Comment maintenir une double production d’infos web/TV pendant la crise du COVID-19

 Par Jean-Christophe Dupuis-Rémond, Rédacteur en chef adjoint de France 3 Grand Est – Antenne de Lorraine

La fluidité dans la gestion d’une double production web et TV n’est pas encore parfaite à France 3 Grand Est, la force des schémas habituels de production télévisuels étant encore, parfois, très prégnante. Travailler avec le timing d’un JT à 12h et 19h n’est pas la même chose que de produire très vite une première version en ligne d’un article pour ensuite la compléter et l’ « enrichir ». La maîtrise d’une nouvelle temporalité est un réel exercice d’équilibriste. Lorsque la crise du COVID-19 a éclaté nous avons très vite réorganisé la rédaction afin d’assurer la continuité de l’offre numérique d’information. 

Une simulation télétravail pour s’organiser avant le début du confinement

Le jeudi 12 mars précédant le 1er tour des municipales, nous avons simulé, en restant chez nous, une journée réelle de télétravail. Ce qui nous a permis de mesurer l’ampleur de l’organisation et du matériel nécessaire. Nous n’imaginions alors pas que 4 jours plus tard, ce mode de travail entrerait en vigueur.

Lundi 16 mars, après avoir fait le point sur les analyses post-1er tour en publication par l’équipe web, nous nous sommes répartis le matériel disponible. Certains des journalistes ont embarqué leur tour, écran, clavier et souris, d’autres ont pris possession des portables disponibles et d’autres encore les pack mojo (journalisme mobile : iPhone8 avec micros et matériels divers), en prévision d‘éventuelles sorties. Un choix qui s’est avéré judicieux par la suite. Puis chacun est rentré chez soi.

Le lendemain matin, mardi 17 mars, 1er jour officiel du confinement, j’ai mis en place les bases de ce qui allait être notre cadre d’activité numérique quotidienne avec une « ligne de vie » et des rendez-vous quotidiens, en utilisant les outils WhatsApp et Skype.

Le groupe WhatsApp, notre « ligne de de vie »

J’ai d’abord créé un groupe WhatsApp réunissant les contributeurs web, à charge pour eux de désactiver les notifications lorsqu’ils ne sont pas affectés à l’activité numérique du jour, ou bien de me demander de les en exclure s’ils le préfèrent, le temps de leur absence. Le fil de messages de ce groupe WhatsApp est notre ligne de vie, le lieu de nos échanges et si nécessaire de nos débats en groupe. Cependant, quand un sujet doit être vraiment approfondi, nous passons à un échange en « tête à tête » par messages privés afin de ne pas déranger le reste du groupe.

Plusieurs rendez-vous rythment notre journée au cours de laquelle chacun s’organise en autonomie une fois les sujets répartis. Certains ont besoin d’échanger régulièrement, d’autres beaucoup moins. C’est là que la connaissance des personnalités de son équipe est importante pour le manager. Interagir avec untel ne se fait pas de la même façon avec tel autre. Mais la disponibilité du manager, elle, doit être entière (dans la limite du raisonnable).

 La conf de rédaction sur WhatsApp de 9h30

Ni trop tôt, en particulier pour ceux qui ont des enfants à la maison ou des aînés dont il faut s’occuper, ni trop tard s’il y a un ou plusieurs sujets d’actualité à traiter rapidement. Je fais ensuite un « coucou » à midi pour rappeler à mes collègues d’aller déjeuner et à 14h pour leur indiquer que je suis à nouveau disponible.

Je constate au bout de 3 semaines que le ton sur ce fil est relativement détendu, parfois les blagues fusent mais on y engage aussi des discussions sérieuses dans le choix de nos reportages.

La visioconférence skype de 17h30

Ce moment de la journée où chacun peut voir l’autre est très vite devenu important. La vacation du jour est terminée pour la majorité de l’équipe, ne reste éventuellement qu’un ou deux articles à finir pour eux, à relire et valider pour moi. C’est un temps de parole, qui bien sûr débute sur le débriefing de la journée, les éventuelles consignes à passer mais qui assez rapidement part sur l’évocation du quotidien de chacun d’entre-nous. Une parole libre, comme à la machine à café mais dans une intimité propre. Nous y parlons enfants, fatigue, voisins, angoisses, coupe de cheveux ou tout autre sujet du moment. Librement. Et cela fait un bien fou.

En général j’essaie de ne pas dépasser une amplitude horaire qui va de 7h30 à 19h30, pour courir ce que nous avons identifié, dès le départ, comme un marathon. Se préserver pour durer.

Ainsi un membre de l’équipe me confiant au matin un coup de moins bien ne sera pas mis à contribution autrement que « prends du temps pour toi, jette un œil sur ton environnement, cela nous fera peut-être un bon sujet demain ou plus tard ». Je n’ai pas d’état d’âme par rapport à cela. Je préfère proposer trois « bons » articles de cet ordre dans la journée que de démultiplier notre activité pour produire des sujets qui souvent ne sont que la redite de ce qui est proposé ailleurs.

Une coordination nécessaire avec les autres équipe du Grand Est et avec Paris

D’autant que nous ne sommes pas seuls. Les contenus de France 3 Grand Est sont réalisés par les équipes de Lorraine, Alsace et Champagne-Ardenne. A la fin de la journée, les articles publiés sont nombreux. Nul besoin donc de s’inquiéter de l’offre de lecture. En revanche, la coordination pour ne pas faire doublon est indispensable. Un journaliste issu de notre direction régionale a pris  la charge de la coordination de nos publication, et celle de faire remonter vers Paris et les autres régions les sujets transversaux. Mes homologues de Strasbourg et de Reims ont mis en place leur propre organisation avec un fil WhatsApp dédié, auquel s’est ajouté un fil pour l’encadrement numérique à l’échelle de la grande région.

La présence dans les locaux devient une exception, le télétravail la règle

Nous en étions là à la première semaine de confinement quand la décision est arrivée de Paris : limiter les présences dans nos locaux aux indispensables. Le télétravail devenait la règle pour tous et la présence l’exception. Et le JT devenait lui aussi « grand régional ». Des sept équipes quotidiennes pour faire un journal télévisé à son échelle, chacune des antennes n’avait plus qu’à en mobiliser trois (soit six journalistes) pour contribuer à ce journal télé du Grand Est, piloté par chaque antenne à tour de rôle. De nombreux journalistes sont venus renforcer le planning des contributeurs web. Imaginez qu’en janvier, la règle était de 3 contributeurs par jour et que le premier vendredi du confinement j’avais 11 journalistes à encadrer.

Davantage de journalistes dans les équipes web

La relecture d’une publication et sa diffusion via les réseaux sociaux, incluant les interactions avec le rédacteur, prend en moyenne 15 minutes au minimum par article. Multipliez ce temps par onze, avec des publications arrivant vers 17h. Cela fait trois heures, au minimum. Souvent bien plus pour de multiples raisons. Avec l’impossibilité de faire en même temps de la veille, la visio Skype du soir, les interactions avec l’équipe managériale et la lecture des mails. Nous avons donc convenu de fixer la jauge à 6 contributeurs par jour au maximum en Lorraine avec seulement du management de ma part. Mais même ainsi, la charge mentale est lourde et la fatigue difficile à gérer sur le long terme.

Une organisation efficace

Alors que nous approchons de la fin de la 3e semaine de confinement, je constate que la fatigue physique est présente. La fatigue nerveuse elle est plus délicate à gérer, sans avoir vraiment la possibilité de s’oxygéner. J’essaye de décrocher totalement lors de mes jours de repos et de faire de vraies pauses dans la journée. Et même quelques exercices physiques.

Et c’est là que je mesure la chance que nous avons de nous être organisés depuis plusieurs mois pour pouvoir me remplacer sans que cela nuise à l’activité de l’équipe numérique. Depuis quelques jours, deux de mes collègues m’accompagnent et parfois me remplacent. Ils se sont mis « dans mes chaussons » (ce sont leur mots) et l’équipe fonctionne de la même façon que quand je la pilote.

 

Chacun s’accorde à dire que nous avons trouvé un mode de fonctionnement qui –  même en situation dégradée de journalisme de crise – nous permet de remplir notre mission d’information de service public, sans rien sacrifier à nos fondamentaux : la recherche et la vérification avant publication. Celui-ci est améliorable à de nombreux niveaux (matériel pour commencer, je rêve au quotidien des deux grands écrans de mon bureau). Mais il fonctionne. Et c’est l’essentiel. Notamment parce que chacun prend sur lui et joue le jeu de l’équipe.

Crédits photo: Jean-Christophe Dupuis-Rémond.

Liens vagabonds : Google devra payer les éditeurs de presse pour afficher leurs contenus 

A RETENIR CETTE SEMAINE :

Droits voisins & Google – L’Autorité de la Concurrence enjoint à Google de négocier avec les éditeurs et agences de presse français la rémunération qui leur est due au titre de la loi relative aux droits voisins pour la reprise de leurs contenus. Ils ont 3 mois. 

Applications de tracking du Co-vid 19 –   Apple et Google s’entendent sur un outil commun de traçage – Les gouvernements – américains,  français et allemand – développent ou envisagent des applications de suivi de contacts entre individus pour combattre la propagation du coronavirus. Le comité d’éthique du numérique partage ses réflexions sur les enjeux en termes de libertés individuelles mais un consensus sur ce sujet semble difficile. 

Lancement de Disney+ en France, avec déjà plus de 50 millions d’abonnés payants dans le monde, et de Quibi, une plateforme de vidéos en format court, développée par Jeffrey Katzenberg, ancien directeur des studios Disney.

3 CHIFFRES

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE 

Infographic: Zoom Tops Weekly Download Charts | Statista You will find more infographics at Statista

NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ

Source : Similarweb

DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION

DONNEES, CONFIANCE, LIBERTE DE LA PRESSE, DESINFORMATION

LEGISLATION, REGLEMENTATION

JOURNALISME

STORYTELLING, FORMATS

ENVIRONNEMENT 

USAGES

RÉSEAUX SOCIAUX / MESSAGERIES

STREAMING, OTT, SVOD

AUDIO, PODCAST, BORNES

DATA, AUTOMATISATION, INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, BLOCKCHAIN

PUBLICITE, MONETISATION

JEUX VIDEO, eSPORT

5G, 8K

TECH, STARTUPS, INNOVATION, TRANSFO NUM

 

ES avec Laure Delmoly, Kati Bremme et Diana Liu. 

Photo de Une : Arm Wrestling, Creative Commons.

Décryptage des meilleures dataviz sur le COVID-19

Par Diana Liu et Laure Delmoly, MediaLab, France Télévisions

Le COVID-19 a généré un volume colossal de données suscitant de nombreux formats de « visualisation de données » dans les médias. Mais toutes les dataviz ne se valent pas. Si certaines peuvent rendre l’information plus compréhensible, d’autres peuvent être mal interprétées et contribuer à la désinformation.

Autre difficulté : l’incertitude criante autour du COVID-19. Les études scientifiques réalisées sont relatives. Les chiffres étudiés sont imparfaits en raison de différences d’un pays à l’autre sur la définition d’un cas confirmé ou sur la politique de dépistage de la population.

Selon Alberto Cairo, auteur de « Comment les graphiques mentent », une dataviz réussie ne permet pas seulement de visualiser les données mais de véhiculer un message. Méta-Média vous a sélectionné les dataviz les plus pertinentes pour comprendre la pandémie en cours.

Expliquer la propagation du virus

« How The Virus Got Out » du New York Times est un article de scrollytelling immersif, dont la visualisation de données illustre la propagation du virus de Wuhan au monde entier.

Son exécution coche toutes les cases d’une visualisation réussie selon les critères du site de dataviz « Information is Beautiful » : une histoire parlante, un objectif clair et des visuels harmonieux.

À noter : les courts textes explicatifs pour aider le lecteur à comprendre les graphiques et une palette de couleurs efficace qui relie texte et visualisations (le rouge indique les cas de contamination, le vert les déplacements).

 

Source: New York Times

Visualiser son évolution dans le monde

Source : John Hopkins University

Si le tableau de bord de l’Université de John Hopkins reste une ressource incontournable, certains médias adoptent d’autres angles graphiques pour informer sur la progression du COVID-19. Le New York Times illustre le taux de croissance des cas par pays via une carte choroplèthe : la nuance d’une couleur est proportionnelle à une variable (ici le doublement des cas).

 

Source: New York Times

Le Financial Times a publié une série de graphiques permettant de visualiser la courbe de mortalité dans les différents pays.

Source : Financial Times

Dans une vidéo postée sur le compte twitter du journal, John Burn-Murdoch, journaliste senior en data-visualisation, explique les décisions graphiques prises par son équipe.

 

L’utilisation de l’échelle logarithmique sur l’axe des ordonnées au lieu de l’échelle linéaire plus traditionnelle permet de mettre l’accent sur la contagiosité du virus. La visualisation facilite la comparaison entre des pays qui se trouvent à un stade similaire et permet d’éventuelles prévisions.

L’étoile désigne le début des mesures de confinement pour chaque pays et aide le lecteur à identifier le moment où la courbe de décès pourrait commencer à évoluer différemment.

Alerter sur l’effet domino des spreaders

 

Source : Reuters

Pour mettre l’accent sur la croissance exponentielle, l’article de Reuters intitulé « Les clusters coréens »  suit les traces de la « patiente 31 », dont les déplacements début février ont provoqué de nombreux clusters dans le pays.

Cette série de visualisations se démarque par sa clarté chronologique et alerte sur l’effet domino des individus sur la propagation du virus.

Autre élément graphique rarement vu dans les dataviz sur le COVID-19 : l’utilisation d’iconographies en forme de personnes pour représenter les cas confirmés. Un tel choix aide le lecteur à « humaniser les chiffres ».

 

Source : South China Morning Post

Une autre dataviz qui insiste sur la transmission entre individus : celle du South China Morning Post : « Comment le COVID-19 s’est propagé à travers un bus à Hunan ».  A partir d’images obtenues par un système de vidéosurveillance, les chercheurs ont pu reconstituer la propagation du virus via un passager infecté.

Mais ils reconnaissent leur « connaissance limitée » sur les modalités de transmission du virus — dans cette dataviz les passagers assis juste à côté du porteur initial n’ont pas été infectés.

Expliquer l’importance de la distanciation sociale

 

Source : Le Monde

Ce graphique résume l’objectif visé par les mesures de distanciation sociale : ralentir la progression de l’épidémie pour protéger le système hospitalier d’un risque de saturation. Sans doute une des visualisations les plus « virales » sur Internet.

Popularisé par The Economist – qui s’est inspiré du graphique du Centre américain de prévention et de contrôle des maladies (CDC) – la simplicité de cette dataviz a suscité de nombreuses reprises et améliorations. Drew Harris, population health analyst, a rajouté l’horizontale indiquant la capacité d’accueil maximale du système hospitalier. Certains scientifiques ont créé des versions animées qui illustrent les comportements associés aux deux courbes. Le succès de cette dataviz sur twitter a donné naissance au hashtag populaire #flattenthecurve.

Appréhender l’effet de réseau

 

Source : Washington Post

Quelques semaines après le succès de #flattenthecurve, le Washington Post a publié une série de dataviz dans un article intitulé « Pourquoi des épidémies se propagent de manière exponentielle et comment aplatir la courbe ». En proposant 4 scénarii de propagation de la fausse maladie « la simulitis » – liberté totale, quarantaine, distanciation modérée et distanciation étendues – le journaliste graphique Harry Stevens met l’accent sur l’effet de réseau et l’importance de la distanciation sociale pour freiner le virus.

Le succès de cette dataviz est sans doute due à une illustration intuitive d’un concept difficile à appréhender : la croissance exponentielle.

Cartographier les métiers les plus exposés

 

Source : New York Times

« Les travailleurs qui sont le plus à risque face au coronavirus » – autre article de scrollytelling du New York Times – analyse les risques d’exposition au virus dans le milieu professionnel à partir des données du Bureau américain des statistiques du travail.

Grâce au scroll progressif, l’article guide le lecteur dans la compréhension de la visualisation et met en exergue les informations à retenir. À la fin de l’article, les lecteurs peuvent parcourir eux-mêmes la visualisation interactive.

 

Le COVID-19 est un événement important pour les journalistes graphiques qui sont soumis à une importante charge de travail mais aussi à une responsabilité croissante envers la santé publique. Prochaine étape : des dataviz qui aborderont des angles jusqu’ici peu couverts (ie. l’impact socio-économique du virus) et une évolution des messages véhiculés par les dataviz existantes. Mais à l’ère du Big Data et de la désinformation, il est primordial d’effectuer un travail de dataviz responsable.

Image de Une, source : Unsplash

Liens vagabonds : les géants de la tech et les États à la rescousse de la presse locale

A RETENIR CETTE SEMAINE :

Médias locaux en état d’urgence – La presse locale est une des grandes perdantes de la crise : réduction des tournées de la Poste en France et diminution drastique des revenues publicitaires partout dans le monde – lien social et accès à l’information de proximité sont mis en péril. Pendant que le New York Times considère qu’il faudrait juste la laisser mourir, le Columbia Journalism Report propose un plan de sauvetageLe soutien aux médias locaux, et à l’audiovisuel en général, s’organise.. par la Big Tech et les États. En première ligne, Facebook, qui dépensera 25 millions $ pour les médias locaux US et 75 millions dans le marketing pour aider les médiasGoogle, de son côté, va donner 6,5 millions $ aux initiatives de vérification des faits sur le coronavirus, et Facebook, encore, lance un service de «fact-checking» en Italie Gannett, l’un des plus grands groupes de presse US, met en place chômage partiel et réduction de salaires, et le Danemark vote une enveloppe d’aide aux médias pour environ 25 M €A situation exceptionnelle solutions originales :  « Le journalisme épicé est arrivé ! » Une chaîne de fast food paie pour que 16 journaux canadiens puissent mettre leurs articles en accès libre

Fuite de données et protection de la vie privée – Confinés chez nous, on passe notre vie en visioconférence. Quelques faux-pas de Microsoft ont facilité l’essor de nouvelles applications de visioconférences plus simples à utiliser (Zoom, HouseParty…). On se pose des questions sur la fiabilité de Zoom, un cauchemar pour la vie privée. Accusé de divulguer des données LinkedIn, populaire mais pas sécurisé faute de flux non chiffrés, Zoom prend 90 jours pour publier un rapport de transparence et améliorer sa confidentialité. En même temps, l’application HouseParty nie avoir hacké des données d’utilisateurs et promet une récompense d’un million de dollars à qui l’aidera à défendre son image. 

Et aussi cette semaineLes sites d’information demandent aux annonceurs de ne plus bloquer les contenus liés au coronavirus. Google va commencer à lever l’interdiction des publicités concernant le coronavirus. Autre censure cette fois-ci exécutée par les Etats : Hongrie, Brésil, Iran, Egypte… : de nombreux gouvernements affirment lutter contre la désinformation mais musellent en réalité les médias indépendants. L’UER lance un appel aux Etats pour ne pas en profiter.

Le Boléro par l’Orchestre National de France #confinement

3 CHIFFRES

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE 

Infographie: Le confinement aurait déjà sauvé des milliers de vies | Statista Vous trouverez plus d’infographie sur Statista

NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ

DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION


DONNEES, CONFIANCE, LIBERTE DE LA PRESSE, DESINFORMATION

Utilisation des données : 

Données de traçage liées au Covid 19 :  

Liberté de la presse et lutte contre la désinformation : 

Elections US : 

LEGISLATION, REGLEMENTATION

JOURNALISME

Outils : 

Crise du secteur : 

STORYTELLING, FORMATS

ENVIRONNEMENT 

USAGES

RÉSEAUX SOCIAUX / MESSAGERIES

STREAMING, OTT, SVOD

AUDIO, PODCAST, BORNES

DATA, AUTOMATISATION, INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, BLOCKCHAIN

PUBLICITE, MONETISATION

IMMERSION, 360, VR, AR

JEUX VIDEO, eSPORT

5G, 8K

TECH, STARTUPS, INNOVATION, TRANSFO NUM

ES avec Laure Delmoly, Kati Bremme, Diana Liu et Mathilde Floch

 

Épidémie d’infox : les « gestes barrières » numériques à adopter

Par Divina Frau-Meigs, professeur des sciences de l’information et de la communication. Billet originellement publié sur The Conversation et re-publié sur Méta-Media avec autorisation.

En cette période où l’éducation aux médias et à l’information (EMI) se fait… à la maison, son rôle dans la lutte contre les fausses informations est essentiel. Que ce soit dans les médias ou messageries instantanées, les infox sur le coronavirus circulent beaucoup.

La désinformation sur le coronavirus peut contribuer à aggraver la pandémie. Exerçons notre esprit critique face à une couverture médiatique qui produit un effet hypnotique aussi fort que celui connu lors du 11 septembre 2001.

L’éducation aux médias et à l’information permet de se doter d’un répertoire de « gestes barrières » et s’interroger sur l’impact de cette pandémie sur notre espace public numérique commun.

Typologie des infox

Les infox sont une menace à l’intégrité de l’information : opinion vs fait, manipulation des esprits vs intelligence collective… Les infox sont aussi une menace envers les sociétés démocratiques (intégrité des élections, ingérence politique de tierces parties étrangères…).

Le coronavirus ne dément pas ces menaces. Et, de fait, le schéma systémique des désordres de l’information fonctionne dans le cas du coronavirus et peut être utile pour repérer les types d’infox ainsi que les acteurs et leurs motivations dans ce cas précis de « peur liquide » comme le dirait Zygmunt Bauman.

Le schéma systémique des désordres de l’information. Source : The Conversation

Dans la liste des rumeurs, légendes urbaines et autres nouvelles à sensation, les recettes de grand-mère font foison : les remèdes douteux comme la cure d’ail ou l’huile de sésame, comme prendre un bain chaud ou faire des pulvérisations sur le corps, voire faire usage du sèche-main au lieu d’eau et de savon. Le motif de ceux qui propagent ces bruits ? L’envie de se faire une réputation, d’avoir de l’influence et du crédit social. Les solutions pour les contrer ? Ne pas amplifier ces messages, ne pas les rediffuser, les signaler aux proches, les réfuter sans insulter leurs auteurs.

Dans les pièges à clic viennent souvent les faux appels aux dons et les faux conseils de médecins : boissons chaudes ou alcool protégeraient du coronavirus, les vaccins contre la pneumonie seraient efficaces. Ils font appel à des habitudes d’auto-médication développées en ligne depuis un moment. Le motif derrière tout cela ? La recherche d’audience et de profit. Les solutions pour les contrer ? Les signaler aux plates-formes de médias sociaux, démonétiser les vidéos et les sites, consulter des sites de confiance comme celui de l’OMS.

Dans les théories du complot, proches aussi de la propagande et des cybermenaces, se glissent les peurs de la mondialisation et les angoisses du déclinisme ou du déplacement : le virus serait une arme biologique développée en laboratoire, une ruse des élites pour contrôler le monde, ou encore une manière déguisée d’attaquer la Russie, la Chine enterre ses porcs porteurs du virus, etc. Le motif derrière ces messages viraux ? Déstabiliser les équilibres géopolitiques. Les solutions pour les contrer ? Réguler, surveiller la toile…

Dans tous les cas, l’éducation aux médias et à l’information est la solution qui ouvre la porte à toutes les autres solutions, notamment en matière de connaissance, de contre-discours et de réfutation durable.

Coronavirus : la foire aux infox et fake news sur les réseaux sociaux. Source : TV5 Monde

Adopter les gestes des « fact-checkers »

Ce que nous apprend la recherche sur la vérification de la désinformation, c’est le rôle de la latéralisation et de la pensée visuelle.

Les méthodes traditionnelles, analogiques, de vérification de l’information sont moins efficaces que celles du numérique. Lire un article de manière linéaire et verticale, chercher des marqueurs familiers (guillemets, noms, paratextes), et regarder le contexte de publication sont des stratégies qui datent de l’époque où nous étions dans la rareté de l’information et dans la lenteur de la diffusion.

La réalité actuelle de la viralité oblige à des stratégies plus dynamiques, en lien à la surabondance de l’information, y compris en ce qui concerne la vérification de l’infox. Évaluer un site pour savoir s’il est fiable ou pas implique non pas de le parcourir de manière linéaire et complète… mais de le quitter et de chercher d’autres sources !

C’est ce que font les fact-checkers, cognitivement : ils latéralisent – c’est-à-dire qu’ils ouvrent plusieurs onglets de sites et d’outils qu’ils considèrent fiables, et comparent leurs résultats, sans se précipiter vers la première source qui ressort, mais en parcourant rapidement du regard les pages de résultats avant de cliquer.

En un mot, ils utilisent le web comme une toile, et non comme un texte, et ne sous-estiment pas le rôle des moteurs de recherche pour pousser le résultat le plus populaire qui n’est pas nécessairement l’information la meilleure. Ils ne s’embarrassent pas non plus de raisonnements philosophiques, mais sont guidés par trois questions sur la crédibilité de la source :

Voilà qui nous renvoie au petit pense-bête de l’intox !

Nouveaux outils

Ces recherches indiquent que l’éducation aux médias et à l’information doit évoluer pour s’appuyer sur les procédés techno-cognitifs du numérique. La techno-cognition est un champ interdisciplinaire qui incorpore à la fois le design des architectures de l’information (les moteurs de recherche, les hyperliens…), les principes de base de construction de l’information et les formes de raisonnement en ligne (dont la latéralisation et les biais cognitifs).

La techno-cognition s’appuie sur des outils qui sont en phase avec les modes de fonctionnement du cerveau et les logiques numériques pour donner plus de maîtrise sur le processus de vérification.

Un outil que l’on peut télécharger sur son navigateur comme InVID par exemple, se focalise sur la vérification d’images et de vidéos, et permet de retrouver des métadonnées, de fragmenter des séquences en images clés, de rechercher des similarités (sur Twitter, Facebook, YouTube…), de comparer l’efficacité des moteurs de recherches (Google, Baidu, Yandex…), ou encore de détecter les trucages d’images (altérations de structures, fréquences, cohérence des pixels…).

InVID, vérification de vidéos. Source : MedialabAFP

Toutes ces fonctionnalités ont un découpage qui correspond à autant de processus cognitifs : extraire, fragmenter, comparer, chercher latéralement, par similarité, appliquer des filtres… Ce sont les heuristiques de base de l’esprit critique, qui peuvent à la fois servir au texte et à l’image. Elles doivent faire partie des compétences en éducation aux médias et à l’information augmentées par le numérique.

Face à la pandémie et à sa viralité, l’enjeu démocratique est de faire passer ces outils experts à des usagers non experts. Les citoyens doivent pouvoir agir sur le champ, avec un outil de réponse rapide, pour décrypter et dénoncer une information frelatée. InVID peut faire partie d’une panoplie d’outils, en l’associant à des scénarios pédagogiques ou des tutoriels en ligne qui permettent la formation tout comme l’auto-formation.

Kit de survie

Il faut donc se forger une petite boite à outils, pas trop lourde, mais qui propose un kit de survie en milieu « infodémique ».

L’outil peut être détourné, bien sûr ! Ces fonctionnalités pointent vers de bons gestes barrières numériques, basés sur le principe de la latéralisation :

Vérifier l’info : le fact-checking. Source : Lumni

En un mot, variez vos sources, variez vos moteurs de recherche et abstenez vous de partager en cas de doute, ou, si vous ne trouvez rien pour corroborer votre information, c’est à tout le moins qu’elle est frelatée ou farfelue.

Et méfiez-vous de vos propres biais cognitifs : si une information sur le coronavirus vous est envoyée par un ami qui dit la tenir d’un oncle qui connaît quelqu’un à l’hôpital de Huawei, prudence…

L’éducation aux médias et à l’information favorise aussi les réflexes citoyens, qui consistent à signaler et à tout faire pour réduire la portée de l’« infodémie » sinon son ampleur ! Les plates-formes de médias sociaux ont désormais des onglets de signalement que ce soit Facebook, Instagram ou Twitter

Et l’esprit critique porte aussi sur les représentations véhiculées, qu’il s’agisse de propos catastrophistes, déclinistes ou de remèdes miracle sur le Covid-19. Pendant, et après l’infodémie, les enjeux citoyens de liberté d’expression et d’accès à une information de qualité restent cruciaux. La vigilance sur le débat public ouvert sur la couverture de la pandémie tout comme sur les discours sur l’adéquation des mesures et des risques, en période de communication de crise, reste de mise.

La mobilisation collective et solidaire absolument indispensable n’empêche pas l’esprit critique de s’exercer au delà de l’outil, vers la rhétorique et les manipulations de toutes sortes d’acteurs. Les métaphores de la guerre, du confinement, de la “distance” sociale, et autres slogans martiaux sanitaires nous plongent dans une dramaturgie collective qui nous happe et nous incite à suspendre notre jugement. A nous de rester vigilants et bienveillants à la fois.

The ConversationCrédit photo : David Dvořáček – Unsplash

Face au COVID-19, les médias locaux se réinventent

Par Diana Liu, MediaLab, France Télévisions

La crise du Covid-19 met en lumière l’importance des médias locaux pour accompagner les lecteurs – mise à disposition d’attestations papier, informations sur les possibilités de livraison de course. Ils constituent un relai d’info pratiques et d’initiatives de solidarité. Si le coronavirus est une opportunité pour les médias locaux de se réinventer, il menace également leur survie économique.

5 initiatives de médias locaux en France et à l’étranger 

1. Priorité aux infos pratiques et utiles

Les médias locaux ont la capacité de fournir des info locales essentielles en temps de crise. Aux États-Unis, informe ses lecteurs sur les fermetures d’école, les courses en ligne et la préparation en amont des hôpitaux. Résultat : une hausse significative du trafic Internet et du nombre d’abonnés.

En France, les journaux L’Union-L’Ardenais, La Voix du Nord, La Montagne, Sud-Ouest et Ouest-France ont mis à disposition des exemplaires de l’attestation de déplacement. Le journal de Saint-Nazaire a publié sur son site web un guide qui fournit « les info quotidiennes utiles » aux résidents.

Les médias urbains, eux, changent de nom. « My Little Paris » devient « My Little at Home » et « TimeOut » se transforme en « TimeIn » avec pour nouvel objectif de proposer des activités culturelles virtuelles et des idées pour bien vivre chez soi.

Pour faciliter l’accès à ces informations, beaucoup de médias locaux mettent leurs contenus en accès libre. Certains vont encore plus loin : Ouest-France offre des abonnements numériques gratuits de deux mois, et Parie Normandie offre aux nouveaux abonnés « 15 jours solidaires » de consultation gratuite.

2. Collaboration entre les journalistes de différents médias

Dans cette situation de pandémie caractérisée par un flot constant de d’informations nouvelles, les rédactions facilitent le travail collaboratif.

Resolve Philadelphia, une association collaborative qui soutient des journalistes locaux, a publié un guide sur la couverture du coronavirus. L’association a également ouvert un canal Slack pour ses partenaires médias afin de coordonner des reportages, partager des données et traduire des articles d’autres médias participants à l’initiative.

The Bureau Local, un réseau britannique de journalisme d’investigation, a également mis en place des canaux dédiés au partage de données et à la rédaction d’articles.

First Draft, réseau international de reportage et de recherche collaborative, met à disposition des bases de données regroupant des intox débunkées et les sources expertes sur le Covid-19. Le réseau organise également des webinaires dédiés à la couverture du virus.

Au Royaume-Uni, plus de 60 titres de presse locale se sont unis pour publier le même message de solidarité : « Lorsque vous êtes seul, nous sommes là avec vous »

3. Mise en place de réseaux virtuels de solidarité

Pour faciliter l’entraide, les médias locaux ont lancé des opérations de solidarité via leurs applications numériques et les réseaux sociaux.

Nice Matin a mis en ligne « CoronAIDES », une application de mise en relation permettant de proposer ou de demander de l’aide à ses voisins. Le Télégramme fait de même avec son initiative « Solidarité Coronavirus Bretagne ». Ouest-France s’associe avec la plateforme d’entraide Allovoisins.

Les quotidiens français se servent également des groupes Facebook pour construire un réseau virtuel de solidarité et d’échange des services. Ouest-France propose aux lecteurs de rejoindre des groupes d’ « Entraide Coronavirus ». Les Dernières Nouvelles d’Alsace a créé un groupe spécifique à la région qui relaye d’autres groupes de solidarité.

4. Podcasts et newsletters pour accompagner les confinés

Les médias locaux exploitent la relation intime permise par l’audio pour garder le lien avec leur lectorat. Ouest-France a lancé « Comme à la maison », un podcast qui donne la parole à des célébrités pendant le confinement. Sud Ouest a créé « Ici Sud Ouest », un podcast qui compile les meilleures notes vocales laissées par les lecteurs sur Facebook, Instagram, WhatsApp ou envoyées par email. Et Radio Zona Rossa en Italie diffuse des conseils santé sur ses ondes.

Les rédactions locales lancent des newsletters éphémères sur le virus. Dallas Morning News envoie un « Coronavirus Update », Le Journal d’Ici a conçu une newsletter spéciale confinement pleines de conseils d’activités et de bien-être à la maison et 20 minutes compile dans sa newsletter des initiatives de solidarité dans la newsletter « Restez positifs chez vous ».

5. Programmes d’éducation pour les enfants à la maison

Avec la fermeture des écoles, la presse locale a renforcé ses offres jeunesse. Nice-Matin offre un accès libre de 60 jours à Kids Matin, l’édition numérique destinée aux enfants de 7 à 12 ans. Ouest-France met à disposition de tous sa plateforme d’éducation « L’actu en classe », avec une chaîne YouTube et une version numérique du journal Dimoitou pour les enfants à partir de 6 ans. Aux Etats-Unis, Le Los Angeles Times a créé une rubrique à destination des enfants avec des jeux en ligne, des projets d’art et des réponses aux questions des petits sur le coronavirus.

6. Un défi pour les médias locaux malgré tout

Alors que la crise du coronavirus met en avant le rôle essentiel de la presse locale, celle-ci vient bouleverser un écosystème déjà fragilisé. Tout en offrant un accès gratuit aux informations sur le Covid-19, les rédactions voient leurs recettes publicitaires chuter en raison de la fermeture des commerces locaux et du retrait des annonceurs en ligne.

Dans un article de BuzzFeed News, le président du Seattle Times parle d’une chute drastique de l’investissement publicitaire concomitante à une explosion du trafic Internet et une croissance des abonnements. Ces nouveaux revenus ne parviennent pas à compenser l’effondrement de l’investissement publicitaire local.

Par ailleurs, les rédactions peinent à convertir le trafic Internet en recettes publicitaires puisque de nombreux annonceurs ont bloqué les mots clefs liés au virus.

Le coronavirus fait déjà des dégâts dans la presse locale : des hebdomadaires alternatifs (alternative weeklies) aux États-Unis et au Canada annoncent des licenciements, et des médias locaux en Australie, au Royaume-Uni et aux États-Unis ferment leurs portes ou suspendent leurs publications. Facebook fournit une aide de 25 millions $ au medias locaux nord-américains et de 75 millions $ aux médias internationaux. Mais les médias locaux se préparent à une période de difficulté durable.

En France, la presse régionale s’inquiète de la réduction des tournées de La Poste à trois jours par semaine, une décision qui rend l’accès à l’information plus difficile pour un lectorat âgé habitué à s’informer sur papier. Les médias répondent à la baisse des ventes print en proposant des abonnements numériques spéciaux, dont les chiffres sont actuellement en hausse. Même en période d’incertitude, les médias locaux redoublent d’efforts pour informer — et innover.

Crédit photo : Branden Harvey – Unsplash

Liens vagabonds : la vie privée en ligne, l’autre victime du coronavirus ?

A RETENIR CETTE SEMAINE

Big Data contre pandémie – L‘Europe se pose la question du traçage numérique de la population dans la lutte contre la pandémie du coronavirus et réclame les données des opérateurs téléphoniques, une approche qui a montré son succès notamment dans les pays d’Asie et en Israël. Orange a déjà rendu public l’exode de 1,2 M de Franciliens ; et la France réfléchit à une « stratégie numérique d’identification des personnes »Les télécoms diffusent des messages « restez chez vous » sur les smartphones de leurs clientsLa CNIL a envoyé ses recommandations au gouvernement français, qui répond pour l’instant que ces méthodes ne sont pas « dans la culture française »Voici une liste des approches data dans d’autres paysLe coronavirus force les régulateurs à se décider : protection de la vie privée ou santé publique ?

Coronavirus et GAFAs – En pleine épidémie de COVOD-19, Facebook voit une augmentation de 70% des appels vidéo sur Messenger avec doublement du temps passé sur l’application. Le Portal TV Video de Facebook, raillé et soupçonné d’espionner notre salon, est maintenant saturé. Pour WhatsApp, c’est un gain de 40% d’utilisation. En période de confinement, le lien social virtuel prend une importance énorme, et les géants de la tech, surtout Facebook, en profitent en fournissant les outils de communication avec la famille, les amis et les collègues. L’engagement dans les médias sociaux a augmenté de 61% par rapport à l’utilisation hors crise, selon le dernier baromètre Kantar. Un moyen pour les GAFAs de cumuler encore plus d’informations sur la vie privée des utilisateurs, et ils pourraient bien sortir de cette crise plus forts que jamais.

Tech Giants for good – Pour dorer leur image, les géants de la tech multiplient les bonnes actions : Google lance son site pour affronter l’épidémie, Microsoft annonce un service spécial Covid-19, tandis qu’Apple lance une appli et met à jour Siri pour aider les utilisateurs à diagnostiquer leurs symptômes WhatsApp s’associe à la WHO pour lancer un chatbot d’informations santé et Snapchat annonce la création d’un espace Discover dédié à l’actualité COVID-19. A l’heure de la pandémie, Facebook retrouve son statut de principal kiosque de l’informationAgir pour le bien de l’humanité : le nouveau challenge de la Silicon Valley ?

3 CHIFFRES

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE 

Infographie: Les yeux rivés sur l'actu | Statista Vous trouverez plus d’infographie sur Statista

NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ

USAGES EN TEMPS DE CORONAVIRUS 

DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION

DONNEES, CONFIANCE, LIBERTE DE LA PRESSE

LEGISLATION, REGLEMENTATION

JOURNALISME

STORYTELLING, FORMATS

ENVIRONNEMENT 

RÉSEAUX SOCIAUX / MESSAGERIES

STREAMING, OTT, SVOD

AUDIO, PODCAST, BORNES

DATA, AUTOMATISATION, INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, BLOCKCHAIN

PUBLICITE, MONETISATION

JEUX VIDEO, eSPORT

5G, 8K

TECH, STARTUPS, INNOVATION, TRANSFO NUM

 

ES avec Laure Delmoly, Kati Bremme et Diana Liu

 

[Etude] Info COVID-19, priorité aux experts & à l’employeur

Par Laure Delmoly, France Télévisions, MediaLab

La méfiance envers les journalistes est forte, y compris hélas, aujourd’hui. Selon une toute récente étude internationale réalisée par le cabinet américain Edelman, seulement 43% des répondants interrogés déclarent faire confiance aux journalistes sur l’actualité du CO-VID-19 faisant d’eux la source d’information la moins fiable sur la pandémie.

Si les médias traditionnels sont bien la source d’information la plus utilisée (64% des répondants), c’est la parole des experts – scientifiques et médecins – et le rôle de l’employeur qui sont valorisés.

Les journalistes : la source jugée la moins fiable sur le CO-VID 19

La majorité des répondants (64%) se tournent vers les médias d’information pour s’informer sur le CO-VID 19 avec de forte disparités entre les pays – variant de 73% pour le Japon à 52% pour la France.

Mais la méfiance envers le travail des journalistes n’a jamais été aussi forte. Les journalistes sont considérés comme la source d’information la moins fiable sur l’actualité du virus derrière “les pays les plus affectés » (46%) et les membres du gouvernement (48%).

Priorité aux experts : scientifiques, médecins & autorités de la santé

Près de la moitié des répondants (45%) estiment qu’il est difficile de trouver de “l’information fiable” sur le virus et ses effets, alors que 85 % affirment qu’ils souhaiteraient entendre davantage les scientifiques et moins les politiques dans les médias.

Dans cette situation sanitaire, les citoyens recherchent avant tout l’information des experts : scientifiques (83%), médecins pratiquants (82%) et autorités de santé tels que le CDC (75%) et l’OMS (72%).

Un rôle accru des employeurs dans l’actu CO-VID 19

51% des répondants considèrent l’info COVID-19 provenant des médias comme fiable vs 58% pour l’information gouvernementale et 63% pour l’information diffusée par l’employeur.

L’employeur est en effet une source d’accompagnement privilégiée dans cette crise sanitaire avec une forte demande de la part des travailleurs, celle de privilégier l’humain au business en proposant des communications claires sur :

Une défiance envers l’info circulant sur les réseaux sociaux

L’actualité CO-VID 19 confirme la forte disparité selon les tranches d’âge en terme d’information  – les 18-34 utilisant en moyenne autant les réseaux sociaux (54%) que les médias traditionnels (56%) – tandis que les 35-54 ans et les 55 et plus se tournent massivement vers les médias traditionnels (respectivement 63% et 71%).

La défiance est croissante à l’égard des réseaux sociaux due à leur capacité à propager des « fake news », l’enjeu majeur étant de trouver la bonne information auprès des bonnes sources.

Les médias traditionnels sont considérés comme plus fiables que les réseaux sociaux qui n’obtiennent que 28% de répondants. 35% des répondants déclarent qu’ils ne considèrent jamais comme vraie une information si ils ne la voient apparaitre que sur un réseau social.

 

Cette crise révèle que pour les questions de santé, l’opinion publique fait davantage confiance aux experts qu’à toute autre source d’information. De très loin, les scientifiques, médecins et autorités de santé sont considérés comme des figures majeures de confiance. Les journalistes – qui ne sont pas experts – sont réduits dans ce scénario plutôt à un rôle d’animateur.

Crédit photo : Annie Spratt, Unsplash

* Cette Etude Edelman a été réalisée sur un panel de 10.000 répondants dans 10 pays ( GB, Etats-Unis, Brésil, Canada, France, Allemagne, Italie, Japon, Afrique du Sud et Corée du Sud ) entre le 6 et le 10 Mars 2020.

Censure, désinformation, et résistance des internautes chinois à l’ère du COVID-19

Par Diana Liu, MediaLab, France Télévisions

La crise du COVID-19 en Chine qui a infecté plus de 81 000 personnes (dont 3 200 morts) a entrainé la dissimulation par l’Etat d’informations essentielles et la punition de huit lanceurs d’alerte. De quoi attiser la colère des citoyens qui se sont livré à une résistance numérique sans relâche sur les réseaux sociaux depuis le décès du médecin lanceur d’alerte Li Wenliang.

Source : New York Times

Les médias et les réseaux sociaux chinois – un système de censure complexe

Depuis le début des « rumeurs » sur le Covid-19 fin décembre, le gouvernement chinois s’efforce de contrôler le flux d’informations sur les réseaux sociaux et les médias d’informations chinois. Un rapport du Citizen Lab de l’Université de Toronto fait état d’une censure de plus de 500 combinaisons de mots-clés liés au virus sur YY – l’un des principaux services de streaming en direct – et WeChat – la messagerie utilisée par le médecin Li Wenliang pour alerter ses collègues le 30 décembre 2019 sur la dangerosité du virus. Le 31 décembre, YY censure les messages liés au virus. WeChat emboite le pas le 1er janvier.

Selon Lotus Ruan, chercheuse au Citizen Lab, une censure aussi radicale provoque des effets néfastes sur la santé publique. « Le fait de bloquer des réponses à si grande échelle limite la capacité des citoyens à partager leurs inquiétudes sur les réseaux ainsi que des informations relatives à la prévention contre le virus. »

Source : Citizen Lab

Les médias chinois ont d’abord bénéficié d’un répit par rapport à la censure. En janvier et début février, Caixin – magazine de business – et Caijing – magazine de finance – publient des enquêtes qui dénoncent la réaction tardive du gouvernement face à l’épidémie, le délai dans l’annonce de l’existence d’une transmission interhumaine du virus et les failles du système médical chinois.

Pourquoi cette attitude ambivalente vis-à-vis des enquêtes journalistiques et des réseaux sociaux ? Pour Lotus Ruan, il faut analyser le fonctionnement du système de censure chinois.

« Les plateformes chinoises doivent se conformer aux réglementations gouvernementales sur le contrôle des contenus alors que des consignes spécifiques sur les contenus à censurer ne leur sont pas forcément fournies. En essayant d’interpréter des lignes de conduite floues, les utilisateurs ou les plateformes s’autocensurent parfois à l’extrême. »

 Le gouvernement chinois est souvent plus flexible concernant les enquêtes à charge en début de périodes de crise. Celles-ci peuvent en effet aider le gouvernement à mieux diagnostiquer le problème.

En milieu de crise, le département de propagande redouble d’efforts pour « renforcer l’orientation de l’opinion publique », déployant plus de 300 journalistes pour « raconter des histoires émouvantes » et « montrer l’unité du peuple chinois face à la pandémie ».

Le département supprime tous les contenus critiques, suspend certains comptes sur les réseaux sociaux et attaque des services VPN. Des méthodes éprouvées qui se heurtent cette fois-ci à une résistance numérique intense.

La résistance inventive des internautes chinois

Pour contourner la censure, les internautes chinois utilisent trois méthodes : le chiffrement des messages et des articles, l’archivage des reportages et le journalisme citoyen.

1Le chiffrement des messages

Pour ralentir et brouiller les censeurs, les internautes créent des vocabulaires codés. Wuhan et Hubei sont remplacés par « wh » et « hb », Xi Jinping par l’homonyme « laver des bouteilles à col étroit », et les services VPN permettent franchir la Grande Muraille numérique via l’acronyme « nouilles vietnamiennes pho ».

Ces techniques permettent de soutenir le travail des journalistes chinois, victimes d’une censure de plus en plus importante. Mi Mars, le magazine Ren Wu publie une interview de Ai Fen, directrice des urgences à l’Hôpital central de Wuhan qui relaye le diagnostic du Covid-19 aux 8 lanceurs d’alerte. L’article est supprimé peu de temps après sa publication. Mais pour les internautes chinois, la censure est l’occasion d’être créatif. En 24 heures, ils traduisent l’article en anglais, allemand, coréen, japonais, en emoji, en braille et en anciens pictogrammes chinois. Ces différentes traductions ont permis d’attirer plus de lecteurs que l’article original.

Source : WeChat

2Un archivage organisé des reportages

Dans un pays familier avec la modification d’événements historiques après les faits, l’urgence de « préserver ce souvenir collectif » se fait ressentir. Des groupes d’ « archivistes bénévoles » se constituent à l’intérieur et à l’extérieur de la Grande muraille numérique. Ces internautes – étudiants, traducteurs, chercheurs – récupèrent des articles, reportages et contenus sur les réseaux chinois avant que ceux-ci ne soient supprimés. Ils les remettent en ligne sur des plateformes non-censurées (GitHub, Google ou Internet Archive) afin de toucher un public international. « Si les preuves disparaissent, on ne pourra pas demander des comptes » écrit la journaliste et archiviste Shen Lu.

3Journalisme citoyen

On assiste également à la multiplication des journalistes citoyens, qui prennent la responsabilité de révéler au grand jour certaines vérités sur la pandémie. Ces « self-médias » (en chinois zi meiti) se rendent à Wuhan pour tourner des reportages « sans propager de rumeurs ou dissimuler la vérité ». Ils enquêtent dans les coulisses d’hôpitaux improvisés, de parkings souterrains, ou simplement dans la rue, interpellés par des personnes en quarantaine dans les immeubles. Les trois « self-médias » les plus connus, Chen Qiushi, Fang Bin et Li Zehua, publient sur Facebook, Twitter et YouTube pour échapper aux censeurs. Mais après quelques semaines, ils cessent de publier (ils sont sans doute détenus par le gouvernement).

Source : Li Zehua, un journaliste citoyen qui a réalisé des enquêtes à Wuhan

La censure en Chine peut être un moyen de lutter contre la désinformation sur le virus. Le nouveau règlement sur la censure en ligne – entré en application le 1er mars – vise les contenus sensationnalistes perturbant l’ordre public ainsi que les contenus s’opposant à l’idéologie de l’État. Mais le musellement des lanceurs d’alerte a conduit à une méfiance généralisée vis-à-vis des autorités. Alors que l’État chinois sévit contre la liberté d’expression des journalistes, la désinformation – y compris des théories du complot  – risque de combler le vide laissé par ces derniers.

Note : A suivre sous #Nousvoulonslalibertedexpression (en chinois, #我们要言论自由).

Crédit photo : Kenny Zhang – Unsplash

Liens vagabonds : coronavirus et confinement, les médias s’adaptent

À retenir cette semaine

Les médias s’adaptent plus ou moins bien à la crise – Le COVID-19 force les médias à se réinventer, et à s’organiser pour garantir la continuité de l’information face à cet événement qui prend déjà plus d’ampleur que le 11 septembre. Canal+ en clair (plus très longtemps), articles sans paywall, programmes adaptés aux enfants, les médias adaptent leur offre à la crise et démultiplient les offres gratuites. Les diffuseurs d’événements sportifs, eux aussi doivent repenser leur offre. Pour l’instant, l’audience TV augmente, mais pour combien de temps ? Dans quelle mesure le coronavirus modèlera-t-il le futur de la télévision ? Les annonceurs s’écartent aussi des contenus liés au virus. La pandémie a du bon pour la presse en ligne ; mais elle pourrait bien aussi signer la fin de beaucoup de médias alternatifs. Et déjà les journaux belges demandent à leurs employés de réduire leur salaire. Des initiatives locales se font jour, mais certains titres n’ont déjà plus de pub.

Pendant ce temps, l’écosystème du cinéma français est très tendu, et l’avenir du festival de Cannes incertain.

Culture – Avec opéras et théâtres fermés, la culture se met en ligne : l’INA donne accès gratuit à son offre pendant 3 mois, les Berliner Philharmoniker, l’Opéra de Paris et le Met diffusent les spectacles gratuitement. Les musées aussi se visitent depuis chez soi, et l’opération #Culturecheznous répertorie les initiatives permettant de faire venir la culture à domicile

Le réseau sous pression – Avec notre vie entière qui bascule en ligne, Internet est mis à rude épreuve. L’UE alerte sur les tensions sur le haut débit en ces temps de confinement et de télétravail. Les fournisseurs d’accès US s’engagent à ne pas couper Internet aux particuliers et au PME, comme à ouvrir des points d’accès Wi-Fi publics. Et si Netflix, YouTube et Fortnite étaient coupés? Netflix prend des mesures pour réduire son trafic. YouTube aussi dégrade la qualité de ses vidéos en Europe pour protéger le réseau. Facebook veut éviter « l’effondrement » de ses serveurs face aux pics d’utilisation

GAFA – COVID-19, l’occasion pour les géants de la tech de redorer leur image (ou pas) ? Ils s’associent contre la désinformationFacebook annonce un programme de dons de 100 millions de dollars pour les petites entreprises, et s’inquiète pour la santé mentale de ses utilisateursTwitter actualise ses guidelines et Google a enfin lancé son site dédiéLe gouvernement américain et les GAFA discutent aussi de la possibilité d’utiliser les données de localisation des smartphones pour lutter contre la pandémie. Mais les réseaux sociaux aident aussi les médecins.

Amazon recrute 100 000 personnes aux US pour faire face à l’afflux de demandes et suspend toutes les livraisons  considérées comme non nécessaires. Mais ses employés sont très inquietsApple n’acceptera sur son store plus que des applis d’institutions certifiées (ONG, gouvernement, institutions médicales et de la santé) autour du sujet du coronavirus. En cette période de crise, les employés de la tech ne sont pas tous égaux face au coronavirus. Et Netflix abonde un fonds de soutien de 100 M $ pour la filière divertissement.

En un mois,les 5 géants de la tech ont perdu 1 trillion de leur valeur de marché.

Bonnes pratiques des médias en période de confinement

3 CHIFFRES

L’équivalent de 2 millions de vidéos vue par secondec’est le pic de trafic Internet entraîné par le coronavirus

35,3 millions de Français devant l’allocution présidentielle du lundi 16 mars (Médiamétrie)

30% – c’est l’augmentation de la demande en Internet observée par la crise du COVID-19

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE 

Infographie: Coronavirus : les VPN en surchauffe | Statista Vous trouverez plus d’infographie sur Statista

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TECH, STARTUPS, INNOVATION, TRANSFO NUM

 

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