Futur de la TV : 3 pistes

Par Robert Amlung, Directeur de la stratégie numérique de la ZDF *. Billet invité

Pour les broadcasters TV, le numérique n’a rien de nouveau. Avant d’être aujourd’hui une offre à part entière de notre distribution, nos premières offres internet datent de la 2ème moitié des années 90. Et pourtant, 20 ans après, nous luttons toujours pour comprendre cet étrange monde en ligne où beaucoup d’entre nous voient toujours le numérique comme un complément sans rapport avec notre cœur de métier qu’est la diffusion linéaire.

Dans cet article, basé sur une présentation faite lors d’un séminaire de l’UER ** en janvier, j’aimerai développer trois idées simples sur l’influence du monde en ligne sur notre activité traditionnelle.

1L’édition en ligne n’est pas juste un changement technologique. C’est un changement dans la manière de nous percevoir, nous les diffuseurs.

Commençons par une évidence : pour un diffuseur, la possibilité d’offrir du contenu vidéo à la demande est le plus gros changement auquel il a dû faire face jusqu’ici. De manière inédite, les gens ont maintenant un choix énorme de contenus à portée de main. La fragmentation de l’audience, déjà forte avec la TNT linéaire, va continuer de s’accroître. Ajoutez à cela l’essor des débits sur l’internet ouvert, et vous avez l’origine du profond changement qui affecte aujourd’hui la distribution de la télévision.

Historiquement, le monde du broadcast a toujours rimé avec ressources rares, établissant une forte barrière à l’entrée du marché de la télévision. Aujourd’hui, les barrières tombent rapidement. Et de nouveaux acteurs, tentant leur chance, arrivent sur « notre » marché.

Des sociétés comme Netflix, Amazon ou Google viennent défier l’industrie traditionnelle de la télévision. Avec leur argent, leur vitesse et leurs prouesses techniques, ils forcent les anciens champions à changer.

Il nous faut donc redéfinir nos contenus, parce que ceux que nous produisons, notamment pour les jeunes, vont changer. D’ailleurs, au lieu de créer des « méga-hits qui attirent de très grosses audiences », les nouveaux entrants montrent l’exemple pour monter des « projets qui résonnent puissamment pour des communautés », a récemment fait remarqué Roy Price, des Studios Amazon.

Encore une fois, ceci n’est pas fondamentalement nouveau. Les chaînes thématiques ou de niche sont aussi vieilles que la télévision du câble. Mais dans le monde en ligne et une distribution illimitée de chaînes, cette tendance est en train de devenir bien plus puissante et pertinente. Produire « House of Cards », avec son scénario horizontal adapté aux besoins d’une d’audience à la demande, a désormais un sens économique.

Mais ce n’est pas seulement la distribution qui change, ce sont également les écrans. Là encore, et plus spécifiquement pour les plus jeunes, la domination du grand écran TV faiblit. La vidéo est consommée sur le premier écran à portée de main. Et aujourd’hui, il y en a beaucoup ! Dans la plupart des cas, ces écrans sont des ordinateurs, utilisant Android, iOS, MacOS ou Windows. Autrement dit, ils n’utilisent aucun des systèmes du monde du broadcast.

Pour les directions techniques de diffusion, c’est un sacré défi. Et de nombreux fabricants de téléviseurs comme des techniciens issus du broadcast n’arrivent pas à accepter l’implosion de leur monde dominé par la TV traditionnelle.

Ce ne sont pas les seuls à être contrariés. Du côté éditorial, les défis ne sont pas moindres. Le traditionnel « one to many » de la diffusion linéaire est toujours présent, et toujours puissant. Mais il a perdu son monopole. Aujourd’hui, tout le monde peut être producteur de TV. Le coût d’équipement est faible, et pour la distribution, il y a … YouTube. Pour les plus jeunes, rien de surprenant donc à voir des vedettes de YouTube être plus populaires que celles de la TV. Et à condition qu’ils connaissent même encore des personnalités TV ! Évidemment, rares sont les gens de télé qui apprécient cette intrusion sur leur terrain.

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Mais ces développements numériques étant connus depuis plusieurs années, pourquoi donc les entreprises de médias traditionnelles luttent-elles toujours pour s’adapter ?

J’émet une hypothèse : en tant que broadcasters, nous sommes sur le point de passer d’un statut de média « énorme et de première importance » à « énorme et seulement à égalité » avec d’autres. Et cela semble être, pour beaucoup, un recul à éviter à tout prix.

Pour résumer ce premier chapitre : renonçons à notre vieille image de leader média incontesté. C’est seulement à condition d’accepter sans fard notre nouvelle position dans un marché numérique très diversifié et très compétitif, que — peut-être—nous serons capables de réussir.

2Le public, recourant aux médias de manières très variées, nous oblige à établir de nouvelles méthodes de travail de production.

Quand on s’intéresse aux méthodes de travail, il vaut mieux commencer par regarder les besoins et les usages de vos consommateurs. Ça semble banal, et vous trouverez cela dans n’importe quel manuel de conduite du changement. Mais il faut toujours le répéter, car nous nous continuons à les évaluer à partir de nos propres besoins et de nos traditions TV.

Alors commençons par une question de base : pourquoi les gens utilisent les médias ? Quand on leur donne le choix, les gens ne vont pas nécessairement préférer quelque chose de préconfiguré pour eux par une autorité supérieure. Oui, les gens sont paresseux, mais ils préfèrent toujours décider par eux-mêmes. Et par dessus tout, ils veulent être partie prenante de ce vaste monde. C’est même pour cela qu’ils utilisent les médias. Et alors que disparaissent les contraintes techniques liées aux médias broadcast, des perspectives plus vastes s’ouvrent aux citoyens : ils n’ont plus à se laisser seulement raconter ce nouveau et vaste monde par les médias, il peuvent désormais y prendre part. C’est bien « ce public qu’on appelait autrefois l’audience », a résumé il y a quelques années déjà, Jay Rosen, professeur de journalisme à New York.

Mais demeure un fossé générationnel. Aujourd’hui, les moins de 40 ans ont tendance à utiliser les médias de manière bien plus variée que leurs aînés. Certes, ils utilisent toujours les médias de manière traditionnelle, mais moins. Ils veulent le faire de manière plus participative ; produire et consommer le média en même temps. Bien sûr, tout le monde ne sera pas un « pro-sumer » (NB : producteur – consommateur) tout le temps, mais beaucoup le seront de temps en temps, et de plus en plus.

Cette nouvelle diversité de manière de consommer les médias a des conséquences sur nos manières de travailler. La production de contenu dans ces environnements signifie que nous avons besoin de redéfinir, reformater et itérer ce que nous produisons bien plus intensément et en grandes variétés. Et nous avons besoin d’écouter attentivement les retours que le public nous fait. Le plus souvent possible.

En d’autres termes, cela requiert de savoir manier beaucoup de data. Et nous avons besoin de beaucoup de technologie pour nous aider à gérer cette énorme tâche.

Ma conclusion de ce deuxième chapitre : la flexibilité croissante dans la production et la distribution – combinée avec les aller-retours incessants avec le public – requiert des méthodes de travail adaptées bien plus itératives qu’avant.

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3L’intelligence des méthodes de travail s’exprime dans le software, pas le hardware. La techno broadcast doit devenir « software centric ».

Mon troisième chapitre traite d’un sujet dont les industries du broadcast débattent depuis plusieurs années : hardware vs. software. Et comme nous le savons tous, le chemin est long pour aller d’une logique spécifiquement centrée TV, basée sur le hardware, à une logique « TV et au delà », basée sur le software.

En tant qu’industrie, nous avons déjà bien avancé, mais nous devons aller plus loin. Voici un exemple de l’état de l’art du développement software aujourd’hui : « Merci d’utiliser Facebook ! Pour rendre notre application encore meilleure, nous apportons des mises à jour sur l’App Store toutes les deux semaines ». Voila comment Facebook dit à ses usagers qu’il est passé à un mode de développement continu et agile de son application, désormais réactualisée à la fin de chaque sprint.

On est bien loin de cela dans le broadcast !

Et ce n’est pas suffisant de quitter le hardware pour passer au software. Ce dont nous parlons aujourd’hui c’est de devenir agile. La flexibilité et la vitesse de changement requises dans le numérique impliquent d’utiliser des méthodes agiles. Avoir les bons logiciels devient primordial pour qu’un média réussisse. Cela veut dire aussi avoir toujours disponibles les bons logiciels, et pas seulement au moment où on fait les investissements.

Traditionnellement, investir dans des technologies TV signifie mettre de grosses sommes d’argent dans de gros projets tous les deux ou trois ans. Cela implique un approvisionnement long, des développements lents et des tests intensifs avant qu’un nouveau système ne soit mis en service. Ce qui implique aussi qu’au moment de sa publication, il est déjà … dépassé.

Le développement continu est l’alternative vers laquelle s’engager. Les règles de management de projet, d’acquisition et de dépréciation ont besoin d’évoluer pour suivre le rythme.

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Un autre aspect important du développement agile est d’intégrer les éventuels utilisateurs finaux à l’équipe de développement de manière continue. Compte tenu de notre culture traditionnelle de diffuseur, c’est un vaste chantier ! Car vous le savez, journalistes et techniciens habitent des mondes très différents ! Nous aurons donc besoin de changements culturels et de beaucoup d’empathie mutuelle pour que cela se produise. Quoi qu’il en soit, technologie et contenus vont grandir en se rapprochant, ce qui signifie que les professionnels de ces deux secteurs auront à collaborer bien davantage. Que ça leur plaise ou non.

Au niveau projet, le développement agile de logiciels est bien défini, et généralement établi dans le monde informatique. De mon point de vue, la pensée agile ne devrait pas s’arrêter là. Penser de manière itérative, avec des boucles de rétroactions, aide aussi les entreprises de médias à définir des objectifs corrects.

Dans un monde numérique, les médias ont besoin de redéfinir continuellement la direction qu’ils prennent, et les ressources à mettre en face. Le marché, les usagers, la technologie – tous évoluent bien plus vite que par le passé. Dans ces conditions, l’agilité est une condition nécessaire à tous les niveaux de l’entreprise.

Ma conclusion, ou synthèse, est, je l’admet bien volontiers, une sorte de graal dont je rêve : celui d’un diffuseur centré sur le logiciel qui fonctionne en mode agile où éditorial et technique travaillent de manière continue, ensemble, pour améliorer leur contenu.

@robertamlung

* ZDF : deuxième télévision allemande généraliste publique et fédérale.

** UER : Union Européenne de Radio-Télévision, qui rassemble essentiellement des médias de service public.

 

(Traduction de Méta-Media)

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« David Carr was a bad motherfucker. Tough, tough. Feared nobody, pulled no punches. Called billionaires on their shit. In a field of cowardice, he was a statue of honor, even heroism. (…) He strengthened my conviction that a life spent in journalism would not be a life wasted.«  – (Alexis Madrigal)

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Tahiti : laboratoire de mutations numériques

Par Philippe Deloeuvre, directeur de la Stratégie, France Télévisions

Pionnier numérique en 2010, Tahiti peine à passer à la vitesse supérieure en raison de gros problèmes d’accès au réseau, mais les médias locaux s’activent tous pour relever les défis nés des nouveaux usages : l’accès des contenus à la demande gagne du terrain et la bataille entre éditeurs traditionnels et nouveaux barbares est engagée.

Délinéarisation, info hyper-locale, recherche de services de proximité, tous cherchent la martingale pour renforcer – en le renouvelant – le lien avec le public. Et le tsunami de contenus qui s’annonce fait aussi craindre la dilution des productions locales avec un sentiment identitaire plus aigu qu’en métropole pour des raisons historiques et géographiques évidentes.

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L’enjeu essentiel du numérique au milieu du Pacifique, à 6.000 km de tout continent, c’est bien sûr l’accès au réseau. Le territoire est connecté par Honotua, un cable transocéanique qui relie Tahiti au reste du monde via Hawaï et les Etats Unis et les discussions de longue date pour le doubler par un second lien capable de sécuriser le premier, d’apporter plus de débit – descendant mais surtout montant – et de le rendre économiquement viable semblent s’enliser.

Les raisons ? Avant tout des enjeux politiques, géostratégiques (via quel continent se raccorder ?) et financiers (question du retour sur investissements ou concurrence mal vécue par l’opérateur public satellitaire).

Pour autant, tout le monde s’active pour relever le défi du bouleversement des usages. Des opérateurs OTT (NuiTV, TIVIZZ, …) inspirés par la côte ouest des Etats Unis qui héberge une partie de leur CDN, fournissent d’ores et déjà leurs box capables de distribuer services et contenus à la demande en concurrence des chaînes linéaires.

Même sur un si petit territoire, l’accès des contenus à la demande gagne du terrain et la bataille entre éditeurs traditionnels et nouveaux barbares est engagée.

Des médias traditionnels qui ne sont pas en reste 

Deux TV publiques !

En Polynésie française, ­tout semble familier mais tout est différent : deux autorités de gouvernance (la Présidence du territoire et le Haut Commissariat représentant de l’État), deux langues (le tahitien et le français), deux télévisions publiques (TNTV et Polynésie 1ère) coexistent harmonieusement mais face à face. L’exonération de redevance audiovisuelle dont dispose les Français polynésiens n’est qu’un signe tangible parmi d’autres de la mauvaise conscience et du « sanglot de l’homme blanc » qui tente de se faire pardonner au yeux du fenua2 et du monde les très controversés essais nucléaires pratiqués non loin de là, à Mururoa.

On entre en territoire avec la ferme intention de parler de métropole et chacun ici vous renvoie à la France. Car si cette partie de la Polynésie est française, nul doute qu’elle se vit et se revendique d’abord polynésienne. Preuve en est, les manifestations du Heiva3, qui donnent à voir chant et danse polynésiennes, réunissent à Tahiti 20.000 spectateurs tous les ans et sont l’expression d’une forme de résistance. C’est aussi sans doute ce qui fait d’un festival de films documentaires relativement pointus un évènement plébiscité par le public où les places sont vendues à guichet fermé !

Ici plus qu’ailleurs la question de la diversité et de l’exception culturelle se pose. 118 poussières d’îles, réparties sur un territoire aussi étendu que l’Europe et peuplées de seulement 280.000 habitants ont profondément à coeur de faire exister et de montrer leur culture et leur langue.

Le FIFO, lieu d’échange sur la transformation numérique

Un des plus importants évènements culturels du bassin Pacifique vient ainsi de s’achever à Papeete : la 12éme édition du Festival International du Film documentaire Océanien (FIFO) qui a réuni comme chaque année public et professionnels pour célébrer la vivacité et la diversité des cultures du Pacifique. C’est aussi, et depuis longtemps, pour la plupart des télévisions de la région le lieu d’échanges nourris sur la transformation à l’oeuvre dans les média sous l’influence du numérique.

« Vivre ensemble » sur fond de métissage culturel fait de polynésiens, de chinois et de popa’a4 qui cohabitent sans heurt, public du FIFO capable de s’enthousiasmer au point de décerner son prix à un film rendant hommage à un mahu5 hawaïen qui pose rien de moins que la question du genre, quasi taboue en métropole, télévision et radio publiques réunies.

Pour affronter le défi des usages numériques, la Polynésie a donc des choses à nous dire que nous serions inspirés de bien vouloir écouter pour penser notre avenir. Même si Jacques Brel nous a prévenu depuis les îles Marquises : ici « l’avenir est au hasard ».

Encore un enseignement des peuples du Pacifique…

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Le réalisateur Jan Kounen, Président du jury du 12ème FIFO, sur le plateau de Polynésie 1ère

——————————————

1 la rivière qui jouxte les locaux de la Dépêche de Tahiti et lui sert de nom

2 Pays, territoire

3 Le Heiva est une manifestation annuelle traditionnelle qui a lieu au mois de juillet en Polynésie française. 

4 nom donné par les tahitiens aux étrangers

5 homme-femme au statut particulier, régi par la coutume polynésienne

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Sundance, vrai terrain de jeu des médias dans la réalité virtuelle

Par Jérôme Derozard, consultant pour France TV Editions Numériques, et entrepreneur 

Le festival du film indépendant de Sundance, qui vient de s’achever, a mis en exergue les dernières technos de réalité virtuelle qui, via l’immersion, devient un nouvel outil important pour l’info, le sport, le documentaire et le direct, en mariant des technos d’horizons divers.

C’est via l’exposition « New Frontier » que Sundance avait inauguré le genre dès 2012, avec le documentaire 3D Hunger in Los Angeles de Nonny de la Peña assistée du fondateur d’Oculus VR, Palmer Luckey, à l’époque simple stagiaire! Cette année, New Frontier a donc proposé de multiples nouvelles « œuvres de réalité virtuelle », à commencer par Birdly, une simulation ludique permettant au spectateur de « voler » au-dessus d’un San Francisco recrée en 3D.

Le documentaire immersif pour faciliter l’empathie

Mais l’exposition proposait également de multiples expériences narratives plus proches du format documentaire. Beaucoup de participants ont été marqués par le documentaire de Chris Milk Clouds Over Sidra, décrivant le quotidien d’une fillette de 12 ans dans un camp de réfugiés syriens en Jordanie.

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Ce documentaire filmé à 360°, également présenté à Davos et parrainé par les Nations Unies, démontre l’intérêt du format dans le domaine de l’humanitaire : immerger le spectateur dans une autre réalité et faciliter son empathie avec les populations filmées.

Chris Milk présentait également le documentaire VR Millions March en partenariat avec Spike Jonze et Vice News. Il permet de revivre une manifestation contre les brutalités policières qui s’est déroulée le 13 Décembre dernier à New-York, en filmant les manifestants à 360° au cœur de l’évènement et est présenté comme le premier reportage en réalité virtuelle présenté à Sundance.

C’est le premier d’une série de projets journalistiques qui seront produits par la société VRSE de Chris Milk, en partenariat avec Vice News, et distribués via une application dédiée « Vice News VR ».

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Un docu-fiction était également présentée à Sundance : Perspective : Chapter I : The Party par Rose Troche et Morris May, relatant une agression sexuelle au cours d’une fête étudiante. Le spectateur est ici immergé dans l’évènement et le vit depuis deux points de vue opposés: celui de l’un des agresseurs et celui de la victime.

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Nonny de la Peña revenait quant à elle cette année avec sa dernière œuvre immersive Project Syria utilisant le même format que Hunger in Los Angeles. Ici l’évènement n’est pas filmé mais recrée en 3D, permettant une plus grande interactivité mais en réduisant le réalisme de la scène, sans réduire son impact émotionnel toutefois. Les personnages rencontrés et lieux explorés ont été créés à partir de photos de lieux et personnes réelles pour plus d’authenticité.

Le format 3D est également utilisé par le documentaire historique Assent de l’artiste Oscar Raby. Ayant pour sujet la « caravane de la mort » lors du coup d’état au Chili en 1973, il met le spectateur dans la peau du père de l’artiste, militaire à l’époque.

 Les possibilités sont nombreuses pour les réalisateurs de documentaires pour « immerger » le spectateur dans un évènement ou un lieu, contemporain ou historique : depuis la vidéo filmée à 360°, permettant une interactivité limitée mais un niveau de réalisme maximal, à la modélisation en 3D et explorable à l’infini.

Le casque de réalité virtuelle transporte le spectateur dans le temps ou l’espace et devient une « machine à empathie » permettant à l’audience de développer un lien beaucoup plus fort avec le sujet du documentaire. Compte tenu des réactions des premiers spectateurs cette « machine » sera à manier toutefois avec précaution, le public n’étant pas forcément préparé à une telle implication émotionnelle pour des sujets déjà très durs.

Le divertissement, du film à 360° à l’animation explorable

D’autres expériences proposées à Sundance étaient heureusement plus légères. Comme le court métrage « Wild » basé sur le film du même nom, mettant en scène Reese Witherspoon et Laura Dern dans une scène du long métrage explorable à 360°. Conçu comme un outil de promotion du film, le court métrage démontre l’intérêt – y compris financier – des grands studios pour ce nouveau média.

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Le film Kaiju Fury, fruit d’une collaboration entre New Deal Studios, Jaunt VR (qui développe des équipements et logiciels de production VR) et l’école Stan Winston, met en scène des cousins de Godzilla en train de s’affronter au milieu d’un paysage urbain, en utilisant uniquement des prises de vue sans animations.

De son côté le film d’animation Lost met en scène une main géante au sein de la forêt, à la recherche du reste de son corps robotique. Il s’agit de la première réalisation des Oculus Story Studios, des anciens collaborateurs de Pixar recrutés par la filiale de Facebook pour produire des contenus pour lunettes VR ( 4 autres films sont prévus cette année) mais aussi pour développer un « écosystème » qui facilitera le travail des futurs réalisateurs de films VR.

De nombreux ressorts dramatiques et outils techniques à développer pour assurer le succès de ce nouveau support.

C’est encore plus vrai pour les films d’animations « explorables » en 3D, qui se situent à la frontière du jeu vidéo en permettant au spectateur de se déplacer au sein du film. La liberté accordée aux spectateurs étant pratiquement totale, ceux-ci peuvent se « perdre » dans le décor et rater l’action principale. De nombreuses techniques sont mises au point, reposant notamment sur la division de la scène en plusieurs zones ; si le spectateur s’écarte de la zone principale l’action est mise en pause le temps jusqu’à ce que le spectateur est terminé son exploration. Des logiciels d’édition vidéos spécifiques apparaissent pour faciliter le travail des V-Réalisateurs, comme celui proposé par Visionary VR.

Trop tôt pour parler d’un nouveau média de masse

Les documentaires et films présentés à Sundance étaient tous des courts-métrages ; les premiers équipements grand public compatibles commencent tout juste à être commercialisés ; l’appétence du public pour la technologie et le média est encore inconnue.

Pourtant la réalité virtuelle constitue un formidable terrain d’expérimentation pour les médias, également dans le domaine du sport, de la transmission en direct ou bien sûr du divertissement adulte. Elle leur demandera également d’être capables de marier des talents et compétences provenant de différents horizons, jeu vidéo, cinéma, logiciel, télévision… Nous aurons l’occasion de revenir sur le sujet dans un prochain article.

D’ici là abonnez-vous pour recevoir une sélection régulière de tweets sur la réalité virtuelle : https://twitter.com/derozard/timelines/563405071170682881

37°2 le matin : votre smart phone se recharge !

Par Bernard Fontaine, France Télévisions, Prospective & Editions Numériques

La chaleur du corps va très bientôt devenir une source d’électricité et servir à recharger les terminaux que nous portons, grâce à l’innovation surprenante du coréen Byung Jin Cho, primé mercredi au grand prix du Forum Netexplo à l’UNESCO à Paris.

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37, 2° le matin partez tranquille, vos appareils se rechargeront à la chaleur de votre corps

Le professeur Byung Jin Cho de l’Institut Supérieur Coréen de Sciences et de Technologie KAIST nous explique son innovation Wearable Thermo-Element, qui a succédé au palmares à Wibbitz (2014) :

 Présentation en image :

Wearable Thermo-element par netexplo

Ces travaux devraient permettre, nous a-t-il confié, de commercialiser dès l’an prochain cette surprenante interface souple, qui au contact de la chaleur dégagée par le corps saura la transformer en énergie électrique, directement utilisable par nos équipements les plus communs.

Que ceux-ci soient médicaux comme un pacemaker, ou de loisirs comme les tissus techniques, les capteurs et autres « Wearables Components », cette seconde peau pour le moment de la taille d’un petit pansement, rendra ces équipements autonomes en énergie. Ce sont les 37° de notre corps qui seront utiles à cette nouvelle source d’énergie inattendue.

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D’autres secteurs industriels sont visés, notamment l’automobile où la chaleur du moteur thermique saura alimenter la batterie d’un véhicule hybride. Quand la révolution numérique se doit aussi d’être accompagnée par celle de l’énergie électrique sans laquelle rien n’est possible !

 

Medium, le YouTube des articles. Nouveau modèle de journalisme ?

Par Clara Schmelck, journaliste médias à Intégrales Mag, billet invité

De plus en plus de plates-formes hybrides, à l’instar de Medium ou de Contributoria, font le pari de fédérer des contenus, souvent consacrés à l’investigation, mais pas que. Ces médias numériques natifs, qui mêlent curation éditoriale et algorithmique avec des contributions extérieures, présentent-ils une alternative disruptive aux sites de presse traditionnels ?

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Médias hybrides

Sur Medium, pas de de toolbar ni de plugins ou autres widgets. Cette plate-forme au design épuré compile des billets souvent assortis de photos pleine page, soigneusement organisés sous forme de «collections» thématiques.

Souvent comparé à une déclinaison hybride mêlant de The Economist, Tumblr et Pinterest, Medium n’est en réalité ni un réseau social, ni un site d’information en ligne. C’est un peu le YouTube du texte ! 

Ce média numérique natif lancé en 2012 par Evan Willians, l’homme qui avait créé en Blogger en 1999 avant de co-fonder Twitter, entend avoir pour vocation de publier des billets de qualité, longs, thématiques et différenciés. Comprendre : « différenciés » des contenus produits par les médias traditionnels d’information en ligne, la plupart du temps soumis à une logique de brève et d’info en continu.

Preuve du succès de ce nouveau type de média, des versions italienne et française de Medium ont vu le jour en 2014. 

Management holistique

Si les plates-formes média hybrides se différencient des « vieux » médias, c’est aussi en revendiquant un modèle de management qui marque une rupture avec la hiérarchie horizontale, laquelle fait encore autorité dans les grandes rédactions.

Dans les bureaux de Medium, à San Francisco , le management dit « holistique » mise sur la prise d’initiative individuelle, avec comme réquisit indispensable à la confiance réciproque entre membres de l’équipe. Même process chez Contributoria.com , ce média né en 2014 d’un concours de l’innovation Google / IPI. Dans cette communauté de journalisme indépendant, les membres collaborent sur ​​tous les aspects du processus d’écriture , y compris la mise en service, l’édition et la publication.

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Nouvelles audiences

Des grands médias comme The New York Times ou The Guardian, en quête perpétuelle d’innovation pour augmenter leur audience web et mobile, doivent-ils voir l’essor de Medium comme une menace ? 

A moins que dans leur lutte pour trouver des moyens de se distinguer dans un paysage numérique intensément concurrentiel, ils soient rapidement à leur tour amenés à créer des petites unités de publishing digital, complémentaires de leurs équipes courantes. Comme l’a fait le prestigieux magazine The Atlantic, notamment avec Quartz.

Francois Pierre Nel , directeur du Programme des dirigeants de journalisme à l’Ecole de journalisme et des médias à l’Université de Central Lancashire, au Royaume-Uni , estime que la formation d’équipes autonomes, souples et hyper réactives, permettait aux grands médias de disposer d’antennes pour mieux sonder et cibler leur audience.

L’avantage d’un modèle basé sur la curation de contenus et l’apport de contributeurs est aussi financier. Chez Medium, la plupart des contributeurs ne sont pas rémunérés, ou à un coup bien moindre que ne l’est un journaliste.

En Afrique du Sud , le journal Mail & Guardian dispose ainsi depuis 2010 d’un centre distinct d’investigation. Le fonctionnement d’AmaBhugane, connue pour avoir enquêté sur les financements occultes de la résidence privée du President Jacob Zuma’s à Nkandla, rappelle celui de Medium. Le M & G a ensuite bénéficié des retombées de cette enquête, en en publiant des extraits dans son journal.

Le modèle des sites médias hybrides va-t-il encourager les patrons de presse à s’entourer d’arrières salles de rédaction low cost ?

Pas forcément : le Mail & Guardian a fait le choix de rémunérer l’ensemble des journalistes qui contribuent à la plate-forme AmaBhugane, justement pour se distinguer franchement d’autres éditeurs web, qui, certes revendiquent des contenus de qualité et innovants, mais ne publient pas toujours des journalistes de profession.

Les médias numériques natifs qui agrègent des contenus sont bien en train de bousculer le paradigme du site de presse, mais la tendance à l’hybridité des plate-formes d’édition classique ne s’est pas encore complètement imposée.

A suivre !

par @ClaraSchmelck 

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DISRUPTION, REVOLUTION, DISLOCATION :

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ROBOTS, INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, AUTOMATISATION, BIG DATA, MACHINE LEARNING 

« BLENDED REALITY » & réalité virtuelle 

NOUVEAUTES :

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MOBILES

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SMART TV / STREAMERS / VIDEO / MULTI-ECRANS :

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YouTube & Co

HOLLYWOOD

STORYTELLING :

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JOURNALISME 2.0 :

OUTILS

Liens vagabonds old et new media

A RETENIR CETTE SEMAINE :

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“MUST READ” :

A VOIR

SAUVONS LA NEUTRALITE DU NET

SURVEILLANCE vs. CONFIANCE :

NOUVEAUX USAGES, COMPORTEMENTS

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DISRUPTION, REVOLUTION, DISLOCATION :

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ROBOTS, INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, AUTOMATISATION, BIG DATA, MACHINE LEARNING :

brain like a computer

NOUVEAUTES :

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SMART TV / STREAMERS / VIDEO / MULTI-ECRANS :

YouTube & Co

NETFLIX

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4K / U-HD :

STORYTELLING :

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JOURNALISME 2.0 :

OUTILS

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Numérique : ça n’a même pas encore commencé !

Savez-vous traduire « you ain’t seen nothin’ yet » en bavarois ? Pas moi ! Mais le thème retenu –« Nous n’en sommes qu’au début ! »– pour la conférence DLD de Münich, cette semaine, fut bien le leitmotiv pertinent de cette antichambre numérique du Forum de Davos. « La vraie révolution numérique ne s’est pas encore passée ».

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Disruption exponentielle

Après les médias, le tourisme, le commerce de détail qui, depuis 20 ans, ont essuyé les plâtres, TOUS les secteurs vont être profondément et rapidement bouleversés, ont martelé les experts réunis par le groupe de presse allemand Burda.

« Le mobile ? C’est juste le début ! Le reste ? On a même pas commencé », assure Joe Schoendorf d’Accel Partners, un des principaux « VC » de la Silicon Valley. 

« Nous avons déjà perdu pour l’IT, a reconnu le nouveau commissaire européen pour l’économie numérique. Et pour le reste de l’économie réelle, les géants du web arrivent aussi. « Ca va être dangereux, difficile », prévient Günther Oethinger.

L’économie sera donc de plus en plus à la demande, les jobs à la carte, au compte goutte, les plans de carrières réinventés, les salaires stagnants, les business redéfinis, les coopérations inévitables. A condition, bien sûr, que les systèmes continuent de s’ouvrir, d’évoluer non plus sous forme hiérarchique mais en réseaux, et que les politiques publiques s’adaptent.

Même aux Etats-Unis, où l’économie est en plein boom, le fameux rêve américain est menacé par le numérique.  

Car avec des coûts marginaux désormais nuls, chacun entend devenir désormais une plateforme : l’allemand Rocket Internet, fort de 25.000 employés, vise un rôle de leader mondial hors USA et Chine dans l’e-commerce, le danois ZenDesk dans les logiciels d’entreprises, Khan Academy dans l’éducation, KickStarter dans la banque, Vox Media nouveau venu dans le journalisme, Medium, sorte de YouTube des textes, Slack pour les réseaux sociaux privés, etc…

A l’instar de Facebook, devenue une confédération géante de plateformes et finalement l’un des premiers motifs d’achat d’un smart phone : ses différentes messageries (WhatsApp, Instagram, Messenger) deviennent autant de canaux nouveaux de distribution et de communication pour les créateurs et les marques. Son fort développement actuel dans la vidéo menace déjà … YouTube. Instagram n’entend pas être définie comme une société du numérique, mais bien comme une plateforme de la mobilité. Et Apple pourrait devenir la 1ère plateforme d’horlogerie dès cette année ! 

Nous n’en sommes donc qu’au début pour la télé :

« Fini de rigoler », a prévenu l’éditeur de Business Insider : « comme dans d’autres médias traditionnels, l’audience est train de partir, et comme ailleurs, l’argent suivra cette audience là où elle ira ».

Capture d’écran 2015-01-21 à 09.58.29 YouTube, Netflix, iTunes, Facebook, Amazon sont en train gagner largement chez les jeunes qui ne changeront pas leurs usages. Un tiers d’entre eux ne peuvent déjà plus être touchés via le téléviseur, estime ComScore.

Au début pour les transports :

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Travis Kalakanick, le jeune patron-fondateur d’Uber, a révélé qu’à San Francisco, sa plateforme engrangeait déjà, après 4 ans d’existence, trois fois le chiffre d’affaires des taxis locaux, soit 500 millions $ par an ! Ses taux de croissance annuelle dans les grandes villes sont sidérants : 200% à San Francisco, x 4 à New York et x 5 à Londres !

Dénonçant le conservatisme protecteur d’un secteur dépassé et inefficace, il promet 50.000 emplois cette année en Europe et des dizaines de milliers voitures en moins dans les rues si les grandes villes coopèrent. Des chiffres qui pourraient selon lui tripler l’année suivante et doubler encore en 2017.

A cette date arriveront … les premières voitures autonomes sans conducteur. Une autre disruption que préparent tous les constructeurs automobiles. Et là aussi ce sera BMW ou … Google. Ou les deux ensemble !

Nicolas Brusson, co-fondateur de la plateforme de co-voiturage française Blablacar, a montré comment il a pu il y a quelques semaines facilement lever  100 millions $ pour essaimer partout en Europe.

Au début pour la finance :

Joi Ito, le patron du MIT MediaLab a prévenu lundi : la plateforme Blockchain (bitcoins, …) sera à la banque/assurance/compta ce qu’Internet a été pour les médias : une base de données mondiale, unique mais décentralisée, une nouvelle plate-forme plus efficace, plus pratique, plus rapide, moins chère. Les caractéristiques du numérique !

« Près des deux tiers (63%) des millénials américains – la plus grande génération de l’histoire américaine (84 millions de personnes) n’a pas de cartes de crédit et déteste les banques », assure à Münich, Max Levchin, fondateur de PayPal et pdg d’Affirm qui prête de l’argent en un clic, notamment aux étudiants, sur la base d’analyses fines en temps réel de nombreuses données et de prédictions de comportement du client.

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« La banque est le secteur le plus mûr pour la disruption. Après le +too big to fail+, c’est aujourd’hui le +too big to innovate+ ! ».

« Combien de temps encore aurons-nous besoin de guichets dans les villes, alors que nous pouvons tout faire en ligne ? », s’interroge le Commissaire européen à l’économie numérique, Günther Oethinger.

Les prêts en « peer to peer » se développent. Les avocats et les juristes ont aussi des soucis à se faire car les algorithmes iront plus vite.

Au début pour la médecine :

Notamment pour les diagnostics où les médecins seront dépassés : aujourd’hui ils sont spécialisés par parties du corps. Personne ne les relie dans un tout qu’est … le corps humain. L’intelligence artificielle et les algorithmes le feront, en proposant un savoir qu’il fallait jusqu’ici apprendre par cœur en fac de médecine ! Avec des diagnostics ouverts, les données permettront aussi de mieux nous comprendre, alors que les dépenses de santé vont bientôt dépasser celles de la défense nationale.

Ou pour la couverture d’assurance maladie : fort de ses 50 ingénieurs et de 30.000 clients à New York,  Oscar offre — en échange de beaucoup de données physiques et mentales -des services de télé-médecine, des bracelets de fitness et des médicaments gratuits, et se fait déjà imiter par des assureurs classiques.

Au début aussi pour notre nourriture :

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Alors que Google (projet Farm2050) et Amazon s’intéressent aussi à notre alimentation, que les VC commencent à arriver dans un secteur qui n’a pas été réinventé depuis longtemps, le MIT MediaLab travaille sur des projets concrets d’agriculture intensive au coeur des villes où les plantes – qui sont déjà de formidables capteurs de leur environnement — se parlent, partagent leurs données. Où les laitues ont leur page Facebook !

La firme Modern Meadow est en train de produire de la viande et du cuir à partir de cellules d’animaux, sans les tuer. Des équipes R&D de chefs étoilés coopèrent !

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« Si les livraisons le jour-même sont déjà d’actualité dans les grandes villes. Parions que la production le jour-même sera aussi possible, et probablement très près de chez vous », prédit Schoendorf.

Au début en fait pour l’Europe du numérique :

Contrairement aux Etats-Unis ou la Chine, 28 marchés fragmentés « n’attirent ni les start-ups, ni les investisseurs », a déploré Oethinger.

« Nous ne sommes qu’au début du marché unique du numérique », assure le commissaire européen qui espère parvenir cette année à des accords sur une politique commune en matière de données, de régulation équilibrée du droit d’auteur, d’amélioration des infrastructures de haut débit mais aussi sur le cas Google, « si ce dernier fait preuve de compromis ».

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Globalement il veut « moins de régulation et moins de bureaucratie en Europe », espère un cloud européen, et se prononce « en faveur de la neutralité du Net, contre toute discrimination » du trafic, en restant ouvert à « la possibilité de priorités pour certains services publics ».  

Au début pour l’intelligence des objets, les robots, les drones :

Les objets de notre quotidien deviennent des systèmes complexes et connectés qui se parlent. Leurs fonctions changent, se complètent, via des combinaisons encore inconnues. Là aussi des plate-formes vont surgir.

Déjà les voitures autonomes roulent, non pas grâce à la puissance des algorithmes mais bien plutôt en raison de l’incroyable masse de données que nous fournissons tous.

La firme de Hong Kong Hanson Robotics propose des robots à visages humains qui reconnaissent les visages, les voix, sourient. Elle devrait annoncer sous peu un partenariat avec une grande société française.

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Avant les livraisons, les drones vont être de plus en plus utilisés pour l’accès à des zones difficiles, pour l’agriculture de précision et pour des tournages.

Beaucoup de discussions aussi autour d’IBM Watson, plateforme d’intelligence artificielle vendue à la carte depuis le cloud. 

Au début de la destruction massive d’emplois de cols blancs :

« Pas demain, mais probablement bientôt », a admis Chris Boos, pdg de la firme allemande Arago, qui dit pouvoir automatiser 80% de toutes les fonctions IT à 10% du prix, grâce à des logiciels bourrés d’algorithmes et d’intelligence artificielle. 

« Cette révolution change le monde et donc le marché du travail », admet Oethinger. « Peut-être que 50% des jobs disparaîtra, mais peut être aussi aurons-nous 50% de nouveaux jobs grâce à l’éducation, la formation, les nouvelles compétences », espère-t-il. « Il faudra changer nos habitudes de travail au quotidien ». Même en cas de séparation, « nous devrons avoir une alliance de long terme avec les employés », estime Reid Hoffman le patron de LinkedIn. 

Au début donc d’un énorme problème pour une génération perdue :

 « Nous sommes en train de remplacer nos propres clients ! (…) Qu’allons nous faire de tous ces gens dont les jobs vont être remplacés ? », s’inquiète le capital risqueur Schoendorf. « De la génération perdue durant cette transition ? De ceux qui n’auront pas appris le code à l’école ? ».

Les tâches du « back end » étant automatisées, les utiliser en « front end » pour les relations humaines ? Un service client 24/7 ? Les former et les utiliser pour résoudre les grandes questions de l’époque, propose un peu naïvement Chris Boos : le changement climatique, les systèmes de santé … ?

Que fera-t-on de notre temps retrouvé ?

Fini le stress et la roue du hamster dans des jobs ennuyeux ! « Nous avons gagné 30 heures par semaine sur le temps de travail depuis la révolution industrielle. Qu’en avons nous fait ? 28 heures sont dédiées à la télé ! », regrette Henri Blodget, le boss de Business Insider. « Nous pouvons faire beaucoup mieux ! ».  

Oui, mais comment gagner sa vie ?

Personne ne sait ! « Mais au moins on le dit et on prévient », soupire Schoendorf. « Et il ne faudrait pas oublier, ajoute ce vétéran du capital risque, que toute cette nouvelle classe high-tech n’existe qu’avec la permission des forces du travail ». 

« Le gâteau va grandir, mais nous aurons un problème de redistribution », prévient Andrew McAfee, co-auteur du best-seller « The Second Machine Age » sur l’arrivée des robots. « L’échange tacite entre le travail et le reste de l’économie ne fonctionne plus (…) Il ne faudra pas pour autant stopper le progrès technologique ou demander l’autorisation d’innover ». 

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« Mais si ça continue à ce rythme là, les gens vont se soulever avant les machines », estime McAfee, prof du MIT.

Ce n’est donc pas tout à fait un hasard que, pour la seconde année consécutive, l’essentiel du discours annuel sur l’Etat de l’Union d’Obama ait porté cette semaine sur les classes moyennes.