Liens vagabonds : Amazon embauche en masse en pleine tourmente sociale

A RETENIR CETTE SEMAINE : 

AmazonRenforcée par la pandémie, Amazon embauche en masse. Aucune entreprise américaine n’a jamais embauché autant de travailleurs aussi rapidement (427 300 employés en 10 mois). Mais la colère sociale se fait de plus en plus entendre, malgré une prime de 300 dollars, avec une grève dans les entrepôts d’Amazon dans 15 pays pour l’amélioration des conditions de travail sous le hashtag #MakeAmazonpay. Une fuite du centre des opérations de sécurité mondiale d’Amazon révèle l’espionnage des employés des entrepôts, des syndicats, des militants environnementaux et d’autres mouvements sociaux. Une coalition internationale de militants lance une manifestation contre Amazon

En même temps, une panne d’Amazon Web Services fait tomber des sites et services aux États-Unis.

Data – Issu de la stratégie sur les données annoncée en février dernier, le « Governance data Act«  vient d’être publié. Cette proposition de règlement sur la gouvernance des espaces européens des données vise à faciliter le partage des données au sein de l’UE. Objectif : faire de l’Europe « le continent le plus riche en données au monde » selon Thierry Breton.

Snapchat lance Spotlight, sa riposte à TikTokPlus d’un million de dollars seront distribués quotidiennement aux créateurs les plus populaires. Après Instagram, c’est désormais au tour de Snapchat de lancer une fonctionnalité similaire au réseau social made in China. Décidément, tous les réseaux sociaux se ressemblent de plus en plus

 

Cette semaine en France

3 CHIFFRES

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE

Infographie: Où les Français font leurs achats en ligne | Statista Vous trouverez plus d’infographies sur Statista

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DATA, AUTOMATISATION, INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, BLOCKCHAIN

MONETISATION, MODELE ECONOMIQUE, PUBLICITE

JEUX VIDEO, eSPORT

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TECH, STARTUPS, INNOVATION, TRANSFO NUM

OUTILS

 

ES avec Laure Delmoly, Kati B

Comment la RTS expérimente l’envoi d’actu sur WhatsApp avec son podcast Le Short

Par Barbara Chazelle, collaboratrice scientifique à l’Académie des Médias et du Journalisme (AJM) de l’Université de Neuchâtel. Billet originellement publié sur la plateforme de l’EJO et présenté dans le cadre d’un partenariat avec Méta-Media.

Comme de nombreux médias, la Radio Télévision Suisse (RTS) a entrepris depuis une année une réflexion sur le rajeunissement de ses publics et a lancé plusieurs groupes de travail dont la mission était d’imaginer de nouveaux formats pour atteindre les moins de 35 ans. De cette initiative sont sortis Le Point J, un podcast quotidien qui creuse un sujet d’actualité, Le Rencard, un rendez-vous quotidien en Story sur Instagram et Le Short, un podcast matinal envoyé notamment via WhatsApp à ses abonnés.

C’est sur ce dernier projet particulièrement innovant sur le format mais aussi sur son mode de fabrication que nous avons échangé avec Magali Philip, co-productrice du Short et avec Marie Rumignani, doctorante à l’Université de Neuchâtel et collaboratrice scientifique à la RTS.

Une phase exploratoire inédite

Avant de se lancer tête baissée dans le prototypage de nouveaux formats, la RTS a rassemblé dans son groupe de travail Info35 des journalistes, des responsables de projets numériques, des réseaux sociaux, de la distribution. Cette phase de réflexion a été l’occasion d’une mise à plat des pratiques éditoriales et des usages relatifs à la consommation de l’actualité qui n’est plus linéaire et qui varie selon les publics.

« C’était un groupe volontairement hétérogène, où il manquait certainement des représentants de la technique. En tant que chercheuse, ce fut très intéressant d’observer comment ces informations sur les usages ont été ensuite restituées opérationnellement, par des personnes qui n’étaient pas forcément convaincues au début et qui sont devenues motrices au fil du temps. Cette phase exploratoire était nécessaire pour avoir un même vocabulaire et les mêmes envies pour la suite du projet » se souvient Marie Rumignani.

Une méthode de production innovante

Le projet du Short et le choix de WhatsApp ont émergé dans un de ces groupes de travail.

Comme dans beaucoup de médias traditionnels, les plateformes numériques sont d’abord utilisées pour mettre en avant les contenus TV ou radio et l’on ne se risque que timidement à créer des formats natifs. C’était donc un véritable pari de la RTS que d’imaginer un format journalistique, éditorialisé pour une distribution particulière.

« L’idée était de créer un format matinal pour accompagner la mobilité des jeunes et de contrer la prolifération de fake news qui circulent sur la plateforme de messagerie, » raconte Magali Philip. « Le Short a été confié au journaliste Davy Bailly-Basin. C’est le projet qui a été le plus vite maquetté, et une première version est sortie avec 2 semaines d’avance. »

Un rythme qui s’explique notamment par l’indépendance et la grande dextérité de Davy Bailly-Basin qui produit seul de bout en bout Le Short.

Le journaliste se lève à 3 heures du matin pour choisir l’actualité dont il va parler, rédige son texte, choisit ses bruitages et extraits de films et part ensuite à l’aube enregistrer l’épisode du jour dans les rues de Lausanne pour reproduire l’ambiance « note vocale » qu’un ami aurait pu vous envoyer. Puis il s’occupe du montage, de l’envoi du fichier sur WhatsApp accompagné d’un petit texte et sa publication sur les autres plateformes de podcast (Play RTS, Spotify, Apple Podcast, Deezer) et termine par un Tweet.

Un exemple de message envoyé à 7 heures du matin sur WhatsApp. / Image AS

Pour Marie Rumignani, ce qui est particulièrement intéressant c’est que  Davy Bailly-Basin allie une pratique journalistique classique, en regardant le télé journal du soir et en écoutant la radio pour avoir des lignes directrices, mais les complètent avec la lecture de pure players du web comme Slate ou le Huff Post et d’une veille numérique, notamment sur Twitter pour détecter les signaux faibles.

La chercheuse rapproche la production du Short à la tendance au « liquid journalism », où les pratiques journalistiques se façonnent à un environnement en perpétuel changement, ultra connecté, participatif, mobile. Un courant qui permet de faire émerger des offres et contenus médiatiques individualisés. On voit aussi cette tendance avec la multiplication des newsletters indépendantes ou incarnées par un journaliste précis de la rédaction notamment aux États-Unis.

« Dans le cas du Short, le journaliste est à la fois producteur, présentateur, responsable de la promotion de son contenu. Il est en marge de la rédaction et incarne à lui seul un média original. Cela pose la question de la dépendance à une personne qui a des compétences si précises et si précieuses et de la transmission de son savoir-faire » analyse la chercheuse.

Dépasser le cadre de l’expérimentation

La production du Short, encore expérimentale, se heurte à quelques obstacles pour passer à l’étape supérieure.

Tout d’abord, WhatsApp. Comme tous ceux qui s’y sont collés, utiliser la plateforme à l’échelle industrielle n’est pas si simple. Il faut tester, bricoler et espérer avoir un jour un vrai contact chez WhatsApp qui pourra vous expliquer pourquoi certains messages ne parviennent pas jusqu’à leurs destinataires.

« Le Short compte aujourd’hui 3800 abonnés, mais on a dû ralentir les campagnes de recrutement, car WhatsApp était trop instable. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle on a décidé de distribuer Le Short sur d’autres plateformes de podcast, en cas de problème technique sur la plateforme de messagerie » explique la co-productrice du podcast.

Ensuite, comme souvent pour les expérimentations numériques, le peu de moyen.

Jusqu’au 12 novembre dernier, Davy Bailly-Basin était seul aux manettes. S’il était malade ou en congé, le Short était tout simplement annulé. Il a depuis quelques jours un joker, Joëlle Cachin.

Le budget pour ce format se limite au poste du journaliste et celui d’un développeur pour gérer l’envoi du podcast à 7 heures du matin aux listes d’abonnés à 5 minutes d’intervalle chacune pour éviter les bugs.

Le Short a vocation à devenir un format conversationnel. Environ 10% des abonnés osent déjà envoyer des messages via WhatsApp selon Magali Philip.

Ce sont surtout des réactions ou des encouragements. Mais notre ambition est de créer une discussion sur l’actualité entre les abonnés et une personne de confiance. Pour le moment, Davy ne fait pas encore d’appel aux messages, car nous n’avons encore pas les moyens humains et techniques de les gérer.

Concernant les abonnés, la RTS a réussi avec ce format à toucher les moins de 35 ans, mais aussi des 40-45 ans pour moitié. Pour la co-productrice, « c’est un produit de niche, mais plus généraliste qu’envisagé. » Et si les ados ne sont pas touchés par le format, le public matinal traditionnel de la RTS est rajeuni d’une vingtaine d’années tout de même.

Une bonne nouvelle pour le renouveau des formats audio… et pour le service public selon Marie Rumignani :

La RTS a réussi à nouer un nouvel intérêt, une nouvelle capacité de dialogue avec son public qui attend du service public suisse qu’il se modernise.

Le Short, mode d’emploi. / Image : capture RTS

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Pourquoi il est important d’impliquer les lecteurs dans le processus éditorial

Par Maxime Loisel, Fondateur de HyperNews et chef de projet chez Datagif. Article repris avec l’autorisation de l’auteur. L’article d’origine a été publié sur Hypernews le 17 octobre 2020.

C’est bien connu : le fossé entre journalistes et citoyens s’accroit d’année en année. Certes, la crise du coronavirus a été accompagnée de signaux plutôt positifs (pics d’audience et d’abonnement à la presse, regain d’attention pour des rituels comme le JT) mais la perception des lecteurs ne semble pas avoir fondamentalement changé.

Si la réalité est beaucoup plus complexe, ces idées reçues témoignent d’une certaine distance et d’une incompréhension du grand public vis-à-vis du travail journalistique.

Oui, mais… Il faut avouer que certains médias ont longtemps été hermétiques à la critique et au dialogue direct avec les lecteurs.

Et maintenant… Comme le souligne la journaliste américaine Joy Mayer, autrice d’un très bon blog sur la confiance dans les médias, les rédactions doivent être lucides face à la défiance et revoir sérieusement leur relation avec les lecteurs.

Au-delà des gimmicks interactifs peu constructifs (comme les sondages en ligne), certains médias commencent à réellement impliquer leurs lecteurs dans le processus éditorial. On parle souvent de « journalisme d’engagement », même si la notion est très large et un peu barbare.

Solliciter les questions

A la télévision ou surtout à la radio, donner la parole aux auditeurs/spectateurs est monnaie courante et ajoute une touche d’interactivité bienvenue à certains programmes (comme la matinale de France Inter). La fonctionnalité a d’ailleurs été internalisée dans l’application mobile de la station.

 

 

Chez Le Monde ou Franceinfo, le live interactif est également devenu un pilier éditorial. Les questions de lecteurs y sont très présentes, contrairement à la plupart des sites d’information concurrents. Lors du confinement, le live du Monde est devenu un vrai rendez-vous quotidien pour des milliers d’internautes.

Chez Libération, les questions/réponses sont devenus un gimmick éditorial à succès avec la verticale CheckNews.

 

 

Solliciter les idées

Lors du grand débat national, Le Parisien a mis en place un dispositif participatif pour recueillir les idées et propositions des citoyens. Résultat : plus de 2500 propositions, relayées ensuite dans des enquêtes. Ce projet « Labo » a été adapté ensuite pour les élections européennes.

 

Solliciter les témoignages

L’appel à témoins est un vieux rituel journalistique. Certains sites d’info le mettent habilement en avant, comme Le Monde. On en trouve régulièrement sur la page d’accueil du site.

Sur le site du New York Times, cette pratique est aussi de plus en plus fréquente. Au-delà des appels à témoins classiques, le journal américain lance régulièrement des appels pour récolter des témoignages audio et vidéo, afin d’alimenter ses podcasts et ses séries vidéo.

En contexte électoral, cette démarche a également un intérêt afin de garder en tête les préoccupations réelles des lecteurs (et sortir de la course de petits chevaux habituelle à laquelle s’adonnent bon nombre de journalistes politiques). Le chercheur Jay Rosen parle de « citizens agenda ».

Au Dublin Inquirer, site d’info local irlandais, la rédaction a ainsi interrogé les lecteurs sur leurs intérêts en amont des élections municipales. Le média a ensuite interrogé tous les candidats et restitué leurs réponses sur une belle plateforme, simple et accessible.

Nice-Matin a également cette piste avec la plateforme participative « Moi, maire » lors des dernières élections municipales.

Faire voter les lecteurs

Nice-Matin fait régulièrement voter ses abonnés pour choisir ses prochaines enquêtes. Une démarche qui semble avoir un impact positif en terme de fidélisation.

 

Le site Les Jours a également usé de ce procédé, en permettant de choisir sa prochaine « obsession ».

Ouvrir ses conférences de rédaction

Au delà des contributions, certains médias jouent le jeu de faire participer (plus ou moins régulièrement) les lecteurs aux conférences de rédaction.

Basé à Chicago, le réseau de journalistes City Bureau organise régulièrement des rencontres avec les citoyens pour discuter librement de sujets locaux. Un groupe Facebook sert de lien entre tous les membres.

 

Le site britannique Tortoise organise chaque semaine des « Open newsroom », en visio-conférence publique (sur inscription).

 

En France, Rue89 Strasbourg a également organisé des conférences délocalisées sur le terrain, pour « réduire le fossé » entre journalistes et habitants.

Solliciter les expertises

Lors de l’épidémie de coronavirus, Mediacités a mobilisé les expertises de ses lecteurs pour enrichir ses enquêtes. Un formulaire était ainsi accessible pour laisser ses coordonnées.

Au New York Times, le procédé est de plus en plus utilisé — un changement assez notable pour cette institution habituée à une relation verticale avec les lecteurs.

Chez le site néerlandais De Correspondent, la mobilisation des lecteurs est une priorité stratégique : les abonnés sont incités à renseigner leurs compétences dès leur inscription. Leur expertise est vérifiée et ensuite exploitée pour nourrir les articles — un véritable « CRM pour journalistes » selon leurs dires. Ces experts citoyens sont aussi valorisés dans les commentaires.

Enquêter avec les lecteurs

En 2016, le journaliste du Washington Post David Fahrenthold n’a pas hésité à enquêter à ciel ouvert sur les finances de Donald Trump… depuis Twitter. Le reporter racontée ses avancées (et ses impasses) et a réussi à récolter de nombreuses informations grâce aux internautes.

Chez Mediacités, les citoyens peuvent contribuer à numériser les délibérations municipales — que le média s’engage ensuite à analyser afin de tracker l’évolution des politiques locales.

 

A Chicago, City Bureau va encore plus loin en formant et rémunérant des citoyens pour qu’ils assistent aux conseils municipaux. Une façon pragmatique de pallier aux limites des journalistes professionnels tout en impliquant de nouveaux publics dans la vie publique locale.

Liens vagabonds : accord sur les droits voisins, loi sur la sécurité globale et hégémonie d’Amazon

Accord sur les droits voisins –  Google et plusieurs médias français ont signé un accord pour rémunérer les extraits d’articles dans le moteur de recherche. Cet accord fait suite à la décision de l’autorité de la concurrence sur la prise en compte des droits d’auteur des publications en ligne indexées dans le moteur de recherche. Mais certains groupes de presse français se montrent réticents, à l’image de CMI France. 

Tribune contre l’hégémonie d’Amazon« Stopper Amazon avant qu’il ne soit trop tard », une centaine d’ONG, de syndicalistes, de citoyens et d’élus appellent à l’intervention contre Amazon qui « porte un modèle de civilisation qui n’est plus possible », selon eux. Cette fronde intervient au moment où aux États-Unis, Amazon se lance dans la pharmacie en ligne et qu’une étude sur de faux commentaires clients achetés fait polémique.

 

Loi sécurité globale – Le projet de loi “sécurité globale” fait l’objet de débats à l’Assemblée Nationale et de manifestations dénonçant des « agressions honteuses contre la liberté d’informer »Plusieurs directeurs et directrices de rédactions françaises s’inquiètent de la « volonté répétée du ministre de l’Intérieur de porter atteinte à la liberté d’informer dans le cadre des manifestations ». Matignon a annoncé qu’une nouvelle rédaction de l’article 24 mentionnera de façon explicite la défense de la liberté de la presse.   

Cette semaine en France

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MONETISATION, MODELE ECONOMIQUE, PUBLICITE

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ES avec Laure Delmoly, Kati Bremme & Mathilde Caubel

Crédit Photo de Une : Obi Onyeador, Unsplash.

L’utilisateur, spectateur 3.0, (comme) co-créateur du storytelling

Par Jeanne Marchalot, Direction de l’Innovation, France Télévisions.

Dans Petites proses, Michel Tournier affirme : « un livre a toujours deux auteurs : celui qui l’a écrit et celui qui le lit ». Selon l’écrivain, le lecteur est un co-créateur et participe donc à la co-construction du récit. La lecture active et potentiellement multiple du lecteur le rend essentiel à l’existence même du récit. Michel Tournier place le lecteur au centre même du processus de création dans un rôle actif et incontournable. L’écrivain et son lecteur deviennent un duo nécessaire à l’existence même du récit.

La question de la narration et du récit est toujours une question essentielle au XXIème siècle car l’être humain a toujours besoin qu’un narrateur lui raconte des histoires. Simplement ce qui change et qui va dans le sens des paroles de Michel Tournier, c’est son rôle : de passif, il souhaite devenir aujourd’hui un acteur du récit. Se pose alors le principe de la co-construction dans toute forme de narration, et notamment filmique (au sens générique du terme).

En même temps que sont apparus puis ont évolués le cinéma et la télévision, la réflexion sur ces médias a posé la question du langage et de fait celle de la participation de celui qui regarde. Le spectateur dans la salle obscure est en situation d’hypnose ; le téléspectateur dans son salon regarde un poste de télé – vision (vision à distance), comme si la télévision était de la « radio illustrée » pour reprendre les mots d’Orson Welles. Si le cinéma et la télévision engendrent une certaine passivité du télé/spectateur, où se situe désormais la co-construction du récit audio-visuel ?

A l’ère du digital, le spectateur s’est mué en un conso-acteur et/ou un utilisateur avec un changement profond de ses attentes et des usages. Je regarde le contenu que je veux, quand je veux, sur la plate-forme que je choisis, sur le support (mobile) que je veux et avec qui je veux. En plus de cette délinéarisation (engendrée par la numérisation des contenus), l’utilisateur veut participer activement au contenu.

Cette interactivité narrative, accompagnée d’une gamification du récit, se retrouve dans le jeu vidéo et les expériences immersives en réalité virtuelle (VR) et en réalité augmentée (AR). L’utilisateur dans la VR au casque par exemple crée le chemin et la linéarité de la fiction par son regard et son engagement corporel. Il crée ainsi une expérience quasi unique avec un ressenti très personnel. Prenons 7 lives, film VR réalisé par Jan Kounen, coproduit par France Télévisions. Dans ce film, chacun fait sa propre narration en portant son regard sur un des quatre personnages et construit de cette façon sa propre expérience. Celle-ci a été pensée linéairement et non-linéairement pour laisser un rôle actif et unique à l’utilisateur. Il s’agit aujourd’hui de dessiner l’UX design, soit le parcours de l’utilisateur.

Dans la réalité virtuelle, la possibilité constante du off et du hors champ, la spatialisation du son et le handtracking (être en interaction avec les mains sans manettes) permettent à l’utilisateur d’être au centre de la co-création de l’œuvre virtuelle et au cœur d’une expérience qui va l’impliquer corporellement, sensoriellement et émotionnellement. Cela change fondamentalement son rôle. Il devient co-constructeur du récit : il est en son centre. La conception d’une expérience immersive doit au préalable penser à cette position de l’utilisateur.

Ce dernier devient ainsi un spectateur/téléspectateur 3.0. Comment aujourd’hui le mettre au centre d’un media comme la télévision ? Comment l’impliquer, co-construire avec lui ? Une des réponses possibles est la proposition d’expériences immersives et interactives, développée à France Télévisions au sein de la direction de l’Innovation, dans le département des Recherches narratives, dont l’objectif est d’explorer le storytelling de demain avec les nouvelles technologies.

 

VRDays : où en est la XR en 2020 ?

Par Jean-Paul Chevreux et Yves-Marie Poirier, Direction de l’Innovation France Télévisions

Du 4 au 6 novembre s’est tenue la 6ème édition des VRDays Europe, un salon dédié aux technologies de réalité virtuelle, augmentée, mixte et toutes leurs déclinaisons, que l’on rassemble sous le terme Extended Reality ou XR.

La partie physique du salon à Amsterdam a été réduite au minimum et la plupart des conférences ou tables rondes se tenaient en visioconférence. Même les stands des exposants étaient virtuels. Au programme : storytelling immersif, serious games, évolution hardware mais aussi innovations dans le domaine de la santé.

Avec un thème nouveau en cette année de pandémie : l’apport de la technologie virtuelle au télétravail et à la collaboration à distance. Une bonne préfiguration de ce que pourrait représenter le monde du travail de demain.

Production virtuelle

L’utilisation de moteurs 3D temps réel comme l’Unreal Engine d’Epic Games ou Unity, à l’origine destinés au jeu vidéo, est de plus en plus présente dans la production télévisuelle et cinématographique. Cela permet aux réalisateurs d’obtenir le rendu quasi-final de la scène sans attendre la post-production, et surtout de pouvoir modifier à la volée la partie virtuelle de la scène, que ce soit dans des studios fond vert, ou grâce à des murs de LED qui affichent directement le décor 3D, notamment utilisés pendant la production de The Mandalorian.

La vidéo volumétrique se développe et la qualité grandissante des moyens de captation et de rendu en fait un outil prometteur permettant de filmer des personnes de façon non intrusive en 3D. Le contenu ainsi capturé peut être intégré dans une scène 3D et diffusé en réalité virtuelle ou augmentée.

Storytelling immersif

Le storytelling est au cœur du développement des technologies XR. Elles permettent de proposer une nouvelle extension de l’expression artistique afin de faire vivre des expériences dans des formats inédits pour le public. Ainsi grâce à la VR, on peut plonger l’utilisateur dans un monde parallèle ou lui permettre de se transposer dans des situations qu’il ne pourrait pas vivre en temps normal.

Le studio WZZZT a présenté ROZSYPNE, une expérience VR qui nous embarque dans le conflit armé en Ukraine, à travers une représentation imagée du quotidien de Nina, une Ukrainienne vivant en pleine guerre civile.

En mêlant réalité et fiction, on peut transporter l’utilisateur dans une réalité virtuelle tout en lui permettant d’éprouver son ressenti dans des situations réelles.

Les technologies XR permettent aussi d’étendre le champ des perceptions dans des dispositifs plus traditionnels comme le théâtre en mélangeant le monde réel et virtuel. Ainsi se développent autant des expériences pour utilisation à domicile que des expériences LBE (Location-based Experience). Le National Theater de Londres propose l’expérience All Kinds of Limbo, une pièce de théâtre en VR à vivre à plusieurs, jouée dans des lieux scénarisés où les spectateurs et les comédiens peuvent se déplacer dans la même pièce.

La représentation en VR utilise notamment la vidéo volumétrique pour un rendu des comédiens toujours plus proche de la réalité.

La XR au travail : Collaboration, Conception, Visualisation et Formation

Les technologies XR dans le monde de l’entreprise connaissent une croissance fulgurante, particulièrement dans le contexte actuel de pandémie qui a fait exploser les plateformes de visioconférence et de co-working. Le confinement a conduit beaucoup de sociétés à repenser leurs méthodes de travail pour répondre à la nécessité de la distanciation physique, mais aussi pour soutenir le travail collaboratif. Sur ces plateformes, l’utilisateur crée son avatar et rejoint des espaces virtuels dans lesquels il peut se déplacer et travailler avec d’autres personnes. Virbela, par exemple, permet de créer des mondes virtuels pour de grands rassemblements professionnels comme le Laval Virtual World où se retrouvaient les exposants pendant les VRDays 2020.

De nombreuses sociétés proposent aussi des solutions de co-working en VR, AR ou les deux.

Collaboration

Le but de ces outils est de récréer en virtuel les salles de réunion, les salles de workshop collaboratif, en permettant à plusieurs utilisateurs de se retrouver dans un espace virtuel afin d’échanger autour de nombreux outils du monde réel numérisés, comme les post-its, la vidéo, le son, des maquettes, etc. Ce dispositif a de nombreux avantages allant de la la mobilité (il est accessible depuis n’importe où) jusqu’à la personnalisation (en choisissant un lieu virtuel que l’on souhaite, un environnement corporate…). Mais attention au seuil d’acceptabilité qui peut être grand si les outils sont trop compliqués à manier ou si l’utilisateur est submergé d’informations. De plus, chaque entreprise a ses propres problématiques à gérer en travail à distance. HTC en a profité pour présenter justement un écosystème XR personnalisable et adaptable avec leVIVE XR suite.

HTC affirme que le travail spatial collaboratif en XR fonctionnerait quasiment aussi bien qu’en face à face réel tout en apportant plus de flexibilité et de satisfaction pour les employés notamment en gérant mieux leur équilibre vie privée – vie professionnelle. Il a été aussi évoqué que les outils XR accéléreraient la 4ème révolution industrielle, notamment en permettant aux employés d’être plus productifs grâce par exemple à la RA qui permet d’apporter à la vision de l’employé des informations le guidant dans son travail.

La captation volumétrique, qui sera dans le futur accessible via des devices aussi simples qu’un smartphone, pourra permettre de participer à une visioconférence directement avec notre corps scanné et numérisé, transportable dans des applications VR. La société VR Together développe justement ce type de visioconférence 3D en utilisant la technologie « point cloud », avec une télé-consultation permettant au médecin et au patient de se voir en 3D et de pratiquer un examen à distance poussé.

Le résultat est ici très basique mais laisse entrevoir le futur de la visioconférence avec les technologies XR.

Conception

L’automobiliste Volvo utilise dans ses workflow de production des outils XR à de nombreux niveaux, comme par exemple pour le design partagé en VR de leur véhicule qui permet aux concepteurs de travailler sur les modèles 3D à plusieurs et simultanément. Ils développent également en VR et en AR des situations de conduites pour imaginer, tester et développer les fonctionnalités des véhicules.

Datavisualisation

Intégrer la 3D à la visualisation de données, grâce aux technologies XR favorise la compréhension de l’information en exploitant mieux les aptitudes naturelles de notre cerveau à traiter les datas en 3D. Des sociétés comme Flow Immersiv proposent des solutions pour exploiter la 3D et clarifier tout en densifiant les datas. De plus, les technologies XR permettent d’apporter de la collaboration en proposant la visualisation ou la modification à plusieurs et en multi-plateforme.

Formation

Les serious games continuent de s’intégrer au sein des entreprises. La simulation en réalité virtuelle permet de répéter autant de fois que l’on souhaite des gestes dans des environnements identiques au réel et de créer de la mémoire musculaire. Elle peut notamment être utilisée dans des industries comme l’aviation pour une partie de la formation les pilotes. Les jeux de rôles utilisant des agents virtuels se développent également : ces personnages virtuels s’adaptent au contexte et vont répondre différemment selon les mots, le ton ou le langage employé par l’utilisateur, permettant ainsi de l’entrainer à faire face à diverses situations. Cette technique peut être employée dans le domaine médical pour apprendre à gérer des patients anxieux, dans les ressources humaines ou encore chez des compagnies ferroviaires pour apprendre à guider les voyageurs comme dans les applications présentées par le studio The Simulation Crew.

« Virtual beings » et la représentation de l’humain dans le monde virtuel

L’utilisation d’êtres virtuels n’est pas limitée au monde du travail : ils peuvent servir de compagnon d’apprentissage, de guide, de vendeur, le tout au service d’une expérience narrative interactive. Leur aspect humanoïde et leurs réactions face aux actions de l’utilisateur grâce à leur compréhension du langage naturel les rendent plus engageants que de simples chatbots. Certains sont même influenceurs sur les réseaux sociaux. La société Virbe par exemple développe des virtual beings sur mesure.

Les créateurs de « virtual beings » espèrent que l’intelligence artificielle pourra permettre à ces personnages de mieux communiquer avec les utilisateurs et de réagir de façon plus crédible et pertinente pour créer toujours plus d’engagement.

Par ailleurs la création de personnages 3D et la capture de mouvement deviennent plus accessibles. Cela permet de créer facilement des avatars plus interactifs et de donner corps à un « soi numérique » à l’image des VTubers, ces YouTubers qui utilisent des avatars 3D pour se représenter, et qui se sont multipliés au Japon ces dernières années, puis dans le monde entier. Par ailleurs la vidéo volumétrique permet aussi de créer des humains numériques très réalistes et de brouiller encore plus la frontière entre la réalité et le virtuel.

L’évolution hardware

Les technologies XR reposent sur du développement logiciel exploitant du matériel. Améliorer l’expérience utilisateur passe par le développement à la fois du software et du hardware. En ce qui concerne le matériel, les VRDays ont mis l’accent sur les capteurs permettant de toujours mieux transporter les informations du monde réel afin de les exploiter dans les applications XR. Ainsi HP a présenté son nouveau casque VR Omnicept embarquant un capteur cardiaque, de l’eye tracking (oculométrie) avec captation de la dilatation de la pupille ainsi qu’une caméra filmant le visage pour en extraire les émotions.

Des interfaces « BCI » (Brain-Computer Interfaces) lisant directement les ondes cérébrales sont en développement par la société Impulse Neiry et peuvent permettre de directement traduire nos pensées en actions. La société Vicon a développé des modules pour du full body tracking à destination de leur application multi-joueur LBE.

La volonté affichée est d’essayer d’abattre le plus possible la frontière entre le monde physique et le monde digital, créant la fusion des deux dans un monde phygital.

XR pour la santé

Le domaine médical est un secteur fortement investi par les technologies XR. L’utilisation de la VR à ouvert plusieurs champs d’application dans le traitement de nombreuses pathologies. Ainsi la société Mieron est spécialisée dans des applications VR dédiées à la rééducation, notamment pour des personnes atteintes de lésions cérébrales. Grâce à leurs outils, les patients peuvent suivre des exercices à l’aide d’un casque VR directement chez eux. Ils annoncent des résultats probants, ce qui pourrait faire de leurs solutions des compléments voire des alternatives crédibles à des traitements plus traditionnels. Par exemple, l’utilisation du gaming permettrait de maintenir une motivation supérieure pour les malades.

La société OnConfort est spécialisée dans la « digital sedation », elle utilise des expériences VR relaxantes pour permettre de diminuer la sensation de douleur lors d’opérations médicales, en empêchant l’esprit de se focaliser sur la douleur. Ils annoncent des résultats étonnants permettant de diminuer la sédation médicamenteuse.

La société Impulse Neiry évoquée précédemment permet aussi de suivre des maladies liées au cerveau grâce à un casque de lecture d’ondes cérébrales.

Métavers

Enfin, de nombreuses entreprises et professionnels de l’XR essayent d’imaginer le Métavers, un monde virtuel persistant et connecté où les utilisateurs sous forme d’avatars peuvent interagir avec un cyberespace ayant ses propres médias, ses propres règles et même sa propre économie. C’est notamment l’ambition d’Epic Games pour son jeu Fortnite, où se déroulent désormais régulièrement des concerts ou des diffusions de films et de Facebook live avec Horizon.

 

Liens vagabonds : TikTok obtient un sursis avec les élections américaines

Et TikTok ? – La semaine électorale a vu les TikTokeurs tomber sous le charme de John King et de Steve Kornacki, analystes politiques et virtuoses du Magic Wall. Mais qu’en est-il de l’utilisation de l’app dans le pays ? Avec les élections, celle-ci obtient un sursis auprès de l’administration Trump, notamment grâce à la demande de trois influenceurs

Statistic: Distribution of TikTok users in the United States as of June 2020, by age group | Statista
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Désinformation en ligne & élections US – Après les élections US, YouTube décide de ne pas supprimer les vidéos de désinformation électorale alors que Facebook et Google prolongent leur interdiction des publicités politiques. Le « Q” reste silencieux sur la défaite de Trump, seulement deux sympathisants sont élus au Congrès et une ex-partisane se retourne contre le mouvement.  Se considérant comme trahi par Fox News, Donald Trump veut lancer son propre média

Covid et 2e Confinement – Pour faire face à la morosité du confinement, certains nostalgiques se tournent vers le binge watching de films des 90’s. D’autres visionnent le très controversé « Hold-up » de Pierre Barnérias. Mais il y a aussi ceux qui cherchent de nouvelles manières de motiver leurs équipes dans le contexte du télétravail.

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ES avec Laure Delmoly, Kati Bremme & Mathilde Caubel

Crédit Photo de Une : Visuals, Unsplash

Liens vagabonds : Censure, fact-checking et “magic walls” pour cette semaine électorale américaine.

Elections US et télévisions américaines – La couverture du scrutin met en avant le rôle central des « Magics Walls » dans les JT américains ; et notamment l’expertise de John King sur CNN. Mais l’usage du tactile n’est pas la seule évolution historique : les télévisions américaines censurent les propos de Trump en direct

Elections US et réseaux sociaux – Contrairement de Facebook et Twitter, YouTube a sous-estimé la vague de Fake news sur les élections. Facebook possède une métrique spécifique pour “violence et incitation à la violence” qui a fortement augmenté cette semaine. Le réseau social annonce aussi la fermeture du groupe pro-Trump “Stop the Steal” dont le nombre de membres a explosé ces derniers jours. Twitter signale comme “trompeur” 38% des tweets de Trump alors que de faux comptes se faisant passer pour des médias revendiquent sa victoire. 

Covid-19 et deuxième Confinement – Selon les data d’Apple et Google, les déplacements sont plus nombreux durant le deuxième confinement. Alors que la plupart des commerces sont fermés, France Digitale propose un kit pour aider ceux qui le souhaitent à se mettre au e-commerce. Les initiatives locales dans ce domaine se multiplient et Amazon reste fortement critiqué.

 

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Crédit Photo de Une : Jonathan Simcoe, Unsplash.

Tour d’horizon des meilleurs formats sur les élections US

Par Laure Delmoly, France Télévisions, MediaLab

Les élections ont toujours été l’occasion pour les médias de montrer les dernières innovations technologiques et narratives. Magic walls, dataviz, trackers originaux, mini séries video, simulations en ligne, les formats produits à l’occasion de  “l’Election Day” se sont multipliés. Avec une particularité cette année, des bandeaux d’alerte désinformation et des formats ludiques pour conjurer le stress des résultats. 

Le « magic wall »

David Bohrman avait lancé l’idée du « magic wall » pour CNN en 2002 . La chaîne garde le lead cette année mais tous les autres networks américains utilisent  désormais un « écran tactile » avec un niveau de granularité particulièrement propice aux commentaires. Ce sont vraiment les anchormen qui font la différence. Chacun a ses spécificités : Bill Hemmer sur Fox News, Steve Kornacki sur MSNBC, Chuck Todd sur NBC News, Anthony Salvanto sur CBS News et Tom Llamas sur ABC News. Mais CNN se démarque particulièrement avec les analyses exceptionnelles de John King surnommé the « wall magician » ou « the map guy ».

L’expérience de France Télévisions : 3 questions à Christophe de Vallambras du Medialab de l’info

1. L’écran tactile a été au cœur du dispositif de France Télévisions. Comment s’est-il intégré pour les élections US ?

« C’est un format éditorial puissant, mis en place à la création de FranceInfo il y a 4 ans et, désormais, devenu une signature remarquable de l’info du groupe France Télévisions, y compris sur la chaine amirale France 2. Pour les élections US, il a donné toute son ampleur, combinant les utilisations les plus pertinentes pour répondre en temps réel aux besoins d’information.
Les journalistes ont utilisé la carte interactive des résultats, développée en exclusivité par Franceinfo web, qui permettait de visualiser, d’un geste, la situation globale du pays, de chaque candidat, ou état par état. Mais les interventions jonglaient également, d’un glissement de doigt, avec l’application tactile « Compositeur Digital UX », développée par la société rennaise Excense en partenariat avec France Télévisions, permettant d’apporter des contenus de toutes sortes (images, vidéos…) afin d’enrichir l’information brute, la décrypter, la mettre en perspective.
Et pour compléter ces outils tactiles, ouvrant une large fenêtre sur le monde, les journalistes pouvaient aussi afficher, entre autre, un navigateur internet interactif, configuré spécialement pour s’intégrer à l’écran tactile, observant en continu les réseaux sociaux, les sites d’informations américains… »

2. Chaque network américain a son présentateur dédié au magic wall. Ce n’est pas le cas à France Télévisions. Pourquoi ?

« L’expérience de France Télévisions dans l’utilisation des écrans tactiles a permis une grande ouverture dans le choix des utilisateurs à l’antenne.
La stratégie de développement du format tactile sur nos chaînes s’appuie sur la capacité de proposer une mise en œuvre la plus simple possible. D’abord afin de répondre à la nécessité de réactivité de l’information en offrant une grande rapidité de fabrication, mais aussi afin de permettre au plus grand nombre de maitriser ce format. Pas moins d’une demi-douzaine de journalistes se sont relayés sur nos différentes chaines et éditions mobilisées pour cette nuit spéciale américaine, jonglant avec les outils tactiles avec une même dextérité technique. Cela était fondamental dans la réussite de l’offre ambitieuse proposée par la direction de l’Information. »

 

3. Les écrans tactiles arrivent sur les autres télévisions françaises. Comment voyez-vous cette tendance ?

« Au-delà d’une utilisation de l’écran tactile pour l’image technologique innovante qu’il représente, et qui tente désormais de nombreux groupes audio-visuels, c’est la richesse, la pertinence et la maitrise de la démarche éditoriale qu’il propose que France Télévisions a su offrir lors de cette nouvelle opération spéciale. Et le groupe continue d’améliorer chaque jour l’écriture tactile d’information, devenue aujourd’hui une signature éditoriale de référence. »

Le format dataviz

L’heure est bien sûr aussi à la Dataviz pour suivre les résultats de chaque Etat en temps réel. Aux Etats-Unis, les meilleures dataviz sont sur le NYT (complet), la NPR (simple)  et le Washington Post. En Europe, celles du Guardian, du Monde et The Economist se démarquent avec toujours 3 grilles de lecture disponibles : les Etats, les Grands Electeurs et les pronostics. Une mention pour la dataviz du Washington Post qui montre les représentants de la chambre qui ont changé de camp via des flèches.

Le tracker original

Si la plupart des médias concentrent leurs efforts de dataviz sur les pronostics et les résultats par Etat, certains font un pas de côté comme le LA Times, avec des données sur la représentation des femmes dans les résultats, France Info avec de nombreuses visualisation de données sur la génération Z, ces jeunes Américains qui votent pour la première fois et le New York Times, qui propose un traitement du traitement des élections par les médias américains (CBS, NBC, Fox, CNN, ABC, AP, Reuters, NYT) intitulé « Quel Média a confirmé quel Etat ? » : une jolie mise en abîme.

Le format pronostics

Les résultats se faisant attendre cette année, les pronostics font l’objet de nombreuses simulations. Les fameuses « aiguilles » du New York Times permettent de prédire les résultats par Etat  mais le journal américain propose également un chemin de probabilités vers la victoire pour chaque candidat avec tous les scenarii possibles.

L’application du Monde permet, elle, de simuler les résultats dans les derniers Etats.

Et le format plus sobre de The Economist présente les chances d’élection de chaque candidat.

Le format alerte « désinformation »

Les médias en ligne reprennent le bandeau d’alerte si cher aux télévisions pour sensibiliser les lecteurs de la toile à la désinformation. La Une du Guardian est la plus impressionnante avec un bandeau rouge imposant mais également celle du Washington Post et de  Buzzfeed qui rappellent qu’aucun des deux candidats n’a encore gagné l’élection.

Politico fait un choix plus modéré avec un encart « Ce que l’on sait, ce que l’on ne sait pas » reprenant les faits importants des élections. Et Buzzfeed News dresse la liste des Fake News les plus populaires sur la toile (et les débunke).

Le format documentaire

A voir : les pastilles vidéo de 2 min 30 de France Info tournées au smartphone par de jeunes Américains dans leur chambre. Au programme de cette série intitulée #MonAmérique : le réchauffement climatique, la politique d’immigration, la liberté de religion, la place des Noirs, l’endettement des étudiants, le rôle de la finance, ou encore la bataille entre démocrates et républicains. Un format artisanal, authentique et touchant.

Le court documentaire de Vox Media en trois épisodes de 25 min intitulés « Le droit de vote, peut-on acheter une élection, quel vote compte vraiment ? » est disponible sur Netflix. En plus de nombreux articles explicatifs, Vox Media a réalisé une série d’une rare pédagogie, notamment le dernier épisode consacré aux swing states.

Le format jeu de société

Le bingo électoral du Monde propose aux lecteurs de se détendre en attendant le résultat final des élections. Le principe ? Cocher la case lorsque la phrase est prononcée par un candidat, un journaliste ou un invité en plateau ou lorsque le fait décrit se produit. L’objectif : remplir une ligne, colonne ou diagonale complète pour faire « bingo ! ».

Le format zen

Puisque ces élections sont un marathon, le New York Times a mis en place un «Election Distractor» plein d’images, de vidéos et de paysages sonores afin de vous transporter loin de la réalité de novembre 2020. Le principe, vous fixez l’écran et vous visionnez au hasard : une femme se préparant un chocolat chaud,  une vidéo en timelapse d’une plante en pleine croissance etc.

Le format jeu vidéo

La télévision japonaise, elle, couvre les élections comme un jeu video avec deux candidats présentés sous forme d’avatar avec des « barres de vie ». Un format osé qui permet de prendre un peu de hauteur sur ce mois de novembre.

 

Crédit photo : Unsplash, Clay Banks

Liens vagabonds : Les plateformes de SVOD financeront la création française

Plateformes & audiovisuel français – Après des semaines de négociations, le gouvernement a finalisé un décret visant à faire contribuer les plateformes de SVoD, Netflix, Disney+ et Amazon Prime Video au financement de la création française. La France est ainsi l’un des premiers pays à transposer la directive européenne sur les services de médias audiovisuels au niveau national.

Deuxième confinement et monde de la culture – La colère gronde chez les libraires qui voient ce deuxième confinement comme un boulevard d’opportunités pour les plateformes de e-commerce à l’approche des fêtes de fin d’année. Pour survivre, ils demandent le report des prix littéraires & s’organisent avec des dispositifs de click & collect. Même constat pour les salles de cinéma – contraintes de fermer alors qu’elles viennent d’effectuer une semaine record. Seule éclaircie au tableau, les tournages de films et séries pourront continuer à condition de respecter les gestes barrières

Présidentielles US : Dernière ligne droite – Le web se prépare à lutter contre la désinformation. Facebook, YouTube et Wikipédia renforcent la modération des contenus. Google annonce de nouvelles fonctionnalités permettant de suivre en direct les résultats. Twitter qualifie le tweet de Donald Trump – critiquant le vote par correspondance – de « contenu contesté et susceptible d’être trompeur » et affiche  un message d’avertissement contre la désinformation électorale dans la timeline des utilisateurs américains

A RETENIR CETTE SEMAINE : 

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Crédit Photo de Une : Thomas Williams, Unsplash