Laetitia Vitaud : « nous ne reculerons pas sur cette révolution du télétravail dans les entreprises »
Par Mathilde Floch et Laure Delmoly, MediaLab de France Télévisions
La crise du Covid-19 a rendu possible la pratique du télétravail partout dans le monde. En France, cette réorganisation du travail touche tous les secteurs, même les plus traditionnels. Avec la persistance du virus, cette pratique est vouée à se pérenniser.
Des salariés plus autonomes et créatifs, des charges moins élevées, le télétravail représente un réel gain en terme de productivité – à condition d’avoir des équipes déjà expérimentées et des pratiques numériques saines.
Pour Laetitia Vitaud, auteure et conférencière sur le Futur du Travail et de la consommation, « nous ne reculerons pas sur cette révolution du télétravail dans les entreprises ». Une interview réalisée par Méta-Média.
Le télétravail, un booster d’autonomie & de créativité
L’impact du télétravail sur la créativité des employés dépend de la nature du travail qu’ils réalisent, ainsi que de la culture de leur entreprise.
La pratique du télétravail autonomise le salarié et le rend plus polyvalent et résilient. Il se familiarise avec de nouveaux outils de travail et apprend à surmonter les obstacles seul. Cependant, l’absence de rencontres informelles – discussion à la machine à café, entre deux réunions – et la disparition de la sérendipité peut limiter la créativité du salarié.
Le travail à domicile s’accompagne parfois d’un accroissement de la surveillance de l’employé. La surcharge de réunions par visioconférence et l’obligation d’être toujours joignable expose alors les travailleurs à une plus forte fatigue cognitive.
“En France le rapport à la hiérarchie est puissant et le respect de celle-ci peut compliquer l’adoption d’un télétravail efficace » explique Laetitia Vitaud.
Au Japon, la digitalisation des relations professionnelles et des tâches administratives est encore laborieuse, du fait de l’utilisation du sceau personnel (Hanko en japonais).
Laetitia Vitaud souligne en revanche la facilité avec laquelle le Danemark, les Pays-Bas et la Suède ont télétravaillé durant la crise sanitaire. « La culture de la confiance est très forte dans les pays Scandinaves, et la pratique du travail à distance était massive bien avant le confinement. »
Des pratiques numériques saines qui cloisonnent personnel et professionnel
Le télétravail durant le confinement s’est généralisé dans un contexte particulier. A l’inquiétude liée au fait de contacter le virus s’est souvent ajoutée une angoisse liée à l’absence de travail ou au contraire une surcharge cognitive conduisant parfois au burn out.
En mai 2020, sur les 72 % des salariés déclarant travailler, plus de la moitié (57%) d’entre eux étaient en télétravail. Une étude sur le télétravail et l’absentéisme menée par Malakoff Humanis a souligné une augmentation de la part des salariés souhaitant prolonger leur télétravail soit 84% des salariés.
Laetitia Vitaud souligne la nécessité d’apprendre à télétravailler pour réellement préserver sa santé mentale. Le télétravail est positif et gage de productivité à condition que le salarié développe des pratiques numériques saines. « Il faut apprendre à organiser son travail, séparer sa vie personnelle du temps professionnel, savoir faire une détox digitale, comprendre le fonctionnement des applications visant à bloquer l’usage des réseaux sociaux »
Le télétravail, un casse-tête pour les jeunes salariés ?
La baisse du travail en présentiel pourrait handicaper les jeunes diplômés. « Les jeunes travailleurs savent moins bien gérer leur temps. Ils n’ont pas bien appris à dire non et peinent à s’imposer en télétravail sans la protection de leurs collègues. »
Selon une étude menée par ChooseMyCompany pendant le confinement (200 entreprises et 10 000 participants), les salariés qui ont moins de cinq ans d’expérience sont satisfaits à 62 % du télétravail alors que ceux qui ont plus de 30 ans de métier le sont 85 %. (Le Monde, 16 juin 2020)
Si le télétravail peut avoir un effet bénéfique en situation de crise – la fermeture des bureaux constitue une économie de loyer pour les entreprises qui peuvent ainsi continuer à payer leurs salariés – il peut être difficile pour certains de défendre leur raison d’être à distance.
Pour Laetitia Vitaud, « La situation risquée, c’est lorsqu’une petite équipe stratégique travaille encore présentiel, tandis que les autres employés maintenus à distance s’évertuent à demeurer visibles, et cherchent à prouver constamment leur contribution personnelle à la création de valeur dans l’entreprise. »
Pour la chercheuse, c’est à partir de 20 ans d’expérience professionnelle que l’on a la maturité pour gérer son temps et ses finances. Les salariés ayant accumulé les années d’expérience professionnelle sont donc les grands gagnant de cet essor du télétravail…quand ils n’ont pas d’enfants. En effet le recul de l’âge du premier enfant conduit de nombreux quarantenaires confinés à devoir télétravailler tout en gérant des enfants en bas âge.
Télétravail, un frein à l’égalité des sexes ?
A l’heure actuelle, la pratique du télétravail ne semble pas conduire à une réduction des inégalités entre les sexes dans la vie professionnelle. Pour les femmes, le travail à la maison est souvent synonyme d’augmentation du temps consacré aux enfants et aux tâches domestiques. C’est d’ailleurs ce qui motive souvent la demande de télétravail chez les femmes tandis que les hommes le demandent eux pour mieux travailler.
Laetitia Vitaud fait remarquer que le nombre d’articles de recherche scientifique publiés par les femmes pendant le confinement a chuté de 50 à 70%.
En télétravail, la répartition inégalitaire des tâches domestiques coûte cher aux femmes en terme de carrière. « L’arbitrage qui se fait dans les foyers au détriment de la femme provient du fait que les hommes gagnent plus de revenus que les femmes et sont prioritaires pour obtenir la “chambre à soi” indispensable à la concentration et à la créativité. »
La chercheuse demeure cependant optimiste : « à long terme, si la flexibilité du travail se généralise, accompagnée par une plus grande implication des pères dans les relations avec les enfants, le télétravail pourrait contribuer à réduire les inégalités salariales entre les hommes et les femmes. »
La pérennisation du télétravail est certes source d’incertitude et soulève l’enjeu de la cybersécurité mais elle a incontestablement ouvert en France de nouveaux terrains pour les usages numériques.
C’est également l’avis de Christian Poyau – Président de la Commission Mutations technologiques et impacts sociétaux du Medef – qui soulignait début juin l’impact positif de la digitalisation de l’économie française.
L’émergence de solutions technologiques européennes – telles que la plateforme vidéo LiveStorm – en parallèle des poids lourds américains est également à suivre de prêt.
* Laetitia Vitaud est présidente de Cadre Noir Ltd, entreprise spécialisée dans la recherche sur le futur du travail, et rédactrice en chef du média B2B de Welcome to the Jungle. Elle est l’auteure de Du Labeur à l’ouvrage (Calmann-Levy, 2019) et Faut-il avoir peur du numérique ? co-écrit avec Nicolas Colin (Armand Colin, 2016). Elle intervient régulièrement à HEC, Sciences Po, Paris, l’Université Paris-Dauphine, l’EM Lyon.
Credit photo : Charles Deluvio – Unsplash
Transformation numérique forcée – Comment les médias se sont adaptés pendant la crise du Covid-19
Par Kati Bremme, Direction de l’Innovation et de la Prospective
Jamais nous n’aurons été aussi proches de nos audiences que pendant le confinement déclenché par le Covid-19. Les fondements de la mission de service public (informer, divertir, éduquer) avaient ainsi soudain toute leur raison d’être, et étaient plébiscités par un public d’habitude moins présent sur nos ondes. D’autant que le besoin d’information n’a jamais été aussi prononcé, et le temps disponible jamais aussi important.
Accélérateur par excellence de la transformation numérique, le coronavirus aura aidé les entreprises – des banques aux écoles en passant par les médias justement -, à franchir le pas nécessaire pour passer du « offline » au « online ». Avec des pays entiers qui basculent soudainement de la mobilité à la sédentarité, de l’open space au « seuls ensemble« , ce « new normal » semble avoir un avantage évident pour les médias (et les services de streaming et réseaux sociaux) : nos audiences furent enfermées avec leur téléviseur, leur smartphone, leur tablette, et certains purent suivre les programmes en direct, non contraints par leur agenda professionnel.
En quelques semaines de confinement, Disney+ a atteint 50 millions d’abonnés à travers le monde avec 2 ans d’avance, et 47,7 millions de Français se sont rassemblés devant la TV chaque jour (+ 12% par rapport à une période normale, on touche même +46% chez les 15-24 ans), et ce pour près d’une heure de plus qu’avant le Covid-19. La part de l’information est passée de 16% à 23% dans les contenus consommés. En ce confinement forcé, la télévision et la radio linéaires tiennent compagnie, le livestreaming permet de suivre en direct le basculement du monde dans une crise jamais connue avant. Les tendances technologiques clés qui façonnent l’économie mondiale se trouvent brusquement accélérées par le Covid-19.
Source: IABM, Microsoft, FT, ESPN, Magna, Statista, Nielsen
A peine arrivés dans le « Digital first », les médias se retrouvent face au « Virtual first ». Avec des émissions TV transformées en Instagram Direct, Facebook ou Twitch Live et des journalistes en duplex depuis leur salon, les équipes s’adaptent à la disruption du monde et aux réductions d’effectifs et de moyens, tout en maintenant la « continuité de production« . La créativité naît de la contrainte et a fait émerger de nouveaux formats, plus légers, plus spontanés, et surtout plus interactifs.
Collaboration, échange d’information, partenariats
Pour faire face à la crise, les médias ont rapidement compris l’importance de l’échange d’informations et de bonnes pratiques, voire même de contenus. Côté Ressources Humaines, il a fallu s’adapter très vite : des équipes qui ne se croisent plus jamais, le télétravail pour (presque) tous du jour au lendemain – Zoom, Meet et Teams sont les nouvelles salles de réunion. Règles de distanciation imposées en reportage, montage vidéo à distance via le cloud et des machines virtuelles, mise en commun des équipes, des opérations et des plateaux bousculent les habitudes de travail du journalisme télévisé. Les correspondants étrangers sont bloqués par la fermeture des frontières, mais cela permet aussi d’offrir le regard, l’ouverture sur l’international devenant le miroir de nos propres expériences.
Côté contenus, la grille est revue et séquencée en tranches. Des productions sont arrêtées, les formats trop compliqués à produire suspendus. La priorité numéro une est le maintien, et même le renfort, des rendez-vous d’information. Des émissions en direct sont diffusées « à huis clos » sans public, l’info est sollicitée pour alimenter la grille d’été faute d’événements sportifs. Faute de productions fraîches, on “réchauffe” les archives. Après un premier engouement très fort pour l’info, le divertissement est plébiscité comme échappatoire.
Le groupe Slack des journalistes du Live du Monde
Pour faire fonctionner le travail à distance, on s’échange les informations sur Slack, WhatsApp, et autres services de messagerie, à l’intérieur de l’entreprise, mais aussi entre médias, à l’échelle européenne, voire mondiale. Le groupe WhatsApp de l’UER, pour les journalistes impliqués dans les reportages Covid-19, réunit dans une salle virtuelle plus de 170 participants provenant de plus de 25 membres et d’autres organisations médiatiques de la fonction publique du monde entier. D’autres réseaux d’échange d’informations émergent, comme par exemple ce tableau collaboratif sur Framasoft qui regroupe les initiatives de différents pays en termes de données pour lutter contre le coronavirus. Côté divertissement, les castings se font en visioconférence, l’écriture de scénarios sur Miro, et le tournage est assuré par les acteurs eux-mêmes.
Do-it-yourself, la nouvelle esthétique “Zoom”
Comment faire de nécessité vertu ? Distanciation oblige, les médias adaptent leur production aux outils disponibles. Courte focale, visages altérés, en plein essor de la HD, l’esthétique Zoom est acceptée par les téléspectateurs avides d’informations de première main et de divertissements inédits. Présentateurs, animateurs et acteurs sont eux-aussi enfermés à la maison, et s’organisent avec les moyens du bord.

Le Newsquiz de la BBC avant et pendant le lockdown
L’une des productions « At Home« les plus réactives est peut-être l’émission “Drinnen im Internet sind alle gleich” (A l’intérieur d’Internet, on est tous pareils) de la chaîne allemande ZDF Neo. Avec le leitmotif :
“Aucun être humain n’a dû quitter sa maison pour cette série. »
Dès le 3 avril, on pouvait suivre pendant quinze épisodes la vie confinée d’une actrice allemande, Lavinia Wilson, et de son mari (dans la vraie vie). Kit micro envoyé par la Poste (allemande), auto-maquillage, montage à distance, le résultat est drôle… et réconfortant.
Seuls ensemble en direct, le phénomène Watch Party
En Chine, le coronavirus a vu exploser les outils sociaux, comme le livestreaming interactif pour vendre tout, de la voiture aux chambres d’hôtel. Connexion en temps réel et interaction – l’expérience partagée répond à un besoin presque vital en période de confinement. Les réseaux sociaux et les services de streaming l’ont bien compris et (re)mettent en avant leurs outils de « co-watching » : Facebook Watch Party, Instagram Co-Watching, Netflix Party, Amazon et Twitch Parties, on se retrouve tous devant un programme, comme au bon vieux temps devant le téléviseur. Sauf que l’on a en plus la possibilité d’interagir. Twitter aussi se met au streaming en direct. Certains médias n’hésitent pas à « détourner » ces outils pour profiter de leurs capacités de créer du lien. Tarmac, la plateforme digitale de la RTBF destinée aux 15-25 ans, a investi la plateforme Twitch (d’habitude destinée à un public adepte du sport et du gaming) pour diffuser son émission Lockdown.
La BBC a même testé son propre service de « Watch-Party ». « BBC Together » est disponible en version test sur le BBC Taster. Pour l’utiliser, il suffit de trouver le lien d’un programme ou d’une vidéo que l’on souhaite regarder avec d’autres – à partir des sites web BBC iPlayer, Sounds or Bitesize, BBC News et Sport – et de le coller dans le service BBC Together. On crée alors une nouvelle session de groupe, que l’on peut partager via un lien avec ses amis ou sa famille.
Du côté du Sport, on re-crée même des compétitions en virtuel : La VRT, la télévisions belge flamande, a fait courir des sportifs réels dans des décors virtuels pour un Tour des Flandres 100% numérique.
L’information vérifiée, partagée, co-construite
En pleine pandémie, le besoin d’information s’ajoute au besoin de partager. Tandis que la news fatigue s’installe, les médias trouvent de nouvelles façons d’entrer en lien avec leur audience à travers un dispositif qui dépasse le simple échange d’information. Les solutions clés : limiter des adjectifs anxiogènes, contextualiser l’épidémie, démonter des intox et suggérer des actions concrètes. Pour informer sur le Covid-19, des podcasts et newsletters se créent, ainsi que de nouveaux formats sur les réseaux sociaux. Les formats authentiques se multiplient, à l’exemple des “Frontberichten” sur BNNVARA, télé publique néerlandaise.
C’est aussi l’essor d’un journalisme de solution, à l’instar du Solutions Story Tracker, avec une couverture recherchée et pertinente de ce qui semble fonctionner face à la crise dans le monde entier. Non pas pour dédramatiser, mais bien pour fournir une information utile, juste, et équilibrée, qui nous aiderait à prendre les bonnes décisions.
We’ve seen tons of great resources for journalists for this moment – everything from mental health to grants to jobs to WFH tips. This is by no means exhaustive (there are lots!) but just a few we love.
Here goes:
— Solutions Journalism Network (@soljourno) March 18, 2020
La crise voit aussi émerger un journalisme solidaire, – avec une multitude d’initiatives lancées notamment par la Presse Quotidienne Régionale -, et de plus en plus un journalisme d’opinion, comme par exemple un format allemand de la journaliste Mai Thi Nguyen-Kim devenue une sorte de pop star scientifique publique Outre-Rhin avec son « Mailab« . Bien qu’elle ne soit pas virologiste, ses vidéos sur le seul sujet du jour – y compris sa « Comparaison avec un virologiste » – atteignent une couverture par millions. Les sites d’information se montrent de plus en plus à l’écoute de leurs lecteurs. La télévision soutient aussi la presse écrite en difficultés : au micro du 20 Heures, le directeur de la rédaction ou le rédacteur en chef du journal – national ou régional – met en lumière la Une du lendemain.
Les médias ont vite compris le double besoin du public — s’informer— mais aussi se divertir durant une période particulièrement anxiogène. Des communautés ont émergé en ligne, animées par les médias qui accompagnent leurs audiences durant le confinement.

Nos vies confinées (et maintenant, déconfinées) du journal Le Monde
La peur a toujours été un bon amplificateur pour la désinformation. Le volume sans précédent de fake news illustre la viralité de la désinformation en temps de crise. Là encore, la collaboration est la base du succès. Les médias de service public ont lancé l’initiative Flashlight, un groupe Telegram où les équipes de factcheckeurs et la Social Newswire del’UER peuvent partager les actualités sur lesquelles ils ont travaillé. La Trusted News Initiative met à contribution plusieurs grandes rédactions mondiales.
Derrière les données, l’interprétation
Cette crise montre aussi très bien que la seule façon de comprendre ce qui se passe c’est de regarder les données. Les datascientists sont plus importants que jamais pour mettre en forme compréhensible la masse de données arrivant du monde entier. Elles se présentent sous différents formats : données brutes, collectées par plusieurs sources dans les pays (hôpitaux, administrations, associations, maisons de retraite…), données travaillées en relatif ou en absolu, données avec simulateur. Les resources de l’Université John Hopkins se sont imposées comme une référence pendant la crise. Mais contrairement à ce que l’on pourrait croire, les chiffres ne sont pas neutres. Comme chaque pays ne mesure pas la même chose, il est d’autant plus important de ne pas se contenter de fabriquer de magnifiques dataviz, mais aussi d’expliciter la méthodologie utilisée et les sources des données affichées.
Légende des dataviz du Figaro
Les visualisations compréhensives de données peuvent même aider à sauver des vies. En début de confinement, le Washington Post a publié un graphique qui a été si populaire que l’organisation de presse a décidé de le traduire dans 13 langues. Au New York Times, pour réaliser « How the Virus Got Out », une équipe de journalistes et de concepteurs a compilé les données publiées par trois fournisseurs de télécommunications et d’Internet en Chine pour les mettre en parallèle avec des estimations du nombre de porteurs de coronavirus, ainsi que des informations sur le trafic aérien.
Many of us have the habit of…
get data –> visualize it –> move on
But in a context like this, there is an individual responsibility to either keep the data updated or don’t share it.
— EvanMPeck (@EvanMPeck) March 8, 2020
La bonne offre au bon moment
Les gagnants du confinement ont clairement été les plateformes capables d’instaurer une interaction avec leur audience. En cela, TikTok obtient la Palme d’Or de l’offre la mieux adaptée à la situation. Réunissant un cocktail gagnant dont a besoin tout confiné – connexion, humour, créativité –, l’application de partage de vidéo s’est imposée comme le réseau social de référence des #StayAtHome en saisissant l’air du temps avec des hashtags tels que #HappyAtHome, qui a vu de nombreux utilisateurs pousser leurs parents à réaliser des vidéos. Selon Sensor Tower, TikTok a été téléchargé 315 millions de fois de janvier à mars (plus qu’aucune autre application), et atteint maintenant 2 milliards de téléchargements au total, soit le double d’il y a seulement 15 mois. Bytedance, la maison mère de TikTok, affiche 5,6 milliards de revenus pour les trois premiers mois de 2020.
@ftvlab@van.anas aide soignante dans un hôpital de Metz nous montre comment bien porter un ##masque pour mieux lutter contre le ##covid19 🦠😷 ##sortezcouvert♬ son original – ftvlab
A côté de challenges hasardeux pour divertir, de plus en plus de médias investissent la plateforme pour transmettre des informations sur un ton ludique. Une autre offre publiée en plein confinement est le jeu « Animal Crossing : New Horizons« , qui s’inscrit parfaitement dans la continuité naturelle de nos vies basculés dans un monde virtuel, où réseaux, manifestations, sorties culturelles et même nouvelles collections de mode se découvrent désormais sur la console Switch.
Dans un tout autre genre, Quibi, le service de streaming pour mobile créé par le producteur Jeffrey Katzenberg avec l’ancienne PDG d’Ebay, Meg Whitman, lancé début avril, peine à trouver son public. Des formats courts pour smartphones n’étaient peut être pas le premier besoin en phase de confinement. Mais cela n’explique pas entièrement le nombre d’abonnés qui se limite à 2 millions au lieu des 7,4 M visés. Malgré un casting 5 étoiles puisé dans les agendas d’Hollywood (de Jennifer Lopez à Idris Elba), le plus gros défaut de ce service semble être, tout simplement, de ne pas avoir « tenu compte de la façon dont le consommateur individuel verrait et réagirait au produit » (Adweek).
Que retenir de cette expérience ?
Peu à peu, nos vies reprennent leur cours. La grande révolution de société (plus responsable, moins égoïste), rêvée par certains, ne verra peut-être pas le jour. Mais au moins, cette crise nous apprend que les médias sont capables de pleinement remplir leur mission de service public, en se concentrant sur l’essentiel : mettre à disposition de tout le monde une information fiable, donner la parole aux audiences, rassembler autour de valeurs, co-construire une offre de service public utile et pertinente.
Pendant une courte période, Internet est passé à la télé et le digital a rendu possibles des choses dont tout le monde aurait dit qu’elles auraient été impossibles il y a seulement quelques semaines. Reste à ne pas retomber dans nos vieilles habitudes, et à tirer profit de cette transformation numérique forcée pour maintenir le nouveau lien avec le public en créant des programmes de qualité, en restant agiles pour s’adapter aux besoins des audiences et en maintenant cette créativité née de la contrainte.
Illustrations : KB
Liens vagabonds : Facebook essaie de se racheter une image
A RETENIR CETTE SEMAINE :
Facebook, publicités politiques et modération – Après avoir été critiqué pour sa complaisance envers les outrances du président américain, Facebook retire des publicités de la campagne de Trump comportant un symbole nazi et donne à ses utilisateurs l’option de ne pas voir des publicités politiques. Mark Zuckerberg annonce le lancement d’une « campagne d’information au vote historique » sur Facebook. Twitter labelise pour la première fois un tweet de Trump sur un « bébé raciste » comme « média manipulé”.
GAFA & applis de traçage Covid-19 – Le gouvernement britannique renonce à développer son application de traçage sur un modèle centralisé et choisit finalement la technologie d’Apple et de Google. Berlin vante la transparence et la sécurité de son appli anti-coronavirus et l’application de traçage italienne fait ses débuts au niveau régional. La France se retrouve désormais isolée en Europe avec son modèle d’application de traçage « centralisé », qui séduit peu et a été activée par seulement 2 % des Français. La Norvège a quant à elle suspendue son application de traçage, jugée trop «intrusive».
BLM & réseaux sociaux – Les réseaux sociaux ont changé les manifestations en nous faisant voir une réalité auparavant invisible pour beaucoup de gens. A l’heure du mouvement Black Lives Matter, TikTok s’ouvre au discours politique et met à jour ses guidelines pour la communauté. Les lycéens américains se servent des réseaux sociaux pour dénoncer le racisme de leurs amis et camarades de classe. Des groupes privés Facebook utilisent « Justice for George Floyd » comme une cape pour masquer leurs comportements racistes. Sur Twitch, Les activistes font des live stream des manifestations Black Lives Matter.
Cette semaine en France :
- Haine en ligne : le Conseil constitutionnel censure le dispositif-clé de la loi Avia
- Changement à la tête de Franceinfo – Laurent Guimier remplacerait Alexandre Kara
- Du Gard à Paris, l’expansion d’Amazon suscite des résistances
- Apple condamné en France pour des clauses jugées «abusives» dans iTunes et Apple Music
- Coronavirus : les trois quarts des géants du CAC 40 ont annulé ou réduit leurs dividendes
- Vers un crédit d’impôt pour les chaînes de télévision
3 CHIFFRES
- Il est probable que Quibi possède moins de 2 millions d’abonnées payants à la fin de l’année…bien en dessous des prévisions de la plateforme (7,4 million prévus initialement)
- Les revenus américains de TikTok atteindront probablement 500 millions de dollars cette année
- Seul 23 % des Français disent qu’ils peuvent faire confiance aux informations la plupart du temps
Confiance dans les informations données par les médias dans 40 pays (janvier-février 2020) : la France avant dernière avec seulement 23%. Via @risj_oxford pic.twitter.com/V8sbREuGgt
— Cyril Petit (@CyrilPetit) June 17, 2020
LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE
NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ
- Zoom sur le système de santé construit par Apple
- Comment le coronavirus nous fera repenser nos espaces de travail
- Une sélection de lectures sur le journalisme…pour les journalistes
DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION
- “Facebook s’en moque » : Des militants affirment que leurs comptes ont été supprimés malgré la position de Zuckerberg sur la liberté d’expression
- La Chine recueille l’ADN d’hommes et de garçons pour constituer une vaste base de données génétiques qui renforcera ses capacités de surveillance
- La Big Tech vise le marché du dépistage du virus
- La taxe « Gafa » court-circuitée par les États-Unis
Les États-Unis ne veulent pas poursuivre les négociations sur la taxation du numérique à l’OCDE. La lettre que nous avons reçue est une provocation. Je vous confirme qu’il y aura bien une taxation des géants du numérique en France en 2020 comme en 2019. #le79inter pic.twitter.com/XYlORciD3D
— Bruno Le Maire (@BrunoLeMaire) June 18, 2020
DONNEES, CONFIANCE, LIBERTE DE LA PRESSE, DESINFORMATION
Cybersécurité
- Des dirigeants d’eBay ont piloté une campagne de harcèlement hallucinante pour faire taire des critiques
Des millions d’utilisateurs du navigateur Chrome exposés à un logiciel d’espionnage - L’Anssi alerte sur le manque de formations dans le domaine de la cybersécurité
- Quand Doctolib se met au chiffrement de bout en bout
Applis de tracing:
- Pourquoi Google et Apple dictent-ils aux démocraties européennes comment lutter contre le coronavirus ?
- L’app StopCovid collecte plus de données qu’annoncé
Désinformation :
- Facebook et Twitter sont les deux plus grosses sources de désinformation pendant la crise Covid-19
- Instagram et WhatsApp, plébiscités pendant la crise pour chercher de l’info malgré les inquiétudes concernant la désinformation
- L’opération de désinformation russe dont vous n’avez jamais entendu parler
- Fox News relaie des images modifiées dans sa couverture des manifestations Black Lives Matter à Seattle

Liberté de la presse :
LEGISLATION, REGLEMENTATION
- La Commission européenne annonce le lancement de plusieurs enquêtes contre Apple pour des allégations de pratiques anticoncurrentielles
- L’alliance Facebook/Jio est étudiée par les investigateurs antitrust indiens
- L’autorité de la concurrence britannique suspend le rachat de Giphy par Facebook
- Le département de la Justice américaine recommandera une législation qui rendra Facebook, Google et Twitter responsables de certains contenus en ligne
- Jeff Bezos est prêt à témoigner devant le Congrès américain dans le cadre de l’enquête antitrust sur la Big Tech, dit Amazon
JOURNALISME
Crise et transformation du secteur :
- Médias : la crise du coronavirus a dopé les abonnements numériques
- Arte : une semaine pour trouver un nouveau président
- Rossel La Voix, nouveau propriétaire de « Paris-Normandie »
- Le Covid, un phénomène médiatique sans précédent, selon une étude
- « Le Parisien » engage une réorganisation pour accélérer dans le numérique
- L’engagement à la neutralité de Wikipédia remis en question
- Révolte dans les rédactions américaines suite aux manifestations George Floyd
- Un partisan de Trump fait le ménage à la tête des médias publics américains
- Une reporter noire empêchée de couvrir les manifestations BLM par souci de “partialité”
Horrifying scenes and aftermath from selfish LOOTERS who don’t care about this city!!!!!
…. oh wait sorry. No, these are pictures from a Kenny Chesney concert tailgate. Whoops. pic.twitter.com/lKRNrBsltU
— Alexis Johnson (@alexisjreports) May 31, 2020
STORYTELLING FORMATS
- À quels services de streaming devez-vous vous abonner ? Un quiz du Wall Street Journal
- « Le Monde » sur TikTok : la même info, de nouveaux codes
- Zoom sur la nouvelle couverture du New Yorker par l’artiste Kadir Nelson : “Le meurtre de George Floyd incarne l’histoire de la violence infligée aux noirs en Amérique”

ENVIRONNEMENT
- Logitech va indiquer sur ses produits la quantité d’émission de gaz carbonique
- L’industrie du gaz fait appel à des influenceurs sur Instagram pour faire la pub des gazinières
USAGES
- Le joli succès de Cameo, la plateforme de dédicaces personnalisées des célébrités
- Prolifération d’arnaques à l’argent facile sur les réseaux sociaux
- Les chatbots : la solution à la solitude en confinement ?
RÉSEAUX SOCIAUX / MESSAGERIES
- WhatsApp lance des paiements au Brésil
- Zoom plie sous la pression et songe à offrir à tous ses utilisateurs le chiffrement de bout en bout
- Sur Instagram, une photo de femme en sous-vêtement ou maillot de bain est montrée 1,6 fois plus qu’une photo d’elle habillée
- Mauvaise passe pour les concurrents de TikTok
- Snapchat affirme sa singularité mais s’inspire de WeChat avec ses dernières annonces
- Reddit fait face à son héritage raciste
- LinkedIn met à jour ses plans pour assumer l’existence des inégalités raciales
- Twitter lance les tweets vocaux jusqu’à 140 secondes maximum
You can Tweet a Tweet. But now you can Tweet your voice!
Rolling out today on iOS, you can now record and Tweet with audio. pic.twitter.com/jezRmh1dkD
— Twitter (@Twitter) June 17, 2020
STREAMING, OTT, SVOD
- Le PDG de Netflix donne 120 millions de dollars aux universités américaines historiquement noires
- Dans la guerre SVOD, le site JustWatch devient un outil essentiel
AUDIO, PODCAST, BORNES
- Podcast: Les robots sont les nouvelles recrues sur le front créé par la pandémie
- NextRadioTV (BFM, RMC…) veut supprimer jusqu’à 30 % de ses CDI
- Kim Kardashian, Batman… : Spotify étoffe son offre de podcast et flambe en Bourse
- Avec plus de 750 000 spectateurs, le groupe BTS bat le record du concert payant le plus suivi en ligne
DATA, AUTOMATISATION, INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, BLOCKCHAIN
- La Covid-19 pourrait accélérer le remplacement des jobs humains par des robots
- Coinbase lance un nouveau cadre open-source pour simplifier l’intégration des tokens que la compagnie veut ajouter
- «L’intelligence artificielle peut combattre les nouvelles maladies» : Interview avec Yann Le Cun, responsable de la recherche en intelligence artificielle chez Facebook
- Photoshop utilise désormais l’IA pour améliorer le design des cheveux

PUBLICITE, MONETISATION
- Facebook refuse de partager les revenus publicitaires avec la presse
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Faut-il renoncer au numérique pour l’éducation ?
Par Professeur de sciences de l’information et de la communication, Université de Poitiers. Billet originellement publié sur The Conversation et re-publié sur Méta-Media avec autorisation.
Nous le savons, le numérique n’est pas seulement une technologie. Il correspond aussi et surtout à des transformations de nos sociétés et de nos cultures, de nouveaux « arts de faire » et de nouvelles manières de vivre. Il offre des opportunités pour le développement personnel de chacun et de celui du monde qui nous entoure. Il apporte aussi des menaces individuelles et sociales sur l’emploi, sur le respect de la vie privée et sur la démocratie.
En France, le discours public sur le numérique dans l’éducation témoigne de ces risques. Les derniers mois qui ont précédé la pandémie de coronavirus, il était beaucoup question des risques d’addiction aux écrans et de leur corollaire en termes de dette de sommeil, d’affaiblissement de l’attention et d’exposition à la violence. La période de confinement et celle qui lui succède ont déplacé le regard vers ce qu’il a été convenu de qualifier de fractures numériques. C’est souvent un discours de prudence et parfois de peur.
On parle beaucoup des risques mais on parle moins des apports du numérique à l’éducation des jeunes ni de l’ouverture qu’il leur donne, sur les autres et le monde. Pourtant, c’est justement parce que nous observons au quotidien la façon dont les techniques numériques sont souvent mises au service de projets plus aliénants qu’émancipateurs que nos institutions éducatives doivent jouer leur véritable rôle : former des citoyens responsables qui sauront, mieux que leurs aînés, mettre l’homme au centre des préoccupations et la technique à notre service.
Inverser le point de vue
En France, les premières expérimentations autour de l’informatique scolaire datent des années 1960. La question posée à l’époque sous-tend encore aujourd’hui l’essentiel des politiques éducatives numériques. On peut la résumer ainsi : que peut-on faire de ces techniques à l’école ?
La question semble étrange. Elle postule que ces techniques de traitement de l’information et de la communication ont forcément un intérêt pour l’enseignement. Elle est étrange car elle ne dit rien de la finalité des usages du numérique. Ces incertitudes sont très inconfortables pour les enseignants. Depuis 30 ans, les plans nationaux se succèdent. Ils articulent avec plus ou moins de bonheur des équipements, des ressources et de la formation des enseignants. Plus d’équipements que de ressources, et plus de ressources que de formation des enseignants.
Concrètement, le système éducatif fourmille d’initiatives intéressantes, sans que cette logique d’innovation ascendante ne se traduise par des usages à grande échelle avec de bonnes garanties d’efficacité éducative. Dans le même temps, les élèves et les enseignants arrivent à l’école avec un smartphone dans la poche. Ce n’est pas seulement un équipement personnel, puissant, connecté et nomade qui entre à l’école, ce sont de nouvelles habitudes, de nouvelles activités, de nouveaux comportements et de nouvelles attentes.
C’est pourquoi il semble que nous ne regardions peut-être pas dans la bonne direction. Sans doute faut-il poser la question de ce que l’on peut faire du numérique à l’école. Mais il faut impérativement se demander aussi ce que le numérique fait à l’école. Comment la met-il sous tension, à mesure qu’il transforme la société ? Bref, il faut inverser la question initiale.
Objet d’apprentissage
Les techniques numériques offrent de nouveaux outils, de nouveaux services et de nouvelles ressources pour enseigner et apprendre autrement. On peut citer les apports des nouveaux modes de représentation de l’information avec la réalité immersive, les nouvelles possibilités d’interactions didactiques avec l’intelligence artificielle, les nouvelles possibilités d’enseigner et d’apprendre à distance ou les nouvelles possibilités d’accompagner les parcours d’apprentissage des élèves avec les techniques de learning analytics. Et bien d’autres possibilités encore…
Pourtant, beaucoup d’études montrent que l’essentiel des pratiques pédagogiques qui utilisent le numérique le font pour instrumenter des activités que l’on pouvait déjà réaliser sans le numérique – parfois avec plus d’efficacité. Les raisons de ces mésusages sont nombreuses – budgets de développement insuffisants, quasi-absence de formation initiale et continue des enseignants, etc. Or, ce que confirment ces études, c’est que l’intérêt des techniques numériques dans les activités d’apprentissage ne repose ni sur la fréquence de leur utilisation, ni sur leur durée, mais sur leur qualité et leur pertinence.
Les techniques numériques offrent de nouvelles ressources pour enseigner et apprendre autrement. Source : Shutterstock
Le numérique est aussi un objet d’apprentissage. Il s’agit là d’une éducation au numérique qui va de la connaissance des enjeux sociétaux qu’il soulève jusqu’à une connaissance technologique minimale, en passant par des compétences d’utilisation que la simple pratique, aussi intensive soit-elle, ne suffit pas à développer. L’éducation au numérique est bien sûr une responsabilité majeure des institutions éducatives car elle est indispensable à l’éducation du citoyen.
Enfin les usages multiples et massifs du numérique ont transformé et continuent à transformer nos cultures. Nous n’avons plus le même rapport à l’information et à la connaissance, plus le même rapport à l’espace et au temps, plus le même rapport à autrui et à nous-mêmes, plus le même rapport, enfin, avec tous nos actes de production et de création.
C’est une véritable acculturation de l’école qu’il convient d’opérer. Elle demande sans doute moins d’ordinateurs, de tablettes et de réseaux – même s’il en faut – que de réflexions sur les espaces et les temps scolaires, sur les relations entre les élèves et avec les enseignants, sur de nouvelles activités d’apprentissage qui favorisent l’engagement et la créativité.
Équipements et pratiques
Depuis une bonne dizaine d’années, les politiques déployées visent essentiellement l’équipement individuel des élèves. En France, les deux tiers des fonds publics alloués au numérique éducatif le sont pour acheter des ordinateurs portables et des tablettes tactiles, soit environ deux milliards d’euros au cours des dix dernières années. C’est beaucoup d’argent ! C’est même trop en proportion de la totalité des dépenses car cela ne permet pas d’acquérir la connectivité, les ressources ni de financer la formation des enseignants. Et cela reste pourtant insuffisant pour acquérir des équipements pour tous les élèves et les renouveler au fur et à mesure de leur obsolescence.
Aujourd’hui, le taux d’équipement est d’environ 8,5 élèves par terminal de travail à l’école primaire, de 3 en collège et de 2,5 en lycée et il sera difficile de faire mieux voire de maintenir ces taux d’équipement dans la durée. Cela signifie que nous n’avons pas les moyens d’une politique d’équipement systématique des élèves. Nous devons nous reposer sur l’équipement des élèves par leurs familles et reporter les dépenses publiques vers l’aide à l’équipement des familles plus modestes, la réduction des zones blanches, l’acquisition d’équipements collectifs, de ressources de qualité et vers la formation des enseignants.
Le coût environnemental du numérique est très important. Toutes les études montrent que nous devons réagir fortement et rapidement. Cela signifie que nous devons aussi penser le numérique éducatif dans cette perspective.
Nous pouvons le faire de deux façons. La première est de sensibiliser les enseignants et leurs élèves à cette question de soutenabilité environnementale des usages des techniques numériques et d’indiquer comment chacun peut avoir des usages plus responsables avec un impact environnemental plus réduit. La deuxième est de s’interroger sur l’utilité du recours au numérique éducatif. Quand il existe une véritable plus-value pédagogique ou didactique, il ne faut pas hésiter à mobiliser ces techniques. Dans le cas contraire, mieux vaut y renoncer. C’est un principe de parcimonie.
La plus grande attention doit donc être portée, bien au-delà du respect du règlement général sur la protection des données (RGPD), aux données collectées. Source : Shutterstock
D’autre part, les traces des activités numériques des élèves constituent autant de données personnelles qui témoignent de la dynamique de leurs apprentissages mais aussi de leurs comportements et des valeurs qui les animent. Il en va de même des traces numériques des enseignants qui révèlent leur personnalité et détaillent leurs pratiques professionnelles.
La plus grande attention doit donc être portée, bien au-delà du respect du règlement général sur la protection des données (RGPD), aux données collectées, à qui les collecte, aux conditions de leur stockage, aux usages qui en sont faits et à la sécurisation de l’ensemble. On le sait, la question de l’éthique est le plus souvent posée lorsque les services numériques existent déjà alors qu’elle devrait l’être dès leur conception.
Tous les usages éducatifs des techniques numériques ne sont donc ni souhaitables ni possibles, pour des raisons éducatives mais aussi économiques, environnementales et éthiques. Ce sont quatre contraintes que nous devons intégrer à nos politiques. Il ne faut pas uniquement se demander ce que nous pourrions bien faire de ces techniques, seulement parce qu’elles sont disponibles, parce qu’elles sont modernes ou parce que les marchés éducatifs alimentent la croissance économique.
Ce sont les objectifs premiers de l’école qui doivent nous guider : la réduction des inégalités sociales et l’éducation de citoyens émancipés. Il s’agit donc moins de penser les usages des techniques numériques à l’école que de repenser l’école à l’ère du numérique.

Crédit photo : William Iven – Unsplash
[Documentaire] « Tous surveillés” : le maintien de notre sécurité peut-il se faire au détriment de la liberté ?
Par Mathilde Floch, MediaLab de France Télévisions,
La peur du terrorisme et désormais du coronavirus alimentent le basculement de nos sociétés dans l’ultra surveillance.
Si tout débute souvent avec de simples expérimentations, le documentaire « Tous surveillés » – une coproduction ARTE France et CAPA Presse – alerte sur les dangers de la course aux technologies de surveillance provoquée par la psychose sécuritaire.
Sylvain Louvet et Ludovic Gaillard enquêtent sur l’édification d’un « totalitarisme numérique » mondial, et la façon dont la Chine, les Etats-Unis et la France s’équipent massivement de technologies de surveillance des populations.
Un documentaire d’actualité à l’heure où nombreux sont ceux qui craignent que les dispositifs de tracing mise en place pendant la crise perdurent dans le temps.
Les expérimentations locales, premières étapes d’un le basculement vers une société de surveillance.
A l’origine de ce projet : la prise de conscience par Sylvain Louvet des expérimentations de télésurveillance chinoises dans le Xinjiang et l’importance des camps de détention des Ouïghours, puis le constat que ce développement fulgurant des technologies de surveillance est un mouvement de fond, qui s’accélère et ne connaît pas de frontières.
Lorsqu’une expérimentation technologique a prouvé son efficacité, il est presque certain qu’elle perdurera dans le temps, avec le risque qu’elle soit utilisée à d’autres fins, moins « nobles ».
Le documentaire met en lumière cette montée en puissance des dispositifs, un simple test technologique pouvant déboucher sur des politiques nationales liberticides : le téléspectateur commence par suivre l’histoire de Nice en matière d’essais de vidéosurveillance, pour réaliser l’étendue de la répression permise par le numérique en Chine.
L’argument sécuritaire comme point de départ d’une généralisation de ces technologies
Un événement exceptionnel permet souvent aux Etats de justifier la généralisation de technologies extrêmement intrusives en invoquant l’argument sécuritaire. Aux Etats-Unis le Patriot Act post-attentats du 11 septembre a entre autres permis à la National Security Agency (NSA) de placer tout citoyen sur écoute, sans mandat préalable.
Sylvain Louvet illustre son propos avec la menace terroriste (le nombre d’acte terroristes étant passé de 2000 à 14 000 par an en 15 ans), mais la diffusion de « Tous surveillés » en pleine pandémie de Covid-19 a révélé la justesse de son analyse, donnant à l’investigation un aspect prophétique.
Pour endiguer l’épidémie, la Chine, la Corée, et Taïwan ont en effet rapidement utilisé des systèmes de géolocalisation à grande échelle et de reconnaissance faciale. 2% des français ont quant à eux téléchargé Stop Covid. « Dans un pays de 66 millions d’habitants ce n’est pas rien » affirme Sylvain Louvet.
Le réalisateur insiste surtout sur l’existence d’un « miroir déformant » lorsque l’on chiffre l’utilisation de ces applications de tracing : les « étapes franchies » dans l’acceptation de ces nouvelles technologies importent en réalité davantage que le nombre de personnes qui se soumettent réellement au dispositif. Ce qui frappe dans la France post-Covid-19 c’est le fait que l’on ait accepté d’être géolocalisé pour éviter d’être contaminé. Un tel accord n’aurait certainement pas été obtenu quelque mois avant la pandémie. Sylvain Louvet considère ainsi que la crise sanitaire a permis l’instauration de dispositifs technologiques de surveillance qui n’auraient normalement pas vu le jour avant 2 ou 3 ans.
La preuve chiffrée* de l’avènement des sociétés d’ultra surveillance
Le marché mondial de la vidéosurveillance intelligente est estimé à près de 40 milliards de dollars, et plus de 500 millions de caméras de vidéosurveillance sont installées dans le monde.
La vidéosurveillance fait d’ailleurs partie du plan d’investissement de 1000 milliards de dollars lancé par la Chine (Xi Jinping). On estime qu’iI y aura 1 caméra pour 2 habitants en Chine d’ici fin 2020.
Pourtant, l’efficacité des dispositifs de surveillance est souvent remise en question. Si le système de reconnaissance faciale d’Anyvision (start-up israélienne) semble être fiable à plus de 99%, les lobbies sont puissants dans ce domaine : près de 40% des 1,4 milliards d’euros de fonds européens destinés à la recherche en matière de sécurité sont alloués à des entreprises privées.
Le maire de Nice Christian Estrosi s’est associé à Thales, un géant de l’armement, pour faire de Nice une safe city via le développement de systèmes de détection des émotions dans les transports ou d’applications de « vigilance citoyenne. Mais les 2000 caméras déjà présentes à Nice en 2016 n’ont pas pu empêcher l’attentat du 14 juillet.
L’enjeu du format documentaire : un esthétisme pédagogique réussi
La conception de sujets dédiés aux technologies est parfois complexe, les thèmes étant techniques et peu parlants visuellement.
Pour ce documentaire, Sylvain Louvet affirme avoir joué avec les codes des films de science-fiction, jusque dans la musique (composée par Mathieu Parnot) qui rappelle celle des films de SF des années 80.
Le réalisateur s’est appliqué à varier les modes de narration durant le film et mêle l’animation en 3D à des effets de slow-motion en infrarouge de jour, à des séquences plus de terrain : le reportage en Chine. Ce changement de rythme progressif permet d’éviter l’écueil du documentaire “catalogue d’exemples”.
L’usage d’application de contact tracing se fait aujourd’hui sur le principe du volontariat. Nos données sont anonymisées, mais nul ne sait si le dispositif perdurera dans le temps.
Si la menace d’une reprise de la pandémie est bien réelle, il faut cependant distinguer la notion de sécurité de celle de sûreté : un sentiment de sécurité n’est pas automatiquement lié à la certitude qu’il n’y a pas de danger.
Comme le souligne Gideon Lichfield, éditeur en chef de la MIT Technology Review dans The Innovation Issue, ceux qui ont le pouvoir, ont davantage voix au chapitre lorsqu’il s’agit de décider quelles technologies développer et à qui elles bénéficient. Un accompagnement éthique de ces prises de décision est donc nécessaire, tout comme l’instauration d’une transparence entre les différents acteurs qui élaborent ces nouvelles technologies : Sylvain Louvet souligne le fait que nombre d’ingénieurs travaillent dans l’ignorance totale de l’usage final qui sera fait de leurs produits.
NB. Tous les chiffres sont issus de l’enquête réalisée par Sylvain Louvet pour son documentaire.
NB 2. Le documentaire “Tous surveillés” réalisé par Sylvain Louvet et Ludovic Gaillard a été diffusé en avril 2020 et est disponible sur ARTE VOD.
Credit photo : Parker Coffman – Unsplash
Liens vagabonds : les réseaux sociaux au coeur de l’activisme Black Lives Matter
A RETENIR CETTE SEMAINE :
Manifestations Black Lives Matter sur les réseaux – Sur les plateformes, les activistes font passer leur message de manière créative. Les jeunes rafraîchissent le militantisme sur TikTok avec des challenges qui permettent d’évaluer ses privilèges. Google Docs devient une plateforme de résistance. Les manifestants se servent massivement de la messagerie cryptée Signal et des outils émergent pour protéger l’identité des manifestants sur les photos. Des journalistes américains dénoncent le racisme qu’ils ont subi au sein des rédactions. Ces accusations entraînent des démissions. La presse US est en train de se détruire
Facebook, Twitter & modération des contenus – Mark Zuckerberg promet de réexaminer certaines règles de modération des contenus Facebook – mais cela ne mènera pas forcément à des réformes. Certains annonceurs se retirent de la plateforme. Des groupes Facebook sont aux prises avec des politiques de modération inadéquates des posts du mouvement Black Lives Matter et la plateforme conseille aux administrateurs de groupes d’ajouter des personnes de couleur comme modérateurs. La campagne de Biden incitera ses partisans à mettre la pression sur Facebook pour renforcer ses règles contre la désinformation et les commentaires nuisibles. Twitter supprime des comptes liées à des opérations de désinformation menées par certains Etats (Chine, Russie, Turquie).
IBM, Amazon, Microsoft & reconnaissance faciale – IBM se retire du marché de la reconnaissance faciale au nom de la lutte contre le profilage racial. Amazon interdit à la police américaine d’utiliser son logiciel de reconnaissance faciale pendant un an. Microsoft ane vendra pas non plus sa technologie de reconnaissance faciale aux départements de police avant que son utilisation ne soit encadrée légalement.
Cette semaine en France :
- GAIA-X: l’offre européenne d’indépendance cloud face aux géants américains et chinois
- Pour la reprise économique, Facebook va proposer 100 formations gratuites pour «stimuler la relance des petites et moyennes entreprises»
- Déconfinement: Google offre un service à la carte pour éviter les foules
- Plan de soutien : le secteur des médias s’impatiente
3 CHIFFRES
- StopCovid: 1,5 million de téléchargements et «une poignée» de notifications, selon Cédric O
- Twitter supprime 32 000 comptes diffusant de la propagande chinoise, russe et turque
- YouTube annonce un fonds de 100 millions $ pour « amplifier et développer les voix des créateurs et artistes noirs »
LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE
Vous trouverez plus d’infographie sur StatistaNOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ
- Caravan : le petit magazine qui a su conquérir les élites intellectuelles indiennes
- Les médias de demain ressembleront aux maisons de disques d’aujourd’hui – les talents seront au centre
- “Une pandémie de racisme” : la défaillance des données, les préjugés implicites et la discrimination systémique
- La crise des médias américains suite aux manifestations Black Lives Matter vue par Kelly McBride, experte reconnue en éthique des médias
DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION
- Le monde a changé plus vite que la BBC…Tim Davie y sera confronté. Quels seront les futurs obstacles pour la société de service public ?
- La Commission européenne s’apprête à lancer des poursuites judiciaires contre Amazon d’avoir utilisé des données de ses vendeurs tiers pour leur faire concurrence
- Twitter et Snapchat se sont attaqués à Trump. Certains veulent qu’ils font de même pour pour les autres dirigeants
- Facebook et la création d’un oligarque américain. Chris Cox, l’un des principaux lieutenants de Mark Zuckerberg revient en tant que chef de produit
- La Chine oblige Zoom à bannir un leader de Tian’anmen en exil; Zoom le reconnait
- Amazon et Covid-19 : des employés portent plainte, dénonçant un contact tracing “baclé”
DONNEES, CONFIANCE, LIBERTE DE LA PRESSE, DESINFORMATION
- Cloud : l’Europe veut créer une alternative crédible mais les acteurs ne disposent pas encore d’une palette de services cloud aussi étendue que celle des américains
- Cloud computing: «La sécurité devient une motivation première pour migrer». Interview avec Werner Vogels, Chief Technical Officer d’Amazon
Cybersécurité
- ByteDance coupe l’accès de ses ingénieurs internes aux données TikTok, et autres produits internationaux
- Nintendo révèle que 140 000 comptes supplémentaires ont été hackés
- Une obscure firme indienne a offert ses services de hacking pour épier plus de 10 000 comptes e-mails de politiques, investisseurs…durant sept ans
Applis de tracing:
- A Singapour, des opposants lancent une pétition contre les bracelets Stop Covid
- Singapour cherche à apaiser les craintes liées à la protection de la vie privée pour son nouveau dispositif Stop Covid
- Apple ajoute des fonctionnalités à son app Covid-19 et son site internet
- Coronavirus: de fausses applis de traçage cherchent à voler des données personnelles
- StopCovid : et maintenant, une polémique sur les adresses IP des utilisateurs
Désinformation :
- La lutte contre la désinformation n’est pas tellement différente de celle qui s’est déroulée pendant longtemps contre les spam e-mails
- L’UE va demander aux plateformes de publier un rapport mensuel sur les actions mises en oeuvre pour lutter contre la désinformation liée au Covid-19
- Désinformation: TikTok rassure Bruxelles en signant le code de bonne conduite de la Commission européenne
Liberté de la presse :
LEGISLATION, REGLEMENTATION
- Instagram : Pas d’intégration de photo à un site Web sans autorisation
- Le Sénat adopte une obligation de vérification de l’âge accrue sur les sites pornographiques
- Suite à une action en justice intentée par les éditeurs, Internet Archive mettra fin à son programme d’e-book gratuit
- « C’est pas la loi Avia qui me rendra moins pédé » : des militants LGBT dénoncent la censure en ligne
JOURNALISME
Crise et transformation du secteur :
- Le quotidien L’Equipe, qui prévoit trois ans de pertes, veut baisser les salaires de 10%
- Denis Olivennes va diriger « Libération »
- Coronavirus : France Télévisions va plonger dans le rouge en 2020
- ABC supprime 250 jobs pour combler son déficit de 41 millions de dollars
- Un fond d’urgence pour le journalisme américain établi avec International Women’s Media Foundation et Craig Newmark Philanthropies
- Les éditeurs repensent leurs normes éditoriales…et devraient aussi s’attarder sur leurs politiques sociales
- À l’ère de l’activisme Black Lives Matter, le rôle des médias se brouille encore
- Les journalistes du New York Times répondent à la polémique autour de la tribune de Tom Cotton
- Facebook News se lance pour les utilisateurs américains. Le service inclut des informations locales et des vidéos. On constate un décalage important entre les articles qui y figurent et les articles les plus populaires sur la plateforme
STORYTELLING FORMATS
- Pour ses 20 ans, le site de l’Equipe se lance sur TikTok
- Bulletin.fr lance ses mini-magazines à lire en 5 minutes
- Les innovateurs médias qui inventent de nouvelles approches aux contenus
- Dataviz : comparer les dégâts de la pandémie à d’autres événements historiques dévastateurs
- Illustration : les inégalités à New York face à la pandémie
- En confinement, les journalistes du New York Times partagent leurs réflexions dans des Google Doc
- Bloomberg innove en testant un nouveau format éditorial qu’on pourrait qualifier de « ressource ».
- Rad, le très bon laboratoire de journalisme de Radio-Canada, a lancé une application mobile participative

issue de la newsletter Datagif ENVIRONNEMENT

numerama.com USAGES
- La plateforme éducative Chegg acquiert Mathway pour épandre son service de maths à l’international (vidéo)
- Les résultats pour l’école en ligne ne trompent pas : cela n’a pas fonctionné
- Aux États-Unis, au Royaume-Uni et en Espagne, les enfants passent presque autant de temps à regarder des vidéos TikTok que YouTube
- Sur TikTok, les adolescentes font semblant d’être des marques
RÉSEAUX SOCIAUX / MESSAGERIES
- Telegram améliore ses fonctionnalités d’édition avec des stickers animés, et un éditeur vidéo
- Twitter va relancer la certification des comptes
- Twitter lance Fleets, sa version des Stories en India
- Snapchat mise sur la réalité augmentée pour multiplier ses revenus
- Snapchat élargit ses accords avec N.F.L., Disney et d’autres pour fournir des contenus courts à la plateforme
- « Laisser la modération des contenus sur les réseaux aux bénévoles encourage le racisme »
- Messenger présente une nouvelle boîte de réception spécial business

wersm.com STREAMING, OTT, SVOD
- HBO Max enlève le film américain “Autant en emporte le vent” de sa catalogue pour des raisons liées au racisme. Il compte le restituer un jour avec “une discussion de son contexte historique”
- Netflix rajoute le genre “Black Lives Matter” à sa catalogue
- Le radiodiffuseur suisse SRG va lancer une nouvelle plateforme OTT
- Un foyer OTT sur sept dans le monde y accède en partage de compte
AUDIO, PODCAST, BORNES
- France Inter : retour en studio pour « L’Instant M » et « Boomerang »
- France Inter : émotion après le décès de Mathieu Sarda, homme de l’ombre de la matinale
DATA, AUTOMATISATION, INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, BLOCKCHAIN
- L’IA ne tient pas ses promesses
- Facebook va apprendre à détecter le deep fake
- Questions/Réponses : Les pionniers du web s’exprime au sujet de la future sécurité du web
- Google Meet se dote d’une technologie IA qui efface les bruits parasites
- L’arme secrète américaine dans l’IA : les talents chinois
- Interview avec Hamid Khan, l’activiste qui démantèle les algorithmes racistes utilisés dans la technologie de surveillance policière
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- L’adtech tricolore moins dépendante des données personnelles
- L’émission de Tucker Carlson sur Fox News perd des annonceurs comme Disney à cause de ses remarques sur Black Lives Matter
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- Sur Twitch, fini la musique sans autorisation
- Sony révèle sa PlayStation 5
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OUTILS
- Publier une newsletter efficace : conseils utiles
- Plus de 30 outils, astuces et ressources que les journalistes devraient essayer cet été
- Covid-19 : sortez protégés avec les nouvelles fonctionnalités Google Maps
ES avec Laure Delmoly, Kati Bremme, Diana Liu et Mathilde Floc’h
Credit photo : Clay Banks – Unsplash
Le monde post-covid-19 favorisera-t-il l’âge d’or de la réalité augmentée ?
Par Mathilde Floc’h et Laure Delmoly, France Télévisions, MediaLab
La pandémie de Covid-19 a transformé durablement nos modes d’interactions sociales et digitales.
Le confinement a mis en valeur le potentiel de la réalité augmentée pour des sociétés ou des secteurs d’activité immobilisés par la crise sanitaire.
Le PDG d’Apple Tim Cook ne cesse de souligner l’intérêt de cette technologie, voyant dans cette dernière un formidable outil relationnel, puisqu’elle permet d’appréhender le virtuel tout en augmentant le monde réel.
Voici quelques exemples d’applications de la réalité augmentée ayant suscité beaucoup d’intérêt durant la crise du coronavirus.
Les filtres de réalité augmentée : un outil pédagogique en temps de pandémie
Ces derniers mois, plusieurs innovations sur Snapchat, Facebook et Instagram ont permis de sensibiliser une population jeune à la gravité du coronavirus. La réalité augmentée permet de vulgariser des publications scientifiques parfois complexes.
A Angoulême, la société Cortex Productions, un studio d’animation spécialisé dans le domaine médical, s’est associée à la start-up Kalank pour lancer sur Snapchat un filtre AR intitulé Corona Mes Poumons. Ce dernier permet d’expliquer la contamination, et les effets du coronavirus sur le système respiratoire.
« La réalité augmentée et les filtres (…) ont l’avantage de casser la distance qui peut exister dans une vidéo ou un film. » Andreas Koch, co-fondateur de Cortex Productions
Une vidéo montrant un poumon malade du Covid-19 est parlante mais le spectateur se dit “c’est un malade, ce n’est pas moi. » La réalité augmentée donne en revanche l’illusion que ce que l’on voit nous arrive réellement.
L’utilisation de cette technologie a pour but d’informer avant de choquer : “Notre objectif à long terme est de créer un média qui serait une sorte de relai d’information scientifique grâce à la réalité augmentée” ajoute Andreas Koch.
En France, la société Real Illusions – spécialisée dans les outils de communication en réalité augmentée – a également lancé une application permettant d’observer le virus. Disponible sur Android, iOS et Hololens (le casque VR de Microsoft), ce contenu reprend les informations du site anglophone scientificanimations.com, une publication de référence en matière d’animations médicales grand public.
Source : Real illusions
Une innovation qui intéresse de plus en plus les médecins
Durant la pandémie, trois hôpitaux britanniques ont utilisé des casques HoloLens 2 pour réduire de 83 % le temps d’exposition des médecins aux malades Covid-19 et diminuer la demande en équipements individuels de protection soit une économie de 700 matériels de protection par semaine et par service.
L’introduction de la réalité augmentée dans le secteur de la santé permet également de superposer les images médicales à l’anatomie du patient pour gagner en précision lors des opérations. La start-up Osso VR travaille ainsi avec le Johnson & Johnson Institute pour former des chirurgiens avec des casques de réalité virtuelle Oculus Quest. La Mayo Clinic aux Etat-Unis innove également en formation chirurgicale après s’être associé avec la start-up FundamentalVR.
Une technologie utile pour accompagner le déconfinement
La start-up chinoise Rokid a créé une paire de lunettes de réalité augmentée qui identifie les individus contaminés à partir de leur température corporelle. Ce dispositif s’est déjà vendu à un millier d’exemplaires – pouvoirs publics, entreprises, écoles – et remplace de nombreux points de contrôle à l’entrée des bâtiments.
« La vérification de température à distance pourrait représenter une aide précieuse pour les pouvoirs publics. Le fait de proposer cette technologie via un « wearable » la rend d’autant plus pratique » a déclaré Xiang Wenjie, Vice-président de Rokid à Reuters.
These glasses can provide portable and distant temperature checking, thanks to an infrared sensor pic.twitter.com/XgaUlSGsnW
— Reuters (@Reuters) May 2, 2020
Sodar est un outil AR utile pour faire respecter les mesures de distanciation sociale. Un rayon de 2 mètres autour de l’utilisateur se dessine sur l’écran de caméra du smartphone. Un “cercle de sécurité sanitaire” se forme autour de l’utilisateur et une alerte lui est envoyée lorsque quelqu’un en franchit la limite.
Développé dans le cadre du projet “Expérimentations avec Google” Sodar est un outil disponible via un site dédié et accessible uniquement depuis un appareil Android via chrome.
Sodar – use WebXR to help visualise social distancing guidelines in your environment. Using Sodar on supported mobile devices, create an augmented reality two meter radius ring around you. #hacktohelp https://t.co/Bu78QrEN9f pic.twitter.com/kufatNFDQk
— Experiments with Google (@ExpWithGoogle) May 28, 2020
Favoriser les interactions sociales dans une société bouleversée par la crise sanitaire
Bousculées par le confinement, les applications de rencontre réfléchissent à l’intégration de la réalité augmentée dans leurs services : «Dans les années à venir, on pourra se balader avec son ‘date’ de façon virtuelle, grâce à la réalité augmentée, dans le lieu de ses rêves», explique Didier Rappaport, PDG d’Happn.
Un service de rencontre basé sur la réalité augmentée existe déjà depuis janvier 2020. Octi est un réseau social qui permet de détecter via la caméra du téléphone les profils des membres inscrits aux alentours. Une fois l’invitation acceptée par ces derniers, l’utilisateur Octi peut les visualiser entouré d’une “ceinture flottante” d’éléments virtuels représentant leurs chansons favorites, leurs vidéos et leur feed instagram.

techcrunch.com Contourner les contraintes de distanciation sociale dans le domaine des arts et de la culture
Pour remplacer sa tournée initialement prévue en mai 2020, le groupe Real Estate a créé Quarantour, une expérience de concert AR. Le principe ? Une appli web de réalité augmentée qui propose une performance préenregistrée du groupe. Les fans du y assistent via une page web sur leur appareil iOS ou Android, et peuvent placer la scène de concert en 3D sur la surface de leur choix. L’application de réalité augmentée a été dévéloppée par l’agence CALLEN.
Dans le domaine de la culture, Cuseum propose de déplacer les œuvres d’arts des musées sur les murs des particuliers via l’application [AR] T Museum et sa fonctionnalité de réalité augmentée Museum from home.
« Compte tenu de la pandémie COVID-19 et des nombreuses fermetures de musées dans le monde, la nécessité de créer un moyen alternatif pour expérimenter l’art et la culture n’a jamais été aussi grand » explique Brendan Ciecko, PDG et fondateur de Cuseum.
Brendan Ciecko avance la théorie selon laquelle les technologies de réalité augmentée (AR) et réalité virtuelle (VR) peuvent offrir une expérience tout aussi immersive et stimulante sur le plan neurologique que la visualisation des œuvres d’art originales dans un musée ou une galerie. C’est d’ailleurs la conclusion d’une étude menée en collaboration avec le Dr Pawan Sinha du MIT.
Côté sport, les diffuseurs télé et clubs de sport développent un stratégie digitale pour fidéliser leur audience durant le confinement. Avec la NBA, l’entreprise Second Spectrum travaille sur des filtres de réalité augmentée pour présenter un match en « mode coach », avec des notions tactiques, ou en « mode mascotte » avec des animations ludiques. La multiplication des trames narratives grâce aux innovations numériques (réalité augmentée, virtuelle, 5G) permettrait également d’engager l’audience sur une période plus longue que le seul jour de l’événement sportif.
La clé de la réorganisation du monde du travail ?
Le déconfinement est progressif. La visioconférence et le télétravail restent la norme pour de nombreux professionnels. La crise sanitaire semble avoir impacté de façon durable l’organisation du monde du travail, et la réalité augmentée pourrait jouer un rôle à jouer dans l’ère post-covid.
En mai 2020, la start-up Spatial met à disposition gratuitement son appli de réunion immersive. Cet outil de travail collaboratif permet de transformer n’importe quel environnement en un espace immersif dans lequel plusieurs utilisateurs peuvent travailler ensemble, à distance et en 3D. Les participants à la réunion apparaissent sous forme d’avatars personnalisés (à partir d’une photo prise par smartphone), tandis que les utilisateurs non-immersifs se connectent sous forme d’appel vidéo Zoom. Ils peuvent partager et annoter tout type de fichier en les affichant sur un mur virtuel.
L’outil a été conçu pour être utilisé avec des casques de réalité augmentée -Microsoft HoloLens, Magic Leap One – et de réalité virtuelle -Oculus Quest) – mais également avec des appareils plus classiques – ordinateur, tablette ou smartphone (en fonctionnalités réduites).
Facebook développe également un concept de bureau virtuel en réalité augmentée mais ne s’agit pour l’instant que d’une expérimentation.
L’usage de la technologie AR dans le monde professionnel perdurera sans doute après le confinement, du fait de l’économie de moyens qu’elle peut apporter pour des entreprises aux budgets et capacités de déplacement professionnels limités par la crise sanitaire. La digitalisation des relations de travail est désormais une réalité.
Réalité augmentée, réalité virtuelle : quel avenir pour ces innovations technologiques ?
« Si cette pandémie avait surgi dans deux, trois ans, je pense qu’elle aurait marqué l’âge d’or de la VR et de l’AR” déclare Munjeet Singh, Vice président senior chez Booz Allen Hamilton.
Les solutions existantes sont déjà très performantes. Pourtant, il se vend assez peu d’équipements (à peine 5 à 6 millions de casques réalité virtuelle l’an dernier). Et pour cause, la plupart des casques sur le marché sont encombrants, avec un prix assez élevé.
Le cofondateur et CEO de la start-up Magic Leap Rony Abovitz semblait reconnaitre l’échec de sa stratégie “grand public” en quittant son poste : la start-up se concentre désormais sur le marché professionnel.
Nombreux sont les professionnels qui travaillent cependant à la diffusion grand public de casques VR/AR. Apple vient de racheter la startup spécialisée NextVR et pourrait lancer son casque de réalité virtuelle vers 2022. Facebook et Microsoft continuent de travailler activement sur la VR et l’AR via le casque Hololens.
En France, Orange fait désormais partie d’un groupe de 15 opérateurs télécoms soutenant l’initiative XR Viewers de Qualcomm, qui vise à commercialiser des casques légers et abordables, fonctionnant par connexion câble et avec un smartphone compatible. Une dizaine de fabricants travaillent déjà sur ces dispositifs, et leur commercialisation devrait débuter dans l’année à venir.
La crise sanitaire augmente le potentiel de la réalité augmentée et les cas d’usages se multiplient.
La réalité augmentée a gagné en popularité durant le confinement via le développement d’une l’offre par certaines institutions sportives et culturelles. Les entreprises développent également des outils AR afin d’égayer les journées de télétravail.
S’il reste encore du chemin à parcourir, nombreux sont ceux qui voient les lunettes de réalité augmentée et les casques de réalité virtuelle comme le prochain âge d’or. Enfin un changement de paradigme ?
Credit photo : My name is Yanick – Unsplash
Liens vagabonds : #BlackLivesMatter, les protestations enflamment les réseaux
A RETENIR CETTE SEMAINE
Réseaux sociaux & manifestations Black Lives Matter – Les manifestations déclenchées par la mort de George Floyd enflamment les réseaux. Dans une Amérique équipée massivement de caméras de surveillance, les vidéos témoignant de la violence policière deviennent vite virales. Sur les réseaux sociaux, l’initiative Instagram #BlackoutTuesday fait débat et les adolescentes se mobilisent sur TikTok. La désinformation sur les événements est un réel enjeu pour les médias sociaux. Ces événements sont l’occasion de réévaluer les liens qu’entretiennent les géants de la tech avec les autorités policières.
Facebook, Snapchat & Donald Trump – Zuckerberg « se soumet » à l’autoritarisme de la Maison Blanche, mais la contestation gronde dans les rangs de Facebook. Les employés du géant de la tech entament une manifestation virtuelle et critiquent la position de Zuckerberg dans une lettre ouverte. Les leaders des droits civiques se disent aussi « déçus et choqués ». Zuckerberg défend sa position tandis que Snapchat bannit de sa Une les actus sur le président américain.
Google & procès aux US – Un procès antitrust contre Google est en préparation pour cet été soit l’une des plus grandes actions antitrust de la justice américaine depuis des décennies. En Californie, une action de recours collectif à cinq milliards $ accuse Google d’avoir secrètement accumulé une grande quantité de données sur les utilisateurs, y compris ceux qui utilisent la navigation privée.
Nouveau patron BBC – Tim Davie prend la tête de la BBC. Ses priorités : les négociations sur l’avenir de la redevance audiovisuelle et l’accélération des changements pour adresser une audience mondiale.
Cette semaine en France :
- La réforme de l’audiovisuel public suspendue à un fil
- StopCovid : comment l’appli marche, en 7 questions
- La Cnil va contrôler StopCovid
- Festival de Cannes : Pierre Lescure réélu président pour un troisième mandat
- Voici les 56 films sélectionnés par le Festival de Cannes pour 2020
- Le cloud européen franco-allemand dévoile ses services numériques souverains
- Les Français mitigés sur le rôle des technologies pendant la crise sanitaire et pour construire le « monde d’après »
3 CHIFFRES
- Selon le cabinet IDC, les livraisons de téléphones mobiles devraient baisser de 11,9 % cette année. La reprise du marché chinois ne compense pas le ralentissement en Europe
- StopCovid activé 600 000 fois en France au lendemain de son lancement mardi
- Les Français ont passé en moyenne trois heures par jour sur Internet au mois d’avril – 46 % de plus qu’en avril 2019
LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE
Vous trouverez plus d’infographie sur StatistaNOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ
- Pourquoi Citizen est il devenu le réseau social officieux des manifestations ?
- Comment la technologie perpétue le racisme en associant le crime et la violence aux personnes noires
- 8 journalistes racontent la réalité de leur métier et le poids de l’histoire en tant que femmes noires
- Faut-il ou non installer « StopCovid » ? Le débat résumé en une conversation SMS

lemonde.fr DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION
- Pourquoi la Big Tech ne combat-elle pas Trump en public à propos de son décret exécutif sur les réseaux sociaux
- Microsoft, Amazon et IBM expriment leur “solidarité” avec les manifestants… mais mettront-ils fin pour autant à leurs contrats avec les autorités ?
- Comment Twitter a pris la décision de factchecker les tweets de Trump après des années de débats internes
- Google supprime de son store « Remove China Apps », qui promettait aux utilisateurs de supprimer de leur smartphone les app chinoises. Cette app avait fait l’objet de 4,7 millions de téléchargements en Inde
- La mort de Hana Kimura, star de la télé-réalité japonaise, déclenche un appel à plus de modération des contenus haineux dans le pays
- Violences contre les femmes : le Nigeria s’enflamme sur la Toile
DONNEES, CONFIANCE, LIBERTE DE LA PRESSE, DESINFORMATION
Cybersécurité
- Un bug dans le lien ‘Sign in with Apple’ aurait pu laisser les hackers cyberattaquer le compte Apple de n’importe qui
- Zoom n’encryptera pas les appels gratuits. Sa volonté de travailler avec les autorités policières suscite de nombreuses critiques, à l’heure des manifestations
- Google affirme que des hackers iraniens et chinois ont respectivement ciblé les campagnes de Trump et de Biden
Applis de tracing:
- Le projet de loi sur les app de contact tracing aux Etats-Unis en retard par rapport à Apple et Google
- Non, le gouvernement n’installe pas automatiquement StopCovid en secret sur votre smartphone
Désinformation :
- Comment se protéger de la désinformation
- Attention à cette infographie trompeuse sur les homicides aux Etats-Unis

20minutes.fr Liberté de la presse :
LEGISLATION, REGLEMENTATION
- Donald Trump vs Twitter : qu’est-ce que la « section 230 » que le président veut abroger ?
- Pornographie : le contrôle de l’âge renforcé revient au Parlement
- La Commission européenne planche sur une nouvelle autorité pour surveiller les géants du numérique
- La Californie étudie un projet de loi controversé qui permettrait l’utilisation de la reconnaissance faciale par des entreprises et des agences gouvernementales
- Les États-Unis contestent les taxes des services numériques dans 9 pays et l’UE en raison d’un « ciblage injuste » des géants technologiques américains
JOURNALISME
Crise et transformation du secteur :
- La pandémie a poussé les rédactions au chômage, et puis les manifestations ont commencé…les reporters sont ils de retour ?
- A l’Équipe, des efforts sur les salaires et le temps de travail vont être demandés à tous dans le but de maintenir l’emploi
- Les journalistes du New York Times dénoncent le journal pour avoir publié une tribune qui appelle à l’intervention militaire dans les villes américaines touchées par les manifestations
- La police américaine a attaqué des journalistes plus de 110 fois depuis le 28 mai
If you’re a journalist who’s been arrested, gassed, or shot — get in touch with us at the @USPressTracker so we can document your case.
Our team is investigating literally dozens of press freedom violations across the country as we speak. https://t.co/nJcVsWAqLQ
— Freedom of the Press (@FreedomofPress) May 31, 2020
STORYTELLING FORMATS
- Science & Vie TV : la chaîne a désormais un compte sur TikTok
- TIME a demandé aux photographes qui couvrent les manifestations de raconter ce qu’ils y ont vu
USAGES
- La croissance significative des audiences TV et des services de streaming perdure après le déconfinement aux Etats-Unis, d’après de nouvelles données Nielsen
- France 2 : numéro de « Complément d’enquête » sur « Et si c’était la fin de la télé ? »
- Les futurs smartphones auront-ils tous un thermomètre ?
RÉSEAUX SOCIAUX / MESSAGERIES
- A quoi sert le conseil de supervision de Facebook s’il n’est pas utilisé en ce moment ?
- « LinkedIn a été très sollicité pendant la crise du coronavirus »
- Quatre ans après son méga-rachat par Microsoft, LinkedIn poursuit sa croissance fulgurante
- Pour soutenir les manifestants, la messagerie Signal déploie un outil de floutage des visages

wersm.com - Après des accusations de censure, TikTok s’engage à promouvoir les créateurs noirs et à faire des dons aux associations qui aident la communauté noire
- Quelles sont les communautés les plus surprenantes du réseau TikTok ?
@mamadoctorjones♬ ALL IN – ZaeHD & CEO STREAMING, OTT, SVOD
AUDIO, PODCAST, BORNES
- Le studio de podcasts Majelan met le cap sur le tout payant et le développement personnel
- BBC lance son propre assistant vocal “Beeb”, en beta
- Découvrez à quoi va ressembler l’offre audio d’Apple News+
DATA, AUTOMATISATION, INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, BLOCKCHAIN
- Microsoft remplace des journalistes par l’IA
- De nouveaux types d’outils basés sur l’IA apparaissent pour lutter contre les fake news
- La fois où Apple a compris que l’automatisation ne pouvait rencontrer les talents humains
- Les organismes de presse collaborent pour expérimenter des solutions journalistiques utilisant l’IA
PUBLICITE, MONETISATION
- Les entreprises médiatiques devront attendre 2021 pour récupérer des revenus publicitaires sur l’IGTV
- YouTube peine à convaincre les annonceurs de dépenser de l’argent pour des publicités SVOD
- Facebook va empêcher les médias contrôlés par des États d’acheter des publicités aux États-Unis
IMMERSION, 360, VR, AR
- La conférence “Augmented World Expo 2020” se déroule en ligne avec l’aide de la VR
- Les meilleurs jeux VR de 2020
JEUX VIDEO, eSPORT
- Mediapro et TF1 s’associent pour créer la chaîne Téléfoot
- « Ce n’est pas le bon moment » : l’industrie du jeu vidéo décale ses annonces, en soutien à Black Lives Matter
- 17 ans après le premier Call of Duty, Activision promet de durcir ses mesures contre le racisme en jeu. Call of Duty rajoute un message “Black Lives Matter” au jeu
- Fortnite, chapitre 3, saison 2 : sortie, thème, carte, rumeurs… tout ce que l’on sait
Over 50 million adventurers joined Geralt on his journey from Kaer Morhen to Vizima, through Flotsam and Vergen, Velen and Novigrad to Skellige Isles and Toussaint, and many, many more places, time and time again…
Thank you and may we meet on the path again! pic.twitter.com/cZwOup9CEc
— The Witcher (@witchergame) May 28, 2020
5G, 8K
- Les télécoms européens s’inquiètent du retard de la 5G
- 5G : SFR et Bouygues Telecom souhaitent ralentir le déploiement de l’ultra haut débit mobile
TECH, STARTUPS, INNOVATION, TRANSFO NUM
- Malgré la crise du coronavirus, les start-up volontaires pour embaucher
- L’Etat débloque 1,2 milliard d’euros supplémentaires pour soutenir la French Tech
- Facebook investit dans Gojek, le « Uber indonésien »
- Le service de visioconférence Zoom bat tous ses records et vaut près de 60 milliards de dollars en Bourse
- Slack s’associe à Amazon pour concurrencer Microsoft Teams
OUTILS
- L’outil de transfert photo Facebook est désormais disponible
- Instagram : Spark AR permet désormais de créer des filtres réactifs à la musique

siecledigital.fr ES avec Laure Delmoly, Kati Bremme, Diana Liu et Mathilde Floc’h
Credit photo : Max Bender – Unsplash
La maîtrise de la blockchain, un défi crucial dans l’ère post COVID-19
Par Mathilde Floc’h et Laure Delmoly, France Télévisions, MediaLab
La multiplication des app de « traçabilité COVID-19 » pour accompagner le déconfinement progressif des populations met en lumière l’enjeu de protection de la vie privée.
Au delà de l’émergence de nouvelles fonctionnalités santé sur nos smartphones, nombreux sont les domaines où nous aimerions confier nos données personnelles en toute sécurité.
Dans une ère post-COVID-19, le dispositif blockchain pourrait faciliter la reprise de l’activité mondiale.
Les Nations Unies ont récemment salué le rôle d’Ant Financial (filiale du Groupe Alibaba) pour sa solution blockchain qui permet d’accélérer la demande de prêts pour les PME et TPE touchées par la crise.
En France, l’écosystème est encore en voie de structuration. Mais nul doute que la maîtrise de cette technologie sera cruciale dans les années à venir.
L’utilisation de la blockchain dans le domaine de la santé
- Assurer le partage et la confidentialité des données des tests de dépistage du coronavirus
Le collectif de développeurs bénévoles Block Covid a lancé Dépistage, une base de données sécurisée liée aux tests de dépistage à disposition des autorités sanitaires. Dépistage prend la forme d’une application web et identifie – sur la base du volontariat – les personnes contaminées et celles à risque qui devraient rester confinées.
Sa blockchain est basée sur Hyperledger Fabric, un outil de développement blockchain. Ses créateurs affirment que l’app est conforme aux exigences de respect de la vie privée de la CNIL et du RGPD. Les données ne sont communiquées qu’aux autorités et entités compétentes. Principalement destinée aux hôpitaux, aux EHPAD et aux Agences Régionales de Santé, l’application pourrait par la suite être déployée plus largement.
Un des avantages de la blockchain ici est son côté “Single Point of Failure” : si l’un des noeuds (donc une partie des données) est attaqué, les autres demeurent protégés.
- Assurer la traçabilité des traitements et faciliter le fonctionnement de leurs chaînes d’approvisionnement
En Afrique, des applis commencent utilisent la blockchain pour assurer une traçabilité des traitements afin de remédier au problème massif de faux produits pharmaceutiques – un marché qui représente entre 120 et 160 milliards d’euros chaque année selon l’OMS. Pour exemple, l’appli française Meditect en Côte d’Ivoire.
Gavi, l’Alliance du vaccin, s’interroge sur comment la blockchain peut contribuer à la résilience des chaînes d’approvisionnement de vaccins.
Les applications de la blockchain dans le domaine de la santé sont encore trop limitées à la traçabilité des médicaments, l’application de la technologie à d’autres domaines est freinée par le manque d’adaptation réglementaire en la matière.
“Introduire l’utilisation de la blockchain dans des domaines plus sensibles tels que les tests cliniques et le management de données des patients sera possible uniquement après résolution des enjeux de protection de la vie privée et familiarisation du grand public à cette technologie. Cela prendra du temps” explique Michela Landoni, analyste à Fitch Solution.
L’utilisation de la blockchain dans le domaine de l’information
- Un outil pour lutter contre les fake news
En Italie, l’ANSA a collaboré avec une société de blockchain EY Advisory SpA pour lutter contre les fake news. L’application permet à l’ANSA de vérifier plus de 1000 news par jour. Il s’agit pour l’agence de s’assurer que lorsqu’elle est citée quelque part, l’information en question provient bien de ses journalistes. Un autocollant numérique avec l’inscription « ANSAcheck » s’affiche lorsque le doute sur une information est levée.
- Reprendre le contrôle de son identité numérique grâce à la blockchain
Avec les mesures de distanciation sociale, les transactions se digitalisent chaque jour un peu plus. L’importance de la sécurisation de notre identité numérique n’en est que plus importante.
Les identités numériques sont conservées et gérées électroniquement dans des bases de données propres à chaque prestataire. Le désir de remettre à l’utilisateur la maîtrise de ses données d’identification se manifeste de plus plus souvent.
La Commission européenne a lancé à ce sujet une initiative intitulée « Self-sovereign identity » dont l’objectif est de confier à l’utilisateur la gestion de son identité numérique. La SSI est fondée sur un « Identifiant Décentralisé » : une URL avec ses propres règles de syntaxe, relative à un sujet avec un Document d’identification décentralisé (DID Document).
Toute cette technologie s’appuie sur une DPKI (Infrastructure à Clé Publique Décentralisée) sans autorité centralisée.
La blockchain, un possible outil de relance économique post-pandémie
- Une technologie qui intéresse le Forum Economique Mondial
La blockchain apparait de plus en plus comme un outil de relance économique post-COVID. En témoigne la publication par le Forum Economique Mondial d’une boîte à outils composée de 14 modules ayant pour objectif de développer de meilleures chaînes logistiques grâce à la blockchain.
« Notre boîte à outils Blockchain Deployment est essentielle pour concevoir des solutions qui fonctionnent pour une multitude d’acteurs, y compris les petits acteurs qui n’ont peut-être pas accès aux ressources nécessaires pour débloquer la valeur de la technologie blockchain » explique Nadia Hewett, responsable projet blockchain et monnaie numérique au Forum économique Mondial.
Cette boîte à outils a déjà été mise en application aux Émirats Arabes Unis où l’Abu Dhabi Digital Authority a mis en place un suivi logistique de la création de son Centre pour la quatrième révolution industrielle des Émirats (appelé C4IR UAE) et en Arabie Saoudite où la blockchain a permis un suivi des ressources humaines de la Saudi Aramco, la principale compagnie pétrolière du pays.
- La blockchain ou la garantie d’une « confiance partagée » entre les différentes parties d’une transaction économique
La transparence dans les transactions induites par la blockchain est utile pour la reprise de l’activité mondiale. Elle favorise la résilience des supply chains. Elle pourrait améliorer la mise en application des politiques monétaires de relance en s’assurant de la conformité d’un titre grâce à une signature électronique universelle.
- Un outil facilitateur d’accès au capital pour des PME et TPE mises en difficulté par la crise
Ant Financial, la filiale du Groupe Alibaba permet aux PME – à travers sa solution « Ant Duo-Chain » – de demander des prêts aux banques en valorisant leurs créances existantes sur les grandes entreprises. Techniquement, il s’agit d’une plateforme de financement qui référence les créances d’un écosystème. La technologie blockchain intervient pour renforcer la transparence et l’accès à des informations en temps réel sur les entreprises. Dans un délai très court, cette solution présente des garanties supplémentaires aux banques pour accorder un prêt.
- Un moyen d’injecter des liquidités pour favoriser la relance
Aux Etats-Unis émerge l’idée d’injecter des liquidités sous forme de cryptodollars. Puisque la FED ne peut se charger de cette opération massive de digitalisation, une sous-traitance pourrait être proposée à plusieurs sociétés – choisies par les banques grâce à des processus de vérifications et anti-escroqueries. Les techno-blockchains entreraient en concurrence comme les cryptomonnaies si la technologie souveraine s’avérait trop lourde à manipuler. Derrière cette idée : créer des systèmes monétaires privés, locaux ou professionnels.
- Investir dans le bitcoin pour diversifier son portefeuille
Dans un contexte de crise économique, les gens cherchent des opportunités d’investissements, et le bitcoin s’avère être un investissement assez simple pour diversifier son portefeuille. Les inscriptions sur les grandes plateformes d’échange de cryptocurrency – telles que Coinbase ou Binance – ont bondi en avril 2020, et avec elles les volumes d’échanges de ces monnaies.
Dans un tweet du 29 avril, le PDG de Binance Changpeng Zao signalait que les 11 milliards de dollars échangés en 24 heures de temps correspondait au montant le plus élevé échangé depuis janvier 2018.
Last time we seen $11b was in Jan 2018, if memory serves me correctly.
We have seen ATH in trader numbers for a while, but volume wise, today is a new record.
— CZ Binance 🔶🔶 (@cz_binance) April 29, 2020
En France, un écosystème dynamique en voie de structuration
Trois organismes de recherche ont rendu leurs conclusions de la mission prospective sur la blockchain en France le 10 février 2020. Cet “éclairage” pré-COVID-19 de la situation nationale demeure intéressant à la sortie de la pandémie.
- Un secteur dynamique mais qui manque encore de communication
En France plus de 70 start-ups concentrent leur activité sur cette technologie. Cet engouement touche également les grands groupes et les institutions. La Banque de France souhaite mener des expérimentations sur l’euro digital et a lancé un appel à candidatures afin d’identifier des moyens pour renforcer l’efficacité et la productivité du système financier.
Cependant les laboratoires blockchain ont de petites équipes qui interagissent peu.
Malgré la création récente de l’ADAN en janvier 2020 (l’association pour le développement des actifs numériques, dont le but est de structurer et promouvoir les crypto-actifs auprès des pouvoirs publics comme des acteurs privés) ou de l’incubateur The Garage, la communication avec les structures académiques demeure insuffisante.
Les tensions économiques et salariales, ont également provoqué une fuite des talents outre-Atlantique « pour rejoindre les Gafam », affirme Georges Gonthier, chercheur senior à l’Inria.
- Une baisse des investissements et un manque de cas d’usages
« L’intelligence artificielle a raflé la mise sur les investissements, les grands groupes ont désormais du mal à déporter les fonds consacrés à l’innovation sur la blockchain » conclut la mission prospective sur la blockchain en France.
« Les entreprises doivent trouver elles-mêmes une solution ou en acheter une, et c’est souvent trop coûteux pour les start-ups« , rappelle Georges Gonthier.
Le rapport préconise la création d’un service d’Etat sur l’identité numérique et une plus grande implication de l’ANSSI (Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information).
Selon une récente étude de NewAlpha Asset Management et Exton Consulting, 75% des start-ups de la blockchain ont été créées il y a plus de deux ans et n’évoluent pas, faute de cas d’usages.
35 start-ups exercent à l’heure actuelle une activité liée à la blockchain en France. La collaboration entre ces dernières et les laboratoires de recherche doit s’accentuer. Un telle évolution nécessiterait 25 millions d’euros d’investissement sur 4 à 5 ans.
Il semble que la pandémie COVID-19 en accélérant la digitalisation de certains services pose avec encore plus d’acuité la question de la vérification de nos identités et de la confiance que nous mettons dans les technologies qui partagent nos données.
En matière de blockchain, la France n’est pas en retard, mais elle ne doit pas oublier que les labos de recherche se multiplient avec un leadership américain et une montée en puissance de l’Inde et de l’Algérie.
Dans d’autres pays les laboratoires de recherche se structurent au travers de coalitions et de clusters pluridisciplinaires, comme Alastria en Espagne ou Concordium au Danemark).
En Chine, Huawei et Tencent participent à l’effort national pour préparer le futur de cette technologie. Pour le dirigeant chinois Xi Jinping, le pays doit en effet tout faire pour « prendre la première place dans le domaine émergent des blockchains » (octobre 2019, lors d’un Bureau Politique du Parti Communiste).
Crédit photo de Une : Launchpresso – Unsplash
Pourquoi la vidéo en direct sur Instagram a explosé pendant le confinement
Par Professor, Universidad Iberoamericana, Mexico City/Tijuana. Billet originellement publié sur The Conversation et re-publié sur Méta-Media avec autorisation.
Instagram Live, le service de streaming du réseau social, s’est imposé comme un réel mode de divertissement durant le confinement. S’il est encore trop tôt pour avoir les premiers chiffres, une analyste américaine fait état d’une hausse de plus de 500 % au niveau mondial des mentions #IGLive d’une retransmission en direct entre le 8 et 15 mars derniers sur les réseaux sociaux Instagram et Twitter.
Les jours suivants, entre le 14 et 24 mars, les utilisations de Facebook Live et Instagram Live ont doublé sur 30 marchés, selon les données communiquées par le groupe Facebook.
Ce succès est dû au lien spécial créé par les lives qui permet de partager des moments de convivialité et un réel sentiment d’intimité avec les célébrités, fans, instagrammeurs.
Dans l’intimité des célébrités
Il s’est traduit par des audiences gigantesques pour certaines diffusions. En France par exemple, un concert de la chanteuse et comédienne Camille Lou a été suivi par 65 000 auditeurs début mai.
Quelques jours avant, le premier Instagram Live entre les champions de tennis Roger Federer et Rafael Nadal durant la période de confinement avait lui aussi été largement suivi.
Instagram Live entre Roger Federer et Rafael Nadal le 20 avril dernier.
Instagram Live n’est pourtant pas le seul service de streaming sur Internet : YouTube a été le pionnier et Facebook live s’est lancé peu après, mais ces applications n’ont pas connu le même engouement pendant le confinement. Comment l’expliquer ?
On peut déjà avancer une première raison qui concerne la facilité d’accès. Instagram Live permet aux utilisateurs de suivre les gens et d’être suivis, mais contrairement à Facebook, le « double sens » n’est pas requis. Autrement dit : vous pouvez suivre quelqu’un, même s’il ne vous suit pas et vice versa.
En outre, les vidéos en streaming Instagram Live bénéficient d’une mise en avant spécifique : priorité du contenu dans le newsfeed, notifications concernant les lives aux utilisateurs qui doivent être désactivées distinctement.
En quelques clics, le service permet donc de se connecter à sa célébrité favorite. L’utilisateur va alors se sentir comme un « ami » qui accède à l’intimité de son idole, qui va apparaître sans maquillage, dans son salon, sa cuisine, sa salle de sport ou tout autre lieu intime que l’on ne pourrait pas voir habituellement.
Les adeptes sont ainsi plus proches que jamais des influenceurs et des personnes célèbres. Ce sentiment d’intimité crée un lien spécial : les utilisateurs peuvent faire de l’exercice en même temps qu’une star du fitness, suivre leur routine en direct, écouter leur idole chanter, cuisiner en même temps que leur chef préféré, poser des questions et obtenir une réponse en direct, faire partie d’une conversation entre deux ou plusieurs célébrités, etc. Ils peuvent donc vivre une relation et une expérience plus personnalisée que jamais.
Pendant le confinement, l’usage de Instagram Live a en effet évolué. Le service, qui était surtout un canal de communication pour les influenceurs, a progressivement été utilisé par les artistes ou sportifs pour créer des moments de convivialité avec leurs fans notamment. Par exemple : les tennis men Stan Wawrinka et Benoit Paire se sont mis à organiser des apéros virtuels.

Cours de yoga dispensé en direct sur Instagram Live le 4 avril dernier. Philippe Lopez/AFP En parallèle, la nature des contenus a évolué pour s’adapter aux besoins et créer des routines au quotidien pour les utilisateurs confinés : faire du sport, s’évader, méditer, rire, etc. En moyenne, les durées de diffusion se sont allongées pour une audience ayant plus de temps en confinement.
Une source de valeur expérientielle
Cet engouement intéresse sans surprise les marques, qui cherchent à tirer profit de ce succès pour intégrer encore davantage les influenceurs qui se mettent en scène sur Instagram Live dans leur communication.
Par exemple, début avril, la maison de luxe Chanel s’est associée à la chanteuse Angèle pour organiser un concert retransmis en direct sur le réseau social.
Ce type d’événement virtuel permet à la marque de bénéficier de la proximité entre ses ambassadeurs et ses cibles commerciales. Instagram Live devient ainsi un levier générer un engagement fort, bien plus efficace que de simples photos, et d’augmenter in fine la valeur perçue de ses produits.
Angèle se produit en concert sur Instagram Live, évènement sponsorisé par l’entreprise Chanel.
Deux formes principales de valeur sont en effet reconnues par les praticiens et les chercheurs en marketing : la valeur utilitaire et la valeur expérientielle.
La première, la valeur utilitaire, pourrait prendre la forme d’une transaction rationnelle entre qualité et prix, économie de prix, excellence du service, gain de temps ; la seconde, la valeur expérientielle, englobe justement des avantages émotionnels tels que le plaisir, la beauté, la justice, l’éthique, le statut, l’estime de soi, etc., que peut procurer une retransmission sur Instagram Live.
Ce point est d’autant plus important que, lorsqu’il y a un processus d’échange de valeur entre la marque et le consommateur par le biais d’avantages expérientiels, une relation s’installe. Cette relation va créer une satisfaction puis un engagement qui aura à son tour a un impact sur la fidélité à la marque.
Instagram Live est donc apparu comme un levier privilégié de communication pour les marques pendant le confinement alors que les consommateurs étaient appelés à rester chez eux, augmentant le temps passé devant leur écran à consommer du divertissement.
Se pose maintenant la question de l’après-crise sanitaire : ce succès d’audience et l’engouement des marques va-t-il se pérenniser ?
En effet, les utilisateurs n’auront plus la même flexibilité pour suivre des Instagram Live à n’importe quelle heure de la journée (par exemple, l’humoriste et YouTubeuse Camille Lelouche fait son live en milieu d’après-midi) et certainement plus les mêmes besoins.
Verra-t-on donc apparaître, comme à la télévision et la radio, des lives le soir en prime time ?
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