Liens vagabonds : Qui veut la peau de Google et Facebook ?

A RETENIR CETTE SEMAINE : 

« Facecrook » et autres « Googbook » Si on pouvait résumer en une phrase, « la bataille de l’Australie contre les GAFA nous concerne tous ». De plus en plus de voix s’élèvent contre ceux qui sont parfois considérés comme une menace globale et qui sont devenus très puissants, en particulier pour ce qui est de la diffusion des contenus d’information. Depuis que Facebook et l’Australie sont parvenus à un accord, certains crient à la fraude, le gouvernement australien ayant accepté d’amender son projet de loi en faveur des géants de la techL’accord entre l’Australie et Facebook va-t-il inspirer d’autres pays?

Cyberattaques et fuites de données médicales – Les médias ont révélé cette semaine que les données médicales de 500 000 Français ont été diffusées sur le Web à la suite d’un piratage de bases de données de laboratoires médicaux. La CNIL a ouvert une enquête. Cette énième fuite intervient dans le contexte d’une pluie d’attaques aux rançongiciels dans le milieu médical qui n’est pas prête de s’arrêter.

Spotify sans limites – Après son lancement très attendu en Corée du Sud, Spotify a annoncé vouloir s’implanter dans 85 pays de plus. Cette expansion impliquerait la traduction de la plateforme dans 36 langues et permettrait à la plateforme suédoise de dépasser le milliard d’utilisateurs. Une nouvelle formule d’abonnement « Qualité CD » a aussi été annoncée, ainsi qu’une augmentation de la production de contenus en interne. En voulant promouvoir plus d’artistes indépendants via “Spotify for Artists”, la plateforme souhaite réduire sa dépendance envers les Majors et leurs catalogues coûteux. 

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Un nouvel an lunaire à la pointe de la technologie sur la CCTV

Par Mathilde Caubel, MediaLab de l’Information à France Télévisions 

Chaque année, la diffusion du Spring Festival Gala de la Télévision centrale d’Etat de Chine (CCTV) rassemble près d’un milliard de téléspectateurs dans 170 pays. Souvent surnommé le « Super Bowl chinois”, ce show de quatre heures fait partie intégrante des célébrations du nouvel an lunaire pour les familles. Il représente aussi un outil de promotion inégalable pour les Big Tech chinoises ainsi qu’un terrain d’expérimentation à grande échelle de nouvelles technologies.

Les technologies au centre du Gala 2021

« La haute technologie est plus présente dans le gala de cette année que dans les années précédentes ; les technologies XR (réalité étendue), AR (réalité augmentée), la transmission 5G, 4K/8K et même la diffusion en direct 8K sont toutes présentes dans ce gala«  a déclaré Chen Lin Chun, réalisateur du Gala du Festival de Printemps 2021.

Pour cette première grande diffusion nationale en 8K Ultra HD, le Gala du Nouvel An lunaire 2021 a été retransmis en direct sur une trentaine d’écrans géants 8K dans dix métropoles chinoises, grâce à la vitesse de transmission des réseaux 5G chinois. L’audiovisuel public chinois a aussi exprimé son désir de promouvoir l’utilisation des technologies « 5G+8K/4K/VR » dans ses programmes. Mis à l’épreuve lors de cet évènement, le nouveau système interactif de réseau virtuel (VNIS) pourrait devenir une technologie récurrente dans les programmes de la CCTV.

Le mot d’ordre de cette année : Immersion

Pour la première fois, les réalisateurs du Gala ont décidé d’expérimenter des technologies de l’audiovisuel immersif. Dans la performance d’ Andy Lau (ci-dessus), on peut voir un effet de 3D à l’œil nu, obtenu grâce à une technologie employant la réalité augmentée et l’intelligence artificielle. L’espace virtuel 3D dans lequel évolue l’artiste est créé grâce à trois écrans LED. Une caméra capte les mouvements de l’artiste, qui est inclus à l’espace virtuel par le moteur de rendu VR.

‘Ox Strut’ – Andy Lau, Wang Yibo & Guan Xiaotong

L’émission comporte une quarantaine de programmes différents, allant du théâtre traditionnel jusqu’aux performances d’artistes de C-Pop. Chacune des scènes a demandé des technologies de captation et de post-production différentes, en particulier les quatorze performances se déroulant dans un espace en réalité virtuelle 3D. Mais les technologies de VR, AR et XR sont aussi incluses dans les performances qui ont lieu sur la scène, pour les faire interagir avec des contenus virtuels, ou avec des personnes absentes du studio.

Du côté de la captation de l’évènement, la CCTV a aussi misé sur le des systèmes de caméras dernier-cri fixés sur des rails et bras télescopiques robotisés. Ces derniers ont notamment été utilisés dans la réalisation pour accentuer l’amplitude et le réalisme des décors en XR et AR.

Défilé de mode “Splendid Costume” avec la chanteuse Chris Lee (Li Yuchun)

Révolutionner la diffusion du spectacle vivant

Les réalisateurs du Gala ont eu pour ambition de “rompre avec les codes traditionnels des prestations scéniques et d’articuler espaces virtuels et réels le plus harmonieusement possible”. Diffusée depuis 1983, cette émission a dépassé le milliard de spectateurs en 2018, mais fait face à une baisse de ses parts d’audiences qui rend l’innovation cruciale. “Innover dans le cadre de ce gala nécessite du courage, et l’audace est soutenue par la technologie” a déclaré Chen Yan, le directeur artistique de l’édition 2021.

‘Mojito’ – Jay Chou

Un mouvement international vers le spectacle immersif

En ces temps de crise pour le monde du spectacle vivant, les labels et diffuseurs ont montré leur intérêt pour les expérience immersives de concerts virtuels. SONY et Verizon ont marqué le CES 2021 avec l’annonce de concerts virtuels d’artistes d’Epic Records sur PlayStation VR et Oculus VR, ainsi qu’une démonstration de la captation et du rendu en 2D. Du côté des diffuseurs TV, la chaîne musicale MNET a employé des technologies de VR/AR/XR dans des concerts virtuels de K-Pop ainsi que pour les MAMA 2020, équivalents des MTV Music Awards coréen. Totalement virtuelle, la cérémonie a joué sur l’esthétique particulière des visioconférences pour intégrer le public dans un habillage XR visible ci-dessous.

Crédits Photo de Une : Macau Photo Agency, Unsplash.

Liens vagabonds : En Australie, les GAFA sont sur le grill

A RETENIR CETTE SEMAINE : 

Les GAFA et l’accès à l’information, une histoire compliquée – Mais que se passe-t-il entre Google, Facebook et l’Australie ? Le gouvernement australien est engagé dans un conflit avec les plateformes sur son projet de loi présenté cette semaine imposant aux géants de la tech de rémunérer les médias pour leurs contenus. Alors que Google a cédé, Facebook fait de la résistance : le réseau social a bloqué la publication et le partage de contenus d’information en Australie cette semaine. Conséquence involontaire de cette décision, en pleine pandémie, les pages Facebook des autorités sanitaires et politiques ont été moins visibles sur le réseau … Cet énième passe d’armes reflète encore une fois les débats autour de la question des modèles économiques des médias et de la responsabilité des plateformes en la matière. Pendant ce temps, News Corp et Google conviennent d’un partenariat mondial pour la publication des articles du groupe et le partage des recettes publicitaires.

L’ombre de l’empire Murdoch plane sur l’audiovisuel britannique – L’indétrônable BBC est défiée dans son jardin par Rupert Murdoch, à la tête d’un empire médiatique, et ses héritiers. En effet, plusieurs anciens membres du groupe Murdoch vont lancer GB News qui pourrait bien perturber le paysage médiatique britannique avec son positionnement éditoriale lorgnant clairement sur celui de Fox News. La menace est d’autant plus sérieuse pour la BBC que le patron de la future chaîne – et ancien directeur du Sunday Times appartenant à Murdoch – Andrew Neil a annoncé les noms de sa future équipe de journalistes politiques

TikTok trop dangereux pour la jeunesse ? – Cette semaine, l‘UFC Que Choisir et ses homologues européens ont déposé plainte contre TikTok, réseau social très prisé des jeunes. L’application est notamment soupçonnée d’avoir une politique de données ambiguë : elle ne protègerait pas assez les enfants et adolescents, manquerait cruellement de transparence et violerait massivement les droits des consommateurs européens.

Cette semaine en France

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2021, année du renouveau pour l’audiovisuel ?

Par Anne-Catherine Nanopoulos, direction de l’International, et Lisa Rodrigues, MediaLab de l’Information

2020 a été une année particulièrement riche en expérimentations sociales et numériques, et l’audiovisuel n’est pas en reste. L’industrie se retrouve face à un tout nouveau public aux pratiques et attentes changées. A partir de ces observations, l’agence Accenture Interactive-Fjord a publié ses prévisions et tendances de fond pour 2021, décrite comme l’année de « la renaissance du XXIe siècle » dans l’audiovisuel.

Sept grands chantiers ont été identifiés par l’étude. Certains sont particulièrement intéressants pour l’audiovisuel : accompagner le public durant cette période de grands changements, montrer plus d’empathie et prendre parti, recréer une véritable expérience interactive, et aider à mieux s’adapter au nouveau contexte social.

Prendre en compte les grands bouleversements collectifs

Avec la pandémie, nous avons dû revoir nos habitudes pour consommer, travailler, se détendre ou s’informer. Notre mobilité a été fortement réduite, nous forçant à rester chez nous avec des contacts limités et essentiellement digitaux. L’audience d’avant 2020 n’est plus celle d’aujourd’hui, et elle va encore évoluer avec la situation sanitaire.

Au lieu de chercher à revenir en arrière, l’audiovisuel doit prendre en compte ces changements de long terme des comportements du public. Une grande partie des expériences plus réduites dans le temps et en audience se feront désormais à distance. Il faudra également intégrer de l’immersion, une possibilité de connectivité avec autrui dans les productions audiovisuelles. Accenture-Fjord donne ainsi trois piliers indispensables pour ce projet : la texture – ce ressenti particulier issu des relations physiques, y compris au sens métaphorique du terme –, la transparence et le contrôle.

Des initiatives en ce sens ont déjà été lancées par les entreprises de l’audiovisuel, comme le recours à des technologies de réalité virtuelle ou des aides pour faire l’école à la maison. L’étude conseille toutefois de garder en tête la volatilité des comportements du public. Même si des tendances de long terme ont été identifiées, le contexte peut encore changer. Les expériences proposées doivent plutôt se concentrer sur le positif de la situation, avec des ajustements à envisager si besoin en fonction de la situation. Enfin, les marques doivent repenser leurs contenus pré-pandémie, plus physiques, pour s’adapter à une demande plus individualisée.

Comprendre sa raison d’être pour mieux prendre parti

L’année écoulée a vu les inégalités exacerbées – voire de nouvelles apparaître – entre différentes communautés. Certaines communautés ont soulevé ces problèmes, faisant remonter à la surface des dysfonctionnements latents dans notre société, à l’image du mouvement Black Lives Matter aux Etats-Unis. En parallèle de ces prises de positions fortes, la désinformation n’a jamais été aussi forte, en particulier sur les réseaux sociaux. Le public est beaucoup plus polarisé.

Rester silencieux sur les enjeux sociétaux du moment n’est plus possible pour les entreprises de l’audiovisuel. Il faut donc prendre position, montrer son soutien et son empathie. Il ne s’agit pas simplement de satisfaire tout le monde, ni de cocher toutes les cases. L’étude recommanderait ainsi de viser un public précis dont on partage les valeurs, sans pour autant poursuivre un objectif purement marketing de hausse du chiffre d’affaires. Une solution peu adaptée à l’audiovisuel public qui doit s’adresser à l’ensemble de l’audience et pas seulement à une partie.

Mais l’idée de la raison d’être de la marque, son identité, son rôle et ses valeurs, souvent résumés en quelques mots, est à reprendre pour l’audiovisuel public. Pour définir la raison d’être, l’étude conseille d’intégrer les membres de l’entreprise dans sa construction, tout en respectant les divisions internes. L’image renvoyée au public et la défense de cette raison d’être n’en seront que plus fortes. Attention toutefois à ne pas aller dans tous les sens. Il faut se concentrer sur une courte liste d’engagements qu’il s’agira de respecter. Et pour avoir encore plus d’impact, ces prises de position doivent se transcrire dans les paroles, mais aussi dans les gestes de l’industrie audiovisuelle.

Recréer de l’interaction sociale

2020 a été une année solitaire pour beaucoup d’entre nous. L’écran de notre ordinateur ou de notre téléphone est devenu notre nouvelle fenêtre sur le monde. Avec la multiplication d’outils à notre disposition, de nouveaux standards digitaux sont apparus. Pour autant, le nombre d’heures passées en ligne a explosé menant à des externalités négatives comme la dépression liée à la solitude et au manque de contact humain, ou des symptômes de fatigue numérique.

L’audiovisuel devra prendre en compte cette nouvelle réalité en 2021. Beaucoup de contenus vont très certainement rester en ligne, mais la demande pour des expériences in-vivo et plus immersives devrait aussi se développer en parallèle. Les marques devront réfléchir à un moyen de recréer digitalement de l’interaction et les émotions ressenties lors de moments de partage en live, comme pour les évènements sportifs par exemple. Le travail sur les données est ici une priorité. Par contre, cela devra se faire dans le respect de l’environnement, devenu un impératif pour tous les secteurs d’activité, et pour le public.

L’étude conseille de trouver un équilibre entre expériences numériques et expériences réelles. Et même en trouvant la bonne formule, encore faut-il pouvoir se démarquer. Les entreprises de l’audiovisuel devront rechercher davantage de design innovant et relayer une certaine forme d’expérience sensorielle pour mieux capter l’audience. Accenture-Fjord encourage à explorer les fonctionnalités des outils à disposition pour mieux les prendre en main et créer sa propre identité. Les marques ne doivent pas avoir peur de tenter des choses, et cette prise de risque peut même faire partie de leur stratégie de communication.

Réinstaurer du sens et des rituels

Même avec la distance physique, les rituels sociaux forts – anniversaires, mariages, repas de famille – ont réussi à se maintenir en 2020 en se réinventant sous une forme plus digitale. Cela reste un bouleversement sans précédent dans nos vies, et le besoin de retrouver une certaine spiritualité, une conscience de ce qui nous entoure a traversé la société. Cette recherche de sens a amené le public à se créer de nouvelles habitudes, de nouveaux rituels.

L’audiovisuel peut, et doit, aider le public à reprendre une forme de contrôle et à s’émanciper de ces nouvelles contraintes. Pour cela, les marques doivent se poser un certain nombre de questions. Sont-elles plutôt un rituel pour le public, une expérience ancrée dans leur vie, une habitude, ou un acteur dont on peut se passer ? L’objectif de cette introspection : proposer des contenus et formats instaurant des liens entre les individus, mais aussi un sentiment d’appartenance à une collectivité bénéfique pour soi-même : se retrouver pour un concert à distance, regarder ensemble un film même en étant séparés … Tout cela, bien sûr, en respectant ses engagements et ses prises de position.

L’étude préconise une enquête poussée des rituels du public pour mieux comprendre les raisons de leur existence. Ils différeront certainement en fonction du marché et du format – numérique ou linéaire – et pourront encore être amenés à se modifier avec le contexte sanitaire. Le rôle de l’audiovisuel est aussi d’aider le public à retrouver une forme de normalité à travers les expériences proposées.

Pour mieux répondre à ces nouvelles attentes de l’audience, l’attitude conseillée par Accenture-Fjord est l’authenticité. Les entreprises sont dans le même cas que leur public, elles ne connaissent pas la forme future des relations sociales, mais elles peuvent participer à leur renouveau et aider les gens à créer des rituels significatifs dans ces nouvelles circonstances.

Les révoltés de la vérité ou la fin du pour/contre

Par Hervé Brusini, Président du Prix Albert Londres, ancien rédacteur-en-chef de France Télévisions. 

Vous savez ce que l’on dit à propos de ces temps de Covid ? Nous serions actuellement sur pause; et demain, avec le retour à la vie normale, tout pourrait redémarrer comme avant. Cette vision hypothétique ne s’appliquera certainement pas au journalisme, en tout cas pas à l’information produite aux États-Unis. Là-bas, les débats sont vifs, aigus, violents. Ils touchent aux fondements de l’exercice éditorial ainsi qu’aux dirigeants des médias d’information.

Et ce grand chamboulement, ces coups de boutoir, nous concernent évidemment.

Certes les spécificités du monde journalistique américain interviennent dans un puissant remue-ménage politique, en particulier autour de l’importance accordée aux pages opinions versus celles consacrées aux informations. Mais les thèmes évoqués outre-Atlantique nous sont familiers :

A Washington ou New-York, tout cela est remis en question, interrogé, banni aux yeux de certains, et ils sont nombreux.

D’ailleurs, comme en écho, le 8 février dernier sur France Inter, Barack Obama confiait à Augustin Trapenard : « Aujourd’hui, il y a un millier de plateformes, vous avez tout l’Internet et il n’y a plus de règles convenues sur ce qui est vrai et faux »… »J’ai appelé ça une crise épistémologique, une foire d’empoigne. Et donc vous avez pu voir un président, Donald Trump, qui n’a pas été inquiété pour avoir menti tout le temps. Et ça c’est, je pense, le plus grand danger actuel pour la démocratie. « Une crise épistémologique ! », excusez du peu.

Et le discours de l’ex-président de sonner comme un appel à un monde éditorial, avec punition du mensonge, établissement de règles pour produire et diffuser du vrai…  Très vaste programme, non ? En ce moment, là-bas, on parle même d’établir les conditions d’une « clarté morale », indispensable au journalisme.

La clarté morale

Un grand débat s’est donc ouvert dans le monde politico-médiatique américain, au plus haut niveau. Chaque jour apporte donc son lot de points de vue qui s’affrontent, d’invitations au statu quo, ou d’incitations au changement.

Ainsi, celui de Dan Froomkin intitulé « Ce que sera la prochaine génération des éditorialistes-reporters ». Froomkin est l’éditeur du site indépendant Press Watch. Dans son papier, il égrène avec un certain appétit, la liste des grands patrons qui cèdent en ce moment leur place à la tête de rédactions prestigieuses qu’influentes : celles du Washington Post, du Los Angeles Times, et même du New York Times.

Davantage encore dans la tourmente, James Benett, chargé des pages débats du NYT, a dû quitter le navire après avoir publié le 3 juin, la tribune incendiaire d’un sénateur de l’Arkansas. L’homme politique appelait à « envoyer la troupe » en pleine manifestation après la mort de George Floyd, victime avérée de la violence d’un policier blanc. Bennet confessa qu’il n’avait pas lu cette tribune avant parution. Révolte des lecteurs, comme d’une bonne partie des journalistes.

« Un rédacteur en chef du Philadelphia Inquirer a dû (également) démissionné pour avoir titré face aux manifestations et aux dégâts : Les bâtiments, c’est important aussi. (Buildings Matter Too) détournement du slogan ‘ Black lives Matter ‘ », a raconté recemment Le Monde.

Une nouvelle génération   

Froomkin de prédire « Un moment épique… Une nouvelle génération de leaders arrive ! ».

On l’aura compris, il fait partie des tenants d’un profond changement.

Selon lui, le renouvellement éditorial du pays, s’annonce donc par la mise au rencard des sexagénaires et plus. Comme un symptôme. Mais le plus important est là : « (Les nouveaux arrivants) ont devant eux, prévient-il, de nombreux et urgents travaux de réparation ».

De quoi s’agit-il exactement ? Des chantiers de l’information à reconstruire, ceux de l’après Trump, évidemment.

Vu de Paris, on a du mal à envisager combien quatre années de présidence à coups de tweets mensongers quotidiens, d’insultes sans cesse renouvelées à l’encontre de médias qualifiés de fake news, ont pu secouer, éprouver, mettre à mal le monde de l’information US. D’autant plus, lorsque tout cela se termine un assaut sur le Capitole.

De fait, « des révoltés de la vérité » ont comme provoqué un court-circuit. Les fondamentaux de la presse sont pointés. La crise épistémologique évoquée par Obama, provoque des fissures, voire des canyons culturels, politiques, sociaux… et médiatiques. La production de l’information est au cœur de ce séisme. Événement notable, c’est une femme qui vient de prendre les rênes des pages débats du NYT. Kathleen Kingsburry, affirme vouloir « réinventer le journalisme d’opinion », tout faire pour prévenir les accidents éditoriaux. La cellule de vérification des faits, qui travaille avec le secteur opinion, a été renforcé à sa demande. Mais une grande question demeure, tout cela est-il suffisant ?

Après Press Watch, la lettre Persuasion apporte elle aussi sa contribution. Elle fait d’ailleurs de la force de conviction sa marque de fabrique. C’est Lionel Barber qui prend la plume. Ancien éditeur du prestigieux Financial Times, Barber intitule son intervention : « Trump et la vérité ». Il propose une autre vision des choses mais sur les mêmes thématiques. Lui aussi évoque le triptyque « diversité, neutralité, objectivité ». Pour autant, ses recommandations sont fort différentes.

Il ne s’inscrit pas dans le divorce avec la période précédente. Les premières lignes de son exposé donnent la tonalité : « Face à un président malhonnête, les journalistes ont recherché «la clarté morale ». Entendez, ils ont tenté de maintenir le statu quo, coûte que coûte. Camper sur les valeurs sûres éprouvées par l’histoire en quelque sorte. Pour Froomkin, c’est au contraire dans la rupture que le journalisme renouvelé, trouvera une clarté morale. Il n’hésite pas à rédiger comme un vade-mecum à l’attention des nouvelles générations. Il est à l’offensive, même si lui aussi se recommande du patrimoine historique du pays :

« Enracinez tout ce que vous faites dans les principes moraux et journalistiques de base comme le fair-play, la liberté d’expression, la vérité… vous pourriez appeler cela « clarté morale ».

L’expression constitue donc presqu’une aspiration commune. Mais sa définition peut varier du tout au tout, on va le voir. Elle parcourt en tout cas, l’actuel débat aux États-Unis. On l’imagine mal émerger dans une discussion française sur l’information. La crise de confiance que nous traversons n’emprunte pas ces mêmes voies qui évoquent comme une exigence spirituelle, une sorte de mise au clair avec soi-même. A croire qu’après l’ère Trump, les médias américains envisagent leur examen de conscience, seule issue possible à leurs yeux.

La blancheur éditoriale

« La blancheur » des rédactions est ainsi évoquée au titre des principaux griefs. Dan Froomkin n’hésite pas à se faire procureur d’un procès en place médiatique, un procès qui polarise largement le pays.

« Sur la blancheur, parlons donc de la diversité économique et raciale… Je regarde notre profession, et je n’en vois pas grand-chose, accuse le journaliste. Avec le temps cela doit changer. Et cela changera, mais pas du jour au lendemain. Ce que nous devons faire en attendant c’est reconnaître les effets de cette situation. A savoir, que nous opérons depuis longtemps dans une atmosphère de blancheur institutionnelle où la blancheur et les valeurs blanches sont considérées comme la norme. Cela a corrompu ce que la génération précédente a appelé un journalisme objectif…Dans ce métier, nous écrivons et rapportons, par défaut, dans une position de blancheur. Nos sources sont trop souvent blanches et masculines. Nos lecteurs présumés – ceux que nous craignons d’offenser -sont blancs, aisés et centristes. On considère trop souvent la blancheur comme neutre. »

Dans un éditorial retentissant publié par le NYT le 23 juin 2020, le journaliste lauréat du Pulitzer, Wesley Lowery avait eu des mots bien plus durs encore pour dénoncer la blancheur éditoriale. « L’industrie du journalisme a apparemment atteint un point de rupture… Cela fait plus de 50 ans que les premiers journalistes noirs sont apparus dans les rédactions américaines traditionnelles… »

Et ils ont fait de « maigres demandes » raconte Lowery. Elles concernaient l’embauche, le salaire, l’accès à la hiérarchie, dit-il en substance.

« Ce qui est différent maintenant, c’est que les éditeurs ne détiennent plus le monopole du pouvoir d’édition, affirme Lowery. L’accès aux plateformes de médias sociaux nous permet de parler directement au public ».  

Et d’ajouter que si les salles de rédaction connaissent aujourd’hui un tumulte puissant, c’est parce qu’elles s’emploient à ce « refus laborieux de s’intégrer racialement ».

Les mots sonnent ici avec un réalisme brutal, comme un défi lancé à une société en plein tourment. Les explications, le contexte de ces discours sont connues : le mouvement Black Lives Matter et les violences policières qui l’ont engendré, le soutien, au moins tacite, apporté par l’ex président aux suprémacistes blancs, pour ne parler que des événements les plus récents. On le sait, la pauvreté, l’absence de perspective d’évolution sociale, l’isolement, contribuent depuis bien longtemps à cette pérennité des tensions raciales aux USA.

Le modèle républicain français, lui, est bien différent. Pour autant cette « blancheur médiatique » a souvent été pointée, dénoncée chez nous. Elle l’est encore. La question de la représentation sur nos écrans, se pose avec force depuis plusieurs années. Invisibles, gilets jaunes, les tenants de l’acte d’accusation d’un élitisme médiatiques sont bien connus.

Outre-Atlantique la question se focalise sur la diversité. Après avoir constaté les manquements grave du système, l’homme de Press Watch préconise son remède : « la blancheur ne doit plus être insignifiante dans les salles de rédactions. Elle doit être soulignée, étudiée et remise en question. Les voix non blanches doivent être élevées, et valorisées. »

Ses recommandations deviennent des exhortations concrètes tant à ses yeux la situation est grave. « Faites un projet de diversification de vos sources. Remettez en question vos angles morts…Reconnaissez le racisme, dénoncez-le ».   

L’ancien éditeur du FT, Barber, partage quant à lui, cette même préoccupation. Il reconnaît volontiers que Black Lives Matter et #MeToo obligent les chefs à prêter plus d’attention aux articles des reporters. Mais attention, avertit Barber, cette exigence pourrait conduire à « l’intolérance, à la censure de la part de ceux qui « veulent un changement de paradigme ».

Et d’ajouter : « Les rédacteurs en chef, les commentateurs et même certains journalistes pourraient être pris pour cibles par des militants extérieurs, mais aussi par leurs propres collègues… Bien que le désir de clarté morale de l’ère Trump ait été compréhensible, la poussée vers un journalisme plus activiste risque de polariser davantage les gens, de pousser tout le monde vers … l’abandon de l’impartialité »

La fin du pour/contre

 « Bothsidesism », tel est le mot bricolé pour résumer la question de la neutralité éditoriale aux États-Unis. Pas simple à traduire. Littéralement, le « deuxcôtisme » n’éclaire pas la chose pour un public français. On lui préfèrera l’équilibre, la parité des positions, bref l’exposé du pour et du contre qui structure si souvent nos productions journalistiques.

Mais le « bothsidesisme » est désormais un sujet hautement polémique aux USA.

Là encore D.Trump est partie prenante. Le drame de Charlotesville à la mi-aout 2017 ( Lors d’un rassemblement de suprémacistes blancs et d’une contre-manifestation de militants antiracistes, une jeune femme a trouvé la mort percutée par le véhicule d’un sympathisant nazi) fait un peu office d’acte fondateur, en tout cas provocateur. On se souvient des déclarations de Trump, s’évertuant à renvoyer dos à dos les acteurs de cette histoire. Jusqu’à affirmer qu’il y avait « des gens bien » dans les « deux » camps. Cette vision politique d’un « deuxcôtisme », un pour/contre, façon Trump fit scandale. Elle a ravivé un débat de fond qui agitait la presse américaine depuis quelques années déjà.

Au cœur des échanges, il y a ce que l’on appelle là-bas, « la fausse équivalence ». En novembre 2016, la journaliste Christiane Amanpour, en donnait déjà un exemple concret, lors d’une interview au Guardian : « Nous ne pouvons pas continuer avec le vieux paradigme (du pour/contre) à propos du réchauffement climatique, où 99,9% des preuves scientifiques empiriques sont mis à égalité avec la petite minorité de négationnistes.. »

C’est un peu ce que suggère B.Obama dans son interview récente sur FranceInter :« Je peux discuter avec n’importe qui dans une démocratie de la manière dont nous devrions aborder le changement climatique, mais je ne peux pas discuter avec quelqu’un qui dit que le changement climatique est un canular inventé par des écologistes radicaux ».

Ce credo d’un équilibre indispensable dans la présentation de deux camps, deux visions à propos d’une même question renvoie pour beaucoup à la structure politique du pays. Au royaume du libéralisme économique, Républicains et Démocrates se font face, l’équité journalistique se doit donc de respecter cette parité des points de vue.

Ce que confirme bien l’ancien éditeur du FT, Lionel Barber : « Ces questions vont au-delà de la pratique journalistique. Elles s’inscrivent au cœur de notre héritage libéral-démocratique, actuellement assiégé. L’échange rationnel et ouvert d’idées est un élément essentiel de ce patrimoine… L’expression de l’empathie, vient de l’esprit d’enquête qui prend racine dans la Grèce antique, le berceau de la démocratie. Ceux qui critiquent le « bothsidesism » dans le journalisme peuvent considérer que c’est une pratique moralement lâche, une complicité avec le mal. En fait, c’est tout le contraire. »

L’expérience de Barber en la matière est bien réelle. Il eut une rencontre avec Trump peu de temps après son élection. Dans un climat glacial, le président avait fini par lui dire : « Ça va, t’as perdu, j’ai gagné ! » « Brutalement, Trump avait recadré notre réunion, avoue Barber. Il en faisait un concours, un combat avec lui-même comme vainqueur désigné à l’avance. »

Barber ajoute que Trump a vanté ses 100 millions d’abonnés sur les réseaux sociaux, face à un « fake news » progressiste comme le journal de son visiteur, le Financial Times. Malgré tout cela, malgré tous ses confrères qui considéraient déjà le président comme un « fou, mauvais et dangereux », Barner affirme que « le bon journalisme exigeait que son interlocuteur fût traité équitablement » Quatre années plus tard, il maintient sa position. Et de rappeler que lui, le britannique, avait eu les mêmes scrupules lors des débats sur le Brexit. Quand bien même, à titre personnel, il était pro-européen.

Le New-York Times, le Post qui ont adopté le même principe se voient accuser « d’altérer la démocratie ». Pire, selon le dictionnaire Merriam Webster, cette attitude « déforme et accélère cette corrosion – tout cela au nom de la neutralité, rien de moins. »

Et Dan Froomkin, le rédacteur en chef de Press Watch, de renchérir en faisant spécifiquement référence au New York Times: « Si vous aviez demandé aux rédacteurs du NYT il y a cinq ans si les gens qui simplement nient les faits, se livrent à des théories du complot, diabolisent les immigrants, et si la lutte contre une société pluraliste devrait avoir un espace égal (ou plus qu’égal) dans leurs colonnes, ils auraient dit non… »

La crise médiatique est donc bien réelle outre-Atlantique. Et si l’ancien président Obama évoque à son sujet une crise épistémologique, c’est parce que la définition même de ce qu’est un fait n’est plus une évidence. Car cela ne l’a peut-être jamais été.

L’objectivité

« Les nouvelles et la vérité, ne sont pas la même chose, elles doivent être clairement distinguées. Les nouvelles ont pour fonction de signaler un événement. Pour sa part, la vérité doit mettre en lumière les faits cachés, établir les relations existantes entre les uns et les autres, brosser un tableau de la réalité sur laquelle les hommes peuvent agir. »

C’est Walter Lippman qui s’exprime ainsi dans LE livre de référence du journalisme américain, « Public Opinion » publié en 1922 et jamais traduit en France. Éditorialiste, essayiste, penseur du politique, Lippmann dénonça en son temps les « false news » de ses confrères (à propos de la révolution bolchévique en particulier), leur sensationnalisme, les stéréotypes qui faussaient leur travail. Bref, il fut l’ardent avocat de l’objectivité, préconisant le détachement, seule posture selon lui, en mesure de garantir l’exigence de lumières en démocratie.

Voilà pour la statue du commandeur US dont le philosophe Bruno Latour, n’hésite pas à dire qu’il a la dimension d’un Machiavel de nos temps modernes. C’est précisément cet héritage qui se retrouve aujourd’hui placé au milieu du grand tiraillement éditorial. On le relit aujourd’hui, comme pour y puiser quelques réponses au désarroi actuel.

La colère perceptible chez Wesley Lowery à propos de la blancheur des rédactions, pourrait s’en revendiquer, au moins au démarrage de son raisonnement. « Aucun processus journalistique n’est objectif, tranche-t-il. Aucun journaliste n’est objectif à titre individuel, car aucun être humain ne l’est. » A ses yeux, rien n’est pire alors que « l’objectivité neutre » qui caractérise la grande majorité de quelques grands médias mainstream.

« Cette objectivité neutre trébuche sur elle-même pour trouver des moyens d’éviter de dire la vérité, raille le journaliste. L’objectivité neutre insiste sur le fait que nous utilisons des euphémismes maladroits comme « le tir impliquant un officier de police ». Alors que nous devrions dire, ajoute Lowery, « la police a tiré sur quelqu’un ».

Faisant allusion au mouvement de réprobation générale après la publication de l’appel à l’intervention de la troupe, proféré par un sénateur et publié dans le NYT, il assure que « les journalistes noirs, n’appellent pas à la fin du débat public, ou à la censure des opinions qu’ils n’aiment pas. Ils réagissent seulement au traitement particulièrement médiocre d’une affaire incroyable à un moment très sensible ».

Et de parler, lui aussi, de manque de clarté morale, de la part de « chefs qui n’ont pas assez réfléchi avant de mettre à disposition d’un élu une plateforme aussi influente que celle du NYT ».

Les critiques n’ont pas manqué après cet article. Ainsi, Lionel Barber, l’adepte du « bothsidesism ». Pour lui, cette attitude risque de conduire à « l’abandon de l’idée d’impartialité, sans parler de l’objectivité ». Il n’y aurait alors plus que contradictions, tensions.

Et voilà qu’il invoque l’histoire de l’objectivité, comme pour mieux démonter à quel point on doit la préserver, ou plutôt l’adapter. Selon lui, le concept vient certes des années 20, mais plus précisément d’un calcul commercial visant à maximiser les revenus publicitaires.  Il est au cœur de ce que l’on appelait autrefois, le « journalisme libéral » affirme Barber.

A cette époque de fusions et fermetures des journaux, dit-il, ceux qui ont survécu ont su sortir de la logique partisane des publications. Puis cette objectivité aurait été mise à mal, par des épisodes comme le Mc Carthisme où les journalistes américains ont compris qu’ils ne pouvaient plus être « de simples sténographes » de la parole des puissants…Ils devaient poursuit-il, « fournir un contexte et une analyse ». Avec le Viet-Nam, les reportages se sont teintés « d’un certain degré de jugement professionnel », analyse-t-il.

Mais beaucoup de journalistes ont continué à attaquer la neutralité et l’objectivité. Enfin, les théories postmodernistes universitaires qui remettent en cause l’idée même de vérité et surtout l’explosion du web et des réseaux sociaux, auraient en quelque sorte achevé le travail, conclut Barber qui plaide pour un statu quo simplement ravivé.

Parmi ses préconisations, il y a le fait d’exploiter la technologie numérique pour améliorer les formes traditionnelles de vérification. Le voilà bien l’autre mot qui forcément accompagne l’objectivité. Le fact checking, la vérification. Dans sa lettre aux futures générations d’éditorialistes reporters, Dan Froomkin, souhaite la suppression des services de fact checking qui se sont multipliés ces dernières années.

« Je transforme tout le monde en vérificateur, proclame-t-il. La vérification ne doit pas être une activité séparée… Plus important encore, nous devrions poursuivre les conséquences des mensonges… cela signifie interrompre les menteurs connus lorsqu’ils répètent un mensonge connu. Cela signifie qu’il faut refuser aux menteurs en série, la possibilité d’utiliser les médias. »

De fait, c’est ce qu’il a fini par arriver à Trump aux dernières heures de sa présidence.

Dans ce kaléidoscope atour de l’idée d’objectivité, un patron démissionnaire a particulièrement pesé tout au long de sa pratique journalistique. On doit à Marty Baron, en partance de la tête du Washington Post, l’investigation conduite sur les abus sexuels des prêtres catholiques de Boston. Il travaillait à l’époque au Boston Globe et son enquête lui a valu un prix Pulitzer en 2003 ainsi qu’une notoriété mondiale avec le film Spotlight qui le met en scène. C’est encore lui qui signifia au journaliste Wesley Lowery que ses tweets sur les sujets comme la race, la politique « violaient les principes de l’entreprise en matière de réseaux sociaux… »

Quelle et donc la conception de l’objectivité selon Baron ? En guise de réponse, il aime à citer Lippmann, toujours la référence. « Sa pensée était que nous, journalistes avons des idées préconçues, issues de nos origines, de nos expériences de vie, rappelle Baron. L’idée d’objectivité, ce n’est pas la neutralité. Ce n’est pas un principe bilatéral, un soi-disant équilibre. Ça n’a jamais été cela. »

Baron prône l’enquête, sa rigueur, la nécessité absolue de rencontrer tous les acteurs d’un dossier… L’objectivité, selon lui, est donc l’établissement des faits, au bout d’un long processus critique, où l’on publie lorsque l’on pense avoir « suffisamment de matériel » en main. Bref, la crédibilité par l’exercice d’un questionnement journalistique offensif. Seul véritable argument à ses yeux.

A travers tous ces débats, ces guerres de positions journalistiques, le fait et sa définition apparaissent bien comme les éléments fondamentaux de cet examen de conscience collectif. Par-delà le tumulte, la rudesse des échanges, cette remise au point semble s’imposer au pays où complotisme et faits alternatifs, réunissent des adeptes en si grand nombre…

Et chez nous…

Certes, on l’a dit, et comment nier l’évidence, les États-Unis ne sont pas la France. Cette antienne qui consiste à voir là-bas ce qu’il va bientôt nous arriver, a quelque chose d’une renonciation à notre propre identité. Une soumission à un fatum moderne. Nous n’avons pas connu, cette déstabilisation de haute magnitude que fut la période de Trump président. Soit. Mais les outils numériques que nous utilisons viennent bien d’outre-Atlantique. Leurs effets commencent à révéler une face cruelle aux yeux de celles et ceux qui y voyaient d’abord les instruments d’une libération générale. L’éther digitale peut parfois devenir un enfer personnel et/ou collectif.

De ce point de vue, le livre récent de Samuel Laurent, est plus qu’édifiant. L’ancien patron des décodeurs du journal Le Monde signe un ouvrage intitulé « J’ai vu le monstre. Twitter va-t-il tuer la #démocratie ? ».

Par-delà la mise en cause du réseau social et de sa « violence consubstantielle », le journaliste pointe « l’écosystème du faux » que représente Twitter, un écosystème viable parce qu’il s’appuie sur un constat sans appel : « Il y a une perte de confiance générale dans les médias traditionnels, affirme Laurent. Une perte de confiance à mettre en perspective avec la présence de plus en plus fréquente de « passeurs d’infox » à la télévision et un récit global relayé par le politique qui dit : les médias nous mentent et nous manipulent. Cette croyance dans les théories conspirationnistes ou le crédit accordé aux faits alternatifs sont aussi le signe d’un désenchantement de la réalité. »

Une crise de l’information, et de sa fonction dans notre société est donc bel et bien à l’œuvre dans notre pays comme le montre, année après annés, le baromètre Kantar pour le journal La Croix depuis 1987. Via le numérique et avec lui pour moteur, cette crise apparaît massivement. Elle est si forte en certains lieux, si assourdissante dans ses conséquences, qu’elle peut donner l’envie de quitter ces espaces numériques devenus toxiques, à l’exemple de S.Laurent.

Un fait planétaire se conjugue à cette crise. La pandémie du coronavirus. Depuis près d’un an, les discours à son propos sont omniprésents, capables d’interagir avec la vie de chacun jusqu’au plus intime : la peur et la mort. Dans ce contexte inédit, l’information est demandée comme jamais, mise à l’épreuve comme jamais. La crise connaît alors un paroxysme quasi quotidien là sous nos yeux.

Et se reposent en filigrane les questions posées au journalisme par l’examen de conscience américain : 

La diversité devient essentiellement celle des territoires par rapport à un exercice gouvernemental national. Les invisibles sont célébrés, un temps. Au fil des mois, l’insatisfaction, voire la colère deviennent les composantes, réitérées, intégrées de l’information. Dans les rédactions on tente d’être fidèlement à l’écoute de cette « diversité ». L’heure de la recomposition des rédactions se pose de plus en plus, autant sur les origines sociales, qu’éthniques, ou géographiques.

La neutralité bat son plein dans ses plus sémillants pour/contre. Pêle-mêle, on est d’accord ou pas avec le confinement, son horaire, ses secteurs d’activité, son ampleur géographique… Et bien sûr, il y a l’interrogation inévitable du moment : est-on favorable ou pas à la Chloroquine, au professeur Raoult, à l’un ou à l’autre des experts… Doit-on faire confiance ou pas au patron de la santé, au ministre en charge, au chef de l’État lui-même… Le pour/contre rythme ainsi le récit qui s’étire et rebondit. Il ne laisse que rarement une mémoire.

Quant à l’objectivité, le fait qui la fonde est en souffrance. Vérité du jour, n’est pas vérité de toujours en temps de Covid. Tant s’en faut. Certes pas vraiment de faits alternatifs comme là-bas à Washington, mais succession de faits. En réalité, et cela a déjà été dit, nous faisons tous l’apprentissage en temps réel de la vérité scientifique et de ses hésitations. L’incertitude est mesurée chaque jour, à chaque instant, avec un lexique évolutif, taux d’incidence, variant… L’infographie n’est plus seulement l’attribut des labos, elle a droit de cité dans les studios, sur nos écrans. Comment alors ne pas penser au formidable livre de Lorraine Daston et Peter Galison intitulé « Objectivité ». Précisément c’est l’image qui est ici analysée. Comme un voyage qui va de l’atlas scientifique et ses fantastiques œuvres d’art scientifiques, à la photo et ses capacités de mettre en lumière un autre réel. Un cheminement à travers le temps, du XVIIIème siècle à la période contemporaine. Et l’objectivité n’est plus cette permanence intangible. L’objectivité gagne une histoire, et les faits de même.

Justement, Obama parlait de quoi déjà ? Ah, oui, d’une crise épistémologique de la vérité…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Liens vagabonds : désinformation d’un côté, censure de l’autre, des menaces sur l’information en continu

A RETENIR CETTE SEMAINE :  

Procès contre Fox News / Fake News – Dans un mouvement contre la désinformation, la droite du paysage médiatique américain fait face à de nombreuses poursuites judiciaires. La dernière en date : Dominion et Smartmatic, deux entreprises de logiciels électoraux, poursuivent en diffamation Fox News et des proches de Trump. Pendant les présidentielles, leurs “machines à voter” étaient au centre des théories du complot soutenues par des figures de la chaîne. Fox News nie les accusations de diffamation de Smartmatic mais a tout de même annoncé l’annulation de “Lou Dobbs Tonight ». Grand soutien de Donald Trump, Lou Dobbs attaque la chaîne et continue de crier au complot sur Twitter. En même temps en France, un amendement visant à faire diffuser par les chaînes de télévision les condamnations pour incitation à la haine de leurs collaborateurs a causé des remous à l’Assemblée. Aura-t-on besoin d’un Ministère de la réalité

La Chine censure BBC World –  Pékin interdit la chaîne Pékin interdit la chaîne BBC World News suite à la diffusion de “contenus en violation de la loi”. Cette condamnation, symptomatique du durcissement des relations entre Londres et Pékin, vient après la diffusion d’une enquête sur des viols et tortures de Ouïgoures. Elle intervient aussi en réponse au retrait de la licence de diffusion de CGTN par les régulateurs britanniques. 

La vague de l’Audio social – Face au succès de Clubhouse, les plateformes sociales audio attirent les convoitises. La mode des plateformes sociales centrée sur l’audio, Twitter lance “Twitter Space” en Inde et Facebook prépare sa propre appli audio. Cependant, l’application à la mode fait face à la censure chinoise et à des interrogations sur la gestion des données de ses utilisateurs. 

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… et, pour la revoir, la nouvelle définition du télétravail :


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Liens vagabonds : Elon Musk, grand promoteur de « Clubhouse »

A RETENIR CETTE SEMAINE : 

Elon Musk fait crasher ClubHouse ! Clubhouse voit le vent tourner en sa faveur avec la session remarquée d’Elon Musk qui a explosé les limites de l’application audio. La “salle” a rapidement atteint les 5 000 auditeurs. Avec ce succès, le milliardaire a montré la puissance et le potentiel de Clubhouse. L’application d’à peine un an est déjà évaluée à un milliard de dollars et est plébiscitée par Hollywood et la Silicon Valley. “The Elon Effect” a d’ailleurs frappé l’action de Clubhouse, une compagnie homonyme. Pendant ce temps, Mark Zuckerberg parle de l’avenir de l’AR / VR sur Clubhouse, et de téléportation. 

La guerre Facebook vs. Apple – La prochaine mise à jour iOS 14 d’Apple obligeant les applications tiers à vous demander la permission de collecter vos données ne passe toujours pas pour Facebook qui compte bien contourner la mise à jour de la marque à la pomme. Alors que Tim Cook a ouvertement critiqué les pratiques des réseaux sociaux, certains utilisateurs d’iPhone ont vu apparaître en début de semaine sur leur fil d’actualité un message pop-up de Facebook répondant à la nouvelle politique de données d’Apple

Jeff Bezos laisse sa place de président d’Amazon – Annonce surprise cette semaine. Jeff Bezos a annoncé qu’il laissera cette année sa place de président d’Amazon à Andy Jassy. Bezos lui lègue une entreprise florissante ayant placé l’innovation et l’intérêt du client au centre de toutes ses décisions. Le fondateur d’Amazon ne va pas pour autant quitter son entreprise : il se consacrera à d’autres projets internes à son empire. 

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Liens vagabonds : Google ou la politique de la canonnière

A RETENIR CETTE SEMAINE : 

Google vs Australie –  Google menace de bloquer son moteur de recherche en Australie. Le géant américain annonce d’interdire l’accès à son moteur de recherche aux internautes australiens si Canberra ne change pas le News Media Bargaining Code. Google dénonce “un danger pour la gratuité et l’intégrité” des moteurs de recherche. Vint Cerf évoque même une menace pour l’internet libre et ouvert. Le Premier ministre australien assure que le gouvernement ne réagira pas à ces menaces. La Commission australienne pour la concurrence et la consommation a laissé entendre que ces nouvelles législations ne sont que le début de leur contre attaque contre Google et Facebook. Mais en France, Google a signé un accord pour rémunérer la presse française au titre des « droits voisins » sans dévoiler le montant.

Jack Ma est vivant – “Porté disparu” depuis plusieurs semaines, Jack Ma est de retour. Après des semaines de spéculations sur son sort, le fondateur d’Alibaba est réapparu sur une vidéo après trois semaines d’absence suite à son conflit avec Pékin. Dans la foulée, le cours des actions d’Alibaba est reparti à la hausse. Mais les investisseurs d’Ant Group semblent encore méfiants vis-à-vis de ses relations avec Pékin.

WhatsApp CGU – Suite à l’exode de ses utilisateurs vers d’autres applications de messagerie, WhatsApp repousse ses changements de conditions d’utilisation. Mais ce n’est que partie remise au 15 mai 2021 et WhatsApp compte profiter de ce report pour rassurer quant à l’impact des nouvelles CGU. L’annonce d’un partage accru de données avec Facebook à compter du 8 février avait créé le tumulte chez les utilisateurs de la messagerie. Tant est si bien que nombre d’entre eux se sont mis à la recherche d’alternatives plus sécurisées

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Liens vagabonds : les géants de la tech prennent la main pour réguler la démocratie

A RETENIR CETTE SEMAINE : 

Coup de force au Capitol – 10 jours avant l’arrivée de l’administration Biden, les réseaux sociaux bloquent les comptes de Donald Trump suite aux événements du Capitole, après un appel à “déplateformer Trump”. Facebook déclare une “situation d’urgence” et interdit Donald Trump de publication au moins jusqu’à la fin de son mandat. Twitter suspend le compte de manière permanente. Les ressorts de cette décisionYouTube a également annoncé de bloquer des contenus. D’autres entreprises de la tech rejoignent le boycott : Shopify ferme des stores qui ont alimenté la campagne Trump, Twitch désactive le compte de Trump, TikTok supprime des vidéos. La liste complète ici.

Michelle Obama appelle la Silicon Valley à interdire définitivement Trump et à prévenir les abus de plateforme par les futurs dirigeants. Les plateformes devraient payer pour leur rôle dans l’insurrection, les médias aussi ? Mais d’autres sites accueillent les bannis tout aussi vite. Et il suffisait d’observer le réseau social « Parler » pour voir la crise arriver.  

La déclaration de Mark Zuckerberg :

[…]Nous pensons que les risques de permettre au Président de continuer à utiliser notre service pendant cette période sont tout simplement trop importants. Par conséquent, nous prolongeons le blocage que nous avons placé sur ses comptes Facebook et Instagram indéfiniment et pour au moins les deux prochaines semaines jusqu’à ce que la transition pacifique du pouvoir soit terminée”. 

 

La timeline de la haine de Donald Trump. 

La Silicon Valley se syndique – Prolétaires de la tech du monde entier unissez-vous ! Le nouveau syndicat des travailleurs d’Alphabet, annoncé lundi dans un article d’opinion du New York Times, veut jouer un rôle dans le choix des entreprises avec lesquelles Alphabet travaille et des technologies qu’il introduit. 

US/ChineLa NYSE va radier les principaux opérateurs chinois de télécommunications – Va-et-vient à la bourse de New York cette semaine. Initialement, 35 entreprises chinoises devaient en être bannies au 11 janvier. Mardi, la NYSE annonce finalement qu’elle revient sur sa décision de radier trois grandes entreprises télécom chinoises avant de faire machine arrière le lendemain pour revenir à son projet initial. Washington songe à bannir les groupes Alibaba et Tencent

 

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Zola et Baricco, pour tenter de comprendre 2021

Par Hervé Brusini, ancien rédacteur en chef de France Télévisions, Président du Prix Albert Londres

Quels sont les mots pour dire l’info et sa narration aux temps de la Covid ?

Comment décrire ce qu’il nous est arrivé – que l’on soit journaliste ou citoyen -et ce qu’il nous arrive aujourd’hui encore avec ce récit, car rien n’est terminé face à la pandémie ?

Que faire donc, là maintenant, d’un sujet qui embrasse toutes les activités humaines ?

D’abord, il y a le bruit

Pour l’heure, il est assourdissant, omnipotent, omniprésent : interrogations, diagnostics et recommandations souvent contradictoires vont à un train d’enfer. Car, les sociétés, française et planétaire, sont avides de réponses. La gageure, la sommation, est de tout penser dans l’instant, au jour le jour. C’est un paroxysme. La vérité est promise, exigée, produite sous tous ses aspects « covidiens » : sanitaires, politiques, économiques, voire philosophiques.

La chose est légitime, mais on peut y voir aussi l’arrogance et le désarroi d’un temps où l’incertitude se vit à tout moment, s’exècre à tout moment. La peur est à l’œuvre. Quand il est question de maladie, de vie et de mort, on ne fait plus dans la dentelle. Complexité circulez ! Malgré toute sa bonne volonté, au moins proclamée, le journalisme n’échappe pas à cette réquisition générale. Même train d’enfer pavé, ou plutôt mis sur les rails, des meilleures intentions. Forcément, tout cela, ça fait beaucoup de bruit.

Du chef de l’État, au quidam, en passant par les professionnels des nouvelles, de leur production comme de leur diffusion, tout le monde se sent à titre, juste et légitime, pleinement concerné par ce qui est devenu LE sujet. Il sera intéressant pour les futurs historiens de cette crise, de décrire, d’analyser comment un virus est devenu la préoccupation des terriens et terriennes. Ces derniers découvrant par la même, qu’ils ont des voisins, que d’autres pays existent bien, que d’autres cultures, économies, systèmes de santé ont leur propre façon d’affronter l’invisible péril. Paradoxe du confinement : la découverte de l’autre.

Ensuite, il y a l’évènement

Tentons de rester sur ce « penser l’info » qui mobilise à tous les étages de notre édifice collectif.

Car, il y a bien là un événement. Explication : la notion d’événement semble s’être dissoute dans la chape, de facto créé par le virus. Chaque jour connait son événement nouveau, avec la découverte d’un aspect méconnu de la maladie, la dernière décision gouvernementale, les statistiques diverses sur le nombre d’hospitalisés, le taux de reproduction du virus, les aides aux entreprises, le moral de chacun, la jeunesse toujours plus sacrifiée, la pauvreté qui gagne, la date changeante de fermeture/réouverture des salles de… La pandémie est en soi devenue l’événement. Il/elle, se syncope, se répète, s’étire, se psalmodie…

Au beau milieu de cette bande sonore, se tient l’information qui transmet, bat la mesure, tient l’agenda tant bien que mal. Depuis plus d’un siècle, elle avait ce recours quasi systématique, à ce qui l’environne, pour s’expliquer, au sens où le coupable est sommé de s’expliquer face aux juges. Le mot « pouvoir » constituait alors l’essentiel de sa plaidoirie. On le déclinait à l’envi avec les qualificatifs souvent justifiés, de pouvoir économique, pouvoir politique, pouvoir juridique, et même pouvoir médiatique. L’évocation de ces pouvoirs suffisait à « expliquer », les anomalies, travers, ou manquements de l’information. Bref, les raisons de la faute se tenaient dans cette extériorité.

Aujourd’hui, c’est le principe constitutif de l’information qui est mis en lumière, et à mal. Au sens où l’on braque un projecteur sur le suspect sommé de s’expliquer. Là est l’événement. La vérité, car c’est elle dont il s’agit, est interrogée dans son processus de production. Qui a, aura le pouvoir de la produire ? La vérité est ainsi soumise à un interrogatoire qui ne rechigne pas à la torture. La vérité offre un visage meurtri, parfois sans identification possible tant les coups portés semblent hors de toute raison. Ce n’est pas seulement une affaire de fausses nouvelles, fake news, ou infox, chères au législateur. Loin de là, puisqu’on le sait maintenant, le fait en tant que tel, est désormais remis en question, nié. Y compris le fait scientifique et sa mise en discussion permanente.

Les États-Unis lui ont trouvé une alternative, validée par la Maison blanche. Alors on le voit, le massacre du vrai pourrait singulièrement dépasser le seul cadre du journalisme. Car au-delà de la fausse info, il porte d’autres noms aux diverses formes violentes, toujours assassines, voici pêle-mêle, le complotisme, le platisme, bref tout l’éventail de l’obscurantisme contemporain.

Puis, il y a la référence : bonjour Zola ! 

Mais tout cela est-il bien nouveau ? N’a-t-on pas pour caractéristique, effet de l’orgueil du moment, ce travers de croire que nous serions dans une situation inédite ? « De l’historique ! », comme aime à le dire le présentateur des nouvelles dans la lucarne. Cet événement actuel qui place l’information elle-même et sa narration au cœur des préoccupations, possède en effet un précédent. Une époque où l’on s’est posé ce même arsenal de questions visant à mettre en joue la vérité et son traitement journalistique. La période offre de nombreuses similitudes avec notre actualité. Le XIXe siècle a connu cette même explosion technologique dans la fabrication de l’info, cette même mutation dans l’art du récit, ce même sentiment de rupture, d’un monde sur le point de disparaître face à un autre, plus incertain aux yeux de beaucoup. L’un des textes les plus emblématiques de cette époque est peut-être cette préface rédigée par E. Zola à un recueil intitulé « La morasse ».

« Ah ! cette presse, que de mal on en dit ! Il est certain que, depuis une trentaine d’années, elle évolue avec une rapidité extrême. Les changements sont complets et formidables »

Le ton est donné. Il date de 1889, cinq ans avant le commencement de l’affaire Dreyfus, neuf ans avant le célèbre « j’accuse » signé Emile Zola à la une du quotidien L’Aurore.

« Flot déchaîné de l’information à outrance », « il s’agit d’être renseigné tout de suite », Zola pointe ce journalisme nouveau qui a tué selon lui, « les grands articles de discussion, la critique littéraire… au profit des dépêches…»

Il ajoute :« Mon inquiétude unique, devant le journalisme actuel c’est l’état de surexcitation nerveuse dans lequel il tient la nation… Il s’agit d’un fait social. Aujourd’hui, remarquez quelle importance démesurée prend le moindre fait. Des centaines de journaux le publient à la fois, le commentent, l’amplifient. Et, pendant une semaine souvent, il n’est pas question d’autre chose : ce sont chaque matin de nouveaux détails, les colonnes s’emplissent, chaque feuille tâche de pousser au tirage en satisfaisant davantage la curiosité de ses lecteurs. De-là, des secousses continuelles dans le public qui se propagent d’un bout du pays à l’autre. Quand une affaire est finie, une nouvelle commence, car les  journaux ne peuvent vivre sans cette existence de casse-cou. Si des sujets d’émotion manquent, ils en inventent. Jadis, les faits, même les plus graves, étaient moins commentés, moins répandus, émotionnaient moins, ne donnaient pas, chaque fois, un accès violent de fièvre au pays. Eh bien ! c’est ce régime de secousses incessantes qui me paraît mauvais. Un peuple y perd son calme »

Et comme en écho, le regard du sommet de l’État

Dans un entretien récent accordé à L’Express, l’actuel président de la République parle de « l’écrasement des hiérarchies induit par la société du commentaire permanent », « d’une inquiétude qui gagne » quand « les controverses scientifiques se déploient sur les chaînes d’information et les réseaux sociaux ».

Dans ce jeu de miroir des discours tenus sur l’info, avec ou sans Covid, Zola développe ce qu’Emmanuel Macron ne démentirait pas : « On le voit, depuis quelques années, l’équilibre de la saine raison semble être détruit, le contrecoup des événements est disproportionné ; et l’on en arrive à se demander avec anxiété si, dans des circonstances véritablement décisives, nous retrouverions le sang-froid nécessaire aux grands actes. »

De fait, la crise des crises provoquée par un coronavirus, a quelque chose de ces « circonstances décisives ». Et l’on serait tenté d’écrire qu’une heure de vérité est en train de sonner.

Signe d’espoir venu du passé, à l’issue de son introduction, Zola proclame sa foi dans l’avenir de la presse, malgré tous les reproches qu’il peut lui faire. « Elle est une force qui sûrement travaille à l’expansion des sociétés de demain ». L’optimisme l’emportait donc même « s’il y aura de la boue et du sang » prophètisait le journaliste-écrivain. Sommes-nous à présent dans cette boue et ce sang ? La foi dans le caractère inéluctable du progrès animait par-dessus tout cette époque, que l’on pourrait qualifier de « disruptive » si l’on osait l’anachronisme du vocable.

Et l’on ne se lasse pas de citer cet autre visionnaire du journalisme, un certain Eugène Dubief. Trois après Zola, cet ancien secrétaire de la ligue de l’enseignement décrit la future arrivée de l’internet. Sic. « Des filets nerveux enserreront le globe » prévoit Dubief. « Moyennant l’abonnement le plus minime, expliquait-il, le citoyen du XXe siècle pourra évoquer devant lui un diorama (entendez l’image) et être sans cesse en communion avec tout le genre humain ».

Et il affirmait : « alors ce sera si beau, le journalisme se sera si bien perfectionné qu’il n’y aura plus de journalisme… »

Mais que sera alors devenue l’information dans ce monde où semble dire Dubief, le journalisme se sera si répandu qu’il n’existera plus en tant que tel ? Vivons-nous les prémisses de ce stade avancé, dont on ne sait s’il s’agit d’une évolution ? La Covid est-elle l’accélérateur de ce qu’annonçait The Game, le livre d’Alessandro Baricco ? Il parlait d’un « changement du design de la vérité », évoquant le surgissement sur nos écrans d’une « vérité-minute ». 

Enfin, il y a « ce que nous cherchions », bonjour A. Baricco ! 

 

Récemment, l’écrivain a publié sur smartphone en texte comme en voix, un opuscule en 33 fragments, intitulé « Ce que nous cherchions ».

Bien sûr, on notera que la forme proposée est très innovante. Mais le contenu est aussi des plus singuliers. Selon Baricco, la pandémie que nous vivons serait « une créature mythique, beaucoup plus complexe qu’une simple alerte sanitaire ». « Avec ce type de figure, la communauté des vivants organise le matériel chaotique de ses peurs, convictions, mémoires ou rêves », explique l’auteur. Et contrairement à ce que l’on pourrait croire, « c’est bien réel », insiste-t-il. La créature mythique a en partage avec le monde numérique sa capacité virale, remarque Baricco, « pas d’attaque frontale », mais plutôt un « processus opérant par contagion », « une contagion des esprits avant celle des corps ».

Mais de quoi parle exactement l’auteur de « La soie » ? Ce mythe de la pandémie, dit-il, agrège « divers savoirs et ignorances : des gouvernements fragiles, des journaux au bord de la faillite, des  aéroports, des années de politique sanitaire … des applications soudainement très utiles, le retour des experts au premier plan, l’omniprésence silencieuse des géants de l’économie digitale… ». « Bien sûr, nous nous focalisons sur le virus, mais si nous fermons les yeux, nous entendons tout le reste, comme un bruit de fond », décrit un Baricco traducteur de nos angoisses.

Autant dire que, selon Baricco, nous la cherchions bien cette pandémie, avec de tels choix ou non choix. En fait, suggère-t-il, nous y étions déjà peu ou prou, dans la viralité, et avec ce grand tout que nous avons construit via le numérique, où « l’on peut faire circuler comme jamais l’argent, les chiffres, les infos, la musique… ».

Mais attention, cette pandémie est d’un genre absolument nouveau, rien à voir avec la peste, assène Baricco. La rapidité de calcul actuelle, l’extraordinaire capacité de déplacement dans le digital, le fait que chacun est en mesure de produire un récit, tout cela combiné à la maladie provoque une réaction chimique inédite. La science elle-même vacille dans ce brassage.

« Si le savoir médical se résume à des conseils de bon sens, c’est que quelque chose ne fonctionne pas », grince Barrico.

Ces trente trois fragments livrent une approche plus que surprenante de la pandémie. Mais il y a ce sentiment de justesse, d’adéquation totale avec le sujet. Il s’achève sur le constat de deux forces en présence selon l’auteur. La première est que la pandémie n’est pas démocratique.

« Elle renforce les puissants, et défait les pauvres », constate-t-il. « Elle ne fait pas s’écrouler la bourse… remet en pleine lumière le pouvoir politique. Et l’on sait que ce dernier n’est jamais plus fort que lorsqu’il se présente comme un sauveur », avertit l’auteur. Face à cette tentation autoritaire, il y aurait ce moment qui permet aux humains de penser l’impensable, espère l’auteur du Game, « non pas comme un jeu de leur imagination, mais plutôt de leur rationalité ».

L’ultime figure mythique convoquée par celui qui a créé une université dédiée à la narration à Turin, est l’amour. Un mythe pour soi-même, dit Baricco, une forteresse imprenable. Elle aussi opère par la contagion. L’amour est virale en quelque sorte, alors « qui a aimé, saura…» conclut Baricco . Façon de dire : saura ce qu’il faut faire face à la pandémie, puisque l’actuelle contagion renvoie à l’ancestrale question maladive posée par l’amour.

Et l’information dans tout cela ?

Zola, Baricco, comme une croisée des chemins.

L’un renvoie au journalisme lui-même, aux défis qu’il doit relever. Pour enfin tirer les leçons d’une histoire négligée, celle de la presse, de celles et ceux qui l’ont construite. Zola, qui l’aime, lui conseille, moins d’excitation, plus de temps, de pédagogie, d’éthique. Un rappel avant l’heure à se corriger, reconnaître ses erreurs et aller de l’avant, s’engager comme on dirait aujourd’hui. L’art du reportage en étendard, le plaisir de la transmission critique pour seule arme. L’indépendance pour credo. Bref, une aide à la démocratie. Une démocratie de l’espérance en des jours meilleurs. A l’opposé de la défiance mortifère.

L’autre dépasse l’information stricto sensu. Il ouvre les portes d’un univers nouveau. En établissant un parallèle entre Pandémie et numérique, Il fait apercevoir « la nouvelle skyline de nos mentalités » dit-il. Un monde tout en revirements : peur/audace, changement/nostalgie, douceur/cynisme. A ses yeux, les gestes barrière de la pandémie ont pour équivalent cette hygiène digitale de plus en plus souhaitée ici et là. Il fallait s’arrêter, se laver les mains… qui touchent les claviers de nos écrans.

Zola et Baricco, l’un des inventeurs du récit naturaliste, et l’un des ingénieurs de la narration.

Deux voix à écouter.