secteur média reste frileux, selon les intervenants des tables rondes organisés par le NMA. Les médias étaient ainsi exhortés à être « plus courageux », à lancer davantage de tests et de collaborations avec les start-ups, à accepter d’être challengés par l’externe. De leur côté, les incubateurs, accélérateurs et investisseurs estiment que les meilleurs programmes d’accompagnement consistent à mêler start-ups et groupes médias, pour favoriser les rencontres et les échanges. Ils insistent également sur le rôle d’accompagnement, après ces rencontres, pour opérer un suivi et lancer concrètement des projets.

Au final, au regard des enjeux affrontés par les médias et par les start-ups, une solution européenne semble devoir se dessiner, notamment pour favoriser la fameuse « scalabilité » des solutions proposées par ces sociétés innovantes, ouvrir un marché plus large, favoriser les investissements ainsi que les tests conjoints entre médias européens. Dans cette optique-là, Hambourg aurait une carte à jouer et une longueur d’avance pour structurer l’écosystème européen.

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