SXSW 2022 – Amy Webb prédit la fin du marketing dans le métavers

Par Kati Bremme, MediaLab de l’Information

Pour ce 35ème anniversaire de SXSW, et comme chaque année depuis 15 ans, Amy Webb a partagé sa vision du futur basée sur une analyse poussée des données qui lui permet à la fois de détecter des tendances faibles et de confirmer des hypothèses des éditions précédentes. Véritable star de SXSW, la directrice du Future Today Institute et professeure à la NYU Stern School of Business met à disposition son Tech Trends Report en Open Source, accessible à tous, dans la parfaite tradition du Web 3.0. Trois tendances et scénarios clés dans l’édition 2022 : l’Intelligence Artificielle (toujours), la biologie de synthèse (de plus en plus) et bien-sûr le métavers.  

Remettre en question nos modèles de pensée établis à l’exemple d’une image du psychologue Karl M. Dallenbach, voilà le leitmotif de sa présentation qui repose cette année sur la « re-perception » : prendre conscience des espaces blancs pour détecter quelque chose de nouveau dans les informations existantes, essence même de la créativité, de l’innovation et de l’entrepreneuriat et élément incontournable pour gérer l’ambiguïté et l’incertitude du présent.

1La révolution de l’IA, reconnaissance et surveillance

Après quelques années de flottement grâce à des technologies pas encore au point, l’IA modifie désormais définitivement notre perception de la réalité. Quand en 2012, il a fallu 16.000 processeurs et 10 millions de vidéos YouTube pour entraîner une IA à reconnaître un chat, et qu’en 2019 on s’est retrouvés devant des générations automatiques d’images de chat plus que douteuses, les images créées par l’IA en 2022, entraînée par le nombre infini de données que nous générons tous les jours avec nos devices connectés, sont plus vraies que la réalité. L’année dernière, DeepMind a publié dans la revue Nature un article décrivant MuZero, qui a maîtrisé les jeux de Go, d’échecs, de Shogi et Atari sans qu’il soit nécessaire de lui expliquer les règles. Ce fut une étape importante vers des systèmes d’IA fonctionnant dans des environnements inconnus – et un signe que les algorithmes à usage général sont à l’horizon.

Quand on se pose encore des questions sur l’encadrement juridique de la reconnaissance faciale, l’IA est déjà capable d’identifier une personne par son rythme cardiaque ou par sa respiration. L’armée américaine travaille sur la reconnaissance de micromouvements et en 2024 l’IEEE, l’Institut des ingénieurs électriciens et électroniciens, prévoit de nouveaux standards Wifi. Non pas pour nous aider à mieux communiquer entre-nous, mais pour traiter les données biométriques plus efficacement. Des métahumains d’Unreal Engines, à la plateforme Synthesia pour créer des acteurs synthétiques en 60 langues en passant par GPT3 qui sait générer des textes de plus en plus pertinents, l’IA nous inspire désormais davantage confiance que la réalité. 

Deux scénarios pour 2027, selon la direction que nous allons donner à ces développements technologiques : l’un positif, où la transparence règne, les systèmes de reconnaissance biométriques sont interdits dans l’espace public, la recherche est plus accessible car partagée, où nous sommes aidés par des coachs d’emploi en IA et où l’Intelligence Artificielle nous permet d’être plus productifs (20% de probabilité). L’autre scénario est négatif (80% de probabilité selon Amy Webb), où nous sommes exposés en permanence à la désinformation en images et vidéos, conçues pour tromper notre confiance ou manipuler nos émotions, où nos données sont détenues par des tiers qui peuvent les vendre et où nous aurons besoin de brouilleurs, peut-être sous forme de maquillage, pour échapper à la surveillance totale par l’IA.

2Métavers, Web3 et décentralisation

Voilà pour la liste des buzzwords que l’on croise cette année à SXSW. Pour Amy Webb, la prochaine itération du web est réelle. Mais les objets de collection numériques (NFT) ou encore la spéculation immobilière dans le métavers ne lui paraissent pas comme des tendances à fort potentiel durable. A vérifier dans quelques années. La prochaine version d’Internet sera en tout cas plus incarnée, plus sensorielle. Une interface plus humaine où l’on utilise davantage notre corps pour communiquer, à travers des wearables, des secondes peaux digitales.

Un monde où nous pourrons créer plusieurs versions de nous-mêmes, en agissant de différentes manières, un peu comme nous le faisons déjà sur les médias sociaux avec différentes facettes sur LinkedIn, Instagram, Twitter ou TikTok. Au concept du métavers manque aujourd’hui l’interopérabilité : il n’est pas possible de transporter nos données dans différents espaces virtuels. En effet, si nous pensons déjà qu’il est difficile de gérer plusieurs mots de passe, qu’en sera-t-il de la gestion de nos multiples avatars dans les différents métavers, chacun avec sa particularité ? Dans ces nouveaux espaces plus ou moins virtuels, il n’y aura plus d’anonymité, mais une pseudonymité, poussée sous forme de Digital ID par plusieurs gouvernements.

Des entreprises comme Golem Network proposent déjà des modèles économiques pour monétiser nos vies (et nos données) dans ces univers connectés. Une sorte de AirBnB des données, selon Amy Webb. Pour la futuriste, les NFT, sans valeur intrinsèque, ne sont en revanche pas un modèle d’avenir, mais l’infrastructure et les protocoles sur lesquels ils reposent le sont d’autant plus. La 5G est déployée dans le monde entier. Que se passerait-il si tout ce temps d’activité pouvait être regroupé dans un seul tableau de bord – notre maison connectée entière gagnera-t-elle de l’argent pour nous ?

Les possessions virtuelles évoluent, passant de l’art, des objets de collection, de la mode et de l’immobilier à des articles dotés d’une fonction ajoutée unique dans le métavers, comme les NFT liés à l’art qui versent un dividende au propriétaire lorsque l’œuvre réelle correspondante est vendue ou consommée, ou qui donnent accès à des environnements virtuels exclusifs. Mais le métavers de Horizon montre déjà ses côtés négatifs avec des accusations de harcèlement. La réponse désormais classique de Facebook – « Nous ne sommes qu’une plateforme » – sera peut-être moins bien acceptée dans le Web3. Grâce à la TDI, la Targeted Dream Incubation, on peut prendre influence sur nos comportements.  

Dans le métavers, les médias devront également commencer à réfléchir à leur proposition de valeur à long terme : Si une plus grande partie de notre vie se déroule sur des plates-formes dotées de fonctions intégrées d’archivage et de lecture, le rôle d’un journaliste doit-il encore être de raconter ce qui s’est passé ?

Le scénario optimiste pour 2032 prévoit une prise de conscience : le Web3 n’est pas décentralisé, mais il est radicalement inclusif, reposant sur la sécurité de la blockchain, accessible à tous. Dans son scénario négatif (auquel Amy Webb attribue 70% de probabilité), nous nous retrouvons avec 12 itérations de nous-mêmes, essayant désespérément de nous souvenir de nos identités. Face à cette abondance d’identités, le marketing numérique est mort. 

3Biologie de synthèse

Les ordinateurs et la biologie ne font plus qu’un. Google, Facebook et Microsoft investissent largement dans la biologie. Nous n’avons pas encore de bébés sur mesure et d’eugénisme, mais des poulets qui arrivent à pleine maturité en 7 semaines. Entre un poulet génétiquement modifiée et un poulet créé dans un bioréacteur, le choix peut s’avérer difficile. La viande synthétique apparait pourtant comme une solution dans un pays où l’on consomme 1,45 milliard d’ailes de poulet en une seule journée à l’occasion du Superball. La viande de culture est d’ailleurs déjà en vente à Singapour, ce qui transformera l’état insulaire en un important exportateur de poulets.

La biologie de synthèse est un domaine scientifique interdisciplinaire relativement nouveau qui associe l’ingénierie, la conception, l’informatique et la biologie. Les chercheurs conçoivent ou redessinent des organismes au niveau moléculaire à des fins nouvelles, en les rendant adaptables à différents environnements ou en leur donnant des capacités différentes. En biologie synthétique, les séquences d’ADN sont chargées dans des outils logiciels – on imagine un éditeur de texte pour le code ADN – ce qui facilite les modifications. Une fois que l’ADN a été écrit ou modifié, une nouvelle molécule d’ADN est imprimée à partir de zéro à l’aide d’un outil semblable à une imprimante 3D.

La technologie de synthèse de l’ADN (transformation du code génétique numérique en ADN moléculaire) s’est améliorée de manière exponentielle et permet aujourd’hui des applications à haute valeur ajoutée, telles que les biomatériaux, les carburants et les produits chimiques spéciaux, les médicaments, les vaccins et même les cellules modifiées qui fonctionnent comme des machines robotiques à l’échelle microscopique. On peut même utiliser l’ADN pour stocker des données, un espace supplémentaire bienvenu face à la gourmandise en termes de données du métavers.

Les deux scénarios prévus par Amy Webb pour un futur à horizon 2037 : du côté positif, la mort devient facultative, tout est génétiquement modifié pour le mieux, la blockchain garantit les développements réglementés au niveau national et international, les collaborations mondiales soutiennent le progrès pour le bien-être de tous. Le scénario catastrophe : 2022 n’aura pas su voir le point d’inflexion, n’aura pas écouté les scientifiques, et des hackers nous font du chantage biologique avec des virus ultraciblés personnalisés.

Nous sommes dans une période d’accélération intense. Les biais persistent, et il s’agit de les fixer. Le rêve de la décentralisation va bénéficier à quelques-uns, mais certainement pas à tous, d’autant plus en l’absence de stratégie nationale et de garde-fous. Nous allons devoir redéfinir ce qu’est la réalité.

 

 

Pour accéder au rapport complèt des Tech Trends 2022

Guerre en Ukraine : le Kremlin se bat pour gagner les cœurs et les esprits dans son pays

Le président russe Vladimir Poutine est enfermé dans une lutte vicieuse non seulement pour soumettre l’Ukraine, mais aussi pour garder ses propres citoyens unis pour soutenir la politique du Kremlin. Mais alors que les combattants ukrainiens suscitent l’admiration du monde entier dans les messages Twitter et les vidéos TikTok, même l’illusion de l’unité russe commence à s’effriter.

Par Cynthia Hooper, Professeur associé d’histoire, College of the Holy Cross

Une lutte générationnelle est en train d’éclater à travers la Russie. Elle oppose souvent ceux qui croient aux histoires de la télévision d’État à leurs propres enfants, dont beaucoup vivent et travaillent actuellement à l’étranger. Ces derniers se tournent vers les médias sociaux pour exprimer leur choc et leur honte face à la guerre, et pour contester le récit du régime de Poutine.

C’est une réalité que je vis dans ma vie personnelle, et pas seulement en tant que spécialiste de l’histoire et des médias russes. Lorsque mes deux belles-filles, âgées de 28 et 29 ans, ont téléphoné à leur grand-mère à Moscou pour lui poser des questions sur l’invasion de la Russie, la réponse a été déchirante : « Comment pouvez-vous poser une telle question ? La Russie ne commence pas les guerres. La Russie n’envahit pas d’autres pays. »

Le consensus de la famille était que les jeunes femmes avaient « totalement changé » depuis qu’elles étaient devenues citoyennes américaines il y a 15 ans.

Le Kremlin resserre son emprise sur les médias

À l’intérieur de la Russie, le gouvernement a diffusé des messages pro-russes destinés à remplir les téléspectateurs de fierté pour leur patrie ou de colère envers de prétendus ennemis extérieurs. La télévision contrôlée par le Kremlin rapporte – dans des reportages très léchés et crédibles, truffés d’interviews et de vidéos sur place – des détails sur les atrocités prétendument commises par des Ukrainiens « néo-nazis » contre des civils russes. Les correspondants russes dans la région ukrainienne de Donbas parlent de « fosses communes » et de « génocide », en montrant ce qu’ils prétendent être des ossements humains.

Roskomnadzor, l’agence de censure de l’État, a interdit à tous les médias, même aux journaux et stations de radio indépendants, d’utiliser le mot « guerre » au lieu d' »opération spéciale ». Les médias ont reçu l’ordre de cesser de diffuser des informations « non fiables » et ont reçu l’instruction de ne se fier qu’aux sources gouvernementales russes. À la télévision d’État, l’Ukraine est qualifiée de « territoire » et non d’État indépendant.

Lorsque des documents contredisant les déclarations officielles ont commencé à circuler sur Twitter, le Kremlin a limité l’accès des citoyens. Lorsque les vérificateurs de faits de Facebook ont mis en doute l’exactitude de certaines informations diffusées par les médias d’État, le Kremlin a également empêché une grande partie des quelque 70 millions d’utilisateurs russes de Facebook de se connecter à la plateforme.

 

Le 1er mars, le gouvernement a annoncé qu’il fermait la légendaire station de radio Echo Moscow et qu’il retirait des ondes la seule station de télévision indépendante restante, Rain. Le gouvernement les a accusées de violer les règles de couverture et de diffuser des « fake news ».

Récits officiels

Les récits officiels de l’invasion surprise de la Russie cherchent à justifier les actions du Kremlin. Un reportage diffusé le 27 février sur la chaîne de télévision Russia-1, intitulé « Ukraine : How It Was », décrit le conflit actuel comme trouvant son origine dans une prétendue trahison de la Russie par les États-Unis en 2014.

On y voit Poutine expliquer, dans des séquences archives, comment les dirigeants occidentaux l’ont supplié à l’époque d’empêcher le président ukrainien pro-russe d’utiliser la violence pour disperser les manifestants rassemblés sur la place centrale de Kiev. Comme le raconte Poutine, il a tenu parole, mais les manifestants ont évincé le président élu et les États-Unis ont applaudi le « coup d’État » comme un acte courageux et démocratique.

De telles productions sont intelligentes, bien produites et très convaincantes. Un organisme de sondage gouvernemental affirme que 68 % des Russes soutiennent les actions du pays en Ukraine. De nombreux citoyens ont fait part aux journalistes de leur gratitude pour l' »assistance » russe dans les républiques séparatistes ukrainiennes de Donetsk et de Louhansk.

Néanmoins, le gouvernement ne peut pas contrôler totalement le récit. Le 26 février, RIA Novosti, une agence de presse publique, et plusieurs autres médias ont accidentellement publié un essai rédigé par un idéologue pro-Poutine célébrant prématurément ce qui s’est avéré être une victoire russe inexistante. Cet essai félicitait Poutine d’avoir « réglé la question ukrainienne pour toujours » et annonçait l’aube d’un « monde nouveau » maintenant que « l’unité de la Russie » a été « restaurée ».

Se battre pour une autre (H)istoire

Alors que les combats se poursuivent, de nombreux médias semblent ne pas savoir quoi dire et combien en parler. Sergey Aleksashenko, ancien vice-ministre russe des finances dans les années 1990 sous Boris Yeltsin, s’est dit choqué par le fait que le 27 février, l’influent journal économique Kommersant ait réussi à éviter toute mention de la mobilisation contre l’Ukraine. « Il y a [une couverture des] manifestations anti-guerre, mais pas de guerre », a-t-il tweeté.


Des manifestants anti-guerre en Russie ont tenté de contester l’histoire officielle du soutien à l’invasion de l’Ukraine par la Russie. AP Photo/Dmitri Lovetsky

Pendant ce temps, les jeunes journalistes russes utilisent les médias sociaux pour diffuser une histoire différente, tout comme un grand nombre des presque 2 millions de Russes – sur une population de 145 millions – qui ont émigré à l’Ouest pendant l’ère Poutine.

Beaucoup sont incrédules à la fois sur la guerre et sur la répression intérieure. « C’est comme si tout le monde en Russie s’était endormi mercredi soir dans son propre pays et s’était réveillé le lendemain matin en Corée du Nord », a déclaré un ancien résident de Moscou travaillant comme administrateur informatique à New York, qui a souhaité rester anonyme par souci pour ses proches.

 

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Le 24 février, la journaliste russe en ligne Ksenia Sobchak a filmé un reportage spécial destiné à un public russe national et conçu pour dénoncer les mensonges du gouvernement. Il comprenait des entretiens Skype en direct avec l’acteur Sean Penn et, pour les Russes, avec une autre célébrité renommée, le producteur ukrainien de vidéos musicales Alan Badoev. Les deux hommes se trouvaient séparément à Kiev, subissant séparément les bombardements. Tous deux étaient au bord des larmes.

Oser être ne pas être d’accord ?

Sous Poutine, la critique publique de la politique du gouvernement peut être qualifiée de crime. Mais quelques personnes à l’intérieur de la Russie utilisent les médias sociaux pour dénoncer à la fois la guerre extérieure du gouvernement en Ukraine et sa guerre intérieure contre la liberté d’expression.

Le vlogueur Yury Dud a publié sur ses 4,9 millions d’abonnés Instagram des exemples de Russes courageux s’opposant à la guerre. Il a également fait référence au silence de la dissidence, déplorant ce qu’il appelle la « suppression de la volonté humaine en Russie » sous le régime de Poutine.

 

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La Galerie Tretiakov de Moscou a posté une photo Instagram qui ressemble, à première vue, à une visite de musée ordinaire, mais qui contient un message fort, bien que codé. Le guide est photographié debout devant une peinture de Vasily Vereshchagin représentant une montagne de crânes humains, intitulée « L’apothéose de la guerre ». L’artiste du XIXe siècle a dédié son œuvre « à tous les grands conquérants, passés, présents et à venir ». Pour les Russes éduqués, l’allusion à Poutine est évidente.

Alors que les élites russes, comme l’ancien Premier ministre Dmitri Medvedev, font profession de soutenir Poutine, certains de leurs enfants ont fait part de leurs doutes. Une fille du secrétaire de presse du Kremlin, Dimitri Peskov, a posté un message « Pas de guerre en Ukraine » sur sa page Instagram le jour de l’annonce de l’invasion. L’homme fiancé à la fille du ministre de la défense russe a posté que ce qu’il souhaitait le plus pour son anniversaire (le même jour) était la paix.

Toutes ces publications ont depuis été retirées. Mais selon Instagram, environ 50 000 photos avec le hashtag #nowar ou son équivalent russe #нетвойне ont été postées rien qu’entre le 26 et le 27 février et au 28 février, elles étaient plus de 330 000. Une étude de The Economist a trouvé des messages anti-guerre sur les médias sociaux provenant des 50 plus grandes villes de Russie et de 91 autres pays.

La ville occidentale de Pskov a projeté « Non à la guerre » en lumières sur ses murs du Kremlin, le 1er mars, date du 22e anniversaire d’une bataille en Tchétchénie qui a tué la plupart d’une unité de parachutistes basée dans la région. Le gouvernement de la ville a publié des images de l’illumination sur Twitter.

Mais les médias sociaux constatent simultanément un regain apparent de patriotisme russe. Le 1er mars également, le hashtag Twitter le plus utilisé au cours des dernières 24 heures était le pro-russe #ДаПобеде, qui signifie « Oui à la victoire ».

Les gens protestent, mais des dizaines de policiers sont toujours prêts à les arrêter – plus de 5 000 jusqu’à présent. L’opinion publique russe reste divisée.

 

Cet article est republié de The Conversation sous une licence Creative Commons. Lire l’article original

 

Liens vagabonds : Facebook veut montrer patte blanche en France avant les élections

À RETENIR CETTE SEMAINE : 

Facebook en guerre contre la désinformation ? – Facebook propose depuis le 15 février en France « Facebook News », un service où les utilisateurs pourront retrouver des titres et liens d’articles de plus d’une centaine de médias français ayant négocié des licences commerciales avec la plateforme. Avec le lancement de ce service existant déjà aux Etats-Unis, en Allemagne et au Royaume-Uni, Facebook souhaite remédier aux accusations de propagation de fausses informations et d’enfermement des internautes dans des « bulles de filtre » en y proposant exclusivement des informations vérifiées et diversifiées. Concrètement, « Facebook News », présentera « à la une », des articles sélectionnés par les journalistes d’une filiale de l’Agence France-Presse. Les utilisateurs pourront également consulter une liste de contenus personnalisés et des listes thématiques.

Quelques heures seulement après l’arrivée de « Facebook News » en France, Meta a annoncé la création d’un centre opérationnel virtuel, dans le but d’observer l’activité de ses plateformes tout au long de la campagne présidentielle française. Autre signe de la volonté affichée du groupe de lutter contre la désinformation, Facebook a renommé cette semaine l’historique « News Feed » en simple « Feed ». Incitation à consulter « Facebook News » ou mirage justifiant les contenus toxiques présents dans le « Feed » ?

La limitation du ciblage publicitaire d’Android – Cette semaine, Google a annoncé un processus de refonte du suivi publicitaire sur les téléphones Android. Alors qu’actuellement, les appareils Android se voient attribuer un identifiant publicitaire unique utilisé pour la publicité dans les applications, l’objectif de Google, sur les deux années à venir, serait donc de progressivement le supprimer au profit d’autres mécanismes de ciblage, qui seront, d’après Google, davantage favorable à la vie privée des utilisateurs. 

Bien que les comparaisons avec l’App Tracking Transparency d’Apple soient évidentes, Google semblerait vouloir adopter une stratégie différente : “Nous pensons que, sans proposer d’abord une voie alternative préservant la vie privée, de telles approches peuvent être inefficaces et conduire à des résultats pires pour la vie privée des utilisateurs et les activités des développeurs”. L’enjeu semble donc double pour Anthony Chavez, Vice-Président d’Android : préserver la vie privée des utilisateurs ainsi que l’écosystème publicitaire. Pour rappel, l’activité publicitaire de Google est sa source de revenus principale, s’élevant à  61 milliards de dollars au dernier trimestre de 2021. 

YouTube plonge dans le Web3 – Après les récentes annonces de sa CEO, Susan Wojicki, laissant planer le doute sur ses projets NFT, YouTube rend un peu plus concrètes les nouveautés à venir sur la plateforme. Dans un article de blog, Neal Mohan, chef de produit de YouTube, s’est penché sur les nouvelles opportunités qui s’offriront aux créateurs de contenus, en faisant entre autres allusion à l’adoption de NFT afin d’accélérer son intégration au Web 3.0. Pour YouTube, ces nouvelles technologies “peuvent permettre aux créateurs d’établir des relations plus profondes avec leurs fans”. A aussi été brièvement été évoqué le projet de YouTube de rendre son affichage plus interactif et immersif pour entrer dans un possible futur métavers. 

L’intégration d’une expérience de live shopping pour accompagner le succès des vidéos en direct, ainsi que de nouvelles fonctionnalités pour les Shorts afin de continuer à concurrencer TikTok sur les formats courts seraient aussi au programme.

Cette semaine en France

3 CHIFFRES

25% des gens passeront au moins 1 heure dans le métavers en 2026, selon Gartner

28% – c’est la part des 7-10 ans qui utiliseraient les réseaux sociaux 

1.1 milliard d’individus devraient avoir expérimenté l’AR en 2022

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE

Infographie: Ces pays qui bloquent les réseaux sociaux | Statista Vous trouverez plus d’infographie sur Statista

NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ

DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION

GAFA / BATX 

DONNÉES, CONFIANCE, LIBERTÉ DE LA PRESSE, DÉSINFORMATION

LÉGISLATION, RÉGLEMENTATION

JOURNALISME

STORYTELLING, NOUVEAUX FORMATS

ENVIRONNEMENT

RÉSEAUX SOCIAUX / MESSAGERIES

STREAMING, OTT, SVOD

AUDIO, PODCAST, BORNES

DATA, AUTOMATISATION, INTELLIGENCE ARTIFICIELLE 

BLOCKCHAIN, CRYPTO, NFT, MÉTAVERS, Web3

https://youtu.be/noekVG8XLQI

IMMERSION, 360, VR, AR

MONÉTISATION, MODÈLE ÉCONOMIQUE, PUBLICITÉ

JEUX VIDÉO, eSPORT

5G, 8K

TECH, STARTUPS, INNOVATION, TRANSFO NUM

OUTILS

 

ES avec Kati Bremme, Louise Faudeux & Evarestos Pimplis

Liens vagabonds : L’Union Européenne tape du poing sur la table des GAFA

À RETENIR CETTE SEMAINE : 

Disparition de Facebook et d’Instagram en Europe ? – Position inconfortable pour Meta; dans son rapport annuel remis à la Security & Exchange Commission, le géant de la tech aurait menacé de cesser ses activités en Europe, lui reprochant une réglementation trop stricte sur le transfert de données vers les État-Unis. Le RGPD entraînant la suppression de l’accord Privacy Shield entre l’Europe et les États-Unis, il ne peut alors plus y avoir de transfert de données vers un pays avec un niveau de protection inférieur à celui existant en Europe.

Toutefois, suite aux rumeurs de cessation de ses activités au sein de l’Union Européenne, Meta a souhaité répondre en affirmant que ces allégations “n’étaient pas vraies” d’après Markus Reinisch, président de la politique publique. Dans le même communiqué, Meta demande la mise en place d’un cadre réglementaire clair, sous la forme d’alternative au précédent Privacy Shield.

La CNIL vs Google Analytics – La CNIL a mis en demeure Google Analytics ce 10 février pour transfert de données européennes vers les États-Unis. Le service de Google, utilisé pour analyser les audiences des sites web, utilise un modèle d’attribution par identifiant anonyme, associé à chaque visiteur de sites. Cette donnée personnelle est alors transférée aux États-Unis, ce qui n’est pas sans déplaire à la CNIL. 

Malgré que des mesures aient déjà été prises par Google pour se conformer aux transferts de données, la CNIL estime que « celles-ci ne suffisent pas à exclure la possibilité d’accès des services de renseignements américains à ces données ». De son côté, Google a réclamé une action rapide de la part des États-Unis et de l’Union Européenne pour rétablir un cadre pratique en alternative au Privacy Shield, afin de “protéger la vie privée et favoriser la prospérité”. Google a toutefois un mois pour se conformer aux mesures sous peine de suspension du service sur le territoire européen. 

Disney+ à la conquête de la SVOD – Agréable surprise pour Disney+, ses résultats trimestriels dépassent amplement ses attentes avec 11,8 millions d’abonnés contre les 7 millions initialement prévus. Des résultats qui ont suscité l’engouement des investisseurs avec une hausse de 9% de l’action en bourse de Disney suite à cette annonce. 

Ces résultats contrastent alors avec ceux de Netflix, qui affichent des chiffres en dessous des attentes, en partie dus à un ralentissement des abonnements comparativement à ceux d’avant pandémie. L’objectif de Disney+ est donc clair : devenir le leader du marché concurrentiel des plateformes SVOD dans les années à venir. Un souhait entre autres renforcé par la multiplication de création de contenus originaux sur sa plateforme.

Cette semaine en France

3 CHIFFRES

10 millions – c’est le nombre d’abonnements numériques au NY Times

13 milliards – c’est la somme en dollars dépensée par Amazon en 2021 pour la création de contenu audiovisuel 

93% – c’est la part des Français qui utilisent Internet en 2022

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE

Infographie: Facebook a-t-il atteint sa limite de croissance ? | Statista Vous trouverez plus d’infographie sur Statista

NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ

DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION

GAFA / BATX 

DONNÉES, CONFIANCE, LIBERTÉ DE LA PRESSE, DÉSINFORMATION

LÉGISLATION, RÉGLEMENTATION

JOURNALISME

STORYTELLING, NOUVEAUX FORMATS

ENVIRONNEMENT

RÉSEAUX SOCIAUX / MESSAGERIES

STREAMING, OTT, SVOD

AUDIO, PODCAST, BORNES

DATA, AUTOMATISATION, INTELLIGENCE ARTIFICIELLE 

BLOCKCHAIN, CRYPTO, NFT, MÉTAVERS, WEB3

IMMERSION, 360, VR, AR

MONÉTISATION, MODÈLE ÉCONOMIQUE, PUBLICITÉ

JEUX VIDÉO, eSPORT

TECH, STARTUPS, INNOVATION, TRANSFO NUM

 

ES avec Kati Bremme & Louise Faudeux

Le métavers, un nouvel eldorado immersif pour les marques

Pour Kestrel Lee, le métavers existe depuis des milliers d’années. Loin d’être une idée nouvelle, il est en fait préconfiguré dans toutes les religions et mythologies d’Orient et d’Occident. Le métavers n’est pas juste un outil de storytelling, mais aussi un moyen de créer des mondes alternatifs. Il appartient aux marques (et aux médias) de se l’approprier en prolongeant leur promesse de marque et leur offre dans un univers immersif.  

Entretien avec Kestrel Lee, directeur du Mediabrands Content Studio China (MBCS), mené par Kati Bremme

La version moderne du métavers se manifeste dans trois types de communautés : 

  1. Le dark web avec ses théories conspirationnistes, les mauvaises habitudes du « dark social » se retrouvant désormais officiellement sur les réseaux sociaux grand public.
  2. Le divertissement, avec l’exemple de The Dark Knight Rises de Christopher Nolan prolongé dans l’Alternate Reality Gaming (ARG), Jeu vidéo à Réalité Intégrée (JRI) en français, qui permet à des producteurs de contenu de cinéma d’investir dans des séries TV bien au-delà d’une saison en donnant le moyen aux fans de vivre leur personnage préféré dans le métavers.
  3. Technologique à travers Roblox, AR et VR ou la création d’espaces virtuels liés aux jeux, tels que Decentraland, Axie, Sandbox, Enjin, Ecomi et même Second Life, qui ne représentent pas nécessairement une meilleure version de notre monde, mais au moins une version différente.

Ces trois éléments font partie intégrante de l’héritage de toutes les entreprises technologiques chinoises. Cela a commencé avec la messagerie QQ de Tencent, qui combinait la messagerie, les jeux et sa monnaie virtuelle QQ pour encourager les connexions répétées, les dépenses virtuelles et la personnalisation de la messagerie et du jeu de chacun, dans le cadre d’un mode de vie physique-digital, c’est-à-dire « phygital ».

Capture d’écran QQ

Le métavers de Tencent a reçu une impulsion considérable grâce à son succès en Chine et dans le monde, à travers son application WeChat, qui est devenue le navigateur internet de la plupart des Chinois. 

Tout ce qui entoure le métavers est une question de contexte et de croisements. Des sous-cultures qui traversent le courant dominant, des constructions empruntées au jeu coexistant avec des idées issues des religions, tout cela se fond dans une idée que la réalité devient plus stressante et une tendance, même pour les personnes âgées, à une vie plus virtuelle. Par exemple, pendant le lockdown de Singapour en 2020, Sentosa, sa principale destination de villégiature, a proposé des mariages virtuels à ceux qui ont dû reporter leur réception de mariage.

Les gens choisissent de faire partie de ces métavers, qui promettent une plus grande intimité et une gratification instantanée par la conversation. Au milieu de la distanciation sociale, les outils technologiques nous permettent d’être plus proches, comme le récent appel d’Adidas à créer adiverse. 

Le conseil pour les marques pour réussir dans le métavers est le même que pour les réseaux sociaux : ne pas aborder ces écosystèmes comme des robots. Les gens ne suivent pas des robots, mais des humains. Avec une petite différence entre les cultures à l’Ouest et en Asie : à l’Ouest, on suit des marques ; en Asie, on suit des gens qui suivent des marques, les fameux KOL (Key Opinion Leaders), la version asiatique des influenceurs, bien plus sophistiquée et basée sur une tradition confucéenne des Shi (les érudits / experts), qui nous guident dans nos décisions.  

L’objectif pour les marques est simple : ils ont besoin de gens qui « se décident consciemment » pour la marque (opt-in). L’expérience sociale doit être sécurisée. C’est le cas à travers le RGPD en Europe, et la Chine vient de passer sa législation sur les données privées (PIPL). Les marques de luxe commencent à entrer doucement dans le métavers, qui reste pour beaucoup encore un modèle dystopique. Déjà en 2019, Louis Vuitton créait des skins pour le jeu League of Legends. La tendance des LARP (Life-Action Role-Playing) aux US et du Kosplay, sont des variantes d’escapisme qui évoluent rapidement, et donc autant de nouvelles façons pour les marques d’aborder leurs clients. 

Il ne s’agit plus aujourd’hui de pousser à l’acquisition de clients via les médias payants, mais de « lancer une religion ». Dans le métavers, tout se joue autour de l’adhésion à un univers : les gens aiment une histoire et veulent y ajouter leur propre caractère. L’univers de la marque est alors co-construit avec les clients. Des fans adhèrent déjà à la « Phase 5 » des films Marvel avant leur sortie, comme ils sont déjà partie intégrante de cette religion. Des pays peuvent construire leur version digitale dans le métavers, régie par des législations adaptées. Il s’agit de créer des partenariats de long terme, à travers une narration d’engagement. 

Source : https://www.notboring.co/p/tencents-dreams

Cette relation ne s’arrête pas avec la fin d’un film ou d’une campagne de marketing : elle est traduite dans un univers complet à côté du monde physique, qui permet de faire vivre les caractères d’un film ou d’une série, à l’instar des restaurants Squid Game dans la vraie vie. Dans le métavers, on peut devenir son personnage de manga préféré, et accessoirement, voyager dans le monde entier sans devoir sortir de son salon et sans s’exposer au danger du virus. Il ne s’agit même pas forcément de jouer à un jeu. Certains joueurs se contentent de visiter le monde du jeu, comme la cathédrale Notre-Dame dans Assassin’s Creed, qui a été incendiée dans la réalité. D’autres veulent simplement échapper à la réalité en visitant les mondes de la Xbox.   

Selon Kestrel Lee, les paysages virtuels sont l’avenir. D’autant que, dans le métavers, il n’y a pas seulement de limites d’espace, mais aussi de limites de temps. Animal Crossing a créé une expérience de Kyoto, au Japon, il y a 100 ans. 

Ces constructions émotionnelles vont certainement impacter la télévision. Il ne s’agira plus de proposer juste des replays, mais de construire tout un univers autour d’un programme ou d’un film, dans un métavers où le public peut être une part active de l’histoire. 

Liens vagabonds : Du beau temps pour Amazon, de l’orage pour Meta

À RETENIR CETTE SEMAINE : 

Amazon, un média lucratif – Les activités publicitaires d’Amazon deviennent de plus en plus lucratives. L’entreprise a révélé qu’elle avait généré 31,2 milliards de dollars de revenu en 2021 liés à ces dernières, avec une hausse de 32% sur le dernier trimestre. Contrairement à plusieurs géants de la tech tel que Meta, Amazon déclare que les récents changements en termes de protection de données utilisateurs – notamment de la part d’Apple – n’ont pas eu d’effets notables sur leurs revenus publicitaires. D’après Dave Fildes, directeur des relations avec les investisseurs, « les opportunités pour les marques d’engager des clients à travers les propriétés d’Amazon sont largement inchangées”. 

La publicité demeure encore une modeste part du modèle économique d’Amazon, représentant 7% de son chiffre d’affaires, toutefois ces résultats, ainsi que la croissance globale de la publicité numérique en 2021 laissent présager une place grandissante de la publicité sur la plateforme. 

Les utilisateurs de Facebook en baisse – Mauvaise nouvelle pour Meta : Facebook a enregistré, pour la première fois de son histoire, une baisse de son nombre d’utilisateurs : 1,929 milliard d’utilisateurs quotidiens de la plateforme contre 1,93 milliard le trimestre dernier. Une nouvelle qui n’a pas plu à ses investisseurs, entraînant alors une baisse de 26% de son action en bourse (soit l’équivalent de 220 milliards de dollars). La croissance de Facebook semble donc atteindre un plateau, en partie dû à la baisse d’intérêt des jeunes publics, que l’on retrouve majoritairement sur TikTok. 

Bien que Meta ne soit pas en péril, cette nouvelle semble malvenue pour le groupe qui a besoin de la confiance de ses actionnaires ainsi que l’intérêt de ses audiences pour le développement de ses projets de métavers.

Spotify, vecteur de fake news ? – Depuis quelques semaines, un conflit a éclaté sur Spotify. L’artiste Neil Young reproche à Joe Rogan, podcaster phare de la plateforme, de véhiculer de fausses informations en lien avec le Covid-19. Face à l’inaction de la plateforme, Neil Young a donc officiellement demandé le retrait de l’intégralité de son catalogue sur Spotify. En soutien à l’artiste, de nombreux autres musiciens menacent à leur tour de retirer leur discographie si Spotify ne prend pas ses responsabilités et d’après plusieurs rapports, la plateforme croule sous les demandes de désabonnements de la part des utilisateurs. 

Face à la pression, le PDG de Spotify, Daniel Ek, indique que la plateforme ne doit pas prendre la position de censeur de contenu. Ce dernier a toutefois annoncé que les podcasts en lien avec le Covid-19 seront accompagnés de liens vers des information scientifiques sourcées. À noter qu’un contrat de 100 millions de dollars lierait Spotify à Joe Rogan pour la production de podcasts.

Cette semaine en France

3 CHIFFRES

43,2 milliards d’euros – c’est le budget du digital new deal en Corée du Sud 

80% – c’est le pourcentage des NFT de la plateforme OpenSea qui sont des oeuvres plagiées 

7 sur 10 – c’est la part du temps sur mobile qui est dédiée aux réseaux sociaux

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE

Infographie: Streaming vidéo : le potentiel demeure important | Statista Vous trouverez plus d’infographie sur Statista

NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ

DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION

GAFA / BATX 

DONNÉES, CONFIANCE, LIBERTÉ DE LA PRESSE, DÉSINFORMATION

LÉGISLATION, RÉGLEMENTATION

JOURNALISME

STORYTELLING, NOUVEAUX FORMATS

ENVIRONNEMENT

RÉSEAUX SOCIAUX / MESSAGERIES

STREAMING, OTT, SVOD

AUDIO, PODCAST, BORNES

DATA, AUTOMATISATION, INTELLIGENCE ARTIFICIELLE 

BLOCKCHAIN, CRYPTO, NFT, MÉTAVERS, WEB3

IMMERSION, 360, VR, AR

MONÉTISATION, MODÈLE ÉCONOMIQUE, PUBLICITÉ

JEUX VIDÉO, eSPORT

5G, 8K

TECH, STARTUPS, INNOVATION, TRANSFO NUM

OUTILS

 

ES avec Kati Bremme & Louise Faudeux

« Notre âge courant s’arrête au métavers, le suivant commencera au début du transhumanisme »

À l’origine, l’ambition d’Unity était de rendre la conception de jeux vidéo accessible à tous. Aujourd’hui, alors que plus de 50 % des jeux sur mobile, consoles, PC et VR ont été réalisés avec ce moteur, la société renouvelle ses ambitions. Unity ne sert plus seulement à la réalisation de jeux, mais plus généralement à la création d’expériences interactives.

Entretien avec Mathieu Muller, product manager chez Unity Technologies, mené par Chrystal Delfosse

Le public est-il prêt à voir émerger cette évolution ? 

Ce que l’on voit, c’est que l’adoption de la réalité virtuelle a largement augmenté ces derniers temps. Cela a été une adoption croissante qui n’a jamais diminué depuis son lancement. Jusque-là, la fragmentation du hardware limitait cette croissance, soit on était portable avec une qualité moyenne, soit on était branché à un PC avec de la haute qualité. Le Quest 2 de Facebook a permis, pour la première fois, d’utiliser le même appareil pour avoir du contenu portable ou streamer du contenu depuis un PC en très haute qualité. En plus d’être utilisé pour le jeu vidéo, le Quest 2 est reconnu dans certains pays comme un outil de bien-être pour faire du sport ou se détendre. C’est donc un outil qui se retrouve partout et qui peut être adopté par une population large aussi bien casual que hardcore gamer.

Cela dit, même si grâce à l’Oculus Quest 2, Meta possède la technologie, avec un écosystème et une multitude de services qui fonctionnent très bien ensemble, je ne crois pas qu’il y aura un seul métavers créé par Facebook, tout comme il n’y aura pas un seul appareil. Depuis le store du Quest 2 ou depuis Steam, il est toujours possible de télécharger et d’installer des applications indépendantes. À Unity, nous sommes persuadés qu’il existera plusieurs métavers, c’est même tout l’intérêt.

Quel est le rôle de Unity dans la construction des métavers ? 

Au début, notre rôle était de démocratiser la création de jeux vidéo. Aujourd’hui, notre but est de démocratiser la création de contenus interactifs de manière plus large – et donc, par extension, des métavers. Nos outils sont accessibles à n’importe qui. Bien sûr, cela ne veut pas dire qu’il faut appuyer sur trois boutons pour créer un métavers, en tout cas, pas au stade actuel. Mais, globalement, on veut donner la possibilité aux gens de créer ces contenus originaux, ces environnements et ces interactions qui donneront envie aux utilisateurs de se retrouver. Notre pari, et ce qui a fait notre business, c’est de réussir à créer des outils qui sont à la fois professionnels et accessibles à tous, ainsi que de créer un écosystème qui réunit ces deux milieux. Et en pratique, que ce soit dans le jeu vidéo ou dans la VR, il y a de plus en plus de titres comme The Ramp par Paul Schnepf, The Falconeer par Tomas Sala, Vermillion VR par Thomas van den Berge aka Thomas Mountainborn, qui sont réalisés par une seule personne et parfois même assez jeune. 

Quels sont les enjeux de la régulation de ces espaces virtuels ?

Je pense que c’est l’opportunité de réguler de manière différente l’Internet. Aujourd’hui, on a associé l’ensemble des contenus avec une individualité physique : je suis connecté avec un compte ou un identifiant qui me représente, mais il n’y a pas d’intermédiaire entre ma personnalité physique et virtuelle. Sauf que cet aspect binaire actuel fonctionne mal : soit on empêche la liberté d’anonymat, soit on met en danger la responsabilité.

C’est pour cela que je trouve la notion d’avatar centrale. En régulant des avatars et en leur donnant une réalité juridique, ils deviendront un intermédiaire à la personne physique, avec une responsabilité, des droits et des devoirs. Je pense que cela pourrait aider à réguler l’Internet et permettrait de conserver un anonymat physique dans un environnement virtuel, tout en ayant des responsabilités. Alors, en cas de conflit ou de délit, on pourrait accuser un avatar, mais sans savoir qui est derrière tant qu’il n’y a pas de procédure juridique.

Finalement, quelle est la différence entre la vie réelle et les métavers ?

Il ne faut pas avoir peur des métavers, ce n’est qu’une façon de faire ce que l’on fait dans le monde physique, mais en ayant un impact écologique plus faible. Parce que nous n’avons plus à voyager au bout du monde pour travailler ensemble, par exemple, et parce que nous ne sommes plus obligés de produire des objets en plastique pour faire des activités. Désormais, cela peut se vivre de manière virtuelle. 

C’est ma vision personnelle, et je suis moi même surpris d’en arriver à cette conclusion, mais je pense qu’à un moment, il est possible que l’on se passe d’une grande partie de notre matérialisation actuelle, car presque tout sera disponible en réalité augmentée. Par exemple, un appartement n’aura besoin que des choses essentielles pouvant être manipulées et que le reste sera projeté ou joué de manière virtuelle. Si on en arrive là, utiliser un hardware n’aura plus grand intérêt. Alors, s’implanter une puce qui se branche directement à nos yeux et dont l’énergie est produite par notre corps pourrait avoir du sens. Cela nous permettrait de nous passer de l’équipement plastique. 

Cela paraît être de la science-fiction, mais quand on extrapole les tendances, qu’on regarde plus loin après 25 ou 30 ans de métavers, on pourrait imaginer que l’homme en arrive là. Le transhumanisme est une forte notion de science-fiction qui ne s’est jamais réellement produite, et, pour moi, le métavers pourrait être la dernière étape avant d’y arriver. S’il devient essentiel, alors on y arrivera naturellement. C’est ce qui est excitant en ce moment : nous sommes en train de regrouper tout un tas de choses qui n’avaient rien à voir ensemble, et c’est une étape majeure qui est complètement corrélée aux enjeux environnementaux. C’est comme ça que toute l’histoire de l’être humain s’est fabriquée : lorsqu’il est confronté à un problème, l’homme trouve une technologie pour le dépasser et l’âge suivant se base dessus. Alors, je pense que notre âge courant s’arrêtera au métavers et le suivant commencera au début du transhumanisme, comme nous sommes passés de l’Âge du Bronze à l’Âge du Fer.

 

Photo de Une : NORITSU KOKI sur Unsplash

Liens vagabonds : NFT, abonnements payants – les réseaux sociaux se monétisent

À RETENIR CETTE SEMAINE : 

NFT et accès payants – Après Meta et Twitter, YouTube va aussi se lancer dans les NFT. Susan Wojicki, la CEO de YouTube, a déclaré que sa plateforme pourrait également s’intéresser de près aux NFT dans les prochains mois. Ces jetons cryptographiques auxquels est rattaché un certificat de propriété numérique sur une blockchain intéressent de plus en plus les géants de la tech. Reddit aussi teste les NFT en image de profil.  Mais l’engouement pour les NFT de Bored Ape ne serait-ce qu’une question d’ego et d’argent, pas d’art ? Picasso est-il soluble dans les NFT ? Ce qui est sûr : les magnats de la tech cherchent un nouveau terrain de jeu, et les réseaux sociaux de nouveaux subterfuges pour retenir leurs utilisateurs. Pour cela, TikTok teste aussi les abonnements payants, à l’instar d’Instagram et Twitter pour soutenir l’économie de créateurs. 

Meta et son supercalculateur – Baptisé AI Research SuperCluster, le supercalculateur de Meta (ex Facebook), développé avec Nvidia et dédié à l’intelligence artificielle doit embarquer à terme 16 000 GPU pour une bande passante de 16 To/s. Cet ordinateur le plus rapide du monde, selon Mark Zuckerberg, devrait être opérationnel dans le courant de cette année. Une puissance de calcul bienvenue pour l’Intelligence Artificielle intégrée dans le métavers, qui nécessitera des quintillions d’opérations par seconde si elle veut proposer des expériences pleinement contrôlées, ciblées selon nos émotions, tout en améliorant le suivi VR & AR. En même temps, ​​Facebook veut déjà abandonner son projet de cryptomonnaie Diem … pour mieux se lancer dans une nouvelle monnaie du métavers ? Toujours dans la perspective du métavers, l’Europe vient aussi de valider le rachat de Kustomer, une start-up spécialisée dans la gestion de relation client, par Meta. Meta génère déjà des milliards de dollars grâce à son projet de métavers. 

Nouvelle chronologie des médias – Netflix et Canal+ sont les grands gagnants de cet accord signé lundi, avec une division du délai de diffusion par deux. Netflix va pouvoir diffuser des films 15 mois après leur sortie en salle, contre 36 mois jusqu’ici (avec en contrepartie une participation au financement du cinéma français) ; Canal+ n’aura plus que 6 mois à attendre avant de pouvoir les proposer à ses abonnés, Disney+, Amazon Prime Video 17 mois, et les chaînes de télévision encore 22 mois. Ce nouvel accord était en discussion depuis des mois, entre chaînes de télévision, grandes plates-formes de streaming et organisations du cinéma. La densification des fenêtres accroit la concurrence entre les plateformes, mais elle est aussi censée avoir un effet vertueux contre le piratage, et met fin à une situation qui apparait anachronique face aux nouveaux usages de la SVoD. La SACD et Disney se sont prononcés contre le texte, Disney ayant déjà menacé de ne plus diffuser ses films au cinéma pour les proposer directement sur Disney+ sans délai, une tendance accélérée à Hollywood depuis la pandémie. 

Cette semaine en France

3 CHIFFRES

4,95 milliards d’internautes (+4 %) dans le monde, 62,5 % de la population mondiale utilise Internet

1 Français sur 5 ne répond jamais aux appels téléphoniques 

35 milliards de $ – c’est le bénéfice net trimestriel d’Apple  

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE

Infographie: La France en retard sur les objets connectés | Statista Vous trouverez plus d’infographie sur Statista

NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ

Most of what we want to do digitally (and financially) is possible today, but it exists within a structure that lets a select few manipulate it for themselves. David Chaum

DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION

GAFA / BATX 

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ES avec Kati Bremme & Louise Faudeux

 

Le métavers, le journalisme et la réalité de synthèse

Par Olivier Mauco, président de Game in Society, Dr. en sciences politiques, enseignant à Sciences Po Paris

Avec le métavers, le journalisme risque de disparaître s’il n’affronte pas le problème majeur de la création d’une réalité commune. La dimension autonome autoproclamée du métavers laisse présager une nouvelle forme d’anarchisme libertarien en vogue dans la Silicon Valley. En effet, le métavers se caractérise par des dynamiques spécifiques : auto-souveraineté (le Web 3.0), confiance et transparence (la blockchain), auto-organisation (les DAO, Decentralized Autonomous Organization), les mondes d’expérience numérique (en 3D majoritairement), et enfin les interfaces homme-machine. 

Cette réorganisation de l’autorité, où le tiers n’est plus nécessaire, change radicalement le rôle de l’auteur. Plus encore, la convergence entre le monde réel et le monde virtuel brouille les frontières, instituant un nouveau régime de réalité, la « réalité de synthèse » entre le monde physique et numérique. Nouvelle autorité et nouveau régime de réalité modifient ainsi le travail journalistique et la fabrique même des informations.

Nouvelles formes d’autorité

La réorganisation de l’autorité par la blockchain est un changement majeur. Dispositif de confiance qui permet de certifier sans la présence d’un tiers, la blockchain concurrence les tiers de confiance qui fonctionnent sur la consignation de registres. Couplée à des univers 3D, déjà bien présents comme ceux des jeux vidéo, elle est au fondement du métavers, introduisant un nouveau rapport à la propriété de la donnée, consignée dans les briques de bases de données décentralisées. L’autorité, au double sens de celui qui écrit et celui qui exerce le pouvoir de sélectionner, se voit remise en cause par l’effacement de toute instance intermédiaire, les institutions publiques et les médias centralisés en tête. Ainsi, les médias et le journalisme comme tiers et autorité, sont directement questionnés dans leur fondement par le métavers.

L’architecture sociale soutenant l’ensemble du métavers permet une nouvelle organisation du pouvoir. Les DAO sont des contrats « intelligents » (smart contracts) qui attribuent des parts à des organisations et automatisent les modes de gouvernances. L’autorité est ici dévolue à l’algorithme, la transparence est la règle, chaque organisation peut ainsi renouer avec un idéal de partage et de redistribution contre l’organisation centralisée et opaque de certaines organisations tutélaires de la représentation. Dès lors, les DAO pourront se constituer pour acheter des choses réelles  la tentative d’achat de la Constitution américaine ou d’une équipe de Basket par exemple  ou des parcelles dans le métavers ou d’autres choses par ce système de courtage communautaire. Ces nouvelles formes de sociétés correspondent bien à la notion de mise en commun de l’outil. 

Le sacre de l’expérience

Le métavers est souvent présenté comme un monde virtuel 3D, persistant et opérant comme un double plus ou moins fictionnel du monde réel. La particularité est de proposer une expérience basée sur de la manipulation de signes visuels, l’objet 3D par exemple. La 3D peut être intégrale comme en réalité virtuelle ou alors elle peut se juxtaposer à l’image vidéo capturée par la caméra du téléphone, en réalité augmentée. Ainsi, tout travail de mise en scène des informations journalistiques répond à des logiques différentes des médias traditionnels. Si l’on complète l’adage : la radio annonce, la télévision montre, la presse explique, le métavers propose l’expérience. 

Or, une expérience est avant tout subjective bien que produite. Si l’on regarde du côté des entreprises du divertissement, la règle est d’instaurer des univers de fiction à fréquenter, dans lesquels chacun sera invité à passer le plus de temps possible. Plus prosaïquement, avant de répondre à la question du métavers, il faudrait se demander si un média peut créer un parc d’attractions ou un musée de l’information. Le changement de paradigme est déjà à ce niveau. 

Cette grande fluidité se traduit par une portabilité de l’information, quelles que soient ses mises en formes, dont le narrateur-diffuseur ne sera plus le média (support et éditorial) mais l’individu. La narration éclatée du transmedia des années 2010 se trouve accélérée avec un rôle central du « lec-acteur », du « spec-acteur » dans la recomposition de la trame selon les modes et moments de fréquentation de ces espaces. Le métavers consacre ainsi le signe et la non-linéarité de la production et de la circulation de l’information. Plutôt que d’être stockée dans un média, l’information devenue signe distinctif sera littéralement portée par un individu participant à plusieurs communautés. Pour lui, l’information est un asset, un élément parmi d’autres, de mise en scène de soi, une marque dérivée jusqu’à la notion de signe distinctif et d’appartenance pour une expérience optimale.

La grande convergence

Le métavers est l’avènement d’une tendance de fond qui touche de nombreux secteurs des industries du contenu : la domination progressive des techniques du jeu vidéo. L’abaissement des coûts de calcul informatique réel favorise de nouveaux formats comme la réalité augmentée ou la 3D temps réel sur des smartphones, les effets spéciaux ordinaires. Les plateaux télévisés adoptent ainsi ces nouveaux éléments pour la météo, le sport, les lives, les datavisualisation, ou la reconstitution de certains faits divers.

En parallèle, l’abaissement du coût d’entrée facilite la création par les utilisateurs de contenus tout azimut : le user generated content devient alors la pierre angulaire de l’économie du métavers. Le métavers est cette tentative de capter l’ensemble des pratiques en ligne de production et consommation des signes en créant du lien entre le jeu, les vidéos ou les photos, afin de créer une économie de l’image en marge du réel. Il instaure un nouveau régime de la production du contenu :  play-to-earn (jouer pour produire des biens numériques) et bientôt le troll-to-earn (troller pour augmenter la valeur de biens numériques). 

Toute l’économie de la collaboration, du commentaire, de la constitution de communauté de lecteur risque d’évoluer vers les plateformes capables de monétiser la participation de chacun, changeant les métriques de mesure de fréquentation. Avec le continuum des données informatiques, identifiables et traçables grâce à la blockchain, nous assistons à la réintroduction de la propriété à l’ère de la circulation de masse d’internet. Si les potentiels sont importants, les NFT consacrent le culte de la propriété originelle tout en favorisant la diffusion et reproduction comme base de la valeur d’échange.  L’accélération de la circulation infinie des informations que l’on observe déjà sur les réseaux sociaux devient un levier de marchandisation et de diffusion. Le bon mot du troll prendra en valeur dès qu’il se transforme en un mème soutenu par des groupes sociaux structurés. Si chacun monétise son commentaire avec l’espérance du gain comme moteur de production, comment faire pour émerger face au flux de production de signes à l’écran ?


©Nabil-Saleh 

La fin du public et les limites de la vérité

Ces évolutions de la circulation, la production, la valeur et la propriété des mises en scène de l’information transforme alors la manière dont on informe, et donc l’accès même aux informations devient un élément clé. Car si tout circule dans les espaces procéduraux du métavers, c’est la dimension et la finalité même de cet espace, faussement public, qui perturbe le processus journalistique et démocratique.  

Le métavers, étymologiquement, n’est pas le meta-univers, l’univers des univers, ce raccourci est un leurre. Le détour par l’étymologie nous amène à meta–vertere.  Meta, en grec, signifie succession, changement, transformation, quand en latin verto, vertere traduit l’idée de se diriger, de conversion d’une forme en une autre. L’univers est une transformation en un, l’uni, soit une mise en commun quand le metaverse n’est qu’un processus, la transformation de la transformation, véritable tautologie, mouvement hors sol, flux permanent, cyclique, non linéaire. Cette fin de la mise en commun de l’univers a pour risque majeur le démantèlement de l’espace public pour des espaces communautaires. Ce n’est pas parce que 1000 personnes seront en ligne qu’il y a espace public. Un concert n’est pas un espace public, mais un espace de mise en commun d’une émotion. Appliqué au champ politique et aux médias, le passage du débat vers l’émotion favorise le triomphe des imaginaires dont la guerre entre les majors du contenu divertissant fait rage pour mettre en place des univers de fiction, avec rites et croyances, et sacralisation de l’image par des publics transformés en communautés. Assistera-t-on à un journalisme d’information rendant compte de ces mondes autonomes, dans une rubrique métavers entre France et International ou à l’inverse un journalisme dans ces univers ?

En conséquence, la logique d’hyper-privatisation des espaces, non pas au sens capitaliste, mais bien de l’économie psychique, développe un débordement du for intérieur où la perception et l’émotion président au partage et l’appartenance. L’existence d’un espace réglé par des normes discursives comme le débat rationnel, la parole publique et autre condition de la démocratie contemporaine, semble désuet et inopérant sur le théâtre de la mise en scène de soi. La fabrique de l’information journalistique invite à penser de nouveaux formats, et à consacrer l’esthétique, le beau comme nécessité pour toucher et informer. Car il y a fort à craindre que l’information pure et rationnelle ne suffira plus, et que l’information belle (sensible) ou coproduite (interactive) soient les nouvelles normes du métavers, et dépasse la question de la vérité observée. Ces tendances pour le journalisme mettent en abîme les débats actuels sur la fabrique du faux  fake news, deepfake et autres médias de synthèse  vers un débat sur les conditions même de survie de la réalité et de la vérité. Si débattre de l’ère post-vérité pose éminemment la place du journalisme comme garant, quelle fonction peut-il exercer quand la notion même de fait se redessine dans ce que nous qualifions de réalité de synthèse ?

La réalité de synthèse

La réalité de synthèse apparaît dès lors que la surcouche informationnelle double le monde réel, que le jumeau numérique et le réel deviennent équivalents pour l’individu du fait d’un processus de convergence du physique et du numérique, des processus réels et des vertus des communautés virtuelles. Avec la pratique quotidienne et la fabrique du goût pour ces médias de synthèses, d’Instagram aux jeux vidéo, la perception même d’un réel synthétique est naturalisée  en témoignent les achats de biens virtuels. La réalité de synthèse modifie le régime de vérité et donc l’essence du journalisme : comment traduire des faits qui ne sont pas réels au sens classique. Si l’on regarde les tendances actuelles de fabrication de la vérité dans les communautés complotistes notamment, le fait même de relayer, est un processus de création d’une réalité en saturant les réseaux sociaux d’une image, d’une vidéo et autre fabrication de la preuve. Déployé dans le métavers, le régime dominant de vérité est celui de la diffusion de la circulation de masse, sous des formes les plus virulentes, la fabrication de la preuve ne répondant plus au critère de vérité mais de répétition artificielle. 

De plus, comment accepter que des faits dans des univers synthétiques soient communément considérés comme réels, si ce n’est qu’ils sont partagés. La validation des choses par l’intersubjectivité est ici déterminante : comment rendre compte de faits qui n’existent que dans l’échange interpersonnel de biens non physiques dont la valeur est une spéculation sur la future valeur accordée par une communauté d’échange pas encore constituée ? Mêle pour le journalisme économique qui suit la bourse, il fait face à de nombreuses contraintes, la première étant la place de marché. Les métavers se traduisent par un fort soutien de la communauté se regroupant dans des espaces en ligne. De là, peu de différences avec les autres supports, si ce n’est le rôle déterminant des journaux dans la création de communauté, la capacité de faire vivre et mettre en forme le quotidien. Cette fonction essentielle d’aller chercher au final ce qui fait commun et de mettre en forme la communauté attribue de fait une fonction au journalisme sans pour autant lui donner une place statutaire ou un modus operandi qui ne soit pas conforme aux règles de l’univers de fiction dans lequel il se trouve, intégré diégétiquement dans l’espace de la réalité synthétique. 

À supposer que ces réalités de synthèse soient des fictions incarnées en 3D, que pour fréquenter ces fictions il soit nécessaire d’adopter les codes, us et coutumes de ces organisations, de se conformer à leurs esthétiques, comment le journaliste peut-il exister sans être en dissonance ? Ce jeu de rôle est à la portée de l’enquêteur, mais l’organisation médiatique peut-elle exister sans se plier aux régimes du métavers où elle entend prendre ambassade ? Ne risque-t-elle pas de perdre une partie de ce qui faisait son identité et devoir se replier ou se repenser sur ce qui la compose, ce qui est donc meta-adaptable ? À l’inverse, la bibliothèque libre de RSF dans Minecraft pour offrir un espace de liberté d’expression aux citoyens et journalistes opprimés soulignent que ce n’est pas tant la technologie que le contenu éditorial et la politique du métavers qui vont être déterminants. 


©Sam-Moqadam

À la croisée des mondes : deux scénarii  

Le métavers comme concept n’est pas métavers comme réalité, et que si certaines entreprises souhaitent devenir dominantes, il restera toujours des alternatives possibles. Les deux scénarii exploratoires, volontairement pessimistes et optimistes, ne sont pas exclusifs, et peuvent cohabiter.  

Nous reproduisons les mêmes erreurs que pour le web 1 et 2 en laissant passer le coche. Le métavers est déjà là, nous n’avons pas individuellement les armes pour bâtir un monde virtuel, sans l’aide des pouvoirs publics européens : les proto-métavers français ne sont pas soutenus, aucun asset technologique, aucune souveraineté numérique. Il faudra alors composer avec les fictions et esthétiques imposées, les pulsions animées par le capitalisme consumériste ou réglées par quelques communautés extrémistes. Le journalisme sera obligé d’opérer sa mue en gonzo journalisme, sans moyen réel car le média n’aura pu s’acheter un desk dans les métavers commerciaux. Les trolls et fabricants de NFT produiront du contenu, saturant les esprits, et l’information ne sera qu’un souvenir. Tout au plus des simulacres de journaux en ligne, traitant de manière automatisée les derniers hauts faits, comme la chaîne commerciale d’un centre commercial, gérée par des bots et IA.

À l’inverse, la bataille de définition du métavers ne fait que commencer. La 3D, la VR et le multijoueur sont une manifestation parmi d’autres : l’essence du métavers est dans l’authenticité, la circulation et la plasticité de l’information, la fluidité totale. L’occasion est là pour dessiner un nouveau métavers ouvert et pluriel, où la valeur n’est pas dans la marchandisation de l’information mais dans sa capacité à rendre compte à et de la communauté, au-delà des débats sur la nature et la culture, le réel et l’artificiel. Ce n’est pas que la mise en forme, mais la portabilité, la propriété, la mutualisation des ressources et la décentralisation du pouvoir qui pourront accorder une place centrale aux nouvelles entreprises de l’information. Ici, ce sera la qualité des expériences et des contenus qui garderont les publics lassés des centres commerciaux en ligne. Les techniques employées par l’industrie du divertissement pourraient ainsi être mises à disposition dans les groupes médiatiques. Cette stratégie de convergence serait alors la chance pour le journalisme et l’information de faire armes égales avec les géants à venir. 

Article originellement paru dans notre Cahier de Tendances sur le(s) Métavers

Illustration ©Artem-Bryzgalov

Baromètre Kantar-La Croix : les médias attendus comme acteurs de la démocratie

Par Kati Bremme, Direction de l’Innovation et de la Prospective

En cette année d’élection présidentielle, la 35ème édition du baromètre Kantar-La Croix de la confiance des Français dans les médias soulève une série de points inquiétants, tout en soulignant le rôle important des médias comme un élément constitutif de la démocratie. Seuls 62% des Français disent s’intéresser à l’actualité, un intérêt qui tombe au plus bas chez les 18-24 ans, où seulement 38% suivent l’information avec un grand intérêt. Cependant, interrogés sur le rapport entre médias et démocratie, neuf sondés sur dix souhaitent avant tout une information fiable, vérifiée et indépendante, les fondements d’un journalisme de qualité.

Comme chaque année, le clivage entre déclaratif et usage réel est important : d’un côté, les Français plébiscitent les médias « historiques » (radio, tv, presse écrite) comme sources d’une information fiable, reléguant les réseaux sociaux en dernière position de l’échelle de confiance ; de l’autre côté, les réseaux sociaux passent en première position comme point d’accès à l’information.

Un niveau de crédibilité qui s’érode

Dans le contexte de la pandémie mondiale, les médias traditionnels tendent à converger dans une légère baisse de confiance (de 44% à 49% de crédibilité, plus aucun média n’obtient une majorité de confiance de la part des Français) tandis que la confiance dans Internet s’effondre sur fond de scandales autour des nos données et tentatives de démantèlement des Gafam. Moins d’un Français sur deux juge que les médias relatent les faits de façon crédible et véridique, quand seulement 24% des sondés du baromètre considèrent désormais Internet comme une source fiable d’information. Pour la première fois Internet ne progresse plus comme moyen d’information privilégié, même s’il reste la première source d’information de 66% des jeunes.

 

La confiance dans la télévision augmente cette année de deux points, et la télévision reste le média privilégié des Français pour s’informer, avec une préférence pour les chaînes généralistes par rapport aux chaînes d’information en continu.

Les réseaux sociaux passent en première position pour l’accès à l’information sur Internet 

Sur Internet, source considérée comme peu fiable, le point d’accès premier à l’information sont les réseaux sociaux. Ce ne sont donc pas les sites et applications des médias historiques qui sont plébiscités comme moyen d’accéder à l’information. Ce phénomène est perçu de façon très différenciée selon l’âge, le niveau social et même la couleur politique de l’utilisateur.

Que les réseaux sociaux, avec des informations potentiellement non vérifiées par des journalistes, soient l’accès primaire à l’actualité, n’inquiète naturellement pas les jeunes générations, premiers utilisateurs de ces derniers. 37% considèrent même cela comme une bonne chose. 52%, majoritairement des CSP+ et des générations plus anciennes, s’inquiètent néanmoins de l’érosion du rôle de gatekeeper des médias traditionnels dans la transmission de l’information. 

L’intérêt des jeunes pour l’information au plus bas

Un fait inquiétant en pleine campagne présidentielle : l’intérêt des 18-24 ans pour l’information tombe cette année à son niveau le plus bas jamais vu. L’intérêt des Français pour l’information recule de 5 points à 62% après une année particulièrement riche d’actualité autour du Covid, mais l’intérêt des jeunes s’effondre  pour arriver à seulement 38%. La défiance envers les quatre supports d’information (télévision, radio, presse papier, Internet) incite une partie de plus en plus large de la population à « mettre à distance l’actualité », souligne Guillaume Caline, directeur Enjeux publics et opinionKantar.

La désaffectation des plus jeunes est aussi à rapprocher de leur perception négative du traitement médiatique de sujets qu’ils considèrent comme importants. Ils sont ainsi 68% à estimer que le dérèglement climatique a été mal traité. Pour trois-quarts des Français, les médias ont par ailleurs trop parlé du Covid, et de la candidature d’Eric Zemmour à la présidentielle. 

Au-delà de la quantité, les Français se montrent aussi très critiques sur la façon dont les médias traitent les sujets qui leur tiennent à coeur et l’information en général. Ils plébiscitent en effet un véritable journalisme de qualité.

Les Français en forte attente des médias dans leur rôle d’acteur de la démocratie

Une information fiable et vérifiée, des médias indépendants, et une pluralité des opinions sont les trois éléments cités comme importants pour accorder une pertinence aux médias comme acteurs de la démocratie. Au sujet du traitement de la campagne présidentielle, les adhérents de LREM considèrent que celle-ci est plutôt bien traitée dans les médias, tandis que les adhérents de RN rejettent majoritairement la façon dont la campagne est reflétée dans les médias. Seulement 47% considèrent que toutes les opinions peuvent s’exprimer dans les médias sur les sujets importants.

Tous ont des attentes très claires comment les médias devraient traiter l’actualité de la présidentielle pour garantir un bon fonctionnement de la démocratie. En premier lieu : donner la place aux candidats pour s’exprimer sur leurs programmes en détail, tout en laissant aux médias le soin de vérifier les faits et de jouer leur rôle de contre-pouvoir. L’importance de garantir un débat apaisé est soulignée par 78% des Français.

Face à un public qui a de plus en plus tendance à chercher dans les médias ce qu’il a envie d’entendre, le rôle des médias pour servir la réalité et les faits est d’autant plus important. Contre la séduction des réseaux sociaux, où le menu est apporté par des algorithmes qui surexposent les articles à forte charge émotionnelle, les médias auront aussi la lourde tâche de garantir que la population s’intéresse davantage à l’actualité. Les attentes des Français aux médias sont plus que légitimes : une information transmise dans un environnement apaisé, fiable, qui récuse toute logique de bulle et tout excès d’hystérie.

Le baromètre 2022 La Croix / Kantar Public / Onepoint de la confiance des Français dans les médias, a été réalisé du 5 au 11 janvier 2022, sur un échantillon national de 1 016 personnes, représentatif de l’ensemble de la population âgée de 18 ans et plus. Les interviews ont été réalisées en face-à-face au domicile des personnes interrogées.

 

Photo de Une : ROBIN WORRALL sur Unsplash