Contre la désinformation, Reporters sans frontières lance la Journalism Trust Initiative

Par Alexandra Yeh, France Télévisions, Direction de l'Innovation

La bataille contre la désinformation s’accélère, et c’est désormais au tour de Reporters sans frontières (RSF) de se lancer contre la propagation des fausses nouvelles. Au programme, un dispositif innovant de certification de l’info intitulé Journalism Trust Initiative, dévoilé mardi en conférence de presse.

L’info a été largement relayée le mois dernier : selon une étude du MIT, les fausses informations circulent plus vite que les vraies. C’est cette logique que Reporters sans frontières veut renverser avec la Journalism Trust Initiative, selon les mots de son secrétaire général Christophe Deloire :

« Dans une période où la mauvaise info chasse la bonne, nous voulons donner un intérêt à être rigoureux, indépendant, transparent, et à respecter des règles déontologiques. »

Le projet, qui rassemble de nombreux partenaires (UER, AFP, Global Editors Network, Comité européen de normalisation, AFNOR…), part d’un constat unanimement partagé : les plateformes sont aujourd’hui incapables de distinguer les informations honnêtes, qui suivent les règles déontologiques du journalisme, de celles qui répondent à des logiques d’intérêt. Tous les contenus défilent sur un même fil d’actualité, sans que l’on ne puisse distinguer au premier coup d’œil les infos fiables des fake news. Un changement de paradigme qui transforme profondément le débat public, et qui explique que Reporters sans frontières ait souhaité à son tour s’engager dans la lutte contre la désinformation.

S’il existe déjà de nombreux dispositifs anti fake news (fact-checking, éducation aux médias, législation), la Journalism Trust Initiative se démarque grâce à une approche holistique qui se concentre non pas sur la vérification des contenus en amont, mais sur leur production en aval : il s’agit de créer un référentiel permettant de certifier les contenus respectant un certain nombre de normes sur la collecte, le traitement et la diffusion de l’information.

Olaf Steenfadt, qui dirige le projet, explique que c’est cette approche innovante qui fera la différence : pour lui, les initiatives déjà existantes (qui se concentrent essentiellement sur la « matière première » de l’info - vérification de l’authenticité des documents et des faits, évaluation des contenus) peuvent tout à fait être efficaces dans les pays où le pluralisme de l’information est garanti... mais peuvent vite tourner à la censure, étatique ou privée, dans les régimes moins démocratiques. D’où le choix de RSF de créer un instrument de certification des processus éditoriaux plutôt que des contenus eux-mêmes, pour éviter tout risque d’ingérence dans les contenus finis proposés aux citoyens.

Un dispositif d’autorégulation des médias qui vise à redonner un intérêt au journalisme de qualité, comme l’explique Christophe Deloire : la Journalism Trust Initiative cherche à « défendre les journalistes comme tiers de confiance des sociétés, et à les avantager par rapport à ceux qui ne sont pas indépendants. Ce n’est pas simplement un appel à la vertu : il s’agit de donner un intérêt à être vertueux. »

Et cet intérêt, quel est-il ? Les avantages envisagés sont nombreux : les médias certifiés pourraient figurer sur une liste blanche à destination des annonceurs (qui ont d’ores et déjà manifesté leur intérêt pour le dispositif, d’ailleurs, tout comme Google), et la certification pourrait devenir un critère d’accès aux aides à la presse, par exemple. Autre résultat recherché : aider les plateformes à faire le tri entre contenus fiables et non fiables en intégrant la certification comme critère dans les algorithmes de tri des contenus.

RSF et ses partenaires espèrent des résultats d’ici 14 à 18 mois. D’ici là, le calendrier est chargé : le Comité européen de certification a lancé ce jour un appel à contribution à toutes les parties prenantes pour définir les normes qui constitueront la certification JTI. Une première réunion d’experts est prévue fin mai, qui sera suivie d’un long travail de définition du référentiel puis de la mise en œuvre des standards.

Un travail titanesque, qui pourra, espère Claudio Cappon (président du groupe de travail du CEN), « déclencher un cercle vertueux : une fois les standards reconnus, tout le secteur de l’information trouvera un bénéfice à les respecter. » Et de résumer la philoshophie du projet en une phrase : « plutôt les listes blanches que les listes noires ! ».

 

A lire aussi