Distinguons violence contre les journalistes et défiance envers les médias

Par Nicolas Becquet, journaliste et manager des supports numériques chez l’Echo. Billet invité.

A la faveur du mouvement des gilets jaunes, les agressions contre les journalistes et contre les symboles médiatiques se sont multipliés. A Rouen, le 12 janvier dernier, deux journalistes de LCI, accompagnés d’agents de sécurité, ont été pris à partie violemment. Ailleurs, ce sont des voitures et des locaux de la presse qui ont été ciblés. Une situation dénoncée par une trentaine de sociétés de journalistes dans une tribune commune, ainsi que dans une pétition, à l’initiative de Reporter Sans Frontières.

Pour comprendre la nature de ce phénomène inquiétant et pour éviter toute forme d’amalgame, il semble nécessaire de faire une distinction entre la violence exercée contre les journalistes d’une part et la défiance envers les médias, d’autre part. Un point de vue qui permet de faire une différence entre une minorité de manifestants radicaux, violents et motivés idéologiquement et un mouvement ancien et profond de remise en cause de la parole des médias dits « traditionnels ».

Dans les deux cas, les médias ne sont pas armés pour répondre aux attaques. Pourtant, ces violences inacceptables ne sauraient les exonérer d’un sérieux examen de conscience, à l’image du travail déjà entamé par les journalistes qui composent leur rédaction et qui, pour la plupart, vivent au quotidien une contestation croissante de leur légitimité.

 Sur le terrain ou sur le web, même combat

Depuis le début du mouvement des gilets jaunes, le web et les réseaux sociaux ont servi de caisse de résonance à la protestation, offrant un contrepoint massif et inédit aux informations diffusées par les médias.

A grand renfort de pages Facebook et de vidéos en direct, les manifestants se sont offert une tribune sans précédent pour exprimer leur colère et leurs revendications. Une réappropriation de la parole publique (une des principales revendications du mouvement) qui aboutit à un affrontement médiatique par canaux interposés.

D’un côté, la toute-puissance des chaînes d’info en continu, et de leurs éditorialistes perçus comme arrogants et déconnectés, et de l’autre des collectifs de gilets jaunes utilisant la puissance de Facebook pour défendre leur point de vue. Une plateforme profondément ancrée dans les usages numériques quotidiens des Français, avec 34 millions d’utilisateurs actifs chaque mois dans l’hexagone.

Crédit photo : Ella87 via Pixabay

Cet affrontement a créé une faille dans l’équilibre médiatique traditionnel. Une faille dans laquelle se sont engouffrés des militants radicaux et de petits groupes de trolls hyper-connectés maîtrisant parfaitement les effets d’amplification et les bulles de filtres des réseaux sociaux. A l’arrivée, un effet de loupe sur les extrêmes médiatiques, la propagation de fake news et de théories complotistes avec pour conséquence une radicalisation des comportements hostiles, comme en atteste la multiplication des cas graves de harcèlement de journalistes en ligne.

Contrairement à la sphère médiatique traditionnelle, les minorités agressives et engagées idéologiquement se sont professionnalisées à la faveur de la création d’une agora numérique.

Les médias, eux, ont brillé par leurs atermoiements, leur amateurisme et un certain aveuglement. Il aura fallu vingt ans pour qu’ils prennent conscience de la réalité de la révolution numérique, de ses implications politiques, économiques.

Durant cette période, les médias ont perdu simultanément le monopole de la parole médiatique, une partie de la confiance des citoyens et finalement le lien avec une société en profonde transformation. Une négligence qu’ils paient au prix fort aujourd’hui.

Défiance, rejet et crise de la représentativité

Les critiques faites aux journalistes sont très proches de celles faites aux représentants politiques et mettent en lumière une crise de la représentativité. Comme en politique, le miroir tendu à la société ne correspond plus à l’image qu’elle a d’elle-même. Déconnexion du terrain, monopole de la parole publique, biais idéologiques, défense d’institutions et de méthodes de travail datées…

Le succès grandissant des « nouveaux médias » tend à confirmer ce constat. Initiés de plus en plus fréquemment par des non-professionnels de l’information, ils contribuent à réinventer la grammaire journalistique et à redéfinir ses missions.

Le succès des live Facebook de Rémy Buisine lors des manifestations des gilets jaunes est riche d’enseignements. Comment, en 2019, un journaliste couvrant une manifestation peut-il être à ce point remercié, soutenu et même acclamé par les gilets jaunes, alors que la majorité des médias est victime de comportements hostiles et cristallise la colère ?

Proximité, écoute, humilité et simplicité, voilà ce qui caractérise l’attitude du journaliste de Brut face aux manifestants. Certes, il marche sur un fil ténu en jouant la carte du direct pur et dur, mais c’est justement ce qui plaît. C’est un témoin parmi d’autres, il ne filtre pas à outrance la réalité et ne cherche pas à tout prix à faire rentrer une manifestation dans un sujet télé d’une minute trente, tourné et « monté » selon des codes en place depuis des dizaines d’années.

L’exercice du live façon Brut est une forme de retour aux sources, une interprétation des nombreuses missions dévolues aux journalistes : regarder, s’étonner et restituer. Le tout, à hauteur d’homme. Une approche à l’antithèse de la perception qu’ont les classes populaires des médias dits « traditionnels ». Une perception exacerbée par le traitement de certaines chaînes d’info en continu.

Formatage stérile et grille d’analyse périmée

Il faut le reconnaître, les médias de masse sont malades d’un formatage à outrance et d’une grille d’analyse dépassée qui ne laissent plus beaucoup de place à la « réalité des gens ». Encore trop souvent, c’est la réalité qu’on essaie de faire rentrer au chausse-pied dans les formats plutôt que d’adapter les formats au(x) monde(s) qu’ils racontent. C’est le syndrome du « journalisme de journalistes ».

La couverture de la vie quotidienne des gilets jaunes représente à ce titre une belle opportunité de reconnexion avec « la France d’en bas ». Une réalité qui s’est rappelée au bon souvenir des journalistes et s’est hissée à la Une de la presse et des journaux télévisés.

Dans les médias, les examens de conscience se multiplient, on essaie, bon gré mal gré, de renouveler l’approche pour raconter une société qui change très rapidement.

Au regard du retard accumulé, ces efforts sont spectaculaires, mais la fragilité économique des médias rend l’exercice extrêmement compliqué. Les journalistes, coincés entre le marteau de leur direction et l’enclume du public, ne disposent ni de l’espace ni des moyens nécessaires pour faire évoluer leurs pratiques.

La fronde d’une partie de la rédaction de BFM contre les choix éditoriaux et stratégiques de leur direction est à cet égard très éclairante. « Coller un peu plus à la réalité de la vie quotidienne des Français ; aller vers plus de proximité : cela fait partie d’une réflexion qui vaut pour BFM-TV comme pour l’ensemble des médias », a concédé Alain Weill, le PDG de la maison mère de BFM-TV Altice Média, face aux protestations.

Mais les efforts d’autocritique de la profession seront vains si ces mêmes propriétaires de médias ne lui offrent pas les moyens de répondre aux attentes du public et de faire face l’inquiétant mouvement de défiance et de rejet dont ils font l’objet.

Un sursaut tardif, mais nécessaire. Il aura quand même fallu une vingtaine d’années pour que les médias prennent réellement au sérieux le web et les réseaux sociaux, pour ce qu’ils racontent du monde contemporain. Ce n’est pas seulement l’émergence d’un super-média que nous avons manqué, nous avons également échoué à tendre un miroir fidèle à une société en plein questionnement. Le retard est considérable et nous en payons aujourd’hui le prix :  un déclassement inédit des journalistes dans l’opinion.

Liens vagabonds : Netflix commence à partager des chiffres et ils sont impressionnants

A retenir cette semaine :

Netflix a gagné près de 30 millions de nouveaux abonnés payants l’an dernier et affiche désormais un chiffre de 139 millions d’abonnés dans le monde. La plateforme représente déjà 10% du temps télé aux Etats-Unis, où elle vient d’augmenter tous ses tarifs (le plus populaire de 18% à 13 $). Netflix poursuit sa stratégie de croissance, même si elle ne s’avère douloureuseet craint plus la concurrence de Fortnite que de HBOAlors que l’entreprise est plutôt discrète sur son audimat, elle a aussi révélé quelques données en ce début d’année. Peut-être pour avertir la concurrence du succès de la plateforme et notamment de ses contenus originaux. Le film Bird Box, qui a beaucoup fait parlé de lui avec le Bird Box Challenge a été vu par 80 millions de foyers. Netflix a aussi dévoilé sa manière « peu traditionnelle » de comptabiliser l’audience d’une série.

Dans sa lettre aux actionnaires qui accompagne ses résultats au quatrième trimestre de 2018, la multinationale a pour la première fois expliqué ce qu’elle comptait pour « un spectateur » : « Pour une série, à cause de leur durée hautement variable, nous comptabilisons un spectateur s’il ou elle a regardé 70 % d’au moins un épisode. »

Pendant ce temps, Hulu avec ces 25 millions d’abonnés, songe à défier Netflix en Europe et USA Today est la cible d’une offre de reprise par Digital First Media.

En janvier 2017, Facebook avait lancé le “Facebook Journalism Project” avec le but de renforcer ses liens avec l’industrie des médias en leur permettant d’améliorer les revenus qu’ils tiraient du réseau social. En ce début d’année, la plateforme annonce investir 300 millions $ dans le journalisme sur 3 ans ;  surtout pour l’info locale. Une coïncidence selon Facebook que ce soit le même montant investi par Google l’année dernière…

NBCUniversal réorganise sa direction pour lancer son service de streaming en 2020, n’est-il pas déjà trop tard

Touché par le ralentissement d’Apple, Foxconn se sépare de 50.000 CDD.

3 CHIFFRES

455 millions d’euros pour le marché de la vidéo à la demande en France, +82% par rapport à l’année précédente, grâce à Netflix

3 heures par jour – c’est le temps que nous passons sur nos applications mobiles

49 millions – c’est le nouveau record pour la photo la plus likée d’instagram, celle d’un oeuf !

 

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Conseils aux journalistes pour savoir mettre une limite entre le pro et le perso en ligne

Par Cristiana Bedei, journaliste freelance et consultante. Billet invité.

Sourcer un sujet, interagir avec le public, ouvrir des événements en direct, promouvoir ses travaux… L’ère numérique a fourni aux journalistes de nouveaux outils et canaux de travail. Cependant, à mesure que de plus en plus d’activités se font en ligne – en passant par les médias sociaux -, il devient de plus en plus difficile d’établir des limites entre le personnel et le professionnel en public. Ce n’est pas seulement la crédibilité et la réputation qui sont en jeu, mais aussi la protection de la vie privée et la sécurité.

Certains journalistes apprécient les commentaires en ligne et la possibilité d’établir une relation intime avec leurs lecteurs, tandis que d’autres finissent par se sentir surexposés et vulnérables.

Les femmes risquent particulièrement d’être humiliées, d’être intimidées, dégradées, dépréciées ou réduites au silence, comme l’a récemment confirmé un rapport d’Amnesty International. Une étude précédente de l’International Women’s Media Foundation (IWMF) a révélé que près du tiers des femmes journalistes envisagent de quitter la profession en raison d’attaques en ligne.

Source : Rapport « Attacks and Harassment The Impact on Female Journalists and Their Reporting »

Néanmoins, une présence en ligne efficace peut aider à donner de l’écho aux sujets, à créer des liens et à trouver du travail, en particulier pour les pigistes qui ne peuvent pas compter sur le soutien d’une publication établie.

IJNet a échangé avec deux journalistes très actifs en ligne, Anna Codrea-Rado et Dodai Stewart, sur la manière dont elles négocient leurs frontières personnelles. Codrea-Rado est une pigiste qui se concentre sur la technologie et la culture. Elle utilise les médias sociaux uniquement à des fins professionnelles – en injectant des mises à jour avec une bonne dose de personnalité – et a lancé une newsletter hebdomadaire sur la pige/les freelances. Stewart est rédactrice en chef adjointe du New York Times et l’un des éditeurs fondateurs du site pour femmes Jezebel. Elle a fédéré près de 40 000 abonnés sur Twitter, où elle mélange du contenu personnel et professionnel.

Être prudent

Chacun devrait faire attention à ce qu’il partage en ligne. Même des informations personnelles apparemment innocentes pourraient être utilisées à des fins malveillantes.

« Je ne partage pas ma position [au moment où j’y suis]», explique Stewart.  » Souvent, je la poste plus tard parce que je sais qu’il est facile de l’utiliser pour tracer des personnes.»

Stewart a été plus harcelée lorsqu’elle a écrit exclusivement sur les femmes chez Jezebel, mais elle agit toujours avec prudence :

« Je suis très rapide pour bloquer et mettre les personnes en sourdine,  j’ai mes paramètres qui sont configurés pour que je ne vois que les réponses de [personnes que je suis sur Twitter]. C’est très utile. »

Les filtres avancés de Twitter permettent de paramétrer les notifications

Ne pas oublier les meilleures pratiques du journalisme

Depuis qu’elle écrit beaucoup sur la culture numérique et l’avenir du travail, Codrea-Rado considère que les médias sociaux sont un outil important pour la collecte d’histoires et la recherche de sources.

« Pour une histoire sur laquelle j’ai travaillé récemment, j’ai pris contact avec mes sources via Facebook et Twitter », dit-elle.

Tout comme il existe un bon et un mauvais moyen de contacter des sources, les mêmes règles s’appliquent lors de la mise en contact avec des internautes, explique-t-elle. Présentez-vous, votre histoire et votre point de vue de la même manière que dans tout autre contexte, comme si vous rencontriez quelqu’un en personne pour la première fois.

Il ne s’agit pas que de marketing

« Je trouve que Twitter est vraiment amusant et j’ai beaucoup de followers. Cela peut donc m’être utile de différentes manières : je peux faire des sondages informels ou diffuser des histoires qui m’intéressent ou sur lesquelles j’ai travaillé. Cela peut être un bon outil pour amplifier mon travail », déclare Stewart. Mais elle n’oublie pas de s’amuser, avec des posts plus décontractés : « L’astuce, c’est la diversité de ce que je publie ».

Pour les journalistes indépendants, il est important de maintenir une présence visible en ligne, explique Codrea-Rado. « Pour parler franchement, cela fait partie de la façon dont vous vous vendez. »

Cependant, le média social a un potentiel allant au-delà de l’auto-promotion. Il peut être utilisé comme un lieu de connexion avec des collègues indépendants et un réseau dans ce qui pourrait autrement être un « travail solitaire », comme le dit Codrea-Rado.

« J’ai tendance à promouvoir toutes les histoires que j’écris (y compris le brand content), mais je ne fais pas que les diffuser sur les médias sociaux. J’échange également avec d’autres personnes et utilise les platesformes principalement comme moyen de dialoguer avec des gens, [notamment] des sources ou des membres de la communauté freelance.»

Prendre des mesures contre les abus

Codrea-Rado avertit que la violence et les abus ne doivent jamais être tolérés et qu’ils ne doivent pas être acceptés comme « faisant partie du travail ».

« Si vous avez été victime d’abus à la suite d’une histoire ou d’un reportage, transmettez ces messages à votre éditeur », dit-elle.

Stewart convient que le signalement des menaces et du harcèlement est essentiel. Il existe des outils disponibles sur les sites Web et les platesformes de médias sociaux à utiliser dans ces circonstances.

 

Billet invité originellement publié en Anglais sur IJNET. Il vous est présenté dans le cadre d’un partenariat éditorial entre IJNet et Méta-Media. © [2018] Tous droits réservés.

Crédit photo de Une :Tim Bennett via Unsplash

Comment Condé Nast International prend le virage de la vidéo (avec succès)

Par Laure Delmoly. France Télévisions, MediaLab

Difficile désormais en tant que média de ne pas faire de la vidéo, même si le tournant coûte cher. Et comme chacun le sait, pour réussir, il ne suffit pas d’en produire quelques-unes, à l’occasion. Condé Nast, le groupe de presse présent dans 29 pays et à la tête de 118 magazines dont le New-Yorker, Vogue, GQ, et Vanity Fair, a fait le choix d’une stratégie de production et de distribution ambitieuse et diversifiée. Tour d’horizon avec Thomas Leroy, directeur du département vidéo de Condé Nast France.

Une vraie politique d’innovation, y compris pour les marques historiques

Avec vingt chaînes YouTube, Condé Nast possède aujourd’hui plus de dix-sept milllions d’abonnés et en gagne environ un million chaque mois. La clef de ce succès ? La diversité des formats dédiés au Millennials et à la Gen Z.

« La possibilité de produire et de distribuer de la vidéo à faible coût sans contrainte de format, crée d’innombrables possibilités. Il est primordial d’explorer de nouvelles expériences afin de se servir du digital comme d’un formidable laboratoire d’expression de la créativité de nos marques » explique Thomas Leroy.

Condé Nast France a mis en place une politique de développement vidéo depuis 2005. Thomas Leroy développe des formats digitaux premium en étroite collaboration avec les différentes rédactions du groupe.

 

 

 

 

Un storytelling de qualité et inédit

Les recettes toutes faites ne fonctionnent plus sur internet. Les internautes veulent du contenu travaillé. Aux producteurs d’utiliser tous les ingrédients du storytelling de qualité : construction narrative, concept intelligent, accroches. Condé Nast Entertainment est créé en 2011 aux Etats-Unis et lance des séries digitales premium inspirées de ses magazines :

 

 

 

 

 

Un travail de longue haleine. « Pour chaque vidéo inédite sur YouTube, cent projets n’ont même pas été étudiés et vingt n’ont été qu’explorés » raconte Ian Edgar, Directeur de la stratégie vidéo de Condé Nast Etats-Unis, dans une interview de Oren Fliegelman pour Think with Google.

Le groupe mise sur les nouveaux talents et expertises dans tous les métiers. « Condé Nast a toujours cherché à découvrir et à faire émerger de nouveaux talents au sein de la nouvelle génération de designers, photographes, auteurs, monteurs et journalistes » affirme Bob Sauerberg, Président du groupe aux Etats Unis depuis 2005.

De fortes synergies en distribution

Condé Nast Entertainment a construit un réseau de distribution solide et exploite intelligemment tous les supports. Un programme vidéo qui fait de l’audience sur les réseaux sociaux fait ainsi l’objet d’une réécriture pour être adapté aux autres écrans.

Certains formats digitaux de Condé Nast sont ainsi diffusés à la TV (Off de Vanity Fair avec Michel Denisot est distribué sur Paris Première), au cinéma (Only the Brave est distribué en salles par Sony Pictures et The Old Man and the Gun par Fox Searchlight)  ou par les géants du streaming vidéo (Netflix a acheté Last Chance U et The Fashion Fund est diffusé sur Amazon Prime)

 

Avec une stratégie de production et de distribution novatrice et efficace, Condé Nast a réussi à devenir un référent en vidéo en un temps record. Condé Nast Entertainement produit aujourd’hui cinq mille formats numériques par an qui font en moyenne un milliard de vues par mois. Avec l’avènement du prime sur le mobile chez les Millennials, certains de leurs contenus font désormais plus d’audience que les programmes télévisés historiques. (ex : Virtually Dating fait 33 millions de vues sur Facebook Watch). Une belle promesse pour l’avenir digital du groupe.

 

Crédit image Une : Sam McGhee via Unsplash

Une journée en 2084 : gagnez votre place pour la Maddy Keynote

Le futur est à notre porte, et malgré le portrait radicalement sombre qu’en a dressé la Science-Fiction dans l’inconscient collectif, l’équipe de la Maddy Keynote est  persuadée que l’avenir qui se dessine pour l’Humanité sera positif et altruiste. C’est le pari de cette édition 2019 : vous plonger dans une immersion heureuse d’une journée en 2084 autour de trois thématiques constitutives de nos vies quotidiennes : travail, consommation et bien-être.

La Maddy Keynote qui se tiendra au Centquatre à Paris, ce 31 janvier, proposera à ses 7 000 visiteurs une zone immersive et futuriste de plus de 800m2, des
dizaines de keynotes, débats et discussions atypiques et inspirants, mais également de nombreux workshops riches des principaux acteurs et penseurs du monde de demain. Le programme complet ici.

10 places à gagner : rendez-vous sur notre compte Twitter

Méta-Media est partenaire de l’événement et vous fait gagner 10 places pour la Maddy Keynote.

Il suffit de :

– suivre @metamedia sur Twitter si ce n’est pas déjà fait
– retweeter le tweet ci-dessous avec le hashtag #MaddyMM
– tirage au sort vendredi 18 janvier. Bonne chance !

 

Liens vagabonds : l’intelligence artificielle, star du CES. Mais attention à l’effet buzzword

A retenir cette semaine :

Consumer Electronics Show : La grand-messe annuelle de la tech et de l’innovation devait accueillir cette semaine à Las Vegas 182.000 visiteurs dont 4.500 exposants. Alors que les marchés des téléviseurs et des smartphones semblent saturer, que la loi de Moore toucherait à sa limite, les constructeurs ont redoublé d’imagination. Ecrans pliables, 8K et la TV du futur : LG aura particulièrement impressionné avec son écran TV enroulable, alors que le smartphone pliable FlexPai de Royote n’a pas su convaincre. Mais la star du salon cette année encore est bien l’Intelligence Artificielle, omniprésente. Google n’est pas en reste. Mais les experts alertent sur lemploi excessif du buzzword. On se demande si la VR n’est déjà pas dépassée.

La French Tech était présente avec une délégation de 360 startups, un nombre disproportionné pour certains.

Golden Globes – Netflix s’est encore illustré par son palmarès avec deux prix pour Roma (meilleur film étranger et meilleur réalisateur), le prix du meilleur acteur pour Richard Madden dans Bodyguard (BBC/Netflix) et celui de la meilleure comédie comique pour La Méthode Kominsky.

RecordLe tweet le plus retweeté de l’histoire est désormais celui du riche entrepreneur japonais Yusaku Maezawa qui a mis en jeu 800.000 euros à faire gagner à 100 personnes samedi 5 janvier. Plus de 5,3 millions de RT et plus de 1,4 millions de j’aime à date !

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Average number of fake news shares (and 95% CIs) using the list of domains derived from (7). (A) Party identification, (B) age group, (C) ideological self-placement, and (D) overall number of Facebook wall posts. Proportions adjusted to account for sample-matching weights derived from the third wave of the SMaPP YouGov panel survey.

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À quoi ressemblera le travail en 2030 ?

Par François-Xavier de Vaujany, Université Paris Dauphine – PSL; Amélie Bohas, Aix-Marseille Université ; Aurélie Leclercq-Vandelannoitte, IESEG School of Management; Julie Fabbri, EM Lyon et Sabine Carton, Université Grenoble Alpes. Billet originellement publié sur The Conversation

Le travail se transforme et avec lui toute la société. Les débats sur son futur ont été particulièrement vifs ces trois dernières années, (re)lancés par les discussions autour du digital, du travail indépendant, des pluri-actifs (slashers), du revenu universel, ou encore de questions sur les nouvelles formes de management, de solidarité et de gouvernance.

Centrés tantôt sur l’emploi, le travail ou encore les pratiques de management, ces débats ont eu un mérite : rendre visible la multiplicité des avenirs possibles du travail.

Atmosphère… Vous avez dit atmosphère ?!

Dans le cadre de sa dernière note de recherche intitulée « Le futur du travail en 2030 : quatre atmosphères ? », le réseau international et think tank RGCS propose à son tour une vision plurielle des futurs du travail.

Nous présentons d’abord huit paradoxes à l’œuvre dans les pratiques de travail et de management actuelles. Ils mettent en évidence les tensions et les dilemmes qui sont au cœur des transformations du travail : mobilité vs sédentarité ; entreprendre vs dépendre ; liberté vs sécurité ; autonomie vs contrôle ; digitalisation vs corporéité, etc.

Sur cette base, nous réhabilitons la notion d’atmosphère, à la fois simple et paradoxale, afin de décrire le travail d’aujourd’hui et de demain. L’atmosphère désigne le milieu, le contexte, l’ambiance, tout ce qui est difficilement dicible dans un environnement de vie ou de travail. Elle est en même temps très concrète dans ce qui la constitue : des gestes, des outils, des lieux, des pratiques, des sensations, des affects, etc. Il s’agit d’une « quasi-matérialité » (res)sentie dans les lumières, les paroles, les bruits, les textures qui médiatisent notre relation au travail. L’atmosphère définit, dans et au-delà des mots, l’espace et le temps de l’activité de travail.

Ahmed Carter/Unsplash.

Nous élaborons alors quatre scénarios, articulés avec quatre atmosphères particulières de travail, afin d’envisager à quoi ressemblera le monde du travail à l’horizon 2030.

Bien sûr, ces scénarios, et leurs atmosphères associées, peuvent se combiner. On peut ainsi imaginer une progression conjointe du freelancing et du salariat avec la généralisation du CDD. Les scénarios freelancing et revenu universel nous semblent également compatibles. Nos quatre scénarios sont autant de possibilités pratiques et émotionnelles avec lesquelles nous suggérons de jouer afin de se projeter dans le futur.

Pour affirmer ici notre propre conviction, nous pensons que l’avenir du travail sera plein de surprises et entrelacera de façon créative les évolutions que nous venons d’esquisser. Les grands paradoxes et les enjeux managériaux soulignés dans cette troisième note de recherche sur le sujet garderont cependant toute leur importance dans l’équilibre qu’atteindra ou non la société française d’ici une dizaine d’années.

Futures or no future ?!

Un soir d’été 2025 à Montpellier, Freelancia, Salaria, Hybridia et Solidaria discutent, place de la Comédie.

Ces quatre personnages féminins incarnent nos quatre scénarios. Elles portent chacune le futur du travail. Toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé, des événements ayant eu lieu, n’est pas purement fortuite !

Ce dialogue (détaillé dans notre note de recherche) entre ces quatre individus illustre les choix de vie et les projets de société spécifiques, parfois exclusifs, qui correspondent à chacun de ces scénarios. Extrait :

Hybridia : « Il y a trois ans, j’étais encore indépendante. Et tu te souviens qu’après le lycée, j’avais créé une petite entreprise d’art collaboratif ? Mais je trouve que tu opposes trop les choses Freelancia ! Pourquoi ne pas avoir le beurre et l’argent du beurre : des moments de liberté et des moments de sécurité ? »

Freelancia : « Il n’y que 24 heures dans une journée […]. Avec une autre activité en parallèle, j’aurais l’impression de faire un enfant dans le dos à ma première activité. »

[…]

Solidaria : « Tu ne vas pas passer ta vie à vendre du vent ! Tu as été “consultante”, “innovation catalyst” et maintenant “chief of intrapreneurship ». C’est quoi l’étape d’après ? […] Tu n’as pas envie de faire des choses qui auraient plus de sens ? Pour toi et pour les autres ? »

Salaria : « Je ne pourrais pas vivre d’amour et d’eau fraîche comme toi. Je gère deux enfants quasiment seule. Je sais ce que vont coûter leurs études. Je veux pour eux une éducation top […] qui leur donnera cette petite rente sur laquelle tu t’es appuyée toi aussi au début. »

La note se prolonge par une réflexion plus spécifique sur les aspects technologiques en toile de fond de ces scénarios. Il y est question des liens que l’intelligence artificielle (IA) entretient avec le travail (plutôt que l’emploi). En revenant sur une métaphore liée à l’Égypte ancienne empruntée à Michel Serres, nous proposons de regarder le smartphone du futur travailleur et son IA comme un «  Ka  », un double autonome de chacun d’entre nous. Nous soulevons alors un certain nombre de questions d’ordre éthique.

En conclusion, loin de céder à la tentation de la boule de cristal ou de la dystopie, nous souhaitons, au travers de cette recherche, mettre en exergue des choix de vie, d’usages technologiques, des formes de travail – anciennes et nouvelles, de votes et d’engagements citoyens qui, dès aujourd’hui, rendent possibles ou impossibles certains scénarios sur l’avenir du travail.


Cette contribution est tirée de l’étude intitulée « Le futur du travail en 2030 : quatre atmosphères ? », cosignée par François-Xavier de Vaujany (PSL, Université Paris-Dauphine), Amélie Bohas (Université Aix-Marseille), Sabine Carton (Université Grenoble-Alpes), Julie Fabbri (EM Lyon Business School) et Aurélie Leclercq-Vandelannoitte (CNRS, IESEG). Cette étude a été menée dans le cadre du réseau international de recherche RGCS (Research Group on Collaborative Spaces) sur les nouvelles pratiques de travail.The Conversation

François-Xavier de Vaujany, Professeur, PSL-Université Paris-Dauphine (DRM), Université Paris Dauphine – PSL; Amélie Bohas, Maître de Conférences en Sciences de Gestion, Aix-Marseille Université ; Aurélie Leclercq-Vandelannoitte, Chercheuse, CNRS, LEM (Lille Economie Management), IESEG School of Management; Julie Fabbri, Professeur en stratégie et management de l’innovation, EM Lyon et Sabine Carton, Professeur en Management des Systèmes d’Information Grenoble IAE – CERAG, Université Grenoble Alpes

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

Comment les applications sociales impactent nos émotions

Par Barbara Chazelle, France Télévisions, Prospective et MediaLab

Pourquoi utilise-t-on un réseau social plutôt qu’un autre ? Selon l’étude Apposphere* menée par Murphy Research pour Snapchat, il y a trois éléments de réponse à cette question : les applications impactent l’humeur de leurs utilisateurs ; ces derniers attendent quelque chose de spécifique pour chacune d’elles ; il y a de la place pour toutes ces apps dans leur quotidien.

Snapchat rendrait heureux. Twitter misérable.

Apposhere s’est concentrée sur 5 applications sociales : Snapchat, Twitter, YouTube, Instagram et Facebook. Les sondés ont été interrogés sur la fréquence à laquelle ils ressentaient telle ou telle émotion en utilisant ces applications.

Selon les résultats de l’étude, Snapchat semble l’application qui produit chez ses utilisateurs le plus d’émotions positives autour du divertissement et de la créativité. Ariana Battle de Snapchat explique ce résultat par l’entre-soi rassurant que crée la plateforme : c’est « un endroit où tu peux être toi-même, être proche de bons amis et partager ton quotidien ».

YouTube et Instagram s’en sortent plutôt bien et tendent à inspirer et divertir leurs utilisateurs.

Le bilan est en demi-teinte pour Facebook : si les utilisateurs de la plateforme se sentent informés, ils ont aussi le sentiment d’être submergés, coupables et seuls.

Quant à Twitter, quand on lit cet index, on se demande comment l’application existe toujours alors que ses utilisateurs disent se sentir anxieux, isolés, submergés, coupables et déprimés. Informés aussi, mais moins que sur Facebook.

Mais une application peut-elle vraiment être responsable de notre humeur ? Nous avons posé la question à Emmanuel Kuster, consultant chez The Fiction Lab, cabinet d’études marketing spécialisé en sciences cognitives :

« L’émotion qui est vécue, par exemple lors d’une fête ou une retransmission sportive, commence souvent dans l’anticipation de l’évènement. Ainsi, il est logique qu’en allant sur Snapchat pour jouer avec des filtres on se sente créatif. Que si on va sur Facebook pour se renseigner sur des évènements, on se sente informé. Mais que si on va sur Twitter pour l’actualité on se sentira anxieux. L’actualité est plutôt anxiogène non ?

Une app n’est pas responsable de votre humeur. Mais l’humeur est le reflet de ce que vous venez chercher sur une app. La vraie responsabilité des apps est de s’être rendues addictives. Mais la prise de conscience est en marche. »

Des attentes différentes pour chaque app

L’étude Apposphere précise qu’à cause de la multitude d’applications disponibles sur le marché, l’attention des utilisateurs est très fragmentée. Aussi, pour pouvoir déterminer quelles applications rendent heureux ou pas, il faut aussi prendre en compte les attentes des utilisateurs à leur égard et leur impact dans leur quotidien.

Ainsi, Snapchat et Facebook sont d’abord utilisées pour la discussion, mais avec un peu plus de créativité et de fun chez Snapchat. Instagram fait sortir du cercle des amis et de la famille pour suivre des influenceurs et des célébrités. Twitter permet de se tenir au courant des évènements en cours. Quant à YouTube, ses utilisateurs y vont d’abord pour apprendre, apprendre d’un produit ou d’un sujet d’intérêt.

Le contexte compte

L’utilisation de ces applications dépend enfin du contexte de l’utilisateur, à ce qu’il est en train de faire, du moment de la journée.

Snapchat et Twitter sont les deux applications les plus utilisées en mouvement (sur le départ, dans les transports ou en voyage)…

… mais aussi lors d’activités sociales. Instagram (20%) passe devant Twitter lorsqu’il s’agit de trainer avec des amis.

YouTube, Instagram et Facebook en tête aident plutôt à passer le temps ou à s’endormir.

 

*Etude quantitative et qualitative menée sur 1005 utilisateurs d’applications américains âgés de 13 à 44 ans.

Photo de Une :  rawpixel via Unsplash

Liens vagabonds : En 2019, le vent va-t-il définitivement se retourner contre les GAFAs ?

L’année passée fut dévastatrice pour les GAFAs, en tête Facebook avec ses pas moins de 31 scandales depuis janvier 2018 (calculés par BuzzFeed). résumés par The Guardian dans une revue Facebook :

En 2019, le vent va-t-il se retourner contre Facebook et les médias sociaux ?

2019 commence mal pour Apple, qui tombe de haut en annonçant cette semaine des chiffres de vente catastrophiques qui le font sortir du podium des méga-capitalisations. Deux raisons : le ralentissement des ventes en Chine, et des utilisateurs qui gardent plus longtemps leur vieux smartphone, faute d’innovations dans les modèles récents. En même temps, Netflix et Spotify se lancent dans le contournement de la taxe Apple, qui rapporte aujourd’hui à Apple 30% des revenus des applis téléchargées depuis le store.  

Netflix, de son côté, commence 2019 par la censure d’un épisode d’un stand up de news critique du prince héritier saoudien.  Il diffuse aussi, comme annoncé plus tôt en 2018, un épisode de Black Mirror en mode interactif, en voici les arcs narratifs. Pendant ce temps, CBS ne compte plus sur Nielsen jugé dépassé par les nouveaux usages, et Hollywood se met aux podcasts.

Côté cinéma, l’année démarre avec un accord sur une nouvelle chronologie des médias en France, signé juste avant Noël.  

Après les 5 innovations technologiques qui ont marqué 2018, voici les 7 sujets tech à suivre en 2019 + les appareils qui vont envahir votre vie en 2019 (ou pas).

Et le mot de l’année 2018 selon le Cambridge Dictionary : la nomophobie. 

3 CHIFFRES

-450 milliards de dollars, c’est la valeur que Apple a perdu en seulement 3 mois  

91 jours par an, c’est le temps que les Américains passent sur leur smartphone

48% des habitants des pays nordiques regardent de la SVoD

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE

Infographie: Le futur de l'intelligence artificielle | Statista en partenariat avec Statista

DIGNE DE VOTRE TEMPS

2018 / 2019

DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION

USAGES ET COMPORTEMENTS

SURVEILLANCE, CONFIANCE, DONNEES

RÉSEAUX SOCIAUX

PLATEFORMES VIDEOS, OTT, SVOD

IMMERSION, 360, VR, AR

FAKE NEWS, LIBERTE DE LA PRESSE

JOURNALISME

AUDIO, PODCAST, BORNES

DATA, AUTOMATISATION, INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, BLOCKCHAIN

5G / MOBILES / TELCOS

CINEMA

JEUX VIDEO, eSPORT

PUBLICITE, MONETISATION

EDUCATION, FORMATION, MOOC

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Journalistes, pourquoi êtes-vous si négatifs ?

Par Ulrik Haagerup, journaliste, président fondateur du Constructive Institute, ancien directeur de l’information de la télévision publique du Danemark

Un jour, lors d’une petite fête de voisinage, je me suis retrouvé à côté d’une ado. Et en quelques minutes, j’ai réalisé que le journalisme était en train de mal tourner. « Alors, comment ça va l’école ? » lui ai-je lancé pour tenter de démarrer la conversation. « Ils nous ont donné des devoirs. Tellement pénibles », a-t-elle répondu. « On doit regarder les infos et lire un journal du début à la fin tous les jours pendant une semaine ENTIÈRE. C’est tellement déprimant. Pourquoi vous, les journalistes, êtes-vous si négatifs ? », m’a-t-elle interrogé derrière sa frange et son mascara maladroit d’élève de 3e.

Bingo ! Encore une fois ! J’ai donc dû passer quelques minutes à expliquer pourquoi nous les journalistes ne sommes pas négatifs mais que, d’une part, nous faisons notre travail à raconter au public ce qu’il se passe dans le monde, et que, d’autre part, prendre connaissance des nouvelles était essentiel pour pouvoir participer au débat démocratique.

« J’ai juste hâte d’être à lundi », a-t-elle dit calmement. « Je pourrai regarder de nouveau Paradise Hotel. »

Saisir les cinquante nuances de gris

J’ai quand même commencé à me demander si elle avait entièrement tort. Le monde est-il en réalité aussi mauvais et dangereux qu’il est décrit dans les infos ? 

Non. Il ne l’est pas. En fait, le monde va même, à de nombreux égards, dans la bonne direction. Dans son livre Factfulness (Flatiron, 2018), Hans Rosling indique que la faim, la pauvreté, l’analphabétisme ont énormément reculé depuis 1990, que le nombre d’actes criminels reflue dans la plupart des pays, que l’espérance de vie croît, que de plus en plus de femmes ont accès à une meilleure éducation. Mais les gens ne sont pas conscients de ces progrès car on n’en parle pas dans les infos quotidiennes.

Comme je l’ai indiqué à l’adolescente, les infos sont essentielles pour permettre aux citoyens de prendre part au débat démocratique. Mais que se passe-t-il quand les nouvelles ne leur donnent qu’une vision du monde négative, et donc inexacte ? N’est-il pas crucial d’avoir la vision globale de l’actualité pour prendre part au débat et se former une opinion bien informée ?

Les médias d’informations doivent changer pour fournir au public une vision plus exacte du monde. Et rapporter les progrès réalisés autant que les conflits. Parler du bien ET du mal. Nous ne devons pas essayer de peindre le monde en noir ou en blanc, mais saisir les cinquante nuances de gris entre les deux. Ce sont elles qui sont vraiment intéressantes.

« Alors, quoi faire maintenant ? Et comment ? »

Les journalistes doivent apprendre à poser deux questions qui ne sont pas enseignées dans les écoles de journalisme : « alors quoi faire désormais ? » et « comment ?». Elles permettent de mettre l’accent sur l’avenir, et pas seulement sur le présent et le passé. Y-a-t-il des solutions possibles pour tel ou tel problème, ou des gens s’en sont-ils sortis d’une manière convaincante ? Est-il possible d’encourager un tel débat public sur le sujet ? Un débat où les gens ne discutent pas seulement de leurs désaccords mais recherchent ensemble des points de convergence. De cette manière, le journalisme revient à sa fonction de base : aider la société à progresser. 

   

Je ne dis pas que le journalisme ne doit pas parler des guerres et des catastrophes. C’est évidemment essentiel que les journalistes continuent de rapporter les faits urgents et d’enquêter sur les injustices. Le journalisme constructif ne va pas remplacer tout le journalisme. Mais la combinaison des breaking news, de journalisme d’investigation et de journalisme constructif va créer une vision du monde plus équilibrée. Ensemble, ils peuvent viser à la meilleure version de la vérité.

Le journalisme, les médias d’informations et la démocratie méritent mieux que cette époque où la confiance et les modèles économiques sont défaits, où le fossé grandit entre la réalité et le public, et qui aboutit à quelque chose qui se résume en cinq lettres : T.R.U.M.P.

Alors que deviennent l’ado que j’ai rencontrée, et tous les autres gens qui se sont retirés du champ de l’information en raison de sa négativité ? Le journalisme constructif s’efforce de laisser le public le plus souvent inspiré et responsabilisé. En étant tournés vers l’avenir, nuancés et équilibrés et en cherchant des solutions possibles et les meilleures méthodes, les médias devraient retrouver leur place d’autorité dans la société et la confiance du public. Même des adolescents.

 

Crédit photo de Une : Yosh Ginsu via Unsplash