En 2016, Paris sera t-elle une smart city ?

Par Clara Schmelck, journaliste médias à Socialter, billet invité

En 2015, toutes les grandes capitales de la planète auront voulu être des smart cities. Si la notion renvoie à un objectif de ville « connectée » ou « verte », à Paris, elle incarne plus fortement une culture de la citoyenneté retrouvée à travers une utilisation  collective, créative et réfléchie du numérique.

Développement numérique

Smart City : ce mot-valise qui fut ultra-tendance en 2015, évoque une cité futuriste de l’ère du numérique, tirant partie des nouvelles technologies de l’information et de la communication. Une ville hyperconnectée est équipée de capteurs, de puces, de GPS, d’antennes, de caméras, de cellules, de domestique dans le mobilier urbain, les bâtiments, la chaussée, les moyens de transport, les arbres. Chaque objet, dès lors « intelligent », peut communiquer, produire et échanger des données, renseigner le big data de la ville. Stockées, croisées et valorisées, ces informations entraîneraient une amélioration de la vie quotidienne des citadins, qui y accèdent via mobile, tout en rationalisant les coups en terme de consommation d’énergie, en accompagnant la transition écologique et en développant la démocratie participative.

L’échelle de la municipalité est la plus pertinente en terme de démocratie locale participative. « Plus près des problèmes qui affectent la planète et sa population, les villes sont tenues d’y répondre plus vite que les États. Elles ont ainsi l’occasion d’apporter des remèdes immédiatement opérationnels et efficaces. », notait un observateur lors du forum Smart City du Grand Paris organisé par le quotidien La Tribune fin novembre à Paris.

Selon un sondage de l’Observatoire des politiques publiques, réalisé par l’Ifop pour EY et Acteurs publics en septembre 2015, le développement numérique constitue « un enjeu central pour la ville de demain ». Près de huit Français sur dix jugent important ou prioritaire le développement numérique des villes. La réduction de la dépense publique et l’amélioration de la sécurité arrivent en tête des priorités assignées aux « villes intelligentes ». Autrement dit, l’idée de ville intelligente redynamise l’espoir d’une citoyenneté de proximité qui rime avec efficacité et participativité.

Culture de la démocratie

Lors du Conseil de Paris des 26 et 27 mai 2015, la municipalité s’est dotée d’un « Plan stratégique pour la ville intelligente et durable – perspective 2020 et au-delà » qui n’a rien d’un calendrier des bonnes intentions. Pour devenir « smart-friendly », Paris sait qu’elle doit être capable d’inscrire en synergie les acteurs essentiels, et que l’Etat lui en donne les moyens en impulsant des dispositifs de soutien à l’économie numérique tels que la labellisation French Tech dans 13 métropoles françaises, ou encore la création d’un volet « innovation urbaine » au titre du Programme d’investissements d’avenir (PIA), l’État a résolument rompu avec la pratique du saupoudrage des crédits. Par ailleurs, la mission Étalab a permis d’ouvrir d’un portail de données publiques qui réunit progressivement l’ensemble des acteurs publics, y compris territoriaux – ce que l’initiative locale, non standardisée, n’avait pas permis de faire éclore.

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Au Forum Smart City du Grand Paris, l’édile Anne Hidalgo a dessiné  une ville « ouverte », avec « l’humain au cœur du dispositif », « connectée » et ingénieuse », dont l’intelligence collective est une matrice d’idées, d’initiatives et de solutions. A l’appui : les plans de Jean-Louis Missika,  adjoint à la mairie de Paris en charge de l’urbanisme, de l’architecture, du Grand Paris, du développement économique et de l’attractivité. Il planifie que d’ici à 2020, toutes les livraisons, la logistique dernier kilomètre, se feront à pied, à vélo ou en véhicule électrique. Grâce aux données bien utilisées, la logistique fluviale et ferroviaire va beaucoup se développer. Les nouveaux bâtiments et quartiers seront intelligents. Missika en veut pour preuve les smart grids, ou compteurs intelligents, qui télérelèvent tous les compteurs d’eau, ou  encore les 100.000 arbres parisiens dotés d’une puce permettant des cartographie utiles pour la végétalisation annoncée ou le développement de l’agriculture urbaine.

En réconciliant théorie et pratique, tâches administratives et actions efficaces sur le terrain, la « ville intelligente » à la parisienne porte le projet de donner maturité à la démocratie en la libérant de ses deux maladies infantiles que sont, d’une part, la bureaucratie et de l’autre, la rhétorique populiste.

L’idée parisienne de smart city ne consiste pas dans le fait de doter la ville de dispositifs technologiques et de créer des compétences assorties, mais d’orienter la démocratie locale dans le sens du progrès.

D’où l’insistance avec laquelle acteurs politiques et chercheurs s’emploient à replacer la notion de smart city dans la perspective de la culture. Comme l’a rappelé Milad Doueihi, professeur à l’Université de Paris Sorbonne, lors du Forum Smart city du Grand Paris, il est impérieux de « penser l’avenir des sociétés numériques avec les outils de nos traditions humanistes » est indispensable pour « comprendre les mutations que le numérique apporte dans nos regards sur les objets, les relations et les valeurs ».

Penser le futur

On le voit, les programmes de smart city déploient une vision séduisante du futur, assimilé à un champ illimité de possibles positifs et heureux  : le développement économique et les nouveaux écosystèmes de startup, le développement de la mobilité des citoyens, les projets innovants dans le secteur de l’énergie pour soutenir le développement durable, et les e-services pour développer l’e-administration.

Paris en 2050 imaginé par Vincent Callebaut

Bien que co-construction, collaboration et partenariats soient autant de mots-clefs pour les acteurs de la smart city, ces intentions ne sont pourtant pas aisées à mettre en application, car elles soulèvent de multiples questions en termes d’organisation, de gouvernance et de partage de la valeur. Par exemple, faut-il un guichet unique pour interagir avec la ville ? Quelle entreprise d’un groupement est la plus légitime pour assurer le rôle d’intégrateur selon les projets ? Qui est le propriétaire de la donnée collectée et comment assurer sa potentielle monétisation ? Et, pour l’instant, le nombre de retours d’expérience est faible.

Open Data : la ville ouverte

Dans sa vision de l’intelligence, Paris semble s’inspirer de sa soeur jumelle New York, avec son service « NYC Open Data » qui a pour vocation de rassembler et d’exploiter la richesse des données publiques produites par divers organismes de New York et d’autres organisations de la ville, et de les mettre à la disposition du public. Le site de la mairie de New York décrit ainsi l’Open Data comme l’invention d’un trésor public contemporain. Ce catalogue, fonds sans fond, offre « un accès à un référentiel d’ensembles de données lisibles par tous les citoyens » . N’importe qui peut utiliser ces ensembles de données pour participer à son tour à la recherche de data, voire à la création d’applications. « La data, c’est un service public qui va dans les deux sens », nous explique un représentant de la mairie de New York, qui voit dans l’Open Data une technologie propice à l‘instauration de rapports horizontaux entre citoyens et administrateurs de la ville.

NY Open Data

Le risque pour les acteurs publics aussi bien que pour les entreprises est de faire de l’open data, nerf de la smart city, un sésame qui permettait de faire l’économie de toute réflexion critique sur la tension entre les nouvelles technologies et les humains qui sont les citoyens des villes.

Il convient tout d’abord garder à l’esprit que le mot « open data » reste très ouvert. Vocable dérivé du big data, il désigne l’exploitation des données des citoyens par les Etats à des fins civiques, apprend t-on sur le site du Sénat de la République Française. Toujours est-il que ces données publiques sont souvent « mélangées » aux données anonymisées traitées par les entreprises. La question de la protection des données personnelles ne peut donc être évacuée d’un élan d’enthousiasme.

Vision technocentriste ?

« Nous sommes en pleine vision technocentriste » avertit Francis Pisani, journaliste et spécialiste des villes intelligentes. Dans son ouvrage Voyage dans les villes intelligentes : entre datapolis et participolis, il explique qu’il est important de passer du stade de la datapolis à celui de la participolis, qui repose sur les humains et leur participation au design et à la gestion des villes.

En prenant des exemples de métropoles dans le monde entier, il démontre comment la vraie intelligence des villes se trouve dans la « tension productive » entre big data et recours massif aux ordinateurs d’un côté avec, de l’autre la participation citoyenne, elle aussi facilitée par le recours aux nouvelles technologies de l’information et de la communication. Ainsi, Oxford Flood Network, cité par Francis Pisani, est un réseau construit par les citoyens pour détecter les niveaux d’eau dans et autour d’Oxford et fournir des données hyper-locales sur les inondations utilisables par les entreprises aussi bien que par les citoyens.

La question de la participation pose en même temps celle de l’usage. Pour l’instant, acteurs publics et privés, chercheurs, journalistes, architectes… présentent des projets et construisent des discours partent en partant du postulat d’une ville vécue de la même manière pour tous, sans se demander qui sera l’usager de la ville intelligente, ni quelles typologies des usages de la ville intelligente pourraient être opérantes. Celle-ci représentera-telle un progrès social en faveur d’une « e-démocratie » globale ou une boîte à outils réservée à une élite « numérique » ? La ville intelligente pose ainsi en lame de fond des questions d’égalité dont les collectivités seront obligées de se saisir, notamment sur le plan juridique.  A l’heure où les grandes capitales se revendiquent smart cities, l’intelligence commune n’a jamais été autant mise à l’épreuve.

Lectures : nos recommandations pour cet hiver

Nos recommandations de lecture pour mieux apprécier le monde qui vient…

The News – A user’s manual, Alain de Botton

Pour Alain de Botton, le torrent d’informations auquel nous sommes confrontés chaque jour impacterait considérablement ce qui compte à nos yeux et de ce fait la façon dont nous conduirions nos vies. Pour nous encourager à mieux s’approprier ce contenu, l’auteur choisit 25 poncifs de l’information et, par une analyse approfondie, les déconstruit.

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L’image partagée – La photographie numérique, André Gunthert

La conversion à l’image numérique constitue tant une révolution technique qu’un phénomène social, car elle fait partie des mutations qui ont transformé en profondeur nos pratiques et notre perception du monde. Cet ouvrage offre une première histoire de ce basculement encore récent afin de mieux comprendre cette image dématerialisée, sa place et ses fonctions d’expression, de communication et de socialisation.

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Expérience utilisateur mobile – UX Design pour smartphones et tablettes, Amélie Boucher

Amélie Boucher, spécialiste de l’architecture de l’information et de l’expérience utilisateur décrypte dans cet ouvrage illustré les codes de l’UX à travers plus de 600 cas pratiques. Un indispensable pour tous les concepteurs de services mobiles.

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Data journalism –  Inside the global future, Tom Felle, John Mair, Damian Radcliffe

Le data journalisme se développe à vitesse grand V ; pourtant jusqu’ici peu d’essais ont été consacrés au sujet. Celui-ci propose de définir ce nouveau savoir-faire grâce à des interviews de data journalistes qui partagent leur vision du métier et une partie consacrée à la data visualisation. On y trouve aussi des conseils pour développer ses propres compétences dans le domaine.

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What to think about machines that think, John Brockman

L’intelligence artificielle est-elle une menace ou une opportunité ? Pour certains, dont Stephen Hawking, son aboutissement peut mener à la fin de l’espèce humaine. Pour d’autres elle développera positivement et considérablement les capacités humaines. Pour apporter d’autres points de vue à cette complexe question, John Brockman interroge dans cet ouvrage d’éminents scientifiques, philosophes et artistes.

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Constructive News, Ulrik Haagerup

Dans cet ouvrage, le journaliste Ulrik Haagerup examine les effets de certains traitements médiatiques sur le débat public, les citoyens, la démocratie et la presse elle-même. Il constitue à cet égard une réflexion intéressante : mise en garde à destination du monde médiatique et inspiration pour le futur du journalisme.

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Value proposition design, Alex Osterwalder, Yves Pigneur, Greg Bernarda, Alan Smith

Cet ouvrage expose quels sont les process et outils nécessaires pour créer des produits et services attrayants pour les consommateurs. Simple et illustré, il propose également des exercices pratiques et donne accès à une version en ligne proposant des PDF, checklists et exercices interactifs.

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Social Media at BBC News – The Re-Making of Crisis Reporting, Valerie Belair-Gagnon

Social Media at BBC News propose une étude empirique de la production d’informations à la BBC et montre comment l’émergence des médias sociaux au sein du groupe a non seulement reconfiguré la newsroom mais aussi créé une nouvelle logique médiatique.

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L’homme augmenté – Notre humanité en quête de sens, Fondation Telecom

Dans son dernier cahier, la Fondation Télécom de l’Institut Mines-Télécom partage les travaux de ses écoles en intelligence artificielle, robotique, santé et interface homme-machine ainsi que des réflexions éthiques, sociologiques, philosophiques, économiques et de droit qui en émergent.

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6 tendances visuelles pour 2016

Par Alice Pairo, France Télévisions, Direction de la prospective

Alors que 2016 approche, les tendances visuelles elles aussi se renouvellent et l’année promet d’être riche, hétéroclite et surprenante ! La banque d’images Getty Images, référence en la matière, en a retenu six. Elle les dévoile dans son cahier de tendances annuel « Creative in focus » et les a présenté lors d’un Webinar, durant lequel elle a exposé un panorama d’images regroupées sous les six thèmes phares de l’année à venir. Pour les déceler, la banque d’images a observé les productions récentes de la pop culture et de la publicité mais aussi des recherches effectuées sur le moteur de recherche de sa plateforme. A partir de ces tendances émergentes, Getty Images réalise des prédictions sur les futures tendances, celles qui parlent au public. Une mine d’or pour les marques.

L’outsider

Pour Getty Images, l’année 2016 marquera la consécration de l’outsider voire de l’anti-héro. Cette tendance qui célèbre la rébellion – du moins la différence – est déjà omniprésente dans le cinéma mais s’impose aussi dans le monde publicitaire, où l’irrévérence et l’anti-conformisme fonctionnent particulièrement bien, dénotant avec l’esprit mainstream de nombreuses campagnes. Le « weirdo » – ou marginal – est alors très recherché par les agences de mannequins à qui l’on demande des visages de caractère, qui sortent des canons de beauté classiques. « Very refreshing » selon Pamela Grossman co-auteure de ce classement.

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Mannequins de l’agence Ugly Models

Le divin

Le divin sera aussi une tendance forte de l’année à venir, un terme qui revêt un double sens pour la banque d’images : religieux bien sûr, mais aussi précieux. L’idée est celle de la quête de sens, dans une société où consommer est une fin en soi, donner un sens à ces actes d’achat constitue un message intéressant et différent. Consommer ne serait pas un acte superficiel mais une action qui nous permettrait de nous poser des questions de fond, de nous reconnecter avec notre environnement, avec nous-mêmes. Consommer devient un acte spirituel voire transcendantal. La dernière campagne d’UBS montre des caractères en position de contemplation et de réflexion. Les Apple Store à l’architecture intérieure aérienne et cristalline s’inscrivent aussi pleinement dans cette tendance. « Are Apple Stores the new temples ? » se demandait  il y a peu un journaliste d’Atlas Obscura…

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L’humain augmenté

Omniprésent dans les séries et le cinéma, l’homme augmenté fait désormais son apparition dans le monde de la pub. Employé pour promouvoir les wearables techs et autres objets bioniques, il est aussi devenu source d’inspiration pour des marques qui n’ont a priori rien à voir avec le secteur des nouvelles technologies. A l’image de la firme d’investissement Oppenheimer Funds et sa campagne « Invest in a beautiful world » qui présente un chien robot compagnon d’un petit garçon. Si les récits entourant les robots parlent souvent à notre anxiété collective et servent un discours alarmant voire moraliste, cette tendance s’inscrit au contraire dans une logique très positive, où les nouvelles technologies ne sont aucunement une menace mais bien une opportunité. La firme mise par exemple sur une relation de complicité forte et authentique entre robot et humain.

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Le disgracieux

Le bazar et le sale ne seraient plus laids ! Ils auraient même un fort potentiel esthétique pour Getty Images qui les range dans une catégorie nommée « messthetics ». Contre les images retouchées et  particulièrement policées, la banque d’images évoque une soif de différence, d’images qui représentent la réalité. Une réalité imparfaite donc. On n’hésite plus à plonger les caractères dans la fumée, dans la poussière ou dans la boue. Certains osent même le gore, comme le magazine Gather dont le gâteau aux myrtilles poignardé fait presque froid dans le dos. Les publicités alimentaires ont justement pris le virage du disgracieux, à l’image de la campagne d’Intermarché qui célèbre avec humour les fruits et légumes moches afin de lutter contre le gaspillage alimentaire.

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La solitude

L’esthétique de la solitude constitue pour Getty Images une autre des tendances à venir. L’idée est de montrer un élément, seul, dans un grand espace. L’élément isolé, situé dans le vide, attire l’attention. Les publicitaires ont souvent recours à cette esthétique de clarté et de simplicité qui permet de créer une tension autour de leur produit et ainsi de le mettre en valeur. La lecture de l’image se fait très rapidement, de même que le slogan qui – bénéficiant souvent d’un grand espace – se lit en un coup d’œil. Le terme « simplicity » qui a connu une croissance de + 2270% par rapport à l’année dernière sur le moteur de recherche de Getty Images témoigne de l’engouement autour de cette tendance.

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Le surréalisme

De plus en plus de campagnes font appel à la manipulation photo ayant pour résultats des images surréalistes. Elles évoquent le rêve, le bizarre et l’inconscient et nous mènent vers des univers inconnus et souvent très forts, où les possibilités de création sont extrêmement vastes. Le surréalisme est présent dans la publicité, notamment dans la mode avec la marque MSGM ou dans l’industrie automobile avec Volkswagen mais aussi dans les médias avec les publicités pour le journal chinois « The Standard » ou encore la très remarquée campagne plastique et absurde de MTV « Tagline Here ».

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Vidéo MTV « Tagline Here »

Management : 3 pistes pour doper la productivité grâce au numérique

Par Alice Pairo, France Télévisions

Qu’il redessine son organisation complète ou soit employé avec parcimonie, le numérique s’impose à l’entreprise si elle souhaite rester compétitive. Mais comment accompagner cette transformation ? 

Le sujet de l’innovation dans l’entreprise étant très vaste, nous retiendrons trois points abordés par les professionnels des nouvelles technologies et des ressources humaines réunis récemment au Hubday – Future of Work : la formation au digital, l’environnement de l’entreprise et l’employé.  Trois domaines où le numérique a beaucoup à apporter…

La formation : passage important de la transition  numérique

En matière de méthodes d’apprentissage, le numérique a donné naissance à de nouveaux formats. L’e-learning a fait apparaître dès 2012 les MOOCs (pour Massive Open Online Course) qui offrent à chacun la possibilité d’apprendre sur n’importe quel sujet. Ces cours en ligne interactifs forment aujourd’hui 37% de la population digitale selon Thierry Curiale, Open collaborative learning & corporate learning experience program director chez Orange.

Les MOOCs ont donc été adoptés dans le monde de l’entreprise pour former les employés (on parle alors de COOC pour Corporate Open Online Course ou de SPOC pour Small Private Online Courses). Et notamment par un acteur majeur de la transformation numérique: La Poste.

Cet établissement historique (créée en 1576) constitue un exemple intéressant de remise en question face au numérique. Elle a d’ailleurs reçu le prix d’ « Entreprise digitale de l’année » lors des derniers Trophées des Industries Numériques. Ses transformations ne se résument pas au smartphone dont sont munis les postiers et qui remplacent leur sacoche (95.000 postiers équipés de smartphone professionnel dans leur quotidien). Il suffit de se rendre dans la rubrique Innovation du site de l’entreprise pour s’apercevoir des multiples projets lancés.

image001Capture d’écran du site Internet de La Poste rubrique Innovation

Comme l’a expliqué Nicolas Jouanneaud, Directeur de la Formation du groupe La Postepour parvenir à la transformation digitale que l’entreprise ambitionne d’opérer, il est crucial de passer par la phase de formation. Une formation à destination de tous les collaborateurs de l’entreprise, dans laquelle sont proposées « les connaissances de base et compétences de premier niveau » pour « comprendre le numérique à La Poste ».

Mais aussi une plateforme de vidéos en ligne ayant pour objectif de « faire comprendre le digitale dans la société à la fois en tant que collaborateur et citoyen et en tant que consommateur ». C’est dans le cadre de cette offre que des « formats innovants que sont les MOOC, les COOC, les SPOC » ont été proposés.  Avec par exemple, un premier COOC sur l’utilisation du numérique au quotidien.

Et pour ceux qui préféreraient le contact humain, les transformations digitales des entreprises ont fait apparaître le concept du « reverse mentoring ». Il consiste en la création de relations intergénérationnelles entre les novices du numérique et les jeunes entrants dans l’entreprise – pour la plupart issus de la Génération Y – afin que ces premiers bénéficient de leur aide. Une méthode testée par GDF Suez sur une dizaine de managers l’an passé comme on pouvait le lire dans l’article « Le numérique transforme les pratiques de management » du monde.fr. Testé et approuvé visiblement, puisque l’entreprise prévoyait de poursuivre le développement pour que « les geeks forment les seniors ».

 L’environnement au cœur de la transformation numérique

« La transformation digitale et l’évolution du travail passe aussi par l’optimisation de l’espace de travail » peut-on lire sur le site internet du Hubday. Plusieurs interventions ont permis d’en prendre la mesure. Frédéric Bedin, Président du groupe Hopscotch (agence de relations publiques, événementiel et social marketing) a souligné l’importance du « space planning ».

Il explique : « nos anciens bureaux ont été conçus quand un ordinateur pesait 80 kg et qu’on était relié à un mur par un fil, l’endroit où l’on travaillait était déterminé par le fil […] vous étiez accrochés au téléphone comme les chiens dans les chenils, on ne se parlait pas bien, on s’envoyait des emails de bureau à bureau ». Puis l’entreprise a opéré un changement radical : des ordinateurs portables et des espaces entièrement redessinés. Les employés peuvent ainsi travailler où ils veulent et à proximité (ou à distance) de qui ils veulent. Une liberté dans l’espace qui impacte considérablement les méthodes de travail – qui deviennent plus collaboratives –  et par conséquent la productivité de l’entreprise.

Autre proposition basée sur la mobilité qui peut paraître au premier égard fantaisiste pourrait elle aussi améliorer la compétitivité des entreprises : un walking desk « Activ’up » présenté par Marc Thouvenin permet d’être mobile tout en restant à son poste de travail.  Le principe est simple: travailler et faire de l’exercice en même temps, grâce à un objet hybride entre le tapis de marche et le bureau ! Les effets seraient multiples :

Si vous êtes dubitatifs, Marc Thouvenin saura peut-être vous convaincre avec l’argument suivant : Steve Jobs était un adepte de la marche, il faisait toutes ses réunions stratégiques en marchant dans la rue, avec ses associés.

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Image extraite du site d’ActivUp, bureau tapis de marche Lifespan TR1200 DT7

Le bien-être comme clé du succès

Et l’avis des employés dans tout cela ? Julien Hagège, Responsable des Partenariats et Comptes Stratégiques chez Dropbox a rappelé lors de son intervention l’importance de l’état d’esprit des employés dans la réussite de la transformation digitale de l’entreprise. Les résultats d’une étude TNS commandée par Dropbox (réalisé sur 2 000 personnes en Australie, Japon, Etats-Unis et Europe) montre comment un choix technologique fait par les employés eux-mêmes permet d’accélérer la collaboration et d’augmenter le bien-être. Ce que Julien Hagège appelle  « le bien-être technologique ».

Pour lui, on assiste à une nouvelle organisation du travail, basée sur trois tendances: la mobilité (accès illimité et télétravail), la collaboration au-delà de son équipe et l’utilisation de nouveaux outils pour les employés. Ces nouvelles méthodes peuvent être perçues comme source de complexité. Dans l’étude par exemple, 6 sondés sur 10 déclarent rencontrer des obstacles bloquant à la collaboration (échanger des données en dehors de l’entreprise : 49%, travailler sur plusieurs devices : 48%, travailler ensemble sur un même document en temps réel : 60%)

L’objectif de Dropbox avec cette étude est de proposer des réponses à ces obstacles. La solution : « partir du choix des employés ». L’étude montre en effet que lorsque l’entreprise laisse davantage de liberté aux employés, ils sont deux fois plus nombreux à déclarer travailler en équipe (de 26 à 55%). Le nombre de personnes déclarant  ne plus avoir d’obstacles à la collaboration est lui aussi multiplié par deux (de 39 à 82%)

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Et ce n’est pas tout ! Pour Julien Hagège, des bénéfices sont aussi à attendre en terme d’amélioration de la qualité du rendu et donc de productivité. « Naturellement, un salarié va choisir l’outil qui répond vraiment à son besoin et résout son problème, c’est aussi une simplification du quotidien, de sa façon de travailler, on adopte naturellement un outil facile à utiliser » précise-t-il. De cette simplification et des résultats qu’elle implique en terme de qualité de travail apparaîtra un plus grand bien-être qui se traduit par un meilleur moral des employés. Un cercle vertueux!

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Mais Julien Hagège nous rappelle qu’ « il y a encore un peu de chemin à parcourir ». Une étude de Roland Berger réalisée l’année dernière montre que seules 19% des entreprises avaient inclus dans leur programme de transformation digitale l’avis des employés…

Tendances 2016 : face aux vagues de flux, la tentation du repli sur soi (Ipsos)

Par Barbara Chazelle, France Télévisions, Direction de la Prospective

Après une période de « blurring » en 2014, caractérisée par l’effondrement des cadres et le brouillage des repères à l’échelle mondiale, 2015 fut marquée par l’entrée dans « l’âge du faire », selon Ipsos. A la fois propulsé et entraîné vers le fond par les possibilités technologiques, l’individu a appris, a expérimenté dans un monde aussi dangereux que riche en nouveaux usages et opportunités de changement.

L’édition 2016 du Trend Observer d’Ipsos, intitulé « La vague et la digue » montre comment les individus, mais aussi les marques, tentent de faire face aux vagues de flux qui ont tendance à nous submerger, au sentiment d’intensification de l’environnement extérieur, sur tous les plans.

Deux attitudes possibles : se laisser porter, surfer sur cette vague ou au contraire, bloquer, résister, construire une digue. Après l’âge de l’expérimentation, le temps est à la prise de distance et au discernement des opportunités mais aussi des risques de ce monde où les barrières tombent les unes après les autres, de ce nouvel environnement exigeant, submergeant et parfois anxiogène. Bref, on se pose des questions.

Et cela amène de nouveaux usages, de nouveaux comportements.

« À l’aube de 2016, dans un contexte particulièrement chaotique, le besoin de se recentrer et de construire des systèmes personnels de gestion du monde extérieur devient vital. En défense (repli) ou en attaque (agilité), on tente tout à la fois de ne pas se faire emporter dans la déferlante moderne, et de trouver puis garder son cap », décrypte Thibaut Nguyen, Directeur Trends & Prospective, Ipsos Public Affairs.

L’étude Trend Observer identifie 5 mécanismes qui témoignent de cette volonté de se préserver, mais aussi de s’accomplir individuellement, et de trouver du sens. 

 

1Accomplir sa mission : la détermination de son activité

 

La détermination de son activité s’accompagne d’une quête de sens. Nous ne sommes plus dans le « faire pour faire », dans l’expérimentation. Désormais, on fait pour accomplir, pour s’accomplir même, et construire son projet de vie.

Pour cela, il est nécessaire de faire des choix et donc de renoncer à certains projets. Après les makers qui testaient, les « life-entrepreneurs » trouvent des applications concrètes. Les modèles des « trend setters » ne sont pas des stars mais des gens qui accomplissent, à l’instar de Béa Johnson, auteur de Zero Déchet, Sheryl Sandberg, l’actuelle directrice des opérations de Facebook ou Steve Jobs.

Le calendrier 2016 de Pirelli, en choisissant de photographier cette année (parfois totalement habillées) des femmes qui ont réussi dans leur domaine de prédilection, s’inscrit totalement dans cette mouvance.

Patti Smith (Photo Pirelli)
Patti Smith (Photo Pirelli)

« Les débats de positionnement sont aujourd’hui jugés stériles car ils ne portent pas sur la mission. Selon les créateurs de tendances par exemple, peu importe que Conchita Wurst soit un homme ou une femme ; ce qui compte c’est son talent » précise Thibaut Nguyen.

L’accomplissement de sa mission passe par la création de son story-telling personnel : il faut raconter son aventure, laisser sa trace. Tout en revendiquant son autonomie : aucune allégeance, pas de norme. Eviter à tout prix que le projet ne soit récupéré. Pour cela, les individus se doivent de maîtriser les outils technologiques, nullement reniés, mais sélectionnés dans un but précis.

Ce que ça veut dire pour les marques

Dans ce contexte, les marques doivent développer leur constance, devenir un partenaire presque B2B au service des missions de vie de ses clients. La (ou les) personne(s) derrières la marque sont plus que jamais un gage d’incarnation et de passion. Les marques doivent savoir répondre à une double exigence : offrir des produits/services d’une qualité professionnelle (GoPro est un bon exemple de cette tendance) mais aussi un supplément d’âme qui donne du sens.

 

2Mettre des filtres : la volonté de se créer un sas

La menace d’être submergé oblige les individus à faire le tri, à séparer le bienfaisant du nocif dans les flux virtuels ou réels (terrorisme, pollution, bruit numérique…) et donc à les maîtriser afin d’être en mesure de traiter de plus en plus de données en un temps limité. Le processus de sélection se professionnalise : les individus deviennent leur propre directeur de la communication, avec une stratégie multicanal réfléchie (on ne partage plus tout à tout le monde sur toutes les plateformes). On choisit des sélectionneurs pour se créer un flux personnel et l’on remet des barrières pour protéger sa vie privée.

Dans la sphère physique aussi, on constate l’apparition de filtre, notamment dans les pratiques alimentaires : le « sans » est à l’honneur, tendance au « clean eating » et au « spititual food » avec l’idée que si c’est bon pour le corps, c’est bien aussi pour l’âme.

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Ce que ça veut dire pour les marques

Les marques doivent apprendre à s’insérer dans ces flux personnels.

Selon Thibaut Nguyen « comprendre le flux de son client est essentiel pour se présenter au bon moment »

Par ailleurs, la devise du « less is more », avec des gammes courtes et des produits épurés répond à ce besoin de sélection.

 

3Eprouver le réel : la revalorisation de l’interaction physique directe

Alors même que le temps physique se raréfie, on assiste à sa revalorisation. Les individus éprouvent le besoin d’être présent à 100% durant ces moments d’interactions physiques directes.

« La rencontre physique devient un moment VIP » a déclaré Thibaut Nguyen.

Ainsi, on n’hésite plus (peut-être encore un peu) à s’offrir du temps de déconnexion et l’on va désormais dans un « non internet place » comme on allait dans un web café. Tous les sens sont mis à contribution et l’émotion, unité de communication la plus courte, non rhétorique, qui ne ment pas, est reine.

Le mot de l'année 2015 : l'emoji qui rit aux larmes (Oxford Dictionaries)
Le mot de l’année 2015 : l’emoji qui rit aux larmes (Oxford Dictionaries)

Ce que ça veut dire pour les marques

Les marques doivent s’adapter à l’ère du phygital, élaborer une signature émotionnelle, soigner les interactions physiques en point de vente. Chaque moment IRL doit être aussi éphémère qu’unique.

Les deux dernières tendances n’ont pas été abordées en détail lors de la présentation qui a eu lieu cette semaine à Paris :

 

4Augmenter sa capacité : la volonté de se renforcer pour résister au monde extérieur

 

Il s’agit d’être « physiquement prêt » pour le meilleur ou pour le pire : activité sportive intensifiée, nouvelles pratiques alimentaires, mise en danger et « self testing » sont au rendez-vous en 2016.

 

5Trouver sa magie : le retour à une certaine essentialité

Comment trouver sa source d’inspiration, ce qui va me nourrir de l’intérieur afin de pouvoir combattre la superficialité du monde ?

Les individus nourrissent la volonté d’être aussi « riche » à l’intérieur qu’on est fort à l’extérieur.  La déferlante » au yoga, l’accent mis sur des produits inspirants qui proposent une histoire ou des « rituels » amorcent le basculement d’une consommation désordonnée et expérimentale vers une consommation plus recentrée selon Ipsos.

 

L’étude complète, qui reprend les 5 tendances, leurs conséquences pour les marques mais aussi un regard nuancé par zone géographique (USA, Japon, Europe) sera disponible en février.

Plaidoyer pour le journalisme mobile

Par Nicolas Becquet, journaliste, formateur et responsable des supports numériques de L’Echo. Billet invité

La couverture médiatique post-attentats a mis en lumière ce qu’on savait déjà et depuis longtemps: les smartphones permettent de capter un événement en temps réel et sous tous les angles. Autre confirmation, les journalistes sont à la traîne, voire absents de cette révolution de la production légère en mobilité, pourtant si prometteuse.

Si dans les rédactions, il y a un consensus sur la nécessité de choyer les « mobinautes », toujours plus nombreux et parfois majoritaires dans l’audience des sites d’info, il en est tout autrement de la production d’information en mobilité, avec un smartphone ou une tablette.

Il y a quatre ans, vouloir tourner et monter une vidéo avec son téléphone relevait de l’expérimentation hasardeuse. Aujourd’hui, les progrès techniques ont totalement changé la donne. Puissance de calcul décuplée, réseau 4G, vidéo full HD voire 4K, autonomie en progression, applications sophistiquées se rapprochant des standards professionnels, formats sur-mesure pour la diffusion sur supports mobiles, etc.

Avec un minimum de préparation, tourner, monter ou diffuser une vidéo en direct est devenu un jeu d’enfant. Pourtant, dans les médias francophones, la pratique relève encore de l’anecdote.

Parmi les exceptions, on compte Le Télégramme et Ouest France qui, dès 2011, ont introduit l’iPhone dans leur rédaction. Cet été, la  rédaction suisse Léman Bleu a tourné tous les sujets de ses JT à l’iPhone 6, une expérimentation jugée concluante. Et depuis cette année, Europe 1 créé ses vidéos avec un smartphone. La presse locale s’intéresse aussi aux outils légers pour couvrir des événements sportifs ou des faits divers. Enfin, via Circom, l’association qui regroupe l’ensemble des télévisions régionales publiques en Europe, certaines chaînes forment leurs journalistes.

Le Master Journalisme et médias numériques de Metz ou l’Institut Pratique du Journalisme (IPJ) ont également franchi le pas en dispensant des ateliers MoJo (Mobile Journalism). Un mouvement suivi par certains Clubs de la presse en France et en Belgique qui forment des indépendants et des pigistes soucieux d’enrichir leur offre de contenu tout en multipliant les sources de revenus. Rue89, de son côté, a produit un cours en ligne (Mooc) très convaincant et intitulé Ecrire et produire une vidéo: les nouveaux formats web et mobile.

Les formateurs, qui se comptent sur les doigts d’une main, multiplient les ateliers, tout média confondu. Le développement de la vidéo occupe une bonne place parmi les priorités stratégiques des médias, mais comme pour tout processus de formation, si le fonctionnement des rédactions ne s’adapte pas aux nouvelles pratiques, les usages ne décolleront pas et resteront réservés à quelques journalistes-bidouilleurs.

Si vous êtes sceptique sur le potentiel du journalisme mobile, l’expérience proposée par la Radio Télévision Suisse avec son projet Exils fournit un cas d’étude convaincant. Un journaliste suisse, Nicolae Schiau, a suivi cinq réfugiés de la frontière syrienne vers l’Europe. Muni d’un téléphone et d’une GoPro, il a raconté en temps réel son périple. Un usage inventif et immersif qui illustre parfaitement la philosophie du journalisme mobile.

Il faut également noter le travail de France 24 dans le domaine du journalisme mobile et notamment son utilisation de Periscope. Ces expérimentations sont intéressantes car elles ne consistent pas à reproduire le storytelling télé traditionnel, mais tentent de saisir les opportunités de la mobilité et du direct.

Le journaliste Julien Pain en a fait la preuve lors d’une conférence de presse de Vladimir Poutine à Moscou, début mi-décembre. Via Pericope et Twitter, il a interrogé plusieurs personnes (journalistes et citoyens) venues poser une question au chef du Kremlin. Culturellement éloignée, la réalité russe n’a jamais été aussi proche et vivante grâce à la spontanéité du direct. Julien Pain a également rencontré la femme d’un opposant, des enfants dans une classe et des “pro Putin hipsters”,… Ce carnet de voyage à travers Moscou en direct était inhabituel, excitant et intéressant à suivre.

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Sylvain Mornet, responsable du pôle vidéo de France 24, a aussi expérimenté le direct lors du ComicCon, à Paris, ainsi que pour la réouverture du Musée de l’Homme. Les séquences Periscope ne sont malheureusement plus disponibles, mais il est encore possible de consulter les vidéos Twitter comme celle-ci ou de lire ce cas d’étude dans la Social Newsroom Review (UER).

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BBC et RTE en tête

De l’autre côté de la Manche, on prend la question du journalisme mobile très au sérieux. En 2 ans, un millier de journalistes de la BBC et de la RTE (Télévision publique irlandaise) ont été formés à cette technique et 3.000 portables distribués. L’objectif affiché est de créer des reportages dotés d’une grammaire et d’une syntaxe adaptées aux usages mobiles, tant dans le processus de création que par les modalités de diffusion. La BBC a d’ailleurs créé une application dédiée pour collecter son, image et vidéo : Portable News Gathering.

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Porté par une poignée de journalistes, dont  Glen Mulcahy, Robb Montgomerry, Neal Augenstein ou Marc Settle,  Philip Bromwell, le MoJo a désormais son festival, le MoJoCon. Cette année, l’évènement a réuni journalistes, professionnels de la vidéo et start-ups développant applications et accessoires dédiés.

Aux Etats-Unis, la vidéo tournée au smartphone a connu une accélération en 2011, quand la rédaction du WSJ a conclu un partenariat avec la plateforme mobile Tout. Via une application dédiée, chaque journaliste peut envoyer un instantané vidéo de 20 secondes repris sur une page dédiée du site ou dans un article.

Périscope et les attentats parisiens

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Mais revenons à ce qui s’est passé le weekend du 13 novembre à Paris et l’appropriation de Périscope par les citoyens. Les « livestreaming » se sont multipliés aux quatre coins de la capitale, jusqu’à la traque dans Saint-Denis.  Les vidéos amateurs ont également été très nombreuses à être diffusées sur les chaînes de télévisions du monde entier, et parfois au prix fort.

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Sauf exception, comme la vidéo tournée par le journaliste allemande Philip Weber, les diffusions en direct sont l’œuvre de particuliers. Les images tremblent, elles sont tournées à la verticale et accompagnées de commentaires spontanés basés sur l’émotion. Autant de défauts rapidement gommés par l’opportunité offerte d’un accès instantané à une situation exceptionnelle en direct.

Au cœur de l’actualité, cette « instantanéité spectaculaire » prime sur toute autre considération et le public est au rendez-vous. Certains « périscopeurs », présents aux endroits symboliques comme la Place de la République, ont ainsi mobilisé plus de 2000 personnes issues du monde entier, par diffusion. Rémy Buisine, Mocktar Kane et Stéphane Hannache font partie des comptes les plus suivis vendredi soir.

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C’est ainsi que, depuis Bruxelles, je me suis retrouvé à suivre, par hasard, les « directs » d’une ancienne top-modèle reconvertie en blogueuse lifestyle qui « périscope depuis son balcon ». Pendant trois jours, Chantal Hoogvliet a utilisé son smartphone pour capter le recueillement, les minutes de silence et l’atmosphère post-attentats, donnant lieu à une troublante prise directe avec la réalité.

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Avec 81.531 abonnés, 700 internautes en moyenne par diffusion et 1.400 en replay, cette « périscopeuse » est parvenue à mobiliser une communauté impressionnante.

Depuis lors, Chantal Hoogvliet, comme les autres vidéastes d’un jour, sont retournés à leurs activités de base : retransmettre des couchers de soleil, leur séance shopping, etc. Le tout accompagné d’émoticônes colorés…

Mais, où sont les journalistes?

S’il est évident que face à des événements aussi tragiques que soudains, les rédactions avaient déjà fort à faire, mais il semble cependant urgent que les médias réfléchissent à ce type de dispositifs légers qui donne les opportunités suivantes:

Le potentiel immersif de la diffusion en direct couplé à une expertise et un savoir-faire journalistique offrent des perspectives impressionnantes pour la mise en récit de l’actualité. Le tout pour un coût modique.

Seul journaliste croisé sur Périscope, Pierre Monégier, de la rédaction d’Envoyé spécial. Il a notamment rediffusé en direct la minute de silence au Conseil de Paris, ainsi que certaines prises de paroles, mais toujours en se limitant à laisser tourner, sans ajouter de commentaire.

Périscope « à la papa »

Le paradoxe veut que l’application Périscope soit très utilisée par certaines rédactions, mais en intérieur, bien au chaud. Bref, en studio, avec une mobilité et une spontanéité toute marketing.

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Les bonnes pratiques marketing selon Periscope

Un usage d’une application potentiellement disruptive brisé par une approche traditionnelle calqué sur les modes de production classique (studio, rendez-vous à heure fixe, interview,…).

La vidéo, mais pas seulement

Le journalisme mobile ne se réduit évidemment pas à la vidéo en direct. L’approche multimédia prend tout son sens et offre la possibilité de mêler aisément texte, son et image depuis le terrain. Il existe une foule d’outils conçus pour produire, diffuser et consommer l’information en mobilité, à l’image de l’application Storehouse.

Les étudiants du Master Journalisme et médias numériques de Metz ont pu tester le temps d’une journée les possibilités offertes par le MoJo. Le résultat de cet atelier expérimental ouvre de belles perspectives, si l’on y applique le savoir-faire professionnel d’une rédaction.

Enrichissement d’articles, sujets produits sur le terrain, compléments web, les formats et les déclinaisons sont infinies. Mais si, comme pour l’émergence du « web » au sein des rédactions, on se contente de discourir sur l’importance du tournant numérique sans aligner les moyens pour le faire, il y a peu de chance pour le journalisme mobile puisse, un jour, livrer tout son potentiel.

Les outils sont disponibles

Tentés par le journalisme mobile ? Voici un kit de base, le kit iReporter, avec les applications et les accessoires nécessaires. Il s’agit d’une boîte à outils, légère et peu coûteuse, qui permet d’obtenir des résultats d’une qualité conforme aux standards du web.

Un smartphone ne remplacera jamais une caméra professionnelle, ni le savoir-faire d’un JRI aguerri, mais il sera d’une grande utilité à tout journaliste confronté à la nécessité de témoigner de ce qui se déroule devant lui.

Sur le site mediatype.be :

@NicolasBecquet

Social Media : 10 tendances pour 2016

Par Alice Pairo, France Télévisions, Direction de la Prospective

« Les médias sociaux continueront à occuper une place centrale » en 2016 dans la stratégie des marques pour l’année à venir, assure l’agence Kantar Media, qui a publié un livre blanc avec 10 des tendances « social media » pour 2016 : créativité des annonceurs, omniprésence de Facebook, nouvelles formes de push, micro-vidéos, ou le phygital seront autant de sujets qu’il faudra surveiller de près pour être au bon endroit, au bon moment, au bon format.

1La créativité des marketplaces

La Chine voit grandir l’influence de vendeurs d’un nouveau genre : sur les médias sociaux (WeChat, Taobao), ces vendeurs d’e-commerce élaborent désormais leur propre stratégie éditoriale pour promouvoir les produits qu’ils commercialisent.

Ils créent ainsi un nouveau média qui s’inscrit « hors du périmètre de contrôle de la marque » – qui doit donc être prudente – mais peut s’avérer être une grande réussite ! Pour vendre un rouge à lèvres Yves Saint Laurent, des revendeurs d’Alibaba ont ajouté les images d’une sitcom à succès à la publicité originale, l’ont diffusé sur les réseaux sociaux et ont fait exploser les ventes. Une tendance qui pourrait se développer en France, où les marketplaces ont généré un chiffre d’affaire de plus de deux milliards d’euros en 2014.

2L’omniprésence de Facebook

« Facebook n’est pas mort » assure Marie Dollé, responsable de la stratégie de contenu et du digital chez Kantar Media. Ce serait même tout le contraire, puisque 2016 devrait plus que jamais marquer l’année de son omniprésence. L’objectif du réseau social est de se transformer : à la fois « source d’information de référence » et « assistant virtuel », devenant ainsi essentiel pour l’utilisateur. Pour ce faire, Mark Zuckerberg entamera en 2016 une refonte de son centre de notifications – qu’il veut plus personnalisé – après une année 2015 axée sur la protection de ses utilisateurs (comme avec le Safety Check).

3Les stratégies de communication autour de la data

Employer sa data pour enrichir et inspirer la communication de sa marque ? Un certain nombre d’entreprises se sont déjà laissées tenter par ce nouvel emploi des données chiffrées.

Des communicants d’un nouveau genre ont alors vu le jour : les data storytellers. Leur fonction consiste à analyser les données internes de l’entreprise et en tirer le meilleur pour créer un contenu valorisant pour sa stratégie de communication. Si certaines marques s’en tiennent à une campagne, d’autres en ont fait une véritable stratégie publicitaire à l’image d’Amazon qui publie annuellement depuis deux ans son classement des 20 villes où l’on lit le plus de livres provenant de la plateforme.  L’association data – storytelling devrait connaître un développement considérable dans les années à venir selon Marie Dollé.

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Image: DA Blog « Data Storytelling, or the art of making numbers talk »

4La transformation des notifications push

Les push notifications, ces courts messages d’alerte reçus sur mobile via une application, d’abord employées par Facebook, le sont aujourd’hui par tous les réseaux sociaux. Mais ces messages, déjà très efficaces (« une application disposant de notifications actives verraient son taux d’ouverture amplifié de 80% » selon Loyaltics) devraient se complexifier pour toujours plus de ciblage et de personnalisation. Elles pourraient aussi, en parallèle du développement des objets connectés se recomposer pour proposer de nouveaux formats, plus sensoriels (à l’image des vibrations sur l’Apple Watch par exemple).

5La fin de la publicité intrusive

La pub en ligne indispose bon nombre d’internautes et la toile voit fleurir les installations d’adblockers (une augmentation de 41% ces 12 derniers mois selon une étude Adobe et Page). Le challenge pour les publicitaires est donc de reconquérir ces internautes en les replaçant « au centre du dispositif publicitaire » ce que Kantar Media qualifie d’« UX Advertising ». Pour aider les marques directement touchées par cette hostilité à leur égard, les réseaux sociaux ont crée des services spécialisés destinés à les conseiller sur des méthodes publicitaires non intrusives adaptées « aux usages, codes et spécificités de chaque réseau social » (Zoo sur YouTube, Brand Strategy sur Twitter ou encore Creative Shop sur Instagram).

6Vidéo : du mini au micro

La séquence animée est partout : sur Periscope, Merkat, Fyuse.. Mais aussi sur Facebook qui propose désormais de remplacer sa classique photo de profil par une vidéo de sept secondes. Pour Marie Dollé la courte vidéo « très apprécié à l’ère du Quick Action Web » devrait encore se raccourcir en 2016. Instagram avec son application Boomerang qui propose des micro-séquences de trois secondes ringardise Vine et les vidéos de six secondes que l’application proposait lors de son lancement en 2012.

Selon Kantar Media, « la vidéo est incontestablement la nouvelle image de 2016 ».

7Le « phygitale » dans le langage commun

Pour Kantar Media nous assistons à une « révolution du phygital » (contraction physique et digital). On connaissait le QR Code, plutôt délaissé en France (et toujours très en vogue en Chine), mais des dispositifs nouveaux ont vu le jour pour lier le monde physique et le monde digital. Ces rencontres – indispensable pour créer le contact avec l’utilisateur – se concrétisent sous diverses formes, à l’image d’iBeacon (Apple) qui permet de  numériser son contenu informatif dans l’espace physique. Réel et digital devraient converger de plus en plus fréquemment dans le futur et sous des formes de plus en plus diverses. Nous n’en serions qu’aux prémices du « digital immersif »

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8La consécration de l’éphémère

La « culture de l’éphémère » a la cote. Et elle ne se résume pas aux contenus auto-détruits de Snapchat. Facebook s’y est mis également, en créant une option similaire qui propose aux messages envoyés sur Messenger de s’effacer une heure après leur envoi. Cette tendance pourrait trouver une applicabilité sur chaque réseau social à l’avenir et devenir bien plus globale qu’elle ne l’est actuellement. De nombreuses marques en tirent déjà parti, profitant de l’image d’exclusivité et de rareté qu’offrent ces limites temporelles et essayant de nouveaux modes d’expression. Mais Kantar Media rappelle aussi l’importance de la pérennité pour ces marques, qu’elle qualifie de « vitale », pour leur référencement notamment.

9La démocratisation des boutons d’action rapide

L’immédiateté d’Internet a donné naissance à des outils facilitant chacune de nos actions en ligne. Mais il en est un que l’on n’utilise encore peu en France : il s’agit du bouton d’action rapide.

Très répandu en Asie avec le « Clic to buy », il l’est aussi aux Etats-Unis où il permet une action directement à partir de l’objet du mail –inutile d’entrer dans le corps du mail ! Ce bouton est aussi apparu sur les réseaux sociaux, notamment sur Facebook (avec les boutons d’appel à l’action et les boutons à réaction) et Twitter (avec des boutons de sondages). Nul doute que les marques sauront se saisir de cette tendance qui permet de satisfaire des désirs immédiats et de créer le réflexe.

10La mise en place de rendez-vous sociaux

Si le web est le média de la délinéarisation par excellence, on assiste de plus en plus au retour des rendez-vous. Les contenus y sont toujours plus nombreux et il peut être difficile d’y trouver sa place. Sur les réseaux sociaux (certains twittos influents ont compris comment gagner un instant de visibilité), dans les rédactions (Les Echos proposent par exemple deux newsletters quotidiennes à 8h et 18h) ou pour les marques (Orange avec la campagne #AidezVictor, sur Twitter encore).

Pour Kantar Media, mettre en place ces rendez-vous permet également de créer des automatismes chez l’audience. Véritable stratégie pour se démarquer et fidéliser, il ne fait aucun doute que cette pratique social media poursuivra son développement en 2016.

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Innovation : un Lab c’est bien, passer à l’action c’est mieux

Par Barbara Chazelle, France Télévisions, Direction de la Prospective

Nombreux sont les médias qui se sont dotés d’un pôle R&D ou d’un Lab afin de comprendre, de se préparer, voir d’anticiper les changements inhérents à la révolution numérique auxquels nous sommes tous contraints. Ces services ont à relever de nombreux défis : manque de budget, rejet de parties de l’entreprise qui se sentent menacées ou ne voient pas l’intérêt de l’avant-garde, manque de soutien du top management…

Le Radio Canada Lab semble réussir à gagner le pari de l’engagement collectif avec son Accélérateur d’Idées. Le concept : “mettre en place un processus de prototypage simple, social et ludique qui permet de faire émerger et de réaliser des idées novatrices tout en diminuant les risques liés aux projets audacieux”.

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Une foule s’est réunie pour célébrer les présentations des 5 équipes finalistes.

Infuser la culture numérique

A Radio Canada, depuis 2012, on travaille à infuser la culture du numérique à tous les étages de l’entreprise.

“On a démarré par rassembler une communauté de geeks, sensibles au numérique, en interne et on a proposé des cycles de conférences, des ateliers sur les nouveaux outils du journalisme afin de rentrer en conversation”, se souvient Xavier Kronström Richard, Éditeur réseaux sociaux et éditeur du RCLab. “Les rendez-vous réguliers ont permis de faire passer le mot de service en service et ont progressivement intégrés des personnes de l’extérieur.”

Mais depuis un an, l’équipe du Lab a souhaité aller plus loin en créant un accélérateur d’idées “pour passer à l’action”.

Un accélérateur en 3 phases : “soumettez, votez et prototypez”

Après un premier pilote au printemps dernier, Radio Canada a lancé une « saison 1 » officiellement cet automne, en 3 phases.

La première consiste à mettre en place une boite à idées participative pendant 1 mois : chaque collaborateur peut présenter autant d’idées qu’il le souhaite sur une plateforme en ligne.

Pour devenir un projet, ces idées doivent être de nature numérique ou technologique, prototypales et réalisables rapidement, inventives et audacieuses et être utiles pour Radio Canada.

Un forum de discussions permet ensuite de commenter et d’échanger autour de ces idées. Des modérateurs aident dès cette phase à les faire mûrir. Si une personne est intéressée, elle peut même demander à rejoindre l’équipe porteuse de projet.

Ensuite, les équipes des 5 meilleures idées sont inviter à venir pitcher devant les employés et un jury qui devront voter pour attribuer tout ou partie de l’enveloppe destinée au prototypage d’un ou plusieurs projets.

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Les 5 finalistes de la saison Automne 2015 de l’Accélérateur d’idées: Ronny Girard, Jessica Ménard, Marine Fleury, Danielle Foucart, Christian Sylvain.

Les équipes sélectionnées sont ensuite dégagées jusqu’à 4 semaines pour prototyper et tester leur projet.

“Sur un temps si court, on n’attend pas qu’elle présente un produit fini mais qu’elle puisse valider certaines hypothèses.” précise Xavier Kronström Richard.

Pour cette première saison, 2 équipes viennent intègrer l’Accélérateur d’Idées : la première propose de mieux répertorier l’équipement technologique et technique de Radio-Canada grâce à la technologie RFID, et la seconde de résoudre le problème de viralité de l’audio sur les réseaux sociaux en étudiant les meilleurs outils qui transforment l’audio en vidéo.

Radio Canada peut déjà être fière de l’engagement remarquable qu’a motivé cette première saison de l’Accélérateur d’Idées : 1200 profils créés par les employés, 31 idées soumises, 1200 votes, 150 commentaires

3 leçons à tirer

1. Patience et persévérance

Des projets numériques, tout le monde peut en faire. Mais transformer la culture d’une entreprise ou d’un média en une culture numérique, où il est possible de tester, d’échouer et d’apprendre et d’innover, c’est autre chose. Et ça prend du temps ! Radio Canada a misé sur quelques bonnes volontés motivées pour infuser cet enthousiasme et cette envie d’aller de l’avant à beaucoup d’autres.

2. Ouverture et collaboration

A beaucoup d’autres : en interne, mais aussi à l’extérieur.

Comme le souligne Eric Scherer dans l’introduction de notre dernier cahier de tendances:

“Ces équipes interactives ne doivent pas être seulement cantonnées au quartier général du média, mais également être répliquées, dans la mesure du possible, dans les bureaux délocalisés, dans les bureaux mêmes des correspondants. Avec aussi les équipes en marge de la rédaction (partenariats, réseaux sociaux…).

Cette collaboration devrait, par ailleurs, se dérouler davantage avec l’externe, entre médias, locaux, régionaux, nationaux, internationaux, avec les universités, les centres de recherche, les écoles d’ingénieurs et de design, comme c’est le cas à Nantes avec le Ouest Médialab, le 1er cluster et laboratoire numérique des médias en région. La possibilité d’agréger des contenus tiers pertinents est de plus en plus souhaitée.”

Les médias ont aussi des choses apprendre de l’économie collaborative.

3. Soutien indispensable du top management

Radio Canada, avec cet Accélérateur d’idées, brille par sa capacité à innover, non seulement dans les méthodes de production mais aussi de management, en donnant les moyens, financiers mais surtout en temps, aux équipes d’aller au bout de leurs idées.

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Comment Snapchat compte devenir le média d’informations des jeunes

Par Barbara Chazelle, France Télévisions, Direction de la Prospective

Snapchat n’est plus l’application de sexting qui a fait au début sa réputation. Misant sur la nature éphémère de ses contenus, elle est vite devenue une messagerie puissante et depuis peu une plateforme qui compte bien dépoussiérer l’info pour ses 100 millions de jeunes utilisateurs.

Snapchat n’a cessé depuis son lancement en 2011 d’innover en termes de fonctionnalités pour devenir toujours plus pertinent dans la restitution de l’info : l’exclusivité, le crowdsourcing, l’éditorialisation et la personnalisation ont peu a peu été intégrés. Et la formule semble plaire aux ados qui ne jurent plus que par Snapchat.

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Story, l’info en direct

Avec Story, les utilisateurs de Snapchat (éditeurs/médias compris) peuvent compiler de manière chronologique les snaps d’une journée, ce qui permet à leurs abonnés d’avoir une revue accessible pendant 24 heures. Ces Stories sont le plus souvent utilisées pour couvrir des évènements, comme la Fashion Week ou la visite du Pape à New York pour The Times, et offrir au public des contenus exclusifs tournés en backstage, des interviews minutes… Le fait de devoir poster la vidéo (ou la photo) directement après l’avoir prise (on ne peut pas aller chercher de contenus dans la galerie du téléphone), ajoute de la spontanéité et l’authenticité recherchée par les snapchatteurs. Et tant pis si c’est mal cadré ; on laisse ça à Instagram.

Snapchat, tout comme Facebook et Twitter, vient par ailleurs de se doter de comptes certifiés pour ses VIP, preuve supplémentaire que l’application joue bien dans la cour des grands.

Live Stories, l’info crowdsourcée multicam

En juin 2014, les “Live Stories” ont commencé à changer la donne plus sérieusement. Snapchat s’est lancé dans la curation et l’agrégation de snaps d’évènements importants pour en faire de mini-reportages visibles par l’ensemble des utilisateurs.

Pour parvenir à créer des contenus de qualité, Snapchat a donc recruté des journalistes, dont Peter Hamby, un ancien de CNN.

Quand j’étais à CNN, on couvrait un évènement avec plusieurs caméras… avec les Live Stories, on peut couvrir un évènement via différentes perspectives avec les caméras de tout le monde, dans certains cas des milliers de caméras… et c’est très puissant !” a-t-il expliqué dans une interview pour KUT.

La Live Story la plus populaire serait “Snowpocalypse” qui relate l’expérience d’une tempête de neige à New York en janvier dernier : la vidéo de 3 minutes a enregistré près de 25 millions de vues en 24 heures. Quelle chaîne TV peut se targuer d’une telle performance ?

Discover, le magazine vidéo mobile des éditeurs

Discover, lancé début 2015, a mis en lumière de manière irréfutable la volonté de Snapchat d’aller sur le terrain de l’info. Sur son blog, Snapchat présentait ainsi la fonctionnalité :

“ Ce n’est pas un social média. Les médias sociaux nous disent quoi lire en ce basant sur ce qui est le plus récent ou le plus populaire. Nous voyons les choses différemment. Nous comptons sur les éditeurs et les artistes, pas sur les clics et le nombre de partages pour déterminer ce qui est important. (…) Chaque édition est rafraîchie après 24 heures, car ce qui est de l’info aujourd’hui est de l’histoire demain.”

https://youtu.be/UbOMqA2AOIk

Contrairement aux Stories, Discover demande aux médias partenaires d’éditer une sorte de magazine vidéo nouvelle génération. Et attention à ceux qui ne serait pas performant dans l’exercice, car les places sont chères : 15 au total et pas une de plus dont une peut-être réservée à une chaîne temporaire (comme celle de James Bond à l’occasion de la sortie du film). En d’autre terme, un nouvel entrant chasse forcément un ancien, à l’instar de Yahoo News et Warner Music qui ont cédé leur place à Buzzfeed et iHeartRadio cet été.

Et depuis cette semaine sur Discover, Snapchat permet aux éditeurs de promouvoir leurs contenus sur Facebook et Twitter.

Notons qu’aucun média français ne figure dans cette section très prisée, même si des rumeurs évoquent des tests prochains. Les médias américains occupent le terrain, même si le britannique Daily Mail a réussi à se faire une place. Le fait de produire des contenus en anglais a bien entendu aidé. 

Story Explorer, l’info personnalisée

Snapchat a lancé il y a quelques jours Story Explorer, qui tente de répondre au défi de la personnalisation. L’idée est de donner accès à davantage de points de vue d’un même évènement en allant piocher dans les Stories publiques et les Lives Stories.

Ce nouveau canal d’informations, plus sélectif que les précédents, permet de regarder des contenus similaires à ceux qui nous ont intéressés ou de trier l’info par centres d’intérêt.

https://youtu.be/Is5MVYepFBE

Les jeunes sont conquis…

Certes, Snapchat ne convainc pas tout le monde. Seuls 5% de la population adulte en ligne utiliserait l’application chaque mois d’après le dernier rapport trimestriel de Global Web Index. Mais qu’importe ! On l’aura bien compris, le but de Snapchat n’est pas de connecter la planète (Facebook s’en charge), mais bien de prendre soin d’une cible peut-être plus modeste en volume… mais pas en terme d’engagement !

Aux États-Unis et aux UK, 45% des ados sont des snapchatteurs selon Global Web Index . Aux US, l’appli est désormais la 2e plus populaire après Facebook et juste devant Instagram.

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Mais ces jeunes sont loin d’être tous américains : la moitié de l’audience se connecte hors US. Et ailleurs aussi, Snapchat a su séduire massivement les ados : plus d’un quart d’entre eux utilisent la plateforme en France et en Arabie Saoudite, 46% en Suède et en Belgique et 52% en Irlande selon Statista.

Snapchat ne fait pas que rassembler les jeunes :  la plateforme arrive à les engager jusqu’à 6 à 7 minutes par jour, en moyenne pour les meilleures chaînes Discover car les ados reviennent plusieurs fois par jour grignoter des contenus. Cette pratique concernerait 57% des jeunes américains et britanniques selon Global Web Index.

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… et les audiences en témoignent

Les chiffres des audiences de Snapchat ne sont pas publics, mais quelques données circulent néanmoins.

Tout d’abord, les 6 milliards de vidéos vues par jour, soit 60 vidéos vues par jour par utilisateur si l’on se réfère à la base des 100 millions d’utilisateurs. Une performance qui a triplé en 6 mois, atteinte uniquement grâce à l’application mobile. Pour rappel, Facebook est à 8 milliards de vidéos par jour, tous supports confondus.

Snapchat Discover délivre chaque jour environ 160 sujets éphémères, dont les contenus sont vus par 60 millions de personnes chaque mois. La section semble satisfaire les heureux éditeurs qui ont rejoint le club. Ainsi Jonah Peretti, le CEO de Buzzfeed a déclaré que 21% des vues de la marque venaient de Snapchat Discover. Cosmopolitain annonçait 3 millions de lecteurs quotidiens et jusqu’à 1,2 millions de contenus partagés par jour.

Et comme sur Snapchat les infos disparaissent 24h après publication au plus tard, les jeunes atteints du syndrome de FOMO (fear of missing out) reviennent jour après jour avec la certitude de trouver du contenu frais.

Un peu en marge de l’info mais significatif tout de même, Snapchat atteint des chiffres record en matière de Social TV : 12 millions de personnes ont interagit sur Snapchat durant les derniers Video Music Awards (alors que 9,8 millions ont regardé le show à la TV). La Live Story dédiée à l’évènement aurait été regardé en moyenne 3 minutes selon Digiday.

Investir Snapchat coûte cher, mais c’est nécessaire !

Un prix qui se compte en TJM ! Les médias qui s’y sont mis ont dû constituer d’importantes équipes pour produire des contenus originaux, entre 10 et 20 par jour. Deux mots d’ordre : instantanéité et verticalité. On attend de Snapchat de l’inédit.

A CNN, 4 personnes (2 designers et 2 éditeurs) à temps plein ont été mandatées pour approvisionner la plateforme. On en compte 3 chez Konbini, 8 pour Fusion et jusqu’à 10 pour Refinery29.

Car pas question de publier sur Snapchat ce qu’on produit partout ailleurs. Fusion par exemple a déjà produit 2 saisons d’une série de courts (1 minute) documentaires vidéos nommée Outpost

De l’inédit et de jolies mises en scène. Et ce n’est pas pour faciliter la tâche des journalistes qui en plus de devoir se mettre au mobile et à la vidéo doivent aussi se mettre au graphisme ou même à l’animation.

Cet investissement humain coûte d’autant plus cher que le business model de Snapchat n’est pas encore connu pour rapporter gros aux éditeurs : selon Recode, le prix d’une publicité coûterait autour de 100 dollars pour 1000 vues. Si c’est un éditeur qui a vendu la pub, il pourra espérer toucher 70% de son prix. Mais si c’est Snapchat, alors ce sera un partage 50/50 pour la plateforme et l’éditeur selon Fortune.

Pour la pub, même combat que pour les autres vidéos : le format vertical génèrerait 9 fois plus de vues que les pubs horizontales.

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Investir sur Snapchat reste néanmoins une aubaine pour les médias et particulièrement la télévision qui ont bien du mal à faire revenir le jeune public. Car comme le rapporte Fortune:

“Dans l’industrie circule cette blague selon laquelle la chaîne Snapchat de CNN enregistre plus de vues que sa chaîne du câble. (ce qui pourrait être vrai – certains partenaires annoncent des millions de vues par jours, ce qui bat à plate couture la plupart des chaînes d’info TV)”

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