Data : pour les industries créatives et culturelles aussi !
Par Alice Pairo, France Télévisions
Nous connaissons l’importance de la data dans le secteur marchand et particulièrement le marketing. Mais qu’en est-il dans les industries créatives et culturelles ? Elles peuvent, elles aussi, tirer parti de ces données. Comment et dans quel but ? Et le souhaitent-elles toutes ?
C’est sur ces questions qu’ont échangé cette semaine des professionnels de la culture et des médias lors d’une soirée organisée par L’Atelier en partenariat avec le Forum d’Avignon. L’occasion de découvrir des initiatives innovantes qui dépoussièrent le secteur.
La data au service du spectacle vivant
C’est le souhait de Marc Gonnet, CEO et Co-founder de la plateforme digitale Delight. Son objectif : employer la data afin d’optimiser les ventes dans le domaine du spectacle. Un secteur parfois difficile car ses œuvres ne sont pas fré-financées (à l’inverse du cinéma). Les 35 000 producteurs que comptent la France prennent souvent de gros risques financiers. Delight souhaite donc acquérir de nouveaux spectacteurs pour ces spectacles. Comment ? En les ciblant.
Bien que surinformés, nous loupons souvent des occasions d’assister à un spectacle qui nous aurait plu. Deux raisons sont à l’origine de ces rendez-vous manqués selon Marc Gonnet : un problème de notoriété des spectacles mais aussi et surtout un problème de pertinence des messages délivrés.
« Le Hellfest et Chantal Goya peuvent se côtoyer sur le même média, à la même heure, pour la même personne »
L’ambition de Delight est donc de centraliser les données des différents vendeurs de billets qui existent (Fnac, Digitick, BilletReduc), acheter des données sur Internet puis donner du sens à ces données pour permettre aux producteurs de s’adresser à un public ciblé, « d’arrêter d’envoyer des affiches, des flyers, des imprimés, des magazines comme autrefois » explique-t-il.
Le projet n’en est qu’à ses prémices, Delight étant actuellement en train de travailler sur ses algorithmes avec des chercheurs du CNRS.
Et la sérendipité ? Marc Gonnet assure qu’elle fera partie du processus.
delight-data.com
La radio dubitative…
Pour Laurent Frisch, Directeur du numérique de Radio France, la radio est un lieu de résistance à la data – la radio publique est un exemple particulier, l’absence de recherche de profit crée un intérêt moindre pour ces données. C’est un fait, la radio est « un média broadcast : on produit des contenus, on les linéarise et on les diffuse » explique-t-il.
Mais il concède tout de même que « l’arrivée du numérique a bouleversé un certain nombre de choses pour les médias » y compris pour Radio France qui propose désormais des offres numériques et crée par conséquent de la data.
La data qui intéresse la maison ronde, c’est celle qui permet de comprendre « ce que font [ses] auditeurs quand ils visitent [ses] applis et sites ». C’est « fondamental » selon Laurent Frisch si on souhaite améliorer leur expérience utilisateur.
Mais hors de question d’aller plus loin pour le Directeur du numérique. Comme employer ces données pour devenir un « média de précision » (entendre un média adapté à chacun). Selon lui, ce n’est d’ailleurs pas non plus ce que les auditeurs souhaitent.
« Ils attendent que Vincent Josse, Guillaume Erner, Patrick Cohen leur recommandent d’écouter, de découvrir et ils nous font confiance pour ça et finalement plutôt que de faire confiance à des algorithmes quand ils nous écoutent ».
Si le numérique a fait apparaître le principe de désintermédiation (ou de médiation par des acteurs comme les GAFA qui sont eux de véritables stocks de data ! ) il s’agit plus que jamais pour France Inter de conserver son rôle d’intermédiaire de prédilection.
La data œuvre d’art !
Si la data peut servir les industries culturelles, elle peut aussi devenir objet culturel à part entière. Quand le monde de l’art s’inspire de la data on découvre qu’il existe de nombreuses possibilités de mises en forme de la data, qui dépassent la data visualisation que l’on connaît. Ces initiatives peuvent aussi s’inscrire dans une démarche pédagogique et nous permettre de nous réapproprier cette data – qui bien souvent nous dépasse – mieux la comprendre, en lui donnant une existence concrète.
C’est justement tout l’enjeu de l’œuvre d’Albertine Meunier. Selon elle, « la data doit prendre forme pour mieux la comprendre ». Pour son livre « My google search historia » l’artiste a récupéré auprès de Google toutes ses données de navigation sur trois ans (Search History) et les a transposé sur le papier. Le résultat ? Un livre « illisible » selon les mots de l’artiste qui dévoile tout de même « petites manies et obsessions ». Mais surtout un « choc esthétique » qui permet de mieux comprendre ce que sont nos datas : ce « chemin personnel parcouru sur le réseau ».
Extrait du livre « My google search historia » www.albertinemeunier.net
Julien Levesque place lui aussi la data au cœur de sa démarche artistique. Le désir de cet artiste numérique est de la rendre « plus visible et plus poétique ».
C’est ainsi qu’il a inventé un concept appelé « In the cloud with Lulu ». Il s’agit d’un mobile un peu particulier réalisé pour son fils. Ce mobile est connecté à son smartphone qui lui transmet ses données de géolocalisation. Il les transforme et donne à voir au petit garçon les mouvements quotidiens de son père. Ce qui est traduit sur le mobile est la vitesse de déplacement de la personne en question : immobilité, marche, course, dans un véhicule. Une jolie façon d’employer la data.
Un moyen peut-être pour retrouver une relation apaisée avec elle ?
« In the cloud with Lulu » www.julienlevesque.net
Les experts quotidiens de YouTube – et une physicienne du MIT
Par Leora Kornfeld, FMC
A l’origine, cet article a été publié sur FMC Veille et est présenté dans le cadre d’un partenariat en édition entre le Fonds des Médias du Canada (FMC) et Méta-Media. © [2015] Tous droits réservés.
Si vous interrogez votre entourage sur l’utilité de YouTube, il est très peu probable qu’on vous réponde : « C’est un bon endroit pour apprendre. » Mais, détrompez-vous : on y trouve de plus en plus de vidéos qui visent à nous rendre plus intelligents, et celles-ci ont attiré à ce jour des milliards de visionnements.
Des filles et des garçons branchés qui enseignent sur YouTube
Autrefois réservé aux télédiffuseurs publics et aux publications spécialisées, le contenu éducatif constitue un autre genre dans lequel la distinction entre professionnel et amateur a été réduite de façon spectaculaire, voire éliminée, par Internet.
Ces vidéos sont-elles produites par des journalistes ou des praticiens chevronnés dans le domaine ? En général, la réponse est non. Dans YouTube, le chemin habituel vers l’avis d’experts est inversé.
La majorité du contenu qui correspond à la catégorie éducative ou ludoéducative (à savoir la combinaison d’éducation et de divertissement) n’est pas produit par des spécialistes possédant des connaissances poussées, mais plutôt par des garçons et des filles ordinaires dont la capacité à attirer un auditoire et à le maintenir diverti a tendance à être plus importante qu’un diplôme officiel.
Par exemple, Mitchell Moffit et Gregory Brown, de la chaîne AsapSCIENCE, se servent de bonshommes et de gribouillages pour aborder des questions liées à la science canine et à ce qui arriverait si vous cessiez de manger; Michael Stevens, Kevin Lieber et Jake Roper, des chaînes Vsauce, publient de petites rafales de programmation sur des sujets comme les illusions d’optique, l’apprentissage des bébés et les paradoxes des voyages dans le temps. Les vidéos animées de CGP Grey traitent de thèmes comme l’étrangeté des frontières géographiques et l’origine de l’heure avancée.
Pour en savoir plus sur le domaine en pleine croissance de la ludoéducation numérique, je me suis entretenue avec trois youtubeurs qui travaillent dans le secteur, au cours du Buffer Festival, le rassemblement de créateurs et d’amateurs de YouTube qui a lieu annuellement à Toronto.
Le serveur qui traite de politique américaine
Autrefois serveur narquois attirant un nombre décevant de 32 abonnés et comptant à peine quelques centaines de visionnements, Craig Benzine a réussi à attirer plus de 100 millions de visionnements et à devenir tout récemment l’animateur de Crash Course: U.S. Government and Politics, une chaîne de YouTube commanditée par PBS Digital Studios.
L’histoire de Benzine sur YouTube est plutôt modeste. Elle commence il y a un peu plus de huit ans alors qu’il travaillait au Big Bowl, un restaurant de cuisine fusion asiatique de Chicago. C’est à cette époque qu’il crée son alter ego WheezyWaiter, exécutant des reconstitutions d’interactions entre serveurs et clients, ainsi qu’en affichant les vidéos sur la plateforme de partage de vidéos, nouvelle à l’époque.
…
Comme nous, vous trouvez cet article passionnant ? Lisez la suite sur FMC Veille : ici
Liens vagabonds : en cas d’événement majeur, vers quel média se tourner ?
ATTENTATS PARIS
- Quand il y a un événement majeur, vers quel média se tourne-t-on ?
- CNN est devenue une TV d’Etat
- Après avoir mis en cause le chiffrement, les autorités reconnaissent qu’il s’agissait de sms classiques
- Le NYTimes a utilisé aussi l’email pour sa couverture mais aussi la réalité virtuelle
- 150 millions de boucles pour le Vine au Stade de France au moment de l’explosion : futur de la distribution ;
- Comment les géants du web ont réagi aux #ParisAttacks
- Mashable rend hommage aux victimes via Twitter
- #ParisAttacks : les erreurs des médias sociaux
- Sur Twitter le sprint à l’info
- La surveillance de masse n’est pas la réponse au terrorisme, estime le @NYTimes
“MUST READ”
- Le virage générationnel des audiences et des médias
- Crucial de trouver une alternative au mot de passe. Il ne vous protège plus
- La pub publicitaire actuelle
- L’avenir de Facebook : l’intelligence artificielle, la réalité virtuelle et les drones
SURVEILLANCE vs. CONFIANCE
- Les leçons de la couverture par Twitter
- Données dans la culture, la CNIL s’empare du sujet
- Comcast se moque de la neutralité du net et va favoriser son service de streaming
NOUVEAUX USAGES, COMPORTEMENTS
- La TV domine toujours chez les jeunes adultes; mais plus chez les ados; qui d’ailleurs ne sont plus 30% à la regarder en direct
- Les jeunes regardent aussi le sport sur YouTube
- Réflexions sur les selfies et ceux qui les détestent
- Instagram devient le nouvel outil pour bloguer
DISRUPTION, REVOLUTION, DISLOCATION
- Payer 1 $ / jour pour ses infos numériques : ça marche
- Wetransfer arrive dans la musique
- De journaliste à cireur de chaussures
- La BBC continue de couper dans le sport et les contenus
- Qu’est ce en fait que l’innovation disruptive ?
- Les groupes de TV reconnaissent qu’ils ont un problème Netflix
- BuzzFeed vise l’impact désormais non le trafic
ROBOTS, INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, AUTOMATISATION, BIG DATA, MACHINE LEARNING
- L’appli d’IBM Watson qui prédit les tendances
- Grâce aux algorithmes, le robot HyQ pourra intervenir en cas de désastre
- Un robot passe les concours d’entrée pour les universités japonaises
- Ce clip vidéo a été réalisé par un système d’intelligence artificielle
NOUVEAUTES
- Une technologie pour géolocaliser ses objets perdus à la maison
- Amazon va promouvoir les objets les plus innovants des startups anglaises
REALITE VIRTUELLE / REALITE AUGMENTEE
- La VR va remplacer d’ici quelques années les smart phones
- Le point sur la VR (par le NYTimes)
- Le teasing de la prochaine opération de VR du NYTimes
- Les projets de réalité virtuelle à Hollywood
- Sky News diffuse son 1er reportage en VR en Grèce sur les migrants
- Les premières leçons pour le journalisme
- Attention la vidéo 360° n’est pas de la VR
- Ce qui fera aimer la VR par le grand public ; et la caméra qui aidera cela
- Encore beaucoup de questions éditoriales ; notamment sur l’éthique; qui doit rester la même mais avec une focale différente ; un vrai début grand public en tous cas et un gros potentiel pour les éditeurs
- 6 leçons de la 1ère conférence VRX
SMART TV / STREAMERS / VIDEO / MULTI-ECRANS :
- Univision lance son service de streaming
- La BBC envisage de se passer de son red button
- Une start-up propose à chacun de lancer son service de SVoD
NETFLIX
- Bientôt une série Wired sur Netflix
- Pour Kevin Spacey, la réalité virtuelle représente l’avenir de Netflix
YOUTUBE
HOLLYWOOD
STORYTELLING
PUB
JOURNALISME 2.0
- Une journaliste de CNN suspendue deux semaines pour un tweet prenant position
- Le FT parie sur une rédaction “audience first”
- Le guide des applis de messageries
EDUCATION
OUTILS
- Le 3D Touch, le futur du tactile?
- Google libère la montre du téléphone
- Ces applications pourraient vous être très utiles !
- Les meilleurs outils web pour vous aider à écrire
La vidéo du futur sera-t-elle verticale ?
Par Alice Pairo, France Télévisions
(version modifiée avec ajout des bons liens vers L’Obs. Avec toutes nos excuses !)
Le mobile est aujourd’hui le premier écran. On le tient dans la main, tout droit. Résultat : les pages sont présentées de façon verticale. Et ce sens est moins anodin qu’il n’y parait ! Car le contenu quel qu’il soit, conçu à l’origine pour des écrans horizontaux (ordinateur, télévision) a du y être adapté. Les médias comme les publicitaires ne semblent plus vraiment avoir le choix : ils se conforment à ce format, qui, peu à peu, s’est imposé, ou en tirent pleinement parti en créant des concepts axés sur le vertical. Même François Hollande devrait s’y mettre via Snapchat.
Mais s’il s’agit pour beaucoup d’une révolution, d’autres acteurs plus récalcitrants nous autorisent à interroger cette verticalité comme format du futur.
Le virage vertical
Si l’influence du smartphone dans le design des sites web est évidente, ces sites sont pour la plupart si bien réalisés, de plus en plus en responsive design, que l’on en oublie l’adaptation qui a opéré. Mais il est encore un contenu qui pose problème, et cela se voit: la vidéo. Si bien que chaque fois que l’on aborde la question de la verticalité aujourd’hui, c’est la vidéo qui s’impose au centre des discussions. Et pour cause, comme nous l’écrivions il y a peu sur Méta-Media : « plus de 50% des vidéos en ligne seront mobiles d’ici fin 2015 ». La problématique : un écran de smartphone vertical et une tradition vidéo horizontale. Même s’il est incontestable que la vidéo verticale s’impose peu à peu…
Cette domination s’est concrétisée cette année, par la bascule vers le vertical opérée par une série d’acteurs majeurs. Les applications Meerkat et Periscope, conçues pour filmer et regarder des vidéos en direct ont d’emblée adopté le vertical (même si Periscope autorise aujourd’hui l’horizontal). Ce format a aussi été démocratisé par l’application préférée des plus jeunes, Snapchat, conçue pour la vidéo verticale. Un choix que le fondateur Evan Spiegel explique dans L’Obs :
« une vidéo vue à l’horizontale, sur un mobile, n’occupe qu’une toute petite partie de l’écran, à moins que l’on retourne son téléphone […] Nous, ce qu’on voulait en priorité, c’était occuper tout l’écran, on est donc passé à la vidéo verticale ».
De grands médias comme « MTV », « National Geographic » ou « CNN » ont eux aussi pris le virage du vertical, en produisant des vidéos sur « Snapchat Discover ». Et d’autres médias ont suivi le mouvement. Cet été par exemple, plusieurs sites d’information ont réalisé des vidéos filmées et diffusées verticalement, à l’image de « Business Insider », du « Daily Mail » ou encore du « New York Times ». Le quotidien allemand « Bild » est allé jusqu’à créer un JT quotidien au format vertical tout comme la chaîne suisse Léman Bleu.
Le monde de la publicité s’y essaie également, à l’image d’Audi qui a réalisé la première publicité vidéo verticale à l’occasion des « 24h du Mans ». Le vertical semble également inspirer le monde de l’art. Un groupe coréen de hip-hop « Epik High » a tourné le premier clip de musique en vertical. Des argentins ont eux réalisé la première fiction jamais accomplie dans ce format (disponible sur Vervid, le YouTube de la vidéo verticale). Si certains créent des cinémas verticaux, d’autres vont jusqu’à créer un événement pour le consacrer : le Vertical Film Festival. Le vertical en passe de devenir un genre cinématographique à part entière?
Qu’avancent les adeptes du format?
Parmi les arguments avancés par ces promoteurs d’une bascule vers le vertical, certains estiment qu’en plein écran (tenu à la verticale!) les images sont plus puissantes, que le sentiment d’immersion est plus important. Mais pour le fondateur de Vervid cela serait plus simple que cela, plus intuitif et tiendrait simplement à l’ergonomie de notre smartphone.
« Ce n’est pas Snapchat qui a inventé le format vertical. Ce n’est même pas nous, Vervid. C’est le smartphone. C’est l’ergonomie. C’est le fait qu’on tienne son téléphone de cette manière 94% du temps ! On capture ses vidéos comme ses photos : verticalement », déclare-t-il sur son blog.
Pour Amélie Boucher, auteure d’Ergonomie Web et cité dans l’Obs, « ce n’est même plus une question » :
« On feuillette le papier en tournant les pages de gauche à droite, mais on consulte Internet verticalement. Vous imaginez feuilleter votre fil Facebook, Instagram, LinkedIn, Pinterest? Le pouce humain est articulé de telle manière qu’il est beaucoup plus facile de le faire aller de haut en bas plutôt qu’horizontalement, de l’intérieur vers l’extérieur ».
Et les tenants de l’horizontal?
Chez les défenseurs de l’horizontal dont certains étaient présents au Player ce 12 novembre, à la table ronde du Social Media Club , l’argument qui revient le plus souvent est celui qui consiste à critiquer l’esthétique des vidéos lorsqu’elles sortent des mobiles et investissent d’autres écrans. Beaucoup se plaignent de l’esthétique des vidéos encadrées par deux bandes noires épaisses sur YouTube ou encore des vidéos amateurs diffusées par les journaux télévisés, ce qui est de plus en plus courant aujourd’hui. Les chaînes TV optent d’ailleurs plus volontiers pour des bandes avec un effet floutté, comme pour agrandir l’image.
En plus de l’adéquation avec le support, se pose la question de celle concernant le sujet. Pour Donovan Grandin (Head of UX, Digitas LBi France) intervenant au Social Media Club : « il existe de nombreux projets créatifs pour lesquels le vertical ne fonctionne pas ». C’est le cas d’une carte du monde par exemple… Selon lui, ce n’est pas un hasard si on parle de format « portrait » ou « paysage », il y a des limites à la verticalité et elles concernent l’adéquation avec le sujet.
Même John Whaley de Vervid, pourtant partisan du vertical admet que l’horizontal est parfois un meilleur choix. Ainsi, il confie à l’ « Obs »:
« Nous, les humains sommes verticaux. Plus hauts que larges. Pour les paysages, il vaut mieux privilégier le format horizontal. Mais pour photographier, filmer des gens, la verticalité prend tout son sens ».
Les défenseurs de la vidéo verticale avancent un autre argument : la nausée. S’il peut paraître exagéré et prêter à sourire, il serait bien réel : une vidéo peu stable qui serait regardée à la verticale pourrait donner au spectateur la nausée – au moins le tournis.
Le journaliste et consultant Philippe Couve explique ce principe :
« Nos yeux sont placés de part et d’autre de notre nez, pas l’un en dessous de l’autre. Notre vision naturelle est en 16/10e. Le format 16/9e, rapidement imposée par Hollywood, correspond bien à notre morphologie ».
Certains prennant le sujet très à coeur vont jusqu’à créer des oeuvres originales pour exprimer avec humour leur amour du format horizontal. A l’image de la vidéo « Vertical Video Syndrome » qui compte pour l’heure près de 7 millions de vues sur YouTube. Il faut tout de même préciser que toute vidéo peut occuper l’écran dans son entièreté, à la simple condition d’incliner son écran de 90°! C’est à partir de là qu’a été pensée la vidéo « Turn your phone 90 degrees » (plus d’un million de vues), en voici un extrait:
« If you please just turn your phone 90 degrees
there’s so much more for you to see when you film horizontally
can’t you see it’s not as hard as it may seem
if you don’t… i’ll break your knee »
Et pour ceux qui n’auraient tout simplement pas ce réflexe, l’application « Horizon » (« Capture horizontally. Always ») applique le format paysage de façon automatique à vos prises de vues, quel que soit le sens dans lequel vous tenez votre téléphone.
2016, l’an 1 du « mobile first » : 3 pistes pour en profiter
Par Alice Pairo, France Télévisions
Il y a aujourd’hui dans le monde plus de mobinautes que d’internautes. La France à elle seule en compte 31 millions, et 4/10 d’entre eux l’utilisent dans la demi-heure qui suit leur réveil. La 4ème édition du Stratégies Summit cette semaine à Paris a permis d’établir un état des lieux des relations entre marques et mobile pour réfléchir au potentiel — d’un point de vue des usages et des contenus — pour les années à venir.
Méta-Media a retenu les trois points importants pour aborder au mieux l’année mobile 2016 :
Adapter sa stratégie de contenu
Aujourd’hui, la moitié des mobinautes se connectent tous les jours ou presque. Selon Jamila Yahia-Messaoud directrice des départements télécom, cinéma, comportement média et ad’hoc de Médiamétrie, 70% des internautes considèrent la téléphonie mobile comme indispensable dans la vie quotidienne. Véritable objet personnel et customisé — grâce aux applis notamment, au nombre de 30 par smartphone en moyenne — le mobile accompagne l’individu tout au long de sa journée.
Source : Médiamétrie – Téléphonie et Services mobiles T2 2015
L’enjeu des marques est donc de proposer un contenu qui réponde aux besoins de l’utilisateur, en s’adaptant aux conditions de consommation. Jamila Yahia-Messaoud nous éclaire sur le type de contenu qui satisfait ces besoins. Les contenus doivent apprendre quelque chose à l’utilisateur (47%), être ludiques (41%) et être concis (38%). Sur la forme, la préférence va aux articles (51%), aux photos (49%), aux vidéos (33%), aux brèves (32%), aux jeux (hors tests et quizz) (29%). Les contenus considérés comme les plus intéressants sont les notifications sur l’actualité (35%) et les plus divertissants les notifications des réseaux sociaux (8%). (chiffres Médiamétrie)
Le mobile est le plus personnel de tous les écrans, il entretient un lien privilégié avec l’utilisateur. Mais il faut garder à l’esprit que ce lien est fragile, il faut donc continuer à travailler sur le contenu tout en tenant compte d’autres critères, comme le lieu et le temps, car la consommation de contenu varie en fonction du contexte et du moment (le pic de la journée ayant lieu entre 12 et 14, Médiamétrie). Tout en étant informatif et ludique et proposer un format concis qui allie son, image et texte.
Adapter son contenu au canal est une problématique à laquelle Le Monde a été confronté il y a peu avec La Matinale (lancée mai 2015). Cette application — la première du journal entièrement mobile consacrée à l’actualité — comprend d’ailleurs une rubrique « Les strips de La Matinale » qui présente l’actualité en bande-dessinée. Selon Isabelle André, directrice des activités numériques du Monde, elle fonctionne particulièrement bien, ce qui corrobore l’étude de contenu de Médiamétrie. Pour le journal qui compte d’autres applications, sites et pages sur les réseaux sociaux choisir quel sujet publier et sous quel format en fonction des supports et de l’heure est un véritable enjeu. C’est justement la mission du desk mobile et du monde.fr ainsi que de l’équipe de social media editors qui travaillent au sein de la rédaction. Pour y parvenir avec justesse, une collaboration entre la rédaction et l’équipe de marketing numérique est primordiale a expliqué Isabelle André.
Imaginer de nouveaux formats publicitaires…
Pour Pierre Chappaz, Executive Chairman et Co-founder de Teads, il est important de garder à l’esprit que « le mobile est l’écran le plus exigent en termes d’expérience utilisateur ». Il est crucial pour lui de « faire le tri dans les formats vidéo hérités du desktop », comme avec le pré-roll par exemple, qui a vu apparaître la montée des adblockers sur laptop et est aussi rejeté sur smartphone grâce/à cause d’Apple.
« Il devient urgent d’en finir avec ces formats qui ruinent l’expérience utilisateur »
Parmi les formats vidéos en essor : l’ « in-read », un format natif intégré dans un flux éditorial. Pierre Chappaz approuve l’utilisation de ce format, à condition qu’il reste ouvert, à l’inverse de ce que font Facebook et Apple qui tentent de dévier distribution et monétisation des contenus. Et propose des solutions publicitaires dans l’intérêt des trois partis : internautes, annonceurs et médias.
Benjamin Lequertier, Head of Marketing de Facebook France, affirme lui aussi que la publicité sur mobile est à retravailler. Il la juge bien trop interruptive : « Nous devons inventer de nouveaux modèles, plus respectueux et plus ergonomiques ». Le défi à relever consiste pour lui à conserver l’attention de l’utilisateur qui est de plus en plus difficile à capter dans la masse de contenu de Facebook.
« Aujourd’hui, regarder 30 secondes de vidéo sur mobile, c’est comme demander à un téléspectateur du XXème siècle de rester devant un spot de 30 minutes. Notre nouveau défi tient en trois secondes. Trois secondes de créativité, d’inventivité qui feront que le pouce va s’arrêter et que la personne va décider de regarder le reste de l’histoire »
… et profiter de la croissance du marché de la pub mobile
Grâce à l’explosion de la vidéo, le mobile, longtemps cantonné aux bannières publicitaires est en train de devenir un véritable média de branding. Aujourd’hui, 40% de la consommation de vidéo se fait en situation de mobilité (smartphone, tablette, laptop) selon Pierre Chappaz. Cela représente à la fois une opportunité pour les annonceurs et un challenge pour les éditeurs. Si au Royaume-Uni 70% de l’audience des grands médias est mobile (50% en France), elle est encore très mal monétisée ! Les consommateurs sont massivement présents sur mobile et les agences continuent d’investir majoritairement sur la télévision.
Mais les prédictions d’investissements dans la publicité mobile sont optimistes : pour la première fois cette année, ils vont dépasser ceux du print.
Et pour savoir dans quoi investir, il faut connaître les portes d’accès au web qui mènent au « mobile first ». C’était le propos de l’intervention de Renaud Ménérat, président de la Mobile Marketing Association France pour qui identifier les pratiques majoritaires permettra d’enclencher la transition. Il cite trois pratiques majoritaires :
- La recherche : Google annonçait en octobre dernier que les requêtes effectuées depuis les terminaux mobiles avaient dépassé celles provenant des PC (« For the first time, we’re getting more searches on mobile devices than on desktop », Amit Singhal, Senior Vice President, 8 octobre 2015).
- Les réseaux sociaux : désormais 70 à 80% de leur audience est mobile. Facebook en tête. Alors que début 2012, le nombre de personnes se connectant depuis leur mobile ne cessait d’augmenter, la plateforme ne délivrait de publicités que sur ordinateur. Puis Mark Zuckerberg décide que l’entreprise deviendra « mobile first », faisant passer la part du mobile dans les revenus de 0 à 79% (Benjamin Lequertier). Le réseau social rassemble aujourd’hui 24 millions d’utilisateurs sur mobile par mois, et sur les 30 millions de Français qui se connectent chaque mois, 80% le font depuis leur mobile.
- L’e-mail : Son taux d’ouverture sur mobile devrait atteindre les 50% à la fin de l’année
Pourtant, là encore on assiste à un décalage entre l’audience et l’investissement publicitaire et à un retard par rapport à nos voisins européens. Selon Renaud Ménérat, l’investissement publicitaire mobile en France n’atteint que 17% des investissements digitaux, contre 40% au Royaume-Uni et 30% en Allemagne.
Les organisations qui repensent leur stratégie digitale ne se mettent pas encore toutes dans une posture « mobile first », percevant le mobile comme un web « moins grand, moins efficace, moins important ». Un a priori que le président de la Mobile Marketing Association France déplore :
« Il ne s’agit pas de les opposer, mais au contraire de penser ensemble web et mobile dans une vision partant du consommateur qui, désormais et via son smartphone et sa tablette, met le mobile au cœur de son expérience »
GAFA : comment prendre part à cette économie de réseaux ?
Par Barbara Chazelle, France Télévisions
Les GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) sont devenus des puissances planétaires. Si elles étaient un Etat, elles pèseraient autant que la Thaïlande qui se positionne au 32e rang mondial, et pourraient être d’ici 2020 la première puissance économique du monde, selon l’agence FaberNovel qui publie aujourd’hui la nouvelle version de son étude « GAFAnomics, 4 super-pouvoirs pour exceller dans la Network Economy ».
L’étendue de leur empire n’a pas encore trouvé sa limite : la capitalisation boursière des GAFA dépasse cette année de 200 milliards celle des entreprises du CAC40. Elle était encore inférieure de 300 milliards il y a un an !
Comme l’expliquait l’étude de l’année dernière, les GAFA suivent 3 règles clés :
- ces sociétés n’ont plus de client, mais des utilisateurs. La création de valeur ne repose plus sur des transactions mais sur l’usage. Même s’ils n’achètent rien, le simple fait d’interagir avec la marque produit de la valeur
- la valeur n’est plus définie par ce qui est produit mais par l’utilité perçue par les utilisateurs (notamment en termes de temps gagné)
- un environnement « innovation-friendly » et un management qui valorise les talents et la responsabilisation de ces derniers
Mais ces GAFA ne sont plus uniquement 4 champions de l’économie numérique. Ils cristallisent les éléments de cette économie, à laquelle, selon Fabernovel, chacun peut prendre part.
Une économie mondialisée
Les GAFA sont devenus le terreau d’innovation et de création de nouveaux géants dont le terrain de jeu s’étend à tous les continents. Il s’agit aussi bien des NATU (Netflix, Airbnb, Teslsa, Uber), d’imposantes entreprises chinoises (Alibaba, Baidu, Tencent, Xiaomi) ou encore des licornes, ces entreprises valorisées à plus d’un milliard de dollars.
Ces nouveaux acteurs ont eu aussi une croissance vertigineuse. Les licornes atteignent le milliard de valorisation en 18 mois en moyenne, là où il fallait 20 ans aux entreprises traditionnelles. En conséquence, les GAFA, qui pouvaient s’offrir en 2014 les 42 licornes du marché, ne pouvaient plus acheter en 2015 les 3 principales.
Si ces nouveaux mastodontes du numérique peuvent croitre aussi vite, c’est qu’ils s’appuient sur les infrastructures ouvertes développées par leurs prédécesseurs les GAFA, leur permettant ainsi de réduire considérablement leur coût d’entrée sur le marché, avec des barrières technologiques quasi inexistantes. Par exemple, Uber s’appuie tout autant sur l’App Store d’Apple ou Facebook pour promouvoir/distribuer son service que Google Maps ou encore les infrastructures serveur d’Amazon.
Le modèle des GAFA se stabilise dans cet environnement ultra compétitif. Ils se battent désormais davantage pour gagner des parts de marchés que pour la croissance de leur société.
Une nouvelle compétitivité qui repose sur la connexion et l’ouverture
Cette nouvelle économie repose sur 2 principes clés : la connexion et l’ouverture. C’est une économie de réseaux ouverts auxquels d’autres entreprises peuvent se connecter pour créer de la valeur. On est passé d’une économie concentrée à une économie distribuée.
De même, la traditionnelle « chaîne » de valeur s’est transformée en « boucle » dans laquelle la valeur est capturée à l’infinie au profit à la fois de l’entreprise et de l’utilisateur final. Dans ce nouveau paradigme, ce sont ceux qui gèrent le réseau qui perçoivent le plus de revenus et de marges.
L’étude de FaberNovel identifie 4 leviers opérationnels des acteurs de cette nouvelle économie :
- Magnétique, l’entreprise exploite et monétise des micro-points de valeur. Elle est capable de gérer des milliards de petites transactions.
- Temps réel, l’entreprise adapte ses produits, son offre, ses prix et jusqu’à l’expérience en temps réel grâce aux données comportementales de ses utilisateurs.
- Intime, l’entreprise propose autant d’expériences qu’elle a d’utilisateurs. La personnalisation de masse est au cœur de ses produits.
- Infinie, l’entreprise peut croitre jusqu’à avoir un coût marginal d’acquisition d’un client supplémentaire quasiment nul.
Comment en profiter ?
Selon FaberNovel, 5 stratégies s’offrent aux acteurs traditionnels pour tirer leur épingle du jeu dans une économie GAFAnomics.
- Se brancher aux infrastructures existantes des entreprises régies par la GAFAnomics économie, à l’instar de FedEx dont le service en ligne est construit sur Google Maps.
- Nouer des partenariats avec elles, comme Southwest Airlines qui offre à ses voyageurs la possibilité d’écouter de la musique via le service Beats d’Apple gratuitement
- Co-innover avec ses entreprises, comme Eutelsat et Facebook qui travaillent main dans la main à connecter l’Afrique
- Créer son propre réseau. A priori, il n’est pas tellement conseillé de se mettre en concurrence frontale avec ses géants du numérique mais il est possible d’y parvenir. Nike par exemple, qui historiquement n’avait pas d’actifs de réseau, est devenu un orchestrateur de réseau des performances de ses clients.
- Co-innover hors de l’univers GAFAnomics, comme l’ont fait Disney, Fox et NBC en créant la plateforme Hulu qui compte aujourd’hui 6 millions d’inscrits.
Les données constituent, il nous semble, la seule contre-partie à la possibilité de se connecter à ces réseaux intelligents. Avant de se lancer dans l’une ou l’autre de ces stratégies prometteuses, il est probablement sage de mesurer l’impact de laisser tout ou partie de ses data et celles de ses clients à ces géants. Mais a-t-on encore le choix ?
Comment protéger la vie privée des plus jeunes sur Internet ?
Par Alice Pairo, France Télévisions
Aujourd’hui, les 7-12 ans passent en moyenne 5h30 sur Internet par jour, selon l’Etude Junior Connect 2015 d’IPSOS. Ils sont de plus en plus souvent exposés à des situations problématiques. Il est donc bien naturel de les sensibiliser et les accompagner dans leurs usages. C’est à partir de ce constat que le Collectif pour l’éducation au numérique piloté par la CNIL – en partenariat avec France Télévisions et Skyrock – a pensé cette 2ème édition d’un concours, avec le soutien du ministère de l’Education Nationale et de l’Enseignement Supérieur et du ministère de la Ville, de la Jeunesse et des Sports.
Le concours
Le concours, ouvert aux jeunes de 18 à 25 ans, consiste à encourager les projets innovants visant à protéger la vie privée sur Internet d’un public encore plus jeune (6 à 14 ans). Les participants au concours ont carte blanche : vidéos, applis, serious games, dataviz, kits pédagogiques, supports imprimés. Ils peuvent proposer leurs projets jusqu’au 15 février 2016. Pour les aider, le Collectif EducNum propose de participer à des ateliers créatifs qui visent à encourager la co-création et le partage de compétence. Deux ont déjà eu lieu à Paris et à Rennes, mais il est toujours possible de se rendre à ceux de Lille (le 24 novembre), Grenoble (le 05 novembre), Bordeaux (le 12 novembre) et Strasbourg (le 19 novembre).
Pour Pierre Dubuc, Président co-fondateur d’OpenClassrooms et parrain des Trophées 2016 :
« Comprendre le numérique est aussi important aujourd’hui que de comprendre son environnement quotidien. Décoder et décrypter est devenu indispensable, partager ce savoir et le diffuser, notamment auprès des jeunes, fait partie de notre projet ! »
4 raisons d’y participer
- Obtenir un coup de pouce financier
Les lauréats du concours bénéficieront d’un soutien financier de 10.000€. Une somme utile pour incuber son projet, avoir accès à de cours de programmation, tester ses prototypes auprès du grand public ou encore élaborer une stratégie marketing !
- Se faire connaître
Remporter les trophées est un très bon moyen de se positionner sur le marché de la protection de la vie privée. Si le projet est retenu, le collectif Educnum s’engage à le valoriser dans les médias et sur ses supports de communication.
- Elargir son réseau
Participer à ce concours est l’occasion idéale de nouer des contacts et rencontrer d’autres jeunes, entreprenants et créatifs.
- Vivre une expérience unique
Entrer dans la compétition et défendre son projet devant un jury de professionnels du numérique et de l’éducation est une expérience valorisante dans son parcours étudiant ou professionnel.
Pour connaître toutes les informations relatives au concours, RDV sur le site www.educnum.fr
Le numérique peut-il sauver la planète ?
Par Mathias Virilli, billet invité
N’a-t-on pas mille fois conté la naissance concomitante du numérique et de l’écologie, de ces communautés mères de la contre-culture et de la cyberculture ? Elles-mêmes s’inscrivant dans un contexte contestataire et porteuses d’un idéal libertaire ?
Cette mythologie commune, on la retrouve par exemple incarnée dans le Whole Earth Catalog, ou encore dans les mots chez Richard Brautignan, écrivain beat qui, lors du Summer of Love de 1967, distribuait aux passants de Haight-Ashbury un tract sur lequel figurait le poème suivant* :
« Il me plaît à imaginer (et
le plus tôt le mieux !)
une prairie cybernétique
où mammifères et ordinateurs
vivent ensemble une harmonie
mutuellement programmée
semblable à de l’eau pure
effleurant un ciel sans nuage.Il me plaît à imaginer
(tout de suite, allons!)
une forêt cybernétique
semée d’électronique et de pins
où les cerfs flânent en paix
au-dessus d’ordinateurs
pareils à des fleurs
aux pétales filésIl me plaît à imaginer
(il en sera ainsi)
une écologie cybernétique
où nous sommes tous libres de tout travail
réunis à la nature, mêlés aux mammifères
nos frères et soeurs
et sous la haute surveillance
de machines pleins d’amour et de grâce. »
Aujourd’hui, écologie et numérique se partagent le champ sémantique de la transition ; la transition écologique change notre rapport à la nature, quand la transition numérique fait évoluer notre rapport à la culture et au savoir. Ensemble, elles viennent bouleverser nos référents culturels, à tel point qu’on entend parfois même parler de changement civilisationnel.
Si l’écologie et le numérique proposent tous deux des clés de lecture profondément transformatrice du monde contemporain, comment ces deux matrices s’articulent-elle ? A un peu plus d’un mois de la COP21 et à l’occasion d’un forum organisé par France Culture sur le thème : « La planète sera-t-elle sauvée par Internet ? », Anne-Sophie Novel, Jean-Louis Etienne et Benoît Thieulin se sont interrogés sur la contribution environnementale d’Internet.
Un canal de diffusion
La récente vidéo de Nicolas Hulot le montre bien : Internet peut être une formidable agora mondiale dans laquelle surgissent des débats publics. Sobrement intitulé Break the Internet, cette vidéo baigne dans une culture web qui tourne en dérision un exercice d’évangélisation rendu compliqué par sa fréquence, tout en s’appuyant sur les mécanismes de viralité bien connus des réseaux sociaux. Avec 3 milliards d’individus connectés, Internet a permis de mondialiser le concept abstrait de réchauffement climatique – tout autant qu’il a offert un espace de liberté et d’expression aux climato-sceptiques ; et aide actuellement à la mobilisation autour de la COP21. Ne peut-on pas toutefois envisager Internet, non seulement comme un canal de diffusion des idées, mais bel et bien comme un lieu d’innovation écologique ?
Un levier d’empowerment
Le numérique remplit en effet un rôle beaucoup plus important en ce qu’il constitue un outil d’empowerment de l’utilisateur. Loin de se cantonner à une réalité virtuelle, le numérique irradie aujourd’hui nos quotidiens et structure nos communications. La logique numérique est sortie de l’écran pour redéfinir le partage de l’information, des biens et des services.
Tel est le constat de départ du projet POC21 (pour proof of concept). Né de la fusion d’Open State et de OuiShare, POC21 est un accélérateur de solutions durables et open source qui a réuni, le temps de 5 semaines, 50 participants autour de 12 projets qui ont abouti à un catalogue de solutions prototypées.
Ainsi, l’initiative a le mérite, en amont de la COP21, de pointer du doigt le potentiel des solutions open source pour la transition écologique et la préservation du climat.
L’ouverture et le partage des données permis par Internet sont amenés à ouvrir la science à des travaux transdisciplinaires, pour lesquels des contributions non-expertes sont possibles. Ainsi, l’open source – et son corollaire l’open science – peuvent se mettre au service d’un objectif écologique, à l’heure où la donnée est au cœur de tout projet scientifique (comme le Polar Ocean Data de Jean-Louis Etienne).
La redéfinition spatiale des réseaux
De la crise économique ont ainsi émergé de nouveaux modes de consommation qui font écho à l’esprit de la bidouille (le DYI) inscrit dans l’ADN du numérique. Ainsi, les fablabs rendent à nouveau les objets réparables tandis que Le Bon Coin apporte une réponse sociale et écologique au gaspillage et à l’obsolescence programmée par la simple désintermédiation. Blablacar et Uber, s’ils ont transformé les modèles économiques du transport, ont d’abord permis une optimisation du taux d’occupation des véhicules via une mise en relation effective d’une offre et d’une demande. Couchsurfing ou plus récemment Airbnb font de même avec le logement, tandis que la smart city vise elle aussi à proposer une ville plus durable et participative.
De la même manière que les florissants espaces de co-working ou le vieil espoir de la généralisation du télétravail, ces nouveaux modes de consommation sont autant de réagencements du territoire potentiellement porteurs de création de valeur.
La désintermédiation, le peer-to-peer, les circuits courts… : autant de leviers pour diminuer l’empreinte carbone de nos modes de vie ? C’est ce que pense notamment Jeremy Rifkin pour qui une troisième révolution industrielle est en marche : celle des « communaux collaboratifs ». Un nouveau système de production et de consommation issu d’Internet qu’il s’attelle à appliquer en France dans la région Nord-Pas-de-Calais, où il prône par exemple la production par foyer et la mise en réseau d’énergie renouvelable.
La révolution numérique et le changement de civilisation qu’elle opère, se verrait ainsi doté d’une responsabilité sociale et écologique.
Une empreinte carbone qui fait tâche
Si certaines émanations du numérique vont dans le sens d’un allègement de notre empreinte carbone, d’autres au contraire pèsent un peu plus sur le bilan, à l’instar de la distribution à domicile. A tel point que l’empreinte carbone d’Internet est jugée équivalente à celle du transport aérien !
Est-il possible d’envisager un Internet décarboné ? Benoît Thieulin voit trois leviers pour tendre vers un Internet plus propre : le hardware, le software, et l’usage citoyen.
Outre l’encouragement d’une meilleure circularité et de plus de recyclage du hardware, Benoît Thieulin pense que les programmes développés sont amenés à être plus légers en termes de consommation de calcul, mobilisant moins d’énergie pour produire moins de chaleur. Des « écologiciels » (selon la formule de Jean-Louis Etienne) que viendraient compléter des éco-gestes numériques de la part des consommateurs-citoyens, dont les choix doivent être conscients de la consommation induite par chaque requête.
Cette dernière mesure peut sembler dérisoire quand on observe la croissance exponentielle des données. Sorte de loi de Moore contemporaine, le volume de données et leur circulation n’est pas étrangère à l’empreinte carbone de l’écosystème numérique. Aussi faut-il envisager une évolution de l’architecture du web, vers un modèle plus distribué, plus horizontal, un web de plateforme qui serait moins consommateur d’énergie ? En ce sens, Benoît Thieulin évoquait la redistribution des serveurs chez les particuliers, qui permettrait de remplacer le couple serveur-climatiseur des gigantesques data centers par une version bien plus écologique, où le serveur viendrait se substituer au chauffage.
Toutefois, le Big data et la puissance et la finesse croissantes du calcul qui l’accompagnent devraient permettre d’optimiser la consommation d’énergie (c’est le principe des smart grids), et d’évaluer de manière plus précise l’empreinte carbone du numérique.
Un même enjeu : une prise en main politique du débat
Si le numérique est porteur d’une certaine frénésie révélatrice du caractère infini des connexions des connaissances et des savoirs, l’écologie peine quant à elle à acter le rapport fini aux ressources naturelles. Ce récent basculement nous fait entrer dans une révolution industrielle dont la matière principale, l’information, s’incarne dans la sacro-sainte donnée. Cependant, il ne nous permet pas encore de disposer du recul nécessaire pour juger de l’impact écologique de cette consommation numérique accélératrice et fluidifiante.
Le risque, dans un cas comme dans l’autre, est ce que Jean-Louis Etienne désigne sous le terme médical de « fébricule » : on ne s’occupe d’une petite fièvre qu’à partir du moment où les complications se manifestent. De la même manière que les conférences sur le climat répondent à un besoin de politisation des enjeux écologiques, Dominique Cardon appelle ainsi dans son dernier ouvrage à une politisation du numérique. Afin qu’il y ait une appropriation des enjeux par les citoyens et les politiques, il préconise de faire preuve de pédagogie afin de sensibiliser aux enjeux numériques et de permettre, in fine, de choisir dans quelle culture numérique nous souhaitons. Une cyberculture écologique, par exemple ?
*Ted Turner, Aux sources de l’utopie numérique – De la contre culture à la cyber culture
Big Data : comment les algorithmes façonnent le monde
Par Alice Pairo, France Télévisions
Dominique Cardon, sociologue du département SENSE d’Orange Labs et professeur associé à l’université de Marne-la-Vallée est l’auteur d’un nouvel essai sur les Big Data. Il propose dans cet ouvrage une réflexion nuancée, se plaçant entre un discours hyper critique qui joue sur l’opposition entre hommes et machines et la multiplication des discours messianiques. Dans « A quoi rêvent les algorithmes ? Nos vies à l’heure des big datas », il aborde leur omniprésence et interroge ce qu’il advient de notre libre-arbitre face à ces calculateurs décris comme « architectes de nos environnements ».
Le sociologue a présenté son essai mardi à l’occasion d’un événement « Aux sources du numérique » qui lui était consacré.
Quatre familles de « calculateurs numériques »
Si le sociologue nous alerte sur une problématique souvent discutée depuis l’affaire Snowden –l’honnêteté des sites envers leurs utilisateurs quant aux traitements des données–, le véritable apport de cet essai sur les algorithmes réside dans la classification pensée par son auteur pour les appréhender. Dominique Cardon tente de comprendre le principe de ces calculateurs pour mieux saisir les « mondes » qu’ils fabriquent, ou du moins qu’ils proposent. Il identifie quatre approches différentes :
- les algorithmes destinés à la mesure de la popularité (ceux qui calculent l’audience, les vues et clics sur les sites internet)
- ceux relatifs à l’autorité (des mesures basées sur la méritocratie, sur le modèle du PageRank de Google)
- ceux destinés à la mesure de la réputation (que l’on retrouve sur les sites de notation)
- ceux destinés à la prédiction (la personnalisation des contenus permis par les traces de navigation des internautes)
Dès lors que l’on comprend ce que recouvrent ces algorithmes, l’objet de leur démarche, on peut les discuter. Dominique Cardon considère les visées de ces calculateurs numériques comme un véritable sujet politique, il estime donc qu’il doit être possible de les remettre en cause. Expliquer leur fonctionnement au lecteur c’est lui donner la clé pour entrer dans la même démarche.
Les datas et la persistance des inégalités
Autre point important de l’essai, les défauts des algorithmes de recommandation. Le sociologue explique qu’à l’origine les data représentaient l’espoir d’un modèle de classification considéré comme plus juste par les individus, car réalisé par le « bas », à partir des pratiques des individus eux-mêmes.
Il était a priori moins sommaire et grégaire que les classements classiques, basés sur d’autres catégories comme les classes sociales, les genres ou les territoires, établies par le « haut ». Mais ces méthodes de calcul ont aussi révélé des travers : les algorithmes de recommandation par exemple nous cantonnent souvent aux éternels mêmes choix. Les sites qui procèdent à ce type de calculs (à l’image d’Amazon ou de Netflix) proposent des choix variés à des personnes aux goûts hétéroclites et des choix restreints à ceux dont la navigation est moins diversifiée. Et reproduisent ainsi les inégalités entre les individus. Malgré une autonomie apparente, nous évoluons dans un univers de régularité assez effrayant.
« Les algorithmes donnent aux curieux un instrument d’’empowerment’ et enferment ceux qui le sont moins »
De plus ces calculateurs ne parviennent pas encore à calculer la subjectivité. C’est bien là leur limite… Ils sont très réducteurs et donc assez peu représentatifs. « Les algorithmes nous réduisent à nos traces, mais nous ne sommes pas que la trace de nos comportements » a souligné Dominique Cardon lors de la rencontre. Ils pourraient selon lui être affinés, notamment grâce à « tous les endroits où l’on produit du jugement ».
Passer en « mode manuel
Si ces algorithmes ont des visées différentes, ils présentent un trait commun : tous sont basés sur la performance. Le sociologue déplore cette obsession et réclame que les entreprises et data scientists proposent d’autres usages aux calculs que ceux basés sur l’efficacité.
C’est finalement tout le propos de l’essai de Dominique Cardon : il souhaite par sa classification des calculateurs numériques permettre aux internautes, souvent dépassés, de mieux s’en saisir afin que ceux-ci puissent entrer dans une démarche active, critique voire exprimer leurs désirs d’autres modèles. Mieux comprendre ces calculs qui nous entourent pour ne plus les subir. Il s’agit, selon les termes du sociologue, de « passer en mode manuel ».
Aujourd’hui, il est difficile d’envisager de vivre sans ces algorithmes, ils sont omniprésents, et nous ne connaissons pas tous les tenants et aboutissants de leur exploitation, c’est pourquoi il faut les inscrire comme sujet de débat public de premier plan.
Si vous ne l’avez pas encore vue, ici l’interview de Dominique Cardon par Jérôme Deiss, responsable numérique, France Télévisions:
Liens vagabonds : YouTube, Facebook, CNN, Disney et les autres
A RETENIR CETTE SEMAINE :
- Lancement officiel d’Instant Articles de Facebook avec des dizaines d’éditeurs
- CNN lance une offre jeunes face à Vice et BuzzFeed
- Twitter débauche une pointure du NYTimes pour s’occuper des news
- YouTube en mode payant à 10 $/mois sans pub ! Voici YouTube Red avec ses stars (des stars forcées de signer) (+ les coulisses de la décision); ESPN retire ses vidéos de YouTube
- Disney lance aussi une offre de SVoD
- Google et Microsoft engrangent plus de 4 milliards $ de profits chacun en 3 mois !
- Le projet Molotov se précise
“MUST READ”
- Cord-cutting TV aux US, mythes et réalités : sans stratégie pour reconquérir les jeunes, la TV tradi est condamnée
- A l’intérieur de l’empire SnapChat qui entend devenir le roi de l’entertainment
- Les éditeurs pris au milieu de la guerre Apple/Google
- Comment la nouvelle mesure d’audience globale de Nielsen va changer l’industrie
- L’avenir de l’info n’est pas l’article
Le nouvel outil de mesure d’audience de Nielsen
A VOIR
Russell T Davies – « The battle for the BBC is lost »Russell T Davies, Doctor Who and Cucumber writer: « The battle for the BBC is lost »
Posté par Radio Times sur jeudi 22 octobre 2015
A ECOUTER
ABUS DE POSITION DOMINANTE – The winner takes all !
SURVEILLANCE vs. CONFIANCE
- Facebook vous préviendra si votre compte est hacké par un Etat
- Apple supprime 256 applications de l’App Store pour vol de données personnelles
NOUVEAUX USAGES, COMPORTEMENTS
- Un problème pour Google : la moitié des gens ne font aucune recherche quotidienne sur mobile
- Réseaux sociaux : Instragram, Twitter, SnapChat en tête pour les ados
- La messagerie instantanée accélère son emprise : plus d’un internaute sur deux (55%) utilise quotidiennement une messagerie instantanée.
- Comment Amazon est devenu le 1er éditeur US de livres traduits
DISRUPTION, REVOLUTION, DISLOCATION
- Pas d’impact négatif de la BBC sur la presse britannique ou les TV privées (étude KPMG)
- ESPN va licencier 300 personnes
- La programmatique au-delà de la publicité
NOUVEAUTES
- Faire des sondages sur Twitter
- MyPhotoreporter : plateforme de crowd funding pour le photo journalisme
- Moteur de recherche : Yahoo désormais avec Google
REALITE VIRTUELLE / REALITE AUGMENTEE
- MTV se lance aussi dans la réalité virtuelle
- Le monde du cardboard évolue encore un peu plus ; le NYTimes s’allie avec Google
- Google supprime des apps VR pour le Cardboard
ROBOTS, INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, AUTOMATISATION, BIG DATA, MACHINE LEARNING
- IBM Watson arrive dans le sport
- Google investit la start-up chinoise Mobvoi, société spécialisée dans l’intelligence artificielle
SMART TV / STREAMERS / VIDEO / MULTI-ECRANS :
- La BBC va diffuser du sport sur Facebook
- Hulu meilleur que Netflix
- Après l’OTT, Vice veut faire aussi de la TV
- Quartz Video : en 6 mois et avec 3 personnes, 45 millions de vues
- Pass Gulli : offre SVoD de Wuaki.tv avec Gulli
- Popcorn Time : même plus besoin d’appli
NETFLIX
RESEAUX SOCIAUX
- 6 raisons pour lesquelles les jeunes délaissent Facebook pour SnapChat
- Instagram : baisse de la visibilité organique et lancement d’un espace business
- Snapchat : 6 stats à connaître
- Marketing : Instagram sera plus utilisé que Twitter d’ici 2017. Pas étonnant quand on sait que 59% des utilisateurs d’Instagram y vont quotidiennement dont 35% plusieurs fois par jour
MUSIQUE
- Avec 6,5 millions d’abonnés, Apple Music a déjà dépassé Deezer mais reste loin derrière Spotify à 20 millions d’abonnés.
PUB
- Les adblockers risquent de tuer les médias; les éditeurs admettent une part de responsabilité et Google semble prêt à les aider
- Ce qui marche dans la pub en ligne
- Facebook : son carrousel de pubs est 10x plus efficace que les formats classiques.
- La pub ne représenterait que 3% du news feed de Facebook
JOURNALISME 2.0
- Reportage de la radio/TV publique suisse RTS sur la route des migrants : 3 semaines, 6.000 km, 12 pays avec une GoPro et un iPhone
- Google publie les modalités de son fonds européen pour l’innovation dans le journalisme numérique
OUTILS