Quels impacts des technologies de communication sur l’Homme qui vient ?
Par Alicia Tang, France Télévisions, Direction de la prospective
Notre société et notre monde sont en train de se transformer de manière irréversible du fait de la révolution numérique qui accélère notre capacité à communiquer et à échanger, affranchit les frontières spatiales et temporelles, et finalement fait évoluer la définition même de l’être humain. Alors que les altérations technologiques étaient autrefois réservées aux plateformes numériques, c’est désormais la matière et le corps humain qui deviennent sujets à expérimentations, modifications, notamment à travers l’assimilation de plus en plus poussée des objets connectés et leur capacité à créer de nouveaux langages.
Pierre Calmard, CEO d’iProspect France prédit dans son essai « L’Homme à venir, comment le numérique va nous transformer » que ces transformations irréversibles vont faire émerger un Homme nouveau, un mutant biotechnologique. Il y a donc urgence : arriverons nous à contrôler cette révolution ?
Au commencement, l’évolution technologique appliquée à la communication
Nous connaissons actuellement une accélération et même une hyper accélération de notre capacité à communiquer et à échanger. Même si ces transformations ne sont pas visibles à l’échelle individuelle car il n’y a pas de rupture, mais bien une adaptation progressive et profonde, à l’échelle de la vie sur terre et de son évolution, les transformations de ces dernières années sont pharaoniques.
Toujours plus de vitesse, de contenus, de fluidité, d’interface intuitive et immédiate, de flexibilité, « le rythme actuel des nouveautés engendrées par les technologies changent la donne » et la technologie s’efface jusqu’à devenir invisible. Les frontières spatiales et temporelles sont affranchies et la notion de matière devient modulable, « la technologie numérique décuple le pouvoir ».
Pour Pierre Calmard, la dichotomie déjà dépassée entre réel et virtuel va disparaître, et les différences entre « traditionnel » et « numérique » vont se compléter, se juxtaposer et s’enrichir.
« L’humanité va assister à la fin du biologique, pour entrer dans l’ère biotechnologique [qui] pourra désormais remettre de la rapidité dans le processus [de l’évolution de l’homme] ». Cette évolution est rendue possible par le développement, l’assimilation et l’incorporation de plus en plus poussée de l’internet des objets et de l’intelligence artificielle, au niveau même du corps humain. L’intelligence artificielle pourrait dépasser l’intelligence humaine vers 2035 et la première fusion se fera vers 2050, ce qui permettra de démultiplier les capacités du cerveau. Le cloud permettra de créer des excroissances, accessibles partout en permanence, « le stockage de la données permettra à l’esprit de se concentrer sur autre chose […] L’être humain est en train de devenir multitâche ». Le numérique sera fondu dans la matière et l’on oubliera son existence, à l’instar du sucre dans un café. L’homme va devenir hybride, tout comme son environnement.
« Avec la biotechnologie, rien n’interdit la création de genres nouveaux, qui pourraient diversifier plus encore la palette des représentants de l’espèce, […] l’Homme à venir deviendrait ainsi plurisexuel ».
L’authentique, la nouvelle valeur refuge
L’Homme va donc développer de nombreuses craintes par rapport à l’avenir et cherchera un retour à l’authentique, « comme si les incertitudes concernant l’avenir à court terme provoquaient une appétence nouvelle pour le passé ».
A l’heure où la matière est recalculée, créée par l’Homme qui s’invente en démiurge de ses propres améliorations physiques et technologiques, cette « schizophrénie » deviendra un véritable enjeu de société. Pour les marques, il faudra innover sans sacrifier l’authenticité. Sinon, comme nous le voyons de plus en plus, les internautes puis les consommateurs sanctionneront. Les gouvernements devront faire face au même défi : tout est décortiqué, contrôlé, et le devoir de transparence va s’accentuer, afin de rétablir une certaine confiance avec les populations.
La prise de pouvoir des plateformes de communication
Avec l’arrivée des nouvelles interfaces et plateformes numériques, les médias traditionnels — nous le savons– doivent s’adapter car les premières « leur confisquent l’intermédiation entre eux et leurs consommateurs. Ce pouvoir immense permet à ces interfaces de capter une énorme partie de l’économie publicitaire à l’échelle mondiale ».
Cette prise de pouvoir s’effectue sur quatre aspects :
- économique : Google ou Apple ont déjà gagné la bataille économique car ils ont réalisé en 2014 entre 14 et 16 milliards de dollars de bénéfice. Ainsi, le plus grand groupe de média au monde est 3 fois plus petit que n’importe laquelle de ces plateformes. Le premier groupe de média français est quant à lui 100 fois plus petit en termes de valorisation. Les géants du net ont donc aujourd’hui la possibilité de tout acheter, de la nanotechnologie à la recherche pour le traitement du cancer.
- appropriation du légal : les policies de Facebook ou encore Google sont en train de prendre le pas sur les législations nationales. Les Etats ont de plus en plus de mal à faire respecter leurs propres lois étant donné que les plateformes réussissent à faire appliquer leurs règles. Le pouvoir est donc en train de changer de main.
- appropriation du cerveau : celui-ci mute dans une logique d’intelligence artificielle
- appropriation du corps dans son entièreté pour arriver à l’immortalité, comme le prouve l’embauche de Ray Kurzweil par Google par exemple.
Au delà des plateformes, ce sont les entreprises de software (Microsoft et tous ses descendants), les fabricants de terminaux, et les ingénieurs et les codeurs, ceux qui maîtrisent le numérique, inventent les interfaces numériques et les rendent ergonomiques, qui ont désormais le pouvoir.
Le futur de la communication
« A l’horizon, les plateformes numériques seront beaucoup mieux armées que les médias pour mettre en scène la mythologie des marques. Ici et maintenant, la communication commerciale, loin de disparaître, évolue dans sa forme avec la digitalisation des médias, floutant les frontières entre information et publicité ». Le numérique, « par sa souplesse, sa fluidité, le remodelage permanent des interfaces, les contenus se personnalisent et ont tendance à se fondre dans une joyeuse confusion ».
Face à cette atténuation des frontières, il devient de plus en plus difficile pour un annonceur de sortir de la masse de productions, et des nouvelles techniques se développent afin de toucher sa cible : complexification des « stratégies médias », invention de « plateformes de communication » et d’ « insights consommateurs », professionnalisation et complexification des métiers de conseil en communication, tant sur les idées créatives que sur l’activation des leviers, et enfin développement de nouvelles notions comme le brand content.
Enfin, l’arrivée de l’intelligence artificielle est une étape supplémentaire, « ce sont désormais les algorithmes qui travaillent seuls » et cela crée une dépendance aux plateformes technologiques.»
Quelle place pour les médias ?
Les médias font face à de nombreux défis : la perte de contrôle de leur propre diffusion, la diffusion dépendante d’une présence travaillée sur les plateforme numériques, et la difficulté de maîtriser les contenus.
Les journalistes de leur côté tentent de s’approprier ces nouveaux outils (blogs, réseaux sociaux, site web et mobile), et pose au passage la question de l’émetteur, « le dépositaire de l’autorité éditoriale ». Ce qui permet aujourd’hui à un média d’être légitime, pour Pierre Calmard, c’est sa réputation, sa capacité à fédérer et sa légitimé dans l’opinion, sa mythologie.
Concernant la monétisation, l’audience ne génère plus la même valeur qu’autrefois. Pour l’auteur, il faut donc transformer les « médias » en « marque média », afin d’étendre le territoire d’expression de sa mythologie, devenir un média raconté, qui délivre une parole. Cela passe par la mise en avant de valeurs, la nécessité d’affirmer et démontrer son intégrité, son objectivité ou sa subjectivité, sa compétence et son professionnalisme, et enfin générer de la confiance.
« Les médias constituent désormais une proie facile pour les faucons du numérique » , qui eux sont à la recherche de contenus. Cependant on ne va pas vers une intégration des médias par les plateformes car deux faiblesses subsistent de leur côté : elles ont une ambition démesurée et essaient chacune d’imposer leur standard. « [Les plateformes] cherchent trop à s’éliminer pour être capable de structurer un monde parfaitement fluide pour l’individu ». Enfin, la neutralité est nécessaire, ce qui est en contradiction avec les médias « par essence subjectifs ». Cela deviendra donc très difficile pour elles d’assumer certains choix.
L’Humanité est condamnée
La révolution numérique de nos systèmes de communication est l’élément déclencheur de toutes les transformations à venir et de l’émergence d’un « être nouveau » selon l’auteur. Cependant, « elle sacrifiera des peuples entiers et laissera derrière elle l’immense majorité des hommes et des femmes de la planète ».
La naissance d’un homme fondamentalement différent restera donc l’apanage d’une minorité ce qui, selon l’étude Handy de la NASA (2014), conduira inexorablement notre civilisation à s’éteindre.
« La rareté des ressources provoquée par la pression exercée sur l’écologie et la stratification économique entre riches et pauvres ont toujours joué un rôle central dans le processus d’effondrement ». Ainsi « à l’horizon, la fin de l’être humain dans sa forme actuelle est programmée, son successeur éventuel sera un homme à venir mutant. Ici et maintenant, la communication est un facteur d’accélération de la fin de notre société. Les actions humaines d’aujourd’hui détermineront même d’un futur pour les descendants de l’espèce ».
Marketing : le pari gagnant de l’envoi de courriers imprimés
Par Alicia Tang, Direction de la Prospective, France Télévisions
Déclin des audiences de la presse, de la radio et plus récemment de la télévision : les annonceurs font grise mine. Dans ce contexte, le courrier, c’est-à-dire le prospectus de pub que l’on reçoit dans sa boîte aux lettres, retrouve de l’intérêt auprès des marketeurs.
Malgré son image ringarde et obsolète, le courrier adressé –et non adressé– continue d’être un média de masse et offre de nombreux avantages. Pour Eric Trousset, DGA chez Mediapost Publicité, qui s’exprimait lors de la conférence de l’Observatoire Com Média, « vendre du courrier est un combat contre les idées reçues ».
Précis et créant un lien spécial avec le consommateur, voici une piqûre de rappel pour ceux qui auraient déjà jeté le courrier aux oubliettes.
Un marché fragilisé et un support médiatique physique délaissé
En 2014, le marché global de la communication représente 49 millions d’euros, répartie entre des prestataires issus des marchés de l’industrie (57%), des médias (24%) et des agences (19%). C’est 1,44% du PIB contre presque 2% il y 15 ans. Les professionnels du secteur observent un appauvrissement de la valeur du coût contact, une fragilisation des médias traditionnels et une bipoliarisation du marché. D’un côté le marché low cost, plutôt grand public, et de l’autre le marché premium, avec un déplacement de la valeur pour mieux réussir à capter l’attention. Pour contrer cette tendance, les agences de communication cherchent de plus en plus à optimiser leur support média, et le numérique est pour beaucoup une réponse à ce marché morose car il permet de mieux cibler et personnaliser les messages publicitaires.
Benoît Régent (Balmétrie) précise que le courrier n’est généralement pas envisagé et que « pour certain, le courrier c’est du hors-média car il n’y a pas de rédactionnel. En plus, la majorité des annonceurs sont des entreprises parisiennes, avec des employés plutôt CSP + qui ne se rendent pas compte de sa puissance, alors que c’est un média redoutablement efficace ». En effet, le courrier demeure être un support très efficace pour les annonceurs : hommes ou femmes, seniors ou digital natives, ruraux ou urbains, cadres supérieurs ou employés, tout le monde lit son courrier de manière régulière, et notamment les imprimés publicitaires adressés et non adressés.
L’imprimé, un média de masse
Selon Benoît Régent, le courrier a encore sa place en tant que support publicitaire et communicationnel : 89% des Français prennent leur courrier tous les jours et 93,9% le lisent chaque semaine. On peut donc parler de véritable rituel.
Le courrier publicitaire a donc l’avantage d’être encore un média de masse touchant l’ensemble de la population : 69,2%, soit 35,6 millions de citoyens, lisent en moyenne 6,8 imprimés publicitaires chaque semaine. Leclerc peut ainsi se targuer d’avoir 13 millions de lecteurs hebdomadaires !

D’autre part, Mark Harrison de la International Post Corp précise que le courrier, du fait d’être imprimé sur un support physique, « permet un lien physique avec le consommateur et impacte directement et profondément son cerveau ». De nombreuses études prouvent que le toucher, s’il est associé à un autre sens, dans le cas présent, celui de la vue, permet de stimuler le cerveau et facilite l’absorption du message.
Un support conversationnel au sein des foyers
Une étude britannique réalisée par Royal Mail en 2014 met en exergue les atouts du courrier. Au sein des ménages anglo-saxons, celui-ci est échangé, déplacé, conservé et discuté. Ainsi, le temps moyen quotidien dédié à la lecture de magazines est de 14 minutes, tandis que celui accordé au courrier publicitaire atteint 22 minutes. En plus de consacrer du temps à ce type de média, les britanniques lui réservent également une place spéciale. Ainsi, 39% des foyers stockent leur courrier dans un espace précis, ce qui confère à ce support papier une place particulière et donc une exposition plus longue au message publicitaire, en moyenne de deux semaines.
« Le courrier fait pénétrer la marque dans le foyer » assure Mark Harrison, « 81% des britanniques se souviennent d’une publicité qu’ils auraient pu voir il y a 4 semaines dans un courrier. Le courrier rend donc le message mémorable ».
La clé du succès d’une campagne média : la complémentarité des supports
Placer le courrier en dernière étape d’une campagne publicitaire permet d’amplifier l’impact du message et donc d’augmenter l’efficacité en matière de retour sur investissement de la part de l’annonceur, à hauteur de 12%. Malgré les discours laissant penser que les campagnes numériques sont les plus efficaces, notamment pour cibler les consommateurs, Pascal Béchu, Directeur Processus Financiers et Risques Clients chez Bouygues Télécom rappelle, en donnant notamment l’exemple du lancement de la box fibre, que le courrier permet d’avoir des campagnes de publicité extrêmement précise, à l’échelle non pas d’une ville ou d’un quartier mais bien d’un immeuble, « et ça, il n’y a que le courrier qui peut le faire ».
Il convient donc pour les annonceurs d’avoir une approche plus complémentaire de leur compagne média ; le courrier peut devenir, à l’heure du tout numérique, une expérience différentiante pour le consommateur.
Lectures de l’été (1/2)
Voici nos recommandations semestrielles de lectures pour mieux comprendre et apprécier le monde qui vient :
Understanding Context, Environment, Language, and Information Architecture
Andrew Hinton
Pour rendre le monde qui nous entoure plus intelligible, nous avons pour habitude d’essayer de contextualiser notre environnement. Désormais, avec le numérique, cette pratique devient de plus en plus difficile et même le simple fait de trouver des réponses aux questions « où » et « qui » n’est plus si simple.
Ce livre pratique présente une gamme puissante d’outils afin d’aider les architectes de l’information, les professionnels de l’expérience utilisateur et les designers web et d’application à comprendre et à résoudre ces nouveaux challenges.
Rise of the Robots , Technology and the Threat of a Jobless Future
Martin Ford
Quels sont les emplois de demain ? Combien y en aura-t-il ? Et qui les aura ? Nous pouvons imaginer et espérer que la révolution industrielle actuelle, à l’image des anciennes, détruira certes des emplois, mais en créera d’autres afin de répondre aux besoins des innovations de cette nouvelle ère. Dans Rise of the Robots, l’entrepreneur de la Silicon Valley Martin Ford explique pourquoi cela ne va absolument pas être le cas et comment de nombreux métiers vont même devenir obsolètes : juristes, journalistes, employés de bureau et même programmeurs informatiques risquent d’être remplacés par des robots et autres software intelligents.
La gratuité, à quel prix ? , Circulation et échanges de biens culturels sur internet
Joëlle Farchy, Cécile Méadel, Guillaume Sire
Le prix Nobel d’économie Milton Friedman l’a dit clairement : « un repas gratuit, ça n’existe pas ». Pourtant, le web semble remettre en cause cet axiome puisqu’il permet aux internautes d’accéder, sans dépense apparente, à une multitude de biens culturels. Mais derrière une apparence de gratuité pour, les modèles proposés ont des conséquences bien différentes. L’internaute devra lui aussi en payer le prix, sous forme directe ou indirecte, aujourd’hui ou demain, tandis que les modalités de partage de valeur entre les acteurs économiques sont amenées à évoluer.
L’ouvrage explore ces notions et analyse trois secteurs qui constituent les principaux produits d’appel du marché de l’internet : l’audiovisuel, la musique et le livre.
Digital Gold , Bitcoin and the Inside Story of the Misfits and Millionaires Trying to Reinvent Money
Nathaniel Popper
Le Bitcoin a fait émerger un mouvement social mondial et avec lui ses ambitions utopiques. Cette idée d’une nouvelle devise, entretenue par les ordinateurs des utilisateurs à travers le monde a été beaucoup moquée, mais a finalement réussi à s’imposer. Les adeptes du Bitcoin, de Pékin à Buenos Aires perçoivent un nouveau système financier gratuit exempt des banques et des gouvernements, et l’apparition d’une nouvelle monnaie pour l’ère numérique.
Digital Gold est le titre d’un conte inventé qui raconte l’histoire des personnes qui ont construit le Bitcoin.
Work Rules! , Insights from Inside Google That Will Transform How You Live and Lead
Laszlo Bock
Google reçoit 1.500.000 candidatures par an. Ce livre vous explique pourquoi et vous propose quelques clés pour mieux apprendre de vos employés, les meilleurs comme les pires ; comprendre pourquoi il vaut mieux embaucher des personnes plus intelligentes que vous ; ou encore pourquoi il ne faut pas faire confiance à son instinct.
Confucius et les automates , L’avenir de l’homme dans la civilisation des machines
Charles-Edouard Bouée, François Roche
Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, l’intelligence artificielle et l’intelligence humaine vont entrer en concurrence. Des taches de plus en plus sophistiquées vont être prises en charge par des robots : que restera-t-il de l’emploi industriel, si les usines sont automatisées et pilotées à distance ? Dans le même temps, l’Internet deviendra un espace totalement privé, aux mains d’entreprises surpuissantes en mesure de concurrencer les Etats. Dans cette nouvelle civilisation des machines, l’homme sera-t-il le maillon faible ? Que faire de lui, s’il tend à devenir oisif (raréfaction du travail) et immortel (allongement de la durée de vie) ?
Datavision 2 , Le savoir est un art
David Mc Candless
Si le premier ouvrage s’intéressait à l’information et aux données d’actualité, Datavision² franchit une étape supplémentaire et offre une plongée dans les eaux profondes de la connaissance et de l’histoire humaine. David McCandless pose les fondations d’une science de la représentation des données complexes : la datavisualisation. Le livre fait la magistrale démonstration que celle-ci permet une approche plus directe, mieux hiérarchisée, plus facilement mémorisable et plus séduisante du savoir universel.
Statactivisme, comment lutter avec des nombres
Isabelle Bruno, Julien Prévieux, Emmanuel Didier
Les statistiques nous gouvernent. Argument d’autorité au service des managers de tout poil, elles mettent en nombres le réel et maquillent les choix politiques en vérités nimbées d’une aura mathématique. Et, en effet, lorsqu’on vous assène tableaux chiffrés, courbes, diagrammes et autres camemberts, comment lutter ?
Le parti pris de ce livre collectif, qui rassemble les contributions de sociologues, de journalistes, mais aussi d’artistes et de militants syndicaux ou associatifs, procède du judo : prolonger le mouvement de l’adversaire afin de détourner sa force et la lui renvoyer en pleine face. Faire de la statistique, instrument du gouvernement des grands nombres, une arme critique. Militer avec des chiffres, ce serait faire du statactivisme.
Boundaries of Journalism: Professionalism, Practices and Participation
Matt Carlson, Seth C. Lewis (éditeurs)
Le concept de frontières est devenu une thématique centrale dans les études de journalisme. Ces dernières années, le déclin des organisations médiatiques traditionnelles et la montée de nouveaux outils médiatiques interactifs a conduit à s’interroger sur « qu’est ce que le journalisme ? » et « qui est un journaliste ? »
Boudaries of Journalism réunit les dernières recherches sur le futur, les frontières et les limites du journalisme, avec un large éventail de points de vue, méthodes et fondements théoriques.
How to Make Sense of Any Mess: Information Architecture for Everybody
Abby Covert
Tout devient plus complexe et il est facile d’être submergé par la masse d’informations que nous rencontrons chaque jour. Cependant, il est indispensable de comprendre et de travailler ces infos et données. L’architecture de l’information, c’est la manière d’agencer différents éléments pour les rendre compréhensibles.
Ce livre propose un parcours en 7 étapes pour trouver du sens dans n’importe quelle pagaille, c’est-à-dire « une situation dans laquelle les interactions entre différentes personnes et informations est confuse ou très difficiles ».
How we got to now
Steven Johnson
Dans cet ouvrage, Steven Johnson explore l’histoire des inventions depuis plusieurs siècles, et leurs conséquences inattendues et involontaires sur l’histoire.
It’s Complicated: The Social Lives of Networked Teens
Danah Boyd
A quel point la vie des adolescents est différente aujourd’hui ? Il y a ce qui est visible, c’est-à-dire la technologie, qui leur permet notamment d’être hyperconnecté avec leurs pairs. Cependant, il ne s’agit que de la partie submergée de l’iceberg car finalement, les adolescents d’aujourd’hui sont plus limités dans leur déplacement, plus réglementés en termes de temps et d’activités, et ils subissent plus de pression que les générations précédentes. Cela signifie donc qu’ils ont moins d’opportunités de se socialiser « en face à face », et que la technologie n’est finalement qu’une soupape de sûreté pour ces jeunes.
The Age of Earthquakes: A Guide to the Extreme Present
Douglas Coupland, Hans Ulrich Obrist
50 ans après l’ouvrage de Marshall McLuhan sur l’influence de la technologie sur la culture, Le medium c’est le message, les trois auteurs de The age of earthquakes prolongent son analyse jusqu’à aujourd’hui, faisant l’itinéraire du monde redéfini par Internet, décodant et expliquant ce qu’ils appellent « l’extrême présent ».
1995: The Year the Future Began
W. Joseph Campbell
Une période charnière dans l’histoire récente des Etats-Unis, c’est 1995, une année exceptionnelle. Ce livre relate les moments décisifs de ces douze mois, notamment l’émergence de Internet et du World Wide Web dans la vie des américains, le bombardement à Oklahoma City, le « procès du siècle », la fin de la guerre de Bosnie ou encore les premières rencontres entre Bill Clinton et Monica Lewinsky. Comme le démontre Campbell, 1995 a été une année marquée par des événements extraordinaires et ont constitué un tournant du millénaire. Les effets de cette année charnière résonnent encore, marquant la fin d’un siècle et l’aube d’un nouveau.
L’art de faire des recherches et de partager l’information
Jérôme Deiss
Face à la surabondance d’informations, la maîtrise de la recherche et du partage de contenus pertinents est devenue indispensable sur le web, que ce soit pour des raisons professionnelles ou privées. Mais quelle solution technique choisir ? Quels outils utiliser ? Quelles compétences développer ? Ce guide pratique offre une vision concrète et détaillée de tous les principes de la veille et de la curation et permet d’acquérir les compétences nécessaires pour une démarche active sur le web.
Disruptive Power: The Crisis of the State in the Digital
Taylor Owen
Les Anonymous, WikiLeaks, l’armée électronique syrienne, Edward Snowden, le Bitcoin, le Printemps arabes… les technologies de communication numérique ont engendré une période de complexité sans précédent, notamment dans les sphères politiques mondiales. Aucun secteur n’est épargné : humanitaire, guerre, diplomatie, finance, activisme ou encore journalisme. Les départements gouvernementaux, les organisations internationales et les entreprises sont challengés par de nouveaux acteurs internationaux connectés, en réseau et décentralisés. Ils sont une nouvelle forme de puissance du 21e siècle : la puissance disruptive.
The Artist’s Way Morning Pages Journal
Julia Cameron
L’auteur du best-seller The Artist’s way propose aux lecteurs un compagnon, afin de leur permettre de se découvrir, de révéler leurs peurs et aspirations, et de s’arrêter un instant sur leur quotidien. Les lecteurs trouveront de l’intimité, une petite salle de rédaction portable, où leurs opinions ne seront soumises qu’à leur propre regard. Morning Pages priorise le jour et lui donne de la clarté et du confort.
(Avec l’aide précieuse d’Alicia Tang et Dian Touré, direction Prospective. La seconde partie sera publiée samedi prochain)
ES
Non, le numérique ne tue pas les industries créatives et culturelles en Europe
Par Alicia Tang, Direction de la Prospective, France Télévisions
Le développement d’Internet et la numérisation ont engendré une révolution au sein des industries culturelles, en permettant à l’ensemble des internautes de participer à la création et au partage de biens et de services, en créant une rencontre entre producteurs et consommateurs, et en développant des nouveaux modes de création de valeur. Cette nouvelle approche des pratiques culturelles, fondée en grande partie sur le partage et l’essor des pratiques amateurs, fait toutefois disparaître les frontières, permet l’émergence de nouveaux acteurs et met fin de la domination économiques de vieux acteurs, faisant ainsi croire que cette numérisation tue les industries culturelles. Un rapport intitulé « The digital future of creative Europe », conduit par PwC Strategy& et réalisé en partenariat avec Google vient contredire ces suppositions.
Le numérique fait même du bien à la culture !
Non, le numérique ne tue pas les industries créatives et culturelles en Europe
L’intégralité de la croissance des industries créatives et culturelles est imputable au numérique. Les revenus du secteur ont augmenté de plus de 22 milliards d’euros entre 2003 et 2013. Alors que les revenus imputables à la composante non-numérique enregistrent une baisse de plus de 14 milliards d’euros sur cette période (à 142,70 milliards d’euros), la perte est compensée par une augmentation de 36,7 milliards d’euros pour la composante numérique (qui atteint 59,3 milliards d’euros).
Olaf Acker, partenaire chez Strategy& et co-auteur du rapport souligne ainsi que « selon les segments, on observe une stagnation, voire une diminution, de la composante non-numérique de l’activité malgré une forte croissance des revenus. Nous sommes convaincus que le numérique va demeurer crucial pour la croissance des industries de la création, ne serait-ce que parce que le consommateur en a décidé ainsi ».
Avec une croissance des revenus de 12 % par an, le secteur des jeux numériques dépasse aujourd’hui tous les autres segments d’activité. Le secteur du film et de la télévision enregistre une croissance stable de 3 %, tandis que le livre affiche un taux de 1 %, soit la moyenne constatée pour l’ensemble du secteur. Les périodiques tout comme l’industrie musicale enregistrent quant à eux une baisse moyenne de 2 %. Cette tendance semble devoir se poursuivre pour les périodiques, tandis que l’industrie musicale retrouve lentement le chemin de la croissance, avec des revenus désormais légèrement supérieurs au point le plus bas enregistré en 2010.
L’équipement de masse doublé d’un usage de plus en plus fort d’internet a permis de révolutionner les industries créatives, même si les plus gros changements sont à venir.
Un équipement européen croissant qui favorise l’émergence de pratiques numériques culturelles
Un des points clés de cette transformation numérique, c’est la prolifération de nouveaux outils et l’augmentation du temps passé en ligne, qui a plus que triplé depuis 2003.
A partir de 2010, de plus en plus d’internautes européens se rendent sur internet via d’autres plateformes que leur ordinateur, notamment via des smartphones et tablettes. Selon un rapport de IAB Europe publié en 2013, 12% y accèdent via leur tablette, avec un taux record pour la Grande-Bretagne (25%) et l’Italie (19%). Les propriétaires de smartphone ont augmenté de 42% ces trois dernières années, conduisant à une forte croissance du temps passé sur internet via des devices mobiles.
Ce phénomène n’est pas prêt de s’arrêter et l’Agenda Numérique européen entend notamment promouvoir cette transformation. Un de ses objectifs clés est la couverture à 100% de la population à hauteur de 30 Mbps+ d’ici à 2020. Enfin, selon une étude d’Ericsson, en 2020, 95% des européens auront un abonnement smartphone.
Plus de contenus, plus de choix pour le consommateur
Désormais, les consommateurs s’attendent à trouver des contenus médiatiques et de divertissement sur internet, ou encore à recevoir leurs produits en ligne en format numérique, comme un téléchargement de film, un logiciel, un enregistrement audio ou un jeu.
Grâce à l’accès aux contenus plus large, plus diversifié et plus adapté, le consommateur est incontestablement un bénéficiaire notoire de cette numérisation des industries créatives. Dans l’étude réalisée, il apparaît donc de manière très clair que les internautes consomment plus de contenus créatifs qu’avant et qu’ils jugent les contenus auxquels ils ont accès bien plus pertinents : augmentation du nombre de chaînes de télévision, accès à une immense catalogue de musique en ligne à travers les plateformes de streaming ou de téléchargement, ouverture à des fournisseurs d’information à travers le monde, recommandations de la part d’amis ou d’influenceurs, et encore bien d’autres.
La numérisation, qui réduit le coût de commercialisation des produits, permet enfin de découvrir et de diffuser un très grand nombre de produits. Aux Etats-Unis, entre 2000 et 2010, le flux annuel de circulation de musique a triplé. Ce nouvel environnement offre au consommateur un choix plus important, avec un grand nombre de canaux de diffusion, favorisant l’émergence de nouvelles pratiques culturelles comme la critique en ligne. La désintermédiation numérique permet d’expliquer l’augmentation de la qualité des biens qui circulent : plus il y a de sorties, plus il y a des chances de découvrir une bonne musique. Cela s’applique aussi bien dans le secteur musical que dans celui du livre par exemple.
Le « tout gratuit », un frein économique ?
De nombreuses idées reçues sur l’accès, le partage et la consommation de produits culturels en ligne tendent à indiquer que le « tout gratuit » conduirait à un ralentissement de la croissance, à une perte d’emplois dans le secteur créatif européen et à un appauvrissement de la qualité des biens.
La musique notamment, est souvent citée comme la première industrie créative victime de cette révolution. Cependant, l’étude menée par PwC démontre que la croissance du secteur créatif est essentiellement stimulée par les achats directs des consommateurs, qui ont augmenté de 22% entre 2003 et 2013, soulignant ainsi le fait que le grand public reste clairement disposé à payer pour accéder à des contenus créatifs. En effet, entre 2003 et 2013, les revenus de la publicité ont chuté de 1,5 % par an en moyenne et c’est bien les revenus issus du payants tels que les abonnements, les frais de streaming et les achats de contenus numériques qui ont compensés cette perte.
Globalement, les consommateurs dépensent plus pour des produits et services appartenant au secteur culturels qu’avant, et cette entrée d’argent va continuer à constituer la meilleure opportunité de croissance dans le secteur. Par exemple, les recettes payantes par heure d’utilisation ont augmenté de 25% pour les films et la télévision et de plus de 160% pour les produits et services liés à Internet comme les éditions numériques de journaux ou encore les jeux en ligne.
De plus, Olaf Acker de chez Partner chez Strategy& et coauteur du rapport, précise qu’« au-delà de la croissance alimentée par les achats directs, nous constatons également une évolution positive en matière d’emploi dans un secteur qui est globalement resté stable au cours des 10 dernières années avec 1,2 million de postes, que cela soit en dépit de ou, plus vraisemblablement, grâce à la numérisation ».
Il convient néanmoins de nuancer cette tendance, car les jeux vidéo, le cinéma et la télévision ont été créateurs d’emplois, tandis que tous les autres secteurs en ont détruits.
Notons enfin que les bénéfices du numérique ne sont pas restreints à un secteur unique. Une étude réalisée en 2015 par le Forum économique mondial, avec le concours du cabinet Strategy& a en effet démontré que le développement de la numérisation bénéficie aux consommateurs et à l’économie en général. Ce rapport, disposant de la dernière version de l’indice « Network Readiness » qui évalue les facteurs, les politiques et les institutions qui permettent aux pays de profiter des technologies de l’information et de la communication en vue d’améliorer la compétitivité économique et le bien-être de ses concitoyens, classe ainsi la France en 26e position.
Les robots vont non seulement impacter l’économie, mais aussi transformer notre société
Par Barbara Chazelle, France Télévisions, Directions Stratégie et Prospective
La semaine dernière à Lyon s’est tenue la 5e édition de Innorobo, le plus grand salon de robotique en Europe. L’occasion de constater que le secteur est vraiment en pleine ébullition : usine du futur, robotique de terrain, ville intelligente, maison connectée, robotique médicale et de santé… Les cas d’usages sont aussi nombreux que les formes sont variées, même si technologiquement, on n’y est pas encore tout à fait.
« Aujourd’hui le robot majordome qui réalise tous vos désirs et les anticipent, ça ne le fait pas ! (…) Les robots domestiques font une tâche et une seule, mais ils la font bien et à votre place, comme le robot aspirateur par exemple. Ce qu’il ne vous fait pas, c’est le café, faire votre lit, ranger vos lunettes, trier votre linge sale de votre linge propre. Il saura le faire peut-être à terme mais pour l’instant on laisse ça aux humains. » a expliqué Catherine Simon, Fondatrice et Présidente de Innorobo à Méta-Media.
Economie, éthique et juridique : plus de questions que de réponses
Parce que la robotique a atteint un certain degré de maturité, que les robots sont de plus en plus en contact avec des humains et de plus en plus autonomes, même si c’est encore minime aujourd’hui, un certain nombre de questions se posent.
« On peut être pro-robotique et techno-critique » comme l’a justement fait remarqué Catherine Simon.
Celle qui est le plus souvent discutée est la question sur l’emploi. Les robots vont-ils finir par nous remplacer dans les entreprises ?
Selon Raja Chatila, roboticien (ISIR-CNRS et UMPC), « si les gens ne profitent pas des gains de productivité générés par les robots, nous n’aurons pas seulement à faire face à un problème économique mais un problème sociétal. »
« A court et moyen termes, 5 ou 10 ans, la robotique va créer de l’emploi de façon territoriale, c’est-à-dire que les territoires qui vont s’automatiser, gagner en gain de productivité grâce à la robotique vont gagner des parts de marché ou au minimum les conserver. A long terme, dans les 30-40 ans, je pense qu’on va vivre une transformation profonde de notre façon de vivre, au travail, à notre domicile, dans nos interactions, notre mobilité. Ce n’est pas une question d’emploi, c’est une question de modèle social. » a expliqué Catherine Simon. « Il faut commencer à repenser nos mesures économiques et penser contributif à la société ». a-t-elle ajouté.
Si vous voulez savoir si votre job a des chances d’être remplacé par un robot, NPR a développé un calculateur : faites le test !
Mais la robotique soulève aussi des questions d’ordre éthique, parfois philosophique.
Tout d’abord, la question de la responsabilité liée à l’autonomie décisionnelle croissante des robots.
Dans le cadre d’une voiture autonome par exemple, qui sera responsable si la voiture a « décidé » de heurter une personne ayant traversé sans prévenir plutôt que de foncer dans un fossé ?
Pour le CERNA, il faudrait définir les conditions de la prise de contrôle humain/robot dès la conception de la machine et se forcer à qualifier les choses incertaines, toujours permettre la reprise de contrôle des humains mais aussi permettre de tracer les décisions des robots.
Cela est particulièrement important dans le domaine militaire où la tentation des « autonomous lethal weapons », des armes sans contrôle humain, est grande.
« Une situation ne se juge pas à un instant T mais en prenant compte du contexte, de son histoire… » a rappelé Raja Chatila. Le risque de « moral buffer » est réel si les décisions sont prises à trop grande distance de l’action, d’autant que l’humain a tendance à avoir une confiance disproportionnée dans les machines.
Parce que les robots interagissent avec nous et vont prendre une place croissante dans notre vie au travail mais aussi chez nous, il faut se demander si ces machines prendront bien soin de notre vie privée, si elles pourront respecter notre intimité : les robots seront-ils des amis ou des espions à domicile ? On sait aujourd’hui que les objets connectés sont de véritables passoires pour nos données personnelles. Les robots devront-ils être non connectés pour pouvoir protéger nos vies privées ?
En allant plus loin, la présence de robot dans la sphère privée pousse à s’interroger sur la dignité humaine, la dépendance aux machines et au risque d’isolation.
« Faut-il que les robots prennent soin de ceux que nous aimons ou qu’ils travaillent pour que nous puissions prendre soin d’eux ? » a interrogé Catherine Simon.
« Il faut que [les robots] amènent une amélioration de la vie des gens et non pas une ségrégation en coupant des personnes d’une vie sociale » a affirmé Raja Chatila.
Il ne faut pas négliger les liens cognitifs et émotionnels que les humains peuvent développer à l’égard des machines, particulièrement les personnes les plus vulnérables, comme les enfants.
Si l’on peut constater que les robots peuvent motiver dans une certaine mesure les enfants à faire des maths, la présence de robot dans les écoles devra très certainement faire l’objet d’études pour déterminer combien de temps et comment les élèves doivent interagir avec les machines. Si un robot ne juge pas et fait preuve d’une patience à tout épreuve, ce n’est malheureusement pas le cas des humains, et les enfants doivent continuer d’apprendre à interagir avec des personnes aux comportements moins linéaires que ceux des machines. Leur apprendre à faire la différence entre des émotions réelles et l’illusion que peuvent donner les robots à ressentir eux-mêmes des sentiments sera fondamental dans leur développement.
D’autant plus que les humanoïdes tendent parfois à imiter au plus près l’aspect et le comportement humain. Raja Chatila interroge : « Pourquoi ce bio mimétisme ? Pour les besoins de la recherche ? Sinon, est-ce bien nécessaire ? Quelles sont les motivations dernière cela ? »
A trop vouloir faire converger l’Homme et la machine, il faudra sans doute (re)définir ce qu’est l’identité humaine. Où faut-il s’arrêter dans l’augmentation du corps humain ? Faut-il le réparer seulement, lui donner des capacités plus importantes ou même lui en donner de nouvelles ? Pourrons-nous choisir de ne pas s’augmenter ?
Enfin, certains commencent déjà à militer pour un statut des robots dans la société humaine.
« Les avocats qui militent pour les droits des robots ne connaissent rien à la robotique, mais ils s’y connaissent en business » a déclaré Raja Chatila.
Un groupe de travail au Parlement Européen
La robotique n’a pas inspiré de législation nationale en Europe mais Bruxelles semble avoir pris les devants, avant même l’Asie et les Etats-Unis.
Dès 2012, l’Union européenne a financé le projet Robolaw pour l’étude des implications sociales, juridiques et éthiques du développement des technologies robotiques. Des lignes directrices relatives à la réglementation de la robotique ont été publiées en septembre 2014 et pourraient servir à l’adoption d’un cadre juridique.
Mady Delvaux-Stehres, euro-députée luxembourgeoise a initié un comité au sein du Parlement dont le but est de rédiger un rapport de propositions à l’attention de la Commission. Les drones et les voitures autonomes seront tout particulièrement étudiés dans le cadre de ce groupe de travail. Le temps est pour le moment à l’écoute, l’analyse et la réflexion.
Si ces questions seront probablement à traiter au niveau international, Andrea Bertolini, chercheur en droit privé à la Scuola Superiore Sant’Anna de Pise, a fait remarquer que les approches américaines et européennes pouvaient être fondamentalement divergentes notamment sur la question de la dignité humaine, et que par conséquent, mieux valait essayer de se mettre d’accord au niveau européen dans un premier temps.
« Il y a un défi culturel pour l’Europe parce que les asiatiques aiment les robots qu’ils considèrent comme des amis. (…) En Europe on a ce côté culturel de la machine qui va se rebeller contre nous, qui va nous rendre esclave d’elle. Le défi c’est de faire comprendre aux gens que le robot ce n’est pas ce qu’on fantasme et ce dont on a peur mais que ce sont des machines qui sont là pour nous assister » a déclaré Catherine Simon.
Pour re(découvrir) le retour en interviews et en images d’Innorobo par Méta-Media, cliquez ici
Innorobo 2015 : le plus grand salon de robotique d’Europe en vidéos
Par Barbara Chazelle et Sébastien Meunier, France Télévisions
Marché unique numérique : où en est l’Union Européenne ?
Par Alicia Tang et Diane Touré, France Télévisions, Direction de la Prospective
Le sujet du numérique et de sa régulation pose des questions d’échelle, de territorialité et de frontières. Alors qu’Internet et les technologies numériques se développent et transforment notre monde de manière exponentielle, il existe toutefois des obstacles, souvent nationaux, qui entravent l’accès des citoyens aux biens et aux services en ligne, imposent leur vision du marché et freinent le développement de start-ups et autres entreprises.
Le marché du numérique européen pourrait générer 415 milliards d’euros par an pour notre économie et créer 3,8 millions d’emplois : mais où en est l’Union Européenne sur ses projets de régulation ? Le point sur l’accord du 30 juin 2015, signé entre la Commission, le Parlement et le Conseil des ministres des télécoms sur les sujets du roaming, de la neutralité du net et du géo-blocking/droit d’auteur.
Le marché unique numérique : une ambition et une priorité pour l’Europe
Eric Peters, chef d’unité adjoint, marché unique numérique à la DG Connect de la Commission européenne, a rappelé cette semaine à l’occasion de la table ronde organisée par France Strategie en partenariat avec Renaissance Numérique, que la réflexion sur les priorités numériques est désormais évidente, même s’il y a cinq ans, ce n’était pas le cas. Le Président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a été élu selon un projet comportant dix priorités pour son mandat, l’économie numérique en étant une. Cependant, la régulation au niveau européen pose la question de la répartition du travail, car les moyens d’action sont délimités par les compétences octroyées par les Etats membres : il existe des domaines dans lesquels l’Union européenne n’a que peu de compétences, l’éducation par exemple, alors que certains souhaiteraient des accords supranationaux.
« La France a un diagnostic commun avec l’Europe : il ne s’agit pas d’une couche superficielle de la société mais bien d’une révolution technologique, plus importante sans doute même que celle du début du 20e siècle. Il faut essayer de voir l’impact sur l’ensemble de la société, l’emploi, les systèmes sociaux ou encore les systèmes de mutualisation. Aujourd’hui, il doit y avoir une répartition du travail au-delà des questions de compétences » a précisé Eric Peters.
L’objectif de ce marché unique : abolir les obstacles pour exploiter pleinement les possibilités offertes par internet
La stratégie européenne publiée le 6 mai 2015 correspond à un état d’esprit, celui de cibler les actions sur ce qui est déjà connu et sur lesquels il est possible d’agir. Elle s’appuie sur trois piliers :
- améliorer l’accès aux biens et services numériques, en favorisant le marché en ligne ou en rassurant le consommateur concernant les règles contractuelles par exemple
- créer un environnement propice au développement des réseaux et services numériques, en réfléchissant notamment sur les infrastructures et les plateformes
- préparer l’économie à une économie numérique et faire en sorte que l’économie, l’industrie et l’emploi en Europe tirent parti des possibilités offertes par le numérique.
Le 30 juin 2015, un accord a été signé entre la Commission, le Parlement et le Conseil des ministres des télécoms, faisant lentement avancer le sujet concernant le « roaming » et la neutralité du net.
Vers la « neutralité du net » ou l’ »internet ouvert » en Europe ?
Pour la première fois depuis l’ouverture des débats, le concept d’internet ouvert semble être envisagé à l’échelle européenne. D’après le nouvel accord, les internautes seront libres d’accéder aux contenus de leur choix et les opérateurs et fournisseurs ne pourront plus bloquer ou ralentir injustement la vitesse de navigation sur internet. De la même manière, les grosses entreprises du web n’auront pas le droit de payer les opérateurs télécoms pour s’assurer de la livraison rapide de leurs contenus, aux dépens d’autres petits acteurs comme des start-ups par exemple, qui n’en auraient pas les moyens. Selon la Commission, il n’y aura pas de « gardiens des réseaux » qui décideront de ce à quoi les utilisateurs peuvent ou non accéder. Certaines exceptions pourront cependant contourner ce concept d’internet ouvert lorsqu’il s’agira d’intérêt général, comme par exemple la lutte contre la pédopornographie.
Un point reste cependant flou : la notion de « neutralité du net » a disparu de l’accord du 30 juin 2015 au profit de l’ »internet ouvert ». Cette terminologie peut être interprétée de plusieurs manières et laisse apparaître quelques zones d’ombre, notamment sur les services spécialisés des FAI. Le communiqué de la Commission Européenne indique en effet que les fournisseurs d’accès à internet seront toujours en mesure de proposer des services spécialisés de qualité supérieure, tels que la télévision par internet, ainsi que de nouvelles applications innovantes, pour autant que ces services ne soient pas fournis au détriment de la qualité de l’internet ouvert.
Comme l’affirme le site Next Impact, « cette annonce n’est pas sans rappeler celle du Conseil européen qui souhaitait que « des accords sur les services nécessitant un niveau spécifique de qualité soient autorisés » entre opérateur et éditeurs de services. Pour rappel, certains s’inquiétaient que cela « ouvre aussi la porte à différents niveaux de service, un point réclamé depuis longtemps par des groupes industriels, mais refusé par le régulateur américain »
Si ce nouvel accord reste une avancée en termes de régulation du net (le texte doit être approuvé officiellement par le Parlement et le Conseil pour entrer en vigueur le 30 avril 2016), le chantier de la neutralité du net pourrait être réouvert lors de la révision du Paquet télécoms en 2016.
La fin du « roaming »
Alors qu’en mars dernier le Conseil européen repoussait la fin des frais d’itinérance à juin 2018, tout en proposant la mise en place d’un nouveau système de fixation des prix, la Commission Européenne, le Parlement et les États membres de l’Union se sont finalement mis d’accord pour une disparition progressive du « roaming » d’ici juin 2017. Selon le communiqué de la Commission, les frais d’itinérance cesseront d’exister dans l’UE à partir du 15 juin 2017. Les consommateurs européens en auront donc fini avec les dépassements de forfait puisqu’ils paieront un prix identique pour les appels, les SMS et les données mobiles où qu’ils se rendent dans l’UE.
« Appeler un ami depuis chez soi ou à partir d’un autre pays de l’UE coûtera le même prix » précise la Commission Européenne qui est déterminée à mettre ces conditions en place et à faire en sorte que la suppression des frais d’itinérance soit une réalité dès le jour J. Des améliorations se feront sentir dès avril 2016, puisque l’appel depuis un autre pays de l’UE ne pourra pas coûter plus de 5 centimes hors taxe la minute (contre 19 centimes aujourd’hui) et l’envoi d’un SMS sera plafonné à 2 centimes (contre 6 centimes actuellement). Quant au mégabit de données, il passera de 20 à 5 centimes HT, soit le tarif auquel les opérateurs le paient. Ces frais maximum reviendront environ 75% moins cher que les plafonds actuellement en vigueur dans l’UE pour les appels effectués et les données.
Géo-blocking et droit d’auteur : toujours pas d’harmonisation mais de nombreuses préoccupations européennes
Le géo-blocking est la limite d’accès fixée en fonction du pays dans lequel les consommateurs souhaitent accéder à un contenu. Par exemple, regarder une chaîne française en Allemagne est quasiment impossible. Pour Andrus Ansip, Vice-Président de la Commission Juncker chargé du Marché numérique unique, le géo-blocking « n’a pas sa place en Europe ».
Cependant, l’interdiction de cette pratique est ralentie par certains pays, notamment la France qui entend bien faire valoir sa conception du droit d’auteur, fondée sur les principes de territorialité, d’exclusivité, de liberté contractuelle même si pour le Président Juncker, cette pratique met l’Europe dans une situation défavorable face à la puissance des services américains. De ce fait, les différentes feuilles de route de la Commission s’accordent à dire que l’harmonisation du marché européen du numérique ne pourra se faire que lorsque les barrières nationales auront été brisées, même si la Commission reconnaît aujourd’hui que la territorialité peut être justifiée dans certains cas, notamment pour assurer la rémunération des ayants droit et le financement des oeuvres audiovisuelles. Même le rapport parlementaire de Julia Reda, députée européenne membre du Parti pirate qui déclarait « Nous devons établir un système de droits d’auteur commun, qui protège les droits fondamentaux et facilite l’offre de services en ligne innovants dans l’Union tout entière » sera moins radical que prévu. A suivre donc…
15 choses à savoir sur la recommandation d’info personnalisée
Par Julien Kostrèche, Ouest MediaLab, billet invité
Ouest Médialab s’est intéressé à la recommandation d’info personnalisée et est allé prendre la température du côté des médias, afin de mieux comprendre leurs craintes et leurs attentes face aux algorithmes. À travers son étude pilotée par Typhaine Guézet et réalisée par SciencesCom, le cluster vous livre des avis d’experts sur la question.
Dans un contexte de digitalisation accélérée du monde, l’abondance d’informations peut vite tourner à l’indigestion. L’une des réponses à ce phénomène d’infobésité est celle des algorithmes, capables de filtrer les contenus de manière automatisée à partir des données personnelles de l’utilisateur et de distribuer des informations susceptibles de l’intéresser. Bienvenue dans le monde merveilleux (mais compliqué) de la recommandation personnalisée d’information. Si elle a fait ses preuves auprès de certains mastodontes du web (Facebook, Google, Netflix, Amazon…), elle peine encore à s’imposer comme une évidence au sein des salles de rédaction.
Mais alors, pourquoi les médias se montrent-ils si frileux ? C’est ce que Ouest Médialab a cherché à comprendre. Le cluster a mené une étude en partenariat avec SciencesCom : à travers des entretiens qualitatifs, 12 acteurs clés du secteur (éditeurs, startups, experts) ont répondu à nos questions. L’objectif ? Mieux comprendre les réticences des médias et imaginer les solutions les mieux adaptées.
Si les résultats de l’étude soulignent les freins sérieux à l’adoption de tels systèmes, ils montrent aussi que la recommandation personnalisée semble bel et bien correspondre aux nouveaux usages du marché. Les personnes interrogées sont (presque) unanimes : elle représente une opportunité formidable pour donner un nouveau souffle au business model des éditeurs et revaloriser la production journalistique. Ouest Médialab a pris soin de décortiquer l’étude et vous livre 15 conseils avant de vous lancer.
1Sortir du déni…
La recommandation personnalisée d’information semble être un passage incontournable dans l’histoire des médias. « Il faut arrêter de penser qu’on va pouvoir faire sans (…). Les médias ne peuvent pas ne pas s’y mettre au nom d’une peur de la technique ou de la machine » estime Basile Simon, data-journaliste au BBC News Lab. La personnalisation d’information répond aux besoins du marché et certains considèrent même qu’elle permet de rester dans la course. « Ceux qui ne vont pas le faire vont peut-être perdre de l’audience. » résume Iban Hatchando, développeur sémantique pour la start-up News Republic.
2 … Sans tomber dans l’optimisme béat
L’individualisation de l’information n’est pas un phénomène nouveau : les gens se sont toujours orientés vers les contenus qui les intéressaient, l’information a donc toujours été d’une certaine façon individualisée. Selon le consultant Olivier Ezratty, « ce qui change, c’est qu’on en consomme plus grâce à Internet et aux mobiles ».
3Ne pas trop personnaliser
Un des écueils majeurs de la personnalisation de l’information est d’enfermer l’utilisateur dans une communauté restreinte et de le priver d’une ouverture sur le monde à laquelle il pouvait prétendre dans le schéma classique de l’information. Ce risque d’enfermement barre la route à toute forme de sérendipité, cet « heureux hasard de tomber sur des choses auxquelles on ne s’attendait pas », résume Eric Scherer, directeur de la prospective et de la stratégie numérique chez France Télévisions. « Comment ne pas passer à côté de ce qui se passe ailleurs et qui pourrait aussi m’intéresser ? » s’interroge Basile Simon du BBC News Lab. Nicolas Becquet, journaliste à L’Echo, pense que « l’addition de filtres successifs peut déformer la perception de la réalité et modifier l’accès à la connaissance ». La solution se trouve peut-être du côté de l’application Near you Now, pour laquelle l’enjeu n’est pas de différencier les utilisateurs pour mieux les cibler mais de s’intéresser à ce qui les réunit et les motive à partager des informations.
4Inspirer confiance aux utilisateurs
L’autre grande inquiétude au coeur des réflexions concerne les données personnelles de l’utilisateur. Face au vide juridique sur l’utilisation de la data, rassurer l’audience est une priorité. Anthony Sheehan, directeur de Near You Now, estime que l’utilisation de ces données doit se faire en contrepartie d’un service à réelle valeur ajoutée pour l’utilisateur. Apporter quelque chose en plus peut même légitimer un modèle payant : « Si je suis capable de vous donner de la valeur ajoutée qui correspond parfaitement à vos centres d’intérêt, vous serez peut-être un peu plus enclin à payer. » déclare Fabrice Bazard, pilote des projets numériques du groupe SIPA – Ouest France. Nicolas Becquet pense quant à lui qu’il est nécessaire de garantir une certaine transparence sur les conditions d’accès à l’information. « L’enjeu principal, c’est que chaque utilisateur soit conscient de cette personnalisation, qu’il puisse la valider et qu’il en connaisse les modalités ».
5Bien connaître son audience
« Les médias ont pris du retard sur la connaissance de leur public » observe Nicolas Becquet (L’Echo). Le traitement traditionnel de l’information se souciait jusqu’alors encore peu des réactions du lecteur. Avant de se lancer dans la personnalisation d’information, Fabrice Bazard (Ouest France) recommande aux organisations de savoir à quel client elles s’adressent : « Connaître l’historique de sa relation avec l’entreprise, savoir tout ce qu’il a contracté, tout ce qu’il a acheté. Une fois que l’on a franchi cette étape, il faut connaître ses centres d’intérêt ». Les capacités de traçage et d’indexation qui se cachent derrière le concept du Big data permettent aujourd’hui de mieux appréhender le parcours de l’utilisateur.
6Convaincre les journalistes
« Si on personnalise notre information, ce n’est pas pour avoir plus d’audience mais pour mieux servir nos audiences » déclare Basile Simon (BBC News Lab). Ce n’est plus un secret pour personne, les journalistes vont devoir travailler main dans la main avec les développeurs, rappelle Eric Scherer (France Télévisions). Le “news judgement” des journalistes, qui font confiance à leur instinct pour savoir ce que veulent les lecteurs ne suffit pas. « Forts de leur propre expérience, de leur culture sur un sujet et de leur sens de la hiérarchie de l’information, ils doivent maintenant collaborer avec des data specialists pour savoir ce qui intéresse le public mais aussi quoi chercher et où regarder » poursuit Eric Scherer. La recommandation personnalisée est aussi un moyen d’assurer aux journalistes la visibilité de leur production. « La personnalisation peut permettre à votre histoire d’être vue par les gens qui s’y intéressent vraiment », explique Josef Pfeiffer, directeur du développement commercial de Gravity.
7Convaincre les annonceurs
La personnalisation d’information permet d’acquérir une connaissance beaucoup plus fine de ses lecteurs et représente ainsi un argument de vente pour les annonceurs. Clare Cook, enseignant-chercheur au Media Studio Innovation (Uclan), ajoute que le ciblage de l’information offre la possibilité de diffuser une publicité adaptée et au bon moment, ce qui va faciliter l’acte d’achat. « Aujourd’hui, on sait que 10% des articles génèrent 90% du trafic. Ça veut dire qu’il y a 90% du contenu qui n’est jamais lu, jamais ouvert, ou de manière très sporadique », rappelle Stéphane Cambon, directeur de la société Ownpage. « L’intérêt d’un système de recommandation comme le nôtre, c’est de pouvoir faire remonter l’audience de ces contenus-là. ».
8Tester et s’armer de patience
L’application Near You Now propose une recommandation personnalisée basée sur la géolocalisation. L’équipe a mis 2 ans à résoudre des problèmes techniques, comme le classement des articles en fonction de leur pertinence. Une affaire de meurtre semble plus importante qu’une histoire de chat coincé dans un arbre mais tout dépend en fait de la proximité géographique de l’utilisateur avec l’événement, explique Anthony Sheehan. La société Gravity insiste sur l’importance d’une mise à jour régulière des données de personnalisation. Son système de recommandation fonctionne par courbe d’intérêt : plus un sujet est consulté de façon régulière, plus le système vous recommandera des contenus en lien avec ce sujet et inversement. Toujours garder en tête qu’un sujet peut intéresser un lecteur seulement sur une très courte période. Fabrice Bazard (Ouest France) recommande de se jeter à l’eau, de tester, de procéder par tâtonnement. Il insiste sur la nécessité de tout mesurer et surtout, de persévérer !
9Optimiser l’expérience utilisateur
Comme Krishna Bharat, le programmateur indien à l’origine de Google News, Denis Teyssou, responsable du Médialab de l’AFP France, pense que « l’idée maîtresse, c’est de fabriquer de nouvelles expériences utilisateur autour du contenu. ». Le fer de lance de la recommandation personnalisée est l’expérience utilisateur, qui associe design, technologie et journalisme. Selon lui, « c’est ça qui fait revenir les gens » et qui contribue à la fréquentation des sites Web aujourd’hui.
10Au-delà du contenu, s’intéresser au contexte
Selon Clare Cook (Media Studio Innovation), la personnalisation doit aussi être affinée selon le moment de la journée. « Ce que je veux découvrir le matin n’est pas la même chose que ce qui m’intéresse à midi ou le soir. Une bonne personnalisation doit tenir compte du contexte, et aussi du support de diffusion (PC, mobile, tablette…) ».
11Nouer des partenariats stratégiques
Stéphane Cambon (Ownpage) et Eric Scherer (France Télévisions) s’accordent à dire que les moteurs de recommandation sont compliqués car ils nécessitent de l’algorithme et de l’expertise en développement, une perle rare pour la plupart des rédactions. La recommandation personnalisée implique des investissements lourds qui peuvent vite dépasser le million d’euros. « Si on n’a pas la bonne équipe, on peut se rater, ça peut être un investissement à perte. Les sites de presse ne développent pas ça en interne (…), on prend les risques de R&D pour les éditeurs et ensuite on leur propose d’acheter le service à un prix acceptable » explique Stéphane Cambon. Confier ses contenus à un tiers, c’est aussi le créneau de News Republic qui propose ses services aux titres de presse n’ayant pas les ressources suffisantes en interne pour développer leurs propres systèmes de recommandation.
12Faire des choix
Le système de la recommandation personnalisée ne s’adapte pas à tous les médias ni à tous les types d’informations. « Ce système fonctionne surtout pour des “informations de niche” ou “thématiques” » constate Nicolas Becquet (L’Echo). Fabrice Bazard (Ouest France) s’attarde sur les risques d’une personnalisation trop poussée qui habitue les lecteurs à des contenus de plus en plus pointus et donc à une demande croissante de journalistes experts. Une exigence compliquée à gérer pour un média généraliste qui a toujours privilégié la polyvalence de ses journalistes. « Il faut sans doute choisir les segments ou les niches sur lesquels on veut se positionner et proposer du contenu personnalisé, parce qu’on ne va pas pouvoir devenir spécialiste de tout », conclut Fabrice Bazard. Il rappelle que de tels projets sont structurants et s’inscrivent dans un processus lent et coûteux. Parmi les solutions envisagées : le regroupement des médias. Selon lui, « ils devront s’associer ou partager les efforts pour relever ces différents défis. Il y aura un phénomène de concentration, en tout cas d’association. D’ici un ou deux ans il va se passer des choses. ».
13Veiller à la qualité du contenu
« La solution, c’est d’abord le contenu, pas l’algorithme » tranche Maëlle Fouquenet, journalise à l’ESJ pro. Et pour proposer un contenu de qualité, il faut pouvoir le différencier, en laissant par exemple plus de liberté aux rédactions et en revenant à l’enquête, aux articles de fond. Olivier Ezratty (consultant) prône aussi « la recommandation sur des articles longs, (…), approfondis, avec beaucoup d’informations ». Lui aussi privilégie la qualité de la ligne éditoriale et pense que le véritable enjeu est de produire des papiers intéressants plutôt que de « faire de la recommandation sur des contenus qui ne le méritent pas ».
14Ne pas oublier d’où l’on vient
Fabrice Bazard (Ouest France) n’oublie pas que ce qui fait vivre son journal, c’est d’abord son support natif, le papier. Les 150 000 abonnés à la version imprimée représentent un tremplin formidable pour le web et ce sont eux qui font vivre le journal. « Il faut réussir à orchestrer la complémentarité. Les entreprises et les médias qui opposent le canal classique et le canal numérique échoueront. ».
15Garder l’humain dans la boucle
« Je trouve que la recommandation humaine a une valeur plus forte » déclare la journaliste Maëlle Fouquenet (ESJ pro). Cette valeur humaine, Gravity ne l’a jamais perdue de vue. Et c’est peut-être ce qui fait aujourd’hui la force de son système de recommandation. L’entreprise laisse la main aux rédactions sur la diffusion des contenus importants et automatise les flux d’information basique en fonction des données personnelles de l’utilisateur (géolocalisation, centres d’intérêts…). Pour les experts interrogés, le système de recommandation idéal est mixte, comme celui de Gravity. Stéphane Cambon (Ownpage) évoque la nécessité de combiner informations incontournables pour tous et informations personnalisées pour l’utilisateur. C’est aussi l’avis de Nicolas Becquet (L’Echo), pour qui la mixité permet de ne pas dénaturer la ligne éditoriale du journal. On lui laissera le mot de la fin : « tout est une question d’équilibre et de dosage entre l’intervention de l’homme et de la machine ». Même Apple, Twitter ou YouTube ne misent pas tout sur les algorithmes et font aujourd’hui appel à des journalistes pour vérifier, hiérarchiser ou mettre en perspective les informations.
Chantiers numériques, kesako ?
Cet article est issu de la veille #13 du cluster, normalement réservée aux adhérents de Ouest Médialab. Toutes les veilles du cluster, nommées « Chantiers numériques », sont collaboratives : elles proposent des retours d’expérience des adhérents ayant testé de nouveaux outils numériques ou des méthodes de travail innovantes. La veille #13, entièrement dédiée à l’étude sur la recommandation personnalisée d’information, est exceptionnellement ouverte à tous.
France Télévisions est partenaire de Ouest MediaLab
Comprendre la Génération Y : clés pour les marques et les médias
Par Alicia Tang, Direction de la Prospective, France Télévisions
Génération pigeon ? Génération sacrifiée ? Quelles sont vraiment les caractéristiques de la jeunesse d’aujourd’hui ? Malgré la grande difficulté à trouver ce qui fait corps pour cette tranche d’âge, une chose est évidemment bien commune aux jeunes : Internet.
Mais au-delà, quelles sont leurs valeurs et quels rapports entretiennent-ils avec les marques, le travail ou les médias, s’est interrogé l‘agence Kaliwatch International via un observatoire de la jeunesse en France et en Chine, le YouthWatch.
Immédiateté, pragmatisme, hédonisme ressortent fortement.
Des jeunes en opposition avec la génération des années 70
La génération Y comme on l’appelle est une génération paradoxale, dont la ligne de conduite n’est pas claire. Les jeunes sont aimés et protégés par leurs parents et en même temps ils rejettent le modèle parental et avec lui la culture de l’effort – « je ne les admire pas, mais je les respecte »-, la routine, la monotonie, le statisme (mais pas la bougeotte) ou encore la gestion d’obligations. Par rapport à la génération précédente, l’agence Kaliwatch relève que les jeunes sont dans la négociation et non plus dans la provocation et la confrontation. Ils veulent avoir la paix et de ce fait, cherchent un compromis, que ce soit dans le cadre privé et familial ou dans le cadre professionnel au travail.
Et alors que l’ancienne génération souhaitait changer le monde, la nouvelle préfère s’adapter aux évolutions.
Les jeunes Français d’aujourd’hui n’arrivent pas à se percevoir comme une génération, même s’il y a bien quelque chose qui leur serait commun : Internet. Ils se disent également attachés à de nombreuses valeurs morales et éthiques et déclarent faire preuve d’honnêteté, de respect et de franchise. Les valeurs sociales d’égalité, de solidarité et de générosité sont également importantes pour eux.
Ils se pensent ouverts, libres, et bénéficient d’une autonomie de plus en plus précoce. Ce qui ne les empêchent pas d’aimer être entourés, que ce soit par leur famille ou leurs amis. Ils sont dynamiques et revendiquent une grande liberté de circulation, dans un environnement plutôt sécurisé. Ils veulent toujours être en mouvement, vivre dans l’immédiateté, l’improvisation, et ils s’adaptent en fonction du contexte, le hic et le nunc (ici et maintenant).
Des nouvelles manières de consommer
En accord avec ces valeurs, les jeunes adoptent de nouvelles manières de consommer qui répondent au triple principe : hédonisme, pragmatisme et immédiateté. Et si ces manières de consommer sont plus écologiques, éthiques et responsables, c’est encore mieux.
On observe ainsi l’apparition d’une nouvelle catégorie de consommateurs, les « nowners ». Ils ne veulent pas posséder, mais avoir accès à tout de manière immédiate. Le jeune se fiche de savoir si le produit est neuf ou d’occasion, il veut y avoir accès tout en préservant son pouvoir d’achat. Il se développe donc des pratiques d’échange ou d’emprunt entre particulier qui répondent à des revendications morales et sociales, mettant par exemple en avant des valeurs éthiques comme le fait de contourner la production de masse afin de réduire l’impact environnemental et la surconsommation.
De nombreuses entreprises s’insèrent dans cette logique éthique et pragmatique, attirant de nombreux consommateurs jeunes. Airbnb par exemple est moins cher qu’un hôtel, plus flexible et met en avant la rencontre avec l’autre, avec l’inconnu, tout en offrant une sécurité à travers notamment le système de notation et de recommandation.
Free Mobile s’est également lancé sur ce marché de la non-possession, en proposant d’avoir l’iPhone pour 99 euros lors de la commande, puis pour 18 euros par mois, selon un système de location.

Les rencontres amoureuses sont également envahies par ces problématiques, comme le prouve le succès de l’application Tinder (ou Momo en Chine), qui propose des rencontres immédiates géolocalisées et un rapport à la séduction et à la relation démystifié. On ne prévoit plus une rencontre, celle-ci est immédiate, on vit au jour le jour, cela permet d’être pragmatique et de gagner du temps.
La publicité de Paco Rabanne et ce claquement de doigt sont représentatifs de cette génération qui veut tout immédiatement, qui est franche, cynique, et qui a un rapport décomplexé au pouvoir, à l’argent et au sexe.
Des valeurs, mais pas d’engagement
Malgré une consommation plus responsable et « éco-friendly », on remarque toutefois que les convictions des jeunes ne sont pas forcément accompagnées d’actions radicales.
« Les jeunes ne veulent pas rejeter la consommation, ils font donc un deal pragmatique avec les entreprises : je consomme et j’achète vos produits ; en échange vous agissez. L’aspect écologique, c’est la cerise sur le gâteau » précise Louisa Taouk, CEO de Kaliwatch international.
La jeunesse est dans une posture idéologique mais assez peu dans l’action, car le pragmatisme, l’idée du deal ou du « win-win » prédomine. Les convictions sont réelles mais pas assez fortes pour pousser les jeunes à agir de manière directe. Au contraire, c’est même les marques qui doivent avoir ce rôle, agir pour eux. Le jeune n’est mis à contribution que lors de son acte d’achat : « si j’achète ton produit, je consomme et en échange toi tu agis, tu donne 1 euros à telle ou telle association ».

De ce fait, les valeurs prônées influent finalement peu sur leur consommation ou bien leur manière de percevoir et de juger des marques. La génération Y est peu engagée, même dans les causes qui lui sont chères. Des scandales sur les conditions de production de vêtements à l’étranger par exemple, n’ont que très peu d’influence sur leur consommation. Inversement, une marque qui choisirait de produire dans des conditions éthiques exemplaires n’en tirerait que très peu de bénéfices (pour ne pas dire aucun), que ce soit sur ses ventes ou sa réputation, tout en proposant des produits trop chers pour les jeunes.
Un monde du travail à l’opposé de leur priorité
En raison du contexte économique actuel et du marché de l’emploi saturé, la nouvelle génération est perçue comme sacrifiée. Concernant les principaux intéressés, on remarque que leurs priorités sont bien loin des réalités et des contraintes économiques liées à l’emploi. Alors que les jeunes recherchent principalement un plaisir personnel, le monde du travail est difficile d’accès et semé d’embuches. Les jeunes veulent de la facilité, s’amuser, être avec leurs pairs, se sentir aimés et intégrés, alors que le marché de l’emploi ne leur propose que de l’instabilité, de la fatigue, des obligations, de la routine, du sérieux, de l’individualisme, une absence de liberté, d’autonomie et finalement d’épanouissement. Enfin, le marché du travail ne reflète pas leurs principes de mouvement, de diversité, de changement, et de sentiment de liberté.
Il existe aussi un véritable fossé générationnel entre les jeunes et leurs supérieurs hiérarchiques, du fait de leurs attentes. Les implicites, notamment hiérarchiques, disparaissent et les jeunes s’imposent, quitte à être maladroit avec leurs aînés, élevés dans un contexte socio-économique, culturel et politique plus strict. « Le stagiaire roi, ce monstre de la génération Y » titre même Madame Figaro de manière humoristique en avril dernier, créant une véritable polémique sur les réseaux sociaux. Refusant les rapports d’autorité qui fonctionnent aujourd’hui dans les entreprises, la nouvelle génération souhaite entretenir des relations plus personnelles et plus directes avec les dirigeants.
« Ils souhaitent avoir un contact direct avec les managers, y compris ayant les plus importantes responsabilités dans l’entreprise. Les employeurs vont devoir gagner leur confiance et faire l’effort de décoder leurs codes sans a priori », résume Didier Pitelet, Président de l’agence Moons’Factory.
Et les médias dans tout ça ?
Alors que la génération des années 70 absorbait de grands discours institutionnels, la nouvelle génération bénéficie de supports médiatiques en open source. Les institutions ou encore l’autorité de l’école ne sont plus reconnus et les jeunes contestent leur pouvoir, leur normes.
Désormais, les jeunes ne sont plus seulement récepteurs, ils fabriquent et produisent des contenus médiatiques et deviennent des experts, des acteurs. De ce fait, l’ancien système médiatique, notamment audiovisuel, qui impose une grille horaire de programmes est obsolète. Les jeunes ne veulent pas subir et s’adapter à des flux, ils veulent choisir. Les nouveaux médias permettent à ce public une alternative : télévision sur mobile, streaming, replay… toutes ces nouveautés influent sur le rapport entre les médias et les jeunes et tendent à mieux répondre à leur demande. Selon leur logique pragmatique, pourquoi attendre qu’une série américaine arrive en France à la télévision si je peux l’avoir demain sur mon ordinateur ? Et pourquoi payer, si je peux avoir le contenu gratuitement et immédiatement ?
« Il y a aujourd’hui un rapport aux médias semblable à une logique de cours de récréation : celui qui sait en premier a le plus de prestige » souligne Louisa Taouk. « La question de l’accès devient donc extrêmement importante. La télévision, notamment payante, n’a raison d’être uniquement si elle donne accès à !»
Le public jeune a de nouvelles exigences, car il est désormais acteur et producteur de contenu médiatique : il veut être surpris. Les types de contenu efficaces sont des « contenus clin d’œil », ceux qui utilisent d’un point de vue communicationnel des références communes, un langage spécifique intelligible par une seule catégorie de la population. Cela permet de construire une relation d’exclusivité. Mais chaque acteur doit bien rester à sa place et il convient de ne pas essayer de faire semblant d’être une marque ou une entreprise jeune, à travers un langage familier, sympa et « friendly ». Le terrain doit être banalisé, le message clair, concis.
Enfin, le dernier rapport institué par ces principes et ces piliers est l’importance donné à l’internaute. On est dans l’open source, je donne mon avis, je regarde celui des autres. De ce fait, ce qui devient important d’un point de vue du registre, c’est le vécu, le témoignage, avec un intérêt particulier pour les contenus éphémères et humoristiques. Comme le mobile devient le premier support, les formats sont de plus en plus courts, boostés par la viralité permise sur les nouveaux médias et réseaux sociaux. Snapchat est révélateur de l’ensemble de ces nouvelles valeurs et tendances. L’utilisateur préfère vivre l’expérience de ce contenu qui n’existe que le temps du Snap et qui disparaît ensuite. Il n’y a plus de possession, seulement une expérience.
Bonus : qui sont les jeunes Chinois ?
Tout d’abord, il faut savoir qu’en Chine on ne parle pas en termes de génération mais en termes de décennie : les 70s, les 80s etc…
Les jeunes Chinois actuels sont issus de la décennie des 90s et post 90s et sont radicalement différents des décennies précédentes. Dans les années 70, la Chine sort de sa Révolution et commence à s’ouvrir à l’Occident, qui n’est alors plus perçu comme le diable, mais comme une région du monde très avancée. La décennie suivante est symbolisée par une forte ouverture du pays à l’international, et une urbanisation en interne. Le collectif, le lien social et une certaine idée de ce qu’est la nation chinoise prime.
Petit à petit, ces valeurs vont disparaître au profit de plus de modernisme et d’individualisme. Les Chinois comment à penser pour eux, et non avec leur communauté. Dans les années 80, la décennie de Chinois qu’elle porte sont désormais conscients de l’importance du business, de la possibilité de réussir et de s’élever socialement à travers le matérialisme. Les valeurs culturelles chinoises reposant sur le confucianisme – respect de la famille, supériorité et hiérarchie, gloire et honte – se confrontent à de nouvelles valeurs, celles du consumérisme.
Enfin, les jeunes actuels, ceux qui sont nés dans les années 90, se moquent de leurs aînés. Ils recherchent avant tout le plaisir, ils sont individualistes, et se concentrent sur le présent et non pas le futur. Les jeunes veulent en profiter et même s’ils ont un respect fondamental pour leurs parents et reconnaissent qu’ils leur doivent beaucoup, considèrent qu’ils passent tout de même en premier. C’est une génération élevée par leurs grands-parents, car leurs parents travaillaient, et les jeunes chinois sont parfois des petits princes capricieux, obnubilés par leurs désirs et leurs envies. Mais souvent aussi de gros travailleurs.
Leurs valeurs de consommation se reflètent à travers un attrait pour des marques connues, notamment étrangères et de luxe, permettant d’atteindre un certain niveau de qualité de vie de plus en plus partagé.
Les grandes tendances 2015 de l’info
Par Diane Touré, France Télévisions, Direction de la prospective.
Le Reuters Institute for the Study of Journalism a publié le 16 juin dernier son rapport annuel sur la consommation d’information en ligne. L’étude, réalisée à partir d’un sondage YouGov auprès de 20 000 personnes dans douze pays, montre comment la consommation d’information continue d’évoluer. Si le rapport ne révèle pas l’arrivée de nouveaux usages, les grandes tendances se confirment et s’accélèrent : vidéo, mobile first, et médias sociaux sont les mots clés de l’info.
La vidéo d’info en forte progression
La consommation d’information en ligne via la vidéo est la tendance la plus forte de ces derniers mois, avec en moyenne 21% des sondés concernés par cette pratique chaque semaine : +10% en Espagne par rapport à 2014, +8% pour le Danemark, +5% pour le Royaume-Uni, l’Italie et le Japon. Ce phénomène reflète l’augmentation des contenus vidéo sur les réseaux sociaux ainsi qu’une plus grande importance et attention donnée à la vidéo par de nombreux éditeurs de presse.
Cependant, parmi ceux qui n’utilisent pas la vidéo, 40% déclarent trouver plus pratique de lire un texte, près d’un tiers (29%) sont rebutés par le pré-roll vidéo dont les temps de chargement sont jugés trop longs et un cinquième (21%) expriment une préférence pour regarder du contenu vidéo sur des écrans plus grands.
Un accès à l’information « mobile first » pour 25% des interrogés (41% pour les moins de 35 ans)
Les appareils mobiles pourraient bien être considérés en 2016 comme le dispositif le plus important pour la consommation d’information en ligne. L’utilisation hebdomadaire moyenne d’un smartphone pour s’informer a augmenté de 37% à 46% contrairement à l’utilisation de la tablette ou de l’ordinateur, qui ralentit dans la plupart des pays.
25% des interrogés, tous pays confondus, déclarent que leur smartphone est leur premier moyen d’accéder à de l’information en ligne ; cela concerne 41% des moins de 35%. La France est dans la moyenne, à 25% et à 8% pour ceux qui utilisent leur tablette comme moyen d’accès principal aux news.
La manière de trouver l’information diffère chez les consommateurs en fonction des pays. Au Royaume-Uni, Danemark et Finlande, les internautes passent directement par un site de grands groupes de presse. En Italie, en Espagne, en Allemagne ou en France, les moteurs de recherche restent souvent la principale porte d’entrée à l’information tandis que les médias sociaux sont régulièrement utilisés en Australie et au Brésil.
Près de la moitié des enquêtés admettent s’informer la plupart du temps via une seule source d’information, souvent sur un seul navigateur et moteur de recherche.
Les grands groupes médias inspirent confiance chez la plupart des internautes mais l‘usage d’une application dédiée à l’info reste à la marge. 70% des consommateurs d’info ont téléchargé une application de news mais seulement 33% les utilisent chaque semaine. Le Royaume-Uni, avec 51% des interrogés qui utilisent les nouvelles applications BBC fait exception ; parmi les consommateurs allemands 15% utilisent Spiegel et aux États-Unis, c’est l’application Fox News qui ouvre la voie avec 14%.
Les push de notifications ont doublé dans la plupart des pays : 14% des sondés français reçoivent des notifications liées à l’info chaque semaine, 10% en Grande Bretagne.
Le faible taux d’usage des applications d’info s’explique par la montée en puissance des médias sociaux comme plateforme d’information, devenant ainsi les plus forts concurrents des grandes marques d’information.
Les médias sociaux, première source d’info des jeunes
Reuters a observé en 2014 une croissance spectaculaire en ce qui concerne le partage d’information sur les médias sociaux. +10% pour les Etats-Unis, +15% pour le Brésil, +14% au Royaume-Uni et +13% en France. L’Italie reste le seul pays constatant une baisse de 2%.
Si les médias sociaux deviennent des sources d’information de plus en plus importantes au cours des quatre dernières années, tous ne deviennent pas référents en matière de news et d’audience. Facebook est de loin le réseau social le plus populaire pour la consommation d’information, profitant de plus en plus du public de son plus proche rival, YouTube. 41% des répondants ont déclaré utiliser Facebook pour trouver, lire, regarder, partager, ou commenter les informations chaque semaine. La popularité de Twitter parmi les médias sociaux ne se reflète pas dans les habitudes d’utilisation du panel : seulement 11% d’entre eux déclarent utiliser ce réseau de partage. Toutefois comme le rapport l’indique, les chiffres ne démontrent pas les différentes façons dont les utilisateurs exploitent ces réseaux.
» Parfois nous cherchons des news sur Twitter, mais les croisons sur Facebook » indiquent les sondés.
Facebook et Twitter restent les plus importants réseaux de news en termes de références et d’engagement mais l’enquête soulève des différences entre les deux. Facebook détient un public très généraliste où la recherche d’informations reste secondaire puisque le but principal est de communiquer avec ses amis. A contrario, Twitter est construit comme un réseau destiné à la recherche active de news pour un public profondément intéressé par l’actualité.
WhatsApp commence à être utilisé pour les news, principalement au Brésil pour 34% des sondés et en Espagne pour 27% d’entre eux… mais 1% aux Etats-Unis !
Pourtant les réseaux sociaux ne constituent pas le moyen le plus fiable pour trouver des informations. Seulement 12% des interrogés considèrent que les réseaux sociaux sont fiables contre 37% pour la télévision. Pour les enquêtés, les médias sociaux restent néanmoins un moyen efficace pour obtenir l’information facilement.
La télévision reste la principale source d’information dans 8 pays sur les 12 pays sélectionnés, c’est le cas pour les États-Unis, le Danemark, l’Australie et la Finlande… mais fédère surtout le public le moins jeune.
La publicité dérange
Les internautes sont de plus en plus lassés par la publicité. Si les éditeurs essaient de les habiller au mieux via la publicité native, 43% des lecteurs américains sont déçus lorsqu’ils réalisent qu’il s’agit en fait qu’un contenu publicitaire ; quant aux jeunes, ils ne sont tout simplement pas intéressés. Résultat, 47% des américains et 39% des anglais ont déclaré qu’ils utilisent régulièrement un logiciel de blocage des pubs.
« C’est clair que les lecteurs sont perdus par la variété de termes présentant ces publicités et le manque d’un standard commun, analyse Nic Newman, éditeur du rapport Reuters. En retour, ça sape leur confiance, ce qui aura des conséquences pour les annonceurs et les publications. »
Comment faire rentrer de l’argent dans les caisses ? Moins d’un interrogé sur cinq paie pour de l’information en ligne. Les abonnements séduisent davantage les finlandais (14%) et les danois (13%) que les britanniques (6%) et les irlandais (7%). Un espoir peut-être avec les modèles de micropaiement que proposent de plus en plus d’éditeurs. Une tendance à surveiller.