Liens vagabonds : le destin d’Alibaba dans les mains de Pékin

Antitrust Alibaba : À son tour, le géant chinois Alibaba fait l’objet d’une enquête antitrust. Les autorités chinoises souhaitent la restructuration de l’Empire de Jack Ma. Les régulateurs financiers réclament que le groupe Ant se cantonne aux activités de paiements en ligne. Jack Ma a annoncé vouloir aller dans le sens des autorités, malgré la menace que représente cette enquête pour le futur de la fintech chinoise.

TikTok : Nouveau rebondissement dans le dossier TikTok aux Etats-Unis où l’administration Trump fait appel contre l’injonction de la cour de geler les restrictions sur l’usage de l’application. Un second juge américain bloque un décret de Trump visant à interdire TikTok. Les négociations se poursuivent malgré l’annonce de Washington de ne pas reculer la deadline pour un accord. Depuis plusieurs mois, l’application est dans le viseur de nombreux gouvernements.

2020, l’année du bitcoin :  Impressionnante envolée du bitcoin en 2020 :son cours a atteint un nouveau record historique à plus de 28.000 dollars. La cryptomonnaie semble gagner du terrain dans les transactions, et son prix a même augmenté 10 fois plus que celui de l’or en 2020

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Crédit Photo de Une : Zachary Keimig, Unsplash.

Liens vagabonds : Les États-Unis ciblés par une cyberattaque historique

Cyber-attaque Historique – Les États-Unis viennent de connaître une des cyber-attaques les plus importantes de leur histoire. L’ampleur des conséquences de l’attaque est encore méconnue mais une cinquantaine d’entreprises sont « sérieusement affectées » à l’international. Malgré les suspicions et les avertissements de Microsoft , Donald Trump minimise la gravité de l’attaque et refuse d’accuser la Russie. En réaction à cette recrudescence de la cybercriminalité, les autorités américaines et européennes ont démantelé l’opérateur de VPN Safe-Inet, utilisé par les cybercriminels.

Échec de Mediapro – Deux semaines après l’annonce de la fin de la chaîne Téléfoot, le tribunal de Nanterre valide le retrait de Mediapro qui devra verser 10 M € en mars et 26 M € en juin à la LFP. Celle-ci doit désormais rechercher un nouveau diffuseur. Téléfoot a de son côté, annoncé un remboursement pour une (petite) partie de ses abonnés.

Procès antitrust contre Google et Facebook – Facebook est visé par deux plaintes antitrust et Google par une troisième plainte du même type. En réponse, le géant du web  récuse les accusations d’antitrust et le réseau social propose de faciliter l’émergence d’un nouveau concurrent afin d’éviter les poursuites pénales. Ces déclarations ont cependant été ternies par la fuite dans la presse cette semaine de documents prouvant l’existence d’une entente entre Google et Facebook pour s’opposer à cette action en justice

 

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50 nuances de démocratie

 

Par Laurent Guimier, Directeur de l’information de France Télévisions

Comme toutes les institutions secouées par la révolution numérique depuis vingt ans, le journalisme n’est pas immunisé contre les crises d’identité. C’est une crise logique et salutaire. C’est une crise logique parce que l’irruption massive et sans contrôle des contenus produits par les publics a fait trembler les fondements d’une profession historiquement dotée de missions, d’outils et de supports d’expression qui lui étaient autrefois réservés. L’accès aux colonnes du journal passait par le journaliste ; la publication sur l’écran appartient à toutes et tous. C’est une crise salutaire car cette révolution numérique sonne le glas d’un entre-soi devenu mortifère pour les journalistes eux-mêmes et les citoyens dont ils sollicitent la confiance.

La terrible crise sanitaire qui frappe la planète depuis l’hiver 2019/2020 nous fait entrer de plain-pied, et plus vite que prévu, dans le troisième âge de cette révolution : après l’émergence de la presse en ligne – où médias et lecteurs conservaient leurs statuts historiques – puis l’avènement des réseaux sociaux – où journalistes et publics ont âprement confronté leurs légitimités respectives – le temps est venu de construire non pas un “après” mais cet “autrement” des médias qui voit les plus lucides construire déjà leur destin main dans la main avec les publics.

C’est la ruse de l’histoire : à l’heure où le Covid-19 déchaîne les forces de la désinformation et de la violence – verbale ou physique – dans l’espace public, ce maudit virus montre également aux médias la voie d’un avenir plus radieux par la coconstruction.

La première raison d’espérer, c’est que les médias ont retrouvé leur fonction d’agora. Parce que pour la première fois depuis la guerre, la frontière entre événement et média a été brutalement abolie et que 100% des journalistes ont été personnellement confrontés à la crise, il y a fort longtemps que le public n’avait pas été autant présent sur les antennes des radios et les plateaux de télévision aux côtés des dirigeants politiques et des experts. Témoignages bruts, débats simples et vifs, tranches de vie banales mais essentielles à l’heure où tout le monde est égal devant la maladie. C’est la vie de famille, de l’association ou la machine à café qui se sont invitées sur les antennes, rapprochant les médias d’une “vraie vie” dont ils s’étaient trop éloignés. Gardons le public à table ! Entre les cercles trop fermés des pouvoirs et la jungle suffocante des réseaux sociaux où les peuples n’ont jamais autant donné leur avis sans y trouver forcément leur bonheur, les médias ont l’opportunité historique de redevenir les lieux de confiance où se confrontent toutes les expériences et toutes les opinions. Et débattre en s’écoutant les uns les autres, c’est coconstruire l’avenir d’une Nation.

La deuxième raison qui engage les médias à coconstruire, c’est la violence de la crise économique qui frappe de plein fouet toutes les institutions, entreprises et corps intermédiaires. L’urgence que ces derniers ressentent à maintenir le lien avec leurs publics, communautés ou clients accélère l’“uberisation” générale des contenus : tous seront bientôt prêts à se définir eux-mêmes en médias pour entamer un dialogue constructif avec ceux qui les financent ou leur font confiance. Au risque d’être dépassés par d’autres secteurs économiques sur ce front de la coconstruction se double pour les médias celui de passer pour inutiles. Grossière illusion d’optique qui risque pourtant d’être fatale à des médias enfermés dans leurs tours d’ivoire respectives.

La troisième raison qui fonde cette nécessaire coconstruction, c’est tout simplement la génération qui vient. C’est une évidence en 2021 : la majorité des moins de 30 ans ont découvert les médias sur un écran, c’est-à-dire en agissant sur le contenu, soit en cliquant sur des liens additionnels, en « likant » ou découvrant les commentaires sous un article. Ces “vingtards” n’imaginent pas une seconde une consommation passive de l’information comme l’ont pourtant vécu toutes les générations précédentes. Dialoguer et construire avec eux n’est pas une option, c’est un prérequis. Leurs usages en rupture charpentent l’avenir des médias. Alors écoutons les jeunes et innovons avec cette génération Covid qu’on découvre fortement engagée dans des combats politiques, sociaux et éthiques.

Enfin, la co-construction d’un média avec ses publics affermit le sens qu’on veut lui donner. C’est le cas de la presse locale, nourrie des contributions quotidiennes de ses lecteurs ancrés dans un territoire. Ou des médias d’opinion en ligne financés par des abonnements de soutien.

Et pour les autres ? Retroussons-nous les manches !

Au sein des rédactions de France Télévisions, la co-construction est au service de la “fabrique de la démocratie” qui donne un sens très clair à notre mission de service public. Par exemple, le journalisme de solutions -que nous préférons appeler ici le journalisme “de construction”– se nourrit d’initiatives de terrain. Dans les prochaines années, la recherche de l’excellence pour les contenus que nous fabriquons passera par une ouverture systématique et sans tabou aux contributions expertes venues de l’extérieur. Enfin, il n’y aura de guerre efficace contre les manipulations et complots qu’en coopération avec des enseignants, associations et chercheurs engagés pour secourir le peuple de “désinformés”. Ce n’est qu’en coconstruisant cette armée d’un genre nouveau que la guerre totale la désinformation sera efficacement menée.

Il est urgent pour les médias de construire avec les publics pour conjurer la défiance des plus anciens. Urgent pour mériter l’attention des plus jeunes. Urgent pour que les journalistes dénichent et relaient toutes les nuances d’idées et la complexité du monde, face aux choix trop souvent binaires que donnent à voir les réseaux. C’est aux citoyens et aux journalistes de concevoir et de tenir ensemble le nuancier de la démocratie.

Crédit photo : Katia Raffarin

Peut-on construire un média avec ses lectrices et lecteurs ?

Par Marie Turcan, Rédactrice en chef de Numerama

Pour penser l’avenir de Numerama, nous nous sommes tourné·es vers nos lectrices et lecteurs. Ce processus n’est pas sans limites, mais il permet de se focaliser sur les éléments les plus importants d’un média en ligne : la clarté de l’information et la confiance dans le travail des journalistes.

Un lectorat ancré dans son époque

Pour qui écrit-on ? C’est la question que tous les journalistes doivent se poser. Qu’il s’agisse d’une brève sur un site d’information ou d’une grande enquête papier transposée sur la version web d’un média : ces articles vont toucher des lecteurs et lectrices différentes, à des moments différents, et sur des plateformes différentes.

L’époque où une lectrice allait acheter son édition du Figaro, chaque matin au kiosque, est révolue. Aujourd’hui, cette même lectrice est peut-être une grande adepte du site du Figaro, mais elle consulte aussi ce que ses ami·es publient sur Facebook, elle clique sur des articles dans Apple News, elle surfe sur Google Actualités. Elle ira même probablement lire l’article de Mediapart qui est en “trending topic” sur Twitter.

Les citoyennes et les citoyens consultent désormais des informations partout, tout le temps. Il serait une erreur de penser que la polarisation de notre société provient de “bulles” algorithmiques : il n’a jamais été aussi facile d’être exposé·es à des contenus de tous bords sur le web. Si, pour les internautes, les informations proviennent de très nombreuses sources, nous pouvons donc en tirer une conclusion du côté des médias : notre lectorat est hétéroclite et mouvant, et c’est autant une chance qu’un facteur de complications.

Qui sont mes lectrices et lecteurs ?

La page d’accueil d’un site d’information est une source minime de trafic pour un média. Les lectrices et lecteurs arrivent principalement d’autres plateformes, que ce soit Google (SEO, Discover, News), Facebook, Twitter, Instagram ou encore Flipboard, Upday ou Apple News.

Il faut bien se rendre à l’évidence : sur le web, aucun média n’est l’alpha et l’omega de l’information. Les internautes surfent toute la journée sur ces plateformes et cliquent sur un sujet, un titre, une illustration. Chaque jour, certains viennent lire nos articles sans connaître notre média, ou prêter attention au site sur lequel ils se trouvent.

Comment construire, alors, un site d’information en 2020, qui corresponde à ce lectorat fragmenté et disparate ? Il faut à la fois répondre aux besoins de nos plus fidèles lectrices et lecteurs, mais aussi être capables de parler au plus grand nombre, à celles et ceux “de passage”. C’est une donnée cruciale à l’heure où la défiance à l’égard des médias et les théories du complot se diffusent de plus en plus dans la population : nous avons besoin de générer de la confiance. Et pour que l’on nous fasse confiance, il faut d’abord que l’on soit reconnaissables.

L’effet “Arte”

Construire un média en s’appuyant sur les retours de son audience revient à devoir faire le tri entre le déclaratif et les faits. C’est un phénomène bien connu, que l’on observe lorsqu’on interroge les téléspectateurs sur leurs pratiques de visionage de la télé linéaire : tout le monde adore Arte, personne ne regarde les Reines du Shopping. Sauf que dans les faits, les audiences de la chaîne franco-allemande n’ont jamais titillé celles de M6.

Interroger nos lectrices et lecteurs laisse transparaître un décalage similaire. Par exemple, 84 % des internautes qui ont répondu à notre sondage ont affirmé venir sur Numerama pour notre catégorie “enquêtes”, tandis que “les éditos” et “les tutoriels” ont plafonné à 38% et 12% respectivement. Statistiquement pourtant, ces deux dernières rubriques font beaucoup plus d’audience que les enquêtes fouillées (qui bénéficient d’une meilleure “réputation”).

L’image d’un média se crée comme n’importe quelle marque ; il y a des mécanismes capitalistes que l’on ne peut pas ignorer. C’est pour cette raison qu’il faut parfois sur-performer la communication et la mise en avant de certains contenus, pour parvenir à être identifiés sur les bases qui nous tiennent à cœur. Lorsque BuzzFeed s’est lancé en France avec une petite équipe, les journalistes se mobilisaient en ligne pour parler de leur travail, le mettre en avant, en raconter les coulisses, en faire la “publicité”. Lorsque Médiapart publie une nouvelle enquête, c’est toute la rédaction qui la partage sur Twitter, directeur de la rédaction inclus.

Au sein de Numerama, on le répète très souvent : la confiance des lectrices et lecteurs se gagne un article à la fois. C’est long, mais c’est la seule manière d’avancer en maintenant un haut niveau d’exigence journalistique. D’autant plus que l’inverse est aussi vrai : la confiance d’un ou une internaute peut se perdre à cause d’un seul article.

Nous devons faire la différence entre comment les journalistes voient leur média et comment il est perçu. Dans ma tête de rédactrice en cheffe de Numerama, les choses sont claires. Je passe 10 heures par jour le site, je connais tous les articles et je sais exactement quelle proportion d’articles est publiée par jour et dans quelles rubriques. Il m’arrive donc d’être choquée lorsque je découvre qu’un lecteur ou une lectrice ne nous voit pas du tout de la même manière.

Depuis un an, la rubrique “Sciences” de Numerama s’est particulièrement étoffée : nombreux articles publiés, audiences en hausse, journaliste dédié aux questions d’environnement et de santé… Tous les signaux sont au vert. Pourtant, il arrive régulièrement que l’on nous interpelle, sur Facebook, Twitter ou dans les commentaires : “Vous êtes un site tech, restez à votre place”, peut-on lire.

La force d’un nom et d’une histoire marque très longuement un média. Le changement est lent, notamment car l’évolution d’une ligne éditoriale demande de la patience et de la pédagogie. Si un lecteur pense que nous sommes encore un “webzine” qui “fait de la tech”, ce n’est pas de sa faute, nous devons le prendre comme un signal, qui nous montre que nous devons redoubler d’efforts, de communication et de didactisme pour parvenir à faire passer notre message.

Le changement, c’est doucement

Organiser une grande cérémonie de dévoilement est toujours très excitant : on cache le produit sous un drap, puis on tire d’un coup sec pour montrer le nouvel objet sous les acclamations du public. Ça fait du bien bien à l’égo, ça montre une vision, ça fait parler de soi. Mais transposé au milieu des médias, ce genre de “big reveal” peut parfois risquer d’étouffer le dialogue avec les principaux concernés : les utilisateurs.

Avec Julien Cadot, en charge du développement éditorial du groupe Humanoid et porteur du projet “Numerama 2021”, nous avons décidé que le changement doux et progressif correspondait plus à notre vision du média et où nous voulons aller. Numerama pourrait se réinventer complètement, mais en a-t-il vraiment besoin ?

Grâce à notre sondage, nous avons par exemple réalisé que l’écrasante majorité des lectrices et lecteurs interrogés considérait que Numerama était un site “clair” où la hiérarchie des informations était respectée. Que notre police d’écriture était très lisible, et que les faits importants ressortaient bien. L’expression “if it’s not broke, don’t fix it” garde encore du sens en 2020 — nous serions bien mal avisé·es de bouleverser notre charte graphique alors que celle-ci plaît au plus grand nombre.

Il ne faut néanmoins pas tomber dans l’excès inverse. Souvent, le changement effraie, et un grand nombre de médias (papiers comme web) ont connu la fronde de lectrices et lecteurs, agacés de ne plus se retrouver dans la nouvelle version. Ce n’est pas une raison pour se reposer confortablement sur ses acquis : les sites d’information sont des objets mouvants qui doivent pouvoir s’adapter aux pratiques de lecture de leur audience, voire les anticiper. Nos confrères du site Frandroid (15 millions de sessions mensuelles) l’ont prouvé en proposant une toute nouvelle refonte, qui a bousculé certains lecteurs, mais qui a très rapidement trouvé son public.

Frandroid est le contre-exemple qui montre qu’il n’existe pas de solution magique dans le monde des médias. Du jour au lendemain, le site a connu un énorme changement graphique, iconographique et un élargissement de sa ligne éditoriale. C’est l’inverse de la transformation de Numerama, que l’on veut douce et accompagnée, tout en s’autorisant du renouveau, à l’écoute des lectrices et lecteurs. Sans pour autant suivre tous les conseils les yeux fermés.

Chaque site d’information a ses spécificités, des objectifs différents à atteindre. L’important est de ne jamais perdre le dialogue : c’est pour cela que Julien Cadot organise de nombreux ateliers en interne, des petits groupes de discussion et d’échanges, avec des membres différents de la rédaction et du groupe Humanoid, pour diversifier les points de vue et avancer ensemble dans une direction commune. Et nous n’oublierons pas de consulter à nouveau notre audience — tout en gardant en tête que la majorité est, malheureusement, souvent silencieuse.

Crédit photo : Sigmund, Unsplash

Liens vagabonds : Google et les GAFA enfin dans le collimateur des régulateurs

A retenir cette semaine 

L’UE contre les GAFALa Commission européenne propose cette semaine ses nouvelles règles pour les plateformes numériques. Thierry Breton a affirmé la volonté qu’a l’UE de « réguler l’espace numérique », grâce au Digital Service Act et au Digital Market Act. Ces nouvelles régulations provoque l’inquiétude des GAFA, qui aiguisent leurs arguments face à la “sévérité” de la Commission.  

Procès Antitrust Google – En début de semaine, dix Etats américains engagent des poursuites contre Google, accusé d’avoir un “comportement anti compétitif ». Ce second procès en l’affaire de 2 mois est suivi d’un troisième : une coalition de 38 États poursuit à son tour Google pour les mêmes motifs. Ken Paxton, le procureur général du Texas, qualifie Google « Goliath de l’Internet » ayant volontairement exclu toute concurrence à son moteur de recherche.

Réseaux Sociaux & Vaccins – Comme Facebook et YouTube l’on fait la semaine dernière, Twitter a annoncé le retrait des messages trompeurs sur les vaccins. De son côté, Tiktok créée un labelise les posts traitant de la vaccination. Mais les anti-vaccins Américains se sont adaptés à cette répression et ciblent maintenant les médias locaux. 

 

Cette semaine en France

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Crédits Photo de Une : Frederic Koberl, Unsplash.

Cahier de Tendances Automne-Hiver : Années 20, les années folles de la création partagée

Voici notre édition automne-hiver du Cahier de tendances Méta-media, tout entier consacré au nouvel équilibre dynamique entre médias et ce qu’on appelait autrefois, l’audience.

Nous sommes convaincus que l’heure est, plus que jamais, à une médiation différente, plus complexe, plus laborieuse ; plus riche, plus démocratique aussi. Ce moment n’a que trop tardé; celui d’un échange, vrai, sincère, inspiré, pour construire ensemble. Dans tous les genres : information, culture, divertissement.

De sacrés défis et la fin d’une certaine arrogance nous attendent; mais il est crucial pour les médias de s’ouvrir davantage au public dans une relation d’égal à égal par la conversation, la participation (rédaction ouverte, communautés) et la transparence sur la fabrication de l’information, mais aussi la création de contenus culturels et de loisirs.

Si le public tourne le dos aux médias c’est qu’ils ne donnent plus une représentation exacte du monde ou le font sans lui. Le sens profond de la mission démocratique des médias sera notamment d’essayer de rendre l’information plus utilisable, plus activable, plus servicielle, car trop nombreux sont ceux qui se sentent abandonnés.

La recherche de l’innovation sera donc moins désormais dans la technologie que dans les moyens de retisser les liens sociaux où la coconstruction […], porteuse de démocratie, s’avèrera une arme déterminante dans le combat contre la défiance médiatique, une arme aussi contre la fragmentation, caractéristique du monde numérique ».

Ce sont les pistes qui sont développées, ici, par de multiples experts que je remercie chaleureusement: Laurent Guimier, Jean Abbiateci, Damien Allemand, Marie Turcan, Kati Bremme, Jérôme Cathala, Mathilde Caubel, Nicolas Celic, Barbara Chazelle, Damien Douani, Pascal Doucet-Bon, Mathilde Floc’h, Nathalie Gallet, Adrien Joly, Maxime Loizel, Diana Liu, Jeanne Marchalot.

Merci aussi à Laure Delmoly qui a piloté avec efficacité l’édition de ce Cahier, où nous avons aussi continué de traquer l’évolution des usages médias en France et à l’étranger. Notre gratitude va comme toujours enfin à l’infatigable fidélité de notre illustrateur préféré, Jean-Christophe Defline.

Enfin, vous trouverez, comme toujours, notre sélection de livres recommandés pour la période plus calme des fêtes de fin d’année.

Très bonne lecture et excellentes années 20 à toutes et tous !

ES

Comme celle-ci, les précédentes éditions semestrielles sont toutes disponibles gratuitement en pdf dans la colonne de droite de ce blog.

 

Liens vagabonds : Facebook bientôt démantelé ?

Procès FTC vs Facebook – La Federal Trade Commission et les procureurs généraux de 48 états accusent Facebook d’avoir illégalement “écrasé la concurrence » et intentent 2 procès visant Instagram et WhatsApp. Ces actions en Justice pourraient mener au démantèlement du géant américainFacebook est également accusé de privilégier les gains à la sécurité au moment où les arnaques et publicités frauduleuses se multiplient sur ses plateformes.

Deadline Tiktok – L’administration Trump semble avoir oublié la deadline du 4 décembre pour TikTok.  Aucune décision finale n’a été prise sur le bannissement de l’application aux Etats-Unis. Les négociations se poursuivent sur son éventuel rachat par Walmart ou Oracle.

Warner Bros passe au streaming – Avec la pandémie qui se prolonge, Warner Bros a pris la décision de sortir tous ses films à la fois au cinéma et en streaming sur HBO Max en 2021. Cela pourrait représenter une nouvelle ère pour Hollywood. Cette décision provoque la colère de nombreux réalisateurs tels que Christopher Nolan, James Gunn et Denis Villeneuve. Même si certains croient au maintien de la fréquentation des salles, les pertes pourraient être considérables, notamment pour les acteurs.

Cette semaine en France

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Années 20, les années folles de la création partagée

Si le début du millénaire fut marqué par l’éruption des « contenus générés par les utilisateurs » (les fameux UGC), les années 2020 promettent d’être la décennie des « contenus coconçus, cocréés et coproduits ». Entre professionnels et amateurs. 

 

La prise de contrôle des outils de production et de diffusion des médias par ceux qui en étaient privés a tout changé. Mais une fois ces outils tombés dans les mains du public, que fallait-il faire ?

Se crisper pour rester, coûte que coûte, en surplomb ? Poser des questions alibis sans écouter les réponses ? Recourir à l’hypocrisie et la vacuité en faisant semblant d’échanger ? Qu’il est difficile pour les vieilles institutions, bien installées, parfois ivres de leur pouvoir et de leurs réseaux, de renoncer à leur hégémonie !

Mais aujourd’hui la démocratie est menacée. La politique se polarise. Le contrat social s’affaiblit. Et la crise sanitaire du COVID semble avoir accéléré ces processus.

Nous voyons bien que l’heure est à une médiation différente, plus complexe, plus laborieuse ; plus riche, plus démocratique aussi, pour engager le public dans notre travail, j’allais dire dans nos missions. Désormais partagées.

Nous percevons que l’heure est à l’échange, vrai, sincère, inspiré, pour construire ensemble. Dans tous les genres : information, culture, divertissement.

Il n’y aura pas de cocréation sans donner une véritable place, sans accorder une voix réelle à ce que l’on appelait autrefois l’audience, l’assistance, le parterre. Sinon, ils ne reviendront pas.

Il n’y aura pas non plus de coproduction sans casser la relation unidirectionnelle émetteur-récepteur, sans impliquer le public qui en exprime désormais le besoin, et sans reconnaître les talents ailleurs. Déjà acteurs de nos sujets, les citoyens ont aussi envie de faire.

Les obstacles à cette nouvelle collaboration restent nombreux :

Mais nous sentons bien que la coconstruction souhaitée, porteuse de démocratie, sera une arme utile dans le combat contre la défiance médiatique, une arme contre la fragmentation, caractéristique du monde numérique. Elle constituera aussi une ressource cruciale pour reprendre aux plateformes du contrôle sur ce que nous avons de plus précieux : le lien social; et s’avèrera une force nouvelle pour réformer le monde d’avant, par du sens et de la richesse, enfin cocréés.

Quand les médias ne sont plus les seuls à délivrer urbi et orbi de l’information, du savoir, de la compétence, quand faire tourner en boucle les commentaires de quelques experts ne suffit plus, alors la co-création avec la multitude, la communauté ou quelques enthousiastes devient la clé d’une nouvelle valeur ajoutée. En témoignent le succès des remix de TikTok, ou chacun repart d’une même base (une musique, une scène) et itère à l’infini, et des streams de Twitch, où un même direct peut être repris et commenté par d’autres.

Après avoir favorisé isolation et distanciation sociale, la crise sanitaire a magnifié l’importance du lien. Notamment grâce aux outils numériques. Le Covid-19 n’a pas seulement modifié le lieu où nous travaillons, mais aussi le travail que nous accomplissons et la manière dont nous l’exerçons.

Mobiliser plus facilement des réseaux de coopération active, ce n’est plus se contenter d’un contenu déversé mécaniquement sur des spectateurs passifs, mais susciter l’adhésion d’une communauté, son engagement pour une passion commune, pour des besoins et des projets partagés. C’est aider les professionnels à pouvoir exprimer davantage leur incertitude, à se montrer plus humbles face à un monde de plus en plus complexe. C’est jouer sur les leviers de la solidarité et de l’intelligence collective.

Malheureusement ce principe peut également être adopté pour la propagation d’infox, en témoigne le phénomène QAnon et son essaim de théories délirantes qui s’apparentent à de la « fan fiction », à un jeu, à une hallucination collective.

 Les interactions constituent-elles de la coproduction ? 

Les contenus (les anciens programmes) deviennent, nous le voyons chaque jour, progressivement interactifs : sondages en temps réel liés à l’information, participations aux émissions et jeux, questions aux invités en plateau, choix des scénarii de fiction, réponses systématiques aux messages sur les réseaux sociaux, tests utilisateurs systématisés avant de proposer des contenus. Le public crée ses propres play-lists de contenus et ses bouquets. Il paramètre par genre, sources, offres, pays, etc…Il peut aussi profiter d’une expérience en ligne à plusieurs, en groupes, en live et en différé et échanger en direct des commentaires sur l’écran.

Mais ce n’est pas suffisant.

L’innovation à prioriser est moins dans la technologie, que dans le lien social à renforcer. Reste donc à imaginer et construire des outils dont le but n’est pas de capter notre attention en tant que consommateurs, mais de nous connecter et de nous informer en tant que citoyens.

Ces outils ne sont pas forcément les plus avancés technologiquement, comme en témoignent le boom des newsletters – aussi vieilles qu’internet – et des podcasts – « inventés » il y a près de 20 ans. Mais ces outils permettent de récréer un lien direct entre journalistes et audience, de le monétiser voire pour certaines signatures, d’en vivre.

Car aider à faire société c’est aussi accompagner la participation citoyenne et organiser le débat public dans des espaces de dialogue sécurisés. Face à la crise de la représentation et des médiations, il y a la place pour des accompagnateurs, des guides en proximité d’initiatives participatives et de débats qui se multiplient partout en Europe.

Le rôle du média d’information, lui, sera, bien sûr, plus que jamais de décrypter et d’expliquer, d’accompagner et d’aider à comprendre les mutations sociétales profondes qui sont amorcées, voire les transitions désordonnées qui s’annoncent. Et peut-être de contribuer à réduire la violence du chaos. Mais pour régénérer de la confiance, de la bienveillance, le sens du lien pour faire société, du bien commun, de la responsabilité, il est désormais crucial de s’ouvrir davantage à l’audience dans une relation d’égal à égal par la conversation, la participation (rédaction ouverte, communautés) et la transparence sur la fabrication de l’information et l’application de règles basiques d’éthique : diversité, intégrité, justice, respect.

Si le public tourne le dos aux médias c’est qu’ils ne donnent plus une représentation exacte du monde ou le font sans lui.

Dans cette période de crises, pour exercer un rôle plus important dans l’élaboration de l’imaginaire collectif et du lien des citoyens avec leur époque, essayons de rendre l’information plus utilisable, plus activable, plus servicielle, car trop nombreux sont ceux qui se sentent abandonnés. Donnons aussi davantage la parole aux jeunes, recrutons de manière plus diverse (genre, territoires, origines sociales), augmentons encore l’éducation aux médias et à leurs outils (et pas seulement pour les jeunes), et obligeons-nous à rendre des comptes.

Eric Scherer

PS : notre Cahier de Tendances Méta-Media N°19, Automne – Hiver 2020/2021 sera dédié à ce thème essentiel de la coconstruction, avec de nombreux témoignages, initiatives, et analyses d’experts.

Le cahier sera disponible ici, sur Méta-Media, en PDF gratuitement mi-décembre.

 (Illustration de couverture : Jean-Christophe Defline)

 

 

Liens vagabonds : application des droits voisins, discriminations dans la tech et désinformation sur les vaccins

Application des droits voisins – Suite à l’accord entre Google et l’UE sur les droits voisins, l’entreprise américaine précise que le News Showcase permettra de faire tomber le paywall sur certains articles. Au Royaume-Uni, Facebook va payer « des millions de livres sterling »  pour afficher les articles de presse. Jeff Bezos et le Washington Post souhaitent concurrencer Facebook et Google grâce à leur “Zeus Tech”, un outil de monétisation pour les éditeurs de presse. 

Discriminations dans la tech – Google est dans le collimateur de l’Agence Fédérale du travail pour avoir licencié à tort deux de ses employés, dont Timnit Gebru, chercheuse en IA éthique. Au même moment, la direction de Pinterest est poursuivie par ses actionnaires et d’anciens salariés témoignent à propos des discriminations chez Coinbase. Alors que la diversité des talents de la tech devient stratégique, le Nasdaq demande davantage de diversité au sein des conseils d’administration des entreprises.

Désinformation sur les vaccins – L’OMS met en garde contre une « infodémie » qui pourrait mettre en péril les campagnes de vaccination contre le Covid-19. YouTube, Facebook et Twitter se mobilisent et collaborent avec les chercheurs, fact-checkers et différents gouvernements. Facebook s’engage à plus de modération des anti-vaccins tandis qu’Interpol alerte sur les éventuels trafics de faux vaccins et attaques criminelles des chaînes d’approvisionnement.

Cette semaine en France

A RETENIR CETTE SEMAINE : 

3 CHIFFRES

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE

Infographic: Zoom's Revenue Skyrockets On Pandemic Boost | Statista You will find more infographics at Statista

NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ

DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION

GAFA

DONNEES, CONFIANCE, LIBERTE DE LA PRESSE, DESINFORMATION

REGLEMENTATION

JOURNALISME

STORYTELLING, NOUVEAUX FORMATS

ENVIRONNEMENT

RÉSEAUX SOCIAUX / MESSAGERIES

STREAMING, OTT, SVOD

AUDIO, PODCAST, BORNES

DATA, AUTOMATISATION, INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, BLOCKCHAIN

MONETISATION, MODÈLE ÉCONOMIQUE, PUBLICITE

IMMERSION, 360, VR, AR

JEUX VIDEO, eSPORT

5G, 8K

TECH, STARTUPS, INNOVATION, TRANSFO NUM

OUTILS

La tentation du contrôle de l’image : petite histoire

Par Hervé Brusini (ancien rédacteur en chef de France Télévisions, Président du Prix Albert Londres)

« C’est une mauvaise tête », « Le maintien de ce correspondant me paraît incompatible avec l’ordre et la discipline ».

Les termes du télégramme du 5 juin 1918 adressé au Grand Quartier Général sont explicites. Le reporter Albert Londres du Petit Journal, est renvoyé de la mission de la presse française. De fait, le journaliste était de plus en plus en rétif aux règles instaurées pour « améliorer » l’information pendant la grande guerre : sorties strictement encadrées, visée préalable des papiers avec caviardage à la clé, informations erronées sur le déroulement de la guerre… Même si les patrons des grands titres parisiens avaient toléré le principe d’une censure portant exclusivement sur les faits militaires, sur le terrain le reporter Londres ne supportait plus cet exercice sans grand rapport avec le journalisme.

(Albert Londres avec une barbiche)

Ces faits d’histoire sont bien connus. « Combattre et informer », selon l’expression de Jean-Louis Maurin, auteur d’un opuscule éponyme, ont toujours connu ce que l’on appelle aujourd’hui de fortes barrières de distanciation.

Et voilà que près de 100 ans plus tard la question connaît un regain d’actualité. Une bande de « mauvaises têtes » appartenant toutes au monde des médias d’information, se voit obligé de dénoncer « de nouvelles entraves à la liberté d’informer » venues des pouvoirs publics (police, justice…), des « tentatives de contrôle qui n’ont jamais été aussi pressantes ». Là encore, on reparle de « droit de validation du reportage avant diffusion »… Sans parler d’un projet de loi baptisé Sécurité globale où l’image est plus que jamais sur la sellette…

Ce que l’on croyait d’un autre âge, ne l’est donc décidément pas. L’information, et singulièrement l’image qui vient témoigner d’une tension, d’une violence, d’une crise, apparait encore et toujours comme un véritable enjeu de pouvoir.

Pas étonnant, car montrer, surtout au plus grand nombre, c’est prétendre faire voir la vérité. Et cela a toute une histoire, celle de la valeur image de l’information.

Les débuts de l’image vérité

C’est ainsi qu’en 1893 le Vérascope de Jules Richard prétendait bel et bien « enregistrer la vérité ».

Cet appareil photo stéréoscopique faisait des clichés en relief. Il était proposé à la vente au simple quidam, désormais capable de produire une image « superposable à la nature » comme disait la publicité. Bref, la garantie de saisir le vrai entre les mains de son acquéreur. Le côté photo du smartphone en quelque sorte.

Pendant ce temps, la presse de masse connaissait un succès sans cesse grandissant. On tirait à des millions d’exemplaires, et les récits tragiques des crimes, ou catastrophes en tout genre attisaient la curiosité du public. Le sang faisait vendre. Et l’on voulait voir l’événement. Alors, des dessinateurs reporters illustraient nombre de ces horreurs, à la une. Ils imaginaient les scènes insoutenables du serial Killer Troppman (huit victimes) ou croquaient sur le terrain, les guerres de l’époque. Mais après les inventions de Louis Daguerre en 1839 et d’Edouard Belin en1908, la presse put enfin s’emparer de la photo comme nouveau gage de crédibilité, et argument de vente supplémentaire.

En 1912, Jean Dupuis, le patron du Petit Parisien annonçait la naissance du « Miroir ». Ce magazine va vous proposer « le document vécu », écrivait-il.

Irrésistible ! Si ce n’est que deux auparavant déjà, Jean Lafitte avait lancé « L’excelsior ». Un « quotidien illustré » par une trentaine de clichés pour chaque numéro. Normal, puisque « ses photographes sont partout » comme disait la réclame de l’époque. Un peu à la manière de ces portables, toujours présents pour saisir dieu sait quoi.

Alors, si l’on ajoute « L’Illustration » et « La vie illustrée », on peut affirmer qu’à l’aube des années vingt, le photo-journalisme était né.

Albert Londres lui-même était muni d’un petit appareil. « Terre d’ébène » son ouvrage paru en 1929 sur les pratiques plus que douteuses du monde colonial français possède son pendant en images, plus de 200 clichés réalisés par le reporter. Précisément, certains ont fait la Une de « l’Excelsior ». Et lorsqu’il fut violemment attaqué par les défenseurs acharnés de l’Empire français, Londres répondit qu’il était serein, ayant toutes les preuves de ce qu’il avançait. Peut-être pensait-il à ses photos…

L’image témoigne

En tout cas, l’image avait acquis sa force de véracité, témoignage de terrain. Crime ou guerre, elle était réclamée par le plus grand nombre. Pour les patrons de presse, et les journalistes, il fallait être là où se passait le drame, saisir la scène et l’envoyer pour une publication rapide. Concurrence et vitesse sur fond tragique. L’émotion collective était à ce prix, la vente aussi.

Ainsi le 8 aout 1915, dans son supplément illustré, le Petit journal publiait le dessin d’un soldat, sonnant l’assaut trompette à la main, l’autre bras arraché par un obus… Exaltation héroïque par technique déjà ancienne.

 

 

Alors que le même jour, le quotidien, affichait en première page, une photo de troupes anglaises montant à l’assaut – encore un- dans la bataille des Dardanelles. Un peu plus loin figurait l’interview d’un photographe. Lui, avait saisi le terrible spectacle de souffrances infligées à Louvain par les allemands.

« Il fallait conserver de toutes ces visions, de tous ces aspects, des preuves indestructibles, indiscutables : il fallait photographier », dit-il.

L’image enjeu politique

 On ne saurait mieux affirmer la force de vérité – présumée- de l’image. Et du même coup, l’enjeu politique de sa publication. Fort de la maxime qui veut qu’on ne soit jamais si bien servi que par soi-même, les armées ont créé leur propre service photo en 1915, dotés d’une soixantaine de reporters.

Deux ans plus tard, c’est le cinéma qui est venu compléter l’image fixe. Et dans les salles obscures on a mis en scène une guerre de fiction avec batailles reconstituées et morts exclusivement allemands. Mais la volonté de voir un peu plus de vérité a été la plus forte.

Les grands magazines illustrés ont lancé des concours, offrant de « payer à n’importe quel prix des documents photographiques relatifs à la guerre présentant un intérêt particulier ».

Certains poilus eux-mêmes avaient des « Kodak vest pocket ». Ils documentaient ainsi la vie des tranchées. Précieux témoignages, essentiels pour comprendre ce que fut ce grand massacre des hommes.

En un peu moins de 50 ans, l’image a été placée au centre de tensions entre gouvernement, journaliste et public. Sa valeur désormais connue, pouvait être sans limites. Économiquement, politiquement fort coûteuse.

L’image en mouvement pour le plus grand nombre

On se souvient ensuite de que l’on appela « les actualités ».

Chaque mercredi, les français assistaient au cinéma à la projection des Actualités françaises, de Fox Movietone, des Actualités Gaumont. Voix sentencieuse, spectacles d’un monde somme toute heureux, les grands quotidiens faisait chaque mercredi la critique de ces films d’agences, comme on fait la critique de l’œuvre d’un metteur en scène connu. De grands moments d’histoire défilaient ainsi sous les yeux de toutes les générations. D’intrépides opérateurs avaient été là au bon moment. La série « History Catchers » de Serge Viallet sur ARTE est de ce point de vue passionnante.

Et puis il y eut ce jour de 1950 à Nogentel dans l’Aisne. Un instituteur apprenait aux habitants du petit village, un nouveau spectacle intitulé : journal télévisé. Il s’appelait Roger Louis et son enseignement de l’image, il le mit à profit également pour lui-même en tant que grand reporter pour le magazine « 5 colonnes à la Une ».

Là encore la tension était vive. L’histoire est plus que connue. La télévision du gGénéral était sous cloche, avec quelques minces espaces de liberté dans l’information. 5 Colonnes  était l’un de ceux-là, car Pierre Lazareff, le patron de l’émission hebdomadaire, était proche du chef de l’État. Les images étaient scrutées, pesées, barrées dans de surréalistes projections en présence des censeurs. La valeur de l’image de l’information définie en quelque sorte par l’économie de l’interdit.

L’image embedded

Au fil du temps, la rareté est devenue opulence. Multiplication des chaînes, des sources d’images. Quelques épisodes furent retentissants. Particulièrement, celui de la première guerre du golfe en 1993.

Les téléspectateurs ont alors découvert les mentions « images fournies par l’armée », « images de pool ». Car telles étaient bien les source de l’info d’alors. Une polémique éclata avec le mot embeded pour détonateur. Ce journalisme embarqué, répondait-il aux exigences d’un métier digne de ce nom ? L’histoire retint « manipulation et mensonges » pour qualifier la période. Les versions officielles ne tiennent jamais bien longtemps.

Très vite, CNN, ne fut plus la seule chaîne d’info en continu. A son tour, la France s’est pourvue. Une, deux, puis quatre chaînes. Cela s’accélérait encore. Cette fois du côté du public. Les citoyens virent que leur téléphone devenait mobile. Il ouvrait sur un monde numérique sans frontières, il montrait et prenait des images. Qui plus est, que l’on pouvait les publier facilement. On vivait maintenant sous le règne de l’expérience.

Le poilu dans sa tranchée ne l’avait même pas rêvé. Le Kodak vest Poket lui semblait déjà si fantastique…

Désormais, la rareté de l’image n’est vraiment plus à l’ordre du jour. Ce n’est plus de l’opulence, mais une orgie. De l’infobésité comme il a été dit. La valeur image de l’info, se vit maintenant à la façon des grandes crises financières. Les valeurs toxiques, contrefaçons ou deep fake font des ravages. Désarroi, perte de confiance, asservissement aux écrans, l’image et tous ses maux qui frappent, dit-on, surtout les jeunes.

Parfois le journalisme lui-même se met à l’unisson de la dépréciation générale. Les effets boucles sont repérables sur les écrans : ce malade que l’on retourne pour la énième fois, cet écouvillon plongé toujours dans la même narine… Dans le même temps, la photo s’est invitée dans les sessions d’info. Comme si l’arrêt, la fixité, permettait de retrouver ses esprits dans le flot vidéo, mondialement ininterrompu. 

Et toujours, la tentation du contrôle

Et voilà que la rareté provoquée par l’interdit, la censure que l’on pensait à jamais réservée aux allées d’un archaïque musée, refait surface. Comme à chaque fois dans l’histoire de cet enjeu de pouvoir, la manœuvre est mise à jour, fait débat, et pousse à la contre-offensive. Cela ne peut s’arrêter là. L’image n’est plus cette force de vérité instantanée. Elle se questionne, s’examine, se recoupe. On la sait capable d’égarer une multitude. Elle peut détruire. On la sait aussi indispensable, non altérée par quelques dispositions de protection aléatoire.

En plus d’un siècle nous avons donc fait notre éducation à l’image, mais tout se passe comme si nous n’en étions qu’au début.

C’est que l’image a sa mémoire. Pour affronter les questions du jour, cette mémoire est un impératif. Or, elle reste en grande partie à écrire, absolument nécessaire pour mieux comprendre ce que nous voulons défendre.