Médias traditionnels et numériques : portrait de famille recomposée

Par Lorraine Poupon, France Télévisions, Direction de la Prospective

Dans un contexte de crise de confiance, soupçonnés d’être porteurs d’un message orienté et biaisé, les médias semblent être devenus leur propre sujet de prédilection en 2017. Entre opportunité de développement de nouveaux modèles et menace avec la remise en cause d’anciens, le rapport annuel du Reuters Institute avec ses 70 000 personnes interrogées dans une trentaine de pays dresse un bilan contrasté loin du champ de bataille habituellement décrit.

L’Ere du soupçon

Jamais le lien entre contexte politique et suspicion de corruption et de conflit d’intérêt à l’égard des médias ne semble avoir été aussi fort. Les « fake news » sont dans toutes les bouches mais leur définition-même varie en fonction de qui l’emploie. De la nouvelle simplement surprenante ou dérangeante à l’information biaisée voire créée de toute pièce dans le but de servir un discours orienté, elle a considérablement influencé la façon de s’informer. Le fossé entre la confiance accordée aux médias en général et à ceux effectivement choisis et consultés par l’utilisateur est grand. L’émergence de Breitbart News, le succès de Fox News malgré les critiques est le résultat de cette polarisation.

De la résistance au tout-digital

L’évolution de fond que connaît le secteur s’institutionnalise avec un déclin de la presse écrite qui se poursuit et une montée en puissance des réseaux sociaux qui se confirme. 50% des utilisateurs s’en servent ainsi comme source d’information principale aux Etats-Unis. Au sein d’un ensemble plus diversifié incluant les médias traditionnels en recul, ils se légitiment. Chez les 18-34 ans, ils sont même la source principale d’accès à l’information à hauteur de 33%.

Ces deux supports semblent néanmoins voués à cohabiter. En effet, à l’exception des cas américain et britannique, cet usage spécifique des réseaux sociaux comme source d’information plafonne voire diminue. La cause peut en être une saturation du marché ou encore, pour Facebook, le changement d’algorithme qui a eu lieu en 2016.

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Il est néanmoins trop tôt pour enterrer la presse écrite annoncée comme condamnée depuis quelques années déjà. Les Etats-Unis donnent des raisons d’être optimiste quand, malgré une crise de la confiance et des attaques répétées, abonnements et dons faits à la presse y ont augmenté de 16%. C’est le fait de lecteurs du courant libéral mais également des 18-34 ans souvent soupçonnés d’être une des causes de la crise économique que traverse le secteur en ne le soutenant pas suffisamment.

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De nouveaux modèles émergent, s’adaptant à des pratiques culturelles où la consommation de l’information selon le modèle traditionnel est plus ou moins ancrée.

En Asie et en Amérique Latine, les applications de chat sont ainsi des sources privilégiées au point d’y devenir majoritaires. Elles permettent de limiter le partage de nouvelles aux seuls contacts sélectionnés avec l’assurance du respect vie privée, à l’abri des représailles des gouvernements notamment. Avec WhatsApp et Messenger, Facebook domine largement cette nouvelle pratique.

Ce sont d’ailleurs les applications qui centralisent à la fois leur propre fonction et la valeur ajoutée que constitue l’accès à l’actualité qui connaissent la plus forte croissance. La section Discover sur Snapchat permet ainsi aux médias de toucher un public plus jeune qui leur est d’habitude difficilement accessible.

Mr. Robot ?

32% des utilisateurs préfèrent l’accès direct aux nouvelles intégrées parmi les posts de leurs contacts dans leur fil d’actualité ou sur le menu d’une application dont ce n’est pas la fonction principale.

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Mais contrairement à l’opinion communément répandue, l’intervention des algorithmes dans le tri et la diffusion d’informations n’est pas forcément synonyme de contenu univoque et orienté et peut au contraire pousser les internautes vers un régime média plus diversifié.

Ce n’est plus le cas lorsque l’utilisateur effectue lui-même la recherche et sélectionne « son » média. L’exemple de Twitter est représentatif : on aura tendance à suivre des politiciens en accord avec ses propres opinions et donc à être exposé à des points de vue plus uniformes.

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L’accès direct aux articles depuis le fil d’actualité pose toutefois le problème de l’identification des titres et groupes de presse. Les utilisateurs ont effet tendance à occulter la source de l’information qu’ils lisent, et si la plupart d’entre eux se souviennent avoir trouvé une info « sur Facebook » ou « sur Twitter », ils sont aussi de plus en plus nombreux à être incapables de citer le média dont émane le contenu qu’ils consomment.

Pour ce qui est des supports utilisés, leur diversité diminue à mesure que le smartphone est privilégié à la tablette et à l’ordinateur et ce, même au sein du domicile. Pour près d’un quart des jeunes de pays d’Amérique Latine et d’Asie, il est même le support unique d’accès à l’information.

Si les utilisateurs continuent de privilégier un format rédigé à hauteur de 71%, format lui aussi préféré par les jeunes, la réticence à payer pour des news en ligne est généralisée. 84% ne l’ont pas fait l’an passé. Pourquoi fournir cet effort supplémentaire quand, pour 54% des interrogés, l’accès massif et gratuit aux nouvelles en ligne est suffisant ?

Quant au format vidéo, on les préfère courtes, inférieures à 1 minute 30. La possibilité-même de la monétisation d’un contenu respectant ces exigences notamment par une publicité, plus courte que le contenu que l’utilisateur souhaite visualiser, est donc remise en cause et ce, d’autant plus avec le recours aux bloqueurs de publicité.

Perçus comme une menace majeure lors de leur diffusion, leur utilisation plafonne à 24% et ne s’est pas répandue à plus de 7% sur les smartphones. Les jeunes les utilisent néanmoins deux fois plus que les autres classes d’âge. Toutefois, 43% de l’ensemble de leurs utilisateurs acceptent de les désactiver pour des sites spécifiques, preuve qu’il est possible de continuer à miser sur la publicité comme source de financement stable – à condition, bien sûr, que l’utilisateur juge le contenu digne de cet effort.

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Dès lors, quel modèle privilégier ? Le rapport n’apporte pas de réponse définitive tant les situations varient en fonction du contexte politique des différents pays ou des habitudes culturelles dans les modes de consommation de l’information. Le bilan de l’année 2017 donne néanmoins des raisons d’être optimiste. Le profil dressé de la génération des 18-34 ans, différente de la précédente mais, ne rejetant pas en bloc les médias traditionnels, laisse présager une évolution structurelle, sans pour autant conduire à l’effondrement du secteur.

Médias US : le print à la peine, la tv câblée à la fête grâce à Trump

Par Gautier Roos, France Télévisions, Direction de la Prospective

Un état des lieux exhaustif des médias d’info aux Etats-Unis : le Pew Research Center vient de publier la première partie de son rapport annuel très attendu sur les grandes tendances à l’oeuvre dans le monde de l’info.

De précieuses informations qui nous renseignent à la fois sur la consommation informationnelle des foyers américains et sur le modèle économique d’éditeurs en quête de salut. Le document dessine des tendances de fond et souligne les priorités des médias d’info, condamnés à se réinventer sur le web sans pour autant négliger l’héritage, souvent prestigieux, du print.

En s’inscrivant sur le temps long – les graphiques comparent les évolutions depuis les années 1960 – le rapport, qui sera par ailleurs alimenté régulièrement au cours de l’année, dévoile ainsi les grandes stratégies éditoriales des principaux acteurs de l’info outre-Atlantique.

Et le premier enseignement qu’on peut en tirer, c’est que malgré un marché qui s’oriente de plus en plus vers un modèle par abonnement, l’année fut loin d’être bonne pour les quotidiens : la diffusion et les revenus de la presse quotidienne ont baissé de concert.

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Le déclin entamé dans les années 1990 se poursuit en ce qui concerne la vente des quotidiens américains, comme le montre ce graphique qui a l’avantage de combiner les données sur le print et le digital. On observe une baisse inquiétante, quoique prévisible, de 8% entre 2015 et 2016. Sans grande surprise, c’est principalement dans le print que cette dégringolade s’exprime (-10%), là où la fréquentation en ligne est un peu plus compliquée à évaluer. Le graph ne prend en effet pas en compte les récents succès numériques du New York Times, du Washington Post, et du Wall Street Journal, ces titres n’ayant pas reporté exhaustivement le nombre de leurs abonnés en ligne à l’AAM, l’Alliance for Audited Media (s’ils l’avaient fait, le Pew estime que la baisse de circulation s’établirait à -4% seulement).

Reste que pour les éditions du lundi au vendredi, il s’agit de la 28ème année consécutive de décote. Autre exemple parlant : en un quart de siècle, le nombre d’exemplaires de journaux quotidiens vendus en semaine a connu une baisse supérieure à 40%. Presque un changement de civilisation !

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Si l’on scrute le nombre de visiteurs uniques mensuels pour les 50 quotidiens en ligne les plus fréquentés, on observe des chiffres dans la continuité des années précédentes : fin 2016, ce nombre s’élevait à 11,7 millions en moyenne. Une hausse de 21% sur l’année, ce qui souligne le virage numérique réussi par bon nombre d’éditeurs, qui semblent avoir trouvé la formule pour assurer la fréquentation (à défaut d’une monétisation satisfaisante). Sur ce même échantillon de médias, notre durée moyenne de visite diminue elle sensiblement (nous y consacrons en moyenne un peu moins de 2 minutes 30) :

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Autre enseignement important à relever dans cette minutieuse étude : les quotidiens font le choix de dépendre de moins en moins des annonceurs, et voient leurs revenus liés à la publicité plonger depuis 2010 :

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Un changement de cap qui s’est opéré très rapidement : d’un montant global avoisinant les 50 milliards de dollars en 2005, la publicité ne pèse plus que 18 milliards dans l’ensemble des recettes en 2016. Cela reste plus que le niveau, assez stable, des revenus générés par la diffusion (10 milliards de dollars). Et cela veut surtout dire que le basculement vers un modèle par abonnement (“subscription-first model”) faisant fi de la publicité, s’il s’avère peut-être viable pour quelques éditeurs trustant le haut du pavé, ne permet pour l’instant pas de compenser les pertes publicitaires à l’échelle nationale.

Le document pointe par ailleurs que le digital représente 29% des rentrées publicitaires des journaux quotidiens en 2016, une progression qui paraît bien maigre puisque le chiffre avoisinait déjà les 17% en 2011…

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La structure économique des entreprises traduit bien évidemment les difficultés relatives à l’industrie des journaux américains : en 2015, seuls 41 400 personnes travaillent au sein d’une rédaction (reporters comme rédacteurs). C’est 4% de moins que l’année précédente, mais surtout 37% de moins qu’en 2004, où ils étaient 65 440 !

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Pour la télévision câblée en revanche, les résultats sont inespérés, l’élection de Trump ayant confirmé la place de choix qu’occupe ce média au sein des moyens d’informations des Américains. Sur CNN, Fox News et MSNBC, la moyenne du nombre de spectateurs réunis devant leur poste en prime-time a brutalement augmenté, s’établissant à 4,8 millions : une hausse de 55% depuis 2015 ! En journée, c’est-à-dire avant 18 heures, la progression se fait elle aussi sentir, bien que moins impressionnante (+36%).

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Un paradigme nouveau (ou un revival, on ne sait plus trop), dans lequel c’est désormais la télévision qui embauche et élargit la taille de ses rédactions : les trois plus importantes chaînes câblées ont ainsi vu leurs dépenses consacrées à cet effet grimper de 9% sur l’année.

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Des chiffres surprenants qui confirment en tout cas une chose : Donald Trump reste le meilleur allié des chaînes de TV, poursuivant sans forcément le vouloir l’empire bâti il y a des décennies. Mais qu’en sera-t-il l’an prochain, une fois le soufflé présidentiel retombé ?

Ne vous méprenez pas : les vraies stars du festival de Cannes, ce sont les journalistes

Par Gautier Roos, France Télévisions, Direction de la Prospective

12 jours de festival pour une couverture qui ne s’arrête pour ainsi dire jamais : derrière le faste et les costumes cintrés, Cannes c’est aussi une armée de journalistes – en polos fatigués – qui peinent à libérer du temps pour pondre leur livraison quotidienne.

Pas spécialement prisé en dehors de la parenthèse cannoise, le métier de journaliste ciné nourrit subitement tous les fantasmes pendant la quinzaine. Du critique chevronné arpentant la Croisette depuis les années 1960 au jeune blogueur officiant pour un pure-player né il y a moins de 18 mois : les privilégiés du festival sont bel et bien les journalistes, dont le badge, qui prend une couleur différente selon l’expérience ou la portée du média, permet d’assister aux séances sans même réserver de billets.

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Chaque année, environ 4 500 journalistes obtiennent le précieux sésame pour couvrir le plus grand festival au monde, soit à peu près un dixième du personnel accrédité. Plus de 2000 médias sont invités à cette grand messe, maillant pendant 10 jours un territoire couvrant virtuellement 89 pays (chiffres de 2015).

Evidemment, cet afflux de journalistes ne concerne pas que des critiques de cinéma : les sites culturels, mais aussi la presse people et lifestyle, se doivent de répondre présents à un événement qui est aussi un tremplin pour les égéries et les marques.

Pour la presse sur place, la fonction s’est démocratisée : on ne recensait par exemple que 700 journalistes lors de l’édition 1966 ! Une époque bien lointaine où le critique de cinéma devait attendre patiemment le tirage du lendemain pour voir son papier publié, après validation d’un rédacteur en chef ou d’un secrétaire de rédaction. Certes astreint à s’enfiler lui aussi une demi-douzaine de longs métrages par jour, le critique d’antan pouvait au moins regrouper ses impressions sur un long format résumant l’essentiel de sa journée.

Un métier rigoureusement différent de celui exercé aujourd’hui donc, où la double injonction du clic et de l’immédiateté pousse la presse à produire son papier le plus rapidement possible. Pas question, bien évidemment, d’attendre le lendemain de la projection pour évoquer le « dernier Ozon » ou le « nouveau Coppola » : à l’échelle cannoise, 24 heures en valent trois fois plus. Raison pour laquelle les séances presse sont assez souvent programmées en amont de leur présentation en sélection officielle, c’est-à-dire la veille ou le matin même.

Terrible cas d’obsolescence programmée : dès lors que la concurrence a déjà tout dit sur le film en question, votre papier a beau disposer de toutes les qualités du monde, il ne vaut déjà plus rien ! Sur place, on est d’ailleurs stupéfait de constater à quel point un film événement en chasse rapidement un autre : la presse qui s’écharpe violemment sur le dernier opus de Michel Hazanavicius a déjà oublié le film le lendemain.

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L’agressivité critique est certes démultipliée, amplifiée à la fois par la masse médiatique et des réactions à chaud pas toujours objectives, mais à l’instar d’un bad buzz sur Twitter, l’affaire rejoint vite les classeurs bien vétustes de l’histoire. Sauf quand le film honni ressurgit au moment du palmarès, comme c’est le cas cette année…

Une pression s’invite donc sur les épaules du journaliste, contrait de dégainer l’application Notes à chaque sortie de séance, afin de fignoler un article pas trop mal fichu entre deux interviews. Il est déjà compliqué de rester attentif après avoir vu cinq films par jour : ça l’est plus encore de trouver l’inspiration après quelques heures de sommeil (auxquels s’ajoutent quelques verres dans le sang, permettant de faire remonter à la surface certains souvenirs de la veille). Les traditionnels jours de récupération, figure imposée du journaliste à sa rédaction dès son retour, se justifient aisément.

Mais cet emballement médiatique se fait parfois au détriment de la qualité : la loi du nombre prévaut pour certains médias, pour qui montrer « qu’ils y étaient » est plus important que d’avoir quelque chose à dire. Cannes est peut-être le seul festival où les images parlent d’elles-mêmes, un épiphénomène autonome qui continuerait à extasier même en se passant de commentaires.

On plaint les dépêchés sur le tapis rouge, envoyés par les chaînes de télévision, contraints de meubler l’antenne avec ce qui s’appelle bon an mal an du vent ! D’autant que depuis quelques années, un speaker est présent en haut des marches lors des projections officielles pour égrener les noms des stars en présence, à la façon d’un animateur présentant les articles soldés aux chalands du Super U. On a connu plus glamour. Le fond sonore, qu’on croirait calqué sur une playlist NRJ, n’aide en rien…

Heureusement pour la presse, un format se plie particulièrement bien aux exigences d’un lectorat tout aussi volatil : le fameux tableau des étoiles, où un panel de journalistes voit ses goûts et dégoûts sommairement synthétisés – par des étoiles donc, ou par une palme – comme c’est le cas à la fin des éditions quotidiennes distribuées gratuitement sur la Croisette (Le film français, Technikart Super Cannes).

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Calmos, newsletter ciné portant le nom du (tout aussi fameux) film de Bertrand Blier, a décliné le concept avec des emojis : une novlangue universelle que les festivaliers du monde entier, entre deux verres de rosé et un coup de soleil sur le nez, peuvent comprendre.

Et pour ceux qui seraient déjà nostalgiques de la quinzaine cannoise, revivez trois jours en immersion sur la Croisette avec notre best-of Snapchat :

Roland-Garros, terrain de jeu privilégié des technos numériques

Par Bernard Fontaine, Directeur Innovation Technologiques, Direction du Numérique de France Télévisions.

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Chaque année, France Télévisions profite de la quinzaine sportive de Roland-Garros pour présenter un showroom dédié à l’innovation et tester les dernières technologies numériques promises par une industrie florissante. Au programme de cette édition 2017 : de l’Ultra HD, une voiture autonome, des assistants vocaux, de l’holographie, de la VR et de l’AR.

1Ultra-Haute Définition : quatre jours de direct exceptionnel

Pour la 5ème année consécutive, les équipes de France Télévisions présentent l’avancée de leurs travaux sur une technologie qui équipe désormais de nombreux modèles de téléviseurs, chez tous les constructeurs – et à des prix de plus en plus attractifs.

Cette année, les laboratoires Dolby souhaitent exposer une première mondiale : l’Ultra HD HDR en Dolby Vision, associé à un son immersif et personnalisé en Dolby Atmos, grâce à la technologie audio de dernière génération Dolby AC-4. Les utilisateurs équipés de TV UHD avec Dolby pourront ressentir jusque chez eux les clameurs du stade de la porte d’Auteuil.

Et la barre a été placée haut : ce sont pas moins de quatre journées exceptionnelles, du 8 au 11 juin, qui seront retransmises gratuitement depuis les émetteurs TNT de TDF placés sur la Tour Eiffel (pour le public de région parisienne) et les satellites Fransat d’Eutelsat (pour le reste du territoire métropolitain).

Un rendez-vous accessible à tous les téléspectateurs équipés, à ne pas manquer – en espérant que la météo sera au rendez-vous, pour apprécier le bénéfice de cette haute dynamique colorimétrique promise par le HDR.

Autre constructeur innovant en matière d’Ultra HD, Intel sera également de la partie dans la loge France Télévisions pour exposer ses tous premiers PC portables équipés de puces dernière génération qui ouvrent la voie à l’Ultra HD sur PC.

2Une voiture autonome… pour rouler sans rien rater des matchs

La révolution de la mobilité et l’arrivée de la voiture autonome dominent la fin de nos années 10. France Télévisions étant partenaire officiel de Roland-Garros aux côtés de Peugeot, la quinzaine du tournoi était l’occasion pour les équipes de s’associer pour explorer l’utilisation des médias numériques à bord d’une 3008 autonome (également connue sous le nom de code projet AVA).

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Une prouesse technologique qui permettra à quelques bêta testeurs de regarder les directs des matchs à bord de ce véhicule qui reliera la Porte Maillot à la Porte d’Auteuil, où les ingénieurs des deux sociétés seront là pour recueillir leurs impressions.

« A partir de 2020, des fonctions de conduite autonome ‘eyes-off’ permettront au conducteur de déléguer entièrement la conduite au véhicule lui-même, sans interaction de sa part, en toute sécurité pour qu’il puisse se consacrer à d’autres activités, rendant ainsi le temps de parcours plus agréable », explique Peugeot.

3LIA, l’assistant vocal qui vous guide dans l’offre numérique de France Télévisions

L’autre révolution incontournable du secteur tech, c’est bien sûr le boom des interfaces conversationnelles. France Télévisions s’est associée à la start-up LLC One pour présenter LIA, son propre prototype d’assistant vocal.

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Véritable guide personnalisé, LIA vous aidera à trouver vos programmes parmi l’offre en ligne du groupe, et les avis du public recueillis pendant la quinzaine permettront peut-être de voir un jour LIA intégrée au sein des services numériques de France Télévisions, et pourquoi pas sur les plateformes d’autres géants du secteur audiovisuel.

4L’holographie, quand contenus numériques et réalité visible se superposent

Réalité virtuelle, augmentée ou mixte : le secteur tech se passionne aussi pour les innovations qui transforment notre quotidien, enrichissent l’environnement qui nous entourent voire nous transportent dans d’autres mondes. Si les géants de la Silicon Valley avancent très vite et proposent déjà des technologies de plus en plus perfectionnées, force est de constater que l’AR et la VR sont encore loin d’être des technologies stables.

Cette année, France Télévisions a donc voulu mettre à l’honneur de jeunes chercheurs et start-ups récompensés pour leurs travaux.

Parmi eux, HoloLamp, une solution de projection laser qui, par illusion optique, permet aux utilisateurs de voir projetée devant eux une scène 3D animée, sans lunettes ni casque sur le visage. Pendant les deux semaines du tournoi, les visiteurs du showroom pourront voire les données numériques de la compétition quitter l’écran de télévision pour être projetées devant eux. Une expérience qui associe France Télévisions aux start-ups Hololamp, Push-Pull TV et Immersiv.

Autre innovation à ne pas manquer : le désormais célèbre casque holographique de Microsoft, Hololens, qui pour la première fois vous permettra de voir les match depuis les gradins du court central. Une révolution du spectacle sportif « in stadium » pour voir et apprécier complètement différemment ces impressionnants rendez-vous sportifs.

5Réalité virtuelle et vidéo 360 : une appli VR et des contenus de plus en plus qualitatifs

Depuis deux ans déjà, France Télévisions vous permet de suivre les Internationaux de France en réalité virtuelle. Cette année, le groupe s’est associé à la Fédération Française de Tennis pour vous proposer la nouvelle application Roland-Garros VR (disponible sur iOS, Google et GearVR), qui vous permettra d’assister aux matchs en direct ou en replay depuis une loge VIP du court Chatrier. Une expérience très qualitative qui permet aux spectateurs d’observer les matchs sous tous les angles, depuis les caméras 180° ou 360° utilisées pendant la quinzaine.

5 App VR

Vous pourrez aussi consulter les statistiques des matchs sur l'application Roland-Garros VR !

Les équipes en charge de l’innovation de France Télévisions pensent déjà à 2018 et au-delà et testent les toutes nouvelles technologies de traitement vidéo 360 de la société américaine Harmonic, en partenariat avec le hollandais Tiledmedia. Des technologies dites « d’encodage en tuile » qui augmentent considérablement la qualité du streaming vidéo 360, que les visiteurs du showroom pourront découvrir dans des échanges de balles filmés sur place par Digital Immersion, encodés par Harmonic et présentés sur un casque Oculus.

Les Français Ateme et Bemersive proposeront le même type d’expérience directement sur téléviseur en conservant une qualité HD quel que soit l’angle d’observation de l’utilisateur. Une façon de se préparer à l’arrivée des players 360, promis cette année dans les téléviseurs des industriels LG et Samsung, qui exposeront cette année.

Enfin Intel sera lui aussi présent sur le terrain de la réalité virtuelle avec son concept Hype VR qui franchit une étape de taille en vous permettant non pas d’assister à une scène en 360°, mais de la vivre et de circuler à l’intérieur !

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Les technologies innovantes seront donc au rendez-vous de cette nouvelle édition du showroom France Télévisions. De l’Ultra HD à la voiture autonome, des interfaces vocales à la VR et l’AR, les grandes tendances seront présentes pour entrevoir le monde qui vient !

 

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Roland-Garros, digital techies’ favourite playground

Each year during the two weeks of the Roland-Garros tournament, France Télévisions takes the opportunity to present a showroom devoted to innovation and to test the latest digital technologies being promised by a flourishing industry. The 2017 programme includes: Ultra HD, a self-driving car, holography, VR and AR.

1Ultra High Definition: four days of amazing live TV

For the 5th consecutive year, France Télévisions’ teams are putting their latest advances on display using technology that is now fitted on many models of TV built by all manufacturers – and at increasingly attractive prices.

This year, Dolby Laboratories wish to present a world exclusive: Ultra HD HDR with Dolby Vision, accompanied by immersive, personalised sound with Dolby Atmos, using the latest-generation Dolby AC-4 audio technology. Users with UHD TVs with Dolby will be able to experience the noises of the Roland Garros stadium in their own homes.

The bar has been set high: No less than four outstanding days, from 8 to 11 June, will be broadcast free of charge by TDF’s terrestrial TV transmitters mounted on the Eiffel Tower (for TV viewers in the Paris region) and by Eutelsat’s Fransat satellites (for the rest of France).

This will be an unforgettable experience for all TV viewers with the proper equipment. Here’s hoping the weather stays fine so that we get to enjoy the benefits of the high-dynamic colorimetric range promised by HDR.

Intel, another innovative Ultra HD manufacturer, will also be contributing to France Télévisions’ coverage, taking this opportunity to feature their first-ever laptops equipped with the latest-generation chips, which open the way for Ultra HD on PCs.

2A self-driving car… allowing you to drive without missing a second of the matches

The mobility revolution and the arrival of the self-driving car are dominant features of the end of this decade. With Peugeot and France Télévisions both being official partners of the Roland-Garros tournament, the two weeks of the tournament were the perfect opportunity for the two teams to get together to explore the use of digital media in a self-driving 3008 (also known under the code name AVA).

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This is a technological feat which will allow a few beta testers to watch matches live on board this vehicle, which will drive between Porte Maillot and Porte d’Auteuil in Paris. Engineers from both companies will be on the ground recording their impressions.

“Beginning in 2020, ‘eyes-off’ self-driving functions will allow drivers to completely and safely delegate driving to the vehicle itself, without any involvement on their part, thus allowing them to devote their time to other tasks and making trips more pleasant”, explains Peugeot.

3LIA, the voice assistant who will lead you through France Télévisions’ digital offering

The other unmissable revolution in the tech sector is, of course, the boom in conversational interfaces.  France Télévisions has teamed up with the start-up LLC One to introduce LIA, its own prototype voice assistant.

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A veritable personalised guide, LIA will help you find your programmes among the group’s online offering, and the feedback from viewers during these two weeks will perhaps mean that LIA will become an integral part of France Télévisions’ digital services, and perhaps even of the platforms of other giants in the audiovisual sector.

4Holography: when digital content and visible reality overlap

Virtual, augmented or mixed reality: the tech sector is also excited about innovations that transform our everyday existence, enrich our surroundings and even carry us away to other worlds. While the giants of Silicon Valley are making fast progress and are already offering technologies that are increasingly perfect, it is clear that AR and VR are far from stable technologies.

This year, France Télévisions thus decided to feature young researchers and start-ups who have been recognised for their achievements.

Among them, HoloLamp, a laser projection solution which, using an optical illusion, allows users to see an animated 3D scene projected before their eyes, without the need for goggles or headphones. During the two weeks of the tournament, visitors to the showroom will be able to witness the competition’s digital data leave the screen and be projected before them. This experiment brings together France Télévisions and the start-ups Hololamp, Push-Pull TV and Immersiv.

Another innovation that should not be missed: Microsoft’s already famous holographic headset, Hololens, which will allow you for the first time to see matches from the stands of centre court.  This is a revolution in the area of “in stadium” sporting events, allowing viewers see and enjoy these amazing sporting encounters in a brand-new way.

5Virtual reality and 360 video: a VR app and content that is of higher and higher quality

For two years already, France Télévisions has been making it possible for you to follow the French Open in virtual reality. This year, France Télévisions has teamed up with the French Tennis Federation to make available the new Roland-Garros VR app (available on iOS, Google and GearVR), which will allow you watch matches live and in replay from a VIP box in the Chatrier centre court. This is a high-quality experience which allows viewers see matches from all angles, through the 180° and 360° camera being used during the tournament.

5 App VR

Vous pourrez aussi consulter les statistiques des matchs sur l'application Roland-Garros VR !

The France Télévisions teams in charge of innovation are already thinking ahead to 2018 and beyond, and are testing the most recent 360 video processing technologies available from the American company Harmonic, in association with the Dutch company Tiledmedia. Technologies known as “Tiled VR encoding”, which considerably enhance 360 video streaming, will be available for visitors to the showroom to discover in the shape of rallies filmed at the tournament by Digital Immersion, encoded by Harmonic and presented on an Oculus headset.

The French companies Ateme and Bemersive will be offering the same type of experience directly on a TV screen, with HD quality maintained whatever the angle the user is watching from. This is a good way to prepare yourself for the arrival of 360 players, which are set to be launched this year in TVs by the manufacturers LG and Samsung, who will be exhibiting this year.

Finally, Intel will also be present on the virtual reality front with their Hype VR concept, which represents an important step forward by allowing you not only to see a scene from 360°, but to experience it and move around inside it!

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The most innovative technologies will thus be on display in the France Télévisions showroom. From Ultra HD to self-driving cars, voice interfaces to VR and AR, all the major trends will be on show for you to get a glimpse of the world of the future!

Liens vagabonds : Facebook rejoint la bataille autour des contenus TV originaux

A RETENIR CETTE SEMAINE

Laws are a necessary nuisance. Photographer : David Paul Morris/Bloomberg
Laws are a necessary nuisance. Photographer : David Paul Morris/Bloomberg

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ES avec Kati Bremme

 

Réalité mixée ou informatique immersive, quand l’intelligence artificielle mêle réel et virtuel

Par Jérôme Derozard, consultant et entrepreneur

Plus d’un an après la sortie sur le marché des casques de réalité virtuelle (VR) Oculus Rift et HTC Vive, force est de constater que les chiffres de vente se situent en deçà des volumes espérés. Les deux casques haut de gamme totalisent moins d’un million d’unités vendues à eux deux, tandis que leur concurrent Playstation VR réussit à peine à dépasser ce chiffre. Du côté des casques mobiles, les ventes des différentes générations de Gear VR sont estimées autour des 2 millions, tandis que celles de Google Daydream ne dépassent pas les 250 000 unités vendues.

Face à ces premiers chiffres, les analystes ont revu à la baisse leurs prévisions pour le marché des casques VR, CCS Insight tablant sur moins de 100 millions d’unités vendues en 2021, dont 70 % de casques mobiles. Les ventes des casques de réalité augmentée (AR) comme Hololens de Microsoft, devraient être encore plus confidentielles, avec 200 000 unités pour 2017 et 5 millions en 2021.

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Alors faut-il déjà enterrer la VR et l’AR, en les ajoutant à la liste des technologies sans lendemain comme la télévision en 3D ?

Non, car à la différence de la TV en 3D, la VR et l’AR sont soutenues par les principales entreprises technologiques américaines – Facebook, Google, Microsoft – qui sont toutes prêtes à investir des centaines de millions de dollars sur des roadmaps à dix ans afin d’assurer leur présence sur ce marché stratégique.

Les modèles actuels de casques ne constituent d’ailleurs que la première génération d’appareils grand public, développés à partir de composants initialement pensés pour le smartphone. « C’est comme si nous construisions des avions à partir de pièces pour vélos et automobiles », dit Clay Bavor, responsable VR et AR chez Google. La prochaine génération de casques intégrera des composants conçus spécifiquement pour ces nouveaux usages, ce qui permettra de disposer de modèles plus légers, précis et ne nécessitant plus de capteurs externes.

Microsoft a ainsi annoncé le lancement pour les fêtes de ses premiers casques de réalité virtuelle avec ses partenaires HP et Acer. Ils seront proposés à partir de 399€ avec deux contrôleurs, ce qui en fera le pack complet le moins cher du marché. Ils nécessiteront également un PC sous Windows 10 ou une Xbox One pour fonctionner.

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Principale innovation de Microsoft sur ces nouveaux casques : le système de détection de type « inside out », fondé sur des technologies développées pour Hololens. Il permet de suivre la position de la tête de l’utilisateur dans l’espace comme les casques haut de gamme (Oculus Rift, HTC Vive), mais sans nécessiter de capteurs externes, via un système de caméras intégrées au casque.

Pour concurrencer les plateformes existantes (Oculus VR, Steam VR, PlayStation VR, Daydream), Microsoft fait le pari d’une plateforme unique de « réalité mixée » couvrant à la fois la VR et l’AR : « Windows Mixed Reality ». Dans les faits, cette plateforme répond à deux types d’usage : des applications immersives à 360° où l’utilisateur est complètement isolé de son environnement, et d’autres permettant d’insérer des éléments virtuels en surimpression du monde physique.

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Autre avantage du système de « réalité mixée » de Microsoft : l’intégration native dans Windows 10, qui permettra d’utiliser l’ensemble des applications Windows dans un environnement AR ou VR, qu’elles aient été conçues pour un environnement en deux ou trois dimensions. A cette occasion Microsoft a élaboré un nouveau « langage de design » afin de concevoir des interfaces utilisateur pouvant s’adapter à tous les écrans gérés par Windows, depuis le mobile jusqu’au casque VR en passant par les télévisions avec la Xbox One.

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Google continue lui aussi à investir dans le secteur de la VR/AR, malgré les faibles ventes de son casque Daydream mobile. D’abord en multipliant les partenariats avec les constructeurs de smartphones ; LG et Samsung vont rendre leurs smartphones haut de gamme compatibles avec Daydream, et Google annonce que des « dizaines de millions » de smartphones seront compatibles d’ici la fin de l’année.

Ensuite en travaillant sur un nouveau type de casque VR sans fil et complètement autonome, c’est-à-dire ne nécessitant pas un smartphone, une console ou un ordinateur pour fonctionner. Comme les casques « mixed reality » de Microsoft, ils utiliseront un système de caméras intégrées pour analyser en temps réel (latence inférieure à 20ms) l’environnement (meubles, décors) afin d’en déduire les mouvements de l’utilisateur. La technologie, nommée « Worldsense », a été développée à partir des composants créés pour Tango, la plateforme de réalité augmentée de Google.

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Les premiers appareils compatibles devraient être lancés pour les fêtes avec Lenovo et HTC, le fabricant du HTC Vive, à des prix proches des modèles de casques VR haut de gamme. Ces casques intègreront un processeur de smartphone fourni par Qualcomm et ne seront donc pas aussi puissants qu’un ordinateur ou une console ; pour compenser, Google a mis au point un astucieux système de pré-rendu des interfaces en 3D nommé « Seurat » qui promet des résolutions équivalentes à celles d’un film d’animation en 3D.

Les casques autonomes de Google utiliseront la version 2.0 de la plateforme Daydream et fonctionneront sous  Android « O »; comme Windows 10 « mixed reality » l’ensemble de l’interface Android sera d’ailleurs accessible en trois dimensions, et les utilisateurs pourront même « caster » un contenu depuis leur casque vers une télévision équipée de Chromecast afin de partager leurs expériences.

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Les nouveaux casques de Microsoft et Google représentent donc une réelle avancée, en supprimant les capteurs externes et mêmes les câbles ; cependant, pour Clay Bavor, on est encore loin d’avoir atteint l’équivalent de l’iPhone pour la VR. Selon lui, les casques de réalité virtuelle se situent plutôt au même niveau que l’industrie du mobile dans les années 1980, et il faudra encore plusieurs générations de casques avant de faire de la VR et de l’AR un marché réellement grand public…

Mais les progrès de l’AR et de la VR ne se limitent pas aux casques : ils intègrent également nos smartphones et nos ordinateurs. Google va ainsi proposer un nouveau logiciel nommé « Expeditions AR » qui permettra aux élèves – équipés d’un smartphone compatible Tango – de découvrir des objets ou des phénomènes recréés en trois dimensions sans quitter leur classe.

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Microsoft va de son côté proposer un nouveau logiciel d’édition vidéo gratuit, Microsoft Story Builder, qui permettra d’insérer automatiquement des effets 3D et des objets virtuels dans des vidéos, avec un rendu proche des effets spéciaux du cinéma. En quelques clics, l’utilisateur pourra choisir un objet virtuel ou un effet 3D et le « coller » sur une personne, une surface ou un objet dans la vidéo pour donner l’impression qu’il fait partie de la scène. Microsoft réunit ainsi en un seul logiciel ses capacités dans le domaine de l’intelligence artificielle et de la réalité augmentée.

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Et c’est bien là que l’avenir de la VR et de l’AR converge avec celui de l’intelligence artificielle. Avec les améliorations dans le traitement informatique de l’image, l’ordinateur est capable de mieux percevoir le monde physique ; avec le progrès de moteurs de rendus en 3D, il est capable de générer des objets virtuels toujours plus réalistes. En combinant les deux, l’ordinateur sera capable de créer des simulations toujours plus réalistes car fondées sur le réel, ou d’ajouter des éléments virtuels dans notre environnement sans que nous nous en rendions compte. Ces « réalités mixtes » (version Microsoft) ou cette « informatique immersive » (version Google) seront ensuite accessibles via l’ensemble de nos appareils, qu’il s’agisse d’un casque de VR, de lunettes AR, d’un smartphone, d’un ordinateur ou d’une télévision. Sachant que les acteurs de l’industrie s’attendent à ce que tous ces appareils ne fassent plus qu’un dans quelques années !

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Cet article figurera le prochain Cahier de tendances Méta-Media, qui sera disponible gratuitement sur le blog en juin.

Cinéphilie 2.0 : le salut par le web

Par Gautier Roos, France Télévisions, Direction de la Prospective

C’est, sans mauvais jeu de mot, l’effet bulle du Festival de Cannes : pendant 10 jours, on a l’impression que la planète entière se mue soudainement en galaxie cinéphile. Mais que reste-t-il vraiment de cette passion, abreuvée par un long héritage en France, à l’ère des films sur commande et du speed-watching ?

S’il est un poncif qui a vécu, c’est bien l’assertion de François Truffaut, qui veut que « tout le monde [ait] deux métiers : le sien et critique de cinéma ». Car le cinéaste parlait alors d’une époque où le septième art avait sa place dans le débat public, moment où il n’avait pas encore déserté l’espace commun : une sortie en salle faisait événement, et les ciné-clubs parvenaient sans trop de peine à faire salle comble (il fallait parfois redoubler d’ingéniosité pour tromper la vigilance du caissier et obtenir sa place sur un vieux strapontin en méforme).

Est-ce une antienne décliniste facile, un constat théorique risquant à son tour le poncif, que de dire que ce tempslà est révolu ? Après tout, les salles françaises affichent sur le papier une santé revigorante, avec un nombre de billets écoulés qui dépasse en général les 200 millions par an. Si on compare le box office d’aujourd’hui à celui des décennies passées, on ne trouvera pas vraiment de quoi s’alarmer (il faut remonter aux années 1960 pour retrouver une fréquentation aussi haute) : la vidéo, le peer-to-peer, les offres de streaming légales comme illégales n’ont manifestement pas eu raison de la bonne vieille salle de cinéma.

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Mais si l’on s’extrait des données comptables pour s’aventurer sur le terrain symbolique, la donne est tout autre. Les émissions de cinéma n’existent pour ainsi dire plus du tout sur la télévision grand public. On ne s’y écharpe plus sur les sorties du mercredi, on y évoque rarement les stars d’hier faute de références communes avec les jeunes spectateurs, et on ne donne la parole à des cinéastes que sur un laps de temps très limité (avec une vingtaine de sorties nationales par semaine, l’auto-promo est elle-même soumise à un agenda calibré !). Les chaînes de télévision, qui financent – pas toujours de bon coeur – l’essentiel du cinéma français, semblent rétives à toute possibilité de discours critique.

On ne saurait montrer du doigt l’offre uniquement : cette disparition du cinéma dans le champ télévisuel correspond aussi à l’évolution des mentalités des spectateurs, qui délaissent le septième art pour d’autres horizons. Difficile évidemment de ne pas penser à la montée en gamme des séries, qui ont gagné en quantité et surtout en qualité, pour tirer l’esprit du temps de leur côté : ce sont désormais d’elles que l’on parle devant la fameuse « machine à café », et ce sont elles qui saisissent le mieux la logique de rendez-vous qui préside à nos vies connectées.

Un nouveau rapport au contenu est parallèlement encouragé par les plateformes de SVOD, de plus en plus nombreuses à sortir leurs séries par saisons entières : adieu l’époque où l’on attendait religieusement l’épisode de la semaine, désormais, les séries se consomment à la chaîne. Netflix a même jugé bon de donner la possibilité au spectateur de skipper le générique au début des films, anticipant bien l’idée selon laquelle les crédits ont perdu tout…crédit : preuve que le binge-watching dicte désormais sa loi !

La presse ciné française, longtemps courue et reconnue par des lecteurs érudits du monde entier, pâtit du même désintérêt. Qui lit aujourd’hui Les Cahiers du Cinéma ou Positif, à l’exception d’une poignée de fanatiques enchaînant les séances patrimoniales dans les salles du Quartier Latin ? Si l’on rebascule du côté des chiffres, on réalise que ces titres, qui n’ont certes jamais trusté le haut du pavé, accusent une baisse qui laisse songeur dans un pays pourtant champion de la presse magazine (la diffusion des Cahiers s’élève à 20 000 exemplaires, celle de Positif à… 8000 numéros).

La presse culturelle dans son ensemble est en souffrance : la diffusion France payée des Inrocks a chuté de 60.000 à 40.000 exemplaires en à peine quatre ans ! Et les quelques émissions retraçant l’histoire du cinéma, s’adressant désormais à un public trop restreint, ont été brutalement interrompues, même sur les ondes du service public : citons Projection privée (France Culture, arrêtée en 2016), et Pendant le travaux, le cinéma reste ouvert (France Inter, séchée net en 2014).

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Quand internet ravive l’engagement cinéphile

Les médias traditionnels ont ainsi perdu la main : ils ne parlent plus vraiment la même langue que les amoureux des salles obscures. Mais la cinéphilie renaît sur d’autres supports, et se chiffre désormais en nombre de likes et de téléchargements : YouTubeurs, podcasteurs, blogueurs et vloggers ciné affichent une visibilité qui a de quoi donner des sueurs froides aux médias d’hier.

Le Fossoyeur de Films, Durendal, Karim Debbache, Misterfox, Cinefuzz, Séance Radio (BNP Paribas), Outsiders, Chaos Reigns, You Must Remember This : une palette de nouveaux acteurs aux contours protéiforme, qui a le mérite de régénérer, souvent avec détachement, la conversation cinéphile.

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Pour les YouTubeurs cités les plus chevronnés, l’audience se quantifie autour de quelques centaines de milliers de fidèles, et une vidéo dépasse allègrement le million de vues sur la plateforme. D’autant que contrairement à la radio et la TV linéaire, ces formats exigent de la part de la communauté qu’elle aille chercher le contenu : on peut légitimement penser que le public leur est particulièrement loyal.

Certes, nous sommes loin des statistiques affichées par les stars de YouTube (Norman et Cyprien en première ligne), mais ces derniers pointent déjà à une distance stratosphérique des médias historiques ! Et leur prétoire est par nature de taille différente.

Pour nos enfants, une discussion cinéphile sera sans aucun doute spontanément associée au web : une caméra, un micro, un décor souvent constitué d’une collection de DVDs, et une éventuelle bande de copains suffisent à exprimer ses goûts et dégoûts une heure durant, le tout dans une spontanéité que n’auraient pas renié Claude Jean-Philippe, Jean-Jacques Bernard ou Pierre Tchernia en leur temps.

Moins soumise aux dogmes et aux chapelles cinéphiliques que ses aînés, cette nouvelle génération semble considérer avec le même égard le classique hollywoodien et le film du dimanche soir de TF1. Libre à chacun de s’en réjouir ou de trouver ça regrettable : reste que ces boulimiques rémunérés au clic (autant dire au lance-pierres) agissent d’abord par passion et par envie de transmettre. Et encore, on ne parle ici que de ceux qui sont effectivement rémunérés…

Les réseaux sociaux ont compris depuis plusieurs années de quel bois se chauffe cette cinéphilie 2.0 : sur Vodkaster, récemment devenu la propriété de Télérama, un film devient une micro-critique aussi lapidaire qu’un tweet, et donne du grain à moudre aux cinéphages autant qu’aux apôtres du style et autres amateurs d’aphorismes. L’écrit y a donc supplanté la vidéo : à ses prémices, le site avait vu le jour pour permettre aux internautes de s’échanger des extraits plus ou moins cultes, difficilement accessible ailleurs. Une autre forme de partage entre initiés.

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De leur côté, les habitués de Sens Critique ne se contentent pas de publier leur appréciation de tel ou tel film sur leur profil : ils évaluent tout ce qui leur passe sous les yeux en y attribuant une note de un à dix, et constituent des listes de films thématiques sur absolument tous les sujets. Le visiteur en manque d’inspiration pour sa soirée ciné peut ainsi puiser des suggestions dans des milliers de classements sans même avoir besoin de se créer un compte.

La Cinetek livre de son côté de courtes vidéos sur des grands classiques du septième art, et invite des réalisateurs à s’exprimer sur les films des autres, un peu dans l’esprit des bonus DVD. Les cinéastes d’aujourd’hui y dressent là aussi des listes, rendant hommage à leur films et artistes fétiches.

Le 70ème Festival de Cannes, dont le programme est cette année plus chargé encore qu’à l’accoutumée, en est la patente démonstration : le cinéma est entré dans une ère d’abondance, qui relègue au débat d’avant-guerre la question du support de visionnage (voir les réactions hostiles au président du jury Pedro Almodovar, qui devrait avoir bien du mal à attribuer la Palme à un film produit par Netflix, c’est-à-dire privé d’une sortie sur grand écran chez nous).

Le web a rabattu les cartes : s’il a désacralisé la salle, il a aussi permis à une nouvelle génération érudite de partager une boulimie qui s’affranchit des genres et des chasses (longtemps) gardées par l’université. Jamais une époque n’aura permis un accès aussi facile et immédiat aux films : encore faut-il que surgisse cette petite chose qu’on appelle l’envie !

*Les cinéphiles ont l’habitude de dater ce grand basculement du discours critique vers le tout promotionnel à 1999, quand le réalisateur Patrice Leconte, effaré par la violence de la presse à l’égard des films français, publie une lettre dans laquelle il propose que la critique devienne une sorte de « partenaire » de la production hexagonale.

« Recommandé pour vous » : les algorithmes, ennemis de la découvrabilité ?

Par Alexandra Yeh, France Télévisions, Direction de la Prospective

Quel est le point commun entre le comté de Berkeley en Caroline du Sud, Hamina en Finlande et Jurong West à Singapour ? Ce sont quelques-uns des nombreux sites qui accueillent les célèbres « data centers » de Google. Un épais mystère entoure ces serveurs dont la firme n’a jamais voulu révéler le nombre exact. Un chiffre est connu en revanche : 130 trillions, ou, si vous préférez, 130 milliards de milliards – c’est le nombre de pages hébergées sur le World Wide Web et répertoriées par ces serveurs. Une somme qui donne le vertige… Pourtant, l’immense majorité de ces contenus est destinée à rester ignorée, perdue dans les méandres de la toile. Car la première page de résultats de Google concentre 90% des clics des internautes, cannibalisant ainsi le trafic de milliards d’autres sites relégués aux oubliettes par PageRank, le très secret algorithme du moteur de recherche.

Résultat : nous nous bousculons tous sur les mêmes sites, les mêmes plateformes, les mêmes contenus. Et pour les petits créateurs, vidéastes, musiciens ou encore auteurs qui postent leurs productions sur la toile dans l’espoir d’y rencontrer leur public, il devient de plus en plus difficile d’être découvert.

Cette problématique, c’est celle de la « découvrabilité », un néologisme bien connu au Canada où les médias ont depuis longtemps saisi qu’elle était certainement le nouveau challenge des éditeurs. Car à l’heure de l’hyper connectivité et, bientôt, de la 5G, l’information n’a jamais circulé aussi vite. Si bien que nous sommes aujourd’hui submergés de contenus. Une joyeuse cacophonie où se mêlent info, textos, messages publicitaires ou encore notifications push… Et une accumulation de stimuli qui risque bientôt d’atteindre un seuil critique : celui de la saturation. Car notre capacité d’attention n’est pas illimitée, et la formule bien connue de l’ancien PDG de TF1 Patrick Le Lay n’a jamais été aussi juste : les éditeurs aujourd’hui se livrent une rude bataille pour capter du « temps de cerveau disponible ».

Les progrès de la technologie ont fait drastiquement chuter les coûts de production et de diffusion des contenus, tant et si bien que nous nous retrouvons littéralement débordés chaque jour par de nouveaux articles à lire, vidéos à regarder, chansons à écouter, films à voir… Un flot permanent qui tourne parfois au ridicule, et qui a inspiré certains détournements comme Oldbini, ce compte Twitter parodique qui caricature Konbini – le média des Millennials qui s’est fait une spécialité de repérer les tendances et les contenus viraux – en partageant « des news hyper old déjà vues partout » (sic). Un beau pied de nez à cette course au clic qui fait rage dans notre société de l’instantané où tout contenu vieux de quelques jours est déjà périmé.

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De la communication de masse aux médias de précision : petite histoire de la surabondance

Si, dans ce contexte de surabondance, l’enjeu de la découvrabilité prend depuis quelques années une ampleur inédite, il n’est pourtant pas neuf. Pour Tom Wilde, fondateur de l’entreprise de solutions vidéo Ramp qui s’intéresse à ces problématiques, il précède même largement l’invention du web… pour remonter aux débuts de l’imprimerie. En permettant la reproduction de documents à une échelle jusqu’alors inimaginable, l’invention de Gutenberg aurait tout simplement signé le début de la communication moderne : des messages diffusables facilement et rapidement, auprès d’un public de plus en plus large.

D’une transmission de l’information naturellement restreinte par les limites de nos techniques de reproduction des contenus, nous sommes ainsi entrés dans l’ère de la communication de masse… à un détail près : avant l’arrivée d’internet, dans les journaux, à la radio ou à la télé, tous les contenus passaient par le filtre du rédacteur en chef, seul en charge de décider des infos méritant d’être diffusées. La liberté des lecteurs, auditeurs et téléspectateurs se limitait au choix du média qu’ils consultaient. Quant au reste (les sujets traités, l’heure et le lieu de consommation), il était dicté par les médias eux-mêmes : pas question, comme aujourd’hui, de rattraper l’interview politique de la veille dans le bus ou de lire le dernier édito du Monde sur l’écran de son téléphone. C’était l’époque des médias de rendez-vous.

Puis Tim Berners-Lee a inventé le web et, avec lui, une nouvelle façon de découvrir et consommer les contenus. En signant l’entrée dans l’ère de la surabondance, la croissance exponentielle de nos capacités de production et diffusion a aussi et surtout marqué le début de la bataille de l’attention. Car la quantité de contenus culturels et informationnels disponible sur le web a définitivement dépassé notre capacité d’absorption. C’est là qu’entrent en scène ceux qui sont désormais devenus les véritables faiseurs de roi d’internet : les algorithmes.

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Des médias de masse, nous sommes alors entrés dans l’ère des médias de précision. Finie l’époque où tout le monde regardait le même film à 20h50, désormais la standardisation n’est plus possible. Le public a pris le pouvoir, et il n’accepte plus qu’on lui impose une grille de programmes. Mais dans le flux permanent de contenus, nous n’avons plus le temps de faire le tri. Imaginez : rien que pour choisir quoi regarder sur le petit écran, nous passons en moyenne près d’un an et demi de notre vie à consulter un programme télé. Alors comment s’y retrouver dans la grande jungle du web ? En laissant aux algorithmes le soin de nous suggérer des contenus. En leur confiant le rôle de curateur, de rédacteur en chef d’une info à la carte. Bref, en laissant l’algorithme devenir le nouveau prescripteur… et la technologie prendre le contrôle de nos vies connectées.

Ces petits programmes informatiques ont été la réponse des Google, Facebook et autres Amazon au grand paradoxe du web moderne : trop de choix, tue le choix ! Au moment même où s’ouvrait l’ère de la surabondance informationnelle, le web nous a libérés de la contrainte de faire des choix en confiant aux algorithmes le soin de sélectionner pour nous les contenus susceptibles de nous intéresser. Les plateformes fournissent ainsi l’accès de biens mais surtout… l’entonnoir qui va avec.

Bref, aujourd’hui, le pouvoir de prescription des contenus est concentré entre les mains de quelques grandes plateformes qui forment un véritable oligopole. Leur atout ? Avoir su trouver l’équilibre entre programmation éditoriale, recommandation sociale et algorithmique – un tour de force qui leur a permis d’opérer une véritable recomposition du paysage médiatique.

Quand la techno hacke notre esprit

Mais le succès fulgurant de ces nouveaux géants ne s’explique pas seulement par leur capacité à nous faire des recommandations pertinentes. Les plateformes sociales ont aussi su exploiter nos vulnérabilités psychologiques pour nous manipuler et hacker notre esprit :

Autant de mécanismes qui illustrent l’influence grandissante de la technologie sur nos comportements. Une influence qui a son rôle à jouer dans la découvrabilité des contenus : en positionnant en tête de nos fils d’actualité les contenus les plus partagés, ou en nous envoyant des notifications pour tel contenu plutôt qu’un autre (Facebook va par exemple nous notifier des live organisés par certains médias et pas d’autres), les plateformes et leurs algorithmes contribuent à faire et défaire les succès d’audience des créateurs de contenus.

Liberté, égalité… et dictature algorithmique ?

Envolés donc nos rêves de démocratisation de la culture par le web, d’accès à tous les contenus, d’émergence d’artistes talentueux découverts au détour d’un clip amateur sur YouTube… Pour une Lana Del Rey ou un Norman Thavaud, combien d’inconnus ont vainement tenté de percer sur internet, sans jamais parvenir à passer la barre des 1.000 vues ? C’est l’autre grand paradoxe du web : libérés du filtre des rédacteurs en chef, des producteurs et des éditeurs, les aspirants auteurs, vidéastes et musiciens n’ont jamais pu publier leurs œuvres aussi facilement… mais il n’a jamais été aussi difficile pour eux d’être découverts. Car l’utopie d’un internet ouvert et égalitaire s’est vite brisée lorsque nous avons commencé à confier aux algorithmes le soin de trier, hiérarchiser et recommander les contenus, favorisant de fait les hits, les blockbusters, les contenus déjà aimés, déjà partagés, déjà retweetés.

Finalement aujourd’hui, à l’heure où la technologie permet à tous les créateurs de s’exposer, et à toutes les formes d’art d’exister – des plus mainstream… aux plus ésotériques – c’est encore et toujours la capacité à créer du contenu fédérateur qui est plus que jamais valorisée. Car c’est cela que le public recherche : vivre des expériences qu’il peut partager, commenter le dernier épisode de Game Of Thrones, parler du carton au box-office de La La Land… Bref, entretenir un sentiment d’appartenance au groupe en alimentant un cadre de références communes.

Mais attention à ne pas y voir pour autant l’émergence d’une culture universelle. Car les algorithmes ont fait tomber un autre mythe : celui d’un monde commun, d’une certaine idée du web comme un espace des possibles qui ferait fi de toutes les barrières et réorganiserait le monde en village global. En nourrissant les internautes de ce qu’ils aiment déjà (ou de ce qu’on est à peu près sûr qu’ils aimeront), les algorithmes ont favorisé l’émergence de tribus auto-centrées, de micro-communautés enfermées dans des entonnoirs idéologiques – la fameuse bulle de filtres.

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Dans ce contexte, que reste-t-il des grands rendez-vous populaires du siècle dernier ? Peu de choses, il faut bien l’avouer : les seuls contenus un tant soit peu fédérateurs aujourd’hui, ce sont finalement les grands événements sportifs et politiques, éventuellement les vidéos virales et les memes qui font le tour du monde. C’est un véritable mouvement de polarisation de la culture qui s’est amorcé, un mouvement où chaque communauté se retrouve toujours plus confortée dans ses convictions et ses goûts… Provoquant ainsi un délitement du lien social ?

Car dans cet univers aseptisé où tout est conçu pour nous plaire, nous sommes de moins en moins confrontés à l’altérité, à la différence, aux goûts et aux points de vue divergents. Tant et si bien que nous tendons aujourd’hui à évoluer dans des univers parallèles, se côtoyant sans jamais se rencontrer.

C’est aussi cela finalement le problème de l’algorithme : il tue le hasard. Or le charme de la culture, n’est-ce pas aussi avoir le choix de se perdre dans les allées d’une librairie ou d’entendre une chanson méconnue à la radio ? C’est aussi d’ailleurs la définition de la liberté, qui repose une certaine idée du hasard, sur la possibilité de se perdre en route et d’échapper au déterminisme, bref, de rendre possible l’imprévisible. A cet égard, la conception algorithmique de la société pose problème : un être humain reste autre chose qu’un empilement d’informations sur son profil, ses goûts et ses habitudes…

Vers l’informatique affective

Mais la technologie va très vite, et il se pourrait bien qu’elle esquisse déjà un début de solution au problème de l’hyper personnalisation, sous la forme de techniques de reconnaissance des émotions. L’informatique affective – c’est son nom – devrait bientôt permettre aux machines d’identifier et de répertorier les émotions (les nôtres et celles présentes dans les contenus que nous consommons) pour mieux nous servir. Là au moins, les considérations de genre, d’âge ou de situation professionnelle ne seront plus les seuls critères retenus pour nous profiler. Demain, la machine sera capable de répondre à nos requêtes les plus précises et de nous recommander des contenus selon l’émotion que nous recherchons.

Pour cela, de plus en plus de plateformes investissent dans l’intelligence artificielle et développent des technologies d’indexation fine :

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Comme l’explique Olivier Ertzscheid, chercheur en sciences de l’information et de la communication, « dans les interactions homme-machine qui domineront demain nos vies connectées, ce sont les ‘émotions’ qui seront les mieux à mêmes d’apporter les éléments contextuels nécessaires à la compréhension fine de nos requêtes et de nos (inter)actions ».

Il n’y a qu’à voir les boutons de réaction lancés par Facebook il y a de cela un an : moqués à leurs débuts, considérés par beaucoup comme futiles, ils étaient finalement précurseurs d’une nouvelle ère numérique – celle de la machine émotionnelle, capable de comprendre nos émotions et surtout d’y répondre. Des émotions qui, selon Olivier Ertzscheid, « sont un peu le chaînon manquant qui peut permettre aux grandes plateformes d’affiner encore l’indexation, le séquençage de l’ensemble de nos comportements ». Et d’améliorer la découvrabilité des contenus en permettant aux internautes d’effectuer des requêtes par émotion (un film triste, une chanson qui rend heureux…).

Spotify propose déjà des playlists à thème, avec des sujets aussi divers que « Fin de journée », « Le ménage en musique » ou encore « Au coin du feu ». Des sélections réalisées aujourd’hui dans une collaboration homme/machine, où algorithmes et curateurs humains travaillent main dans la main. Eh bien demain, l’informatique affective devrait permettre d’industrialiser ce type d’indexation en répertoriant de façon systématique des milliards de contenus.

L’attention, nouvelle unité de valeur de l’industrie créative

Mais l’informatique affective et les playlists thématiques auront beau s’acharner à nous faire découvrir de nouveaux contenus, elles ne règleront pas le problème de la surabondance et la crise de l’attention qui en découle. Car en étant chaque jour sursollicités et exposés à des milliers de messages, notre attention a été cannibalisée, et est devenue une denrée rare – et donc précieuse.

Et cela, certains éditeurs l’ont bien compris. Conscients qu’ils n’ont plus que quelques secondes pour séduire, beaucoup se sont laissés tenter par le clickbait (ces articles « pièges à clics » aux titres sensationnalistes), dans l’espoir de piquer la curiosité des internautes et de capter plus longtemps leur attention.

Un phénomène qui touche aussi les créateurs, qu’on aurait pourtant pu croire davantage dévoués à leur art et moins soumis à des logiques de consommation… Hélas, il semble bien qu’ils aient eux aussi succombé aux ravages de la surabondance. Il n’y a qu’à voir l’industrie de la musique : en trente ans, les chansons pop ont perdu en moyenne dix-huit secondes de parties instrumentales, selon le chercheur en théorie musicale Hubert Léveillé Gauvin. Un rabotage qui s’explique par une raison simple : retenir le plus vite possible l’attention de l’auditeur (la voix étant, selon le chercheur, le meilleur capteur d’attention en musique), et éviter qu’il ne zappe vers la piste suivante. La bataille pour la découvrabilité nuirait-elle donc à l’art ?

« Devant la profusion de l’information disponible, la prime revient à l’acteur qui sera capable d’attirer, de fixer et de mobiliser le plus longtemps notre attention sur un document, une ressource ou un produit particulier », expliquait Olivier Ertzscheid. On le croit volontiers.

D’autant que certains ont déjà bien compris comment tirer parti de cette crise de l’attention : en Chine, le gouvernement recourt déjà à une armée de travailleurs du clic chargés de diffuser des posts de propagande et de noyer les réseaux sociaux pour distraire les citoyens. Le but : monopoliser leur attention, et les habituer à consommer des contenus courts et simples, requérant peu d’efforts de concentration pour les dissuader de réfléchir par eux-mêmes. Comme l’écrivait Neil Postman en 1985 dans son oeuvre de référence Se distraire à en mourir, « Orwell craignait qu’on nous cache la vérité. Huxley redoutait que la vérité ne soit noyée dans un océan d’insignifiances »… On connaissait la censure par soustraction : voici venu le temps de la censure par abondance !

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Pour la chercheuse américaine Zeynep Tufekci, interrogée par la MIT Technology Review, c’est même une nouvelle forme de censure qui s’établit sous nos yeux : « on comprend généralement la censure comme le fait de bloquer l’accès à l’information, mais c’est une conception très limitée, très XXème siècle de la censure. Je la vois comme un détournement de l’attention à travers de multiples outils. Il est devenu très difficile de bloquer l’information de nos jours. Même dans les régimes autoritaires, les citoyens parviennent à contourner la censure. Mais nous n’avons pas d’outils pour gérer la désinformation. »

Une analyse qui fait écho à l’ère de la post-vérité et à la récente explosion des fausses informations sur nos réseaux sociaux. Car il aurait été bien naïf de croire que ce phénomène s’arrêterait aux frontières des régimes autoritaires. Bien au contraire, il semblerait que la désinformation et le divertissement à outrance soient en passe de devenir les nouveaux instruments de soft power de ceux qui cherchent à déstabiliser nos démocraties…

La preuve que la découvrabilité n’est pas qu’un enjeu pour les éditeurs et créateurs en tout genre – et que c’est aussi une problématique bien plus profonde : celle de réussir, malgré la toute-puissance du web algorithmique et de l’internet prédictif, à éclater nos bulles de filtres et à s’extirper du bruit permanent pour faire l’effort de découvrir de nouveaux contenus et de se confronter à d’autres visions du monde que la nôtre.

Eclatez votre bulle de filtre !

Mais le web n’est pas condamné à être un vase clos, et les algorithmes, comme toute technologie, ne sont pas intrinsèquement bons ou mauvais : leur influence dépend avant tout de l’usage que l’on en fait. Et, on l’a vu, l’enjeu ici est vaste : course au clic, exploitation de nos faiblesses psychologiques, crise de l’attention, bulle de filtre, influence sur la conception-même des œuvres… L’ère de la surabondance charrie avec elle un grand nombre de problématiques inédites pour nos jeunes démocraties numériques. Mais une fois le constat dressé, quelles solutions envisager ? Nous avons imaginé pour vous quelques pistes de réflexion.

1DÉVELOPPER LES TECHNOLOGIES D’INDEXATION FINE

On l’a évoquée plusieurs fois dans cet article : l’indexation est au cœur du problème de la découvrabilité. Pour favoriser la découverte de nouveaux contenus, la clé sera de parvenir à construire des bases de métadonnées exploitables et surtout inter-opérables (c’est-à-dire capables de fonctionner les unes avec les autres sans problème de compatibilité). Ne pas négliger non plus la qualité des données associées (dans le cas d’un film par exemple, les bande-annonces, les informations sur le casting…). Et, bien sûr, exploiter les nouvelles possibilités de l’intelligence artificielle en matière d’analyse fine des contenus (indexation du contenu des scènes de films, des lieux, des détails de l’intrigue…) et de génération automatique de résumés, pour prévenir le phénomène « TL ;DR » (too long, didn’t read) qui décourage de nombreux internautes à se lancer dans la lecture de contenus longs.

2TRANSFORMER L’ARCHITECTURE DE NAVIGATION

A l’heure de la surabondance, les parcours utilisateurs hérités des médias traditionnels ne sont plus pertinents. Plus aucun téléspectateur ne se donne la peine de zapper sur les 300 chaînes de son bouquet pour choisir quoi regarder. Et plus aucun internaute (ou presque) ne passe par la page d’accueil de BuzzFeed pour consommer du contenu BuzzFeed. Nous sommes à l’ère des contenus distribués et si les éditeurs veulent favoriser la découvrabilité de leur offre, il leur revient de proposer une nouvelle architecture de navigation.

Certains médias comme NowThis aux Etats-Unis, Brut ou Explicite en France l’ont bien compris, et ne proposent plus que des contenus « social media only ». D’autres plateformes, comme YouTube ou Netflix, ne proposent pas une page d’accueil standardisée mais un portail personnalisé compilant dernières publications des créateurs et séries que l’on suit, dernières tendances et recommandations personnalisées. Car aujourd’hui, le public n’a plus une relation privilégiée avec les éditeurs, mais avec les plateformes qui lui distribuent le contenu !

3INJECTER DE L’IA DANS LES MOTEURS DE RECHERCHE

Avec l’avènement des bots conversationnels et des assistants vocaux, le « search » traditionnel a pris un gros coup de vieux. Et c’est plutôt une bonne nouvelle pour la découvrabilité des contenus, car en recourant à une intelligence artificielle apprenante, probabiliste et maîtrisant notre langage naturel, les Alexa, Assistant et autres Siri sont capables de décrypter bien plus finement nos requêtes, de prendre en compte le contexte dans lequel elles sont formulées et donc de mieux y répondre.

Les progrès de l’IA en matière de reconnaissance vocale et visuelle devraient également contribuer à l’entrée dans la nouvelle ère du search. Shazam a déjà révolutionné votre manière de découvrir la musique ? Essayez donc Blippar, moteur de recherche en réalité augmentée qui vous permet d’identifier les objets autour de vous, ou encore Magnus, qui reconnaît pour vous les œuvres d’art qui vous entourent. C’est aussi cela, la découvrabilité : ne plus passer des heures à chercher un objet ou un tableau sur Google avec des mots-clés approximatifs, mais les identifier facilement grâce à l’intelligence artificielle.

4PROPOSER DE NOUVELLES MISES EN SCÈNE DE L’INFO

En 2017, l’expérience utilisateur est au moins aussi importante que le contenu lui-même. Votre article aura beau être passionnant, ce sont avant tout l’ergonomie de son interface, sa rapidité de chargement et l’esthétisme de sa présentation qui attireront les lecteurs et les pousseront à cliquer sur votre titre plutôt qu’un autre. Alors pour donner à vos contenus toutes les chances de rencontrer le succès qu’ils méritent, ne négligez pas la mise en scène !

Récemment, le Huffington Post a par exemple lancé The Flipside, pour comparer les différents traitements des mêmes sujets par les médias selon leur orientation politique. Pour cela, le HuffPost a choisi de présenter l’info sous forme de matrice pour la contextualiser et la jauger selon plusieurs variables (ici, selon le positionnement plutôt libéral ou conservateur du média ainsi que sa fiabilité). Une représentation graphique et contextuelle qui apporte une dimension plus ludique et donc plus engageante pour les internautes.

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La mise en scène de l’info peut aussi passer l’éditorialisation de contenus, comme le fait Franceinfo avec les archives de l’INA, auxquelles elle recourt pour mettre en perspective les sujets d’actualité, les recontextualiser et leur apporter un nouvel éclairage.

Voici donc là quelques pistes pour les éditeurs qui souhaiteraient échapper à la toute-puissance des algorithmes. Reste une solution qui pourrait bien régler une fois pour toute le problème de la découvrabilité : réintroduire du hasard à travers des algorithmes aléatoires. En somme, utiliser les algorithmes pour combattre la bulle de filtres qu’ils ont eux-mêmes créée. Car les algorithmes sont capables de nous scruter, nous analyser et nous profiler, certes. Mais ils sont aussi capables, si on le leur demande, de réintroduire de la sérendipité dans nos pérégrinations numériques. Finalement, c’est peut-être juste cela qui manque à YouTube, Facebook, Spotify et consorts : un mode aléatoire, qui nous permettrait de découvrir des contenus vraiment nouveaux.

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Avec l’aide précieuse de Gautier Roos, chargé d’édition numérique pour Méta-Media

Cet article figurera le prochain Cahier de tendances Méta-Media, qui sera disponible gratuitement sur le blog en juin.

« Tous Fact-Checkeurs » : chiffres trompeurs

Ultime volet de « Tous Fact-Checkeurs », notre guide vidéo des bonnes pratiques face à la désinformation, en collaboration avec Rue 89 Mooc et Le Monde.

Partons d’un constat simple : on peut faire dire à peu près tout et n’importe quoi à un graphique, pour peu qu’on sache manipuler les chiffres. Année de référence savamment choisie, légendes biaisées, données volontairement imprécises : les cas de figure ne manquent pas pour les truquistes (et fumistes) en tout genre.

Heureusement, quelques réflexes et calculs rudimentaires permettent de ne pas se laisser tromper. Un guide à connaître par coeur à l’heure où les courbes et les statistiques sont aujourd’hui des éléments prépondérants dans la mise en scène de l’info :

« Tous Fact-Checkeurs » : photos chocs, infos fake

Sixième et avant-dernier volet de notre opération « Tous Fact-Checkeurs », en partenariat avec Rue 89 Mooc et Le Monde, avec aujourd’hui une série de bons gestes à déployer pour comprendre le contexte des photos qui circulent sur le web.

L’AFP et les rédactions traditionnelles ont perdu le monopole de l’information : aujourd’hui, chacun produit de l’info, pour peu qu’il soit muni d’un smartphone et d’une connexion pas trop délétère.

Cette nouvelle donne est une chance autant qu’une menace : d’un côté, trafiquer une photo n’a jamais été aussi facile, de l’autre, les outils de vérification deviennent eux aussi plus faciles d’accès.

L’esprit critique reste d’ailleurs le meilleur d’entre eux ! Alors, quelles sont les questions à se poser pour s’assurer que la photo que vous avez sous les yeux n’a pas été truquée ou sortie de son contexte ?