Nouvelle économie de l’expérience: les champions 2.0 ne sont pas ceux du 1.0
Par Etienne Cointe et Mathias Virilli, France Télévisions, Direction de la prospective
“Les champions 2.0 ne sont pas les champions 1.0”, a déclaré Didier Renard, CEO de CloudWatt lors de la 8èmes Assises de la Convergence des Médias qui s’est tenu mercredi à Paris.
En témoigne le succès fulgurant de YouTube, qui incarne le mieux l’enjeu de distribution auxquels sont soumis les acteurs traditionnels de la vidéo qui doivent conduire une transition numérique et amortir leurs investissements.
Cette distribution 2.0 passe par un enjeu fort d’accessibilité et de référencement, alors que 79% du trafic Internet sera consacré à du contenu vidéo en 2018 (66% déjà aujourd’hui). En 2020, Ericsson prévoit que parmi les 50 milliards d’objets connectés prévus, 19 milliards le seront avec de la vidéo.
De nouveaux services pour de nouveaux usages
Déjà, les téléspectateurs adoptent de nouveaux usages autour de la vidéo. Avec 6,3 écrans par foyer en 2013 (contre 5,3 en 2007), 65% des téléspectateurs ont fait du multitasking la semaine passée, et 17% ont commenté des programmes sur les réseaux sociaux. Mais les acteurs présents à ces Assises sont convaincus que la télévision linéaire n’est pas morte, et qu’un modèle hybride de la vidéo se profile.
Pour les diffuseurs, la difficulté est d’articuler leurs offres payantes et gratuites. Contrairement aux modèles freemium proposés par Spotify ou Deezer dans le secteur de la musique, les acteurs télévisuels doivent intégrer diffusions linéaires et services délinéarisés. La diffusion antenne reste aujourd’hui un point d’ancrage nécessaire à l’émergence et au succès de nouveaux services et programmes.
Ainsi, plutôt que de craindre une cannibalisation par ces nouveaux services, une chaîne devrait plutôt les envisager comme une opportunité de prolonger ses contenus grâce à une qualité de service renouvelée et une expérience utilisateur plus adaptée. Hervé Mathé, professeur à l’ESSEC et président d’ISIS, a d’ailleurs parlé “d’économie de l’expérience” pour décrire la nouvelle organisation induite par la transition numérique.
Si la limite de la télévision de rattrapage est limitée ordinairement à 7 jours en France, elle a allongée à 30 jours au Royaume-Uni, et débloquée en Allemagne, rendant un programme disponible de manière illimitée. Emmanuel Gabla, conseiller du CSA, n’a pas hésité quant à lui à pointer l’exemple américain, affirmant que chez le voisin transatlantique, “ce sont les épisodes récents qui sont payants, et les plus anciens sont gratuits”.
Tandis que le CSA exprimait ses interrogations quant au financement de la télévision de rattrapage, à laquelle les adeptes du replay consacrent tout de même 1h33 par jour sur tous écrans confondus, les diffuseurs demandaient une régulation plus cohérente avec notamment un dégel de la fenêtre de diffusion. Il n’est pas anodin de voir le téléchargement définitif se développer (6% du CA d’Orange, 50% de la VOD d’Arte) quand on sait que la VOD est soumise à une chronologie des médias qui rend un film disponible 4 mois seulement après sa première diffusion.
La France a des atouts
Malgré une compétitivité importante sur le plan international, Gilles Fontaine, directeur-adjoint de l’IDATE, se montrait toutefois confiant quant à la capacité de l’audiovisuel français à s’intégrer dans l’ère numérique. Deuxième mondiale en termes d’exportation de films et troisième pour ce qui est des animés, la France est dotée de solides atouts structurels.
Selon lui, la capacité du marché français à s’internationaliser à partir d’une situation de contrôle du marché national doit passer soit par les chaînes TV, pour qui l’enjeu est de contrôler les droits des programmes diffusés, soit par les producteurs, détenteurs des programmes pour qui il s’agit de pouvoir les distribuer.
Emmanuel Chain, CEO d’Eléphant, société de production de contenus audiovisuels, est aussi convaincu que la France a le potentiel d’avoir des champions nationaux dans ce secteur à l’instar de ses réussites dans le luxe ou l’œnologie. Pour illustrer son propos, il se base sur le fait que la fiction française a procédé à un fort renouveau qui permet aux séries françaises de battre les séries américaines en termes d’audience sur la quasi-totalité des chaînes françaises de la TNT. Hum ! A voir !!
Il considère par ailleurs que l’industrie française doit faire face à deux défis. Économique dans un premier temps, en garantissant l’indépendance et une « scalabilité » des productions françaises afin de produire plus, pour moins cher. International ensuite, en misant sur des programmes qui fonctionnent d’abord sur le marché local avant de s’exporter.
Autre symbole d’optimisme, Christophe Tardieu, directeur délégué général du CNC, mettait en avant le record historique des ventes des programmes audiovisuels français à l’étranger, estimées à 180 millions d’euros en 2013, bien que le prix unitaire soit en baisse. Ces ventes progressent sur tous les genres et s’exportent principalement en Europe de l’Ouest, avec un succès encore trop modeste sur le territoire asiatique. Concernant les films français à l’étranger, on observe davantage un tassement des ventes, qui s’élèvent tout de même à 440 millions d’euros en 2013. Le marché se révèle plus instable car dépendant de l’émergence de blockbusters français, dont le nombre varie selon les années. Et qui sont, il faut le dire, assez rares !!
Christophe Tardieu a également salué les mesures gouvernementales concernant l’attribution d’un crédit d’impôt pour l’audiovisuel, proposé afin de garantir l’attractivité du territoire français : sont éligibles les films français aux budgets inférieurs à 7 millions d’euros, les créations étrangères souhaitant tourner en France, les productions en langue française ou dans une langue régionale en usage en France et les films qui contribuent au développement de la création cinématographique française et européenne ainsi qu’à sa diversité.
L’audiovisuel français a ainsi des atouts sur lesquels s’appuyer pour être compétitif à l’ère numérique. Avec les nouveaux usages ont émergé de nouveaux services accompagnés de grosses interrogations économiques et légales.
Quoiqu’il en soit, les acteurs de la vidéo ont bien intégré qu’il s’agissait désormais d’offrir au spectateur la meilleure expérience possible, les incitant à travailler ensemble pour promouvoir la création française, côté production ou côté distribution. A ce propos, Eric Walter, secrétaire général d’Hadopi, a souligné l’intérêt du piratage comme “laboratoire d’usage permanent” offrant un aperçu des attentes des utilisateurs. Et une alerte !
Dubsmash: la nouvelle appli qui cartonne chez les jeunes
Par Etienne Cointe, France Télévisions, Direction de la Prospective
Les jeunes aiment le cinéma… en version courte ! Les longs métrages ont aussi le vent en poupe — mais découpés en extraits –; ils inspirent les développeurs d’applications qui misent sur leur potentiel viral.
N°1 en termes de téléchargement en France, à la fois sur iTunes et Android, Dubsmash est le succès du moment dans l’environnement très compétitif des applications. Dubsmash a été téléchargée plusieurs millions de fois depuis sa sortie le 18 novembre dernier, il y a à peine un mois !
Cette application, créée par trois jeunes allemands, combine deux aspects très appréciés des technophiles à l’heure actuelle : les selfies et les lipdub. Il est en effet proposé à l’utilisateur de se filmer en prononçant en playback des répliques cinématographiques célèbres durant quelques secondes, sur un format identique à celui des Vines. Le résultat peut ensuite être partagé sur les réseaux sociaux ou enregistré sur smartphone afin de l’envoyer par texto par exemple.
Si une sélection des meilleures citations, triées par catégories, est déjà établie lors du lancement de l’application, l’utilisateur a le loisir d’ajouter celles qu’il désire via sa playlist musical. Les plus tendances seront alors utilisables par toute la communauté Dubsmash.
Le succès international est tel que des compilations multi-langues des meilleurs « dubs » fleurissent sur la chaîne Youtube de Dubsmash. Les stars s’en emparent également et n’hésitent pas à partager leurs vidéos sur les réseaux sociaux, à l’instar de la chanteuse Shy’m.
Quid du droit d’auteur : l’un des fondateurs, Daniel Taschik, a déclaré que sa start-up ne pouvait maîtriser tous les sons partagés. Mais qu’il était possible de signaler sur l’application une violation du droit d’auteur, ce qui engendrait le retrait de la vidéo ainsi notifiée.
Wittiz, pour exprimer un sentiment par une vidéo
Surfant sur la même tendance que Dubsmash, Wittiz est une application qui propose des extraits de films, séries, émissions, musiques, que l’utilisateur a ensuite la possibilité d’acheter ou partager sur les réseaux sociaux ou par texto et de créer sa playlist d’extraits.
TV : « gap générationnel » probablement irrécupérable, selon le régulateur britannique
Par Barbara Chazelle, France Télévisions, Directions Stratégie et Prospective
Dans son rapport publié ce lundi, le régulateur britannique de l’audiovisuel pointe un « gap générationnel » au sein du public et s’alarme de la désertion des jeunes qui tournent le dos à la TV et à la radio au profit de services en ligne comme Facebook.
L’Ofcom prône des réformes pour assurer la bonne santé du service public, dont il salue toutefois la qualité du travail, malgré la baisse des audiences et des investissements dans les programmes.
Audience : la cible jeune sera difficile à reconquérir
Le temps passé à regarder la télévision est tombé à 3h52 min / jour en 2013, soit 9 minutes de moins qu’en 2012. Chez les 16-24 ans, la baisse est plus importante encore : -17 minutes depuis 2010 pour atteindre 2h28 en moyenne l’année dernière.
En cause, l’arrivé de nouveaux services et plateformes nationales et internationales qui offrent aux téléspectateurs une plus grande souplesse dans leur consommation, répondant à de nouveaux usages et envies.
« Le gap générationnel entre les audiences jeune et plus âgée devient de plus en plus important, avec des différences significatives d’opinions, d’attitudes et d’usages envers le service public et la TV de manière générale. (…) Bien que les jeunes aient toujours regardé moins la télévision que leurs aînés, nos recherches montre que la génération connectée regarde de moins en moins la TV, et qu’elle pourrait garder cette habitude en prenant de l’âge. »
Moins de la moitié des « tech natives » (16-30 ans) considèrent désormais la TV comme le source la plus importante de détente ou de divertissement, précise le rapport.

Obligation pour le service public de se distinguer par des « contenus orignaux, innovants et provocants »
En Grande Bretagne, 78% du public se dit satisfait de l’offre du service public (vs 69% en 2008). Néanmoins, elle apparaît moins distinctive que par le passé. Ce sentiment est particulièrement aigu chez les plus jeunes qui ne feraient plus la différence entre du contenu de service public et l’offre d’autres chaînes.
« Ils pensent qu’un grand nombre d’organisations produisent des contenus ayant les mêmes objets et caractéristiques que ceux du service public », déclare Ofcom.
Certains spectateurs dénoncent même une tendance à « dupliquer des idées de programmes ou de formats qui ont bien marché, éventuellement même au prix de programmes plus orignaux, innovants et provocants. »
Selon Ofcom, le service public a pourtant une carte à jouer, celle de sa capacité à innover et à proposer des contenus créatifs, sans être immédiatement pied et poing lié par une obligation de résultats en terme de recettes publicitaires. De même, d’autres arguments jouent déjà en sa faveur : « images HD, la possibilité donner aux téléspectateurs d’enregistrer facilement les programmes ou de les regarder en différé, la mise à disposition de services de vidéo à la demande sur de nombreux écrans qui permettent au public de profiter d’une télévision de haute qualité d’une manière de plus en plus facile et confortable. »
Assurer la bonne santé du service public passe certainement par des réformes
Le régulateur britannique s’inquiète par ailleurs de la répercussion qu’a (et qu’aura) la multiplication des canaux de distribution sur les investissements dans les programmes.
« Si le Parlement souhaite toujours voir les contenus de service public atteindre un reach universel et avoir un impact sur l’environnement connecté, il serait sans doute nécessaire de reformer les régulations actuelles et de définir ce que veut signifier l’ « universalité » dans un environnement connecté complexe. »
Ofcom suggère ainsi de donner au service public « davantage de flexibilité dans la possibilité de rendre disponible ses contenus au public, y compris la distribution en ligne, à la demande ou mobile. »
De même, il conseille de rééquilibrer les relations entre le service public et les producteurs et recommande de réfléchir à de nouvelles sources de revenus, comme la mise en place de « fees » de retransmission des chaînes publiques par le câble et le satellite ou d’assouplir les règles qui régissent la pub TV.
3 conseils d’un jeune entrepreneur pour monter sa start-up
Par Mathias Virilli, France Télévisions, Direction de la prospective
La France, un pays de start-ups ? Autour du label « French Tech », le gouvernement déploie depuis un an son plan de soutien à ces entreprises naissantes, destinées à une croissance rapide et un fort développement. Si bien que 4.400 start-ups et 7.500 entrepreneurs auraient vu le jour depuis l’an dernier, dont 3.000 seraient implantées dans la capitale, selon la mairie de Paris.
A l’occasion de LeWeb’14, Emmanuel Macron a réaffirmé que les jeunes français pouvaient réussir en France, que l’Etat était là pour les aider. Nous en avons profité pour rencontrer Stéphane Millet, jeune entrepreneur de 23 ans et co-fondateur de Guide Like You, qui nous a donné ses bons conseils pour monter sa start-up en France.
- Selon lui, la priorité est de se focaliser sur l’idée et surtout de la tester. Il est important de savoir si celle-ci peut marcher avant de s’engager dans les démarches administratives.
- « Les aides existent, il s’agit juste de savoir où elles sont ». Ainsi, il conseille également de se rapprocher de la BPI, qui fournit une aide précieuse par son financement et son accompagnement. En effet, la Banque publique d’investissement est, avec 400 millions de dollars de dotations, la première source de financement des start-up, avec un budget encore amené à augmenter.
- Enfin, pour en apprendre plus sur l’entrepreneuriat, des chaînes YouTube telles que Koudetat de l’incubateur The Family proposent des formats courts mais instructifs. A noter qu’apparaissent de plus en plus d’incubateurs, en attendant l’ouverture de ce que Xavier Niel promet être le plus grand incubateur du monde à la Halle Fressynet en 2016, avec pour objectif d’accueillir un millier de start-ups.
Pour revoir l’intervention d’Emmanuel Macron à LeWeb
Et l’interview exclusive de Méta-Media qui a suivie
Retour en images sur #LeWeb’14
Méta-media revient sur les images qui auraient pu vous échapper durant LeWeb14.
Les enfants, nouvelle source d’inspiration pour les start-ups
Par Barbara Chazelle, France Télévisions, Directions de la Stratégie et de la Prospective
La prochaine génération sera sans aucun doute plus connectée que jamais. Dès leur plus jeune âge, les enfants se divertissent, apprennent, communiquent sur toute sorte d’écrans connectés. Internet, la plus importante technologie de notre temps, est maîtrisée par des enfants de 4 ans ! De quoi inspirer des start-ups qui misent sur ce marché prometteur en opportunités.
sCool : un Facebook pour enfant, pour les éduquer au numérique dans un service totalement sécurisé
Plus d’info sur The Learn Scape : https://thelearnscape.com/scool
MyMiiya, la montre connectée à toute épreuve, qui fait de votre enfant un héros
Plus d’info sur http://www.mymiiya.com/miiya-fr/
TaHoma, la maison connectée aussi pour les enfants
Plus d’info sur https://www.somfy.fr/
Dehors les petits, un site d’idées de sorties et de loisirs participatif
Plus d’info sur www.dehorslespetits.fr
Merci @sebtv et @Fontaine_B pour les images
#LeWeb14 – 3 jours sur le stand de FranceTV
Fred Wilson : 2015 sera l’année du Uber de la santé et du bien-être
Par Mathias Virilli, France Télévisions, Direction de la Prospective
Pour Fred Wilson, 2014 fut l’année de l’économie participative, avec le crowdfunding et l’économie du partage désormais devenus grand public.
Et 2015 sera, pour le plus influent VC de la côte Est des Etats-Unis, l’année des technos de la santé et du bien être.
Interrogé à Paris en ouverture de LeWeb14, Fred Wilson a livré les tendances qui guident ses investissements pour les années à venir:
- la santé et le bien être: « nous devrions voir apparaître le Uber ou le Airbnb de ces secteurs »
- l’introduction en bourse d’un nombre important de sociétés de l’économie du partage et du financement participatif et l’absence de bulle tech
- un nouvel écosystème de « wearables », mais davantage sous forme d’un maillage personnel de capteurs et de terminaux que via le succès pas nécessairement évident des futures montres connectées.
Uber, exemple d’innovation à suivre malgré sa brutalité
Interrogé par Loïc Le Meur, Fred Wilson est longuement revenu sur le succès et le futur d’Uber, créé lors d’une conférence LeWeb il y a 6 ans et ne juge pas usurpée sa valorisation actuelle de 40 milliards $. Et s’il admet le succès de ses méthodes souvent brutales et du mode d' »exécution impitoyable » de la plateforme de transports urbains, il juge que « fanfaronnades et arrogance » sont désormais déplacées. « Uber doit mûrir et apprendre à travailler avec le système ».
Outre Uber, Fred Wilson a évoqué Lyft, qui « sera à Uber, ce que Twitter est à Facebook », et assuré que de tels services co-existeraient avec les taxis traditionnels plutôt que de les remplacer.
Cependant, la tendance que le VC entend souligner, ce sont les voitures électriques, sous la pression bénéfique de Tesla : “s’il y avait 20 stations essence au sud de la 34ème rue à New York, il n’y en a aujourd’hui plus que deux”. D’après Fred Wilson, 20% des voitures seront électriques en 2020 aux USA.
Quant aux voitures sans conducteur, elles pourraient être opérationnelles d’ici 5 ans, pour ce même horizon, à condition que les gens en veulent. Pour lui, l’enjeu n’est pas tant technologique que de faire accepter cette technologie. Il continue aussi de croire dans les protocoles à la Bitcoin, malgré un certain désaveu cette année.
La santé comme tendance forte en 2015
Au-delà des entreprises de la mobilité, Fred Wilson a mis en avant l’importance cruciale du secteur de la santé. Sans dévoiler quelles entreprises étaient dans le giron d’Union Square Ventures, il a parié sur les firmes qui développent des applis pour les patients (qui prendront le contrôle de leur santé) et les médecins (qui utiliseront les données), pas pour le système de santé, qui comme ailleurs, sera court-circuité.
A l’instar des deux startups citées en exemple (et dans lesquelles le VC regrette de n’avoir pas investi), Fred Wilson a précisé que, pour lui, les entreprises attractives étaient celles qui « contournent les marchés existants pour créer de nouveaux usages », et ce malgré les problèmes réglementaires qu’engendrent des innovations qui ne rentrent dans aucune structure légale.
Epinglant les dirigeants européens pour leur malaise face à l’innovation (et notamment Angela Merkel suite à ses récentes positions contre la neutralité du net), Fred Wilson a cependant reconnu qu’il allait falloir mieux penser l’impact des technologies sur nos sociétés et comportements, notamment autour des questions liées à l’identité.
Fred Wilson: « En tant qu’entrepreneur, si vous demandez toujours l’autorisation, on vous répondra toujours non » #LeWeb
— frenchweb (@frenchweb) 9 Décembre 2014
Facebook passe à la recommandation vidéo (Interview @LeWeb’14)
Nous le voyons tous dans notre fil d’actualités : Facebook met en ce moment le paquet sur la vidéo au point d’inquiéter de plus en plus YouTube, contraint de donner des gages à ses stars. La prochaine étape se profile déjà : ce sera, « dans les semaines qui arrivent », celle de la recommandation de nouvelles vidéos proposées à la Netflix en fin de visionnage, nous a annoncé Fidji Simo, la patronne française des activités mondiales vidéos de Facebook, en marge de la conférence LeWeb’14 à Paris.
La spectaculaire explosion de l’usage de la vidéo sur le 1er réseau social mondial (plus d’un milliard de vidéos vues par jour, +50% au 3ème trimestre) s’explique, d’après elle, par de nouveaux produits comme l’AutoPlay et le silence par défaut, qui facilitent la consommation dans les transports et… en réunions! Les contenus les plus prisés y sont les bandes annonces, l’info, des vidéos de célébrités. ABC News et la BBC y sont déjà présents.
Mais Facebook, contrairement à YouTube, ne met pas de pubs en pre-roll ni surtout ne rémunère pas les auteurs. Pas pour l’instant en tous cas, semble dire cette jeune dirigeante à l’accent méridional qui a rejoint Facebook il y a quatre ans, après un passage chez eBay et HEC.
D’autres vidéos de LeWeb’14 sur la chaîne YouTube de Méta-Media !
Avec Barbara Chazelle, France Télévisions, Direction de la Prospective
Paris veut protéger les données personnelles, aux citoyens de se mobiliser !
Par Barbara Chazelle, France Télévisions, Directions Stratégie et Prospective
Ce lundi s’est tenu à Paris le European Data Governance Forum (EDGF) organisé par les CNIL européennes (le « G29 ») avec des experts pour répondre au grand défi de notre décennie : comment concilier ère de l’innovation technologique où les données personnelles sont cruciales pour l’économie numérique et la capacité donnée aux acteurs publics et privés de profiler les individus ? Quel “cadre éthique et juridique” pour encadrer la collecte et l’exploitation des données personnelles ?
La balle est surtout dans le camps des citoyens… mais ils ne le savent pas !
2015, année charnière
Pour Isabelle Falque-Pierrotin, la Présidente de la CNIL française, “2015 sera une année clé pour l’Europe des données, avec l’adoption du règlement de l’Union Européenne sur la protection des données [NB : déjà adopté par le Parlement Européen, le Règlement va être discuté par les Etats membres dans les mois à venir], la poursuite des négociations commerciales internationales et les décisions finales à prendre sur la gouvernance de l’internet.”
Manuel Valls, qui a introduit la journée, a lui aussi confirmé que le calendrier français était aligné avec les objectifs de l’Union Européenne : « En 2015 et 2016, la loi réaffirmera de manière solennelle le droit à la vie privée et à la protection des données personnelles, ainsi que le contrôle des actes des services de renseignement. »
Le Premier Ministre a déclaré être en faveur d’un certain nombre de principes, parmi lesquels
- la création d’un droit à l’oubli renforcé pour les mineurs,
- le droit à la portabilité des données,
- la simplification des conditions générales d’utilisation
- un meilleur encadrement de la collecte des données par les Etats.
“ La France doit faire de la protection des données un grand combat ” a-t-il affirmé.
Une Déclaration sur la protection des données
Isabelle Falque-Pierrotin l’a rappelé : “Il est difficile de construire un cadre éthique. (…) Mais il n’y a pas de temps à perdre. Il faut innover. Le G29 a essayé de s’engager sur cette voie de l’innovation” en rédigeant une Déclaration sur la protection des données qui “vise à réaffirmer un certain nombre de valeurs communes et faire quelques propositions pour nourrir les législateurs nationaux et européens.”
Cette Déclaration et ses 16 articles traitant des valeurs européennes, de la surveillance à des fins de sécurité, de l’influence européenne et du suivi de la Déclaration, a d’ores et déjà été adopté par le Groupe de l’Article 29 le 25 novembre dernier.
Elle se positionne entre autre, comme l’ont fait les nombreux intervenants tout au long de cette journée de Forum, contre “la surveillance secrète, massive et indiscriminée de personnes en Europe, que ce soit pas des acteurs publics ou privés.”
“Cette déclaration n’est pas gravée dans le marbre” a précisé Isabelle Falque-Pierrotin, encourageant ainsi les bonnes volontés à poursuivre le travail.
La confiance comme business model
Constat partagé par beaucoup si ce n’est tous : la notion de vie privée n’a pas été enterrée par les citoyens européens, qui sont plus que jamais soucieux de garder le contrôle de leurs données.
Benjamin André, co fondateur et PDG de Cozy Cloud, a choisit de miser sur la confiance pour développer son activité. Il a défendu la thèse selon laquelle la restitution des données était un enjeu majeur pour gagner la confiance des utilisateurs et permettre la décentralisation du web, en se positionnant de manière volontairement orthogonale aux modèles des géants de l’internet.
Autre exemple intéressant, StartPage et son moteur de recherche Ixquick, qui ne gardent ni les traces des recherches / navigations de ses utilisateurs, ni leurs adresses IP. C’est à l’heure actuelle le seul moteur de recherche à avoir été certifié du label européen European Privacy Sea, garantissant la protection des informations personnelles. Dans la même logique, StartMail propose de sécuriser votre correspondance, en simplifiant le processus de chiffrement ou en permettant l’envoi de mails à usage unique par exemple (qui s’effacent après la lecture) et surtout en garantissant que personne ne viendra ouvrir votre boite aux lettres numériques.
“Notre position a amené de la croissance. Après les révélations de Snowden, notre trafic à doubler et le potentiel est encore considérable ! a déclaré Alex Van Eesteren, Directeur du développement de ces sociétés. “Nos revenus viennent de publicités non ciblées qui nous permettent de payer nos factures ; nous sommes rentables depuis plusieurs années. (…) Le fait de ne pas être basé aux Etats-Unis est un avantage comparatif pour nous” a-t-il ajouté.
Manuel Valls a quant à lui appelé de ses voeux “une innovation responsable” ; elle aurait selon lui un “potentiel économique énorme car elle créerait de la confiance.”
La balle est dans le camps des citoyens… mais ils ne le savent pas !
Simon Davies, fondateur de Privacy International, a déploré que les citoyens aient été exclus du débat trop longtemps, ce qui explique d’après lui que même après les révélations Snowden, on ne voit pas d’émeute pas les rues.
“Il ne faut pas être effrayé d’être militant ! Il faut des mouvements de masse”, a-t-il déclaré.
Et ce n’est pas Maximilian Schrems, jeune autrichien, qui monte l’Europe contre Facebook à coup d’actions collectives, afin que le géant respecte la législation en vigueur au sein de nos frontières, qui dira le contraire.
Démocratiser le débat et donner des outils de protestation et de défense aux citoyens est un enjeu essentiel !
La question de la protection des données concernent tout le monde et est donc un sujet à traiter globalement, dans nos sociétés occidentales mais aussi en Asie et en Afrique, car il s’agit de données qui peuvent être publiques ou privées.
“La protection des données personnelles est un enjeu pour les personnes mais aussi pour nos modèles démocratiques” a souligné Isabelle Falque-Pierrotin.