La créativité doit faire sa propre mue créative

Par Nils Aziosmanoff, président du Cube. Article initialement publié sur Usbek&Rica le 26 mars 2021

Aujourd’hui, chacun s’accorde à penser que le sort de la planète appelle à un sursaut créatif sans précédent. Mais devenir plus créatif dans un environnement assisté par les algorithmes ne s’improvise pas, nous dit dans cette tribune Nils Aziosmanoff, président du centre de création numérique Le Cube.

Dans les années 1930, un miracle est né de la convergence des arts et de l’industrie : le Bauhaus. Cette école révolutionnaire portait un fabuleux dessein : démocratiser le beau par la production de masse d’objets esthétiques jusqu’alors réservés aux élites. Cette aventure a donné naissance au design, véritable levier d’élévation humaine dont les effets sur l’économie sont toujours considérables. L’ère d’Internet peut à présent nous permettre d’accéder à la société du « tous créateurs » grâce à l’intelligence distribuée et aux potentialités du numérique. La créativité du XXIe siècle nous invite à dessiner une nouvelle vision du monde, au service d’une nouvelle conscience pour la planète.

« Détruire est une urgence créative », disait Picasso. Aujourd’hui, chacun s’accorde à penser que le sort de la planète appelle à un sursaut créatif sans précédent. Entre crise sanitairedérèglement climatiqueeffondrement écologiqueruptures économiques et fractures sociales, le monde d’après émerge sous très haute tension. Mais à l’ère du numérique, la question n’est pas de savoir inventer, elle est de savoir inventer de nouvelles manières d’inventer. Étrangement, alors que nous en sommes réduits à cette extrémité, la création artistique semble absente de ce nouvel enjeu de civilisation.

De tout temps, les arts et la culture ont formé le socle dynamique des civilisations. Nos récits et nos représentations nous ont permis de « faire société ». Par sa puissance d’évocation, l’art transcende les cultures et nous relie les uns aux autres grâce à son pouvoir d’inclusion unique. Comment, dès lors, expliquer sa mise au ban de la société, son déclassement au non essentiel ? Plus étonnant encore, pourquoi les arts numériques restent-ils ignorés de l’institution ? Intelligence artificielle, virtualités, réseaux sociaux ou connectivité nous invitent à réinventer la fabrique des imaginaires.

De détenteur d’un savoir, le travailleur est appelé à devenir créateur de possibles

« A l’ère de l’économie de la connaissance, les gagnants seront les créatifs. » Ces mots de l’économiste Jeremy Rifkin nous rappellent que face à l’essor des IA, la compétence créative sera de plus en plus recherchée. L’entreprise agile fonctionne avec 1 niveau hiérarchique, contre 17 dans un organisme comme l’Éducation nationale. Nos parents avaient 1 métier pour la vie, nous en avons 3 en moyenne, nos enfants en auront plus de 10. De détenteur d’un savoir, le travailleur est appelé à devenir créateur de possibles.

Mais devenir plus créatif dans un environnement assisté par les algorithmes ne s’improvise pas. Ce développement personnel nécessite la prise en main d’outils et de méthodes encore peu usités au sein du système éducatif. On les trouve essentiellement au sein de tiers-lieux où artistes, makers, entrepreneurs, experts et citoyens inventent collectivement de nouvelles pratiques. Ces communautés apprenantes se fondent sur la dynamique de l’intelligence collective et du faire ensemble. En renforçant la capacitation et la résilience sociale, elles revivifient les solidarités et le bien commun.

La convergence des sciences, des technologies et des arts scelle l’alliance de l’IA et de l’imagination

Sur ce terrain aussi les politiques publiques peinent à agir, au risque de dévitaliser la créativité et de laisser à d’autres contrées le soin de définir les nouveaux horizons culturels. Dans le domaine des industries créatives, par exemple, la télévision paie cher aujourd’hui le fait d’avoir snobé l’irruption de Netflix dans les foyers. Forte de ses 200 millions d’abonnés, la plateforme a en quelques années supplanté les géants de l’audiovisuel et du cinéma. Il en ira de même de la création artistique si elle ne sait s’adapter aux nouveaux usages et aspirations des digital natives. Demain, la création chinoise ou américaine s’invitera dans les foyers pour proposer de nouvelles expériences, à l’instar du jeu vidéo.

Combien de temps la french touch survivra-t-elle dans un univers en pleine mutation ? Pour exister dans le monde d’après, la créativité doit commencer par faire sa propre mue créative. Tout comme le cinéma à ses débuts, elle devra explorer de nouvelles formes de récit du monde en utilisant les moyens de son temps. La convergence des sciences, des technologies et des arts scelle l’alliance de l’IA et de l’imagination. C’est à cette urgence créative qu’il nous faut répondre, au service du « beau, du bien et du bon ». Le défi est immense, mais il en va de la vitalité économique et sociale de la création, de notre identité culturelle et du rayonnement de « l’exception française » dans le monde.

 

 

Illustration : Sam Moqadam – Unsplash

Le lien indéfectible entre info et démocratie se noue, dans l’épreuve

Par Hervé Brusini, Président du Prix Albert Londres, ancien rédacteur-en-chef de France Télévisions

Interroger une technologie en 3 étapes

Il aura fallu peu de temps pour vouer Internet aux flammes de l’enfer numérique. A peine soixante ans. Ce qui apparaissait comme l’instrument de l’affranchissement d’une humanité en route pour le progrès, devient désormais aux yeux de beaucoup, un cauchemar dont il faudrait se départir au plus vite. Les tenants de ce revirement n’appartiennent pas à une cohorte antique de réactionnaires du clic. Non, ce sont souvent les concepteurs même du réseau qui prennent ainsi position sur les barricades du monde virtuel. Troublant…

Alors, pour en avoir le cœur un peu plus net (sans jeu de mots) on peut se tourner vers les experts des dispositifs de surveillance. Ceux qui ont tenté d’en écrire l’histoire, celle de ce couple pouvoir/savoir qui enserre l’individu comme l’humaine condition. Encore plus troublant de voir combien le web peut s’inscrire dans la sophistication disciplinaire des peuples, dans une production de vérités sans rapport avec les exigences de la démocratie.

En ces temps d’enfermement, on se prend à chercher lumière et oxygène. Impossible de se résoudre à réduire les espérances de toutes et tous à l’exercice d’une technologie … redoutable. Certains parlent d’un janus capable du pire comme du mieux, c’est qu’il y a donc bien double face. Avec en bout de piste politique, ce défi à relever d’une vigilance critique sur la production du web, comme sur sa gouvernance. Trois parties pour tenter de comprendre….

1De l’utopie à la défiance

Tout se passe comme si le maître-mot était devenu celui-ci : « Si le web n’existait pas, il faudrait ne pas l’inventer ».

Cette adaptation d’une citation de Balzac parlant de la presse traduit assez le sentiment actuel de certains critiques du monde digital de l’info. Certains appellent cela le « technopessimisme ». Il s’agit peut-être de bien plus. A telle enseigne que de nombreuses personnalités du web ont confié, et confessent leur crainte face au devenir de leur propre invention. A titre d’exemple, on le sait, le créateur du WWW, Tim Berners Lee, a alerté sur la perte de contrôle des données personnelles, la désinformation envahissante et le manque de transparence dans la publicité politique, en action sur les écrans.

De « webconf » attristées en regrets personnels, le technopessimisme gagne. L’illusion d’un monde meilleur semble se dissiper. On pensait le voir s’établir dans l’échange du clic, il se perd désormais, dans la peur d’avoir engendré un monstre. Et l’on va de cris d’alerte, en remords. Au mieux, l’on tente de comprendre, comment on en est arrivé là, comment quelques remèdes pourraient nous sortir de ce retournement funeste.

Bref, on s’essaie à l’intelligence d’une situation de crise qui surprend la planète par son ampleur et ses redoutables conséquences. L’élection de Trump, ses quatre années d’exercice et la violente séquence du capitole ont précipité les sombres diagnostics, de même que l’ouverture de débats restés jusqu’ici sans effets réels. L’information est au cœur de cette tourmente. Des révoltés de la vérité ont su provoquer ce court-circuit qui fait s’interroger les grands médias américains sur leurs fondamentaux. On le voit tous les jours, des totems vacillent. Diversité, neutralité, objectivité deviennent autant de sujets polémiques dans les rédactions. Et l’on n’hésite pas là-bas à parler de crise épistémologique, histoire de poser quelques premiers mots sur le caractère inédit de la situation. Apparaît alors en pleine lumière une notion le plus souvent réservée aux philosophes, aux scientifiques ou aux hommes d’église, sans oublier les journalistes : la vérité. Encore et toujours. Une nouvelle vérité politique serait en action dans la cité, une mauvaise action. Une vérité dévastée ou en passe de l’être, disent les anciens candides qui désormais sonnent le tocsin.

Le récent article de Thomas B Edsall, enseignant à l’école de journalisme de Colombia, ne cesse de marteler ce désenchantement, pire cette double-face mortifère que constitue selon lui le web. L’ange serait devenu exterminateur.

Le titre du papier annonce la couleur : « Sous nos yeux, la démocratie est en train de s’affaiblir. » Et il développe : la promesse qui consistait à « autonomiser les sans voix, abattre les frontières pour construire des communautés transnationales et éliminer les arbitres d’élite qui restreignaient le discours politique » s’est réalisée en cauchemar.

A présent, « les démocraties paient le prix de la liberté sur Internet sous la forme de désinformation, de discours de haine, d’incitation et d’ingérence étrangère dans les élections… » Citant de nombreux chercheurs américains, l’auteur va plus loin dans son questionnement, « les instruments supposément neutres des médias sociaux fonctionnent-ils à la fois pour le bien et le mal ou sont-ils intrinsèquement diviseurs ? »

Et de citer les bons points comme les mauvais. Ce sont bien les réseaux sociaux qui ont montré les images d’une violence policière assassine avec G. Floyd, mais ce sont bien ces mêmes réseaux qui ont permis le rassemblement d’extrême droite de Charlottesville et sa voiture bêlier en 2017.

Plus grave encore, cette ambivalence, ne résisterait pas à terme. Janus n’aurait qu’une seule face : « Il y a un débat en cours sur la question de savoir si la promotion de la division et de la polarisation est intégrée dans la structure marketing des médias sociaux… »

Cité lui aussi, un prof de droit de Yale décrit un mal constitutif : « Certaines des caractéristiques les plus inquiétantes des médias sociaux proviennent de modèles commerciaux basés sur la surveillance et la monétisation des données personnelles. Les médias sociaux ne s’amélioreront pas tant que leurs modèles commerciaux actuels basés sur la surveillance leur donneront les mauvaises incitations ».

Bref, « l’âge du capitalisme de surveillance » cher à Shoshana Zuboff ferait sentir ses effets délétères. Paru en 2020 en France, son livre voulait alerter sur les grandes sociétés du numérique qui « décident à notre place ». Désormais, les analystes professionnels de l’information semblent ne pas dire autre chose.

Le diagnostic de Eric B. Schnurer, président d’une société de conseil en politique, cité dans le même article pointe un modèle d’entreprise, avide de profits dont « la meilleure façon de faire est d’exploiter le comportement non rationnel et de créer des réactions fortes plutôt que des discours raisonnés… Ces entreprises numériques ont maintenant métastasé dans ce modèle où leurs clients sont leur matière première, qu’ils exploitent, sans frais, et vendent à d’autres pour une exploitation ultérieure. »

L’utopie d’un monde de partage, de communauté, de like et autres cœurs emojis s’en est allée. Nous voilà passé de la béatitude aux enfers, et prévient l’auteur en fin d’article, « tout cela se produit alors que la plupart d’entre nous continuent à ne pas être conscients de la transformation qui a eu lieu au cours de notre vie, fonctionnellement inconscients de la « crise épistémique », à la fois comme contributeur au problème et comme accélérateur ».

Stupéfiant cas de figure dans l’histoire du couple pouvoir/savoir. A en croire ces critiques, nous serions ainsi nous-mêmes moteurs de cette crise épistémique. Mais de quoi parle-t-on effectivement, d’un mauvais rêve, d’un piège technologique, qui nous apparaît brutalement ?

2L’histoire pour y voir plus clair

Essayons l’impossible : tenter de refermer la boîte de Pandore des débats et polémiques qui s’ouvre aujourd’hui, toujours plus grande dans le désarroi planétaire.

L’utopie est devenue défiance, aux yeux de certains, soit. Mais la technologie, fut-elle particulièrement innovante, peut s’interroger. Elle constitue rarement une génération spontanée. Ses prémisses sont peut-être repérables dans le passé des procédures de gestion des savoirs, des pouvoirs sur les peuples, bref, de ce qu’un philosophe bien connu a appelé, la gouvernementalité. Quels en sont les pratiques, les signes distinctifs, bref les grands principes du fonctionnement ? Y a-t-il une sorte de « retour du futur » possible entre « ces technologies de pouvoir » mises au point en d’autres temps, et le nouveau monde d’internet ?

L’histoire du chiffre

Compter, classer, noter, la statistique est plus que le carburant du web. Elle en est le moteur, le principe constitutif. Le chiffre met en œuvre un instrument de connaissance ultra performant, une photo établie en temps réel et planétaire sur la toile, aux innombrables critères. Les individus, les objets, les espaces, les grandes ou petites questions, l’on peut à l’envi multiplier les angles d’approche via le monde numérique. Interroger sans cesse cette matière capable de faire émerger les hurlements les plus massifs, comme les signaux les plus faiblement insidieux. Ce décompte statistique constitue une part essentielle de la vérité du web. On ne plaisante pas avec les chiffres, c’est bien connu, surtout dans le business.

La technologie, – précisément – « numérique » apparaît ainsi comme le nec plus ultra du savoir chiffré de nos sociétés. Elle est le fruit d’une déjà longue histoire. D’un changement puissant des dispositifs de pouvoir/savoir exercé sur l’individu, dont parle Michel Foucault dans son livre « Surveiller et punir ». Le maître mot de ce changement est à ses yeux, « l’examen ».

A titre d’exemple, la question de la visibilité du pouvoir. Autant Louis XIV est en majesté ce roi soleil célébré par l’architecture, la peinture ou la sculpture que nous connaissons tous. Autant, l’examen a fait entrer les sujets du souverain dans une visibilité détaillée, administrative, normative, décrit Foucault. Plus aucun individu ne doit échapper à l’œil du pouvoir disciplinaire. C’est bien moins spectaculaire qu’un tableau de 2m77 sur 1 m 92, ( les mensurations de l’œuvre de Hyacinthe Rigaud, le portraitiste royal) mais beaucoup plus efficace. Chacun vit maintenant avec cette capacité à tout moment mobilisable d’être tiré des fichiers en tous genres. La médecine, la police, l’école … ont peu à peu perfectionné ces registres où l’on en-registre, des individus comme des populations entières. C’est cela le changement épistémologique de la fin du XVIIIe siècle pointé par Foucault. L’émergence d’un pouvoir/savoir disciplinaire capable de dire la ou les vérités des individus, et des problèmes qu’ils posent, déviance, folie, récidive…Ce retournement de la visibilité est un événement majeur. Et force est de constater qu’à l’ère numérique, il s’est entièrement banalisé, il est même désormais triomphant.

L’histoire de la publication de soi

Auparavant, cette publication était le privilège des pouvoirs de l’écriture disciplinaire. Une formidable ressource de savoirs s’est ainsi constituée au fil des décennies à tous âges, en tous lieux de la vie de chacun. Les codes et les procédures d’hier et d’aujourd’hui, sont très certainement à replacer dans cette longue histoire des normes.

A présent, les paroles, les mots, les images arrêtées ou pas de chacun des contributeurs du net, nourrissent les espaces des écrans. Anonymes ou réellement revendiqués, les « posts » sont exposés dans leur singularité, granularité dit-on aujourd’hui, ce qui illustre et renvoie assez aux continents de sable qu’ils constituent. Point de salut sans visibilité sur la toile, cette dernière devant même être soutenue, presque cadencée comme un moteur à publication de soi, enfermé dans un mouvement perpétuel. L’arrêt, c’est l’effacement, la mort numérique. Appartenir au flux est une condition sine qua non.

L’unité que constitue chacun, accompagne l’unité d’une communauté, d’un groupe, d’un monde, qui se fait et se défait sans cesse sous le scroll. Redisons-le, ce principe de publication est dûment codé, des procédures sont à respecter. Ces dernières permettent la reconnaissance de chacun par l’autre dans la forme même de la publication, comme l’appartenance à une expérience commune.

Le spectacle produit par internet est sous nos yeux. Pour reprendre l’exemple trivial du roi soleil, ce n’est pas M. Zuckerberg qui est mis en scène dans sa splendeur omnipotente. Ce sont les internautes et les récits cadrés de leur vie, et de leur pensée qui s’exposent. La visibilité est du côté de l’utilisateur, pas du côté de la toute-puissance de l’entrepreneur capitaliste des GAFA. Cette exposition de tout chacun, voilà ce qui permet la mesure, le comptage, l’évaluation, de l’unité comme de la masse.

Les fameuses données et les débats sur leur préservation ont en fait pour toile de fond ce que permet d’ores et déjà la connaissance chiffrée dans plusieurs champs d’exercice de notre société. Le classement, la mise en courbe en sont les nouvelles manifestations, mises en avant, comme on dit. C’est même un jeu de miroir, de performances sans fin.

« …Franchement, je n’aurais jamais cru parvenir à un tel score, c’est arrivé comme ça en quelques minutes… » Les mots du nirvana quantitatif sont convenus. Mais le résultat ne vaut évidemment que si l’on est enregistré.

 L’histoire de la valorisation individuelle

Foucault en brosse les premiers traits. « Être regardé, observé, raconté dans le détail, suivi au jour le jour par une écriture ininterrompue était un privilège…. Cela faisait partie des rituels de la puissance » raconte Foucault.

Désormais, le simple individu appartient à une nouvelle sorte de valorisation, celle du « cas ». Non plus un héros, mais une référence documentaire qui doit sanctionner, redresser, tel ou tel comportement inadapté.

Sur le web, les procédures de valorisation de soi pullulent. Abonnements, followers, like, on connaît ces signaux. Ils font sourire ou déclenchent des drames petits ou grands. Chacune et chacun devient et se constitue en un « cas », jugé, évalué, documenté. C’est le corrélas du principe de publication. Il encourage à l’hyper distinction du discours.

La singularisation à outrance est la condition du succès des « cas ». Ce n’est pas une confrontation en démocratie numérique, c’est une juxtaposition d’univers individuels, à deux doigts d’en découdre. La prime est à la polarisation ou ce qui peut la faciliter. Ainsi valorisée, qu’elle soit due à l’exercice d’une rationalité sans frein comme le soutient Étienne Klein, ou à la folie du moment, l’affirmation selon laquelle la terre est plate, est la bienvenue.

Elle concourt à l’invitation/injonction à se démarquer exercée par le système GAFA. Dans cet ordre d’idées, l’affirmation est plus importante que le fait. L’alternative au réel, est ainsi d’autant plus pensable, qu’elle se met en place à chaque instant numérique. Elle est couplée au « cas », promue comme jamais…

Cette tentative d’un « Retour vers le futur » a bien des allures cauchemardesques. A en croire cette re-lecture succincte, le web apparaitrait comme la quintessence d’un outil disciplinaire mis au point au fil de l’histoire, concrétisé dans une technologie et sans que l’on en distingue réellement les périls. Gare à ne pas basculer ainsi dans une représentation monstrueuse de ce qu’est d’ores et déjà notre pratique quotidienne. Pour autant, l’écho épistémologique est indéniable. Il enjoint au sursaut de la prise de conscience, d’une intelligence offensive de la situation.

3A situation inédite, vigilance innovante

Le monde numérique est donc bien ce Janus à la fois redoutable et chargé d’espérance. Un passage par l’éclairage de l’histoire montre assez le lien existant entre lui et les techniques de gouvernement des gens.

Les travaux du philosophe sont explicites : « L’examen porte avec soi tout un mécanisme qui lie à une certaine forme d’exercice du pouvoir un certain type de formation du savoir », précise Foucault.

Et l’historien/philosophe ajoute que, dès le XVIIIé siècle, la prison, l’hôpital, l’armée, l’éducation…ont vu se mettre en place une « modalité nouvelle de pouvoir où chacun reçoit pour statut sa propre individualité » De ce point de vue, seul le web, a pu conférer de façon exhaustive et à un tel degré, ce statut de « singularité ». Et de façon inattendue.

Là, se situe sans doute, le caractère inédit de la situation. Car, Internet, le web, les réseaux sociaux, sont principalement les attributs d’entreprises surpuissantes. Les mécanismes du pouvoir/savoir ont certes, été mis au point et éprouvés dans le creuset du pouvoir souverain. Mais aujourd’hui des géants économiques – les GAFA- en sont les acteurs, les ingénieurs, les décideurs. De ce point de vue, « l’âge du capitalisme de surveillance », le livre de Shoshana Zuboff se veut être un signal d’alarme.

« Le capitalisme de surveillance revendique unilatéralement l’expérience humaine comme matière première gratuite destinée à être traduite en données comportementales… », écrit-elle.

Inciter, influencer, ajuster, aiguillonner seraient, selon elle, les nouveaux exercices rendus possibles par l’exploitation des données individuelles. Le pouvoir disciplinaire voyait, la surveillance numérique anticipe, prévoit.

L‘information sous tous ses aspects est au cœur de ce dispositif. Les contre-mesures commencent à se mettre en place. Une mobilisation mondiale a obtenu de véritables résultats en matière de protection de la vie privée. On s’active à mettre en cause les monopoles que constituent certains acteurs du web. Aux États-Unis même, la nouvelle administration Biden évoque l’idée d’une taxation des géants du numérique. Une prise de conscience existe bel et bien.

La lutte anti infox, et plus largement l’éducation aux médias sont devenues les grandes causes planétaires. Une vigilance offensive s’installe avec la culture de l’esprit critique pour étendard. Pour une première fois peut-être, le lien indéfectible entre info et démocratie se noue, dans l’épreuve.

« Je rêve d’un âge nouveau de la curiosité », prophétisait un intellectuel illustre. Il ajoutait :  « On se plaint toujours que les médias bourrent la tête des gens. Il y a de la misanthropie dans cette idée. Je crois au contraire que les gens réagissent… L’esprit n’est pas une cire molle. C’est une substance réactive. Et le désir de savoir plus, et mieux, et autre chose croît à mesure qu’on veut bourrer les crânes. » Ces mots sont encore de Michel Foucault lors d’un entretien accordé au journal Le Monde en avril 1980.

Dans des conditions très particulières. Face au journaliste, C. Delacampagne, il avait souhaité ne pas apparaitre sous son nom. L’interview se présentait donc comme un entretien avec un « Philosophe masqué » Assurément quelque chose de l’ordre du gai savoir était alors en action dans l’optimisme revendiqué de Foucault. Il souhaitait comme une redécouverte collective, une confiance restaurée…

La sombre représentation du monde numérique actuellement en cours, est certainement salutaire, mais l’obscurité systématiquement dépeinte peut conduire à un contre effet, un isolement sans issue. Comme s’il y avait la volonté de tirer toutes les conclusions de l’histoire alors que la pièce est loin d’être terminée.

Et Foucault de conclure : « On comprend que certains pleurent sur le vide actuel et souhaitent, dans l’ordre des idées un peu de monarchie. Mais ceux qui une fois dans leur vie ont trouvé un ton nouveau, une nouvelle manière de regarder, une autre façon de faire, ceux-là, je crois, n’éprouveront jamais le besoin de se lamenter que le monde est erreur, l’histoire, encombrée d’inexistences, et il est temps que les autres se taisent pour qu’enfin on n’entende plus le grelot de leur réprobation… »

Sous son masque, le philosophe se voulait souriant, adepte du gai savoir. Et si, sous le nôtre, pandémique ou pas, nous faisions de même ?

 

 

 

 

 

 

 

Liens vagabonds : Les données personnelles de millions d’utilisateurs Facebook sont en libre accès 

A RETENIR CETTE SEMAINE : 

Facebook Leaks – Les médias ont dévoilé que les données personnelles de 533 millions d’utilisateurs Facebook ont fuité sur Internet. Parmi les victimes, on compte notamment des diplomates et responsables européens ou américains, dont certains membres de commissions sur la cybersécurité. La véritable origine de la fuite reste inconnue, même après la reconnaissance officielle de l’incident par Facebook. Le réseau social affirme toutefois connaître la source du problème. Comme la firme ne compte pas prévenir les utilisateurs affectés par la fuite de données, des applications et sites comme HaveIBeenPwned permettent de vérifier si votre adresse mail ou votre numéro de téléphone ont été ciblés.

Oracle VS Google – Dernier acte cette semaine de la bataille juridique entre Google et Oracle pour une affaire de copyright à plusieurs milliards de dollars. La Cour Suprême américaine a statué en faveur du géant californien accusé par Oracle d’avoir utilisé sans autorisation son langage de programmation Java pour le système Android. Pour plusieurs acteurs du secteur, cette décision de justice est d’autant plus historique qu’elle est une victoire pour les développeurs et les consommateurs. Dans son jugement, la Cour Suprême affirme que Google a eu un “usage raisonnable” du code d’Oracle en utilisant seulement ce qui lui était nécessaire pour bâtir son système. 

Clubhouse n’a pas dit son dernier mot – Clubhouse doit se démarquer avec les lancements en série de services audio, comme cette semaine avec la version bêta de Hotline, le service de Q&A signé Facebook, mélange de Clubhouse et d’Instagram Live. La plateforme audio a ainsi lancé Clubhouse Payments pour permettre aux hôtes de recevoir de l’argent de la part de leurs auditeurs, et donc, à terme, de monétiser leurs contenus. Même si Clubhouse n’est pas encore complètement installé dans les pratiques sociales numériques, il veut incontestablement rester dans la course. Preuve en est, quelques jours plus tard, quand, après une nouvelle levée de fonds, Clubhouse a vu sa valorisation se rapprocher des 4 milliards de dollars un an seulement après son lancement. Un chiffre impressionnant, qui correspond également à l’offre que Twitter aurait formulé pour racheter Clubhouse, avant que le projet ne soit finalement abandonné.

 

Cette semaine en France

3 CHIFFRES

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE

Infographic: China First Major Economy to Issue Digital Currency | Statista You will find more infographics at Statista

NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ

DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION

GAFA / BATX 

DONNEES, CONFIANCE, LIBERTÉ DE LA PRESSE, DÉSINFORMATION

LEGISLATION, REGLEMENTATION

JOURNALISME

STORYTELLING, NOUVEAUX FORMATS

ENVIRONNEMENT

RÉSEAUX SOCIAUX / MESSAGERIES

STREAMING, OTT, SVOD

AUDIO, PODCAST, BORNES

DATA, AUTOMATISATION, INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, BLOCKCHAIN

MONÉTISATION, MODÈLE ÉCONOMIQUE, PUBLICITÉ

IMMERSION, 360, VR, AR

JEUX VIDEO, eSPORT

5G, 8K

TECH, STARTUPS, INNOVATION, TRANSFO NUM

OUTILS

 

ES avec Kati Bremme, Mathilde Caubel & Lisa Rodrigues

 

Illustration : Solen Feyissa – Unsplash

Liens vagabonds : Clubhouse survivra-t-il au mimétisme de la concurrence ?

A RETENIR CETTE SEMAINE : 

Clubhouse et l’imitation game – Le succès fulgurant de Clubhouse semble en inspirer plus d’un. Le premier de la liste était Twitter avec le lancement de sa fonction Spaces, d’abord sur iOS et bientôt sur Android et desktop. Il a vite été suivi par Facebook et Telegram. Avec sa récente acquisition de Betty Labs, Spotify ajoute Locker Room à son arsenal pour entrer sur le marché de l’audio live. De son côté, LinkedIn va aussi lancer sa propre version de Clubhouse pour les professionnels, ainsi que Discord avec ses Stage Channels. On dit que l’imitation est la plus sincère des flatteries mais ces nombreux imitateurs pourraient vite menacer l’application phénomène.

Amazon vs Democrats – Drôle de guerre sur Twitter entre Amazon et des figures de la politique américaine comme Bernie Sanders ou Elizabeth Warren en pleine vague syndicale – le vote pour rejoindre l’union s’est clôturé en début de semaine après un an de représailles de la part de l’entreprise envers les partisans de la syndicalisation. Le géant de la tech serait, en effet, passé à l’action sur les réseaux, à la demande de Jeff Bezos, pour défendre l’entreprise et reprendre la main après plusieurs polémiques. Des salariés, chaperonnés par Amazon, sont même allés au front sur Twitter pour répondre aux multiples accusations contre leur employeur. Toutefois, des documents internes mettent en doute la véracité de certains tweets virulents postés via un des comptes officiels de la compagnie, et craignent un piratage dudit compte. 

Poissons d’Avril – Même si certains ont renoncé à la tradition des poissons d’avril à cause de la pandémie, les blagues et autres calembours étaient tout de même de sortie ce jeudi. En Chine une application de rencontres a annoncé une fausse mise à jour permettant aux parents d’accéder aux profils de leurs enfants. La fausse entreprise WildBrain Labs a lancé une nouvelle crypto monnaie en partenariat avec les Teletubbies, le TubbyCoin – qui se gagne en partageant des “bonnes vibes” sur les réseaux. Quelques-uns sont même allés jusqu’à créer des faux sites Internet, comme celui de OnlineGambling.ca, où vous pouviez “acheter” un spray anti-gaming pour repousser toute envie de toucher à votre console. Certaines blagues n’ont toutefois pas fait rire grand monde, à l’image de la maladresse de Volkswagen, qui est devenue “Voltswagen” … mais avec deux jours d’avance.

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3 CHIFFRES

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Infographie: Les travailleurs de la tech se rebiffent | Statista

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Le MoJo en 2021 : vers des rédactions plus mobiles et spontanées

Par Mathilde Caubel, MediaLab de l’Information à France Télévisions

Que ce soit en matière de fréquentation des sites de médias d’information, d’utilisation des réseaux sociaux ou de consommation de contenus audiovisuel, le mobile est maintenant un outil central de la consommation de contenus d’information. Il est aussi perçu comme un outil d’avenir par de nombreuses rédactions, qui souhaitent créer de nouveaux formats innovants. Le Journalisme Mobile, ou « MoJo » pour les intimes, s’installe dans les rédactions et dans l’éventail de compétence des journalistes.

Zoom sur cet élan vers l’avenir, qui était l’une des thématiques principales des Rencontres de l’innovation éditoriale, en mars 2021. 

Le MoJo se généralise, des petites aux grands rédactions

Durant la table ronde “Télévision et vidéo mobile : comment réussir le mariage ?”, trois représentants de médias télévisuels ont échangé sur les différentes organisations et inclusions du journalisme mobile au sein de leurs rédactions. Pour Laetitia Le Brestec (France Télévisions), le journalisme mobile offre une rapidité de déploiement et une spontanéité rare pour un grand média d’information. Des « Kits MoJo » ont été distribué progressivement pendant les cinq dernières années dans le réseau Outre-mer et régional, et du côté de franceinfo. Pour Sébastien De Bock (RTL Belgique), l’atout majeur du mobile est sa légèreté et sa facilité d’utilisation, ce qui a permis une adoption rapide, dans le journalisme sportif en particulier. Du côté de Léman Bleu TV, chaîne de télévision suisse basée à Genève, le MoJo a rapidement été intégré, permettant le développement de nouvelles compétences et un croisement des métiers de l’information. 

L’intégration du MoJo dans les rédactions et l’organisation que cela demande du côté des journalistes varient aussi en fonction de la taille des média. Laurent Keller, Directeur de Léman Bleu TV, expliquait ainsi que pour une petite rédaction d’une quinzaine de journalistes, l’utilisation des Kits MoJo est spontanée, laissant à chaque journaliste le choix des moyens de captation en fonction du terrain. Du côté de RTL Belgique, les sujets en MoJo sont produits par une « agence » interne de journalistes spécialisés, et ensuite proposés aux rédactions.

Des outils professionnels mais accessibles

Un des principaux attraits du MoJo est la facilité d’accès aux équipements sur le plan technique et financier. D’un simple iPhone associé à un micro cravate on peut monter en gamme jusqu’aux kits MoJo les plus perfectionnés, au rendu le plus professionnel.

3 Kits MoJo pour 3 budgets différents concoctés par Laurent Clause pour l’édition 2020 des Rencontres de l’Innovation Éditoriale

Le MoJo est surtout connu pour son usage en extérieur et lors de grands rassemblement. Cependant, la vidéo mobile peut aussi s’inviter sur les plateaux. Au cours d’une table ronde portant sur le Live Multicam en vidéo mobile, on a ainsi pu découvrir des applications professionnelles comme Switcher Go, qui permet de coordonner et partager le contenu filmé en simultané par plusieurs appareils et Switcher Studio, un logiciel permettant de piloter des accessoire pour le multicam mobile. On peut aussi ajouter Dazzle, une solution cloud française permettant de capturer l’image des mobiles connectés par le réseaux 4G/5G, d’avoir une régie en ligne pour la production et de diffuser en simultané sur différentes plateformes et réseaux sociaux.

Adapter les outils au terrain

Le journalisme mobile se prête particulièrement bien au jeu de la captation d’évènements sportifs ou culturels, ou bien de manifestations en extérieur, grâce au progrès de la 4G/5G. Cependant la qualité d’image et la résistance de l’équipement de captation traditionnels ne peuvent pour le moment pas être remplacés; en particulier pour les flash-infos et les reportages nécessitant une image plus aboutie.

Le smartphone reste aussi un équipement très fragile par rapport à d’autres caméras plus résistantes aux chocs, à la pluie… et plus appropriées à la captation du mouvement rapide d’un deux-roues. C’est l’une des raisons pour lesquelles Claire Duhamel et Laura Wojcik ont opté pour des caméras 360 et un appareil photo hybride pour le tournage de Biclou, la série à bicyclette du Parisien. Les caméras 360, sont d’autant plus adaptées à ce projet qu’elles permettent d’obtenir plusieurs plans simultanés, même en tournant seul. Mis-à-part la captation, leur équipement implique des micros cravate dont les branchements seraient aussi plus encombrants avec un mobile qu’avec le boitier Sony Alpha 7 qu’elles utilisent actuellement.

Mais l’usage de téléphones mobiles pour les captations journalistiques peuvent être mal reçus dans certains contextes. Ce problème a notamment été exposé pendant l’intervention de Patient Ligodi, fondateur d’Actualité.cd, un média d’information en ligne basé à Kinshasa (République Démocratique du Congo). Même si ce média intègre fortement la vidéo mobile dans sa rédaction, les smartphones ne sont pas acceptés dans les conférences officielles n’étant pas considérés comme des outils « sérieux » par certaines personnalités politiques. Les journalistes sont donc obligés de garder un équipement traditionnel pour leurs reportages.

Du MoJo sans iOS, c’est possible ?

Quand on pense à un kit MoJo, on imagine naturellement une batterie d’accessoires réunis autour d’un iPhone. Les applications et logiciels utilisés par les professionnels de la vidéo mobile sont (en conséquence) souvent développé en priorité pour des outils iOS.

Il est pour cela intéressant de questionner l’aspect hégémonique de cet outil grâce à des exemples de MoJo sans iOS. A l’occasion des Rencontres de l’Innovation Éditoriales 2021, ce problème a été mis en avant par Patient Ligodi (Actualité.cd) pendant son intervention sur le développement du MoJo en Afrique. Dans un pays aussi grand que la République Démocratique du Congo, il est nécessaire d’avoir un grand nombre de journalistes distribués sur le terrain, et un matériel adapté. Face aux problèmes d’approvisionnement en électricité de certaines régions, les batteries d’IPhone et Samsung ne sont pas suffisantes. Le média congolais a donc choisi d’équiper ces journalistes avec des smartphones de la marque chinoise Tecno, qui offre une meilleure endurance mais produit une vidéo moins définie.

Tous JRI ?

Par sa simplicité d’accès et sa spontanéité, le journalisme mobile se rapproche d’un contenu citoyen, que l’on pourrait trouver sur les réseaux sociaux. C’est là une de ses forces, car il permet de croiser les métiers du journalisme et d’ouvrir un peu plus les rédactions à de nouveaux talents. Mais cette ouverture n’est pour le moment que partielle car l’intégration croissante du MoJo impulse la création d’outils et accessoires qui restent principalement dirigés vers des professionnels (du fait de leur prix). Cela dit, les codes du MoJo se popularisent au-delà des rédactions, notamment sur les réseaux sociaux. Outre l’enjeu de modernisation des rédactions, les progrès du MoJo ouvrent la porte à plus de co-construction dans l’information.

Liens vagabonds : les GAFA se repentent (encore) et veulent se réformer (un peu)

A RETENIR CETTE SEMAINE : 

Les GAFA de nouveau face au Congrès – Pour la 1ère fois depuis l’assaut du Capitole, les membres du Congrès américain ont auditionné les dirigeants de la Big Tech pour les entendre sur la diffusion de fausses informations via leurs plateformes. Les déclarations des CEOs de Facebook, Google et Twitter ont été rendues publiques quelques heures avant leurs auditions. Celle de Mark Zuckerberg (Facebook) a été particulièrement commentée car ouvrant la discussion pour réformer la Section 230. Sundar Pichai (Google) et Jack Dorsey (Twitter) ont aussi déclaré être pour une mise à jour de certains aspects des lois sur la modération en ligne, notamment sur la transparence des politiques d’utilisation. Reste à savoir si ces engagements seront respectés et si un texte sera vraiment adopté

La plateforme Medium fait le ménage parmi ses éditeurs – Mais qu’est-ce qui se passe chez Medium ? La plateforme a, certes, annoncé qu’elle soutiendra, à l’avenir, en priorité les contenus indépendants, mais elle a aussi offert une “porte de sortie” à ses éditeurs employés. L’entreprise espère que ce recalibrage – qui n’est pas son premier – va fidéliser une plus large base d’abonnés. Le CEO de Medium, Evan Williams, a expliqué cette décision dans un mail, rendu public. Des bruits de couloirs laissent toutefois entendre que l’éviction des éditeurs “maison” aurait été décidée suite à la récente syndicalisation des employés. Par chance – ou pas -, cette polémique en a éclipsé une autre, plus croustillante, impliquant l’algorithme de Medium et Joe Biden

Faux départ pour Slack Connect – Une autre plateforme a fait parler d’elle cette semaine, c’est Slack. Elle a lancé Slack Connect pour remédier à un de ses plus grands défauts, communiquer avec des personnes extérieures à son entreprise. Ce lancement s’inscrit également dans une stratégie plus large : devenir une véritable application de messagerie du monde professionnel. Seul petit problème, plusieurs utilisateurs ont souligné le danger de cette nouvelle fonctionnalité qui pourrait aggraver les situations de harcèlement. Rétropédalage, donc, quelques heures seulement après le lancement de Slack Connect. L’entreprise s’est excusée et a reconnu une “erreur”, tout en promettant de renforcer la sécurité de sa nouvelle fonctionnalité.

 

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Illustration : Barefoot Communications – Unsplash

Liens vagabonds : Wikipédia se monétise face à l’appétit des GAFA

A RETENIR CETTE SEMAINE : 

Wikipédia veut faire payer les GAFA – Les géants du web ont utilisé les ressources de Wikipédia pendant des années mais maintenant Wikimedia leur demande des comptes. Avec la création de Wikimedia Enterprise, l’encyclopédie open-source va monétiser l’utilisation de ses contenus par les grandes entreprises. Cette décision vise notamment les GAFA, qui utilisent gratuitement le contenu de l’encyclopédie collaborative. Avec Knol, Google avait tenté de se défaire de cette dépendance face à Wikipédia. Mais face à l’échec de ce service, Google s’était résigné à poursuivre la mise en avant d’articles Wikipédia dans son moteur de recherche, en faisant des dons occasionnels à la plateforme.  

Les chauffeurs britanniques font plier Uber – Revers judiciaire pour Uber. Suite à une décision de la cour suprême britannique, l’entreprise a accepté de considérer les chauffeurs anglais comme des “salariés”. Seul problème, les nouvelles politiques salariales d’Uber au Royaume-Uni ne seraient pas vraiment en adéquation avec la décision de justice rendue en faveur des conducteurs. Si la plateforme garantit un salaire minimum, elle a aussi annoncé que seules les heures de conduite avec client seraient payées, et non les périodes d’attente où les chauffeurs sont tout de même connectés à Uber. Il n’en reste que cette avancée ouvre la voie aux chauffeurs Uber à l’étranger et aux travailleurs des plateformes de covoiturage ou de livraison pour obtenir de meilleures conditions de travail. 

Le modèle économique des app stores en débat – À la suite d’Apple qui avait annoncé en fin d’année dernière une baisse de ses commissions sur son store pour les petits développeurs, Google a aussi déclaré cette semaine réduire à 15% ses taxes sur son store pour les développeurs réalisant moins d’un million de dollars de ventes sur sa plateforme. Cette décision ne fait toutefois pas taire les critiques pour qui l’app store du géant de la tech n’est pas assez concurrentielle. Certains se tournent ainsi vers des alternatives au Google Play Store.

 

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Liens vagabonds : Les NFT, nouvel eldorado numérique ?

A RETENIR CETTE SEMAINE : 

La folie des NFT – La semaine dernièreJack Dorsey a mis en vente son premier tweet  sous forme de NFT (Non-Fungible Token), des jetons digitaux qui permettent d’acheter et de vendre la propriété d’objets numériques uniques et de garder la trace de leurs propriétaires grâce à la blockchain.

Les NFT font les gros titres ces dernières semaines, certains se vendant pour des millions de dollars, avec des mèmes très médiatisés comme les lunettes de soleil « deal with it » de Nyan CatCette semaine, c’est une oeuvre d’art digitale sous forme de fichier jpeg“Everydays — The First 5000 Days,” de l’artiste Beeple, qui a été vendue par Christie’s pour la somme de 69 Millions de dollars (le troisième prix d’enchère le plus élevé pour un artiste vivant). Pourquoi débourser de telles sommes pour des mèmes, des gifs animés et des jpeg ? Les NFT vont-ils révolutionner le marché de l’art ou reproduire ses plus grands échecs ? Et à une échelle plus large, à quel point vont-ils globalement impacter la notion de propriété numérique ? Mode d’emploi pour fabriquer son propre NFT. Les NFT, nouvel eldorado numérique

Débat sur le racisme dans les médias britanniques – A la suite de l’interview de Meghan et Harry accusant les médias britanniques d’être biaisés et racistes, les représentants des éditeurs de presse sont montés au front et réfutent ces accusations. Problème : certains journalistes mettent la société des éditeurs devant le fait accompli, arguant qu’un certain racisme existe bel et bien au sein du journalisme britannique. Devant le tollé d’une partie de la profession,plusieurs figures de la presse nationale ont dû quitter leurs fonctions. Le présentateur Piers Morgan de l’émission matinale “Good Morning Britain” en fait partie, après des propos controversés à l’antenne sur la duchesse de Sussex. 

Cyberattaque d’ampleur contre Microsoft Exchange – Une attaque informatique d’envergure sur Microsoft Exchange a été rendue publique le weekend dernier. En début de semaine, 30 000 serveurs ont été identifiés comme ayant été piratés, mais le nombre de victimes serait beaucoup plus important, provoquant une crise cyber-sécuritaire mondiale. Au moins 10 groupes de hackers auraient ainsi profité des failles de Microsoft, et les autorités américaines estiment que ce piratage serait piloté par  la Chine. Pour autant, la chronologie des faits laisserait penser que les failles étaient connues depuis plusieurs semaines. 

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Podcasts, un marché qui ne connaît pas la crise

Par Lisa Rodrigues, MediaLab de l’Information à France Télévisions

Le podcast est un des rares formats média ne connaissant pas la crise. Selon Médiamétrie, depuis février 2020, les Français écoutent ou téléchargent plus de 90 millions de podcasts chaque mois – avec des pics à 100 millions lors du deuxième confinement. 

Les rencontres de l’innovation éditoriale 2021 ne pouvaient pas passer à côté de ce succès. Sur les deux semaines de conférences consacrées au partage d’expérience autour de 5 thématiques: créativité, vidéo mobile, podcast, communication digitale et nouvelles compétences, deux jours ont été entièrement consacrés à cet objet audio particulier – dont la dénomination est régulièrement attribuée au journaliste de la BBC Ben Hammersley. Petit récapitulatif de ces deux jours. 

Mais d’abord, c’est quoi un podcast ?

La question peut paraître bizarre, mais elle mérite de s’y arrêter deux minutes. Au-delà d’un format audio diffusé essentiellement par voie numérique – via des plateformes, applications ou sites web -, c’est aussi un objet d’écoute à la demande ayant une écriture et une narration propres. Les participants aux différentes conférences sur le sujet sont, d’ailleurs, tous d’accord sur un point : le travail éditorial – conséquent – donne le ton du podcast et participe à son identité. Si tout le monde peut se lancer dans ce format, y compris les marques, il faut, pour autant, trouver la bonne histoire, mais aussi, et surtout, trouver la bonne manière de la raconter. La recette miracle du bon podcast n’existe pas.

Pour définir un podcast, il n’est pas seulement question de l’écriture. On retiendra ici l’intervention du réalisateur Théo Boulenger sur l’identité sonore d’un podcast, soit ce qui est donné à entendre, de la trame musicale à la mise en scène de la voix du podcasteur. Par exemple, Le Short de la RTS (Radio Télévision Suisse) avec Davy Bailly-Basin présenté lors de ces rencontres, est enregistré dans la rue, avec les bruits de la vie quotidienne en fond, ponctué d’extraits de musique, films ou tout autre matière audio. Son mode de diffusion, un envoi matinal quotidien par WhatsApp aux abonnés, est tout aussi digne d’intérêt et aide à identifier ce podcast.

Savoir se démarquer sans trahir la nature du podcast

Lors d’une table ronde, il a été souligné que faire un podcast, c’est 50% radio et 50% web”. Et en effet, pour exister sur un marché de plus en plus dense et dynamique, il faut se faire connaître pour espérer sortir du lot. Pour ce faire, plusieurs outils sont à la disposition du podcasteur. Une présence sur les réseaux sociaux est, bien entendu, un must pour teaser les prochains épisodes, par exemple. Pour les nouveaux arrivants, des messages publicitaires peuvent être diffusés dans d’autres programmes du studio ou média producteur. Et on peut également compter sur le bouche-à-oreille parmi les auditeurs de podcast, formant de plus en plus de véritables communautés.

Mais la volonté de se démarquer ne doit pas faire oublier la proximité permise par le podcast – ou le fait de “[parler] à l’oreille de l’auditeur”, comme l’a paraphrasé le journaliste Xavier de La Porte. Elle permet une intimité et une certaine liberté que l’on retrouve moins souvent dans la radio broadcast ou autres formats média. Il convient ainsi de préserver cette particularité, notamment si une forme de régulation publique doit s’immiscer dans ce secteur encore en phase de développement.

Un marché recherchant un modèle économique

Même si le podcast connaît du succès, le chiffre d’affaires du secteur reste, en pratique, très limité. Une des questions centrales des Rencontres éditoriales portait sur le modèle économique du podcast. Problème : le marché du podcast en France est une véritable “forêt vierge – selon les mots de François Hurard, Inspecteur général des Affaires culturelles – avec de multiples acteurs et sans réel contrôle de son activité. Difficile donc de mettre en place un système économique global au secteur, et surtout fonctionnel.

 

Les podcasteurs sont, en effet, encore peu nombreux à pouvoir vivre de leurs productions. Des pistes sont toutefois explorées. Même si l’accès aux podcasts reste globalement gratuit, pour le moment, en France, certains auteurs monétisent déjà leurs audiences grâce à des partenariats avec des marques. Outre la traditionnelle publicité intégrée automatiquement par l’hébergeur – souvent moins appréciée des auditeurs et podcasteurs -, les sponsorings écrits et intégrés en début de programme représentent une solution alternative.

Enfin, des indépendants, notamment, réfléchissent à la mise en place d’abonnements, en plus du maintien d’une offre gratuite, pour dégager des revenus. Les auditeurs abonnés auraient, ainsi, accès à du contenu premium ou à des coulisses.

 

Illustration :  Juja Han on Unsplash

Liens vagabonds : bientôt la fin des cookies ?

A RETENIR CETTE SEMAINE : 

Google ne suivra plus notre navigation sur Chrome … ou  presque – Alphabet, la société mère de Google, fait le ménage dans ses pratiques publicitaires. Elle avait déjà annoncé qu’elle arrêtera l’utilisation des cookies tiers dur Chrome dans les deux ans à venir, mais la firme a annoncé cette semaine qu’elle abandonnera complètement le ciblage individuel pour ses publicités en ligne. Aucun nouveau dispositif ne sera donc mis en place pour remplacer les cookies tiers sur son moteur de recherche. Toutefois, pour avoir un accès aux datas, un système de tracking par cohortes appelé “Privacy Sandbox” va être proposé en remplacement, système censé mieux respecter la vie privée des utilisateurs. Problème, en pratique, ce serait pas aussi bien qu’il n’y paraît … 

La parole se libère chez Amazon – Sale temps pour la direction d’Amazon. Alors que les employés d’Amazon veulent se syndiquer – comme en Alabama où une vidéo pour tenter de les décourager a été publiée en ligne -, le géant du e-commerce fait désormais également face à des accusations de discrimination raciale et sexiste à l’embauche. Les témoignages fleurissent aussi parmi les employés actuels d’Amazon. Entre partialité, manque de respect et rétrogradations, les salariés noirs en particulier dénoncent la discrimination raciale au sein de l’entreprise.

Enquêtes en série contre Apple – Apple n’est pas bien vu en ce moment en Europe … Depuis plusieurs mois, la firme à la pomme est menacée par plusieurs enquêtes comme celle sur l’obsolescence programmée de vieux modèles d’iPhones. A cela s’est ajoutée cette semaine la plainte de Spotify pour pratiques antitrust. Et pour bien enfoncer le clou, le régulateur de la concurrence britannique a aussi ouvert une enquête sur les conditions d’utilisation de l’App Store jugées injustes par ses concurrents. 

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