Les 10 applis à avoir sur son smartphone pour gérer télétravail & confinement
Par Laure Delmoly, France Télévisions, MediaLab
C’est le moment de faire du tri dans votre smartphone. Durant cette période de confinement qui risque de durer, celui-ci sera votre meilleur allié. A condition de désactiver toute notification inutile (alertes infos, nouveaux messages) pour éviter d’être dérangé de façon intempestive. Concentrez-vous sur les applications essentielles : celles qui facilitent le management de projet et d’équipe à distance ainsi que l’organisation de vos journées.
WhatsApp : créer des groupes de discussions par thématique de travail
WhatsApp a annoncé renforcer sa capacité réseau pour tenir la montée en charge durant le confinement. Un conseil : créez un groupe général pour l’ensemble du service (pour y poster les horaires des conf call / codes d’accès et les actualités du service) et des sous-groupes pour chaque thématique de travail avec seulement les personnes concernées.
Communiquez chaque matin dans les fils WhatsApp thématiques sur votre to do list de la journée mais évitez d’inonder les fils de discussion avec des remarques qui ne concernent pas l’ensemble des membres ou qui ne font pas avancer concrètement le projet. Less si more !
N’oubliez pas de mettre un logo pour chaque groupe de discussion. En cette période de multiplication des groupes whatsApp, un indice visuel n’est pas inutile.
Google Drive : partager ses fichiers et documents de travail
Les dernier réfractaires comprendront l’intérêt de centraliser tous les documents de travail sur Google Drive. On y a accès depuis tous les devices. Les Drive partagés permettent de stocker les documents de travail de votre équipe dans un espace dédié et partagé. Les documents ajoutés à l’espace partagé appartiennent collectivement aux membres de l’équipe, ce qui permet à tous les utilisateurs de rester à jour.
Google Agenda : indiquer ses créneaux de disponibilités à ses collègues
Google Agenda vous aidera à communiquer sur votre emploi du temps et à consulter celui des autres. Dans cette période de travail à distance, vous pouvez décaler légèrement vos horaires de travail en fonction de vos contraintes familiales mais il est primordial de signaler vos créneaux de disponibilité à vos collègues via un agenda partagé.
Zoom : organiser des visioconférences d’équipe
De New-York à Paris, les travailleurs confinés sont unanimes. Zoom est l’application de visioconférence la plus efficace et la plus intuitive. Si vous ne souhaitez pas que vos collègues voient votre intérieur, vous pouvez télécharger un fond virtuel (une bibliothèque de livres bien fournie pour vous donner un côté intello ou le San Francisco Bridge pour avoir l’air d’un startupper de la Silicon Valley) afin de rester digne pendant les réunions de service malgré un espace de travail restreint partagé avec l’ensemble de la famille. Pour cela, en bas à gauche, à coté de la caméra, cliquez sur le V et sélectionnez « choisir un fond virtuel ».
Slack : gérer des projets et canaux de discussions
Slack est une plateforme de travail collaboratif. Vous échangez en messagerie instantanée via différents canaux de conversation et faites évoluer votre projet en temps réel. Chacune de vos actions est instantanément mise à jour et visible par tous les participants. La dernière fonctionnalité en vogue ? Un moteur de recherche interne pour retrouver rapidement le message et canal de conversation souhaité via un mot clef. Vous pouvez également partager des documents écrits, audio et vidéo.
Asana : créer des tâches et les assigner à des collaborateurs
Asana est une plateforme de gestion de projet en méthode agile. Cette application est idéale pour assurer une méthodologie projet efficace. Les chefs de projets et product managers la connaissent bien. Dans chaque projet, vous pouvez créer des tâches, les assigner à un membre de l’équipe, fixer un délai et en assurer le suivi (to do, in progress, done). Son design épuré la rend très agréable d’utilisation.
Pomodoro : optimiser son temps de concentration et faire des pauses
Déterminez la tâche à exécuter, donnez-lui un nom et lancez le timer. Le principe de la technique Pomodoro ? 25 minutes de travail et 5 minutes de pause. Vous enchaînez ainsi de façon ludique les tâches de la journée en n’oubliant pas de boire un café, thé ou verre d’eau ou de vous dégourdir les jambes entre deux tâches.
Discord : envoyer son ado en « classe virtuelle »
La plateforme de communication entre gamers accueille désormais les enseignants, confrontés à la saturation des portails pédagogiques et incités par leur élèves à y faire cours. Les cours sont envoyés en PDF à l’heure prévue sur l’emploi du temps scolaire des élèves. Il sont ensuite débattus en « classe virtuelle » sur Discord via un « Question and Answer ». A noter : la plateforme n’est accessible qu’aux utilisateurs de plus de 13 ans.
Downdog ou 7 minutes workout : faire du sport en début ou en fin de journée
Au début ou à la fin de votre journée de travail, fermez votre ordinateur et faites de l’exercice. Pendant toute la phase de confinement, les applications payantes Down Dog (Yoga) et 7 minutes Workout (appli de fitness la plus téléchargée sur les stores) passent en gratuit.
Houseparty : organiser des e-diners de famille ou des e-apéros entre amis
Pour ceux qui habitent seul, planifiez vos moments de convivialité. Houseparty permet de vous mettre en contact avec des amis pour des repas ou des apéros. Le succès de cette appli est surtout dû à la fonction de jeu : les participants peuvent profiter d’un pictionary, un Questions & Answer ou le jeu où il faut deviner le mot placé sur un front en posant des questions.
Faites-vous un emploi du temps. Mettez en place des rituels. Veillez à équilibrer vie privée et vie professionnelle en cette période où les heures qui coulent ont tendance à se ressembler. Communiquez régulièrement avec vos collègues, votre famille et vos amis. Et n’oubliez pas de garder votre smartphone bien chargé !
Crédit photo : Unsplash
Petit guide de survie au télétravail forcé
Par Kati Bremme, Direction de l’Innovation et de la Prospective à France Télévisions
Comment manager et collaborer à distance sans perdre le moral ? Dans cette (longue) période de télétravail contraint pour la plupart d’entre nous, il s’agit encore plus que d’habitude d’accompagner les équipes à tous les niveaux pour leur donner un cap et les moyens de l’atteindre, et pour garder un niveau de motivation important malgré le contexte difficile.
Confinés chez eux, les experts en la matière proposent une multitude de conseils et bonnes pratiques, certains d’entre-eux abusent même de la situation en commercialisant des cours en ligne pour « apprendre à travailler à distance ».
Méta-Media vous partage quelques idées testées chez nous.
Si l’on met de côté les structures de type start-up constituées d’une majorité de « digital natives », la plupart des entreprises doivent gérer deux populations distinctes dans cette situation : d’un côté les « nomades », déjà habitués au travail à distance, et qui maîtrisent l’essentiel des outils en ligne pour collaborer, communiquer et partager. De l’autre côté, les « sédentaires », habitués au travail en présentiel et qui ont donc besoin d’un accompagnement renforcé dans la prise en main des outils les plus simples de coopération en ligne.
Les deux populations, dans cette phase exceptionnellement prolongée de télétravail, requièrent un management fort qui les soutient dans l’organisation de leur travail au quotidien et encore plus dans la motivation à court et moyen terme à travers des objectifs clairs, pour continuer à fournir un travail de qualité, inspiré et créatif. Une communication limpide, régulière et positive est la clé de succès du travail à distance.
1Adoptez la bonne attitude
Pour les collaborateurs qui n’ont pas la « culture » télétravail, il s’agit avant tout de les rassurer, et de ne surtout pas les écraser sous une multitude de nouveaux outils. Ils ont besoin d’un accompagnement renforcé de la part de leur manager, qui doit leur donner des objectifs très clairs, anticipés, plutôt à court terme, psychologiquement plus simple à gérer (objectifs hebdomadaires…). Le manager doit laisser au collaborateur le temps et les moyens de s’organiser. Il faut donner à chacun une définition explicite de son rôle dans cette situation, ses objectifs, des priorités stratégiques et des attentes. Au préalable, le N+1 doit veiller à ce que chaque employé ait un accès complet aux outils, afin que personne ne se sente laissé pour compte.
Dans un premier temps, la fréquence des contacts par rapport au bureau peut être augmentée. La communication doit se faire dans les deux sens : manager vers l’équipe et équipe vers le manager. Pour les collaborateurs qui en ont besoin, les entretiens en tête à tête peuvent s’ajouter. Communiquez davantage, incitez vos équipes à communiquer, partagez davantage, mais toujours de façon claire et concise, sans pour autant submerger les équipes d’informations.
En période de crise, la transparence compte plus que jamais. Soyez transparents sur ce que vous savez, ce que vous ne savez pas et ce que vous faites pour en savoir plus.
Le manager doit devenir manager ressources : piloter, motiver et suivre les résultats. Pour un management à distance efficace, vous devez accepter de ne plus être en contrôle de tout ce qui se passe dans l’équipe. Laissez par exemple de l’autonomie à vos collaborateurs en matière d’horaires de travail. Et ne demandez pas à vos équipes la liste exhaustive de leurs faits et gestes pendant leur journée de télétravail.
Le manager doit aussi être plus que d’habitude à l’écoute des signaux faibles, donner du feedback, rassurer, le tout dans la bienveillance face à des équipes déstabilisées par ce nouveau contexte. Même les « digital natives » ne sont pas préparés à rester sans contact réel sur une longue durée. La bienveillance doit d’ailleurs être le leitmotiv dans tous les échanges à distance, un malentendu pouvant rapidement se transformer en friction par écrans interposés.
Cette phase de distanciation forcée est aussi l’occasion pour les « nomades » et les « sédentaires » de s’entraider, via des tutoriels en ligne pour partager les bonnes pratiques sur le chemin vers la transformation digitale (reverse mentoring, ateliers par visioconférence…).
2Mettez en place des rituels
On connaît la mauvaise habitude (française) de se réunir juste pour se réunir. Dans une période qui bouscule tous nos repères, les réunions doivent devenir des rituels avec un sens et un objectif. En ligne, elles ne doivent pas dépasser 30 minutes, et devraient être affichées dans l’agenda des employés dès lundi, pour leur permettre une vision claire de leur semaine. Elles doivent être régulières et prévisibles. Une courte visioconférence par jour permet en outre de maintenir le contact humain.
Mettez en place des règles pour ces réunions (éteindre les téléphones, ne pas vérifier les e-mails, pas de multitâche). A chaque début de réunion, annoncez le sujet et rappelez les modalités d’interaction.
- Tous les lundi, réunion équipe pour définir les projets de la semaine, suivie d’un mail récapitulatif de la réunion sur les stratégies à adopter
- Mardi, mercredi, jeudi, des réunions équipe dédiées à une thématique : comment mieux collaborer à distance, outils, priorisation des objectifs, rappel des objectifs à moyen terme, …
- Tous les vendredi, réunion synthèse de la semaine pour rendre compte et célébrer les victoires hebdomadaires, suivie d’un mail récapitulatif des actions mises en places dans l’équipe la semaine écoulée, et des projets à venir la semaine suivante
- Des réunions ponctuelles autour des projets spécifiques, 1/1 ou par sous-équipe
3Utilisez le bon canal de communication
En général, préférez les outils interactifs aux mails, le but étant de se rapprocher des conditions réelles de collaboration en face-à-face. La vidéo est particulièrement utile pour les conversations complexes ou délicates, donnant une impression plus personnelle que la communication écrite ou audio uniquement (même si le réseau internet est par moment saturé, et l’image dégradée).
Dans d’autres circonstances, une collaboration rapide est plus importante que les détails visuels. Pour ces situations, prévoyez des fonctionnalités de messagerie individuelle sur téléphone portable (comme Slack, WhatsApp….) qui peuvent être utilisées pour des conversations plus simples et moins formelles, ainsi que pour les communications urgentes.
Les mails sont utiles comme référent des messages le plus importants à retenir : récapitulatif de la « to do list » de la semaine, récapitulatif des objectifs, informations importantes concernant le coronavirus.
Gérez les groupes dans les messageries instantanées
- Créez le plus possible des groupes WhatsApp thématiques, ne pas utiliser un seul groupe « fourre-tout »
- Auto-disciplinez vous dans la communication
- Modérez ces groupes, on ne s’y exprime pas sur tout et n’importe quoi
- Respectez les horaires de travail du bureau, y compris dans la communication instantanée
- Ce n’est pas parce que l’on travaille à la maison que l’on doit être joignable 7j/7, 24h/24
4N’oubliez-pas la communication informelle
L’absence de contacts sociaux (échanges directs à la machine à café, cantine…) risque de fragiliser un certain nombre de collaborateurs. Ce sont aussi ces situations « informelles » qui font parfois émerger des bonnes idées.
Créez des temps de communication qui sortent délibérément du cadre formel :
- Commencez une vidéoconférence par un tour de table de 5-10 min où chacun exprime ce qui le préoccupe ce jour-là à titre personnel
- Mettez en place des visioconférences dédiées « machine à café »
- Un moyen d’apprendre à collaborer online : les jeux vidéo en ligne pour faire naître entre des collaborateurs débutants en ligne une forme de connivence (course de vélo, match de basket ou encore une partie de karaoke, les formats en ligne n’ont pas de limite…)
5Les outils
Pour les « nomades » qui ont une bonne connaissance des outils
- Jira/Confluence pour la gestion de projet
- Slack pour les échanges autour des projets
- WhatsApp pour la communication d’équipe et des groupes thématiques
- Google Drive pour partager et collaborer sur des documents
- Zoom ou Teams pour les réunions en visioconférence
Pour les « sédentaires, qui ont peu de connaissance des outils, même si une grande partie de leur travail peut être fait à distance
- Le réseau social interne pour partager des documents, échanger, et pour les visioconférences de < 10 personnes
- Trello, pour la gestion de « petits projets »
Enfin, tout ceci ne peut se faire sans une confiance renforcée dans la relation manager/employé.
5Short list de bonnes pratiques pour le télétravail
Il est important que chaque individu travaillant à distance soit attentif à la gestion de son temps (et de sa santé mentale). Quelques pratiques recommandées :
- Ne restez pas assis à votre bureau toute la journée. Prenez des pauses comme vous le feriez au bureau pour un café, ou déjeuner, aérez-vous (à la fenêtre, ou par une courte sortie, ne pas oublier votre attestation de déplacement dérogatoire)
- Même si les horaires de travail peuvent fluctuer, établissez un emploi du temps pour votre journée afin de ne pas passer 8 heures de « temps de travail » non structuré
- Trouvez des listes de lecture (Deezer, Spotify…) pour vous aider à vous concentrer (gardez quand même un casque si vous voulez les écouter à fond, pour vos voisins, eux aussi confinés à la maison)
- Désignez des moments de votre calendrier pour effectuer les tâches en dehors des réunions
- Certaines tâches peuvent nécessiter l’aide ou le soutien d’autres personnes. Si c’est le cas, n’attendez pas les heures habituelles de réunion de l’équipe pour y faire face. Contactez par messagerie votre responsable ou un membre de l’équipe lorsque vous avez besoin d’aide
- Lorsque vous travaillez sur une échéance, éliminez les distractions pour favoriser la productivité (fermez les onglets internet, fermez les messageries et réseaux sociaux, ne vérifiez pas les e-mails…)
- N’oubliez pas de prendre vos repas et de boire de l’eau !
- N’oubliez pas de terminer votre journée de travail ! Fixez une heure d’arrêt
Profitez du temps pour vous cultiver sur Culturecheznous et Open Culture pour les anglophones. Et n’hésitez pas à poser vos questions sur Franceinfo #ONVOUSREPOND.
Prenez soin de vous, et à bientôt au bureau !
Illustrations KB, sauf Illustration de Une : Captionery sur Unsplash
Liens vagabonds : heureusement qu’on a Internet !
Covid-19 & télétravail – Dans cette crise, heureusement que nous avons Internet ! Pour ralentir la propagation du virus, le télétravail s’impose dans la tech et les médias – Facebook, Microsoft et Amazon. Google, Twitter et Apple – Les médias d’information s’organisent aussi – le Washington Post, le NYTimes, Condé Nast, Vox Media et Business Insider – se mettent au télétravail. CBS News aussi. Tout comme Vice Media. En France, c’est le cas de France Télévisions et de l’AFP. Plusieurs questions se posent. Quel effet le télétravail aura-t-il sur la couverture des infos ? Sur l’organisation du travail de demain ? Ce que l’on gagne en productivité compense-t-il la perte en créativité et lien social ?

Covid-19 & initiatives journalistiques – Pour couvrir la pandémie, les médias expérimentent – la BBC crée des formats visuels et lance un podcast quotidien, l’audiovisuel public européen et canadien s’associent dans une coopération inédite. La plupart des grands médias US font tomber leurs pawalls. Comme d’autres, le NYTimes lance une newsletter. Pour les professionnels, le coronavirus nécessite une approche journalistique collaborative Pendant ce temps, Fox News minimise et propage la désinformation sur le virus. Mais la pandémie des fausses nouvelles sévit.
Covid-19 & plateformes – Malgré des mesures strictes, les plates-formes peinent à enrayer l’infodémie. Facebook travaille avec l’OMS, labélise et décourage le partage de fausses informations. Google déclenche une “Alerte SOS” renvoyant vers des sources fiables et bloque certaines applications. YouTube privilège les sources officielles, même si la plateforme a pris la décision controversée de re-monétiser certaines vidéos sur le sujet. La désinformation, facilement partagée dans les conversations privées, continue à inonder les réseaux.
Covid-19 & Cinéma/TV : Hollywood touchée par le virus, les tournages des streamers aussi; Les productions audiovisuelles au ralenti
3 CHIFFRES
- Coronavirus : Apple a vu ses ventes d’iPhone s’effondrer de 60 % sur le marché chinois en février
- 84 % des enfants de 12 ans interrogés disposent d’un smartphone, en vue de rester connectés avec leurs amis via les réseaux sociaux numériques
- YouTube est la plateforme la plus utilisée par les internautes pour regarder des contenus vidéos en ligne (78% des personnes interrogées)
LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE
Vous trouverez plus d’infographie sur Statista
NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ
- Cambridge Analytica a fermé mais ses tactiques n’ont pas disparu
- Les médias US vont droit dans le mur, estime le @washingtonpost
COVID-19
- Le coronavirus grippe le marché mobile chinois
- Les meilleures (et les pires) plateformes pour suivre le bilan du COVID-19
- Apple réouvre tous ses magasins en Chine ; mais ferme tous les autres
DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION
SURVEILLANCE, CONFIANCE, DONNÉES
- Un outil pour savoir qui vous traque sur le web
- L’illusion de l’opt-out ou comment nous avons accepté de perdre notre vie privée
- Cambridge Analytica : le régulateur australien attaque Facebook en justice
- La Corée du Sud surveille les citoyens mis en quarantaine avec une application
- La gendarmerie se dote d’une application accusée de ficher la population
- Les cyberattaques capitalisent sur le coronavirus
- Coronavirus – un prétexte pour accélérer la surveillance de masse
LÉGISLATION, RÉGLEMENTATION
FAKE NEWS, DÉSINFORMATION, LIBERTÉ DE LA PRESSE
- Moscou menace la BBC
- Coronavirus : en Chine, la censure tourne à plein régime
- Comment enquêter sur la désinformation coronavirus en utilisant l’API de Twitter
- Emojis et braille : comment les Chinois essaient de préserver un article sur le coronavirus contre les censeurs
- Des médias US complices de la désinformation de Trump sur le virus
- Une vidéo retweetée par Trump signalée manipulée par Twitter
JOURNALISME
- En Espagne, les éditeurs pivotent vers l’abonnement
- Mediapart publie ses comptes et résultats
- Les défis que pose la couverture du coronavirus
- Derrière Slate Plus, l’offre d’abonnement numérique réussie de Slate
- Étude : les gens paient pour des informations qui renforcent leur identité sociale
STORYTELLING, FORMATS
- Le redesign de la home du WashPost
- Le Washington Post veut aussi adresser ceux qui sont submergés par l’info
- Article raconté en story : L’e-learning se répand aux États-Unis avec la fermeture des écoles due au coronavirus
- Tinder annule sa série interactive Swipe Night pour cause de coronavirus
ENVIRONNEMENT
- « Ne nous laissons pas envahir par l’anxiété face à la crise climatique »
- Pourquoi l’épidémie de coronavirus est une mauvaise nouvelle pour le changement climatique
USAGES
RÉSEAUX SOCIAUX / MESSAGERIES
- Twitter ouvre son conseil à Elliott et Silver Lake, Dorsey reste DG
- Facebook lance en France le transfert de photos et de vidéos vers Google
- Facebook poursuivi en justice par le régulateur australien pour l’affaire Cambridge Analytica
- LinkedIn expérimente avec des Stories
- TikTok cible des influenceurs africains
- Instagram teste une fonctionnalité qui permet de bloquer de multiples comptes / commentaires simultanément
- TikTok va lancer un centre de modération de contenu afin de renforcer la transparence dans ses opérations
STREAMING, OTT, SVOD
- En Suède, Netflix accepte de verser des royalties aux professionnels de l’audiovisuel
- Quibi: trois mois gratuits offerts au début
- Les stars de Quibi
- Disney + dévoile son catalogue pour la France
- YouTube permettra désormais aux créateurs de monétiser les vidéos sur les coronavirus
- Le début de la fin pour les YouTubers indépendants ?
- Netflix à la conquête du continent africain
AUDIO, PODCAST, BORNES
DATA, AUTOMATISATION, INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, BLOCKCHAIN
- Un nouveau coordinateur national pour l’intelligence artificielle
- Des chercheurs de Microsoft créent « une liste de vérification » pour l’éthique de l’IA
PUBLICITÉ, MONÉTISATION
- Interview avec Jonah Peretti, patron de BuzzFeed : “Nous avons transformé la manière dont BuzzFeed gagne de l’argent”
- Fin du cookie : les nouvelles recettes du ciblage publicitaire
- Les agences de pub en quête d’un nouveau business model
IMMERSION, 360, VR, AR
- La réalité virtuelle était censée améliorer le travail à distance – mais on n’y est pas encore
- Magic Leap, la star de la réalité augmentée, réfléchit à se vendre
JEUX VIDÉO, eSPORT
- The Electronic Entertainment Expo de LA sera annulée en juin
- Coronavirus : l’E3, grand-messe du jeu vidéo, est annulée
5G, 8K
- 5G sans Huawei: l’État négocie avec les opérateurs
- Huawei : le gouvernement britannique tente d’apaiser les craintes du Parti conservateur
- Pourquoi le coronavirus risque de retarder la sortie des iPhone 5G
- Donald Trump accorde un nouveau répit de 45 jours à Huawei
- La fibre, source croissante de litiges dans les télécoms
TECH, STARTUPS, INNOVATION, TRANSFO NUM
- Les start-up se mobilisent face à l’épidémie de coronavirus
- Amazon va vendre sa technologie de magasins sans caisse ni caissier
- Podcast : 1,2 million d’euros pour la plateforme d’hébergement Ausha
- Le Coronavirus pourrait impacter fortement le financement des startups
- L’épidémie de coronavirus est un stress test pour les startup
- Blablacar, Deezer, Doctolib… : la capitale fait le plein de licornes
- Station F, le nouveau centre de gravité de la scène start-up
ES avec l’équipe Méta-Media
Abonnements en ligne : 7 illusions qui entravent l’acquisition
Par Cyrille Frank, Directeur de l’ESJ Pro Paris
La presse en ligne française peine globalement à faire payer les lecteurs. Qu’est-ce qui empêche des marques médias fortes de décoller, hormis le contexte économique morose, l’emprise encore forte de la culture du gratuit et une concurrence pléthorique sur les contenus ? Voici quelques fausses idées qui expliquent en partie les difficultés de certains éditeurs à conquérir davantage de lecteurs payants.
Mind a fait le point le 25 février 2020 sur le nombre d’abonnés purs numériques des principaux acteurs de la presse française. Les chiffres montrent une belle progression des quatre leaders L’Equipe, Le Monde, Mediapart et Le Figaro. Et un énorme écart avec les suivants, y compris pour des marques médias puissantes et connues sur le web (Le Parisien, Libération, L’Express). Une difficulté qui tranche avec le succès relatif de Brief.me qui, avec une petite équipe, est parvenu à convaincre 8500 abonnés en quelques années.
source : Mind, 25 février 2020
1La qualité éditoriale est le critère le plus important
Il y a un malentendu sur ce terme de “qualité”. Le terme est piégé car chacun y projette ses propres goûts (et en particulier les journalistes qui ont tendance à croire que les lecteurs sont aussi friands qu’eux des sujets qu’ils affectionnent). Il semble toutefois y avoir une sorte de consensus tacite sur ce que ce terme recouvre : des sujets sérieux ayant des implications fortes sur la vie de la cité.
La qualité éditoriale est empreinte d’une forme d’impérialisme socio-culturel très bourdieusien et néo-platonicien. Ce qui est intellectuel est qualitatif. Ce qui est pratique (terre à terre, c’est à dire éloigné du monde des idées) ou ludique (le plaisir disqualifié par notre culture judéo-chrétienne) est bas de gamme.
Sauf que, ce qui est important et/ou intelligent n’est pas forcément intéressant pour le plus grand nombre. L’assiette et la progressivité fiscale sont des questions clés pour notre vie collective. Mais, il faut reconnaître que c’est ardu, lointain, pas drôle. Je doute qu’il soit un sujet moteur des abonnements y compris pour Le Monde.
La qualité reconnue d’un contenu ne suffit pas à motiver son achat. C’est une condition nécessaire, mais pas suffisante.
Il faut que le service rendu soit perçu comme suffisamment fort. Et la compréhension du monde n’est pas le service le plus attendu par la majorité des lecteurs. Avant cela il y a les aspects pratiques, le divertissement et la socialisation…
Un indice ? Le rapport Médiamétrie d’octobre 2019 (publié le 20 février 2020) montre que les Français consacrent en moyenne 2 minutes aux sites d’info, sur les deux heures 12 minutes qu’ils passent chaque jour en ligne.
L’information ne représente donc que 1,6% du temps passé sur Internet. L’e-mail, les messageries, le divertissement (films, jeux…), la consommation occupent plus d’espace dans la vie des gens que l’information. Et ce n’est pas grave.
Mettez davantage de pratique et de ludique dans vos lignes éditoriales. Et du plaisir (ne serait-ce que graphique, visuel – ressort essentiel du succès du 1) ! Des contenus drôles, surprenants, légers aussi.
Améliorez la qualité de l’interaction proposée au sein de vos propres environnements (site, appli mobile). Ce service de socialisation est clé, ne le laissez pas aux mains des réseaux sociaux.
2La profondeur paye
Capture d’écran Mediapart
On se réjouit à juste titre du succès de Mediapart, l’un des rares pure players à tirer son épingle du jeu. Et l’on a tôt fait d’en tirer la leçon : ce qu’apprécient les lecteurs, c’est l’investigation journalistique et la profondeur éditoriale.
Ceci n’est pas totalement faux, mais pas entièrement vrai non plus. En réalité, les lecteurs de Mediapart lisent assez peu les contenus du site. Et les contenus d’investigation ne constituent qu’une petite partie des articles produits.
Alors qu’achètent surtout les lecteurs en fait ?
Deux choses :
- Le sentiment d’appartenance à un club (de résistants, de militants du progrès social)
- La sécurité psychologique de s’être abonné à une source d’info fiable car indépendante
Donc, le service rendu est plus socio-psychologique qu’intellectuel.
Nous sommes bien d’accord que la qualité des enquêtes et dossiers participent la crédibilité du titre, et au sentiment rassurant qui motive en partie le passage à la caisse.
Mais, le facteur psychologique ne doit pas être négligé : la perception du lecteur est clé. C’est pourquoi ce n’est pas tant l’investigation qui recrute des abonnés que la publication de scandales à fort impact émotionnel.
Ce n’est pas l’affaire Kadhafi-Sarkozy – financement présumé de campagne occulte et grave trafic d’intérêt – qui a fait décoller les ventes de Mediapart. Ce fut plutôt le scandale Cahuzac, ce ministre du budget qui exigeait des Français qu’ils se serrent la ceinture quand lui, fraudait le fisc.
Toute investigation n’est pas rentable en soi. Il faut aussi une bonne dose d’émotion pour susciter l’intérêt d’abord, l’adhésion ensuite à un titre.
Avoir un Edwy Plenel pour faire du tapage dans les médias traditionnels et justifier l’abonnement à Mediapart comme acte de résistance citoyen est également nécessaire. Ou Eric Fottorino très visible en presse ou télévision – notamment pour ses romans – qui promeut efficacement Le 1 ou Zadig.
Par ailleurs, ce n’est pas forcément le profond qui suscite le désir de savoir. Par exemple, les potins de stars et la visualisation de vidéos exclusives et croustillantes fonctionnent aussi, comme en atteste le succès du magazine people allemand Bild.
Capture d’écran : Das Bild
Proposez d’autres services pratiques ou ludiques et une bonne imbrication entre outils/services et contenus rédactionnels. La presse ne s’est jamais vendue uniquement pour ses news “citoyennes”.
3 Il faut recruter de jeunes abonnés
Face au non-renouvellement des lecteurs papier, la nécessité s’impose de convaincre de nouveaux acheteurs numériques, afin de prendre le relais.
Cela semble une bonne stratégie sur le long terme (pour ceux qui en ont les moyens), mais c’est illusoire à court terme.
Seule une minorité de jeunes est prête à payer pour de l’information générale, et encore moins en numérique (3% des 15-34 ans sont abonnés à un site d’information payant, selon le rapport Médiamétrie d’octobre 2019).
Rapport Médiamétrie, octobre 2019
D’abord parce que les jeunes de 15-25 ans sont fauchés. Ensuite parce que, à choisir, ils préfèrent s’offrir un abonnement Netflix qui leur permet de faire d’une pierre deux coups : se divertir et se socialiser avec leurs pairs (en discutant des films et séries, c’est un sujet de conversation plus “cool” que l’actualité).
Enfin, parce qu’ils accèdent déjà gratuitement à des tas de contenus qui leur suffisent : soit du snacking informationnel de socialisation-divertissement sur les réseaux sociaux, comme le montre l’étude Médiamétrie de juillet 2018.
Rapport Médiamétrie, Juillet 2018
Soit des videos de fond sur Youtube (bien plus accessibles et parfois beaucoup plus profondes que celles des médias traditionnels).
Rapport Médiamétrie, Juillet 2018
Bref, les jeunes en majorité, quels que soient les efforts déployés ne paieront pas pour de l’actualité générale, aussi intéressante, drôle ou attractive soit-elle.
Un arbitrage qui ne concerne pas que les jeunes d’ailleurs, comme le constatent les auteurs du rapport Reuters 2019 :
“Dans certains pays, la fatigue des abonnements peut également s’installer, la majorité préférant consacrer son budget limité au divertissement (Netflix / Spotify) plutôt qu’aux nouvelles. Alors que beaucoup voient les nouvelles comme une «corvée», les éditeurs peuvent avoir du mal à augmenter considérablement le marché des abonnements à «titre unique» à prix élevé.”
Mais certains trentenaires le feront peut-être quand le besoin de socialisation tribal diminuera un peu et que se fera sentir un besoin plus personnel de compréhension du monde et de soi.
Ce besoin de comprendre l’actualité se fera aussi plus pressant lorsqu’ils découvriront l’utilité d’une conversation intéressante à la machine à café lors de leur premier job.
Cela ne signifie pas que toute démarche d’évangélisation de sa marque média auprès d’un jeune public est inutile – comme les efforts du Monde sur Snapchat ou du Figaro sur Twitch. Mais il faut bien comprendre que le ROI de ces actions se situe au mieux à dix ans. Se laisser suffisamment de temps. Et avoir les moyens.
Concentrez-vous à court terme sur un public de plus de 35 ans (voire plus de quarante sur l’actu politique). Faites évoluer vos lignes éditoriales avec prudence pour ne pas faire fuir les fidèles en essayant de recruter de nouveaux.
4Il faut créer un netflix de l’actu
Ici on se heurte au biais de similarité. Puisque ça a marché pour la video, pourquoi ne pas reproduire la recette pour l’actualité ?
Et bien parce que la nature de l’expérience utilisateur, les motivations de consommation et l’éco-système sont différents.
Certes, selon le Digital News Report 2019 du Reuters Institute, près de la moitié des personnes intéressées par les news consomme plus de quatre sources d’information en ligne chaque semaine. Un nombre plus important chez les moins de 35 ans.
Or désormais, la plupart des lecteurs rencontrent un paywall lorsqu’ils cliquent sur un lien vers un contenu informatif à valeur ajoutée – 95% de la presse française étant passé sur un modèle payant ou freemium.
Mais le modèle d’abonnement à un agrégateur de type Blendle avec rétribution aux journaux à l’article lu ne fonctionne pas.
En effet, en vendant à l’unité les articles qui ont le plus de valeur aux yeux du lecteur, on se prive de la vente de tous les autres. Ce sont ces contenus « blockbusters » qui financent les autres productions moins attractives et néanmoins importantes.
Le journal – produit global – ne se vend que grâce à quelques articles forts : la une. Grâce à quoi, le lecteur découvre d’autres sujets, glanant ici et là des informations qui participent à son ouverture au monde et aux autres. Ne lire que ce que l’on achète est un risque sévère de sclérose intellectuelle.
Par ailleurs, peu de gens sont suffisamment accro à l’information – à l’image des journalistes – pour y passer des heures et faire du “binge reading” de news. Il n’y a pas du tout le même sentiment de plaisir que celui de s’engloutir la saison entière de sa série préférée.
Oubliez la vente à l’unité et les agrégateurs d’articles. En revanche, imaginez des achats groupés avec d’autres titres ou services affinitaires pour augmenter l’attractivité de votre offre, quitte à partager un peu les revenus.
Ces offres couplées se multiplient. The Times of London offre un accès gratuit au Wall Street Journal, Le Washington Post propose un abonnement moins cher via Amazon Prime, Bloomberg s’est associé à The information …
5Ce qui a été coûteux à produire doit être vendu (cher)
L’information à un coût, certes et ne saurait être gratuit. Ce coût était autrefois partagé entre le lecteur (via l’achat du journal et les petites annonces), les annonceurs publicitaires et l’Etat (via les aides à la presse).
Avec l’apparition de concurrents web gratuits, les petites annonces ne rapportent plus grand chose, sauf exception (Schibsted et 20 minutes gagnent encore un peu d’argent avec leboncoin.fr par ex.).
Quant aux annonceurs publicitaires, ils remplissent surtout les poches de Google et Facebook qui captent l’essentiel des budgets publicitaires.
Le lecteur se retrouve donc seul à devoir payer un contenu cofinancé hier par des mécènes intéressés, mais généreux. Presque seul, car il est encore aidé indirectement par l’Etat qui permet aux médias papier historiques de bénéficier de subventions publiques au nom du pluralisme de l’information.
Ceci pose un problème structurel majeur aux lecteurs et aux médias. Car peu de personnes ont les moyens ou la motivation pour payer les contenus à leur coût de production réel.
Surtout dans un contexte où il existe une profusion de contenus gratuits et où le prix d’une information vérifiée, hiérarchisée, vulgarisée sans déformation ne semble pas évident pour une majorité de concitoyens.
Impossible de payer aujourd’hui le même produit deux fois plus cher, alors que l’étal d’à côté semble proposer le même gratuitement.
Il est plus judicieux de se demander quelle est la valeur d’usage et valeur perçue de l’information que l’on propose, en essayant de coller à ce prix “psychologique”. Diffusez dans un premier temps vos meilleurs contenus, pour faire connaître vos atouts, puis limitez-en l’accès pour en faire un produit d’appel. Ces contenus très coûteux à produire financeront les autres. Comme les enquêtes longues de Mediapart financent les autres dossiers.
6Il faut diffuser ces contenus sur les réseaux sociaux
Oui, mais pas n’importe comment ! Faire connaître sa marque, la qualité de sa production éditoriale certes. Mais assez rapidement, il faut faire venir les lecteurs chez soi.
Pourquoi ? Parce que les accès directs augmentent la transformation en abonnés, comme le montre l’étude 2019 du Reuters Institute :
Digital News Report 2019
Twitter est un outil très intéressant de sourcing, de veille et un forum ouvert très riche et utile entre professionnels des médias. Mais ce n’est pas un vecteur efficace de trafic pour les médias.
Facebook est plus puissant en terme de trafic, mais pensez bien à ne pas trop donner, même si les contenus sans lien bénéficient d’un meilleur reach.
Travaillez l’acquisition de trafic, la rétention et le temps passé sur VOS sites. Passez plus de temps sur les newsletters que sur Twitter. Proposez des services exclusifs qui justifient une visite du lecteur hors de chez lui (Facebook).
7Le marketing, ce n’est pas sorcier. On sait faire.
Les techniques marketing ne sont pas inaccessibles, c’est vrai. Mais c’est un métier qui prend du temps si on veut bien le faire.
Laurent Mauriac, créateur de Brief.me a fait appel à un expert Edmond Espenel, notamment pour la mise en place de techniques de marketing-automation.
Capture d’écran : outil Bluenote
La détermination d’un prix crédible, la conception d’offres commerciales claires, cohérentes et attractives est une tâche qui requiert de l’expérience et ne se fait pas au doigt mouillé (ni en s’alignant simplement sur les concurrents).
La mise en place d’un paywall ou d’un modèle freemium réclame un suivi d’indicateurs qu’il faut affiner pour en tirer un enseignement commercial mais également éditorial.
L’examen des bons indicateurs aussi est clé ! Le nombre de vues d’un article n’est pas déterminant dans un objectif d’abonnement. Il est beaucoup plus important de mesurer le fameux engagement, comme le fait Le Temps notamment.
Les informations de lecture permettent aussi d’adapter et d’améliorer l’offre d’information, le produit vendu – un processus clé dans le succès ou pas d’une proposition commerciale d’abonnement.
Recrutez de bons experts si vous ne les avez pas en interne. Mettez un minimum de moyens humains pour penser et traiter les données. Ayez une souplesse maximale sur l’offre, mais un suivi régulier pour affiner le produit.
Faire payer les lecteurs sur le web n’est pas une promenade de santé. Il y a beaucoup de titres sur un segment réduit de la population (environ 10% maximum de la population française selon Reuters). Raison de plus pour être efficace et se débarrasser de ses illusions, avant d’entamer la bataille éditoriale, marketing, commerciale.
Source photo : visualhunt.com
Liens vagabonds : les bonnes pratiques des médias pour couvrir le coronavirus
À retenir cette semaine
Coronavirus et information, bonnes pratiques – Au coeur de la désinformation et des reportages alarmistes sur le coronavirus, les médias cherchent un moyen pour informer de manière responsable. Les conseils clés : limiter des adjectifs anxiogènes, contextualiser l’épidémie, démonter des intox et suggérer des actions concrètes. Pour informer sur le COVID-19, des podcasts et newsletters se créent, ainsi que de nouveaux formats sur les réseaux sociaux – L’Organisation mondiale de la Santé rejoint TikTok pour diffuser des informations vérifiées sur le virus.
Annulation des conférences tech & média – Après l’annulation du Congrès Mondial du Mobile il y a 3 semaines, le virus continue à “disrupter” le déroulement des conférences. Google a annulé sa conférence annuelle dédiée aux développeurs. Les géants de la tech et des médias comme Facebook, Netflix, Twitter, Apple et Warner Media se sont désistés du festival South by Southwest, longtemps maintenu malgré une pétition de + 53 000 signatures en faveur de son annulation. Annulation qui a finalement eu lieu ce vendredi. Les conférences de journalisme comme Splice Beta ou le Festival international du journalisme en Italie sont également atteints. En tout, une perte estimée à plus d’un milliard de dollars, entre Google I/O, Facebook F8, SXSW et le Congrès mobile de Barcelone…
Uber & régulation des plateformes – La Cour de cassation requalifie en salarié les chauffeurs Uber, remettant ainsi en cause le modèle économique de la plateforme. L’arrêt constitue un avertissement pour l’ensemble des start-ups collaboratives qui se sont inspirées du modèle économique d’Uber. En même temps, les candidats à la Mairie de Paris prônent une reprise en main des données générées par des plateformes comme Uber, Airbnb et Amazon afin de mieux réguler les effets de leurs services sur la ville.
3 CHIFFRES
- Le temps moyen que les jeunes de 16 à 24 ans passent à regarder les informations sur les chaînes de la BBC a diminué de 28 % depuis 2014
- Bientôt plus de 50 millions d’utilisateurs TikTok aux US
- 72 % des Américains estiment que Facebook a trop de pouvoir, et 51 % déclarent que Google et YouTube devraient être scindés en deux
LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE
Vous trouverez plus d’infographie sur Statista
NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ
- Brad Parscale, le directeur des médias numériques de Trump, a utilisé les réseaux sociaux pour influencer l’élection de 2016. Il va le faire à nouveau
- Coronavirus : le “cygne noir” (événement imprévisible) de 2020
- Efforts très mitigés de YouTube pour réduire les vidéos complotistes
COVID-19
- Une liste à jour de désinformation sur le virus
- Coronavirus : les Chinois ont massivement migré sur les plateformes numériques
- Le masque anti-surveillance qui permet de déverrouiller son smartphone pendant le coronavirus
- Comment les journalistes chinois défendent la vérité sur le coronavirus malgré la censure
- Le MIPTV à Cannes annulé pour cause de coronavirus
- YouTube démonétise des vidéos sur le coronavirus
- Twitter, 1ère firme américaine à encourager ses employés à rester chez eux pour travailler
- Une app développée par Alibaba attribuant un code couleur organise la quarantaine
- En Chine, la crise du coronavirus déclenche la demande pour la liberté d’expression
- Le coronavirus révèle des zones grises pour les médias
- Une étude de l’Université de Toronto explique que les réseaux sociaux chinois ont censuré des informations sur les coronavirus
DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION
- Abonnements en ligne : 7 illusions qui entravent l’acquisition
- Fermeture de l’agence de presse australienne AAP, jugée non viable après 85 ans d’existence, par ses actionnaires
- Le succès numérique du New York Times n’est pas forcément une bonne nouvelle pour la presse car le journal est désormais comme Facebook et Google: il écrase toute compétition
- 50 ans après, le succès aujourd’hui de la radio publique US, NPR
- La campagne en ligne de Bloomberg, marquée par la désinformation, échoue
SURVEILLANCE, CONFIANCE, DONNEES
- Le smartphone, un espion dans notre poche ?
- Le fiasco de la reconnaissance faciale testée par la police de Londres
- Reconnaissance faciale: la controversée société Clearview s’est faite pirater
FAKE NEWS, DESINFORMATION, LIBERTE DE LA PRESSE
- L’étiquetage Facebook pointant des fake news ne fonctionne pas. Car tout le reste semble plus crédible
- De la haine, du LOL et du fake : Steve Bannon annonce une campagne présidentielle plus sanglante que jamais
- Élections US : comment les utilisateurs de Reddit s’engagent dans la lutte contre les fake news
- Twitter expérimente avec l’étiquetage de la désinformation, mais est-ce une bonne idée ?
- Coronavirus et infox: le gouvernement français fait le point avec les acteurs d’Internet
- Pendant l’épidémie de coronavirus, Facebook s’engage à lutter contre la « désinformation nuisible »
- Facebook supprimera une série de publicités trompeuses de la campagne de réélection de Donald Trump
JOURNALISME
- Restrictions US sur les journalistes chinois
- La rédactrice en chef du Guardian : “Britain is leaving Europe. The Guardian is not »
- Élections US : le problème avec notre soif d’actualités instantanés
- Écrire plus pour gagner moins : quand la course à l’audience tue le journalisme
STORYTELLING, FORMATS
- “The Chronicles of Now”, le nouveau média qui publie des nouvelles inspirées des manchettes
- Devs, la nouvelle série qui nous plonge dans l’univers de la Big Tech
- Twitter se met enfin aux stories, mais ce n’est pas forcément bénéfique pour les éditeurs
ENVIRONNEMENT
- « On pourrait interdire les vidéos en streaming dans le TGV » – rencontre avec Frédéric Bordage, expert en éco-conception
- Les chaînes de télévision américaines vont-elles enfin commencer à couvrir le climat en 2020 ?
USAGES
- En Inde, l’avenir du livre passe par le mobile
- Les Sud-Coréens se servent des applications pour éviter le coronavirus
- Qui sont les « nouveaux nomades » ?
RÉSEAUX SOCIAUX / MESSAGERIES
- Le fonds Elliott veut remplacer le PDG de Twitter
- La génération Z participe à la campagne présidentielle américaine… sur TikTok
- Avec #JeSuisUneVictime, nouvelle vague de témoignages sur les violences sexuelles sur Twitter
- Une étude montre que plus de 300 cas d’exploitation d’enfants sur Facebook sont passés inaperçus
- FYP, POV, Renegade, E-boys, le vocabulaire de TikTok expliqué
@jsmittyyROUND 3: Chubby College guy VS 15 year old dancer. Who won? ##duet with @charlidamelio♬ Sean Paul – Get Busy (Shake That Thing) – laurieelle
STREAMING, OTT, SVOD
- Les concurrents de Quibi ne sont pas Netflix ou Amazon Video mais YouTube et Facebook
- YouTube accusé d’être une « organe de radicalisation »
- Streaming vidéo : Quibi, le futur challenger de Netflix lève 750 millions de dollars
- “Netflix ne pourrait jamais remplacer la BBC”, affirme le directeur général du radiodiffuseur public
AUDIO, PODCAST, BORNES
DATA, AUTOMATISATION, INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, BLOCKCHAIN
- Facebook revoit les plans de son projet Libra
- Comment Facebook utilise le machine learning pour détecter les faux comptes
PUBLICITE, MONETISATION
- La publicité et le “scroll infini” des médias
- Le New York Times constate déjà un souci pour la pub en raison de « l’incertitude et de l’anxiété » causées par le coronavirus
IMMERSION, 360, VR, AR
- Les nouvelles opportunités de croissance dans la réalité virtuelle et augmentée
- L’Espace Game AR qui fait lutter les utilisateurs contre les fake news
JEUX VIDEO, eSPORT
- Le coronavirus fait des ravages dans l’industrie du jeu vidéo
- Les mondes de jeux vidéo inoubliables de Hideo Kojima
- HBO va créer une série basée sur le jeu vidéo apocalyptique “The Last of Us”
5G, 8K
- Nokia change de patron pour rattraper son retard sur la 5G
- Huawei veut désormais être un acteur de la connectivité des hôpitaux en France
- En pleine tempête, Huawei s’installe à Paris
TECH, STARTUPS, INNOVATION, TRANSFO NUM
- Comment les femmes peuvent s’imposer dans le numérique
- Google fait un peu de place aux moteurs de recherche concurrents dans Android
ES avec l’équipe Méta-Media
L’inquiétante trajectoire de la consommation énergétique du numérique
Par rofesseur en philosophie sociale et politique, épistémologie et histoire des sciences et techniques, Institut Mines-Télécom. Billet originellement publié sur The Conversation et re-publié sur Méta-Media avec autorisation.
Le Conseil général de l’économie, de l’industrie, de l’énergie et des technologies (CGEIET) a publié en novembre un rapport sur la consommation d’énergie du numérique en France. L’étude recense le parc, liste les consommations et en déduit leur montant global.
Les résultats sont plutôt rassurants. Par rapport à 2008, la consommation numérique au niveau national semble stabilisée.
Les transformations en cours (croissance des usages vidéo, « numérisation de l’économie », « plate-formisation », etc.) ne semblent pas avoir de conséquences sur la dépense énergétique.
Un constat qui s’expliquerait par les gains en efficacité énergétique, et par le fait que la progression de la consommation des smartphones et data centers a été compensée par le déclin des télévisions et des PC.
Ces conclusions, au premier abord optimistes, méritent toutefois un examen plus approfondi.
61 millions de smartphones en France
Avant tout, voici quelques repères donnés par le rapport pour appréhender l’ampleur du parc numérique français. Le pays compte 61 millions de smartphones en service, 64 millions d’ordinateurs, 42 de téléviseurs, 6 millions de tablettes, 30 millions de box… Ces volumes déjà importants sont toutefois à prendre avec des pincettes, les auteurs du rapport estimant avoir fortement sous-évalué les équipements professionnels.

Les consommations. CGEIET, CC BY-NC-SA
Le rapport prévoit dans les prochaines années une croissance du parc de smartphones (notamment chez les personnes âgées), une baisse de celui des PC, la stabilisation des tablettes et une saturation du temps passé sur écran (qui s’établit aujourd’hui à 41h/semaine).
Le texte suggère néanmoins de rester attentif, notamment sur les nouveaux usages : la vidéo 4K puis 8K, les jeux sur cloud via 5G, la voiture connectée ou autonome, l’installation grandissante de centres de données en France et le stockage de données… Une hausse de 10 % de la vidéo en 4K en 2030 produirait à lui seul une hausse de 10 % de la consommation électrique globale du numérique.
Nous pensons que ces conclusions rassurantes doivent être pour le moins tempérées, pour trois principales raisons.
L’efficacité énergétique, pas éternelle
La première est l’efficacité énergétique. Le célèbre énergéticien Jonathan Koomey a établi en 2011 que la puissance de calcul par joule double tous les 1,57 ans.
Mais cette « loi » de Koomey résulte d’observations sur quelques décennies seulement : une éternité, à l’échelle du marketing. Pourtant, le principe de base du numérique est toujours le même, depuis l’invention du transistor (1947) : utiliser le déplacement des électrons pour mécaniser le traitement de l’information. La cause principale de la réduction de la consommation est la miniaturisation.
Or, il existe un seuil minimal de consommation d’énergie physique pour déplacer un électron, dit « minimum de Landauer ». Un tel minimum théorique ne peut être qu’approché, en termes technologiques. Ce qui signifie que l’efficacité énergétique va ralentir puis s’arrêter. Plus la technologie le côtoiera, plus les progrès seront difficiles : on retrouve en quelque sorte la loi des rendements décroissants établie par Ricardo voici deux siècles, à propos de la productivité de la terre.
La seule manière de surmonter la barrière serait de changer de paradigme technologique : déployer l’ordinateur quantique à grande échelle, dont la puissance de calcul est indépendante de sa consommation énergétique. Mais le saut à accomplir est gigantesque et prendra des décennies, s’il se produit.
Une croissance des données exponentielle
La seconde raison pour laquelle le constat du rapport est à relativiser est la croissance du trafic et de la puissance de calcul appelée.
Selon l’entreprise informatique américaine Cisco, le trafic décuple actuellement tous les 10 ans. Suivant cette « loi », il sera multiplié par 1 000 d’ici 30 ans. Aujourd’hui, un tel débit est impossible : l’infrastructure cuivre-4G ne le permet pas. La 5G et la fibre optique rendraient possible une telle évolution, d’où les débats actuels.
Regarder une vidéo sur un smartphone implique que des machines numériques – téléphone, centres de données – exécutent des instructions pour activer les pixels de l’écran, générant l’image et son changement. Les usages du numérique génèrent ainsi de la puissance de calcul, c’est-à-dire une quantité d’instructions exécutées par les machines. Cette puissance de calcul appelée n’a pas de rapport évident avec le trafic. Un simple SMS peut aussi bien déclencher quelques pixels sur un vieux Nokia ou un supercalculateur, même si bien entendu, la consommation d’énergie ne sera pas la même.
Dans un document datant déjà de quelques années, l’industrie des semi-conducteurs a tracé une autre « loi » : celle de la croissance régulière de la puissance de calcul appelée à l’échelle mondiale. L’étude montre qu’à ce rythme, le numérique aurait besoin, en 2040, de la totalité de l’énergie mondiale produite en 2010.
Ce résultat vaut pour des systèmes pourvus du profil moyen de performance de 2015, date de rédaction du document. L’étude envisage aussi l’hypothèse d’un parc mondial pourvu d’une efficacité énergétique 1000 fois supérieure. L’échéance ne serait décalée que de 10 ans : 2050. Si l’ensemble du parc atteignait la « limite de Landauer », ce qui est impossible, alors c’est en 2070 que la totalité de l’énergie mondiale (en date de 2010) serait consommée par le numérique.
Numérisation sans limites
Le rapport ne dit pas que les usages énergivores ne sont pas quelques pratiques isolées de consommateurs étourdis. Ce sont des investissements industriels colossaux, justifiés par le souci d’utiliser les fantastiques vertus « immatérielles » du numérique.
De toutes parts, on se passionne pour l’IA. L’avenir de l’automobile ne semble plus pouvoir être pensé hors du véhicule autonome. Microsoft envisage un marché de 7 milliards de joueurs en ligne. L’e-sport se développe. L’industrie 4.0 et l’Internet des objets (IdO) sont présentés comme des évolutions irréversibles. Le big data est le pétrole de demain, etc.
Or, donnons quelques chiffres. Strubell, Ganesh & McCallum ont montré, à partir d’un réseau de neurones courant utilisé pour traiter le langage naturel, qu’un entraînement consommait 350 tonnes de CO₂, soit 300 allers-retours New York – San Francisco. En 2016, Intel annonçait que la voiture autonome consommerait 4 petaoctets… par jour, sachant qu’en 2020 une personne génère ou fait transiter 2 GB/jour : 2 millions de fois plus. Le chiffre annoncé en 2020 est plutôt de 1 à 2 TB/heure, soit 5000 fois plus que le trafic individuel.
Une caméra de surveillance enregistre 8 à 15 images/seconde. Si l’image est de 4 Mo, on arrive à 60Mo/s, sans compression, soit 200 Go/heure : c’est tout sauf un détail dans l’écosystème énergétique du numérique. Le rapport EDNA de l’IEA pointe ce risque. La « vidéo volumétrique », à base de caméras 5K, génère un flux de 1 To… toutes les 10 secondes. Intel estime que ce format est « le futur d’Hollywood » !
Le jeu en ligne consomme déjà plus, en Californie, que la puissance appelée par les chauffe-eau électriques, les machines à laver, les machines à laver la vaisselle, les sèche-linge ou les cuisinières électriques.
Des émissions en hausse dans tous les secteurs
Tout ça pour quoi, exactement ? C’est le troisième point. En quoi le numérique contribue-t-il au « développement durable » ? À réduire les émissions de GES ? À sauver les sols, la biodiversité, etc. ?
Le rapport Smart 2020 promettait en 2008 20 % de réduction des gaz à effet de serre, grâce au numérique. Nous sommes en 2020 et rien ne s’est produit. Le secteur TIC représente 3 % des émissions de GES planétaires, ce que prévoyait plus ou moins le rapport. Mais pour les autres secteurs, rien ne s’est réalisé : alors que le numérique s’est largement diffusé, les émissions augmentent partout.
Les techniques mises en avant se sont pourtant diffusées : les moteurs « intelligents » ont partout progressé, la logistique a massivement recours au numérique et bientôt à l’intelligence artificielle, sans parler de l’usage courant de la vidéoconférence, du e-commerce et des logiciels de guidage dans les transports. Les réseaux énergétiques sont pilotés électroniquement. Mais les réductions ne se sont pas produites, au contraire…
Aucun « découplage » des émissions avec la croissance économique n’est en vue, ni sous l’angle des GES ni sous celui d’autres paramètres tels que la consommation de matériaux. L’OCDE prévoit que la consommation de matière triplera quasiment d’ici 2060.
Effet rebond
Le coupable, dit le rapport Smart 2020, est « l’effet rebond ». Celui-ci repose sur le « paradoxe de Jevons » (1865), qui énonce que tout progrès dans l’efficacité énergétique se traduit par une hausse des consommations.
Curieux paradoxe, à vrai dire. Les différentes formes « d’effet rebond » (systémique, etc) rappellent quelque chose de connu : elles peuvent prendre les gains de productivité, tels qu’on les trouve par exemple chez Schumpeter ou même Adam Smith (1776).
Un article méconnu montre d’ailleurs que dans le cadre de l’analyse néoclassique, qui suppose que les agents cherchent à maximiser leurs gains, le paradoxe devient une règle, suivant laquelle tout gain en efficacité qui se doublerait d’un gain économique se traduit à coup sûr par une consommation croissante. Or les gains en efficacité évoqués jusqu’ici (« loi de Koomey », etc.) ont généralement cette propriété.
Un rapport de General Electric illustre très bien la difficulté. L’entreprise se félicite que l’usage des smart grids lui permette de réduire les émissions de CO2 et de faire des économies ; la réduction de GES est donc profitable. Mais que va faire l’entreprise de ces gains ? Rien n’est dit à ce sujet. Va-t-elle les réinvestir dans le consommer plus ? Ou va-t-elle choisir d’autres priorités ? Rien ne l’indique, le document montre que les priorités générales de l’entreprise restent inchangées, il s’agit toujours de « satisfaire des besoins » qui vont évidemment croissant.
Le numérique menace la planète et ses habitants
Déployer la 5G sans interroger et encadrer ses usages va donc ouvrir la voie à toutes ces applications mortifères. L’économie numérique risque d’achever le climat et la biodiversité, et non pas la sauver. Vivrons-nous l’effondrement le plus grand et le mieux monitoré de tous les temps ? Elon Musk parle de se réfugier sur Mars, et les plus riches achètent des propriétés bien défendues dans les zones qui seront les moins touchées par le désastre global. Car le réchauffement climatique menace l’agriculture : entre manger et surfer, il faut choisir. Ceux qui ont capturé la valeur avec les réseaux numériques ont la tentation de s’en servir pour échapper à leurs responsabilités.
Que faire ? Sans doute, exactement l’inverse de ce que prévoit l’industrie : interdire la 8K ou à défaut décourager son usage, réserver l’IA à des usages restreints à forte utilité sociale ou environnementale, limiter la puissance drastiquement appelée de l’e-sport, ne pas déployer la 5G à grande échelle, assurer une infrastructure numérique restreinte et résiliente et d’accès universel permettant de conserver des usages low-tech et peu consommateurs de calcul et de bande passante. Favoriser les systèmes mécaniques ou prévoir du numérique débrayable, ne rendant pas inopérantes les « techniques de réserve ». Prendre conscience des enjeux. Se réveiller.
Crédit photo : Federico Beccari – Unsplash
[Documentaire] Green Blood Project dénonce les crimes environnementaux de l’industrie minière
Par Laure Delmoly, France Télévisions, MediaLab
Forbidden stories, le collectif qui poursuit les enquêtes de journalistes menacés ou assassinés s’empare du sujet climat. Green Blood Project est le résultat d’une enquête collaborative mondiale sur le coût humain et écologique de l’industrie minière. 40 journalistes, 15 médias (dont France Télévisions) et 8 mois d’enquête pour dénoncer des crimes environnementaux en Inde, au Guatemala et en Tanzanie. Le projet fait l’objet d’une série documentaire disponible en replay sur france.tv.
Dénoncer des crimes environnementaux sur 3 continents
Green Blood Project révèle les scandales liés à l’extraction minière à l’échelle de trois continents : l’Asie, l’Amérique latine et l’Afrique.
1. En Inde avec l’assassinat de Jagendra Singh qui enquêtait sur la compromission d’un ministre de l’Uttar Pradesh dans les mafias d’extraction du sable.
2. Au Guatemala avec l’enquête de Carlos Choc. Ce journaliste a dénoncé les conséquences de l’exploitation de la plus grande mine de nickel du pays – détenue par le groupe russe Solway – sur les habitants de El Estor. Il fait aujourd’hui l’objet d’un mandat d’arrêt.
L’une des plus belles rencontres du projet #GreenBlood. Carlos Choc, journaliste guatémaltèque condamné à la clandestinité à cause de son enquête sur une mine de nickel. En attendant le film, les plus beaux mots d’@annemichel_LMhttps://t.co/VSx9y5clUY
— Arthur Bouvart (@ArthurBouvart) June 19, 2019
3. En Tanzanie où le journaliste Jabir Idrissa a révélé les agissements autour de l’extraction de la mine d’or de Mara-Nord. Il a ensuite été mis à l’écart de toute activité journalistique.
L’enquête a été publiée la semaine du 17 juin 2019 dans 30 organes de presse du monde entier.
Le projet de documentaire – réalisé par Arthur Bouvart et Jules Giraudat – était intégré à l’enquête.
« Ce qui nous a plu dans le projet, c’est le parti pris audacieux d’écrire un documentaire avec les codes de fiction : le récit feuilletonnant. Green Blood Project, ce n’est pas un sujet par épisode mais plusieurs histoires entrelacées qui avancent au fil des 4 épisodes »explique Anne Gouraud, Directrice déléguée du pôle documentaire Découverte/Science de France tv.
« Le temps long du documentaire permet de rendre compte de l’impact de la publication de l’enquête dans la presse internationale en juin 2019 : l’usine en Amérique latine a fermé et l’extraction de sable en Inde est désormais interdite en dehors des quotas légaux » ajoute Anne Gouraud.
Une collaboration journalistique internationale
Forbidden Stories est un collectif international fondé en 2017 par Laurent Richard, ancien journaliste de l’équipe Cash Investigation. Le collectif a été créé suite à l’assassinat de la journaliste Daphné Caruana Galizia. Il est composé de 40 journalistes d’investigation (presse, radio, tv) issus de différentes rédactions : BBC, The Guardian, Le Monde, France Télévisions, Radio France, Expresso, Süddeutsche Zeitung, Die Zeit, El Pais.
Son objectif ? Reprendre le travail de journalistes menacés, emprisonnés ou assassinés.
« Il s’agit d’envoyer un message aux ennemis de la liberté de la presse : vous pouvez tuer le messager, vous ne tuerez pas le message » Laurent Richard, Journaliste de Cash investigation & Fondateur de Forbidden stories
« Le collectif Forbidden Stories va à l’encontre de la manière dont les journalistes ont été formé : l’idée que les journaux sont rivaux, que nous sommes en compétition pour obtenir un scoop. »Juliette Garside, The Guardian

Une menace de plus en plus forte sur les journalistes environnement
« Enquêter sur l’environnement, ce n’est pas juste écrire sur les ours polaires, lire des rapports scientifiques ou aller à des conférences sur le climat. C’est aller sur le terrain là où les gens se battent pour protéger leur terre et leur environnement » Jonathan Watts, The Guardian
En 2015, Reporter sans frontière dénonçait déjà la censure des journalistes environnementaux.
La répression violente contre le journalisme environnemental s’aggrave dans le monde https://t.co/iYydUWYgki pic.twitter.com/nkbXm2YP6X
— Reporterre (@Reporterre) December 8, 2015
Selon le Committee to Protect Journalists, 13 journalistes ont été assassiné pour avoir enquêté sur des scandales environnementaux depuis 2009. Le CPJ enquête sur 16 autres décès suspects.
Green Blood Project prouve que la collaboration au delà des frontières permet aux journalistes de se faire entendre sur des enjeux environnementaux cruciaux. « Avec le succès des Panama Papers, nous avons compris que plus on est nombreux, plus on a d’impact » analyse Juliette Garside du Guardian.
* Le documentaire Green Blood Project, French Kiss production/ Forbidden stories /France Télévisions/Ushuaia TV
** Visionnez Green Blood Project sur france.tv
Source photo : france.tv
Liens vagabonds : journalistes et citoyens restaurent dialogue & confiance
À retenir cette semaine
Médias & citoyens – Jeudi a eu lieu la restitution de la consultation citoyenne Médias et Citoyens impliquant 11 médias (dont Radio France, France TV et France Media Monde) et un acteur techno (Google News Initiative). Des débats véhéments puis constructifs – durant 3 mois – ont abouti à 250 propositions citoyennes – dont 10 priorisées – pour restaurer le lien de confiance. Les médias se sont engagés à déployer certaines solutions évoquées.
Coronavirus, propagande et tech – Le coronavirus affaiblit la machine de propagande chinoise. Alors que l’État insiste sur l’importance de l’unité nationale, les citoyens tiennent un registre des messages effacés. De l’autre côté du “Firewall”, Facebook interdit les publicités mensongères pour contrer le virus. Et l’industrie tech continue à souffrir en conséquence – Microsoft revoit à la baisse ses résultats au même titre qu’Apple et les conférences tech aux US sont annulées les unes après les autres.
Élections US & désinformation – La campagne de Mike Bloomberg sème la désinformation sur les réseaux et teste les limites de leur réglementation sur la publicité politique. Twitter a suspendu 70 comptes pro-Bloomberg pour “manipulation”. Or, la grande majorité des Américains font peu confiance à Google, Facebook et Twitter pour contrer toute tentative de manipulation visant à influencer l’élection.
3 CHIFFRES
- La télévision payante américaine a perdu 6 millions d’abonnés l’an dernier, une baisse de 7 % par rapport à la fin de l’année précédente
- Les services de streaming musique représentaient près de 80 % de l’ensemble des revenus de la musique en 2019
- Les stars TikTok pourraient gagner jusqu’à 1 million $ par post d’ici l’année prochaine
LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE
Vous trouverez plus d’infographie sur Statista
NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ
- Plongée dans le monde obscur de la surveillance Facebook
- Pas d’email, pas de WhatsApp, pas d’internet – la nouvelle vie quotidienne au Cachemire
- Les robots ne volent pas nos emplois – ils deviennent nos patrons
DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION
- Une majorité de geeks pensent que la tech va bouleverser la démocratie
- Offres payantes : hausse des recrutements pour les sites d’information français en 2019
- Prise de participation du Groupe Les Echos – Le Parisien dans medici.tv, plateforme de streaming spécialisée dans la musique classique.
- Tim Berners Lee intensifie ses efforts pour rebâtir le web
SURVEILLANCE, CONFIANCE, DONNÉES
- Les telcos menacés d’énormes amendes pour ne protéger les données
- Non, Facebook ne vous donne pas toutes vos informations
- Vos groupes Whats app ne sont pas si privés que ça
- La police londonienne défend son utilisation de la reconnaissance faciale
- La confiance des Français dans le numérique recule
- Étude : pour 8,44 $ par mois, les utilisateurs diraient à Facebook leur solde bancaire
LÉGISLATION, RÉGLEMENTATION
- Apple pourrait être obligé de divulguer les demandes de censure venant de la Chine
- L’autorité française de régulation de l’audiovisuel contraint Google, Facebook et Twitter à révéler leurs mesures de lutte contre la désinformation
FAKE NEWS, DESINFORMATION, LIBERTE DE LA PRESSE
- Un patron de presse de Hong Kong arrêté
- Trump commence aussi à attaquer la presse en justice. Et dénonce des médias trop pessimistes sur le coronavirus
- Coronavirus : Trump attaque la couverture de la presse
- La désinformation low-tech aussi puissante que les deepfakes
- Le plan de Elizabeth Warren pour lutter contre la désinformation
- Maria Ressa, journaliste philippine qui mène la guerre contre les fake news, risque d’être emprisonnée pendant 12 ans pour diffamation
JOURNALISME
- Philippe Guibert: «Désormais, le visible égale le réel»
- Comment Le Monde utilise Whatsapp pour atteindre ses lecteurs africains
- Le lancement de “The Markup”, nouveau média d’information
- Dans les médias américains, les pigistes s’organisent
- Comment CNN utilise les « insights » audience pour faire évoluer sa rédaction
CNN Digital’s @brettmck1 discusses the importance of audience insights in driving change in the newsroom at @DigitalMediaIn in Delhi. #DMI2020 pic.twitter.com/T1K78gbyPI
— CNN Asia Pacific (@cnnasiapr) February 20, 2020
STORYTELLING, FORMATS
ENVIRONNEMENT
- Un quart des tweets sur la crise climatique sont produits par les bots
- Environnement, santé… L’impact de la 5G préoccupe
- Les chaînes d’information télévisée américaines ont donné plus du temps d’antenne au changement climatique en 2019
USAGES
- YouTube, Amazon, Spotify… Pourquoi les contenus pensés pour les chats fleurissent partout
- La cartographie des contributeurs Wikipedia
- Ce qu’il se passe en une minute sur Internet
RÉSEAUX SOCIAUX / MESSAGERIES
- Facebook paye ses utilisateurs pour des enregistrements de leur voix
- Le Washington Post est sur TikTok et c’est bon pour ses audiences
- Comment fonctionne l’algorithme de TikTok pour générer de l’engagement
- Le fondateur de Byte espère que les internautes sont nostalgiques de Vine
- Le NYTimes se dote d’un directeur Instagram
STREAMING, OTT, SVOD
- Après 15 ans à la tête du groupe, le patron Disney démissionne.
- Netflix va lister les séries les plus populaires dans votre région via une rubrique top 10
- Disney+ proposée à 50 £/an au UK
- Baisse historique du nombre de pirates dans l’audiovisuel
- Les services de streaming musique représentaient près de 80 % de l’ensemble des revenus de la musique en 2019
AUDIO, PODCAST, BORNES
- Comment le Harvard Business Review, le New Yorker et The Economist ont utilisé les articles audio pour booster leur reach et leur taux de rétention
- Musique : bras de fer autour du calcul des rémunérations du streaming
- Editis parie sur le livre audio, épaulé par Universal Music
- Le podcast est la nouvelle façon pour les artistes de promouvoir leurs albums
- Musique : le marché français davantage au diapason du rebond mondial
DATA, AUTOMATISATION, INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, BLOCKCHAIN
- L’IA est la prochaine disruption et menace les jobs qualifiés : programmeur, spécialiste du marketing, conseiller financier
- Le célèbre joueur d’échec Kasparov a fait la paix avec l’IA
- Plongée en Géorgie, nouvel eldorado des cryptomonnaies
- Les robots doivent-ils avoir un visage ?
PUBLICITÉ, MONÉTISATION
- Le programmatique représente 75% de la pub numérique
- La publicité programmatique comprend désormais 85 % de toute la publicité numérique américaine
- Publicité : les télévisions déçues des allègements réglementaires qui se profilent
- Publicité : Donald Trump se réserve la homepage de YouTube
IMMERSION, 360, VR, AR
JEUX VIDÉO, eSPORT
5G, 8K
Work smarter, quicker and increase your efficiency with the #HuaweiMateXs‘ new multi-window design.#TOGETHERConnectingPossibilities pic.twitter.com/cdRWJLLWzv
— Huawei Mobile (@HuaweiMobile) February 24, 2020
- 2020, l’année du décollage des smartphones 5G
- Huawei accélère la construction de son magasin d’applications mobiles
- Privés du salon de Barcelone, les groupes chinois de télécoms vont multiplier les annonces
- 5G: les télécoms français se lancent dans la bataille pour les fréquences
- Huawei lance en France sa première usine hors de Chine
TECH, STARTUPS, INNOVATION, TRANSFO NUM
- Shopify rejoint le projet de cryptocurrency Libra de Facebook
- «S’adapter à une économie entrepreneuriale via un nouveau contrat social : la thèse de Nicolas Colin, Fondateur de The Family
ES avec l’équipe Méta-Media
Les citoyens souhaitent co-produire le journalisme
Par Laure Delmoly, France Télévisions, MediaLab
PARIS – Trois mois de débats, d’abord véhéments puis constructifs, entre citoyens et journalistes d’une douzaine de grands médias d’information français, viennent de déboucher sur 250 propositions. 10 priorités ont été mises en avant cette semaine sur une plateforme collaborative. Le principal message est le souhait des citoyens d’être davantage partie prenante dans la couverture de l’actualité.
La Croix, le groupe EBRA, France Media Monde, France Télévisions, Radio France, TF1, la Voix du Nord, 20 minutes, le Parisien, Ouest France, France Info, et un acteur techno (Google News Initiatives) ont pris des engagements pour changer et doper la confiance.
250 propositions citoyennes et 10 solutions priorisées par le vote
- Permettre aux publics de mieux distinguer journalistes (factuels) et éditorialistes (défendant des partis pris, y compris humoristes et polémistes)
- Proposer des débats contradictoires qui assurent une pluralité des points de vue, y compris un panel de citoyens non-experts.
- Contraindre les médias à mettre en place un fact-checking en temps réel sur les informations diffusées en direct.
- Généraliser la déclaration des conflits d’intérêts des experts sollicités par les médias sur le modèle des Déclarations Publiques d’Intérêt (DPI) dans la santé.
- Conserver une traçabilité et un archivage des fausses informations formulées par les personnalités publiques – notamment politiques – qui s’expriment dans les médias. (le « casier infox »)
- Proposer une présentation de l’information permettant de mieux appréhender la complexité d’un sujet, par exemple en accédant à une pluralité de points de vue.
- Promouvoir une plus grande diversité de profils de journalistes afin de refléter la population (âge, sexe, origine géographique, etc.) notamment les profils scientifiques.
- Publier les éléments de langage fournis aux rédactions par le gouvernement, les partis politiques, les syndicats et les lobbies de manière à pouvoir les distinguer des analyses journalistiques.
- Créer un consortium national médias / Etat / police /justice / GAFA / universités / startups ayant pour mission de lutter contre la désinformation et s’appuyant sur des technologies de pointe.
- Faire davantage connaître le “médiateur de l’information” et faire évoluer son rôle en mettant en place un collège d’auditeurs / lecteurs / téléspectateurs avec un pouvoir d’interpellation.
Une démarche de co-construction entre journalistes et citoyens
Plus qu’une simple démarche de consultation, ce dialogue entre médias et citoyens, qui s’est déroulé du 4 novembre 2019 au 3 février 2020 est une véritable démarche de co-construction.
Les journalistes des médias partenaires se sont engagés à redoubler d’effort sur 3 sujets communs (lutte contre les fake news, éducation aux médias, association des citoyens à la production de l’information).
La plateforme a réuni 32 500 visiteurs et 13 200 contributions avec une moyenne de 8 messages par contributeurs et des top contributeurs, très engagés sur la question et force de proposition.
“Les médias devraient gagner de l’argent au vote et non au clic. Le clic est hasardeux alors que le vote est le résultat d’un choix.” François Very, top contributeur
“Je voudrais des reportages sur du positif et sur des citoyens qui construisent” Emmanuel Zancky, top contributeur
“J’avais un regard très dur sur la profession. Mais je me suis rendue compte que la tâche des journalistes n’est pas facile. Ils sont jugés et jaugés en permanence par des publics très différents. C’est impossible de satisfaire tout le monde.” Nicole Degbo, top contributrice
Les échanges ont eu lieu sur la plateforme en ligne, lors de débats en présentiel et lors d’ateliers d’écriture collective visant à imaginer les médias en 2050. A noter que les jeunes se sont peu exprimés sur la plateforme en ligne, lui préférant les ateliers ou les réseaux sociaux.
Les médias s’engagent sur des solutions concrètes
La plupart des rédactions ont ouvert des chantiers et se sont engagés à mieux déployer certains déjà en cours.
- Re-contextualiser l’information dans le temps long
- Mieux mettre les événements en perspective, notamment au niveau européen
- Revenir sur des événements passés & comparables
- Nourrir le débat démocratique
- Développer de nouveaux formats d’éducation aux médias
- Lutter contre les Fake News grâce aux nouvelles technologies
- Rencontrer des témoins de l’actu
- Encourager les citoyens à suggérer des idées de portraits aux journalistes
- Continuer à développer l’offre d’éducation aux médias
- Lancer une plateforme collaborative où les citoyens peuvent faire des suggestions d’enquête et avoir un échange direct avec les journalistes.
- Guidelines en interne pour que les journalistes évitent de se présenter aux municipales
- Développer un Labo des idées citoyennes
- Mieux vérifier l’information
- Développer les diversité des profils journalistiques en terme de recrutement
- Renforcer l’indépendance et la transparence
- Traiter l’urgence climatique d’un point de vue européen
- Renforcer l’offre en matière de fact-checking
- Développer les visibilité du Médiateur
- Renforcer la représentativité des citoyens via le maillage hexagonal et ultra-marin
- Faire remonter les sujets des citoyens à des journalistes
- Devenir leader européen de l’éducation aux médias
- Lutter contre les infox (et notamment via une « bataille de diffusion »)
- Développer l’éducation aux médias et à l’information
- Recruter des journalistes issus de la diversité
- Maintenir les moyens d’une information de proximité de qualité
- Accompagner les lecteurs dans leurs combats territoriaux
- Lutter contre les fakes news
- Répondre aux mails des internautes
- Promouvoir un journalisme de solution
- Lancement d’une plateforme collaborative intitulée nouvelles voix
- Développer la médiation avec les lecteurs
- Travailler davantage avec les jeunes sur la crise climatique et le développement durable
- Assumer beaucoup plus la dimension d’agir
Un constat : les journalistes aiment leur public et se disent prêt à faire évoluer la profession. Certains reconnaissent leurs erreurs – information vérifiée trop vite, incapacité à voir venir la crise des gilets jaunes – et s’engagent à redoubler de vigilance.
Les grands axes de travail sont définis : être davantage à l’écoute des citoyens pour faire remonter les sujets, distinguer les faits des commentaires, activer le comparatisme afin de donner de véritables clefs d’analyse. Et François Ernenwein de conclure « Comment voulez-vous que la démocratie vive si les citoyens ne partagent pas un volume raisonnable et éclairé d’information ? La hiérarchisation de l’info est une lecture du monde”.
Crédit photo : Chaunu
Face à l’urgence climatique, The Guardian se mobilise
Par Laure Delmoly, France Télévisions, MediaLab
Depuis 15 ans, The Guardian se démarque des autres médias généralistes en mettant la préoccupation environnementale au coeur de sa ligne éditoriale. Porteur de l’initiative mondiale Covering Climate Now, le quotidien britannique a récemment adopté plusieurs mesures radicales – intégration du taux de CO2 dans la météo, utilisation d’un vocabulaire plus adéquat, évolution du traitement photo – afin de mieux rendre compte de l’urgence climatique.
Porter l’initiative Covering Climate Now
Lancée en avril 2019 et pilotée par The Guardian, The Nation et la Columbia Journalism Review, Covering Climate Now est une initiative journalistique mondiale de 400 médias partenaires visant à mieux rendre compte des enjeux climatiques.
Les médias partenaires incluent :
- des agences de presse – AFP, Reuters, Bloomberg, Gettyimages
- la presse écrite – Washington Post, Les Echos, Libération, El Pais, The Toronto star
- des chaînes télévisées – Al Jazeera, CBS News, NBCNews
- des magazines – Time, Nature, Scientific American
- des pures players – Buzzfeed News, Slate, Vox, Quartz, Vice, HuffPost, Heidi.new
- des radios & des podcasts
La première semaine d’action s’est déroulée du 13 au 20 septembre 2019. Cette opération journalistique visait à alerter sur la crise climatique et ses conséquences en vue du UN Climate Action Summit. A cette occasion, le secrétaire général des Nations Unies accordait une interview au conglomérat Covering Climate Now.
Le prochaine semaine d’action aura lieu du 19 au 26 avril prochain à l’occasion de la journée de la terre. L’audience cumulée de Covering Climate Now s’élève aujourd’hui à 2 milliards de personnes – à suivre sur Twitter via #CoveringClimateNow.
S’engager vis-à-vis des lecteurs
Le 17 octobre 2019, The Guardian rédigeait une tribune pour s’engager publiquement face à l’urgence climatique. Cette tribune détaille la ligne éditoriale sur le climat pour les années à venir.
« Nous donnerons une place aux figures majeures de la crise climatique. Nous aborderons les questions liées à l’alimentation et aux transports afin d’aider les lecteurs à adopter un mode de vie plus durable. »
« Nous enquêterons sur les structures économiques et politiques qui sous-tendent l’économie du carbone. Nous étudierons les conséquences de la crise climatique sur d’autres enjeux cruciaux – les inégalités, la migration et la bataille pour les ressources rares. »
Pour permettre une couverture indépendante et qualitative des enjeux climatiques basée sur des faits scientifiques, le quotidien britannique lançait un appel à contribution à ses lecteurs
Proud to work for a news organsation that refuses to give succor to climate-change deniers
The Guardian’s climate pledge 2019 https://t.co/QsDIWDex3V
— Greg Jericho (@GrogsGamut) October 16, 2019
Un réel succès avec des dons de milliers de lecteurs issus de plus de 100 pays.
L’équipe climat du Guardian est internationale. Elle est constituée de :
- l’éditorialiste George Monbiot, auteur de plusieurs livres sur la crise climatique
- Emilie Holden – et sa série Toxic America sur la toxicité de la vie moderne
- Olivier Milman – et sa série the Silenced sur les lanceurs d’alerte muselés par l’administration Bush
- Matthew Taylor – avec The Polluters, une série d’enquêtes sur les compagnies pétrolières.
Intégrer le taux de CO2 aux prévisions météo
Depuis avril 2019, The Guardian intègre le taux de CO2 à sa météo.
“Il faut rappeler aux gens que la crise climatique n’est plus un problème d’avenir. Nous devons nous y attaquer maintenant, et chaque jour compte.” a déclaré Katharine Viner, rédactrice en chef du Guardian
Carbon Count will be part of @guardian weather report henceforth – great idea! Keeling would have approved #NOAA pic.twitter.com/W2LsRBdD6X
— EssaysConcern (@EssaysConcern) April 6, 2019
Afin de pouvoir comparer, le taux quotidien, mesuré en parties par million (ppm), est fourni avec celui des années précédentes, le taux de référence (correspondant à la période « pré-industrielle ») et le taux considéré comme supportable à long terme (estimé par le climatologue de la NASA James Hansen).
Le taux de CO2 était de 280 ppm en 1958. En 2013, il dépassait le seuil des 400 ppm. Et en avril 2019, il était de 412.96, indique le bulletin météo du Guardian.
Adopter un vocabulaire adéquat
Depuis mai 2019, le quotidien britannique a révisé ses choix sémantiques sur le traitement du climat afin de mieux coller à la réalité.
“Notre champ lexical sera adapté à la sévérité de la crise climatique dans laquelle nous sommes engagés » souligne Katharine Viner, rédactrice en chef.
Les principaux changement sémantiques sont consignés dans le guide stylistique
- “urgence, crise ou effondrement climatique” vs “changement climatique”
- “faune sauvage” vs “biodiversité”
- “négateur du climat” vs “climato-sceptique”
- “populations de poissons” vs “stock de poisson”
- « émission de de gaz vert” plutôt que “émission carbone”
A noter que le Guardian s’aligne sur les chercheurs et politiques (et notamment le Secrétaire Général des Nations Unies) qui ont également fait évoluer leur vocabulaire.
Réviser le choix photographique
Depuis octobre 2019, le service photo du quotidien britannique a modifié radicalement sa façon de mettre en image la crise climatique. L’objectif : sortir de la logique des « charismatic animals » – ours polaire et panda esseulés – pour illustrer de manière plus directe les conséquences de la crise climatique sur les populations.
Fiona Shields, Responsable photo au Guardian explique comment elle a dû s’adapter à des articles rédigés par les journalistes faisant état d’une situation de plus en plus alarmante de la part des scientifiques.
“L’enjeu est avant tout humain. Nous avons choisi des images de personnes portant des masques anti-pollution ou ayant perdu leur maison dans des incendies de forêts. Ces photos sont plus dynamiques. Elles témoignent d’effets beaucoup plus immédiats de la crise climatique » déclare-t-elle au micro de Radio Canada.
Refuser le publicité des compagnies pétrolières
Le Guardian s’est engagé à refuser toute publicité provenant de compagnies pétrolières et gazières sur leur site internet, leur application et leur édition papier.
“Notre décision est basée sur les années de lobbying de la part de ces entreprises visant à retarder toute mesure significative sur le climat de la part des gouvernements »
Le quotidien a d’ailleurs lancé la campagne “keep it in the ground” visant à inciter les autres médias à faire de même. Désormais, les publicités du Guardian mettent en avant les activités des compagnies solaires.
Atteindre un taux zéro carbone en 2030
Au delà de la couverture journalistique, le quotidien s’est engagé à réduire de manière significative et durable son empreinte carbone pour atteindre idéalement un taux zéro en 2030. Le quotidien travaille actuellement sur un plan d’action détaillé pour atteindre cet objectif. A commencer par un audit complet du journal sur ce sujet.
Soutenu financièrement par ses lecteurs, The Guardian montre aujourd’hui la voie aux autres médias pour un engagement de qualité et sur la durée. Non seulement le quotidien adopte le ton juste sur l’actualité climatique mais il s’engage à décrypter une crise complexe et au long cours. A voir si cette collaboration journalistique inédite inspirera les médias à s’engager ensemble sur d’autres enjeux cruciaux de l’époque.
Source photo : Edition du Guardian du 15 février 2019 – dessin d’enfant illustrant l’urgence climatique.