Liens vagabonds : Qui veut la peau de Google et Facebook ?
A RETENIR CETTE SEMAINE :
« Facecrook » et autres « Googbook » – Si on pouvait résumer en une phrase, « la bataille de l’Australie contre les GAFA nous concerne tous ». De plus en plus de voix s’élèvent contre ceux qui sont parfois considérés comme une menace globale et qui sont devenus très puissants, en particulier pour ce qui est de la diffusion des contenus d’information. Depuis que Facebook et l’Australie sont parvenus à un accord, certains crient à la fraude, le gouvernement australien ayant accepté d’amender son projet de loi en faveur des géants de la tech. L’accord entre l’Australie et Facebook va-t-il inspirer d’autres pays?
Cyberattaques et fuites de données médicales – Les médias ont révélé cette semaine que les données médicales de 500 000 Français ont été diffusées sur le Web à la suite d’un piratage de bases de données de laboratoires médicaux. La CNIL a ouvert une enquête. Cette énième fuite intervient dans le contexte d’une pluie d’attaques aux rançongiciels dans le milieu médical qui n’est pas prête de s’arrêter.
Spotify sans limites – Après son lancement très attendu en Corée du Sud, Spotify a annoncé vouloir s’implanter dans 85 pays de plus. Cette expansion impliquerait la traduction de la plateforme dans 36 langues et permettrait à la plateforme suédoise de dépasser le milliard d’utilisateurs. Une nouvelle formule d’abonnement « Qualité CD » a aussi été annoncée, ainsi qu’une augmentation de la production de contenus en interne. En voulant promouvoir plus d’artistes indépendants via “Spotify for Artists”, la plateforme souhaite réduire sa dépendance envers les Majors et leurs catalogues coûteux.
You heard it from #BurnaBoy. We’ll be available in more of Africa very soon #SpotifyStreamOn pic.twitter.com/uDJL4zLXOk
— Spotify (@Spotify) February 22, 2021
Cette semaine en France
3 CHIFFRES
- 1 milliard de dollars – c’est ce que Facebook compte investir dans la presse sur les 3 prochaines années. Cela a été annoncé sur le blog du réseau social où Facebook se défend après les péripéties de ces dernières semaines en Australie
- 4,99 dollars – c’est le prix de l’abonnement basique à Paramount +, la nouvelle plateforme de streaming qui va être lancée début mars aux Etats-Unis. Elle arriverait ensuite en Australie et dans les pays scandinaves
- 89 millions – c’est le nombre de vidéos supprimées par TikTok en 6 mois car ne respectant pas les règles du réseau social
LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE
Vous trouverez plus d’infographie sur Statista
NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ
- L’effet réseau de la créativité sur TikTok : « chaque utilisateur supplémentaire sur TikTok rend chaque autre utilisateur plus créatif ».
- Après sa renaissance en 2020, l’écosystème de la presse noire américaine est en pleine expansion
- Créativité, intimité et authenticité, quel est le secret du succès de Clubhouse ? ; Ce que font les politiques sur Clubhouse ; Est-ce que Clubhouse peut « move fast without breaking things » ?
DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION
- Comment l’armée birmane a réussi à créer un pare-feu digital, isolant la contestation pro-démocratie du reste du monde
- Comment trouver sa place sur Twitch ? La question que se posent les médias traditionnels
- Sur Clubhouse, les Saoudiens parlent librement. Pour l’instant
- Inspiré du regain d’intérêt pour la photographie sur pellicule, le réseau social Dispo s’envole
GAFA / BATX
- Comment l’équipe de Joel Kaplan a influencé les décisions de Facebook sur sa politique de modération et de bannissement de personnalités controversées
- Google: le licenciement d’une autre chercheuse en éthique de l’IA fait polémique
- Le manque de transparence d’Amazon sur le piratage de SolarWinds agace les autorités
DONNEES, CONFIANCE, LIBERTÉ DE LA PRESSE, DÉSINFORMATION
- Le journalisme d’investigation prospère dans une Russie hostile à la liberté de la presse
- Comprendre l’éthique journalistique (ou son absence) à l’ère de la conspiration
- Comment les memes sont devenus un vecteur majeur de la désinformation
Here in Italy people started to share this figure claiming that this is the diagram of the 5G chip that has been inserted in the covid vaccine.
In reality it is the electric circuit of a guitar pedal and I believe that putting it in the covid vaccine has been an excellent idea💡 pic.twitter.com/qXKnv7VVly
— Mario Fusco 🇪🇺 (@mariofusco) December 28, 2020
LEGISLATION, REGLEMENTATION
- Facebook annule le blocage des contenus d’actualité en Australie après la promesse du gouvernement d’amender le projet de loi
- Facebook, Google, Microsoft, TikTok, et Twitter adoptent le règlement australien sur la désinformation
- Neutralité du net : la Californie (et les GAFAs) remportent une victoire majeure contre les FAI
- Etats-Unis : quel avenir pour Internet après la modification de l’article 230 ?
JOURNALISME
- Al Jazeera va lancer une plateforme d’actualité aux Etats-Unis ciblant les conservateurs américains
- De la nécessité de la création de syndicats dans les médias
- La une du New York Times sur le lourd bilan humain du Covid aux Etats-Unis
Sunday’s @nytimes tonight, as the nation nears 500,000 deaths from Covid-19. #nytimes pic.twitter.com/NoSTRRp2eD
— Tom Jolly (@TomJolly) February 21, 2021
STORYTELLING, NOUVEAUX FORMATS
- We Are Social lance « WAS FM », sa radio LoFi Slow Data sur YouTube
- Abd Al Malik réalise la toute première série diffusée sur TikTok
- 5 besoins auxquels les médias en ligne pourraient mieux répondre
- AO3 : Le site de fanfiction le plus aimé d’Internet en pleine remise en question
- Le thread de la semaine de @thejuicemedia autour de la publicité du gouvernement australien pour la nouvelle législation face aux GAFAs
The Australien Government has made an ad about the new media legislation it just passed, and it’s surprisingly honest and informative! pic.twitter.com/iD5KRenxGT
— theJuiceMedia (@thejuicemedia) February 25, 2021
ENVIRONNEMENT
- « Le projet de loi Climat et résilience fait l’impasse sur les enjeux du numérique »
- L’iPhone, mauvais élève de l’indice de réparabilité
- Sur le marché de l’électrique la plus grande concurrence de Tesla est… de minuscules voitures chinoises
RÉSEAUX SOCIAUX / MESSAGERIES
- En Birmanie, Facebook ferme à nouveau des pages de l’armée
- Malgré le buzz, la politique de confidentialité de Clubhouse soulève des inquiétudes majeures
- Twitter s’engage à devenir l’entreprise la plus multiculturelle et inclusive possible
- Vers un encadrement généralisé des filtres de beauté sur les réseaux sociaux ?
- Comment fonctionnent l’effet de club et l’effet de réseau sur Clubhouse ?
- Twitter annonce Super Follow qui permettra aux utilisateurs influents de faire payer à leurs abonnés l’accès à des contenus exclusifs
STREAMING, OTT, SVOD
- Disney+ Star lancé en Europe et au Canada
- Pourquoi des étudiants se filment en train de travailler sur YouTube ?
- Pour s’affirmer en Asie, Netflix va investir 500 millions de dollars dans des productions coréennes
- Le “+”, ce petit symbole qui envahit les plateformes de streaming
- En Inde, les plateformes de streaming dans l’œil des nationalistes
AUDIO, PODCAST, BORNES
- Au Royaume-Uni, un litige sur la rétribution d’un artiste pose la question de la redistribution des profit du streaming musical
- Spotify annonce le lancement de la version beta de son outil de développement public pour les artistes
- Barack Obama et Bruce Springsteen lance leur podcast sur Spotify
Last year, I sat down with my good friend Bruce @Springsteen for a long and meaningful conversation that touched on so much of what we’re all dealing with these days. I’m excited to share it with you over the next few weeks: https://t.co/sQACD08AWx pic.twitter.com/biMoxCLhAG
— Barack Obama (@BarackObama) February 22, 2021
DATA, AUTOMATISATION, INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, BLOCKCHAIN
- La régulation peut-elle éliminer les biais des algorithmes ?
- L’IA multisensorielle, une IA qui s’approche de l’intelligence humaine en combinant sens et capacités linguistiques
MONÉTISATION, MODÈLE ÉCONOMIQUE, PUBLICITÉ
- À Hollywood, une nouvelle cryptomonnaie pour financer des films
- Netflix ou la stratégie du bon copain sur les réseaux sociaux
- Twitter lance sa fonctionnalité payante « Super Follow »
- Longtemps dans l’ombre de Facebook, Twitter et Snap brillent à Wall Street
IMMERSION, 360, VR, AR
- Le CEO de PlayStation annonce que la PS5 aura (un jour) son propre casque VR
- ARLOOPA : une app pour jouer avec la réalité augmentée
- Daft Punk : le concert mythique Alive 2007 recréé en VR
- «VR to Go», le port du casque est obligatoire au Centquatre
JEUX VIDEO, eSPORT
- Glu, Bethesda… Pourquoi les méga-acquisitions se multiplient dans le jeu vidéo
- Portrait de la hackeuse qui s’est donnée pour mission de libérer les jeux vidéo des DRM
- Quel intérêt les jeux vidéo peuvent-ils représenter pour lutter contre le stress ?
- Jeu vidéo : Valheim, le succès surprise de ce début d’année
- Pokémon : 25 ans, toujours gagnant
Vous trouverez plus d’infographie sur Statista
5G, 8K
- La 5G aux Etats-Unis déçoit actuellement, mais cela devrait s’arranger
- Télécoms : le débat sur la taxe Ifer mobile refait surface avec la 5G
TECH, STARTUPS, INNOVATION, TRANSFO NUM
- Les 10 plus grandes avancées technologiques de cette année
- Ordinateur quantique : quand l’Europe s’éveille enfin
- Il n’y a jamais eu autant d’argent disponible pour les start-up en France
OUTILS
- La prochaine mise à jour Android va vous permettre de planifier l’envoi de vos messages et de sécuriser vos mots de passe, entre autres
- LinkedIn développe une plateforme de mise en relation entre clients et freelances
- Topia, une alternative plus sociale à Zoom ?
ES avec Kati Bremme, Mathilde Caubel & Lisa Rodrigues
Un nouvel an lunaire à la pointe de la technologie sur la CCTV
Par Mathilde Caubel, MediaLab de l’Information à France Télévisions
Chaque année, la diffusion du Spring Festival Gala de la Télévision centrale d’Etat de Chine (CCTV) rassemble près d’un milliard de téléspectateurs dans 170 pays. Souvent surnommé le « Super Bowl chinois”, ce show de quatre heures fait partie intégrante des célébrations du nouvel an lunaire pour les familles. Il représente aussi un outil de promotion inégalable pour les Big Tech chinoises ainsi qu’un terrain d’expérimentation à grande échelle de nouvelles technologies.
Les technologies au centre du Gala 2021
« La haute technologie est plus présente dans le gala de cette année que dans les années précédentes ; les technologies XR (réalité étendue), AR (réalité augmentée), la transmission 5G, 4K/8K et même la diffusion en direct 8K sont toutes présentes dans ce gala« a déclaré Chen Lin Chun, réalisateur du Gala du Festival de Printemps 2021.
Pour cette première grande diffusion nationale en 8K Ultra HD, le Gala du Nouvel An lunaire 2021 a été retransmis en direct sur une trentaine d’écrans géants 8K dans dix métropoles chinoises, grâce à la vitesse de transmission des réseaux 5G chinois. L’audiovisuel public chinois a aussi exprimé son désir de promouvoir l’utilisation des technologies « 5G+8K/4K/VR » dans ses programmes. Mis à l’épreuve lors de cet évènement, le nouveau système interactif de réseau virtuel (VNIS) pourrait devenir une technologie récurrente dans les programmes de la CCTV.
Le mot d’ordre de cette année : Immersion
Pour la première fois, les réalisateurs du Gala ont décidé d’expérimenter des technologies de l’audiovisuel immersif. Dans la performance d’ Andy Lau (ci-dessus), on peut voir un effet de 3D à l’œil nu, obtenu grâce à une technologie employant la réalité augmentée et l’intelligence artificielle. L’espace virtuel 3D dans lequel évolue l’artiste est créé grâce à trois écrans LED. Une caméra capte les mouvements de l’artiste, qui est inclus à l’espace virtuel par le moteur de rendu VR.
‘Ox Strut’ – Andy Lau, Wang Yibo & Guan Xiaotong
L’émission comporte une quarantaine de programmes différents, allant du théâtre traditionnel jusqu’aux performances d’artistes de C-Pop. Chacune des scènes a demandé des technologies de captation et de post-production différentes, en particulier les quatorze performances se déroulant dans un espace en réalité virtuelle 3D. Mais les technologies de VR, AR et XR sont aussi incluses dans les performances qui ont lieu sur la scène, pour les faire interagir avec des contenus virtuels, ou avec des personnes absentes du studio.
Du côté de la captation de l’évènement, la CCTV a aussi misé sur le des systèmes de caméras dernier-cri fixés sur des rails et bras télescopiques robotisés. Ces derniers ont notamment été utilisés dans la réalisation pour accentuer l’amplitude et le réalisme des décors en XR et AR.
Défilé de mode “Splendid Costume” avec la chanteuse Chris Lee (Li Yuchun)
Révolutionner la diffusion du spectacle vivant
Les réalisateurs du Gala ont eu pour ambition de “rompre avec les codes traditionnels des prestations scéniques et d’articuler espaces virtuels et réels le plus harmonieusement possible”. Diffusée depuis 1983, cette émission a dépassé le milliard de spectateurs en 2018, mais fait face à une baisse de ses parts d’audiences qui rend l’innovation cruciale. “Innover dans le cadre de ce gala nécessite du courage, et l’audace est soutenue par la technologie” a déclaré Chen Yan, le directeur artistique de l’édition 2021.
‘Mojito’ – Jay Chou
Un mouvement international vers le spectacle immersif
En ces temps de crise pour le monde du spectacle vivant, les labels et diffuseurs ont montré leur intérêt pour les expérience immersives de concerts virtuels. SONY et Verizon ont marqué le CES 2021 avec l’annonce de concerts virtuels d’artistes d’Epic Records sur PlayStation VR et Oculus VR, ainsi qu’une démonstration de la captation et du rendu en 2D. Du côté des diffuseurs TV, la chaîne musicale MNET a employé des technologies de VR/AR/XR dans des concerts virtuels de K-Pop ainsi que pour les MAMA 2020, équivalents des MTV Music Awards coréen. Totalement virtuelle, la cérémonie a joué sur l’esthétique particulière des visioconférences pour intégrer le public dans un habillage XR visible ci-dessous.
Crédits Photo de Une : Macau Photo Agency, Unsplash.
Liens vagabonds : En Australie, les GAFA sont sur le grill
A RETENIR CETTE SEMAINE :
Les GAFA et l’accès à l’information, une histoire compliquée – Mais que se passe-t-il entre Google, Facebook et l’Australie ? Le gouvernement australien est engagé dans un conflit avec les plateformes sur son projet de loi présenté cette semaine imposant aux géants de la tech de rémunérer les médias pour leurs contenus. Alors que Google a cédé, Facebook fait de la résistance : le réseau social a bloqué la publication et le partage de contenus d’information en Australie cette semaine. Conséquence involontaire de cette décision, en pleine pandémie, les pages Facebook des autorités sanitaires et politiques ont été moins visibles sur le réseau … Cet énième passe d’armes reflète encore une fois les débats autour de la question des modèles économiques des médias et de la responsabilité des plateformes en la matière. Pendant ce temps, News Corp et Google conviennent d’un partenariat mondial pour la publication des articles du groupe et le partage des recettes publicitaires.
L’ombre de l’empire Murdoch plane sur l’audiovisuel britannique – L’indétrônable BBC est défiée dans son jardin par Rupert Murdoch, à la tête d’un empire médiatique, et ses héritiers. En effet, plusieurs anciens membres du groupe Murdoch vont lancer GB News qui pourrait bien perturber le paysage médiatique britannique avec son positionnement éditoriale lorgnant clairement sur celui de Fox News. La menace est d’autant plus sérieuse pour la BBC que le patron de la future chaîne – et ancien directeur du Sunday Times appartenant à Murdoch – Andrew Neil a annoncé les noms de sa future équipe de journalistes politiques.
TikTok trop dangereux pour la jeunesse ? – Cette semaine, l‘UFC Que Choisir et ses homologues européens ont déposé plainte contre TikTok, réseau social très prisé des jeunes. L’application est notamment soupçonnée d’avoir une politique de données ambiguë : elle ne protègerait pas assez les enfants et adolescents, manquerait cruellement de transparence et violerait massivement les droits des consommateurs européens.
Cette semaine en France
- En Seine-Saint-Denis, la fracture numérique creuse la fracture vaccinale
- Cyberattaques : Emmanuel Macron promet un plan de 1 milliard d’euros après le piratage de deux hôpitaux
3 CHIFFRES
- 50 000 dollars – c’est la valeur historique atteinte par le bitcoin sur les marchés européens
- 8 millions – c’est le nombre de téléchargements de l’application Clubhouse dans le monde, dont 3 millions rien qu’en février
- 112 milliards d’euros – c’est le montant des ventes sur Internet en France en 2020, grâce notamment à la digitalisation accélérée du commerce avec la crise sanitaire
LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE
Vous trouverez plus d’infographie sur Statista
NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ
- Face à la dégradation de la démocratie, le techno-pessimisme est-il le seul avenir ?
- Sécurité et IA : quand les douanes et forces de police aux frontières franchissent la ligne rouge
- Pourquoi j’ai quitté Google, ou plutôt, pourquoi je suis resté si longtemps
- Aux racines du mouvement QAnon, les écrivains italiens de Wu Ming, inspirateurs complotistes malgré eux
- Pourquoi l’Europe ne créerait-elle pas son propre Clubhouse ?
DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION
- Comment l’extrême droite utilise les jeux vidéo et les outils de la tech pour attirer et radicaliser les adolescents
- Du mouvement QAnon aux WallStreetBets : le “pouvoir des masses” en ligne
- Nielsen lance ‘Gracenote Inclusion Analytics’ pour renforcer la diversité à la télévision
- La guerre du streaming devient la guerre anti-churn
GAFA / BATX
- Amazon note les livreurs à l’aide d’une application qui surveille leur conduite
- Google France veut rééquilibrer la balance du clic
- Le géant australien Seven West Media autorise Google News à proposer ses contenus pour 30 millions de dollars, d’autres médias devraient suivre
- Amazon rachète Selz, un concurrent direct de Shopify
- Facebook accusé d’avoir gonflé à dessein ses audiences publicitaires
DONNEES, CONFIANCE, LIBERTÉ DE LA PRESSE, DÉSINFORMATION
- Les régimes autoritaires pourraient tirer profit de l’augmentation des alertes aux Deepfakes
- Anatomie d’une conspiration : la Chine leader dans la diffusion des théories du complot sur le Covid
- Comment le gouvernement indien transforme Twitter en outil de censure
- Le Cambodge adopte un décret pour instaurer un accès Internet à la chinoise en pleine répression des opposants
- Deux journalistes condamnées à deux ans de prison en Biélorussie pour avoir filmé des manifestations contre le gouvernement
LEGISLATION, REGLEMENTATION
- Aux Etats-Unis, la réforme de la législation d’Internet est lancée
- L’Etat du Maryland est le premier à adopter une taxe sur les revenus publicitaires des géants de la Big Tech
- Comment une loi antitrust pourrait limiter les plateformes et les géants de la tech
- La Cour Suprême britannique reconnaît les chauffeurs Uber comme des travailleurs salariés
JOURNALISME
@washingtonpostWatch our live coverage all week long. ##imjealous♬ original sound – Ellie
- Le dessin de presse est dominé par les hommes blancs : à quand plus de diversité ?
- Tribune Publishing, propriétaire de plusieurs grands journaux américains, va être racheté par un fonds d’investissement connu pour réduire les effectifs des rédactions
- La ligne d’assistance téléphonique du Block Club Chicago pour les coronavirus met en relation les lecteurs avec les journalistes ayant des réponses à leurs questions
- « Splann ! » : le journalisme d’investigation prend des accents bretons
STORYTELLING, NOUVEAUX FORMATS
- Clubhouse : Un même engouement au quatre coins du monde
- Les Victoires de la musique 2021, le triomphe du numérique
- Écoute, temps et rigueur : les trois piliers des enquêtes sur les violences sexuelles
- Le Monde & Vous, un nouveau lien entre les journalistes du Monde et leurs lecteurs
- Twitch, nouveau terrain d’expérimentation des médias d’information
ENVIRONNEMENT
- La restauration livrée sommée de réduire l’impact environnemental de ses emballages
- Bill Gates publie son nouveau livre sur le “désastre climatique”
- Les tweet des communautés d’observateurs d’oiseaux pourraient mettre en danger des espèces rares
- Facebook va ajouter un nouvel avertissement à certaines publications sur le changement climatique au Royaume-Uni
- Si Internet était un pays, il serait le 6e plus gros pollueur du monde
RÉSEAUX SOCIAUX / MESSAGERIES
- MeWe, Gab, Wimkin… Ces plateformes « alternatives » plébiscitées par l’extrême droite américaine
- Parler est de retour après un mois de mise à l’écart
- Entre les réseaux sociaux d’ultradroite Gab et Parler, la guerre est déclarée
- Le générique de la BBC, nouvelle danse TikTok du moment
- La Thaïlande voit d’un mauvais oeil Clubhouse qui attire de plus en plus de critiques de la monarchie
- Avec ses 550 millions d’utilisateurs par mois, Douyin fait de l’ombre à Baidu
- Avec un nombre d’utilisateurs grandissant, Clubhouse se rend compte de l’importance de la modération
STREAMING, OTT, SVOD
- ViacomCBS se lance dans le streaming avec « All-In », mais beaucoup de titres cultes manquent à l’appel
- Netflix va contribuer à la formation des jeunes talents de l’animation japonaise
- Disney+ : 10 séries européennes dont 4 françaises annoncées – News Séries à la TV
- Du « doomscrolling » aux « zombie-boxes », un dictionnaire de nos façons de consommer sur les écrans
AUDIO, PODCAST, BORNES
- IHeartMedia achète Triton Digital, une entreprise de publicités et d’outils de mesures d’audience pour 230 millions de dollars
- Laissez une IA analyser votre Spotify pour trouver des groupes sans label que vous pourriez aimer
- Acast achète la startup de podcast RadioPublic
- L’audio, le nouveau champ de bataille des réseaux sociaux
DATA, AUTOMATISATION, INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, BLOCKCHAIN
- Cette nouvelle IA apprend des erreurs humaines… pour mieux négocier avec nous
- Clearview AI envisage la création d’une effrayante app de reconnaissance faciale grand public
- Qui pour stopper l’IA non éthique ?
- Pourra-t-on détecter les épidémies grâce à l’intelligence artificielle ?
MONÉTISATION, MODÈLE ÉCONOMIQUE, PUBLICITÉ
- En 2021, les spécialistes du marketing considèrent enfin TikTok comme un pilier du budget social
- Jay-Z et le CEO de Twitter fondent le projet ₿trust
- Après 18 mois de préparation, Forbes lance son nouveau modèle de première collecte de data
IMMERSION, 360, VR, AR
- Quel avenir pour les expériences virtuelles dans le monde post-pandémie ?
- La CCTV revient sur son gala du nouvel an lunaire très high tech
JEUX VIDEO, eSPORT
- Voici à quoi devrait ressembler l’interface xCloud de Microsoft sur le web
- IBM, Walmart et d’autres entreprises parient sur l’eSport pour améliorer la productivité de leurs équipes
- Dans les recoins de Twitch, le monde touchant des streamers sans spectateur
5G, 8K
- Pour le Gala du nouvel an lunaire, la CCTV offre la première diffusion Ultra HD 8K 5G en Chine
- L’UFC se dotent de caméras 8K pour l’UFC 258
- Embauches, recherche, voici comment Apple se prépare à la 6G
TECH, STARTUPS, INNOVATION, TRANSFO NUM
- Cyber: l’incroyable razzia américaine sur les pépites françaises
- Comment la pandémie a digitalisé la fin de vie et le deuil
- Une nouvelle génération de start-up entend bien révolutionner les réunions virtuelles avec des plateformes plus ludiques et immersives
- Les start-up africaines redoublent de créativité face à la crise du Covid
OUTILS
- Microsoft teste son “Kids Mode” sur Microsoft Edge
- Skittish : un espace virtuel ludique pour les événements en ligne annoncé par Andy Biao
Here’s a little tour of our work in progress. Special thanks to @simonghales for all his incredibly hard work, @mikebodge for laying the groundwork, and @cyberdees for encouraging me to apply to @GrantForTheWeb. pic.twitter.com/AOdzNvCeha
— Andy Baio (@waxpancake) February 16, 2021
- Uizard : l’outil no-code pour créer des prototypes collaboratifs d’applications
- Google lance un plugin WordPress pour créer un site en Material Design
ES avec Kati Bremme, Mathilde Caubel & Lisa Rodrigues
2021, année du renouveau pour l’audiovisuel ?
Par Anne-Catherine Nanopoulos, direction de l’International, et Lisa Rodrigues, MediaLab de l’Information
2020 a été une année particulièrement riche en expérimentations sociales et numériques, et l’audiovisuel n’est pas en reste. L’industrie se retrouve face à un tout nouveau public aux pratiques et attentes changées. A partir de ces observations, l’agence Accenture Interactive-Fjord a publié ses prévisions et tendances de fond pour 2021, décrite comme l’année de « la renaissance du XXIe siècle » dans l’audiovisuel.
Sept grands chantiers ont été identifiés par l’étude. Certains sont particulièrement intéressants pour l’audiovisuel : accompagner le public durant cette période de grands changements, montrer plus d’empathie et prendre parti, recréer une véritable expérience interactive, et aider à mieux s’adapter au nouveau contexte social.
Prendre en compte les grands bouleversements collectifs
Avec la pandémie, nous avons dû revoir nos habitudes pour consommer, travailler, se détendre ou s’informer. Notre mobilité a été fortement réduite, nous forçant à rester chez nous avec des contacts limités et essentiellement digitaux. L’audience d’avant 2020 n’est plus celle d’aujourd’hui, et elle va encore évoluer avec la situation sanitaire.
Au lieu de chercher à revenir en arrière, l’audiovisuel doit prendre en compte ces changements de long terme des comportements du public. Une grande partie des expériences plus réduites dans le temps et en audience se feront désormais à distance. Il faudra également intégrer de l’immersion, une possibilité de connectivité avec autrui dans les productions audiovisuelles. Accenture-Fjord donne ainsi trois piliers indispensables pour ce projet : la texture – ce ressenti particulier issu des relations physiques, y compris au sens métaphorique du terme –, la transparence et le contrôle.
Des initiatives en ce sens ont déjà été lancées par les entreprises de l’audiovisuel, comme le recours à des technologies de réalité virtuelle ou des aides pour faire l’école à la maison. L’étude conseille toutefois de garder en tête la volatilité des comportements du public. Même si des tendances de long terme ont été identifiées, le contexte peut encore changer. Les expériences proposées doivent plutôt se concentrer sur le positif de la situation, avec des ajustements à envisager si besoin en fonction de la situation. Enfin, les marques doivent repenser leurs contenus pré-pandémie, plus physiques, pour s’adapter à une demande plus individualisée.
Comprendre sa raison d’être pour mieux prendre parti
L’année écoulée a vu les inégalités exacerbées – voire de nouvelles apparaître – entre différentes communautés. Certaines communautés ont soulevé ces problèmes, faisant remonter à la surface des dysfonctionnements latents dans notre société, à l’image du mouvement Black Lives Matter aux Etats-Unis. En parallèle de ces prises de positions fortes, la désinformation n’a jamais été aussi forte, en particulier sur les réseaux sociaux. Le public est beaucoup plus polarisé.
Rester silencieux sur les enjeux sociétaux du moment n’est plus possible pour les entreprises de l’audiovisuel. Il faut donc prendre position, montrer son soutien et son empathie. Il ne s’agit pas simplement de satisfaire tout le monde, ni de cocher toutes les cases. L’étude recommanderait ainsi de viser un public précis dont on partage les valeurs, sans pour autant poursuivre un objectif purement marketing de hausse du chiffre d’affaires. Une solution peu adaptée à l’audiovisuel public qui doit s’adresser à l’ensemble de l’audience et pas seulement à une partie.
Mais l’idée de la raison d’être de la marque, son identité, son rôle et ses valeurs, souvent résumés en quelques mots, est à reprendre pour l’audiovisuel public. Pour définir la raison d’être, l’étude conseille d’intégrer les membres de l’entreprise dans sa construction, tout en respectant les divisions internes. L’image renvoyée au public et la défense de cette raison d’être n’en seront que plus fortes. Attention toutefois à ne pas aller dans tous les sens. Il faut se concentrer sur une courte liste d’engagements qu’il s’agira de respecter. Et pour avoir encore plus d’impact, ces prises de position doivent se transcrire dans les paroles, mais aussi dans les gestes de l’industrie audiovisuelle.
Recréer de l’interaction sociale
2020 a été une année solitaire pour beaucoup d’entre nous. L’écran de notre ordinateur ou de notre téléphone est devenu notre nouvelle fenêtre sur le monde. Avec la multiplication d’outils à notre disposition, de nouveaux standards digitaux sont apparus. Pour autant, le nombre d’heures passées en ligne a explosé menant à des externalités négatives comme la dépression liée à la solitude et au manque de contact humain, ou des symptômes de fatigue numérique.
L’audiovisuel devra prendre en compte cette nouvelle réalité en 2021. Beaucoup de contenus vont très certainement rester en ligne, mais la demande pour des expériences in-vivo et plus immersives devrait aussi se développer en parallèle. Les marques devront réfléchir à un moyen de recréer digitalement de l’interaction et les émotions ressenties lors de moments de partage en live, comme pour les évènements sportifs par exemple. Le travail sur les données est ici une priorité. Par contre, cela devra se faire dans le respect de l’environnement, devenu un impératif pour tous les secteurs d’activité, et pour le public.
L’étude conseille de trouver un équilibre entre expériences numériques et expériences réelles. Et même en trouvant la bonne formule, encore faut-il pouvoir se démarquer. Les entreprises de l’audiovisuel devront rechercher davantage de design innovant et relayer une certaine forme d’expérience sensorielle pour mieux capter l’audience. Accenture-Fjord encourage à explorer les fonctionnalités des outils à disposition pour mieux les prendre en main et créer sa propre identité. Les marques ne doivent pas avoir peur de tenter des choses, et cette prise de risque peut même faire partie de leur stratégie de communication.
Réinstaurer du sens et des rituels
Même avec la distance physique, les rituels sociaux forts – anniversaires, mariages, repas de famille – ont réussi à se maintenir en 2020 en se réinventant sous une forme plus digitale. Cela reste un bouleversement sans précédent dans nos vies, et le besoin de retrouver une certaine spiritualité, une conscience de ce qui nous entoure a traversé la société. Cette recherche de sens a amené le public à se créer de nouvelles habitudes, de nouveaux rituels.
L’audiovisuel peut, et doit, aider le public à reprendre une forme de contrôle et à s’émanciper de ces nouvelles contraintes. Pour cela, les marques doivent se poser un certain nombre de questions. Sont-elles plutôt un rituel pour le public, une expérience ancrée dans leur vie, une habitude, ou un acteur dont on peut se passer ? L’objectif de cette introspection : proposer des contenus et formats instaurant des liens entre les individus, mais aussi un sentiment d’appartenance à une collectivité bénéfique pour soi-même : se retrouver pour un concert à distance, regarder ensemble un film même en étant séparés … Tout cela, bien sûr, en respectant ses engagements et ses prises de position.
L’étude préconise une enquête poussée des rituels du public pour mieux comprendre les raisons de leur existence. Ils différeront certainement en fonction du marché et du format – numérique ou linéaire – et pourront encore être amenés à se modifier avec le contexte sanitaire. Le rôle de l’audiovisuel est aussi d’aider le public à retrouver une forme de normalité à travers les expériences proposées.
Pour mieux répondre à ces nouvelles attentes de l’audience, l’attitude conseillée par Accenture-Fjord est l’authenticité. Les entreprises sont dans le même cas que leur public, elles ne connaissent pas la forme future des relations sociales, mais elles peuvent participer à leur renouveau et aider les gens à créer des rituels significatifs dans ces nouvelles circonstances.
Les révoltés de la vérité ou la fin du pour/contre
Par Hervé Brusini, Président du Prix Albert Londres, ancien rédacteur-en-chef de France Télévisions.
Vous savez ce que l’on dit à propos de ces temps de Covid ? Nous serions actuellement sur pause; et demain, avec le retour à la vie normale, tout pourrait redémarrer comme avant. Cette vision hypothétique ne s’appliquera certainement pas au journalisme, en tout cas pas à l’information produite aux États-Unis. Là-bas, les débats sont vifs, aigus, violents. Ils touchent aux fondements de l’exercice éditorial ainsi qu’aux dirigeants des médias d’information.
Et ce grand chamboulement, ces coups de boutoir, nous concernent évidemment.
Certes les spécificités du monde journalistique américain interviennent dans un puissant remue-ménage politique, en particulier autour de l’importance accordée aux pages opinions versus celles consacrées aux informations. Mais les thèmes évoqués outre-Atlantique nous sont familiers :
- « Diversité » – la préoccupation qui taraude notre société -,
- « Neutralité » – l’exposé des points de vue à parité, en somme notre fameux pour/contre qui structure si souvent l’exposé journalistique,
- « Objectivité » – ce vieux mot que l’on n’utilise plus vraiment en France, mais qui demeure sous-jacent.
A Washington ou New-York, tout cela est remis en question, interrogé, banni aux yeux de certains, et ils sont nombreux.
D’ailleurs, comme en écho, le 8 février dernier sur France Inter, Barack Obama confiait à Augustin Trapenard : « Aujourd’hui, il y a un millier de plateformes, vous avez tout l’Internet et il n’y a plus de règles convenues sur ce qui est vrai et faux »… »J’ai appelé ça une crise épistémologique, une foire d’empoigne. Et donc vous avez pu voir un président, Donald Trump, qui n’a pas été inquiété pour avoir menti tout le temps. Et ça c’est, je pense, le plus grand danger actuel pour la démocratie. « Une crise épistémologique ! », excusez du peu.
Et le discours de l’ex-président de sonner comme un appel à un monde éditorial, avec punition du mensonge, établissement de règles pour produire et diffuser du vrai… Très vaste programme, non ? En ce moment, là-bas, on parle même d’établir les conditions d’une « clarté morale », indispensable au journalisme.
La clarté morale
Un grand débat s’est donc ouvert dans le monde politico-médiatique américain, au plus haut niveau. Chaque jour apporte donc son lot de points de vue qui s’affrontent, d’invitations au statu quo, ou d’incitations au changement.
Ainsi, celui de Dan Froomkin intitulé « Ce que sera la prochaine génération des éditorialistes-reporters ». Froomkin est l’éditeur du site indépendant Press Watch. Dans son papier, il égrène avec un certain appétit, la liste des grands patrons qui cèdent en ce moment leur place à la tête de rédactions prestigieuses qu’influentes : celles du Washington Post, du Los Angeles Times, et même du New York Times.
Davantage encore dans la tourmente, James Benett, chargé des pages débats du NYT, a dû quitter le navire après avoir publié le 3 juin, la tribune incendiaire d’un sénateur de l’Arkansas. L’homme politique appelait à « envoyer la troupe » en pleine manifestation après la mort de George Floyd, victime avérée de la violence d’un policier blanc. Bennet confessa qu’il n’avait pas lu cette tribune avant parution. Révolte des lecteurs, comme d’une bonne partie des journalistes.
« Un rédacteur en chef du Philadelphia Inquirer a dû (également) démissionné pour avoir titré face aux manifestations et aux dégâts : Les bâtiments, c’est important aussi. (Buildings Matter Too) détournement du slogan ‘ Black lives Matter ‘ », a raconté recemment Le Monde.
Une nouvelle génération
Froomkin de prédire « Un moment épique… Une nouvelle génération de leaders arrive ! ».
On l’aura compris, il fait partie des tenants d’un profond changement.
Selon lui, le renouvellement éditorial du pays, s’annonce donc par la mise au rencard des sexagénaires et plus. Comme un symptôme. Mais le plus important est là : « (Les nouveaux arrivants) ont devant eux, prévient-il, de nombreux et urgents travaux de réparation ».
De quoi s’agit-il exactement ? Des chantiers de l’information à reconstruire, ceux de l’après Trump, évidemment.
Vu de Paris, on a du mal à envisager combien quatre années de présidence à coups de tweets mensongers quotidiens, d’insultes sans cesse renouvelées à l’encontre de médias qualifiés de fake news, ont pu secouer, éprouver, mettre à mal le monde de l’information US. D’autant plus, lorsque tout cela se termine un assaut sur le Capitole.
De fait, « des révoltés de la vérité » ont comme provoqué un court-circuit. Les fondamentaux de la presse sont pointés. La crise épistémologique évoquée par Obama, provoque des fissures, voire des canyons culturels, politiques, sociaux… et médiatiques. La production de l’information est au cœur de ce séisme. Événement notable, c’est une femme qui vient de prendre les rênes des pages débats du NYT. Kathleen Kingsburry, affirme vouloir « réinventer le journalisme d’opinion », tout faire pour prévenir les accidents éditoriaux. La cellule de vérification des faits, qui travaille avec le secteur opinion, a été renforcé à sa demande. Mais une grande question demeure, tout cela est-il suffisant ?
Après Press Watch, la lettre Persuasion apporte elle aussi sa contribution. Elle fait d’ailleurs de la force de conviction sa marque de fabrique. C’est Lionel Barber qui prend la plume. Ancien éditeur du prestigieux Financial Times, Barber intitule son intervention : « Trump et la vérité ». Il propose une autre vision des choses mais sur les mêmes thématiques. Lui aussi évoque le triptyque « diversité, neutralité, objectivité ». Pour autant, ses recommandations sont fort différentes.
Il ne s’inscrit pas dans le divorce avec la période précédente. Les premières lignes de son exposé donnent la tonalité : « Face à un président malhonnête, les journalistes ont recherché «la clarté morale ». Entendez, ils ont tenté de maintenir le statu quo, coûte que coûte. Camper sur les valeurs sûres éprouvées par l’histoire en quelque sorte. Pour Froomkin, c’est au contraire dans la rupture que le journalisme renouvelé, trouvera une clarté morale. Il n’hésite pas à rédiger comme un vade-mecum à l’attention des nouvelles générations. Il est à l’offensive, même si lui aussi se recommande du patrimoine historique du pays :
« Enracinez tout ce que vous faites dans les principes moraux et journalistiques de base comme le fair-play, la liberté d’expression, la vérité… vous pourriez appeler cela « clarté morale ».
L’expression constitue donc presqu’une aspiration commune. Mais sa définition peut varier du tout au tout, on va le voir. Elle parcourt en tout cas, l’actuel débat aux États-Unis. On l’imagine mal émerger dans une discussion française sur l’information. La crise de confiance que nous traversons n’emprunte pas ces mêmes voies qui évoquent comme une exigence spirituelle, une sorte de mise au clair avec soi-même. A croire qu’après l’ère Trump, les médias américains envisagent leur examen de conscience, seule issue possible à leurs yeux.
La blancheur éditoriale
« La blancheur » des rédactions est ainsi évoquée au titre des principaux griefs. Dan Froomkin n’hésite pas à se faire procureur d’un procès en place médiatique, un procès qui polarise largement le pays.
« Sur la blancheur, parlons donc de la diversité économique et raciale… Je regarde notre profession, et je n’en vois pas grand-chose, accuse le journaliste. Avec le temps cela doit changer. Et cela changera, mais pas du jour au lendemain. Ce que nous devons faire en attendant c’est reconnaître les effets de cette situation. A savoir, que nous opérons depuis longtemps dans une atmosphère de blancheur institutionnelle où la blancheur et les valeurs blanches sont considérées comme la norme. Cela a corrompu ce que la génération précédente a appelé un journalisme objectif…Dans ce métier, nous écrivons et rapportons, par défaut, dans une position de blancheur. Nos sources sont trop souvent blanches et masculines. Nos lecteurs présumés – ceux que nous craignons d’offenser -sont blancs, aisés et centristes. On considère trop souvent la blancheur comme neutre. »
Dans un éditorial retentissant publié par le NYT le 23 juin 2020, le journaliste lauréat du Pulitzer, Wesley Lowery avait eu des mots bien plus durs encore pour dénoncer la blancheur éditoriale. « L’industrie du journalisme a apparemment atteint un point de rupture… Cela fait plus de 50 ans que les premiers journalistes noirs sont apparus dans les rédactions américaines traditionnelles… »
Et ils ont fait de « maigres demandes » raconte Lowery. Elles concernaient l’embauche, le salaire, l’accès à la hiérarchie, dit-il en substance.
« Ce qui est différent maintenant, c’est que les éditeurs ne détiennent plus le monopole du pouvoir d’édition, affirme Lowery. L’accès aux plateformes de médias sociaux nous permet de parler directement au public ».
Et d’ajouter que si les salles de rédaction connaissent aujourd’hui un tumulte puissant, c’est parce qu’elles s’emploient à ce « refus laborieux de s’intégrer racialement ».
Les mots sonnent ici avec un réalisme brutal, comme un défi lancé à une société en plein tourment. Les explications, le contexte de ces discours sont connues : le mouvement Black Lives Matter et les violences policières qui l’ont engendré, le soutien, au moins tacite, apporté par l’ex président aux suprémacistes blancs, pour ne parler que des événements les plus récents. On le sait, la pauvreté, l’absence de perspective d’évolution sociale, l’isolement, contribuent depuis bien longtemps à cette pérennité des tensions raciales aux USA.
Le modèle républicain français, lui, est bien différent. Pour autant cette « blancheur médiatique » a souvent été pointée, dénoncée chez nous. Elle l’est encore. La question de la représentation sur nos écrans, se pose avec force depuis plusieurs années. Invisibles, gilets jaunes, les tenants de l’acte d’accusation d’un élitisme médiatiques sont bien connus.
Outre-Atlantique la question se focalise sur la diversité. Après avoir constaté les manquements grave du système, l’homme de Press Watch préconise son remède : « la blancheur ne doit plus être insignifiante dans les salles de rédactions. Elle doit être soulignée, étudiée et remise en question. Les voix non blanches doivent être élevées, et valorisées. »
Ses recommandations deviennent des exhortations concrètes tant à ses yeux la situation est grave. « Faites un projet de diversification de vos sources. Remettez en question vos angles morts…Reconnaissez le racisme, dénoncez-le ».
L’ancien éditeur du FT, Barber, partage quant à lui, cette même préoccupation. Il reconnaît volontiers que Black Lives Matter et #MeToo obligent les chefs à prêter plus d’attention aux articles des reporters. Mais attention, avertit Barber, cette exigence pourrait conduire à « l’intolérance, à la censure de la part de ceux qui « veulent un changement de paradigme ».
Et d’ajouter : « Les rédacteurs en chef, les commentateurs et même certains journalistes pourraient être pris pour cibles par des militants extérieurs, mais aussi par leurs propres collègues… Bien que le désir de clarté morale de l’ère Trump ait été compréhensible, la poussée vers un journalisme plus activiste risque de polariser davantage les gens, de pousser tout le monde vers … l’abandon de l’impartialité »
La fin du pour/contre
« Bothsidesism », tel est le mot bricolé pour résumer la question de la neutralité éditoriale aux États-Unis. Pas simple à traduire. Littéralement, le « deuxcôtisme » n’éclaire pas la chose pour un public français. On lui préfèrera l’équilibre, la parité des positions, bref l’exposé du pour et du contre qui structure si souvent nos productions journalistiques.
Mais le « bothsidesisme » est désormais un sujet hautement polémique aux USA.
Là encore D.Trump est partie prenante. Le drame de Charlotesville à la mi-aout 2017 ( Lors d’un rassemblement de suprémacistes blancs et d’une contre-manifestation de militants antiracistes, une jeune femme a trouvé la mort percutée par le véhicule d’un sympathisant nazi) fait un peu office d’acte fondateur, en tout cas provocateur. On se souvient des déclarations de Trump, s’évertuant à renvoyer dos à dos les acteurs de cette histoire. Jusqu’à affirmer qu’il y avait « des gens bien » dans les « deux » camps. Cette vision politique d’un « deuxcôtisme », un pour/contre, façon Trump fit scandale. Elle a ravivé un débat de fond qui agitait la presse américaine depuis quelques années déjà.
Au cœur des échanges, il y a ce que l’on appelle là-bas, « la fausse équivalence ». En novembre 2016, la journaliste Christiane Amanpour, en donnait déjà un exemple concret, lors d’une interview au Guardian : « Nous ne pouvons pas continuer avec le vieux paradigme (du pour/contre) à propos du réchauffement climatique, où 99,9% des preuves scientifiques empiriques sont mis à égalité avec la petite minorité de négationnistes.. »
C’est un peu ce que suggère B.Obama dans son interview récente sur FranceInter :« Je peux discuter avec n’importe qui dans une démocratie de la manière dont nous devrions aborder le changement climatique, mais je ne peux pas discuter avec quelqu’un qui dit que le changement climatique est un canular inventé par des écologistes radicaux ».
Ce credo d’un équilibre indispensable dans la présentation de deux camps, deux visions à propos d’une même question renvoie pour beaucoup à la structure politique du pays. Au royaume du libéralisme économique, Républicains et Démocrates se font face, l’équité journalistique se doit donc de respecter cette parité des points de vue.
Ce que confirme bien l’ancien éditeur du FT, Lionel Barber : « Ces questions vont au-delà de la pratique journalistique. Elles s’inscrivent au cœur de notre héritage libéral-démocratique, actuellement assiégé. L’échange rationnel et ouvert d’idées est un élément essentiel de ce patrimoine… L’expression de l’empathie, vient de l’esprit d’enquête qui prend racine dans la Grèce antique, le berceau de la démocratie. Ceux qui critiquent le « bothsidesism » dans le journalisme peuvent considérer que c’est une pratique moralement lâche, une complicité avec le mal. En fait, c’est tout le contraire. »
L’expérience de Barber en la matière est bien réelle. Il eut une rencontre avec Trump peu de temps après son élection. Dans un climat glacial, le président avait fini par lui dire : « Ça va, t’as perdu, j’ai gagné ! » « Brutalement, Trump avait recadré notre réunion, avoue Barber. Il en faisait un concours, un combat avec lui-même comme vainqueur désigné à l’avance. »
Barber ajoute que Trump a vanté ses 100 millions d’abonnés sur les réseaux sociaux, face à un « fake news » progressiste comme le journal de son visiteur, le Financial Times. Malgré tout cela, malgré tous ses confrères qui considéraient déjà le président comme un « fou, mauvais et dangereux », Barner affirme que « le bon journalisme exigeait que son interlocuteur fût traité équitablement » Quatre années plus tard, il maintient sa position. Et de rappeler que lui, le britannique, avait eu les mêmes scrupules lors des débats sur le Brexit. Quand bien même, à titre personnel, il était pro-européen.
Le New-York Times, le Post qui ont adopté le même principe se voient accuser « d’altérer la démocratie ». Pire, selon le dictionnaire Merriam Webster, cette attitude « déforme et accélère cette corrosion – tout cela au nom de la neutralité, rien de moins. »
Et Dan Froomkin, le rédacteur en chef de Press Watch, de renchérir en faisant spécifiquement référence au New York Times: « Si vous aviez demandé aux rédacteurs du NYT il y a cinq ans si les gens qui simplement nient les faits, se livrent à des théories du complot, diabolisent les immigrants, et si la lutte contre une société pluraliste devrait avoir un espace égal (ou plus qu’égal) dans leurs colonnes, ils auraient dit non… »
La crise médiatique est donc bien réelle outre-Atlantique. Et si l’ancien président Obama évoque à son sujet une crise épistémologique, c’est parce que la définition même de ce qu’est un fait n’est plus une évidence. Car cela ne l’a peut-être jamais été.
L’objectivité
« Les nouvelles et la vérité, ne sont pas la même chose, elles doivent être clairement distinguées. Les nouvelles ont pour fonction de signaler un événement. Pour sa part, la vérité doit mettre en lumière les faits cachés, établir les relations existantes entre les uns et les autres, brosser un tableau de la réalité sur laquelle les hommes peuvent agir. »
C’est Walter Lippman qui s’exprime ainsi dans LE livre de référence du journalisme américain, « Public Opinion » publié en 1922 et jamais traduit en France. Éditorialiste, essayiste, penseur du politique, Lippmann dénonça en son temps les « false news » de ses confrères (à propos de la révolution bolchévique en particulier), leur sensationnalisme, les stéréotypes qui faussaient leur travail. Bref, il fut l’ardent avocat de l’objectivité, préconisant le détachement, seule posture selon lui, en mesure de garantir l’exigence de lumières en démocratie.
Voilà pour la statue du commandeur US dont le philosophe Bruno Latour, n’hésite pas à dire qu’il a la dimension d’un Machiavel de nos temps modernes. C’est précisément cet héritage qui se retrouve aujourd’hui placé au milieu du grand tiraillement éditorial. On le relit aujourd’hui, comme pour y puiser quelques réponses au désarroi actuel.
La colère perceptible chez Wesley Lowery à propos de la blancheur des rédactions, pourrait s’en revendiquer, au moins au démarrage de son raisonnement. « Aucun processus journalistique n’est objectif, tranche-t-il. Aucun journaliste n’est objectif à titre individuel, car aucun être humain ne l’est. » A ses yeux, rien n’est pire alors que « l’objectivité neutre » qui caractérise la grande majorité de quelques grands médias mainstream.
« Cette objectivité neutre trébuche sur elle-même pour trouver des moyens d’éviter de dire la vérité, raille le journaliste. L’objectivité neutre insiste sur le fait que nous utilisons des euphémismes maladroits comme « le tir impliquant un officier de police ». Alors que nous devrions dire, ajoute Lowery, « la police a tiré sur quelqu’un ».
Faisant allusion au mouvement de réprobation générale après la publication de l’appel à l’intervention de la troupe, proféré par un sénateur et publié dans le NYT, il assure que « les journalistes noirs, n’appellent pas à la fin du débat public, ou à la censure des opinions qu’ils n’aiment pas. Ils réagissent seulement au traitement particulièrement médiocre d’une affaire incroyable à un moment très sensible ».
Et de parler, lui aussi, de manque de clarté morale, de la part de « chefs qui n’ont pas assez réfléchi avant de mettre à disposition d’un élu une plateforme aussi influente que celle du NYT ».
Les critiques n’ont pas manqué après cet article. Ainsi, Lionel Barber, l’adepte du « bothsidesism ». Pour lui, cette attitude risque de conduire à « l’abandon de l’idée d’impartialité, sans parler de l’objectivité ». Il n’y aurait alors plus que contradictions, tensions.
Et voilà qu’il invoque l’histoire de l’objectivité, comme pour mieux démonter à quel point on doit la préserver, ou plutôt l’adapter. Selon lui, le concept vient certes des années 20, mais plus précisément d’un calcul commercial visant à maximiser les revenus publicitaires. Il est au cœur de ce que l’on appelait autrefois, le « journalisme libéral » affirme Barber.
A cette époque de fusions et fermetures des journaux, dit-il, ceux qui ont survécu ont su sortir de la logique partisane des publications. Puis cette objectivité aurait été mise à mal, par des épisodes comme le Mc Carthisme où les journalistes américains ont compris qu’ils ne pouvaient plus être « de simples sténographes » de la parole des puissants…Ils devaient poursuit-il, « fournir un contexte et une analyse ». Avec le Viet-Nam, les reportages se sont teintés « d’un certain degré de jugement professionnel », analyse-t-il.
Mais beaucoup de journalistes ont continué à attaquer la neutralité et l’objectivité. Enfin, les théories postmodernistes universitaires qui remettent en cause l’idée même de vérité et surtout l’explosion du web et des réseaux sociaux, auraient en quelque sorte achevé le travail, conclut Barber qui plaide pour un statu quo simplement ravivé.
Parmi ses préconisations, il y a le fait d’exploiter la technologie numérique pour améliorer les formes traditionnelles de vérification. Le voilà bien l’autre mot qui forcément accompagne l’objectivité. Le fact checking, la vérification. Dans sa lettre aux futures générations d’éditorialistes reporters, Dan Froomkin, souhaite la suppression des services de fact checking qui se sont multipliés ces dernières années.
« Je transforme tout le monde en vérificateur, proclame-t-il. La vérification ne doit pas être une activité séparée… Plus important encore, nous devrions poursuivre les conséquences des mensonges… cela signifie interrompre les menteurs connus lorsqu’ils répètent un mensonge connu. Cela signifie qu’il faut refuser aux menteurs en série, la possibilité d’utiliser les médias. »
De fait, c’est ce qu’il a fini par arriver à Trump aux dernières heures de sa présidence.
Dans ce kaléidoscope atour de l’idée d’objectivité, un patron démissionnaire a particulièrement pesé tout au long de sa pratique journalistique. On doit à Marty Baron, en partance de la tête du Washington Post, l’investigation conduite sur les abus sexuels des prêtres catholiques de Boston. Il travaillait à l’époque au Boston Globe et son enquête lui a valu un prix Pulitzer en 2003 ainsi qu’une notoriété mondiale avec le film Spotlight qui le met en scène. C’est encore lui qui signifia au journaliste Wesley Lowery que ses tweets sur les sujets comme la race, la politique « violaient les principes de l’entreprise en matière de réseaux sociaux… »
Quelle et donc la conception de l’objectivité selon Baron ? En guise de réponse, il aime à citer Lippmann, toujours la référence. « Sa pensée était que nous, journalistes avons des idées préconçues, issues de nos origines, de nos expériences de vie, rappelle Baron. L’idée d’objectivité, ce n’est pas la neutralité. Ce n’est pas un principe bilatéral, un soi-disant équilibre. Ça n’a jamais été cela. »
Baron prône l’enquête, sa rigueur, la nécessité absolue de rencontrer tous les acteurs d’un dossier… L’objectivité, selon lui, est donc l’établissement des faits, au bout d’un long processus critique, où l’on publie lorsque l’on pense avoir « suffisamment de matériel » en main. Bref, la crédibilité par l’exercice d’un questionnement journalistique offensif. Seul véritable argument à ses yeux.
A travers tous ces débats, ces guerres de positions journalistiques, le fait et sa définition apparaissent bien comme les éléments fondamentaux de cet examen de conscience collectif. Par-delà le tumulte, la rudesse des échanges, cette remise au point semble s’imposer au pays où complotisme et faits alternatifs, réunissent des adeptes en si grand nombre…
Et chez nous…
Certes, on l’a dit, et comment nier l’évidence, les États-Unis ne sont pas la France. Cette antienne qui consiste à voir là-bas ce qu’il va bientôt nous arriver, a quelque chose d’une renonciation à notre propre identité. Une soumission à un fatum moderne. Nous n’avons pas connu, cette déstabilisation de haute magnitude que fut la période de Trump président. Soit. Mais les outils numériques que nous utilisons viennent bien d’outre-Atlantique. Leurs effets commencent à révéler une face cruelle aux yeux de celles et ceux qui y voyaient d’abord les instruments d’une libération générale. L’éther digitale peut parfois devenir un enfer personnel et/ou collectif.
De ce point de vue, le livre récent de Samuel Laurent, est plus qu’édifiant. L’ancien patron des décodeurs du journal Le Monde signe un ouvrage intitulé « J’ai vu le monstre. Twitter va-t-il tuer la #démocratie ? ».
Par-delà la mise en cause du réseau social et de sa « violence consubstantielle », le journaliste pointe « l’écosystème du faux » que représente Twitter, un écosystème viable parce qu’il s’appuie sur un constat sans appel : « Il y a une perte de confiance générale dans les médias traditionnels, affirme Laurent. Une perte de confiance à mettre en perspective avec la présence de plus en plus fréquente de « passeurs d’infox » à la télévision et un récit global relayé par le politique qui dit : les médias nous mentent et nous manipulent. Cette croyance dans les théories conspirationnistes ou le crédit accordé aux faits alternatifs sont aussi le signe d’un désenchantement de la réalité. »
Une crise de l’information, et de sa fonction dans notre société est donc bel et bien à l’œuvre dans notre pays comme le montre, année après annés, le baromètre Kantar pour le journal La Croix depuis 1987. Via le numérique et avec lui pour moteur, cette crise apparaît massivement. Elle est si forte en certains lieux, si assourdissante dans ses conséquences, qu’elle peut donner l’envie de quitter ces espaces numériques devenus toxiques, à l’exemple de S.Laurent.
Un fait planétaire se conjugue à cette crise. La pandémie du coronavirus. Depuis près d’un an, les discours à son propos sont omniprésents, capables d’interagir avec la vie de chacun jusqu’au plus intime : la peur et la mort. Dans ce contexte inédit, l’information est demandée comme jamais, mise à l’épreuve comme jamais. La crise connaît alors un paroxysme quasi quotidien là sous nos yeux.
Et se reposent en filigrane les questions posées au journalisme par l’examen de conscience américain :
La diversité devient essentiellement celle des territoires par rapport à un exercice gouvernemental national. Les invisibles sont célébrés, un temps. Au fil des mois, l’insatisfaction, voire la colère deviennent les composantes, réitérées, intégrées de l’information. Dans les rédactions on tente d’être fidèlement à l’écoute de cette « diversité ». L’heure de la recomposition des rédactions se pose de plus en plus, autant sur les origines sociales, qu’éthniques, ou géographiques.
La neutralité bat son plein dans ses plus sémillants pour/contre. Pêle-mêle, on est d’accord ou pas avec le confinement, son horaire, ses secteurs d’activité, son ampleur géographique… Et bien sûr, il y a l’interrogation inévitable du moment : est-on favorable ou pas à la Chloroquine, au professeur Raoult, à l’un ou à l’autre des experts… Doit-on faire confiance ou pas au patron de la santé, au ministre en charge, au chef de l’État lui-même… Le pour/contre rythme ainsi le récit qui s’étire et rebondit. Il ne laisse que rarement une mémoire.
Quant à l’objectivité, le fait qui la fonde est en souffrance. Vérité du jour, n’est pas vérité de toujours en temps de Covid. Tant s’en faut. Certes pas vraiment de faits alternatifs comme là-bas à Washington, mais succession de faits. En réalité, et cela a déjà été dit, nous faisons tous l’apprentissage en temps réel de la vérité scientifique et de ses hésitations. L’incertitude est mesurée chaque jour, à chaque instant, avec un lexique évolutif, taux d’incidence, variant… L’infographie n’est plus seulement l’attribut des labos, elle a droit de cité dans les studios, sur nos écrans. Comment alors ne pas penser au formidable livre de Lorraine Daston et Peter Galison intitulé « Objectivité ». Précisément c’est l’image qui est ici analysée. Comme un voyage qui va de l’atlas scientifique et ses fantastiques œuvres d’art scientifiques, à la photo et ses capacités de mettre en lumière un autre réel. Un cheminement à travers le temps, du XVIIIème siècle à la période contemporaine. Et l’objectivité n’est plus cette permanence intangible. L’objectivité gagne une histoire, et les faits de même.
Justement, Obama parlait de quoi déjà ? Ah, oui, d’une crise épistémologique de la vérité…
Liens vagabonds : désinformation d’un côté, censure de l’autre, des menaces sur l’information en continu
A RETENIR CETTE SEMAINE :
Procès contre Fox News / Fake News – Dans un mouvement contre la désinformation, la droite du paysage médiatique américain fait face à de nombreuses poursuites judiciaires. La dernière en date : Dominion et Smartmatic, deux entreprises de logiciels électoraux, poursuivent en diffamation Fox News et des proches de Trump. Pendant les présidentielles, leurs “machines à voter” étaient au centre des théories du complot soutenues par des figures de la chaîne. Fox News nie les accusations de diffamation de Smartmatic mais a tout de même annoncé l’annulation de “Lou Dobbs Tonight ». Grand soutien de Donald Trump, Lou Dobbs attaque la chaîne et continue de crier au complot sur Twitter. En même temps en France, un amendement visant à faire diffuser par les chaînes de télévision les condamnations pour incitation à la haine de leurs collaborateurs a causé des remous à l’Assemblée. Aura-t-on besoin d’un Ministère de la réalité ?
La Chine censure BBC World – Pékin interdit la chaîne Pékin interdit la chaîne BBC World News suite à la diffusion de “contenus en violation de la loi”. Cette condamnation, symptomatique du durcissement des relations entre Londres et Pékin, vient après la diffusion d’une enquête sur des viols et tortures de Ouïgoures. Elle intervient aussi en réponse au retrait de la licence de diffusion de CGTN par les régulateurs britanniques.
La vague de l’Audio social – Face au succès de Clubhouse, les plateformes sociales audio attirent les convoitises. La mode des plateformes sociales centrée sur l’audio, Twitter lance “Twitter Space” en Inde et Facebook prépare sa propre appli audio. Cependant, l’application à la mode fait face à la censure chinoise et à des interrogations sur la gestion des données de ses utilisateurs.
Cette semaine en France
- Covid : comment Doctolib et Maiia gèrent la campagne de vaccination
- Un cadre de Cdiscount suspecté d’avoir dérobé les données de 33 millions de clients
- Pluto TV arrive en France avec 40 chaînes locales et internationales
3 CHIFFRES
- Disney+ dépasse les 90 millions d’abonnés dans le monde
- 44 717$ : nouveau record pour le cours du Bitcoin
- Les ventes de la presse ont baissé de 1,5 % en 2020
LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE
Vous trouverez plus d’infographie sur Statista
NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ
- Où est passée la télévision locale britannique ?
- Tout le monde déteste les millenials : la guerre des générations sur TikTok
- Comment les enfants des partisans de QAnon tentent désespérément de déradicaliser leurs propres parents
DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION
- NPR supprime sa direction du numérique
- Matthijs Wouter Knol, directeur de l’Académie européenne du cinéma, plaide pour l’unité européenne
- Des ampoules à la 5G, la Chine se bat contre l’Occident pour le contrôle des technologies fondamentales
- Etats-Unis vs Chine: la mort du World Wide Web est programmée
GAFA / BATX
- La justice chinoise accepte la plainte antitrust de ByteDance contre Tencent
- Un syndicat des travailleurs pourrait voir le jour pour la première fois sur un site américain d’Amazon
- Après l’Australie, Google News Showcase est lancé dans d’autres pays dont le Royaume-Uni et l’Argentine
- Australie : l’étau se resserre sur Google et Facebook, sommés de payer les éditeurs de presse
DONNEES, CONFIANCE, LIBERTÉ DE LA PRESSE, DÉSINFORMATION
- Peut-on vraiment réguler les fake news ?
- Droits voisins : le SPIIL dénonce des accords opaques, inéquitables et nuisibles pour l’indépendance de la presse
- Récupérer des messages Signal d’un iPhone verrouillé serait possible
- Facebook teste moins de contenu politique dans son News Feed
LEGISLATION, REGLEMENTATION
- Pékin entend bien maîtriser les Big Tech avec ses nouvelles directives anti-monopoles
- L’application Clubhouse inaccessible en Chine après l’intensification des discussions politiques
- Le Conseil Européen donne son feu vert pour renforcer le RGPD et protéger les data de nos communications en ligne
- La vente de TikTok à Oracle et Walmart enterrée en attendant une position claire de l’administration Biden sur le sujet
- Le conflit entre Twitter et le gouvernement indien sur la liberté d’expression s’intensifie
JOURNALISME
A statement from Cheng Lei’s family.. as her case moves from the initial 6 months of RSDL (incommunicado detention without charge or even official arrest)… to ‘arrest’ on suspicion of leaking state secrets. She hasn’t even been charged yet. Process could take months/years: pic.twitter.com/4MaXagX5pJ
— Bill Birtles (@billbirtles) February 8, 2021
- L’open web attire de plus en plus d’adeptes parmi les éditeurs de presse
- Lancement de Google News showcase au Royaume-Uni
- Bloomberg News va se séparer de plus de 90 journalistes
STORYTELLING, NOUVEAUX FORMATS
- Le CNRS lance son portail d’images et de vidéos scientifiques
- Comment les médias étudiants utilisent TikTok pour amuser et attirer l’audience
- “Inheritance”, le projet de The Atlantic sur la résilience de la mémoire des Etats-Unis et de la communauté afro-américaine
ENVIRONNEMENT
- La publicité se vend en acteur crédible de la transition écologique
- Le fonds Bill Gates pour les technologies du climat finance une start-up qui utilise une nouvelle technologie pour extraire de l’hydrogène
- Pour respecter les engagements ambitieux en matière de climat, les Big Tech sont devenus les principaux acheteurs d’énergie propre
RÉSEAUX SOCIAUX / MESSAGERIES
- Complotistes, « patriotes », QAnon… Plongée dans Clapper, le TikTok de l’extrême droite américaine
- YouTube veut faire du TikTok
- Cyberharcèlement : Facebook Messenger lance un chatbot pour venir en aide aux plus jeunes
- Facebook prévoit de supprimer les messages contenant de fausses allégations sur les vaccins.
- Twitter envisage des frais d’abonnement pour Tweetdeck, et du contenu exclusif
- Snapchat pousse ses utilisateurs à faire le ménage dans leurs connexions
- TikTok devient sponsor officiel de l’Euro de Football 2020
STREAMING, OTT, SVOD
- Disney atteint les 146 millions d’abonnés à ses plateformes de streaming
- Deux nouvelles chaînes TV font craindre le pire pour le futur du journalisme non partisan au Royaume-Uni
- Universal Music va investir dans la plateforme de live-streaming crée par les labels de K-Pop Big Hit et YG
- Une série de films locaux pourrait aider le box-office chinois à rebondir lors du Nouvel An lunaire
- Forte chute de l’audience télévisée du Super Bowl
AUDIO, PODCAST, BORNES
- Fireside, application de podcast interactif et potentiel concurrent de Clubhouse, devrait être lancée cette année
- TikTok s’associe avec Universal Music pour accéder à son catalogue musical
- Covid-19 : les radios apportent leurs bonnes ondes à la jeunesse en détresse
- Après Windows, ce groupe sud-coréen reprend en beatbox l’identité sonore d’Apple
DATA, AUTOMATISATION, INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, BLOCKCHAIN
- Une application australienne, utilise l’IA pour aider à traiter les personnes atteintes de démence
- Ce génome humain n’existe pas : des chercheurs ont réussi à générer de l’ADN grâce à une IA
- La plus vieille banque américaine, BNY Mellon, se lance dans le bitcoin
- La liste des métiers de la blockchain
- Comment des modèles comme GPT-3 vont transformer la science, et la société
MONÉTISATION, MODÈLE ÉCONOMIQUE, PUBLICITE
- Tesla investit 1,5 milliards de dollars dans le bitcoin et va accepter “dans un futur proche” les paiements par cryptomonnaie
- Qu’est-ce que le dogecoin, cette cryptomonnaie partie d’une blague ?
- Les médias polonais suspendent leurs activités pour protester contre le projet de taxe sur la publicité
IMMERSION, 360, VR, AR
JEUX VIDEO, eSPORT
- Electronics Arts acquiert Glu Mobile pour 2,4 milliards de dollars
- Piratage de CD Projekt Red : les codes source de Cyberpunk 2077 et The Witcher 3 vendus aux enchères
- Esport – FIFA : les cinq joueurs de l’Equipe de France d’eFoot pour l’eNations Cup 2021
- Le PDG du studio de jeux vidéo Riot Games attaqué pour harcèlement sexuel par une ancienne employée
5G, 8K
- La nouvelle technologie X65 5G de Qualcomm permettra de télécharger des données à une vitesse de 10 Gbps
- Etats-Unis contre Chine : la guerre pour la 6G déjà lancée
TECH, STARTUPS, INNOVATION, TRANSFO NUM
- Atos s’associe à OVHcloud pour offrir des services de cloud computing Made in Europe
- Programmer sans savoir coder : une tendance disruptive pour l’éducation numérique ou pour lancer son entreprise
- L’historique de vos recherches pourrait aider à prédire les pics de cas de Covid-19 selon l’UCL
- Usages numériques des Français : l’Arcep et le CSA publient la première édition de leur référentiel commun
OUTILS
- Google Chrome et Edge : un générateur de QR Code est désormais intégré
- Happs, une nouvelle plateforme pour le journalisme audio
- Microsoft lance deux nouvelles applications pour améliorer la communication et la productivité sur Teams
… et, pour la revoir, la nouvelle définition du télétravail :
A lawyer using Zoom had to let a judge know that he wasn’t a cat after inadvertently activating a face filter pic.twitter.com/vChc14mjM1
— Mikael Thalen (@MikaelThalen) February 9, 2021
ES avec Kati Bremme, Mathilde Caubel & Lisa Rodrigues
Liens vagabonds : Elon Musk, grand promoteur de « Clubhouse »
A RETENIR CETTE SEMAINE :
Elon Musk fait crasher ClubHouse ! – Clubhouse voit le vent tourner en sa faveur avec la session remarquée d’Elon Musk qui a explosé les limites de l’application audio. La “salle” a rapidement atteint les 5 000 auditeurs. Avec ce succès, le milliardaire a montré la puissance et le potentiel de Clubhouse. L’application d’à peine un an est déjà évaluée à un milliard de dollars et est plébiscitée par Hollywood et la Silicon Valley. “The Elon Effect” a d’ailleurs frappé l’action de Clubhouse, une compagnie homonyme. Pendant ce temps, Mark Zuckerberg parle de l’avenir de l’AR / VR sur Clubhouse, et de téléportation.
La guerre Facebook vs. Apple – La prochaine mise à jour iOS 14 d’Apple obligeant les applications tiers à vous demander la permission de collecter vos données ne passe toujours pas pour Facebook qui compte bien contourner la mise à jour de la marque à la pomme. Alors que Tim Cook a ouvertement critiqué les pratiques des réseaux sociaux, certains utilisateurs d’iPhone ont vu apparaître en début de semaine sur leur fil d’actualité un message pop-up de Facebook répondant à la nouvelle politique de données d’Apple.
Jeff Bezos laisse sa place de président d’Amazon – Annonce surprise cette semaine. Jeff Bezos a annoncé qu’il laissera cette année sa place de président d’Amazon à Andy Jassy. Bezos lui lègue une entreprise florissante ayant placé l’innovation et l’intérêt du client au centre de toutes ses décisions. Le fondateur d’Amazon ne va pas pour autant quitter son entreprise : il se consacrera à d’autres projets internes à son empire.
Cette semaine en France
- Droits TV : Canal+ va diffuser toute la Ligue 1, les clubs vont se serrer la ceinture
- Des nominations au CSA entérinées au Sénat et à l’Assemblée
- La France et l’Allemagne viennent d’annoncer un appel à projets pour faire émerger des champions de l’IA
- Quand Hugo Travers se fait le porte-voix d’une jeunesse sacrifiée
3 CHIFFRES
- 345 millions – c’est le nombre d’utilisateurs de Spotify en 2020 dans le monde, un beau score mais l’entreprise reste prudente pour 2021
- 3,8 Milliards d’utilisateurs de Facebook dans le monde
- L’application Robinhood compte plus de 1 millions de nouveaux utilisateurs par jour
LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE
Vous trouverez plus d’infographie sur Statista
NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ
- Une histoire de vengeance en ligne
- Nous rendons la vie trop facile aux hackers en ne réparant pas suffisamment les failles de sécurité
- Une étude sur la relation des Américains avec les entreprises de la Big Tech
- Le génie du consumérisme : dans la tête de Jeff Bezos
- Ne pas humaniser l’IA, un débat Laurence Devillers / Yann Le Cun
Il ne faut pas rendre l’intelligence artificielle plus « humaine » c’est souvent une manipulation économique !
— Laurence Devillers (@lau_devil) February 1, 2021
DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION
- En 2020, le nombre de groupes extrémistes a diminué, mais pas la haine en ligne
- Comcast lance « Black Experience » sur Xfinity, avec le soutien de l’Association des critiques de cinéma afro-américains
- Après les journalistes, les universitaires doivent revoir leurs positions vis-à-vis des entreprises de la Big Tech
GAFA / BATX
- Microsoft prêt à remplacer Google en Australie avec Bing
- Facebook et la difficile modération des groupes violents et complotistes
- La Russie affirme être prête à mettre en place un Internet autonome
- Les entreprises de la Big Tech vivent très bien sans leurs fondateurs pour les diriger
- En Australie, Google inaugure sa plateforme rémunérant les médias pour contourner la loi de Canberra sur le paiement du contenu
DONNEES, CONFIANCE, LIBERTÉ DE LA PRESSE, DÉSINFORMATION
- Des journalistes indiens accusés de sédition pour avoir couvert les manifestations des fermiers
- Sauvegarder la liberté de la presse nécessite de travailler avec le darknet
- Contre la désinformation, Wikipedia dévoile un « code de conduite »
- « Khaled Drareni, journaliste, numéro d’écrou 22 244 », un documentaire hommage
LEGISLATION, REGLEMENTATION
- Le Conseil de l’Europe s’inquiète des dérives de la reconnaissance faciale et fixe des règles
- Le régulateur britannique révoque la licence de la chaîne CGTN contrôlée par le parti communiste chinois
- Twitter poursuivi en France pour son manque de coopération dans des affaires de haine en ligne
JOURNALISME
- Le Brexit est passé, mais le journal anti-Brexit The New European commence tout juste son aventure
- Ce que la prochaine génération de rédacteurs en chef doit dire à ses journalistes
- Le débat sur la refonte de l’écosystème médiatique américain
- Pourquoi le Philadelphia Inquirer interdit les commentaires pour la plupart de ses articles
- Subtext, le SMS comme nouveau média
- Malgré la digitalisation, les couvertures de magazines gardent un impact remarquable
STORYTELLING, NOUVEAUX FORMATS
- Covid-19 Museum ou comment agréger les traces laissées par la pandémie dans un musée virtuel
- Pendant le confinement, les éditeurs se (re)tournent vers les envois postaux
- Les kiosques numériques peuvent-ils sauver la presse ?
- Sur Twitch, Dany Caligula renouvelle les émissions politiques
ENVIRONNEMENT
- Les smartphones reconditionnés sous la menace d’une nouvelle taxe
- Droit à la réparation des appareils électroniques : premiers succès pour l’indice de réparabilité
Amazon’s plans for its new Virginia headquarters feature a 350-foot structure dubbed the Helix with two spiraling outdoor walkways with trees and plants from Virginia that twist to the building’s top. https://t.co/VGWTclnW1x via @WSJ pic.twitter.com/EfySgbXWvA
— David Wessel (@davidmwessel) February 2, 2021
RÉSEAUX SOCIAUX / MESSAGERIES
- Après le coup d’Etat, les Birmans se convertissent à la messagerie Bridgefy qui contourne Internet pour défier la censure
- DarkAcademia, CottageCore… Petit lexique des esthétiques qui cartonnent sur Instagram et TikTok
- Comment la génération Z parle de l’anxiété sur les réseaux sociaux
STREAMING, OTT, SVOD
- Les radiodiffuseurs britanniques en pourparlers pour une nouvelle application de streaming commune
- La débâcle WeWork adaptée en série TV pour Apple TV+
- Comment CBS va augmenter son audience streaming du Super Bowl cette année
- Netflix double la mise en Asie, mais la Chine reste un marché à conquérir
- « Le Problème à Trois Corps » sur Netflix : les mille embûches derrière l’adaptation TV d’un roman chinois hors normes
- La plateforme DOCUMENTARY+ fait ses débuts
AUDIO, PODCAST, BORNES
- Barilla lance des playlists Spotify… pour cuire vos pâtes avec une précision chirurgicale (et en musique)
- Bob Dylan, Stevie Nicks et d’autres grands musiciens vendent leurs catalogues à de nouveaux acheteurs acharnés
- Spotify débarque finalement en Corée du Sud, pays de la K-Pop
- Une brève histoire du podcast
- Spotify attribue une hausse de 24 % du nombre d’abonnés à la popularité des podcasts
- Less is more : le succès des chaînes de streaming musicales « lo-fi » sur YouTube
DATA, AUTOMATISATION, INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, BLOCKCHAIN
- Intelligence artificielle : le MIT travaille sur un réseau neuronal liquide
- Des cellules de cerveau humain sur des puces microélectroniques pourraient repousser les frontières de l’IA
- Comment la censure influence l’Intelligence artificielle
MONÉTISATION, MODÈLE ÉCONOMIQUE, PUBLICITE
- La recette secrète : NYT Cooking parle de son record d’abonnements et de ses projets pour 2021
- La tyrannie des mots de passe touche à sa fin
- Apple et la réalisatrice Lulu Wang révèlent le court-métrage « Nian » pour le Nouvel An chinois
IMMERSION, 360, VR, AR
- Corée du Sud : NCSoft lance une application permettant d’interagir avec les IA d’Idoles et de participer à des concerts en XR
- Après 4 mois de fermeture, plongez dans la visite virtuelle du Musée des Beaux-Arts de Caen comme dans un jeux vidéo
JEUX VIDEO, eSPORT
- Google Stadia ferme ses studios et change sa stratégie de développement
- Malgré sa croissance, l’activité économique des grandes sociétés de esport reste bien loin des grandes ligues américaines
- Face au manque de modération, des streamers américains tirent encore profit de la haine
- Latitude (AI Dungeon) collecte 3,3 millions de dollars pour construire des jeux aux possibilités d’histoire « infinies ».
5G, 8K
- Qualcomm s’installe en France avec un centre R&D 5G
- La France en quête d’usages pour la 5G
- 5G : le Conseil constitutionnel valide la loi « anti-Huawei » visant à préserver les intérêts de la sécurité nationale
TECH, STARTUPS, INNOVATION, TRANSFO NUM
- Les gens n’en peuvent plus des outils publics inefficaces de prise de rendez-vous pour se faire vacciner, alors ils ont créé les leurs
- Les robots sont de plus en plus présents dans les entreprises, mais ils ont encore du mal à collaborer
- Vous vous souvenez des robots dansants de Boston Dynamics ? Et bien, ils ont d’autres atouts dans leur manche
- Sur l’Internet capitaliste, même des célébrités prennent part à la Gig Economy
OUTILS
- Ces ressources peuvent vous aider à modérer les commentaires sur vos contenus
- Microsoft lance Viva, une nouvelle plateforme pour les employés en télétravail
ES avec Kati Bremme, Mathilde Caubel & Lisa Rodrigues
Liens vagabonds : Google ou la politique de la canonnière
A RETENIR CETTE SEMAINE :
Google vs Australie – Google menace de bloquer son moteur de recherche en Australie. Le géant américain annonce d’interdire l’accès à son moteur de recherche aux internautes australiens si Canberra ne change pas le News Media Bargaining Code. Google dénonce “un danger pour la gratuité et l’intégrité” des moteurs de recherche. Vint Cerf évoque même une menace pour l’internet libre et ouvert. Le Premier ministre australien assure que le gouvernement ne réagira pas à ces menaces. La Commission australienne pour la concurrence et la consommation a laissé entendre que ces nouvelles législations ne sont que le début de leur contre attaque contre Google et Facebook. Mais en France, Google a signé un accord pour rémunérer la presse française au titre des « droits voisins » sans dévoiler le montant.
Jack Ma est vivant – “Porté disparu” depuis plusieurs semaines, Jack Ma est de retour. Après des semaines de spéculations sur son sort, le fondateur d’Alibaba est réapparu sur une vidéo après trois semaines d’absence suite à son conflit avec Pékin. Dans la foulée, le cours des actions d’Alibaba est reparti à la hausse. Mais les investisseurs d’Ant Group semblent encore méfiants vis-à-vis de ses relations avec Pékin.
WhatsApp CGU – Suite à l’exode de ses utilisateurs vers d’autres applications de messagerie, WhatsApp repousse ses changements de conditions d’utilisation. Mais ce n’est que partie remise au 15 mai 2021 et WhatsApp compte profiter de ce report pour rassurer quant à l’impact des nouvelles CGU. L’annonce d’un partage accru de données avec Facebook à compter du 8 février avait créé le tumulte chez les utilisateurs de la messagerie. Tant est si bien que nombre d’entre eux se sont mis à la recherche d’alternatives plus sécurisées.
This is interesting! #WhatsApp goes for full-front page on almost all the TOP Newspapers of the country to clarify it’s controversial #PrivacyPolicy.
Indian users are already shifting to @telegram & @signalapp. As such, TOP-TOP PR games in the battleground! pic.twitter.com/TgfCanv4ZX
— aboyob bhuyan (@aboyobbhuyan) January 13, 2021
Cette semaine en France
- Delphine Ernotte: «Pour soutenir la culture, France Télévisions lance début février une chaîne éphémère»
- La France va consacrer 1,8 milliard d’euros aux technologies quantiques
3 CHIFFRES
- 50% de temps supplémentaire passé par les enfants devant les écrans pendant la pandémie selon une étude
- 4 milliards de paiements sans contact en 2020 en France, soit près de la moitié des transactions totales
- Telegram et Signal ont dépassé les 2 millions de téléchargements quotidien suite à l’exode de WhatsApp
LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE
Vous trouverez plus d’infographie sur Statista
NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ
- Voici ce qu’il se passait sur Parler pendant l’assaut du Capitole
- L’impact économique du Covid-19 sur les médias européens en 2020
- L’attrait tenace des conspirations
- Twitter a peut être réduit l’influence de la propagande chinoise
DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION
- Funérailles par Zoom, classes à l’extérieur : les prisons évoluent avec le Covid, mais est-ce que ça va durer ?
- Bannis des réseaux sociaux mainstream, Trump et ses partisans vont trouver la vie bien différente aux frontières extrêmes du Web
- Les adeptes de QAnon aux prises avec le doute font tourner de nouvelles théories alors que l’ère Trump s’achève
- Quand les médias chinois s’exportent en Afrique
- L’hégémonie américaine sur Internet menacée par un splinternet ?
GAFA / BATX
- Amazon surplombe tout avec sa tête fermement ancrée dans le cloud
- Amazon a lancé son premier service de vidéo exclusivement mobile en Inde.
- Amazon propose d’aider l’administration de Biden dans sa campagne de vaccination COVID
- Amazon, Microsoft et Google dominent largement le marché européen du cloud
DONNEES, CONFIANCE, LIBERTÉ DE LA PRESSE, DÉSINFORMATION
- La désinformation chute de manière spectaculaire une semaine après le bannissement de Trump et ses alliés sur Twitter
- Twitter a bloqué le compte de l’ambassade de Chine
- Quand les plates-formes se positionnent sur le front de la lutte contre la désinformation
- La liberté de la presse et le Printemps arabe, 10 ans après
- L’IFCN nominé pour le Prix Nobel de la Paix pour son travail de création d’une communauté mondiale de fact-checking
This is a very special day for the global fact-checking community. Please read our statement about our nomination for the #NobelPeacePrize https://t.co/83nq1e3xsE#factchecking #factcheck #factcheckers #facts #IFCN pic.twitter.com/8AeGp45knq
— International Fact-Checking Network (@factchecknet) January 21, 2021
LEGISLATION, REGLEMENTATION
- La loi de responsabilité des médias sociaux risque d’être modifiée sous Biden
- Les Etats-Unis attaquent le plan « extraordinaire » de l’Australie de faire payer Google et Facebook pour les news
- Corée du Sud : deux ans et demi de prison pour le patron de Samsung
- Haine en ligne : de nouvelles règles de modération proposées par le gouvernement
JOURNALISME
- Quatre ans en première ligne : 23 femmes journalistes qui ont couvert la présidence Trump
- Covid-19 : dans les médias, des femmes trop souvent invisibles ou stéréotypées
- A Fox News, la secousse de l’après-élection conduit à plus d’émissions d’opinion que de news
- Les chaînes d’information en continu américaines se préparent tant bien que mal à l’imprévisibilité
- Quels préparatifs pour journalistes couvrant cette Investiture très particulière
STORYTELLING, NOUVEAUX FORMATS
- Forbes lance une expansion massive de ses newsletters payantes
- Biden a prévu un filtre Snapchat pour son investiture ainsi qu’un évènement live
- Podcasts, YouTube et maintenant Twitch : comment Arte a conquis le web
- Trois rédactions centrales, une couverture médiatique 24/24 : le relais mondial du New York Times
- France Télévisions lance son premier live sur Twitch
Tellement heureux…
De ce beau 1er live sur Twitch pour France Tv : #OnVousRépond sur les vaccins2H d’infos, de réponses précises avec @dmascret
Résultat : Top 1 France, Top 5 Monde, pic à 18.000 viewers, 80.000 visiteurs uniques
1er live Ftv, sans doute pas le dernier pic.twitter.com/E76NbAwBZK— Samuel Etienne (@SamuelEtienne) January 22, 2021
ENVIRONNEMENT
- l’IA verte, et ce qu’elle peut accomplir pour l’environnement
- La guerre contre la négation du changement climatique a été gagnée. Et ce n’est pas la seule bonne nouvelle
- La Maison Blanche : nouveau centre névralgique pour le climat
- Free prêt à investir 1 milliard pour se verdir
RÉSEAUX SOCIAUX / MESSAGERIES
- Apple évoque le retour possible au téléchargement du réseau social conservateur Parler, s’il se réforme
- Parler revient partiellement avec le soutien d’une entreprise technologique russe
- Olvid, le trop discret concurrent français de Whatsapp
- Hike, le rival indien de WhatsApp, ferme son application de messagerie
- Après Parler, la messagerie Telegram est accusée d’héberger des contenus haineux
- Le juge refuse de réinstaurer le compte Amazon de Parler
STREAMING, OTT, SVOD
- La « lecture aléatoire » de Netflix sera disponible pour tous les utilisateurs cette année
- Paramount +, le successeur de CBS All Access, sera lancé le 4 mars aux Etats-Unis, au Canada et en Amérique Latine
- Avec 200 millions d’abonnés, Netflix laisse la concurrence loin derrière
- Netflix ne sauvera pas le cinéma français
- Paramount + aux Etats-Unis, Pluto TV en France : ViacomCBS à l’offensive dans le streaming
AUDIO, PODCAST, BORNES
- Le groupe Tencent Music va racheter Lazy Audio
- Trois tendances dans l’audio d’information pour 2021
- Spotify : les podcasts ne sont pas rentables, selon des analystes
DATA, AUTOMATISATION, INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, BLOCKCHAIN
- La vérité sur … les coups tordus des dark patterns de la Tech
- Sur Reddit, un bot transforme vos engueulades en mèmes vidéo
- Google enquête sur les actions d’une autre chercheuse éthique en IA
- Comment la Chine va utiliser la blockchain
MONÉTISATION, MODÈLE ÉCONOMIQUE, PUBLICITE
- La version chinoise de TikTok, Douyin, lance son porte-monnaie électronique
- L’e-commerce, le nouvel horizon de la messagerie WhatsApp
- TV au futur : La bulle de la télévision gratuite soutenu par la publicité se rapproche d’un point d’inflexion
IMMERSION, 360, VR, AR
- 5 exemples d’utilisation des univers virtuels par les marques
- Le premier casque audio d’Apple peut ouvrir la voie à d’éventuelles lunettes AR
- Splinter Cell VR : Ubisoft tease un jeu multijoueur en réalité virtuelle
JEUX VIDEO, eSPORT
- La Virtual Regatta ou le Vendée Globe dans ton fauteuil
- One Esports : vers la construction d’une véritable communauté de joueurs
- Les jeux vidéo sont-ils le futur du travail à distance ?
- GTA 6 : l’intelligence artificielle des PNJ serait-elle la meilleure de tous les jeux ?
- Jeux vidéo : la pépite française Asobo valorisée 65 millions d’euros
5G, 8K
- Les rivaux 5G font face à une note de 81 milliards de dollars après leur fièvre acheteuse des bandes passantes
- Apple M1 : on a fait du montage 8K sur un MacBook Air … et ça fonctionne !
- La France devrait très prochainement profiter du Wifi 6E
TECH, STARTUPS, INNOVATION, TRANSFO NUM
- L’art a été brutalisé par les géants de la technologie. Comment peut-il survivre ?
- Il peut détenir le ticket gagnant de la tech et la Silicon Valley le sait
- DuckDuckGo passe la barre des 100 millions de recherches quotidiennes pour la première fois
- Once, l’application française de rencontres rachetée 18 millions de dollars par Dating Group
- La Silicon Valley arrive sur le marché de la défense avec Rebellion Defense
- Wattpad va être racheté pour 600 millions de dollars par Naver
- LG songe à abandonner les smartphones
OUTILS
- Le kit pédagogique du citoyen numérique par le CSA, la CNIL, Hadopi et le Défenseur des Droits
- Lettre ouverte pour une plus grande diversité dans les médias publics avec propositions pour l’améliorer
- Block Party : l’outil pour masquer les trolls sur Twitter
ES avec Kati Bremme, Mathilde Caubel & Lisa Rodrigues
Liens vagabonds : les géants de la tech prennent la main pour réguler la démocratie
A RETENIR CETTE SEMAINE :
Coup de force au Capitol – 10 jours avant l’arrivée de l’administration Biden, les réseaux sociaux bloquent les comptes de Donald Trump suite aux événements du Capitole, après un appel à “déplateformer Trump”. Facebook déclare une “situation d’urgence” et interdit Donald Trump de publication au moins jusqu’à la fin de son mandat. Twitter suspend le compte de manière permanente. Les ressorts de cette décision. YouTube a également annoncé de bloquer des contenus. D’autres entreprises de la tech rejoignent le boycott : Shopify ferme des stores qui ont alimenté la campagne Trump, Twitch désactive le compte de Trump, TikTok supprime des vidéos. La liste complète ici.
Michelle Obama appelle la Silicon Valley à interdire définitivement Trump et à prévenir les abus de plateforme par les futurs dirigeants. Les plateformes devraient payer pour leur rôle dans l’insurrection, les médias aussi ? Mais d’autres sites accueillent les bannis tout aussi vite. Et il suffisait d’observer le réseau social « Parler » pour voir la crise arriver.
La déclaration de Mark Zuckerberg :
“[…]Nous pensons que les risques de permettre au Président de continuer à utiliser notre service pendant cette période sont tout simplement trop importants. Par conséquent, nous prolongeons le blocage que nous avons placé sur ses comptes Facebook et Instagram indéfiniment et pour au moins les deux prochaines semaines jusqu’à ce que la transition pacifique du pouvoir soit terminée”.
La timeline de la haine de Donald Trump.
La Silicon Valley se syndique – Prolétaires de la tech du monde entier unissez-vous ! Le nouveau syndicat des travailleurs d’Alphabet, annoncé lundi dans un article d’opinion du New York Times, veut jouer un rôle dans le choix des entreprises avec lesquelles Alphabet travaille et des technologies qu’il introduit.
US/Chine – La NYSE va radier les principaux opérateurs chinois de télécommunications – Va-et-vient à la bourse de New York cette semaine. Initialement, 35 entreprises chinoises devaient en être bannies au 11 janvier. Mardi, la NYSE annonce finalement qu’elle revient sur sa décision de radier trois grandes entreprises télécom chinoises avant de faire machine arrière le lendemain pour revenir à son projet initial. Washington songe à bannir les groupes Alibaba et Tencent.
Cette semaine en France
- La 5G sera disponible à Paris « avant fin février pour tous les opérateurs » annonce Xavier Niel
- Et l‘Europe donne le coup d’envoi de la #6G
3 CHIFFRES
- 19 milliards de dollars – c’est la somme que Netflix va investir dans ses productions en 2021 (+10% par rapport à 2020)
- + de 1,4 milliards d’appels sur WhatsApp pour le Jour de l’An
- 3 posts in feed, 8 à 10 stories, 4 à 7 reels, 1 à 3 IGTV, le tout par semaine, voilà de quoi a besoin l’agorithme d’Instagram pour vous donner de la visibilité
LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE
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NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ
- Les prévisions tech pour 2021 des journalistes du NYT
- Les plus grands échecs technologiques de 2020 selon le MIT
- 3 bonnes résolutions pour l’innovation journalistique en 2021
- 2010-2020 – une décennie de l’IA
DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION
- Amazon, Berkshire et JPMorgan Chase abandonnent leur projet commun de couverture santé
- Après Google, Cisco abandonne à son tour sa filiale dédiée aux Smart Cities
- Télétravail/Management – se faire remarquer est devenu plus difficile dans un environnement virtuel
- La Chine prépare la fin du cash
- 60 nouveaux magazines print ont été lancés en 2020
- Apple développe une voiture autonome
GAFA / BATX
- La disparition de Jack Ma
- En Géorgie, les mises à jour de Facebook ont fait revenir un fil d’actualité partisan
- Amazon interdit d’utiliser le logo AWS en Chine par la justice
- Les autorités chinoises essaient de forcer le groupe de Jack Ma Ant Group à partager les données de ses consommateurs
- Facebook relooke ses Pages avec une mise en page plus simple et la disparition du bouton « Like »
DONNEES, CONFIANCE, LIBERTÉ DE LA PRESSE, DÉSINFORMATION
- Les Chinois protestent contre la reconnaissance faciale
- La police de Singapour peut accéder aux données des contacts COVID-19 pour les enquêtes criminelles
- WhatsApp / Apple, surenchère dans la protection des données
- Le partenariat du Washington Post Press Freedom s’étend pour inclure comme membre WAN-IFRA, et Aspen Institute comme partenaire
- A partir du 8 février, les utilisateurs de WhatsApp [hors UE]devront partager certaines données avec Facebook
- Facebook Messenger, un graphique qui montre à quel point l’appli espionne la vie privée
LEGISLATION, REGLEMENTATION
- Drones de loisirs : de nouvelles règles à partir du 1er janvier
- Trump interdit les transactions américaines avec huit applications chinoises dont Alipay
- Emmanuel Macron choisit Laure de la Raudière pour diriger l’Arcep
- RGPD : En 2020, le montant total des sanctions s’est élevé à 171 millions d’euros, l’Italie en tête
JOURNALISME
- Le fond spéculatif Alden Global propose de racheter Tribune Publishing
- Comment la presse et le public peuvent trouver un objectif commun [sondage]
- L’ancien banquier de Goldman Sachs Richard Sharp va être le prochain président de la BBC
- Le rédacteur en chef de Reuters Stephen J. Adler annonce sa retraite
STORYTELLING, NOUVEAUX FORMATS
- En 2021, Le Monde mise sur la transparence et la proximité avec les lecteurs
- « Backing British Creativity » : La BBC joue avec les acronymes pour revenir sur son année 2020
ENVIRONNEMENT
- La pandémie nous a appris comment ne pas traiter le changement climatique
- Lancement de l’indice de réparabilité des objets techniques en France
- La Norvège devient le premier pays à vendre plus de voitures électriques que de véhicules à essence
- Apple : des critères environnementaux détermineront les bonus des dirigeants
RÉSEAUX SOCIAUX / MESSAGERIES
- Google et Snapchat en négociation pour investir dans l’app indienne ShareCat
- Le réveillon du Nouvel An 2020 a établi un nouveau record d’utilisation des applications de Facebook
- Une fonctionnalité Telegram expose votre localisation précise aux hackers
- La messagerie Signal, approuvée par Elon Musk
STREAMING, OTT, SVOD
- La transition de ViacomCBS du linéaire au streaming
- Lancement de Discovery Plus sur plusieurs plates-formes, dont Roku et Amazon Fire TV
- Voici les cinq principaux atouts et tendances qui vont façonner le futur de la TV en 2021
AUDIO, PODCAST, BORNES
- La mue des métiers du disque
- Alibaba met fin à l’application de streaming de musique Xiami
- Twitter achète l’application de podcast social Breaker
DATA, AUTOMATISATION, INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, BLOCKCHAIN
- Microsoft va permettre de parler aux défunts grâce un chatbot
- L’Ukraine choisit la blockchain Stellar pour développer sa crypto-monnaie nationale
- DALL-E : la nouvelle IA d’OpenAI crée des images à partir de textes
- Des chercheurs en informatique débattent des prochaines étapes pour l’IA en 2021
MONÉTISATION, MODÈLE ÉCONOMIQUE, PUBLICITE
- Aperçu de l’état de la fintech : l’investissement à surveiller
- Les fonds d’investissement se ruent sur le bitcoin
- #CES2021 | Les marques doivent se réinventer, pas simplement numériser leur présence
- Sur Internet, le retour du payant contre le tout-gratuit
IMMERSION, 360, VR, AR
- Le Métavers arrive
- La RMN lance sa filiale Grand Palais immersif pour produire des expositions numériques
JEUX VIDEO, eSPORT
- Niantic achète la plateforme de gaming compétitive Mayhem
- Nintendo va acquérir le studio canadien Next Level Games
- L’ambitieux jeu de Microsoft Minecraft Earth va disparaître le 30 juin
5G, 8K
- En 2021, tous les téléviseurs 8K seront équipés d’un système son immersif
- Huawei fait appel de la décision de la justice suédoise sur son exclusion du réseau 5G
- Les nouveaux usages pour la 6G
TECH, STARTUPS, INNOVATION, TRANSFO NUM
- Une cour italienne estime que Deliveroo utilise un algorithme « discriminatoire »
- Doctolib se projette en Italie
- Gojek et Tokopedia, les deux plus grandes entreprises technologiques indonésiennes, pourraient fusionner
- Les 15 startups françaises à suivre impérativement en 2021
- La reconnaissance faciale peut identifier les personnes portant des masques
OUTILS
- La nouvelle app « One Outlook » de Microsoft a fuité sur le net
- Cet outil permet d’enregistrer simplement son écran et sa webcam
- Metrics for News de l’American Press Institute propose aux rédactions une nouvelle analyse des données de leurs lecteurs
ES avec Kati Bremme, Mathilde Caubel & Lisa Rodrigues
Zola et Baricco, pour tenter de comprendre 2021
Par Hervé Brusini, ancien rédacteur en chef de France Télévisions, Président du Prix Albert Londres
Quels sont les mots pour dire l’info et sa narration aux temps de la Covid ?
Comment décrire ce qu’il nous est arrivé – que l’on soit journaliste ou citoyen -et ce qu’il nous arrive aujourd’hui encore avec ce récit, car rien n’est terminé face à la pandémie ?
Que faire donc, là maintenant, d’un sujet qui embrasse toutes les activités humaines ?
D’abord, il y a le bruit
Pour l’heure, il est assourdissant, omnipotent, omniprésent : interrogations, diagnostics et recommandations souvent contradictoires vont à un train d’enfer. Car, les sociétés, française et planétaire, sont avides de réponses. La gageure, la sommation, est de tout penser dans l’instant, au jour le jour. C’est un paroxysme. La vérité est promise, exigée, produite sous tous ses aspects « covidiens » : sanitaires, politiques, économiques, voire philosophiques.
La chose est légitime, mais on peut y voir aussi l’arrogance et le désarroi d’un temps où l’incertitude se vit à tout moment, s’exècre à tout moment. La peur est à l’œuvre. Quand il est question de maladie, de vie et de mort, on ne fait plus dans la dentelle. Complexité circulez ! Malgré toute sa bonne volonté, au moins proclamée, le journalisme n’échappe pas à cette réquisition générale. Même train d’enfer pavé, ou plutôt mis sur les rails, des meilleures intentions. Forcément, tout cela, ça fait beaucoup de bruit.
Du chef de l’État, au quidam, en passant par les professionnels des nouvelles, de leur production comme de leur diffusion, tout le monde se sent à titre, juste et légitime, pleinement concerné par ce qui est devenu LE sujet. Il sera intéressant pour les futurs historiens de cette crise, de décrire, d’analyser comment un virus est devenu la préoccupation des terriens et terriennes. Ces derniers découvrant par la même, qu’ils ont des voisins, que d’autres pays existent bien, que d’autres cultures, économies, systèmes de santé ont leur propre façon d’affronter l’invisible péril. Paradoxe du confinement : la découverte de l’autre.
Ensuite, il y a l’évènement
Tentons de rester sur ce « penser l’info » qui mobilise à tous les étages de notre édifice collectif.
Car, il y a bien là un événement. Explication : la notion d’événement semble s’être dissoute dans la chape, de facto créé par le virus. Chaque jour connait son événement nouveau, avec la découverte d’un aspect méconnu de la maladie, la dernière décision gouvernementale, les statistiques diverses sur le nombre d’hospitalisés, le taux de reproduction du virus, les aides aux entreprises, le moral de chacun, la jeunesse toujours plus sacrifiée, la pauvreté qui gagne, la date changeante de fermeture/réouverture des salles de… La pandémie est en soi devenue l’événement. Il/elle, se syncope, se répète, s’étire, se psalmodie…
Au beau milieu de cette bande sonore, se tient l’information qui transmet, bat la mesure, tient l’agenda tant bien que mal. Depuis plus d’un siècle, elle avait ce recours quasi systématique, à ce qui l’environne, pour s’expliquer, au sens où le coupable est sommé de s’expliquer face aux juges. Le mot « pouvoir » constituait alors l’essentiel de sa plaidoirie. On le déclinait à l’envi avec les qualificatifs souvent justifiés, de pouvoir économique, pouvoir politique, pouvoir juridique, et même pouvoir médiatique. L’évocation de ces pouvoirs suffisait à « expliquer », les anomalies, travers, ou manquements de l’information. Bref, les raisons de la faute se tenaient dans cette extériorité.
Aujourd’hui, c’est le principe constitutif de l’information qui est mis en lumière, et à mal. Au sens où l’on braque un projecteur sur le suspect sommé de s’expliquer. Là est l’événement. La vérité, car c’est elle dont il s’agit, est interrogée dans son processus de production. Qui a, aura le pouvoir de la produire ? La vérité est ainsi soumise à un interrogatoire qui ne rechigne pas à la torture. La vérité offre un visage meurtri, parfois sans identification possible tant les coups portés semblent hors de toute raison. Ce n’est pas seulement une affaire de fausses nouvelles, fake news, ou infox, chères au législateur. Loin de là, puisqu’on le sait maintenant, le fait en tant que tel, est désormais remis en question, nié. Y compris le fait scientifique et sa mise en discussion permanente.
Les États-Unis lui ont trouvé une alternative, validée par la Maison blanche. Alors on le voit, le massacre du vrai pourrait singulièrement dépasser le seul cadre du journalisme. Car au-delà de la fausse info, il porte d’autres noms aux diverses formes violentes, toujours assassines, voici pêle-mêle, le complotisme, le platisme, bref tout l’éventail de l’obscurantisme contemporain.
Puis, il y a la référence : bonjour Zola !
Mais tout cela est-il bien nouveau ? N’a-t-on pas pour caractéristique, effet de l’orgueil du moment, ce travers de croire que nous serions dans une situation inédite ? « De l’historique ! », comme aime à le dire le présentateur des nouvelles dans la lucarne. Cet événement actuel qui place l’information elle-même et sa narration au cœur des préoccupations, possède en effet un précédent. Une époque où l’on s’est posé ce même arsenal de questions visant à mettre en joue la vérité et son traitement journalistique. La période offre de nombreuses similitudes avec notre actualité. Le XIXe siècle a connu cette même explosion technologique dans la fabrication de l’info, cette même mutation dans l’art du récit, ce même sentiment de rupture, d’un monde sur le point de disparaître face à un autre, plus incertain aux yeux de beaucoup. L’un des textes les plus emblématiques de cette époque est peut-être cette préface rédigée par E. Zola à un recueil intitulé « La morasse ».
« Ah ! cette presse, que de mal on en dit ! Il est certain que, depuis une trentaine d’années, elle évolue avec une rapidité extrême. Les changements sont complets et formidables »
Le ton est donné. Il date de 1889, cinq ans avant le commencement de l’affaire Dreyfus, neuf ans avant le célèbre « j’accuse » signé Emile Zola à la une du quotidien L’Aurore.
« Flot déchaîné de l’information à outrance », « il s’agit d’être renseigné tout de suite », Zola pointe ce journalisme nouveau qui a tué selon lui, « les grands articles de discussion, la critique littéraire… au profit des dépêches…»
Il ajoute :« Mon inquiétude unique, devant le journalisme actuel c’est l’état de surexcitation nerveuse dans lequel il tient la nation… Il s’agit d’un fait social. Aujourd’hui, remarquez quelle importance démesurée prend le moindre fait. Des centaines de journaux le publient à la fois, le commentent, l’amplifient. Et, pendant une semaine souvent, il n’est pas question d’autre chose : ce sont chaque matin de nouveaux détails, les colonnes s’emplissent, chaque feuille tâche de pousser au tirage en satisfaisant davantage la curiosité de ses lecteurs. De-là, des secousses continuelles dans le public qui se propagent d’un bout du pays à l’autre. Quand une affaire est finie, une nouvelle commence, car les journaux ne peuvent vivre sans cette existence de casse-cou. Si des sujets d’émotion manquent, ils en inventent. Jadis, les faits, même les plus graves, étaient moins commentés, moins répandus, émotionnaient moins, ne donnaient pas, chaque fois, un accès violent de fièvre au pays. Eh bien ! c’est ce régime de secousses incessantes qui me paraît mauvais. Un peuple y perd son calme »
Et comme en écho, le regard du sommet de l’État
Dans un entretien récent accordé à L’Express, l’actuel président de la République parle de « l’écrasement des hiérarchies induit par la société du commentaire permanent », « d’une inquiétude qui gagne » quand « les controverses scientifiques se déploient sur les chaînes d’information et les réseaux sociaux ».
Dans ce jeu de miroir des discours tenus sur l’info, avec ou sans Covid, Zola développe ce qu’Emmanuel Macron ne démentirait pas : « On le voit, depuis quelques années, l’équilibre de la saine raison semble être détruit, le contrecoup des événements est disproportionné ; et l’on en arrive à se demander avec anxiété si, dans des circonstances véritablement décisives, nous retrouverions le sang-froid nécessaire aux grands actes. »
De fait, la crise des crises provoquée par un coronavirus, a quelque chose de ces « circonstances décisives ». Et l’on serait tenté d’écrire qu’une heure de vérité est en train de sonner.
Signe d’espoir venu du passé, à l’issue de son introduction, Zola proclame sa foi dans l’avenir de la presse, malgré tous les reproches qu’il peut lui faire. « Elle est une force qui sûrement travaille à l’expansion des sociétés de demain ». L’optimisme l’emportait donc même « s’il y aura de la boue et du sang » prophètisait le journaliste-écrivain. Sommes-nous à présent dans cette boue et ce sang ? La foi dans le caractère inéluctable du progrès animait par-dessus tout cette époque, que l’on pourrait qualifier de « disruptive » si l’on osait l’anachronisme du vocable.
Et l’on ne se lasse pas de citer cet autre visionnaire du journalisme, un certain Eugène Dubief. Trois après Zola, cet ancien secrétaire de la ligue de l’enseignement décrit la future arrivée de l’internet. Sic. « Des filets nerveux enserreront le globe » prévoit Dubief. « Moyennant l’abonnement le plus minime, expliquait-il, le citoyen du XXe siècle pourra évoquer devant lui un diorama (entendez l’image) et être sans cesse en communion avec tout le genre humain ».
Et il affirmait : « alors ce sera si beau, le journalisme se sera si bien perfectionné qu’il n’y aura plus de journalisme… »
Mais que sera alors devenue l’information dans ce monde où semble dire Dubief, le journalisme se sera si répandu qu’il n’existera plus en tant que tel ? Vivons-nous les prémisses de ce stade avancé, dont on ne sait s’il s’agit d’une évolution ? La Covid est-elle l’accélérateur de ce qu’annonçait The Game, le livre d’Alessandro Baricco ? Il parlait d’un « changement du design de la vérité », évoquant le surgissement sur nos écrans d’une « vérité-minute ».
Enfin, il y a « ce que nous cherchions », bonjour A. Baricco !
Récemment, l’écrivain a publié sur smartphone en texte comme en voix, un opuscule en 33 fragments, intitulé « Ce que nous cherchions ».
Bien sûr, on notera que la forme proposée est très innovante. Mais le contenu est aussi des plus singuliers. Selon Baricco, la pandémie que nous vivons serait « une créature mythique, beaucoup plus complexe qu’une simple alerte sanitaire ». « Avec ce type de figure, la communauté des vivants organise le matériel chaotique de ses peurs, convictions, mémoires ou rêves », explique l’auteur. Et contrairement à ce que l’on pourrait croire, « c’est bien réel », insiste-t-il. La créature mythique a en partage avec le monde numérique sa capacité virale, remarque Baricco, « pas d’attaque frontale », mais plutôt un « processus opérant par contagion », « une contagion des esprits avant celle des corps ».
Mais de quoi parle exactement l’auteur de « La soie » ? Ce mythe de la pandémie, dit-il, agrège « divers savoirs et ignorances : des gouvernements fragiles, des journaux au bord de la faillite, des aéroports, des années de politique sanitaire … des applications soudainement très utiles, le retour des experts au premier plan, l’omniprésence silencieuse des géants de l’économie digitale… ». « Bien sûr, nous nous focalisons sur le virus, mais si nous fermons les yeux, nous entendons tout le reste, comme un bruit de fond », décrit un Baricco traducteur de nos angoisses.
Autant dire que, selon Baricco, nous la cherchions bien cette pandémie, avec de tels choix ou non choix. En fait, suggère-t-il, nous y étions déjà peu ou prou, dans la viralité, et avec ce grand tout que nous avons construit via le numérique, où « l’on peut faire circuler comme jamais l’argent, les chiffres, les infos, la musique… ».
Mais attention, cette pandémie est d’un genre absolument nouveau, rien à voir avec la peste, assène Baricco. La rapidité de calcul actuelle, l’extraordinaire capacité de déplacement dans le digital, le fait que chacun est en mesure de produire un récit, tout cela combiné à la maladie provoque une réaction chimique inédite. La science elle-même vacille dans ce brassage.
« Si le savoir médical se résume à des conseils de bon sens, c’est que quelque chose ne fonctionne pas », grince Barrico.
Ces trente trois fragments livrent une approche plus que surprenante de la pandémie. Mais il y a ce sentiment de justesse, d’adéquation totale avec le sujet. Il s’achève sur le constat de deux forces en présence selon l’auteur. La première est que la pandémie n’est pas démocratique.
« Elle renforce les puissants, et défait les pauvres », constate-t-il. « Elle ne fait pas s’écrouler la bourse… remet en pleine lumière le pouvoir politique. Et l’on sait que ce dernier n’est jamais plus fort que lorsqu’il se présente comme un sauveur », avertit l’auteur. Face à cette tentation autoritaire, il y aurait ce moment qui permet aux humains de penser l’impensable, espère l’auteur du Game, « non pas comme un jeu de leur imagination, mais plutôt de leur rationalité ».
L’ultime figure mythique convoquée par celui qui a créé une université dédiée à la narration à Turin, est l’amour. Un mythe pour soi-même, dit Baricco, une forteresse imprenable. Elle aussi opère par la contagion. L’amour est virale en quelque sorte, alors « qui a aimé, saura…» conclut Baricco . Façon de dire : saura ce qu’il faut faire face à la pandémie, puisque l’actuelle contagion renvoie à l’ancestrale question maladive posée par l’amour.
Et l’information dans tout cela ?
Zola, Baricco, comme une croisée des chemins.
L’un renvoie au journalisme lui-même, aux défis qu’il doit relever. Pour enfin tirer les leçons d’une histoire négligée, celle de la presse, de celles et ceux qui l’ont construite. Zola, qui l’aime, lui conseille, moins d’excitation, plus de temps, de pédagogie, d’éthique. Un rappel avant l’heure à se corriger, reconnaître ses erreurs et aller de l’avant, s’engager comme on dirait aujourd’hui. L’art du reportage en étendard, le plaisir de la transmission critique pour seule arme. L’indépendance pour credo. Bref, une aide à la démocratie. Une démocratie de l’espérance en des jours meilleurs. A l’opposé de la défiance mortifère.
L’autre dépasse l’information stricto sensu. Il ouvre les portes d’un univers nouveau. En établissant un parallèle entre Pandémie et numérique, Il fait apercevoir « la nouvelle skyline de nos mentalités » dit-il. Un monde tout en revirements : peur/audace, changement/nostalgie, douceur/cynisme. A ses yeux, les gestes barrière de la pandémie ont pour équivalent cette hygiène digitale de plus en plus souhaitée ici et là. Il fallait s’arrêter, se laver les mains… qui touchent les claviers de nos écrans.
Zola et Baricco, l’un des inventeurs du récit naturaliste, et l’un des ingénieurs de la narration.
Deux voix à écouter.