“Un bout du Monde”, pour une reconquête citoyenne des médias

Par Mathilde Caubel, France Télévisions, MediaLab.

Créée en Juillet 2020, l’initiative Un Bout du Monde contribue à faire évoluer le modèle économique des médias.

Celle-ci encourage les lecteurs et journalistes à participer au financement de leur média. En septembre 2020, la première campagne intitulée “Entrez dans le monde” est lancée.

Un remède malin à la crise du secteur mais également un moyen de renouveler la confiance des lecteurs via une plus grande indépendance, des prises de décision collectives et des conférences de rédaction ouvertes.

Un modèle alternatif citoyen en voie de pérennisation ? Analyse.

Un remède à la crise du secteur

Le dispositif de “Un bout du monde” s’inscrit dans l’écosystème de solutions proposé par Julia Cagé dans son ouvrage de 2015 “pour Sauver les Médias”. L’économiste, et présidente de la Société des Lecteurs du Monde, préconise un changement radical du modèle économique pour restaurer la confiance des lecteurs et l’indépendance des médias. Celui-ci passe par la fin du modèle basé sur les recettes publicitaires et par l’inclusion des citoyens dans la gouvernance des médias. 

Elle critique également le système d’aides publiques à la presse qu’elle considère comme opaque et obsolète.

Les revenus publicitaire sont en chute constante, au même titre que le nombre d’abonnés et les achats en kiosques. Julia Cagé pointe du doigt une erreur historique de la presse française dans le développement de son offre digitale. Pour l’économiste, le modèle de la gratuité a contribué à réduire l’importance de l’abonnement dans le modèle économique des médias conduisant inexorablement à une montée en puissance de l’actionnariat.

Plus d’indépendance 

L’association “Au bout du Monde” est née d’un partenariat entre la Société des lecteurs du Monde et la Société du Pôle d’Indépendance du groupe Le Monde. Elle vise à créer les conditions d’une plus grande d’indépendance des médias vis-à-vis des pouvoirs économique et politique. Son plan d’action ? Soutenir les initiatives de salariés qui souhaitent financer leur média, organiser des levées de fonds et acquérir des actions et parts sociales pour l’ensemble des adhérents. 

 

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Plus de transparence dans les prises de décision

L’adhésion à l’association est possible à partir de 5 euros. Chaque adhérent participe aux assemblées générales et dispose d’une voix. Les membres de l’association participent aux décisions du groupe Le Monde. Les membres les plus actifs (et ayant cotisé au minimum 15€) sont éligibles pour siéger au conseil d’administration de l’association.

Un modèle économique citoyen 

L’association “Au bout du Monde” bénéficie du soutien d’économistes, de journalistes et de personnalités politiques. Leur soutien est décisif dans la promotion de l’activité de l’association qui souhaite promouvoir ce nouveau modèle économique alternatif. Dans un contexte de défiance, l’objectif est d’associer les lecteurs à la production d’une information de qualité.

« Si on veut une pérennité et avoir des médias qui s’inscrivent dans le temps, qui peuvent recruter des journalistes dans le long terme, on a besoin d’un modèle qui repose beaucoup plus sur les citoyens, les lecteurs, » Thomas Piketty

Une première levée de fonds pour La Société des Lecteurs du Monde 

La première levée de fonds de l’association intitulée “Entrez dans le monde” s’est fait via un financement participatif sur la plateforme KissKissBankBank. L’objectif ? réunir 500 000€ pour défendre l’indépendance du groupe Le Monde. Un choix stratégique ayant eu lieu après l’entrée de Daniel Kretinsky dans le capital du groupe. Son refus de signer le droit d’agrément demandé par le pôle d’indépendance du Monde avait suscité de vives réactions et un débat sur la concentration des médias.

À terme, les fond récoltés seront utilisés pour le rachat de plus de 17 000 actions tombées en déshérence de la société des lecteurs du Monde. Ces actions – non réclamées par leurs propriétaires – seront vendues aux enchères par la SDL. Cette acquisition représente donc une chance pour « Un bout du monde » et ses adhérents d’entrer dans l’actionnariat du groupe Le Monde. 

 

Le financement participatif, exception ou solution ?

Le système d’appel aux dons des lecteurs n’est pas nouveau puisqu’il est régulièrement utilisé par la presse écrite en difficulté économique. L’impact du financement citoyen est plus fort quand les salariés des médias y participent également comme cela a été le cas pour Nice-Matin.

Certains modèles de financement alternatifs peuvent être proposés pour l’indépendance des médias. Le Scott Trust de The Guardian est un modèle unique dans lequel un “Trust” est propriétaire du média et assure son autonomie financière et éditoriale. Plus récemment, Médiapart a aussi eu recours à la création d’un Fonds pour une presse libre pour se protéger d’un éventuel rachat. 

L’association « Un bout du Monde » n’a pas l’ambition d’acquérir Le Monde dans son intégralité mais de re-solidariser les citoyens avec leur média. Malgré une médiatisation forte du projet, les contributions de la première levée de fond ne s’élèvent qu’à 20% de l’objectif de 500 000€ visé. La perspective d’acquisition des actions en déshérence est aussi mise en difficulté par des oppositions du côté de la Société des Rédacteurs du Monde

Crédit Photo de Une : Roman Kraft, Unsplash

Liens vagabonds : Les géants de la Tech dans le viseur des régulateurs

Google accusé d’abus de position dominante – Après plus d’un an d’enquête, La justice américaine intente un procès antitrust contre Google. Cette enquête limitée, mais cruciale, vise à durcir la régulation de la concurrence sur le marché de la tech. Ce procès est critiqué par Eric Schmidt, l’ancien CEO de Google, ainsi que par des experts des régulations antitrust qui le jugent insuffisant. Après les États-Unis, la Corée du Sud et l‘Inde ouvrent également une enquête.

Facebook : Zuckerberg plus puissant qu’un juge de la cour suprême – Mark Zuckerberg est devenu malgré lui un acteur crucial dans le jeu des élections américaines. Plus que jamais au coeur des débats sur la liberté d’expression, Facebook doit encore faire ses preuves en matière de lutte contre la désinformation. Nombreux sont ceux qui s’inquiètent du pouvoir démesuré de la plateforme sur la vie politique internationale.

Gig Economy & protection sociale – La cour d’appel de Californie demande à Uber et Lyft de considérer leurs conducteurs comme des salariés. Mais cette décision ne sera pas actée avant le référendum du 3 novembre. Les conducteurs d’Uber fortement enjoints à voter pour la proposition 22 accusent l’entreprise d’intimidation. En Europe, le problème est le mêmeEn Inde, le COVID-19 incite les travailleurs à se tourner vers la Gig Economy.

Cette semaine en France

(Campagne publicitaire de lancement de Salto)

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Crédit Photo de Une : Paweł Czerwiński, Unsplash

Confinement et écoute inter-générationnelle : le podcast natif prend son envol

Par Laure Delmoly, France Télévisions, MediaLab.

Avec des habitudes d’écoute en nette hausse sur un an, le podcast natif continue de s’épanouir5,3 millions de Français écoutent aujourd’hui des podcasts natifs. 

Selon une étude réalisée par le CSA et Havas à l’occasion du Paris Podcast Festival, 14% des Français âgés de plus de 18 ans déclarent écouter des podcasts natifs de façon hebdomadaire et deux tiers estiment que leur fréquence d’écoute a augmenté depuis qu’ils ont commencé.

Une écoute dopée par le confinement et désormais inter-générationnelle. 

Le confinement, accélérateur d’écoute et de découverte

L’auditeur de podcast natif a en moyenne 34 ans. (Les 25-34 ans représentent 26% des auditeurs). Il est en général étudiant (12%) ou cadre (26%). C’est un grand consommateur de média et de culture. Il est hyper connecté et vit en général en milieu urbain (39%) et particulièrement à Paris (28%). 

L’écoute se fait plutôt en solitaire (73%) et souvent au casque. A noter cependant que l’écoute en mobilité a fortement été impactée par la crise sanitaire. L’écoute se fait donc moins dans les transports sur smartphone mais davantage sur ordinateur à la maison.

L’écoute du podcast natif est une pratique récente.

« Il y a clairement eu un effet confinement. Un tiers des auditeurs de podcasts les ont découverts pendant cette période » explique Thibault de Saint Maurice, président du Paris Podcast Festival.

Cette pratique devient vite une habitude.

Le boom des podcasts jeunesse

Une famille sur trois fait écouter des podcasts à ses enfants.

Dans ce domaine, les productions de Radio France Une histoire et..Oli (5-7 ans) et Les Odyssées (7-12 ans) font un carton d’audience.

Pierre Chausse, directeur adjoint de la rédaction du Parisien commente « C’est le début d’une transmission intergénérationnelle. C’est grâce au podcast jeunesse qu’on pourra ensuite avoir une diffusion plus horizontale »

Un format de confiance

Le format podcast permet d’éveiller la curiosité (92%) de s’informer (89%), d’apprécier une liberté de ton (86%).

Les podcasts d’humour et de développement personnel ont particulièrement été apprécié durant le confinement avec les succès de A bientôt de te Revoir (Binge Audio) et Emotions (Louie Media)

En terme d’accessibilité, 87% des auditeurs hebdo déclarent les trouver facilement (vs 68% pour les auditeurs occasionnels).

On note une forte appétence pour les formats de moins de 30 min (70%) mais 30% des auditeurs sont intéressées par des formats supérieur à 30 min voire à une heure.

Enfin, 65% des auditeurs hebdo déclarent être prêts à payer pour écouter leur podcast natif préféré.

Un lien de plus en plus fort avec les marques

La publicité dans les podcasts est bien acceptée à 65% (jugée présente juste ce qu’il faut) alors même que 65% des – de 35 ans en France rejettent en bloc la publicité digitale. Le podcast natif est donc un écrin dans lequel les marques sont plutôt bien acceptées.

Le podcast est en effet un format plébiscité par les marques. Ainsi 82% des auditeurs hebdo seraient intéressés à ce que des marques qu’ils apprécient lancent leur propre podcast pour se raconter différemment.

Non seulement le podcast recrée du lien mais il permet à chacun de trouver sa voix. Documentaire, témoignage, conversation ou fiction : toutes les histoires se prêtent au format podcast. C’est sur les 25-34 ans que le podcast progresse le plus (+11pts). « On assiste à la naissance de quelque chose de nouveau qu’on imagine devenir une vague puissante » conclut Yves del Frate, Président de l’Institut CSA.

Crédit photo de Une : Paris Podcast Festival

Le streaming dépasse le linéaire en Europe, l’AVOD et le jeu sur console explosent

Par Laure Delmoly, France Télévisions, MediaLab.

En juin 2020, pour la première fois, le temps de streaming a dépassé le temps de consommation de la TV linéaire dans les grands pays européens. L’AVOD et le jeu sur console ont aussi explosé dans le même temps.

Une étude menée dans cinq pays de l’Union Européenne – Grande-Bretagne, Allemagne, France, l’Espagne, Italie – et réalisée à partir des données des consommateurs de TV Samsung met en lumière cette accélération dans les usages. 

Des pratiques qui semblent s’installer dans la durée avec des consommateurs qui passent de plus en plus de temps à la maison.

Juin 2020 : un basculement historique dans les usages

En juin 2020, la consommation de contenus en streaming dépasse la consommation de télévision linéaire avec 53% du temps de visionnage total dans les 5 pays (vs 48% en janv 2020) soit une augmentation de 23%.

 

La pratique du streaming devient majoritaire

La part du streaming par rapport au temps total de visionnage a dépassé celle du linéaire en France, en Grande-Bretagne et en Espagne.

En France, le streaming représente 55% du temps total de visionnage ( vs 59% pour la Grande-Bretagne et 52% pour l’Espagne).

En Allemagne et en Italie, la part du streaming par rapport au temps total de visionnage est presque égale à celle du linéaire  (49% pour l’Allemagne et 47% pour l’Italie).

Ceux qui se mettent au streaming y prennent goût

Le nombre d’heures de streaming TV par jour continue d’augmenter. Il a augmenté de 23% entre janvier et juin 2020 alors que la consommation linéaire a stagné sur la même période. 

En juin 2020, les spectateurs regardent du contenu en streaming en moyenne 2H04 par jour (vs 1H52 pour le broadcast).

Le temps d’AVOD explose

Parmi tous les services de VOD, c’est le temps d’AVOD qui connait la plus forte augmentation (+29%) entre janvier et juin 2020, pour atteindre 1h22 par jour.

Le temps d’AVOD a augmenté 2 fois plus vite que le temps de SVOD entre janvier et juin 2020. L’AVOD est devenu le premier service de VOD en Europe en temps de visionnage.

Une dichotomie dans les pratiques de consommation

Pour la première fois, une dichotomie s’installe dans les pratiques de consommation.

Les streamers ne consomment que du contenu en streaming. Ils représentent 11% des consommateurs actifs de TV Samsung pour 102 heures de streaming par mois.

Les consommateurs de TV linéaire représentent 33%  des consommateurs actifs de TV Samsung pour 133 heures de TV par mois.

L’AVOD, une pratique désormais ancrée

Alors que les services de SVOD dominaient au début du streaming, la majorité des streamers font aujourd’hui régulièrement appel à un service AVOD.

En juin 2020, 58% des streamers accédaient à un service AVOD ( +31% vs janvier 2020)

L’AVOD : un “reach” qui explose

Le reach de l’AVOD a plus que doublé passant de 27% (en janvier 2020) à 58% (en juin 2020). Parmi l’ensemble des services de VOD, c’est l’AVOD qui a connu la croissance la plus significative (+31%) vs 26% pour la VOD.

De plus en plus de jeu sur console

Mais parmi les usages sur la TV Samsung, c’est le jeu sur console qui a connu la plus importante croissance en nombre d’heures pratiquées (devant même le streaming et la consommation de télévision linéaire). 

Cette croissance est particulièrement importante en Espagne (43%) en Grande-Bretagne (+39%) et en Italie (+38%)

 

Si cette étude est basée uniquement sur des données consommateurs de TV Samsung, elle est assez révélatrice. Avec la pandémie, la télévision – connectée – reprend toute sa place dans le salon. A voir si cet usage perdurera lorsque les consommateurs seront à nouveau plus mobiles.

Crédit Photo de Une : Glenn Carstens Peters, Unsplash

 

Liens vagabonds : A l’heure de la désinformation, quelle politique de modération pour les plateformes

Discours de haine & plateformes – Après plusieurs années d’inaction et de nombreuses demandes d’associations de survivants de l’Holocauste, Mark Zuckerberg annonce le bannissement des contenus négationnistes. Cette mesure était très attendue dans un contexte de recrudescence des actes antisémites dans le monde. Mais la plateforme souhaite-elle vraiment s’améliorer sur ce sujet ?

Elections US & plateformesTwitter et Facebook limitent le partage d’un article du « New York Post » mettant en cause le fils de Joe Biden. Accusé de censure partisane par les électeurs de Trump, Jack Dorsey justifie son action alors que Twitter connaît une panne sans précédent. Une affaire qui montre une fois de plus que les élections US constituent une réelle épreuve de force pour la politique de modération des plateformes.

Covid & plateformesAlors que plusieurs vaccins contre le Covid-19 entrent en phase de test, Facebook interdit les publicités décourageant la vaccination. En France, Le gouvernement donne une deuxième chance à l’application StopCovid sous nouveau nom “Tous Anticovid”. Le succès de cette application reste incertain, alors que la méfiance s’installe autour de l‘utilisation des données de santé.

Cette semaine en France 

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Crédit photo de Une : Glen Carrie, Unsplash

[Étude] Quel impact du coronavirus sur le milieu journalistique ?

Par Laure Delmoly, MediaLab de France Télévisions.

Les journalistes et professionnels des médias ont subi de nombreuses pressions durant la première vague du covid-19 : psychologiques, économiques et sanitaires. L’infodémie a rendu leur travail d’information de plus en plus complexe.

Mais au delà de ces difficultés se dessine une opportunité importante, celle de ré-inventer un métier en crise de sens depuis de longues années. Epuisés, les journalistes affirment être aussi plus impliqués dans leur travail et davantage à l’écoute de leur public.

Une enquête mondiale – 1406 répondants répartis dans 125 pays – réalisée par l’ICFJ et le Tow Center for Digital journalism de l’Université Columbia rend compte de ces évolutions.

Des conditions de travail de plus en plus difficiles

1L’impact psychologique de la crise sanitaire

Les journalistes ont été exposé quotidiennement à des gens en souffrance, à la mort et à des services hospitaliers saturés. Ils ont pris des risques dans un contexte où le respect du protocole sanitaire n’était pas toujours possible.

2Un secteur sous pression économique

Le secteur journalistique a subi de plein fouet la crise. Les licenciements se multiplient depuis le début de la pandémie ainsi que les plans d’austérité.

3Des journalistes de plus en plus harcelés

Les journalistes ont subi des menaces accrues dans la couverture de la pandémie. Ces menaces incluaient du cyber-harcèlement via des attaques de sécurité, des vols de données et de la surveillance en ligne.

 

Un tsunami de désinformation

1Peu de transparence de la part des sources

Dans un contexte de crise où l’enjeu politique est fort, les sources des journalistes ne sont pas forcément fiables. 

2Un contexte d’infodémie

Les journalistes doivent faire face à une explosion de la désinformation. Cette infodémie augmente leur charge de travail. Ils doivent vérifier systématiquement toutes les fake news afin de les sourcer et de les corriger.

 

3Une collaboration difficile avec les plateformes sociales

Le travail de vérification ne s’arrête pas là. Les journalistes signalent les fake news auprès des plateformes sociales, principales propagatrices de cette désinformation. Un travail considéré comme assez vain puisqu’en général ces plateformes ne réagissent pas.

 

Un métier journalistique qui retrouve du sens

1Contribuer à plus de transparence et de démocratie

Mais cette crise, aussi difficile soit-elle, a contribué à ré-injecter du sens dans le métier de journaliste. Les journalistes se sentent davantage impliqué dans leur métier avec deux missions principales : combattre la désinformation et vulgariser une information scientifique complexe dans un contexte de panique générale.

2Co-construire les sujets avec le public

Les journalistes – assignés à résidence par le confinement  – ont davantage fait appel au public et aux citoyens pour réaliser leurs sujets. 

3Se mettre davantage à l’écoute

Touchés de plein fouet par la crise, les journalistes se sont mis davantage à l’écoute de leurs publics.

 

Le bilan de cette étude ?

Les journalistes sortent exsangues de cette pandémie mais valorisés. La confiance du public envers leur travail a augmenté. Un constat encourageant qui permettra aux professionnels de faire bouger les lignes d’un secteur qui n’a jamais été autant menacé.

Crédit photo de Une : Etienne Godiart, Unsplash.

Heidi.news : quand une start-up media fait preuve d’agilité durant la pandémie

Créée en mai 2019, la start-up Suisse Heidi.news a réussi à imposer son expertise durant la crise du covid-19 et à installer son audience. De janvier à avril 2020, le site est passé de 65’000 à 985’000 visiteurs uniques. Le trafic s’est stabilisé à 35’0000 visiteurs uniques après la période du confinement – soit 5 fois plus qu’en début d’année. Les abonnement ont doublé passant de 2500 à 5000.  Paul Ackermann, rédacteur en chef, est revenu sur les raisons de ce succès lors du News Impact Summit Online 2020. 

Apporter une expertise à haute valeur ajoutée

Dès son lancement, Heidi.news a misé sur un traitement de l’information par des « ultra-spécialistes ». Une des clés de la réussite durant la crise fut la capacité du média à proposer des articles prospectifs à haute valeur ajoutée qui font événement et répondent avec expertise aux questionnements du grand public.

« Ces articles commençaient souvent avec un « pourquoi » ou un « comment » en titre et étaient illustrés d’un graph, essentiel pour aider à la visualisation de sujets complexes. Aujourd’hui, lorsque l’on revient sur certains de ces articles, ils semblent évidents, mais avant même le confinement titrer « pourquoi il ne faut pas espérer un retour à la normale dans les prochains mois » ou « Italie ou Suède, pourquoi il n’y a ni mauvais élève no premier de la classe » lorsque l’Italie était pointée du doigt et la Suède portée aux nues était très surprenant voire à contre-courant », a expliqué Paul Ackermann.

Cette expertise, Heidi.news l’a mise au service du plus grand nombre en partageant certain de ces papiers gratuitement en signalant leur caractère nécessaire dans le débat public.

Il y a un an et demi, on partait sur un site spécialisé à destination des universitaires. C’est aujourd’hui un média qui utilise l’expertise universitaire pour répondre au grand public.

Durant la crise, Heidi.news a mis à disposition gratuitement des articles jugés importants pour le débat public. Image : Heidi.news

S’adapter au public

Le site d’Heidi.news offre la possibilité à ses abonnés de poser une question à la rédaction via son site web. Cette fonctionnalité est devenue « un moteur » durant le confinement.

Une des pierres angulaires du journalisme, c’est d’être à l’écoute du lecteur. Si on n’a pas d’input direct du lecteur, on peut essayer de se mettre à sa place. Il n’y a pas de meilleur moyen pour cela que de lui confier le choix des sujets que l’on va couvrir dans ce genre de période.

Selon Paul Ackermann, ce fut un service utile rendu aux abonnés et le succès d’audience a dépassé largement leur nombre.

Réinventer l’existant

La réinvention de sa newsletter du soir est un autre exemple de la flexibilité dont Heidi.news a su faire preuve.

Avant la crise, « Le Point Sciences » était envoyé d’une université différente chaque soir.

Au premier jour du confinement, il a été transformé en deux jours en newsletter spécialisée envoyée chaque soir d’un hôpital différent, baptisée « Le Point Coronavirus ». Cela a permis au journal d’être au plus près de la vie hospitalière, de recueillir des témoignages de soignants, de directeurs, de chercheurs…

À la fin du confinement, la newsletter fut repackagée « Sortir de la crise », avec un accent mis sur les sciences, l’économie, la santé, l’éducation et la culture, cinq domaines particulièrement impactés par la crise. Des pigistes spécialisés ont été recrutés en une semaine pour le projet.

La newsletter du soir n’a pas fini d’évoluer. Il sera bientôt possible de s’abonner à cinq newsletters hebdomadaires spécialisées sur les cinq secteurs précédemment cités.

« On continuera de suivre les effets de la crise, mais ces newsletters vont certainement devenir de plus en plus généralistes sur l’actualité de ces domaines particuliers » a annoncé le rédacteur en chef.

Grâce à cette réinvention permanente, la newsletter du soir a quadruplé ses abonnés, passant de 3’000 à plus de 11’500 inscrits depuis le début de l’année.

Chez Heidi.news, la ligne éditoriale des newsletters s’adapte en fonction de l’actualité et contribuent au succès du média. Image : Heidi.news

La newsletter matinale, plus généraliste et envoyée d’une ville différente du monde tous les matins, est aussi un succès depuis le lancement d’Heidi.news. À l’occasion des élections aux États-Unis, elle est envoyée d’une ville américaine différente ce mois-ci.

Enfin, le média vient de lancer une newsletter envoyée le dimanche soir qui résume à ceux qui y sont inscrits ce qui s’est passé durant le weekend et de permet de se préparer aux sujets importants de la semaine à venir.

Diversifier son offre éditoriale

Depuis le début et particulièrement durant la crise du coronavirus, le journal a cherché à développer de nouveaux produits éditoriaux, avec de nouveaux projets chaque mois : data journalisme, interviews vidéo d’épidémiologistes sur YouTube ou encore une newsletter audio automatisée reprenant celle du matin.

Paul Ackermann s’est félicité de la réactivité et du dynamisme des équipes d’Heidi.news, composée de 4 personnes pour le marketing et l’administratif, 12 journalistes et une quinzaine de pigistes et 3 développeurs sont 2 externes. « Nos développeurs sont peu nombreux, mais très réactifs. On sort des projets en quelques jours. Il y a beaucoup moins de freins que dans une grande rédaction », a-t-il affirmé.

Heidi.news a par ailleurs fait le pari des réseaux sociaux.

Sur Instagram, le média a revu sa stratégie. Si les Stories sont toujours présentes, l’accent est mis sur le fil d’actualité avec des photos reprenant le titre de l’article ou avec des carrousels qui résument un article de fond en brève de 3 informations.

Alors que l’on pourrait croire que toute l’info est dite avec ce type de format, on a noté une grosse augmentation du trafic venant d’Instagram. Depuis quelques mois, on constate qu’il y a des personnes qui s’informent sur la plateforme et qui ne sont pas là pour regarder uniquement des photos.

Le média expérimente aussi TikTok, en redécoupant ses vidéos Pop Sciences ou des interviews d’experts pour le moment.

Là encore, le bilan est réjouissant. Le taux d’engagement a explosé durant le confinement, ce qui a permis de franchir un palier en followers désormais acquis. C’est sur Instagram que le nombre d’interactions sociales par post est le plus élevé, suivi par Facebook, mais en termes de clics par post, Facebook domine encore.

Trouver les bons partenaires et de nouvelles sources de revenus

Grâce à son positionnement de référence, Heidi.news a pu trouver des partenaires et des fonds pour développer des projets originaux, lancés avant la crise du Covid.

L’émission vidéo Pop Science qui utilise les codes de la pop culture pour expliquer les bases de grands concepts scientifiques est financée par trois fondations suisses visant à promouvoir la science auprès des jeunes.

Heidi.news a été mandé par le canton de Genève et la Confédération pour créer Geneva Solutions.news, une plateforme d’information journalistique sur la Genève internationale, lancée en août 2020.

Enfin, grâce à la fondation du domaine de Villette, Heidi.news propose un abonnement Jeunes à prix libre, afin que les moins de 26 ans puissent bénéficier d’un accès des jeunes à une information de qualité.

Loin d’avoir coulé la jeune start-up, la crise a permis à Heidi.news de s’installer dans le paysage médiatique suisse et français. Les chiffres d’audience témoignent du passage d’un palier de notoriété.

« C’est plus qu’un pic, c’est un acquis sur lequel on va pouvoir travailler », a conclut Paul Ackermann.

Par Barbara Chazelle, collaboratrice scientifique à l’Académie des Médias et du Journalisme (AJM) de l’Université de Neuchâtel. Billet originellement publié sur la plateforme de l’EJO et présenté dans le cadre d’un partenariat avec Méta-Media.

Crédit photo : Patrick Perkins, Unsplash

Liens vagabonds : à l’approche des élections, Facebook bannit QAnon et met en place un moratoire sur les publicités à visée politique

Facebook vs QAnon – Facebook annonce que les comptes en lien avec QAnon seront dorénavant bannis de ses plateformes.  Au même titre que Twitter, Facebook (et par extension Instagram) luttent contre la propagation des publications servant le méta-complot de l’ère Trump, notamment en supprimant des comptes, pages et publicités. Mais malgré ce combat, des spécialistes de la Columbia Journalism Review alertent sur le fait que l’ère des « faits alternatifs » et de QAnon pourrait perdurer bien après les élections.

Elections US & publicités –  Après Google, Facebook annonçait qu’il supprimerait toutes les publicités mentionnant prématurément une victoire de Donald Trump. Le réseau social est revenu cette semaine sur son annonce pour étendre cette décision à toutes les publicités à visée politique. Tout comme chez Google, la durée du moratoire imposé par Facebook sera fixée à une semaine à partir de la fin du scrutin, afin de « réduire les possibilités de confusion ou d’abus » pendant le dépouillement des votes.

@realDonaldTrump  – Suite au communiqué de presse annonçant son test positif au Covid-19, le président américain a une mis en scène son rétablissement en un temps record sur Twitter. Alors que Twitter rappelait qu’il était illégal de souhaiter la mort de quelqu’un sur la plateforme la guérison « miraculeuse » de Donald Trump est vite devenue virale. En fin de semaine, Facebook et Twitter ont bloqué un message de Donald Trump sur le Covid-19 dans lequel il affirmait que ce virus était moins dangereux que la grippe saisonnière. La porte-parole de la Maison Blanche, Kayleigh McEnany, testée positive également et les correspondants expriment leur colère sur les réseaux sociaux face à l’absence de mesures pour les protéger.

Cette semaine en France

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Crédit photo : David Todd McCarthy, Unsplash

Le Covid, accélérateur des mutations du journalisme

Par Laure Delmoly, MediaLab, France Télévisions

Le covid balaye toutes les autres actualités. Les journalistes retournent aux fondamentaux du métier : expliquer, enquêter et vérifier l’information. Sous contrainte sanitaire, leurs pratiques journalistiques évoluent. Deux tendances de fonds s’accélèrent : l’émergence d’un journalisme de solution et la co-construction de l’information avec le public.

Réunis, il y a quelques jours à Tours lors des Assises internationales du journalisme, les professionnels des médias ont dressé un premier bilan de la couverture de six mois de pandémie.

Une seule actu : le covid

Pour la première fois, l’actualité covid balaye tous les autres sujetsEntre le 18 janvier et le 3 juillet 2020, le coronavirus SARS-CoV-2 fait l’objet de 8 466 sujets soit 50 sujets en moyenne par jour dans les JT de 20 heures. Cela constitue 60 % de l’offre d’information globale du 1er semestre 2020 en nombre de sujets. Les JT du 20h se rallongent. Leur durée totale passe de 59 heures et 16 minutes en janvier à 86 heures et 31 minutes en mars (+54 %).

Source : Etude INA

Pour Hervé Brusini, président du prix Albert Londres. “L’allongement de la durée des JT est symptomatique. L’enjeu est de retrouver un peu de rationalité via le travail journalistique. Le grand-rendez vous de 20h est restauré. C’est d’ailleurs aussi l’heure choisie pour applaudir les soignants”. 

Pour Tristan Vey du service Science & Médecine du Figaro, “C’est historique d’avoir un sujet qui prend le pas sur toutes les autres actualités. Nous avons été mis au centre du village. On inaugurait la conférence de rédaction avec l’actualité de l’épidémie, de la recherche médicale et les décisions de santé publique. Cela permettait de donner les grandes directions au service politique et international.”

Mais comment gérer l’incertitude tout en étant encore journalistique ? Pour la première fois, face à la demande, les journalistes d’info et scientifiques parlent de la recherche de résultats et non des résultats. “La recherche c’est la quête du consensus. En général, on ne suit pas cette cette recherche en train de se faire et les controverses qui en découlent” explique Nicolas Martin, producteur de la Méthode Scientifique sur France Culture.

Comment ce travail est-il perçu par le public ? L’Etude Viavoice effectuée pour les Assises en partenariat avec Radio France, France Télévisions, France Médias Monde et le JDD révèle que 60% des personnes interrogées estiment que la place accordée à la crise sanitaire est trop importante. 43% jugent que les médias ont alimenté le peur du virus et un tiers qu’il ont utilisé cette peur pour faire de l’audience. Et pourtant, une grande majorité, 67% des Français interrogés, reconnaissent que l’information leur a été utile pour leur vie quotidienne

Et Hervé Brusini de commenter “En France, on a surtout vu la statistique, le chiffre. La mort s’invitait tous les jours dans les foyers à l’heure du JT avec le décompte.”

Source : Sondage ViaVoice

Un retour aux fondamentaux du métier

Comme tout le monde durant cette période, j’ai reçu beaucoup d’informations erronées sur WhatsApp et sur YouTube. Une des missions du service public est de lutter contre la désinformation et de contribuer à ce que le pays reste une démocratieexplique Laurent Guimier, directeur de l’information de France Télévisions. Dans une période d’infodémie, le rôle des journalistes est de vérifier les informations. Les rédactions se livrent à du factcheking dans des rubriques dédiées mais également au sein des live. « Durant les six derniers mois on a fait plus de 1.500 factchecks » commente Marc Braibant directeur adjoint de l’information à l’AFP, en charge de la gestion de crise.

Source : AFP

Le public veut comprendre. L’immobilité forcée imposée par le confinement redonne toute sa place au temps long, celui de l’analyse. 

“J’ai été surpris par cette appétence des gens pour des sujets complexes. Beaucoup de lecteurs achetaient à l’unité des articles de fonds” explique Tristan Vey du Figaro. Au delà du décryptage, les Français souhaitent des informations utiles. « Nous avons fait un questionnaire en ligne pour demander aux lecteurs ce qu’ils attendaient de nous. Leur réponse : Soyez clairs. On veut savoir quelles sont les mesures prises sur nos territoires et les conséquences sur notre vie quotidienne«  explique Damien Allemand de Nice Matin. Les rubriques « on vous répond » se multiplient dans tous les médias.

Pour la première fois, les journalistes se rapprochent de la parole scientifique. 

“En tant que journaliste scientifique, j’avais déjà l’habitude d’aller chercher des signataires d’études, mais ce que cette pandémie a montré c’est qu’il y a un besoin urgent de former les journalistes généraux à l’actualité scientifique comme on le fait déjà pour le sport et la politique dans les écoles de journalisme. ” explique Nicolas Martin, rédacteur en chef de la Méthode Scientifique sur France Culture et à l’origine de la chronique “radiographie du coronavirus”, une chronique quotidienne autour de la recherche et de l’évolution du virus.

Les journalistes se constituent des réseaux d’experts qu’ils peuvent consulter à tout moment et inversement si il y a des choses importantes à signaler. « Nous nous sommes positionné comme des personnes ressources pour la rédaction d’info géné » ajoute Nicolas Martin.

Les pratiques journalistiques évoluent

L’objectif des professionnels des médias durant cette période ? Maintenir le lien social, instruire et divertir. Le Monde crée ainsi un « slow live » en complément du live d’actu covid où de nombreux sujets sont abordés via des invités : cuisiniers, psychologues, auteurs. Le producteur Jamy Gourmaud, très sollicité par les enseignants durant le confinement – lance sa chaîne YouTube en mi-Mars avec pour objectif de raconter un savoir par jour en une minute. Au total : 55 capsules seront produites pendant les 55 jours de confinement. La chaîne compte aujourd’hui 620 000 abonnés.

Les journalistes qui ne peuvent pas forcément se rendre dans les hôpitaux saturés font des appels à témoin en ligne. Ils sont alors submergés de témoignages. Cet afflux d’information leur permet de faire émerger des sujets auxquels ils n’avaient pas penser. Nous avons fait un appel à témoin en ligne d’anesthésistes, de médecins réanimateurs et nous avons reçu des dizaines de milliers de témoignages.

« On s’est rendu compte qu’il y avait un vrai besoin de la part des soignants de libérer la parole” , explique Tristan Vey du Figaro. La parole des soignants fait irruption dans les conférence de rédactions afin de co-construire l’information.

 

Le bilan de ces assises ?

La pandémie s’est révélée être un incubateur de tendances préexistantes dans le métier. Le désintérêt des Français pour les médias a laissé place à une demande viscérale d’information. Mais les réponses n’étaient pas forcément là. Pour la première fois, les journalistes n’étaient plus seulement témoins mais victimes et tout aussi peu préparés que le public à cette pandémie. Un contexte extra-ordinaire qui a contribué à les rapprocher. 

Et Laurent Guimier de conclure :“La pandémie a modifié durablement la relation des journalistes avec leur public. Cette proximité est positive, à nous de la faire perdurer dans le temps.” 

Crédit photo de Une : Assises du Journalisme de Tours.

Liens vagabonds : mobilisation des experts, plateformes et médias pour sauver les élections américaines

Elections US & réseaux sociaux – Que faire si Trump se déclare vainqueur le jour J ? L’élection du 3 novembre pourrait être contestée et durer des semaines. Les experts politiques mettent à disposition des ressources pour les journalistes avec recommandations et bonnes pratiques. Le NYT demande aux plateformes de formaliser des normes transparentes de désinformation. Le premier débat présidentiel a été perçu par les internautes comme le pire débat de tous les temps. Voici quelques réactions sur Twitter.

Elections US et deepfakes – Des deepfakes générées par l’IA mettant en scène Poutine et Kim-Jong Un sont utilisées dans une campagne publicitaire politique – non pour ruiner les élections US mais pour souligner l’importance d’un processus démocratique. Réalisées RepresentUs en partenariat avec une agence de communication, voici le discours généré par l’IA “L’Amérique n’a pas besoin de notre intervention pour disrupter ses élections, elle le fera elle-même”.

Télétravail & vidéo conférence – Suite à la reprise de la pandémie, le télétravail est à nouveau privilégié par rapport au présentiel. Les services de video conférence évoluent avec ce nouveau paradigme Google Meet fait sauter les limites de temps et ajoute des fonctionnalités de questions-réponses et de sondage, Teams crée une fonctionnalité de “daily commute” pour nous rappeler le monde d’avant. Conscients de la fatigue générée par les écrans, des patrons accordent un « break zoom » de quelques jours à leurs salariés

Cette semaine en France

Tous unis pour le Liban – Le replay du concert organisé par Ibrahim Maalouf en soutien aux victimes de l’explosion au Liban.

Assises du journalisme de Tours – « Informer au temps du covid », conférences, débats et cartes blanches.

Roland Garros 2020 – Du Tennis augmenté grâce au dispositif technologique de France Télévisions. Et Nelson Monfort un peu trop bruyant alors que les gradins sont vides.

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Infographie: La confiance envers les médias se dégrade | Statista Vous trouverez plus d’infographie sur Statista

 

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