Pour consommer l’actualité de manière équilibrée, choisissez les médias traditionnels

Par Lisa Rodrigues, MediaLab de l’Information à France Télévisions

Une nouvelle étude parue dans The International Journal of Press/Politics nous en apprend plus sur les habitudes de consommation de l’actualité dans 17 pays européens. Le constat est sans appel : pour être bien informé, privilégiez les médias traditionnels en petite quantité, sinon, gare à l’indigestion d’information.

L’enquête dégage cinq profils – ou régimes – types de consommateurs d’actualité. Tout d’abord, nous avons les “online news seekers”, les plus nombreux, avec 32% des répondants. Ils s’informent en priorité via des sources digitales, qu’elles soient journalistiques ou non, et sont très friands d’actualité. Ensuite, nous retrouvons les “social media news users” représentant 22% des sondés. Comme leur nom l’indique, ils s’informent quasi exclusivement via les réseaux sociaux, mais ils ne sont pas spécialement attirés par le suivi de l’actualité.

Sont désignés comme “traditionalists” 19% des répondants, considérés comme de grands consommateurs d’information. Ils vont plutôt la chercher dans les formats traditionnels – télévision, radio, presse écrite – et les grands titres bien installés dans le paysage médiatique de leur pays. L’étude identifie également les “news minimalists” – 17% des sondés – qui, eux, ne suivent quasiment pas l’actualité, mais restent au courant des informations principales. Enfin, on retrouve les 10% restants désignés comme les “hyper news consumers”, très au fait de l’actualité qu’ils suivent sur tous types de plateformes, formats ou médias presque sans interruption. 

Des régimes ancrés géographiquement

Les “news minimalists”, bien que suivant peu l’actualité, font paradoxalement partie des populations les plus éduquées du groupe, ayant une connaissance politique développée. On les retrouve notamment dans les pays du nord de l’Europe – France, Allemagne, Royaume-Uni, Pays-Bas. Leur multiculturalisme, leur intégration dans les relations mondialisées et leur relative confiance dans les grands médias sont des explications avancées pour comprendre ce relatif « désintérêt » pour l’actualité

A l’inverse, dans les pays du sud de l’Europe – Espagne, Italie, Grèce -, on retrouve davantage de online news seekers” et “d’hyper news consumers” parmi les habitants. Les populations ont historiquement moins confiance dans les grands médias de leur pays, mais sont tout de même demandeurs d’information. Ils se tournent ainsi beaucoup plus volontiers vers les sources digitales et alternatives, plus faciles d’accès et moins chères que les formats traditionnels.

Des régimes qui influencent l’intérêt et la compétence politique  

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, l’étude révèle que ceux ayant la meilleure compétence et connaissance politique sont ceux ayant un suivi non-intensif de l’actualité – comprenez, les “traditionalists” et les “online news seekers” -, à quelques exceptions près suivant les pays. Ces deux profils ont des habitudes de consommation de l’actualité plus marquées, et ils ont tendance à rester fidèles à leurs sources d’information en en limitant le nombre. Ainsi, ceux qui consomment une meilleure actualité sont les personnes qui privilégient la qualité de l’information à la quantité.

Chercher à s’informer à partir d’un large panel de titres ou de formats – une indigestion d’actualité en somme – ne transforme pas la personne en consommateur éclairé, c’est même parfois tout le contraire. A l’inverse, simplement scroller son fil d’actualité ou survoler son journal – comprendre, dérouler les informations et ne grignoter que des bouts d’actualité – n’est pas non plus la solution. 

La règle d’or pour un régime médiatique sain est donc : informez-vous de manière équilibrée avec des sources saines.

 

Illustration : Clementina Toso – Unsplash

Liens vagabonds : Elon Musk, tout puissant, fait la pluie et le beau temps sur le Bitcoin

A RETENIR CETTE SEMAINE : 

Elon Musk se détourne du Bitcoin – Elon Musk avait déjà crevé à lui seul la bulle du Dogecoin avec sa participation à un sketch dans le Saturday Night Live (NBC). Mais c’est maintenant le cours du Bitcoin que le patron de Tesla fait trembler. Il a ainsi annoncé sur Twitter que Tesla n’accepterait plus de bitcoin pour l’achat de ses voitures. La raison principale de ce revirement est la considération de l’impact écologique des crypto-monnaies. Mais ce n’est que partie remise : Elon Musk affirme que les transactions reprendront quand le minage du bitcoin sera moins gourmand en énergies fossiles. Suite à l’annonce de Tesla, les cours de BTC et Dogecoin ont plongé, faisant perdre 365 milliards au marché de la cryptomonnaie. Mais quelques heures plus tard, un nouveau retournement de situation est survenu suite à un énième tweet d’Elon Musk, annonçant “travailler avec des développeurs de Doge pour améliorer le système de transaction”. Les cours du Dogecoin sont depuis remontés en flèche.

Réseaux sociaux pour les enfants – Souvenez-vous, en mars dernier Facebook annonçait travailler sur un Instagram pour les moins de 13 ans. Devant l’avancée du projet, plusieurs procureurs américains ont demandé cette semaine à Facebook de renoncer à son réseau social junior dans une lettre directement adressée à la plateforme. L’idée de réseaux sociaux pour les enfants n’est pas nouvelle – d’autres se sont déjà lancés – mais elle soulève nombre de questions, en particulier sur la sécurité et la protection en ligne des mineurs. Pour revenir au cas d’Instagram, plusieurs observateurs estiment qu’une plateforme dédiée aux mineurs n’empêchera pas les enfants de continuer à aller sur la version réservée aux adultes où les risques de harcèlement ou violence sont plus grands. Dans cette optique, Boris Johnson vient d’annoncer au Royaume-Uni un projet de loi pénalisant les réseaux sociaux qui ne protègent pas assez les enfants en ligne.

Cyberattaque contre une pipeline américaine – Vendredi dernier, on apprenait qu’une pipeline de l’entreprise Colonial était victime d’un piratage. Par mesure de sécurité, elle a dû être fermée. Plusieurs médias rapportent cette semaine qu’une rançon de 5 millions de dollars aurait été payée aux hackers pour récupérer le contrôle de l’installation. Cette pipeline, artère pétrolière vitale pour la côte Est, aurait été victime d’une attaque d’un groupe criminel basé en Russie, DarkSide selon les informations du FBI et de la Maison Blanche. Suite à l’annonce du piratage, on a observé une ruée sur le gasoil dans plusieurs Etats de l’Est, mais cela n’a pas eu de grandes conséquences sur le cours du pétrole. Les piratages contre les entreprises sont de plus en plus récurrents, au point que certains assureurs ne veulent plus prendre en charge ce risque, à l’image d’AXA en France qui a annoncé qu’il n’indemnisera plus les ransomwares.

Cette semaine en France

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LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE

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La radio, le pape et la bonne parole

Par Hervé Brusini, Président du Prix Albert Londres, ancien rédacteur-en-chef de France Télévisions

Voici donc venu l’âge du centenaire pour la radio. Ajoutez quelques mois supplémentaires, et vous aurez la naissance du journal parlé, le 6 novembre 1922.

Il est vrai que déjà, « l’on parlait les nouvelles » dans les théâtres des années 1880, ou au café Procope en 1893. Au fil des années, le succès du média radio a connu un succès autrement plus rapide que celui de la petite lucarne. A tel point que le Vatican lui-même s’est senti obligé d’avoir Son émetteur, pour délivrer Son information, Ses messages.

L’Église s’est alors confrontée à la modernisation de l’acquisition des connaissances, y compris les plus immédiates, comme la découverte de ce qu’il se passe à proximité ou au loin. Face à la presse écrite ou au cinéma, la radio lui est apparue comme un média plus sûr que les autres, moins périlleux pour l’âme. A condition d’avoir une morale…catholique évidemment.

La naissance du journal parlé en France, premiers rapports de force

 . Maurice Vinot, de son vrai nom Gabriel Germinet. Le premier journal parlé ;

Depuis près de 10 ans déjà, des bulletins d’information résonnaient dans les foyers européens. En France, l’ingénieur Gabriel Germinet avait conçu dès 1922, un radio-journal diffusé sur l’antenne de « Radiola » une station privée.  En fait, l’homme se cachait derrière un pseudo Maurice Vinot. Germinet-Vinot était un formidable amateur des ondes, à la fois technicien et passionné de théâtre. Il avait d’ailleurs déposé l’idée de ce journal parlé auprès de l’organe chargé de la propriété industrielle sous le nom de « Paris info sans fil ». Grâce aux nouveaux appareils à lampes, nul doute que cela ferait merveille. Il s’agissait d’une sorte de radio-gazette parisienne avec des chroniqueurs souvent rassemblés dans les cabarets montmartrois.

Le véritable démarrage eut lieu d’une cabane de bois plantée au pied du pilier nord de la Tour Eiffel le 3 novembre 1925. Le général qui dirigeait la zone avait donné son accord. Effet bienveillant garanti, un panneau « danger de mort », avec le dessin d’une tête aussi réjouissante, accueillait le visiteur. Il pouvait y avoir des reportages diffusés en direct sur « Radiola ». Les dépêches de l’agence Havas venant nourrir en nouvelles ce moment quotidien d’un genre nouveau de la TSF. Selon les spécialistes, l’air de famille avec nos radios actuelles sauterait aux oreilles.

A l’époque, « En haut lieu », comme on disait alors, on prit ombrage de l’influence grandissante de ce média nouveau, et privé de surcroît. Ce n’était là que le début d’une longue histoire de tiraillements divers entre public et privé, où le personnel politique pensait qu’une élection peut se remporter par les ondes…

  L’Église doit avoir SA radio

  PIE XI et Marconi inauguration de Radio Vatican

10 ans plus tard donc, en 1932, le Vatican se dotait lui aussi de son émetteur pour une radio à l’éthique indiscutable celle-là, puisque répondant aux critères catholiques de la « bonne parole ». Se priver d’un tel moyen de diffusion devenait insupportable, pire une erreur pour qui a pour fonction de diffuser le message biblique. D’autant qu’à Rome l’état d’esprit général était l’émerveillement à l’écoute de la radio. C’est ainsi que tout un corpus vint encadrer la pratique du journalisme radiophonique, et de l’information devenue de temps réel. Car le Vatican ne pouvait demeurer silencieux et inactif sur ce qui forgeait désormais la connaissance des événements. A sa relecture, cet ensemble de doctrines et recommandations ne manque pas d’évoquer les questions posées aujourd’hui à propos de l’univers numérique de l’information. Et sur toute cette histoire, le livre « les médias, textes des Églises » publié au Centurion est une somme documentaire rare.

 Les recommandations du Vatican pour une bonne radio

Le 6 avril 1926, dans « la semaine religieuse de Paris », le cardinal Dubois, exprimait une première fois les préoccupations de l’Église à l’égard de la TSF. C’est « une merveilleuse invention », « un instrument de progrès » affirmait-il en préliminaire.

Mais attention, poursuivait l’ecclésiastique, « cette géniale création peut servir également le bien et le mal. Les centres d’où partent les ondes mystérieuses sont à volonté, un foyer de vérité ou d’erreur, de vertu ou de corruption, de délassement moral ou de plaisir coupable… » Et de préconiser « une loyauté scrupuleuse » pour les concepteurs de programmes, et « une vigilance attentive » pour les auditeurs, en allant jusqu’à leur conseiller de « protester » en cas de non « respect des consciences, de la vérité et de la vertu ».

Alors il fallut édicter une première salve de directives à l’endroit des fidèles et des prêtres. Les années 1927 et 1928 ont vu paraître quelques textes de mises au point émanant du Saint Siège. Consigne fut donnée à l’église allemande, de diffuser de la musique sacrée à la radio, mais était-il précisé, s’il ne « s’agit pas de chants exécutés durant l’office divin lui-même ». Sinon, c’était un « abus…pratiqué sans le consentement du Saint-Office ». Soucieux de garder les paroissiens en présentiel, comme on aime à le dire en ce moment, le Vatican affirmait aussi comme une forme de bataille de l’audience. « Il ne faut jamais suggérer l’idée qu’une audition de TSF peut remplacer l’assistance au service divin et suffire aux obligations du dimanche ». Fermeté absolue de l’injonction.

 Radio Vatican, se battre pour l’audience

 

PIE XI dans les jardins du Vatican à proximité de l’émetteur de radio Vatican

D’ailleurs, somme toute, une bonne radio était une radio catholique, était-il suggéré en toile de fond de ces recommandations.

Car, « la radio est un des moyens les plus influents que Dieu nous ait donnés, et que l’intelligence humaine ait inventé pour atteindre la grande masse » écrivit l’épiscopat hollandais dans une lettre d’avril 1930.

Autrement dit, « la radio est d’une importance capitale pour l’église », il fallait donc se battre « contre les dangers d’une radio non catholique » en fabriquant ses propres programmes. Et faire que « bientôt, il n’y aura plus une seule famille où la radio catholique ne pénètre pas ».

Toujours la bataille de l’audience, mais cette fois dans le champ même du nouveau média, au milieu des autres offres de programme. Tout cela parce que dans les salles obscures, l’autre moyen de diffusion de l’information, le cinéma, n’est vraiment pas recommandable. Le « cinéma, c’est la cupidité qui spécule sur la sensualité », un cri de répulsion proféré par l’évêque de Vicence, en février 1929. Il poursuivait son réquisitoire en pointant « les scènes de séduction, les intrigues des adultères, les dévergondages des milieux les plus abominables… ». Les voilà bien, les risques du cinéma, grondait l’homme d’église. La saleté de l’image salissait l’âme. L’alarme était lancée. « Que les cinémas de patronage et des paroisses apportent le plus grand souci à la révision des films, que dans les salles ils ordonnent la séparation des sexes, et que le spectacle ne se prolonge pas au-delà de minuit. » Cette vision, si l’on ose dire, du 7e art, était très partagée à l’époque, même si certains dans l’église, y voyaient aussi un instrument d’éducation…

 

Radio Vatican

La radio, elle au moins, ne présentait pas tous ces dangers. Bien sûr, l’église recommandait la vigilance, mais le média était en quelque sorte considéré comme intrinsèquement praticable. Alors, le Vatican s’est doté de sa propre Antenne, Radio Vatican dont la mission est encore de faire entendre « la voix du pape »

Sa sainteté se nommait alors Pie XI.  Ambrogio Achille Damiano Ratti, de son nom de baptême, savait se faire respecter. On lui doit l’apparition papale au balcon de Saint Pierre. On le décrivait autoritaire, capable d’ironie, et surtout en mesure de faire face au nouvel homme fort au pouvoir, Benito Mussolini, un anticlérical dont PIE XI n’appréciait guère l’idéologie. Après les accords du Latran signés en 1929 précisément avec le Duce, le voici à la tête de l’État du Vatican nouvellement créé. Un État désormais en mesure d’avoir SA radio. Et dans le contexte du moment, politiquement tiraillé entre fascisme, nazisme et communisme, et médiatiquement tourmenté, confronté aux méfaits de l’image, cela semblait hautement nécessaire. La chose fut d’autant plus réalisable que l’Italie comptait parmi ses concitoyens l’un des grands inventeurs des techniques de la radio, Guglielmo Marconi. Et c’est lui qui sera chargé de la mise en œuvre de l’émetteur situé dans l’enceinte même du micro-État.

 

G. Marconi

Le 12 février 1931, les catholiques découvraient la voix de leur souverain pontife sur l’antenne de Radio-Vatican « …Pouvant le premier NOUS servir d’ici de l’œuvre admirable de Marconi, Nous Nous adressons pour la première fois à tous les hommes et à toutes les choses en leur disant, maintenant et par la suite les paroles de la Sainte Écriture… Gloire à Dieu qui en ces jours, a donné aux hommes une telle puissance, que leurs accents vont jusqu’aux extrémités du monde ».

 PIE XI, « les journalistes sont des haut-parleurs »

 

L’installation de l’émetteur du Vatican

Universalité, temps réel, force d’influence, Pie XI était bien conscient des pouvoirs et enjeux qui étaient les siens à l’instar des autres puissants de la planète. Quatre jours plus tard, son encyclique Casti Connubii, reprenait le verdict de l’évêque de Vicence. Le cinéma y était qualifié de « mal », au même titre que ces « variétés », ces spectacles que les « adolescents des deux sexes » allaient voir dans des salles avec une « assiduité désolante ».

Par comparaison, la presse apparaissait à l’instar de la radio, comme un instrument « d’éducation du peuple, de vie intellectuelle » écrivait en 1931 un cardinal allemand. Il déplorait « Le film qui projette ses images avec une rapidité telle qu’elles papillonnent… que leur changement aussi rapide que l’éclair rend à peine possibles, la pensée et la réflexion… »

Avec le journal en revanche on pouvait prendre le temps de la relecture, de l’intelligence ajoutait le prélat de Münich. Soit. Mais pour le pape l’essentiel était ailleurs. A chercher du côté du journalisme lui-même. Lors d’un pèlerinage de la presse catholique à Rome en juin 1933, Pie XI exprimait clairement sa pensée.

« D’aucuns ont dit que les journalistes sont les ‘porte-voix’ de l’opinion publique, d’autres, qu’ils en sont parfois les fabricants. L’une et l’autre définition paraissent vraies…Il suffit de considérer la souveraine importance de l’opinion publique, une force pourtant indéfinissable et insaisissable… ».

Pie XI semblait donc entériner l’exercice, la pratique journalistique. Une sorte de constat papal d’un fatum éditorial, « C’est ainsi, des professionnels font l’information…», semblait-il reconnaître. Mais attention, un principe de responsabilité s’applique à eux, il y a la bonne et la mauvaise info. Pie XII théorisera longuement plus tard sur tous ces points, a fortiori avec l’apparition de la télévision.

Pour sa part, PIE XI, expliquait qu’il existait également des journalistes catholiques. Et ceux-là étaient selon lui, en quelque sorte des radios humaines. « Pour user de la terminologie moderne, disait-il toujours en 1933, on pourrait qualifier les journalistes catholiques, non plus seulement de porte-voix, mais de haut-parleurs de l’Église, de la vérité, de la foi chrétienne… »

C’est très certainement ce qu’on appelle la radio incarnée à défaut d’incarnation radiophonique. Un an plus tard, PIE XI s’adressait cette fois aux journalistes français. Le 7 janvier 1935, à Rome il leur affirmait : « Je sais que vous avez conscience de votre pouvoir…de ses redoutables responsabilités. Vous êtes les grands seigneurs de la parole. » Et citant un grand poète italien, il ajoutait : « La parole est la maîtresse du monde. Ne jamais trahir la vérité… »

Le président Pompidou, lui, parlera plus tard de « voix de la France » même s’il parlait de la télé à l’époque de l’ORTF. Décidément, la radio encore et toujours.

 

Illustration : Wim Arys sur Unsplash

Liens vagabonds : La bataille Epic contre Apple démarre devant la justice

A RETENIR CETTE SEMAINE : 

Epic Games VS Apple – Ce lundi s’est ouvert le très attendu procès intenté par Epic Games contre Apple. Initialement lancé suite à un différend quant à la suspension du jeu Fortnite de l’App Store, le procès pourrait avoir des répercussions beaucoup plus lourdes pour les entreprises concernées, en particulier pour Apple. Epic Games ne compte, en effet, pas retenir ses coups pour faire plier la marque à la pomme sur les règles de son store jugées anticoncurrentielles par le studio. Le premier jour, le CEO d’Epic, Tim Sweeney, a même décrit la politique d’Apple comme un “jardin fortifié” fermé à tout autre modèle que le sien, bien qu’il se soit déclaré en faveur d’un accord propre à son entreprise avec l’App Store si on le lui avait proposé. Ce procès est aussi l’occasion de découvrir les dessous de l’industrie du gaming, d’autres entreprises étant appelées à témoigner, comme Microsoft. On peut tout de même rappeler que d’autres plateformes ou stores de jeux mobiles existent, et ces outsiders pourraient profiter du déballage public des petits secrets des grands noms du secteur … 

Facebook et sa cour suprême – La “cour suprême” de Facebook a confirmé le bannissement de Donald Trump du réseau social. Dans son communiqué, elle a toutefois dénoncé l’attitude de Facebook et de ses dirigeants qui fuient leurs responsabilités sur ce dossier en déléguant la décision à d’autres … Au-delà du verdict en lui-même, l’annonce fait l’effet d’une bombe et aura très certainement un impact bien plus important sur le monde politique et de la tech en matière de modération en ligne. Bien que cette cour suprême de Facebook n’en soit pas à sa première décision, le cas Trump fait jurisprudence. Certains regrettent toutefois que la parole de personnalités publiques, même polémique, soit bannie des plateformes, en particulier pour le travail nécessaire de fact-checking de ces discours. Et à d’autres de souligner que, même si cette cour suprême a été créée pour apporter plus de transparence sur les décisions de la plateforme, le fond du problème est et restera Facebook en tant qu’entreprise. 

Quand la blague mène au succès chez les cryptomonnaies – Belle semaine pour les cryptomonnaies, et notamment pour le dogecoin dont la cote s’est envolée pour devenir la quatrième cryptomonnaie sur le marché. Ces très bons résultats n’ont fait qu’attirer davantage l’attention sur les cryptomonnaies parties d’une simple blague, tels que le dogecoin inspiré d’un célèbre mème d’un shiba inu, ou encore la SCAM créée sur TikTok qui a vite trouvé son public. Si vous voulez rester dans le thème “animal”, vous pouvez aussi aller voir du côté du CAT, cryptomonnaie lancée par une aficionado des félins. Dans le même temps, Vitalik Buterin, le co-créateur de l’ethereum – cryptomonnaie très sérieuse, elle – est devenu le plus jeune crypto-milliardaire devant la hausse fulgurante de sa monnaie en bourse, pendant que d’autres font l’éloge du chia censé être plus écologique et plus respectueux de l’environnement que le bitcoin. 

Cette semaine en France

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Les procès à la télé ou l’image perdue de la justice

Par Hervé Brusini, Président du Prix Albert Londres, ancien rédacteur-en-chef de France Télévisions

La phrase sonne comme un aveu : « Je veux que les Français comprennent leur justice. Qu’ils l’appréhendent dans toute sa complexité… »

Les propos d’Éric Dupond-Moretti, l’actuel Garde des sceaux, tenus sur BFM le 14 avril, sont sans équivoque. Ils constatent un manquement grave à la culture citoyenne en démocratie, l’ignorance collective de la justice et de son fonctionnement. Pour remédier à ce déficit, somme toute assez stupéfiant, l’image est appelée à la rescousse.

Il faut filmer les procès, et cela y compris pour les juridictions les plus diverses, afin de « restaurer la confiance », martèle le ministre. La méconnaissance, causée par l’absence d’image, aurait pour conséquence une inéluctable défiance. Dont acte. Mais pourquoi un tel recours ? Pourquoi le fait de voir la justice est-il à ce point déterminant ? Témoignages pour l’histoire, moyens d’assurer une pédagogie, évidemment. Les arguments sont connus. Certes, des procès ont bien été filmés. Mais le débat se pose comme si ces images avaient disparu, comme s’il fallait les régénérer ? Comme si la justice était victime d’une perte d’image à tous les sens du terme. D’où vient cette défaillance, voire cette faillite ? Amenez-moi le coupable, serait-on tenté d’exiger…

Pas de vrai responsable à la perte d’image de la justice

Viser un responsable en particulier, semble pourtant bien dérisoire. A preuve, un autre ministre de la justice, nettement engagé à gauche celui-là, a également plaidé en son temps que l’on filme les procès. Avocat lui aussi, Robert Badinter a fait voter en 1985 une loi fondatrice en la matière.

« je rêvais d’archives audiovisuelles de la justice…Vous imaginez si on pouvait voir le procès Zola, Dreyfus ou Caillaux, les grands criminels Petiot, Landru… Je me disais c’est un moment de l’histoire qu’on ne saisit pas. Or pour l’histoire ça n’a pas de prix, de même pour la formation des magistrats ou des avocats. »

L’ancien garde des sceaux s’exprime ainsi sur l’antenne de Public Sénat le 20 octobre dernier, précisément à propos d’une exposition tenue aux archives nationales sur le thème prémonitoire : « Filmer le procès, un enjeu social ».

On l’aura compris, il s’agissait pour lui d’enregistrer les grandes audiences judiciaires qui méritent de l’être, celles qui possèdent une dimension événementielle digne de ce nom, affirme en substance le texte qui légifère. De quoi constituer des archives audiovisuelles de la justice. C’est la « livraison du nazi Barbie » dixit R. Badinter, et le procès qui allait s’en suivre, qui permit selon l’ancien garde des sceaux de faire voter le filmage des procès, assorti néanmoins de conditions strictes. Aujourd’hui, il ajoute pourtant, que de ce projet, « une partie n’est pas encore réalisée ».

Il manque la justice quotidienne, la restitution en images de nombreuses juridictions jusqu’à celles du travail par exemple. Précisément, ce que souhaite faire son successeur. Avec, la confirmation au passage que témoignages pour l’histoire et pédagogie sont à nouveau prépondérants dans l’argumentaire en faveur de l’image. Mais il y a beaucoup plus…Et ce plus est à rechercher dans l’acte de naissance du couple image/justice.

 Nüremberg, l’acte de naissance de l’image de la justice

Ce fut à Nüremberg le 20 novembre 1945. Une circonstance historique de première importance pour saisir l’enjeu qu’il y a à filmer un procès. Un double enjeu, voir et montrer. Juridiquement, il s’agissait de juger d’importants responsables du IIIe Reich, d’évaluer entres autres leur responsabilité face à des chefs d’accusation comme le crime contre la paix et le complot, le crime de guerre. La notion nouvelle de crime contre l’humanité introduite à l’époque, étant ici limitée dans sa définition, comme dans le temps. Le génocide, la solution finale, comme on disait alors avant le mot shoah, fut loin de constituer l’essentiel des débats. Le jugement n’a compté d’ailleurs finalement que quelques pages consacrées à l’élimination des juifs. Pour autant l’image était bien là. La salle d’audience a exposé, fait entendre l’horreur malgré le brouhaha des allers et venues dans le prétoire, ou le bruit de la traduction simultanée. Il y eut la projection sur écran, de films réalisés par les reporters cameramen à la libération des camps. John Ford avait coordonné une partie de ces tournages, de même que ceux du procès lui-même.

Certes, on est loin d’avoir filmé l’intégralité des échanges. Mais les réactions venues du « banc des accusés » ont été observées, scrutées, tant dans leur posture que dans leurs discours, face aux questionnements, aux films diffusés, aux récits des victimes qui ont décrit comme elles le pouvaient l’indicible. Parmi elle, la française Marie-Claude Vaillant-Couturier résume bien la fonction première de Nuremberg. Après avoir détaillé presque cliniquement, la mécanique de l’extermination au micro, la survivante d’Auschwitz s’est levée. Elle avait décidé de dévisager les accusés, comme elle le confie à Henri de Turenne dans le film « Le procès de Nuremberg » réalisé par Daniel Costelle.

« Je voulais voir de près comment pouvaient être les hommes capables d’avoir accompli de tels crimes. Et je voulais en même temps qu’ils me voient, et qu’ils sachent que par nos yeux, c’étaient les millions de victimes… qui les regardaient et qui les jugeaient ».

Simplement, filmer pour permettre de voir. Donner de quoi chercher, trouver une vérité dans un visage, des mots… Que chacun, juge, victime, ou quidam, puisse mener une sorte d’enquête dans le secret de sa conscience.

 Eichman, donner un cadre à l’image de la justice

Après le cinéma, la télévision s’est à son tour confrontée à la délicate question de filmer un procès. Les quelques principes esquissés par le grand écran ont été fixés pour la petite lucarne, mis en œuvre dans un véritable dispositif très contraint. D’autant que cette fois, avec le procès Eichmann, la shoah allait être placée au cœur même des échanges, et qui plus est, en Israël.

Le 11 avril 1961, quatre opérateurs, aux rôles bien définis – en partie dissimulés pour ne pas gêner les débats – ont tourné les premiers instants de ce procès diffusé, enregistré en son et en vidéo, en temps réel. On utilisait les dernières innovations des caméras Marconi, et les larges bandes magnéto deux pouces d’Ampex permettaient d’archiver chaque journée du procès. Sur les sept heures quotidiennes, des montages d’une heure étaient envoyés dans le monde entier. Le précieux livre « Univers concentrationnaire et génocide. Voir, savoir, comprendre » signé par S. Lindeperg et A. Wieviorka est sur tout cela, d’une grande richesse d’informations.

Le rôle joué par le cinéaste documentariste Leo Hurwitz qui a réalisé ces longs moments de débat, y est particulièrement évoqué. Hurwitz savait ce qu’est le fait de tenir une caméra. Il savait les questions que pose le tournage d’un procès. Le sujet de l’un de ses documentaires en 1932 traitait d’un dossier qui demeure aujourd’hui encore l’une des pires manipulations judiciaires américaines. 9 jeunes noirs de Scottsboro avaient été accusés à tort d’un viol qu’ils n’avaient jamais commis. Il savait aussi ce qu’est l’info dans une grande chaîne. A la CBS, il fut le responsable des news. Ce cinéaste à la forte expérience médiatique, possédait donc un point de vue. Et c’est cet homme-là qui avait été choisi par Milton Fruchtman, un producteur de la société américaine Capital Cities Broadcasting Corporation basée à New York. Le premier ministre Ben Gourion lui avait donné le feu vert, alors qu’Israël ne possédait pas encore la télévision.

16 ans après Nüremberg, la mise en scène de la justice s’est ordonnancée selon les capacités et bientôt, les canons d’une technologie nouvelle, la télévision. Elle a écrit le récit du procès plan par plan. En direct, le réalisateur a filmé, monté dans un même élan. Le public spectateur a suivi ses choix, tout en conduisant son enquête, sur les visages – celui d’Eichmann surtout -, sur les mots des témoins – élément essentiel de la révélation détaillée de la solution finale -, sur des images filmées dans les camps – terribles visions des lieux de la mort massive. Ce travail d’enquête s’est poursuivi pendant 9 mois, dans cette dramaturgie découpée par la télé.

Chacun a pu interroger et s’interroger sur cette intrigue qu’a fait vivre le procès filmé. Des reporters du prétoire se sont mobilisés pour raconter. Eux aussi regardaient la télé, même si certains d’entre eux étaient d’abord des journalistes correspondants de guerre.

Pour Joseph Kessel par exemple, ces images qui montraient Eichmann, « étaient plus vraies, plus fouillées, plus révélatrices que les traits de sa figure directement offerte au public ».

 Le compagnon de l’image de la justice

Un autre journaliste était présent lui aussi. Il devint le reporter immobile des salles d’audience, le préposé à la narration du crime. Timbre haut, voix claironnante, et conviction forte, voici Frédéric Pottecher, inséparable compagnon du procès à la télévision française. 2, 3, 4,5 minutes, ses interventions au JT du soir ont marqué. C’était l’époque du chroniqueur judiciaire, presque le témoin, aujourd’hui fossilisé, d’une image oubliée de la justice. On l’a entendu, on l’a vu sur chacune des grandes affaires, Ranucci, Patrick Henry, Marie Besnard… Et ces grandes affaires ont gagné jusqu’au territoire des programmes. Le titre d’une série restée fameuse, est révélateur de ce travail de vérité du for intérieur.

 La fiction au service de l’image de la justice

Ici avec le jeune Michael Lonsdale
Ici avec le jeune Michael Lonsdale

Cela s’intitulait « En votre âme et conscience » sur la première chaîne. Les futurs patrons du magazine de grand reportage « 5 colonnes à la Une » ont créé cette émission diffusée pendant près de 20 ans en prime time sur la première chaîne. Pour eux, pas de rupture entre le récit de la salle d’audience et le celui des guerres ou des catastrophes des JT et magazines. C’était encore et toujours un reportage… mais immobile, une histoire singulière à raconter, le fruit d’une enquête à faire vivre, à partager. Pendant 90 minutes, en direct – comme pour les vrais procès – l’audience se déroulait. La tension était palpable, malgré leurs grands talents, certains acteurs ont bafouillé, les caméras ont brinquebalé, le son est allé et venu… Mais peu importait. La mise en intrigue mise au point dans la réalité de l’après-guerre était ici portée à son maximum.

Et cela passionnait. A l’issue de son enquête personnelle le citoyen spectateur, arbitrait, et appréciait le jugement de la justice.

D’ailleurs, cette production de vérité qui punit ou absout constituera le ressort d’une autre série restée dans les mémoires. « Messieurs les jurés » a mis en scène des procès fictifs pendant plus de 10 ans sur la seconde chaîne cette fois. Des téléspectateurs jouaient le rôle de jurés dans cette cour d’assises reconstituée. On assistait à leur délibération, puis venait le moment du vote. Cette fois, la dramaturgie incluait le processus de décision de la peine à infliger. L’enquête du quidam faisait désormais partie de la vérité judiciaire télévisée, et peu importait que cette dernière fût de pure fiction. Le dispositif d’établissement de vérité propre à la justice fonctionnait, c’était l’essentiel.

Robert Hossein fit de même au service d’un théâtre populaire chargé de revisiter les grands dossiers de l’histoire de France, de Marie-Antoinette à l’affaire Seznec en passant par celle du Courrier de Lyon. Au risque de voir le creuset judiciaire produire un spectacle de pure forme.

Ce fut le cas de « Stars à la barre » où des personnalités aidées d’avocats, se confrontaient sur les thèmes du jour. Un verdict était rendu par un jury présent sur le plateau. A la fin des années 80, l’émission fut de courte durée. L’image de la justice commençait de s’estomper. L’exacte opposé de la trajectoire américaine.

 L’image de justice, une constante puissante de la culture américaine

Là-bas, le récit judiciaire a fait florès. L’histoire est connue. En 1959, la télévision a filmé son premier procès. 40 ans auparavant, le cinéma pourtant muet à l’époque, avait raconté l’histoire d’un homme accusé à tort de meurtre. D.W. Griffith a signé ce film intitulé « The Mother and the Law ». C’était un film de fiction. Le compte-rendu en image d’un vrai procès s’est fait, toujours au cinéma, en 1935 avec le jugement de Bruno Hauptman accusé d’avoir enlevé et tué l’enfant du couple Lindberg.

Depuis, au théâtre, sur le grand écran comme sur le petit, le drame judiciaire est omniprésent. Des chaînes de télé lui sont consacrées comme la fameuse Court TV apparue en 1991.

Dans son article très documenté ( à la Revue française d’études américaines 1998) sur « la justice-spectacle aux États-Unis » Régine Hollander décrit les rapports étroits entre l’image et la justice américaine. Les films de fiction ou non, sont utilisés dans les universités pour former aux métiers de la justice. L’image joue pleinement, Outre-Atlantique, un rôle pédagogique, même si la salle d’audience demeure à peu près le seul lieu mis en lumière par les cinéastes, ou producteurs de spectacle. A la différence de notre système inquisitoire, là-bas, le principe accusatoire, et la confrontation qui l’accompagne organisent l’exercice de la justice. Cela implique le débat, et l’émotion. Le récit est ainsi placé au cœur du drame judiciaire américain. Les Américains ont pu suivre en direct et au long cours le procès de Derek Chauvin, ce policier accusé du meurtre de Georges Floyd.

Comme dans chaque procès, on y a exposé deux histoires qui s’opposent, à grands coups d’éléments de preuve plus ou moins réels et d’émotion. Régine Hollander précise la nature de cette bataille en parlant des grands films américains, mais la remarque peut être pertinente, appliquée à l’image judiciaire en général : « Le cinéma US rejoue à l’infini la lutte entre les forces du Bien et du Mal, sur la scène et dans les coulisses des tribunaux. »

De fait, c’est encore et toujours un régime d’enquête qui visite et revisite ce face à face constitutif de la culture américaine. Pas à pas, au fil des paroles, des attitudes, chacun se fait son idée. Coupable ou innocent ? Un drame se joue dans la puissance qui définit le nec plus ultra du récit. Dans la salle d’audience, le respect de la règle théâtrale des 3 unités de temps, de lieu et d’action est total. Efficacité garantie.

Ces images sont d’ailleurs si fortes, si présentes à longueur de séries, de longs métrages ou de reportages, que pour la plupart des français le fonctionnement de notre justice ne peut être que le même. La méprise est régulière dans les salles d’audience de l’hexagone où il n’est pas rare d’entendre un président de tribunal, reprendre un témoin qui croit pouvoir entamer un dialogue avec un avocat. Chose possible aux USA, alors que chez nous la règle veut que l’on ne s’adresse qu’au magistrat en charge de la conduite de l’audience. Force est de le constater. L’image de la justice américaine s’est en quelque sorte substituée à la nôtre. Il y a là comme une faillite culturelle, elle est patente, dommageable, mais peut néanmoins s’expliquer. Et la force de l’industrie culturelle américaine n’est pas la seule clé de compréhension…

La réticence française à l’égard de l’image de la justice

Filmer les procès a toujours été problématique en France. Certes, en 1954, caméras et appareils photo, apparaissent sur les images du procès Dominici. Mais pas de son des débats. Pas de séquences longues des échanges du procès. Et a fortiori, pas d’enregistrement intégral de ce moment retentissant de l’histoire criminelle. Il est vrai que la technique d’alors ne le permettait guère. A voir ces documents, on devine un désordre bruyant des médias qui se démenaient au beau milieu du prétoire. Même chose pour le procès Besnard, deux ans auparavant.

Or, la magistrature ne supportait pas ce « bruit médiatique ». Reproche majeur, il nuisait à la sérénité des débats. 1954 fut donc l’année de l’interdit. Une loi votée en urgence, prohibait « l’emploi de tout appareil permettant d’enregistrer, de fixer, ou de transmettre la parole ou l’image ». Il faudra attendre plus de trente ans pour lever l’interdit.

Barbie, l’image de la justice, archive pour l’histoire

Quand le 11 mai 1987, s’ouvre à Lyon le procès Barbie, pour la première fois de son histoire, la justice française permettait à la télévision de retransmettre en direct une audience. En fait, pas totalement. Seul le démarrage fut diffusé – une grosse vingtaine de minutes – mais à une échelle internationale, sur les canaux de l’Eurovision. L’ancien nazi avait donné son accord. Une condition sine qua non, édictée par Robert Badinter, le garde des sceaux de l’époque qui, on le sait, avait fait voter une loi deux ans auparavant sur la constitution d’archives audiovisuelles de la justice. Barbie avait toutefois refusé l’enregistrement au long cours des échanges. On passa outre. Depuis, nombres de procès ont été enregistrés. De Touvier, Papon, Faurisson, à la dictature chilienne, en passant par la catastrophe d’AZF à Toulouse, ou le génocide rwandais, dorénavant les archives de ces procès existent bel et bien.

De même pour les attentats de janvier 2015, 5 caméras installées dans le nouveau palais de justice de Paris, ont permis d’archiver les mots de chacun. Mais sans contre-champ. Impossible de connaître la réaction du mis en cause aux propos qui l’accusent au grand dam par exemple de l’historien Christian Delage qui déplore cette absence. Elle altère la vérité du moment, dit-il en substance. On le voit, les contraintes sont nombreuses, entre autres, ni direct, ni tournage qualifié de subjectif. L’image de la justice repose sur les étagères des conservateurs de choses précieuses. Peu exposée au plus grand nombre. Accessible certes, mais assortie de telles conditions qu’elle est aussi une recluse. De fait, ce devint aussi le sort de son accompagnateur, le chroniqueur judiciaire. Au fil des décennies, le temps du récit d’audience n’a cessé de se réduire.

De ce point de vue, le commentaire de Paul Lefevre, journaliste spécialisé des prétoires à Antenne 2 avait quelque chose de visionnaire. A l’ouverture du procès Barbie, au moment du 13 heures, il fit malicieusement remarquer, que la salle des pas perdus du palais de justice de Lyon avait été aménagée pour recevoir les quelques 800 journalistes présents. Tout cela parce que la cité judiciaire que l’on promettait, n’était toujours pas construite. De fait, sans le savoir, le journaliste parlait aussi un peu de lui. Au moment où l’image du procès connaissait un firmament, c’était en réalité l’amorce d’un crépuscule qu’elle vivait. Le procès perdait la force de vérité qui était la sienne. L’enquête dramatique qui est sa définition effective, cédait le pas. Et même si le procès demeure ce rendez-vous constitutif d’une société démocratique, cette image-là s’est en quelque sorte confinée, devenant l’apanage restreint de certaines fonctions, professions, chercheurs… mais plus du plus grand nombre. Une autre image s’est imposée peu à peu.

L’image de la justice cède la place

Une image que l’on ne peut réduire à un lieu, ou un homme. Car, elle est abstraite. C’est une problématique. Elles sont ainsi les problématiques, conceptuelles, terriblement in-filmables. Tout le contraire d’une enceinte judiciaire, avec ses personnages et son histoire, ses revirements, ses verdicts (le mot est d’ailleurs passé dans le langage commun pour traduire l’importance des instants décisifs). « La sécurité » est cette problématique englobante. Elle n’a pas de récit avec début, milieu et fin. Ni héros dont le visage donnerait une quelconque piste. Certes, elle connaît des épisodes divers, autant de catégories d’épreuves que sont le terrorisme, la délinquance, les quartiers « sensibles »… Elle possède une foule de visages, spécialistes, victimes, politiques, décideurs… D’ailleurs sa définition est en soi un défi. Il y a le fameux sentiment « d’insécurité », le vécu dramatique et bien concret de celles et ceux qui ont subi, le discours du sociologue qui mesure, du responsable de la puissance publique qui dit…

Dans ce concert loin d’être harmonieux, les statistiques seules semblent en adéquation avec la problématique que l’on déploie, déplie, étire. Autant la sécurité ne se filme pas – seules ses conséquences étant accessibles à l’image – autant elle se quantifie. Sans fin. Les critères vont en tous sens, espace, domaine, temps. Et la justice là-dedans ? Elle semble s’être fondue dans cette problématique sécuritaire. La récidive, la prison, la pénalité, la loi – est-elle elle-même applicable ou pas, laxiste ou pas ? -, tout cela appartient désormais à la sécurité, à sa mise en débat, et à ses polémiques de tous ordres. L’affrontement y est souvent plus courant, et presque plus important que les faits eux-mêmes. Il arrive souvent que l’on saute la case du « que s’est-il passé ? » pour celle du « que doit-on faire ? Pendant ce temps, presque à l’instar de deux routes qui se croisent, les procès ont été filmés, la constitution des archives de la justice s’est poursuivie au rythme des audiences tenues autour de crimes contre l’humanité, ou actes terroristes. Et « pour les meilleures raisons du monde » ces images sont à l’abri du regard du public…

Retrouver l’image perdue de la justice

Terrible paradoxe, au moment où le monde vit une société globale de l’image. Certes, le grand procès (ce qui est déjà en soi, une sélection) est enregistré, mais il est placé dans l’ombre des réserves documentaires. Alors que la planète a les yeux grands ouverts sur les écrans du temps réel. En direct, les prises de vue des réseaux sociaux prennent le vif et le mort. Promotion, déploration, mobilisation, toutes et tous, nous sommes soumis à la déferlante de l’émotion. La vidéo devenant un élément de preuve en temps réel pour un procès qui instantanément commence. Puissance de la captation diffusée en masse par les écrans de poche, dans l’instant. Nous sommes face à une véritable disruption politique pour les amateurs de langage moderne. D’où l’exigence impérieuse d’une culture de l’esprit critique. Pour précisément, ne pas se laisser embarquer dans le « verdict instantané ».

Une éducation aux médias n’est donc pas seulement requise, mais bel et bien, une éducation à la vérité, à ce qui permet de l’établir, de la produire, de la fabriquer. L’enquête est cette forme première déjà élaborée par Hérodote ou Thucydide. L’enquête et sa rigueur, l’enquête et son éthique. Pour restaurer la confiance, retrouver les voies du récit. Ces grands défis contemporains sont la toile de fond de la proposition de l’actuel garde des sceaux.

Filmer les procès suppose de restaurer une dramaturgie codifiée du jugement des hommes. De la replacer au cœur des existences citoyennes. De la remettre en lumière. Restaurer la confiance en retrouvant les voies du récit judiciaire. La confiance qui ne se vit qu’au grand jour. C’est bien pour cela que le principe de la publicité des débats de justice a sans cesse été réaffirmé jusqu’à la convention européenne des droits de l’homme. En un mot, retrouver l’image perdue de la justice.

 

Illustration de mise en avant : Sebastian Pichler – Unsplash

Liens vagabonds : Même pendant la crise, les GAFA raflent la mise

A RETENIR CETTE SEMAINE : 

Les GAFA, gagnants de la crise ! – Les revenus combinés d’Amazon, Apple, Alphabet, Microsoft et Facebook ont atteint 1,2 trillion de dollars cette année, en hausse de 25 % par rapport à mars 2020, bénéficiant d’une « perfect storm” avec la crise sanitaire. La tendance semble se confirmer en ce début de l’année 2021, avec Google et son chiffre d’affaires de 55,31 milliards annoncé sur le premier trimestre cette semaine, ou encore Amazon qui a franchi la barre des 100 milliards de ventes sur la même période. De son côté, Apple annonce un bénéfice de 23,6 milliards de dollars sur le dernier trimestre aidé par une forte demande en produits compatibles 5G. Facebook a aussi donné tort aux analystes de Wall Street avec un chiffre d’affaires de 26,2 milliards de dollars sur le début de l’année grâce notamment au retour des publicitaires sur sa plateforme. 

Les podcasts par abonnement, c’est pour (très) bientôt – Après Apple et NPR la semaine dernière, c’est au tour de Spotify de se lancer dans les abonnements podcast. Le géant du streaming audio permet désormais aux podcasteurs américains de proposer leurs contenus sur son nouvel outil, Anchor, non présent dans l’application Spotify standard. Cette nouvelle fonctionnalité est présentée comme une réponse à Apple Podcast, bien que les deux services soient légèrement différents, en particulier sur la question de la rémunération des podcasteurs. Toutes ces annonces laissent entrevoir une guerre du podcast payant qui se prépare, alors que les abonnements à des services et plateformes prennent de plus en plus de place dans les budgets des familles. 


Mise à jour iOS Apple – Etre ou ne pas être suivi ? C’est la question que vous pose Apple depuis cette semaine suite à sa mise à jour iOS 14.5 censée mieux protéger votre vie privée. La marque à la pomme vous demande désormais d’autoriser les applications à recueillir vos données, provoquant l’inquiétude de nombreuses plateformes au business model basé sur cette collecte, comme Facebook. En cas de rejet de la part de l’utilisateur, Apple sera le seul à avoir accès aux données, transformant ainsi la firme de Cupertino en l’interlocuteur unique des publicitaires et entreprises souhaitant obtenir les informations des utilisateurs d’iPhone. La mise à jour comprend également d’autres fonctionnalités, comme de nouvelles voix pour Siri ou la possibilité de débloquer son iPhone grâce à son Apple Watch. 

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Liens vagabonds : Pour l’UE, l’IA est une Intelligence à Apprivoiser

A RETENIR CETTE SEMAINE : 

L’Europe veut encadrer l’IA – Mercredi, l’Union européenne a présenté une nouvelle proposition de loi pour encadrer l’utilisation de l’intelligence artificielle. Ce projet ambitieux veut en particulier bannir les usages “inacceptables” de cette technologie. L’UE propose ainsi de faire autoriser par un juge, au cas par cas et sous certaines conditions, l’usage de la reconnaissance faciale par les autorités des pays membres. La proposition doit encore être discutée au Parlement européen. 

En Autriche, on se félicite du fait que, pour la première fois, des « lignes rouges » ont été définies et que certaines pratiques de manipulation et de surveillance de masse soient interdites, comme le scoring social. En Espagne, Barcelone s’est déjà engagé à utiliser l’IA de manière éthique et à en surveiller l’utilisation par les autorités municipales. Du côté des Allemands, on se questionne sur la compatibilité d’un ensemble de règles contraignantes avec l’épanouissement d’une industrie qui veut développer l’IA « comme marque de fabrique pour l’Allemagne ». 

Si les limites proposées montrent que l’UE s’éloigne parfois des considérations commerciales et géostratégiques pour s’interroger sérieusement sur ce qui est le mieux pour les citoyens, le Handelsblatt craint que les nouvelles règles de l’UE en matière d’IA pourraient être désavantageuses pour l’Europe en limitant les investissements, et freiner l’innovation. D’un autre côté, les règles ne vont pas assez loin pour certains, comme Nicola Beer, Vice-président du Parlement européen, notamment en matière de biométrie. Le philosophe Thomas Metzinger, membre du groupe d’experts qui a conçu les règles éthiques, met en garde contre la « présence de technologies à haut risque qui menaceraient notre système ». Le mot de la fin revient à la Suisse pour qui cette proposition revient à dire que l’on « construit des autoroutes et que l’on introduit des règles de circulation routière alors que la majorité des gens circulent encore à pied ».

Le Push audio de Facebook  –  Facebook est bien décidé à s’attaquer aux marchés, très en vogue,  de l’audio social et du podcast. Mark Zuckerberg a annoncé ce lundi l’arrivée prochaine de plusieurs produits audio sur son réseau social. Sur le modèle de Clubhouse, Facebook ajoutera des Rooms d’audio live qui devraient arriver cet été. Les utilisateurs de Facebook pourront aussi écouter des podcasts et “soundbites” directement sur le réseau social, notamment grâce à un player Spotify intégré. Ces annonces arrivent dans un contexte de ruée vers l’audio sur les plateformes sociales. Cependant,l’application Clubhouse, phénomène de ce début d’année, se vide et souffre d’une baisse de 72% de ses téléchargements.

La fin du boom de Netflix ? – Netflix a dévoilé ses résultats pour le premier trimestre 2021, et le bilan est plutôt mitigé. Le géant du streaming a notamment vu une hausse plus faible du nombre de nouveaux abonnés par rapport au premier trimestre 2020. La situation ne devrait pas s’arranger avec les réouvertures des lieux de loisirs qui diminuent le temps de streaming. Ces résultats semblent également confirmer l’effritement de la domination de Netflix sur le marché à mesure que ses rivaux gagnent du terrain. A la suite de ces annonces, le cours des actions de Netflix a chuté. Par contre, même si la plateforme perd des parts de marché, elle ne perd pas pour autant des clients. Du moins pas encore. 

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La Gen Z, génération de la vidéo mobile, mais pas seulement

Par Lisa Rodrigues, MediaLab de l’Information

La dernière étude du cabinet d’études Horowitz balaie certaines idées reçues sur les tendances de consommation des 13-24 ans, regroupés sous le nom de la « Gen Z ». Même si les jeunes sont beaucoup plus souvent sur leurs écrans mobiles que leurs aînés pour regarder des contenus vidéo, cela ne sonne pourtant pas le glas du grand écran.

Le smartphone reste bien le premier outil de visionnage de contenus vidéo pour la Gen Z : 75% des sondés déclarent l’utiliser dans ce but tous les jours. La télévision arrive juste derrière, avec 62% des jeunes qui affirment la regarder tous les jours. L’ordinateur portable pointe à la troisième place des appareils de visionnage de vidéo les plus plébiscités par la Gen Z, avec 56% des répondants l’utilisant chaque jour. 36% des sondés regardent leurs contenus sur tablette, 33% sur un ordinateur fixe, 28% via une console de jeux et 27% grâce à un outil connecté. Enfin, 19% des 13-24 ans déclarent regarder des vidéos via une technologie VR, tels que les casques grand public.

Les contenus vidéo courts comme sur les réseaux sociaux type TikTok sont très regardés par cette génération. Pour autant, l’étude montre que les jeunes ne négligent pas les formats longs dits « de télévision » : films, séries, émission d’actualité, retransmissions sportives … Selon cette enquête, ils passeraient environ 4,7 heures par jour à en regarder. Par contre, même s’ils sont 73% à avoir accès à un abonnement linéaire ou satellite traditionnel, seuls 51% d’entre eux regardent les formats longs via ce canal. La Gen Z est ainsi beaucoup plus consommatrice de contenus à la demande.

La vidéo sur grand écran, oui, mais partagée et interactive

Les smartphones et outils mobiles ont la préférence des 13-24 ans pour visionner des formats vidéo courts. A l’inverse, ils préfèrent largement regarder les formats longs sur grand écran, télévision en tête, car plus confortable. Ce comportement à deux échelles s’accentue davantage à mesure que la Gen Z arrive sur le marché du travail et que ces jeunes fondent leurs propres foyers. Toutefois, cette utilisation d’écrans plus larges s’accompagne de nouvelles pratiques de consommation. L’étude note également l’essor du visionnage partagé avec des services comme Netflix Party ou Hulu Watch Party qui permettent de regarder ensemble un même programme tout en étant physiquement séparés.
56% des 13-24 ans se disent ainsi intéressés par le visionnage partagé.

Enfin, ce qui peut expliquer le maintien d’une pratique mobile même pour de la consommation sédentaire de vidéo, c’est l’interactivité. Presque deux tiers de la Gen Z envoient des messages sur les réseaux sociaux à propos de séries ou de contenus vidéo. Pendant leur visionnage, ils sont 60% à parler simultanément avec leurs amis en s’échangeant des messages via leurs appareils mobiles. « L’expérience télé par définition a toujours été passive, impersonnelle et non interactive », souligne Adriana Waterson du cabinet Horowitz, au contraire d’appareils mobiles comme le smartphone qui connecte les jeunes entre eux.

Le grand écran devra donc développer ses possibilités d’interaction pour rester attractif auprès de la Gen Z, professe l’étude.

 

Illustration : Walid HamadehUnsplash

Google : pas de front républicain ou d’union sacrée de la presse

Désolant spectacle cette semaine au Sénat où les familles de presse française se sont déchirées en public sur les miettes laissées par Google, qui, pour solder l’affaire du droit voisin, a choisi de ne compenser que les titres de presse d’information générale par un deal confidentiel.

La presse magazine, la presse spécialisée et les agences de presse, qui n’ont rien obtenu, ont demandé aux parlementaires et au gouvernement de revenir dans le débat pour faire respecter la loi, qui pour eux, doit prévaloir sur des contrats commerciaux.

Ils demandent l’annulation de l’accord passé par la presse d’information générale, qui serait lié à l’utilisation de services Google, le retour à l’idée initiale d’un organisme de gestion collective des fonds Google, ou même l’instauration d’un « must carry » comme c’est le cas pour les contenus audiovisuels diffusés par les telcos.

Le sénateur David Assouline a promis de tout faire pour relancer le sujet au sein du projet de loi audiovisuel !

ES

 

Liens vagabonds : La Chine met un coup de pied dans la fourmilière BATX

A RETENIR CETTE SEMAINE : 

La Chine fait plier ses géants de la tech – Le régulateur chinois a condamné cette semaine Alibaba à une amende record de 2,8 milliards de dollars pour non-respect des règles de concurrence. Dans la foulée, le géant chinois a annoncé sa restructuration en holding financière suite aux pressions des autorités chinoises, accentuant davantage le recadrement de Jack Ma et de son empire par Pékin. Les leaders communistes de la province d’origine d’Alibaba ont également promis de “superviser et guider” le leader du e-commerce pour éviter de futures violations de la loi. Et Ant Group n’est pas le seul à passer un mauvais quart d’heure, puisque les autres grandes entreprises chinoises de la tech ont toutes assuré cette semaine respecter les nouvelles règles de concurrence édictées par le régulateur chinois.  

IPO de Coinbase – Mercredi, l’entrée en bourse de Coinbase a fait trembler le Nasdaq. L’IPO par cotation directe de la plateforme d’échange de crypto-monnaies a démarré avec une action à 381 dollars, laissant présager une valorisation boursière pour l’entreprise à près de 100 milliards de dollars. Au meilleur de la journée, un pic a été atteint avec une valorisation estimée à 112 milliards de dollars. Coinbase a, ainsi, fait une entrée fracassante en bourse et a été valorisé en clôture à plus de 86 milliards de dollars. L’entreprise s’est même payée le luxe de faire un meilleur démarrage au Nasdaq qu’un certain Facebook en 2012 … 

L’École des rançongiciels – Après les hôpitaux en début d’année, les établissements scolaires semblent être devenus la nouvelle cible des cyberattaques et rançongiciels. Alors qu’en France, l’enquête sur l’attaque qui a visé le Centre national d’enseignement à distance est encore en cours, les attaques se multiplient dans le reste du monde. En Belgique, c’est la plateforme Smartschool qui met en garde les écoles contre les cyberattaques. Les Etats-Unis non plus ne sont pas épargnés, et les parents se retrouvent eux-aussi désemparés. Beaucoup pointent du doigt la responsabilité de la Russie, considérée comme un paradis pour les rançongiciels.

 

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