Liens vagabonds : Twitter défie Trump, son meilleur client

A RETENIR CETTE SEMAINE :

Trump, Twitter & réseaux sociaux – Twitter ajoute une mention « vérifiez les faits » sur deux tweets de Trump concernant le vote par correspondance. Furieux, le président américain menace de “fermer” les réseaux sociaux et signe jeudi un décret visant à limiter leur protection en terme de responsabilité (section 230 du Communications Decency Act). L’action de Trump contre le factchecking pourrait avoir l’effet inverse : aggraver le problème de la désinformation en ligne et lui porter préjudice. Twitter signale un autre tweet du Président pour « apologie de la violence » mais ne le retire pas.

Facebook, polarisation & désinformation Facebook aurait minimisé des initiatives internes visant à affaiblir les contenus extrémistes. Mark Zuckerberg considère que les entreprises privées ne devraient pas être « l’arbitre de la vérité ». La pandémie est le test ultime pour la plateforme en matière de désinformation. Si Facebook parvient à minimiser les fausses informations sur le Covid-19, ce n’est pas le cas pour d’autres sujets comme les vaccins ou le réchauffement climatique.

Applis de traçage – L’application StopCovid a été validée par la CNIL, l’Assemblée et le Sénat. Le gouvernement espère un déploiement dès lundi. Mais de nombreux élus et observateurs estiment que l’application sera peu utilisée  – la technologie bluetooth risque d’être peu fiable, les détenteurs d’un appareil Apple risquent de subir des bugs, et l’on craint que cela n’empiète sur la vie privée. D’autres pays déploient leurs propres technologies – parfois à mauvais escient – à l’instar de la Chine qui souhaite pérenniser ses app de traçage pour noter les habitants selon leur hygiène de vie.

Cette semaine en France : 

3 CHIFFRES

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE 

Infographie: Covid-19 : le développement des applis de traçage en Europe | Statista Vous trouverez plus d’infographie sur Statista

NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ

DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION

DONNEES, CONFIANCE, LIBERTE DE LA PRESSE, DESINFORMATION

Cyberespionnage

Applis de tracing: 

Infodémie : 

LEGISLATION, REGLEMENTATION

JOURNALISME

Crise et transformation du secteur : 

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JEUX VIDEO, eSPORT

5G, 8K

TECH, STARTUPS, INNOVATION, TRANSFO NUM

OUTILS 

 

ES avec Laure Delmoly, Kati Bremme, Diana Liu et Mathilde Floc’h

Comment Le Monde, Le Washington Post, Le New York Times et d’autres médias ont créé des communautés en ligne pendant la pandémie

Par Diana Liu et Laure Delmoly, France Télévisions, MediaLab

Au début de l’épidémie, les médias ont factchecké et rectifié les infos qui circulaient sur le virus.

Mais à l’annonce du confinement, ils étaient confrontés à un nouvel enjeu : celui d’accompagner les lecteurs dans une période inédite où la sociabilité passait uniquement par Internet.

Certains médias ont vite compris le double besoin du public — s’informer, certes— mais aussi décompresser durant une période particulièrement anxiogène. Des communautés ont émergé en ligne, animées par les médias afin d’accompagner les lecteurs durant le confinement.

Les expériences du Monde, du Washington Post et du New York Times sont inspirantes pour construire des « média d’après » plus collaboratifs et humain.

Le Monde : une communauté pour accompagner et dialoguer avec les lecteurs

Le confinement a fait émerger des nouveaux formats : newsletters, web-séries, podcasts et journaux de confinement.

Au Monde, les journalistes souhaitaient mettre en place plus qu’une newsletter.

« Nous avions besoin d’un outil pour que les lecteurs puissent s’exprimer, pour pouvoir réagir avec eux et utiliser cette matière pour nourrir notre journalisme. Nous avons eu alors l’idée de « détourner » le live actu et de créer un autre live où on parlerait du quotidien des gens durant le confinement. » raconte Cécile Prieur, directrice adjointe de la rédaction.

D’où la naissance de « Nos vies confinées » (et maintenant, déconfinées), un « slow live » en libre accès toute la semaine de 10h à 17h30. À l’opposé du live informatif sur le virus, ce lieu d’échange apaisé réunit des témoignages des lecteurs et des conseils de vie quotidienne — recettes de cuisine, recommandations culturelles, avis d’experts, réponses à des questions pratiques et bonnes nouvelles.

Une volonté de proximité de la part des journalistes du Monde visible également par le ton adopté : empathique et léger.

La succès fulgurant de ce live – avec jusqu’à 1000 contributions par jour pour une moyenne de 72 000 visites quotidiennes et un temps d’engagement entre 15 et 20 minutes – est « une expérience instructive et enrichissante » pour le journal.

« Nous avons la confirmation que notre communauté peut être facilement au rendez-vous si on adopte le bon ton et que l’on fournit les bonnes informations. Grâce à cette volonté d’être dans le lien, les lecteurs nous ont envoyé de nombreux témoignages. Petit à petit, nous avons créé une communauté de lecteurs qui revenaient régulièrement sur le live, qui nous appréciaient et qui ont même dialogué entre eux. »

Le Monde a également animé sa première vidéoconférence sur zoom avec des journalistes couvrant la pandémie qui répondaient aux questions des lecteurs.

Source : Le Monde

Bon Appétit & Washington Post : une communauté via les réseaux sociaux

Avec un confinement presque mondial, le temps passé sur les réseaux sociaux explose : près d’un internaute sur 2 passe plus de temps sur les réseaux sociaux qu’avant, notamment les 16-24 ans (+ 58 %), suivis par les 25-35 ans (+ 50 %) et les 35-44 ans (+ 42 %). Les médias se servent donc des plateformes comme Instagram et TikTok pour échanger avec leurs lecteurs, montrer les coulisses de leur travail et apporter une touche d’humour et de légèreté pendant une période angoissante.

Bon Appétit active sa communauté avec des « happy hour » et des dîners sur Instagram Live, souvent en écran partagé avec des personnalités. Le média a également lancé un « guide pour bien vivre seul pendant le confinement ». Pour se faire, la rédaction a beaucoup échangé avec les lecteurs, en répondant notamment à leurs questions sur Instagram stories.

 

Voir cette publication sur Instagram

 

This is @andybaraghani. Most of you know him already. We think he gives pretty great advice. That’s why all this month he will be answering your questions about solo living. It’s all part of the Healthyish Guide to Being Alone, our new series of tips, recipes, and stories about how to be alone when we’re together and together when we’re alone. First up, he answers the question « How do I learn to live alone in the middle of a pandemic? » Head to the link in our profile for the answer, and watch our Instagram Story for more. 📸: @emmafishman

Une publication partagée par Healthyish (@healthy_ish) le

 

Le Washington Post publie sur son compte TikTok des vidéos qui aident à garder le moral et propose des informations sur un ton ludique. Dave Jorgenson répond aux questions des lecteurs (sur la ligne politique du journal ou sur l’actu) dans les commentaires. Le compte fête ses un an sur la plateforme avec 513K d’abonnés et une influence croissante. Dave Jorgenson est nommé ambassadeur du programme « MediaWise » sur TikTok pour sensibiliser les jeunes à la désinformation.

Washington Post & New York Times : une communauté pour aider les lecteurs à faire leur deuil

Comme à chaque tragédie, les médias d’information sont confrontés à une question essentielle : au-delà des infographies et des analyses, comment rendre compte des vies perdues ? Alors que les rites funéraires restent interdits ou limités dans beaucoup d’endroits, les médias réorganisent leurs rédactions et créent de nouveaux formats pour rendre hommage aux victimes.

Le Washington Post a créé un mémorial en ligne où les lecteurs peuvent laisser des fleurs et bougies virtuelles en souvenir de leurs proches. Le journal met à jour chaque semaine une rubrique nécrologique dédiée aux morts du Covid-19.

À l’approche des 100,000 morts du Covid-19 aux États-Unis, Le New York Times a compilé les nécrologies et les avis de décès de centaines de journaux dans le pays pour sa Une — une liste de 1000 noms, suivis à chaque fois d’une phrase sur le caractère unique de chaque vie. Pour la version numérique, le journal a créé un format de scrollytelling immersif.

Source : NYT

Dans un article du Times Insider qui révèle les coulisses du projet, la section des commentaires déborde de remerciements de lecteurs pour un format qui témoigne de l’ampleur de la tragédie tout en véhiculant un message de solidarité.

Les médias d’après — plus axés sur la communauté ?

Fort des leçons du « slow live », les journalistes du Monde réfléchissent à son utilisation dans d’autres contextes de dialogue avec les lecteurs.

« C’est une démarche d’approfondissement de notre relation aux lecteurs pour expliquer qui on est, quelles sont nos valeurs et comment on travaille, » explique Cécile Prieur. « Nous allons ouvrir plus fréquemment des espaces de dialogue avec nos lecteurs. Cela nous permet d’entrer véritablement en lien avec notre communauté et de la faire prospérer. C’est important de toujours être le plus possible dans la proximité et de montrer quel type de journalisme nous pratiquons » 

En pleine pandémie, le besoin d’information s’ajoute au besoin de partager. Tandis que la news fatigue s’installe, les médias trouvent de nouvelles façons d’entrer en lien avec leurs lecteurs à travers un dispositif qui dépasse le simple échange d’information.

Pour répondre à la crise de confiance envers les médias et passer à un modèle économique moins dépendant de la publicité et plus axé sur l’abonnement, renforcer les liens entre journaux et lecteurs ne peut être que bénéfique.

Crédit photo de Une : Le Monde

VR et normes sanitaires: les expériences immersives doivent se réinventer

Par Annick Jakobowicz, Responsable Recherches narratives, France Télévisions.

Même s’il n’y a jamais eu autant d’utilisateurs VR sur Steam (environ 2 millions selon le site Upload VR), « Les gens ont encore du mal aujourd’hui à investir dans un masque VR chez eux, il faut d’abord qu’ils puissent tester, comprendre et apprécier ce nouveau medium » constate Camille Lopato, co-fondatrice, avec son frère Marc, de Diversion cinéma spécialisé dans l’organisation de cinéma VR.

Avec pour objectif de proposer des expériences à un public plus large, ils ont conçu et fabriqué la station de réalité virtuelle duo, Viktor Romeo, déployable dans n’importe quel lieu. Elle contient deux masques de réalité virtuelle et une tablette offrant la possibilité de naviguer et sélectionner des films 360° dans un catalogue.

Innover pour rebondir face à la crise du Covid-19

Le constat du fort engouement du public se confirme à chaque fois qu’on lui propose de tester des expériences VR sur des lieux d’exposition, lors d’événements ou de festivals (Arles VR, le Muséum d’Histoire Naturelle, le Forum des Images ou encore Venice VR, Sundance, Tribeca).

Cette tendance a été stoppée par la crise sanitaire liée à la Covid-19, contraignant tous les lieux d’exposition et de rencontres avec le public à la fermeture. Comment rebondir suite à cette crise ? Secteur en perpétuelle réinvention, le monde de la VR prouve une fois de plus sa capacité à innover.

Le Centre Phi de Montréal met à disposition un « kit VR to go »

« Puisque la situation actuelle éloigne pour un temps le public des lieux de culture, c’est à la culture d’aller vers le public » C’est par ces mots que l’équipe du Centre Phi de Montréal présente une proposition disponible depuis début mai, PHI VR TO GO. Le principe ? Mettre à la disposition de tous une sélection de films et documentaires en réalité virtuelle en fournissant un casque Oculus Go, facile d’utilisation, loué pendant 48h. 75 casques permettent à un large public de découvrir une dizaine d’œuvres sélectionnées par les équipes du Centre. Ceux-ci sont livrés à domicile en vélo ou voiture électrique.

Source : Centre Phi de Montréal

« Et ça marche du feu de dieu ! » raconte Myriam Achard, responsable de la programmation et des relations publiques du Centre, « L’opération a été annoncée un jeudi matin à 9h, une heure plus tard les réservations étaient complètes pour les 10 jours suivant ! Et c’est toujours le cas 3 semaines plus tard ! ».

Le succès est tel, que cette offre se poursuivra lorsque le Centre Phi pourra ré-ouvrir au public. Myriam envisage de développer ce dispositif dans d’autres villes au Canada, voire d’autres pays.

Camille Lopato et les équipes de Diversion réfléchissent aussi à l’après : quand les lieux de présentation d’expériences immersives pourront de nouveau accueillir du public. Est-ce que les utilisateurs accepteront de mettre un casque ayant servi quelques minutes plus tôt ? Comment s’adapter à cette possible inquiétude quant au respect des normes sanitaires ? Même s’ils ont toujours été très soucieux des problématiques d’hygiène et ont toujours fait le nécessaire pour que chaque personne ait accès à un matériel parfaitement propre, dans ce nouveau contexte, il faudra renforcer les dispositifs sanitaires en utilisant la Clean Box qui permet de désinfecter les casques VR en utilisant des UV.

« Nous allons mettre en scène ce dispositif de désinfection pour rassurer le public. Finalement, ce confinement a été propice à la réinvention. On a eu du temps pour réfléchir à des solutions pour pouvoir démocratiser ces expériences » poursuit-elle.

Les musées renforcent leurs dispositifs VR en ligne

C’est aussi le pari de plus en plus de musées qui proposent – en complément des expositions – des expériences interactives et immersives.

C’est le cas du Muséum national Histoire Naturelle, le premier musée à avoir mis en place une salle permanente, le Cabinet de réalité virtuelle de La Grande Galerie de l’Evolution . Cet espace s’appuie sur la réalité virtuelle comme outil pédagogique de connaissance scientifique.

Source : Museum national d’Histoire Naturelle de Paris

Depuis son ouverture, ce nouveau dispositif de médiation – intégrant un dispositif sanitaire exigeant – ne désemplit pas. Stéphanie Targui, responsable du numérique au Muséum, travaille sur plusieurs nouvelles expériences et espère pouvoir accueillir de nouveau le public d’ici la fin de l’année.

Les festivals mettent en place des plateformes virtuelles

Nombre de festivals ont, eux aussi, dû s’adapter aux circonstances actuelles.

Le Festival de Tribeca – qui se tenait à New York au mois d’avril – proposait gratuitement, en partenariat avec Oculus, une plateforme virtuelle donnant accès à une quinzaine de films VR. Le bilan : 50.000 visiteurs sur ce programme, ouvrant le festival à un public bien plus varié.

Source : Tribeca Film Festival à New York

En France, Laval Virtual – rendez-vous printanier du monde XR depuis 20 ans – proposait à ses visiteurs de se créer un avatar pour se retrouver et assister aux conférences programmées via une plateforme virtuelle.

Autre rendez-vous XR du printemps à Paris, le festival New Images initialement prévu mi-juin, a été reporté fin septembre selon un format physique et en ligne.

Pour Michael Swierczynski, directeur du festival et du développement numérique du Forum des images : « Il était naturel pour nous d’imaginer une offre hybride et, par-là, d’interroger d’une autre manière les frontières entre les mondes physique et numérique. Nous sommes persuadés que l’expérience d’événements en ligne, qui est une nécessité durant cette période de confinement, se poursuivra pour créer à moyen et long terme une nouvelle façon de programmer, complémentaire à ce qui existe déjà. »

Et même si :

l’intérêt et l’enthousiasme sont réels dès qu’il y a une offre VR riche et variée.

L’objectif des acteurs de ce secteur est encore et toujours de démocratiser ces nouveaux usages et de les rendre accessibles au plus grand nombre quel que soit le contexteLe secteur est en perpétuelle évolution technologique et en pleine effervescence créative, et bien malin celui qui peut prédire ce que nous réservent les prochaines années dans le domaine des expériences immersives.

Les versions en ligne des festivals et des musées offrent l’opportunité d’ouvrir les expériences XR à un public plus large.

Les plateformes virtuelles – de plus en plus nombreuses (VR Chat, Rec Room) – proposent une nouvelle manière de se rencontrer. Les jeux en ligne multi-joueurs deviennent des plateformes sociales qui permettent d’y organiser de véritables événements (Travis Scott a réuni fin avril plus de 12 millions d’internautes pour un concert sur Fortnite).

Les expériences XR, ludiques et pédagogiques, seront-elles le médium fort du futur grâce à leur puissance évocatrice ?

Une chose est sûre, les professionnels de l’audiovisuel suivent ces évolutions avec attention.

Crédit photo : Stella Jacob, Unsplash

Liens vagabonds : TikTok goes Disney

A RETENIR CETTE SEMAINE :

TikTok / Disney – Le patron du streaming de Disney démissionne et prend la tête de TikTok. Kevin Mayer devient le directeur de l’application vidéo ainsi que le directeur des opérations de ByteDance, avec comme mission d’étendre les activités du groupe chinois à l’international, notamment en matière de musique, avec l’application Resso, et de jeu vidéo pour smartphone. La nomination de ce poids lourd a déjà changé la perception de la plateforme par certains publicitaires.

Pendant ce temps, les créateurs sur TikTok se mobilisent pour le mouvement social “Black Lives Matter”. Dave Jorgenson, la tête des TikTok du Washington Post, devient ambassadeur du programme « MediaWise » pour sensibiliser les jeunes au sujet de la désinformation en ligne. TikTok a aussi agrémenté nos heures de confinement avec ses lip sync parodiques : « Les gens ont encore besoin de rire« .

Pandémie / Rôle du service public – Avec la pandémie, la BBC retrouve son rôle central au Royaume-Uni. BBC Three (la chaine web britannique derrière les récents succès Fleabag et Normal People) pourrait même redevenir une chaine linéaire. Et si l’expérience de la BBC pouvait sauver France 4 ? L’Alliance des Médias Publics partage une compilation des ressources et bonnes pratiques pendant la crise.  

E-commerce – Après Google, Facebook s’attaque à Amazon avec le lancement de Shops, sa plateforme de vente en ligne gratuite pour les marques et les commerçants, dans une période qui a rendu les géants de la tech américains plus puissants que jamais

TraçageLe conseil d’État interdit les drones pour les contrôles des mesures sanitaires à Paris. Apple et Google lancent leur outil de contact tracing dans 22 pays, la France reste isolée, en attendant le vote de l’Assemblée concernant l’appli de contact tracing StopCovid. En même temps, la loi Hadopi est jugée contraire à la Constitution : le gouvernement français a quelques mois pour la réparer.

3 CHIFFRES

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE 

Infographie: La haine s'installe sur les réseaux sociaux | Statista Vous trouverez plus d’infographie sur Statista

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DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION

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ES avec Laure Delmoly, Kati Bremme, Diana Liu et Mathilde Floc’h

 

Quand la vie quotidienne migre sur Animal Crossing, les acteurs économiques s’adaptent

Par Mathilde Floc’h et Laure Delmoly, MediaLab de France Télévisions.

La sortie fin mars 2020 d’ »Animal Crossing : New Horizons » sur la console Switch a suscité un engouement mondial. Le dernier opus du jeu vidéo s’est vendu à 11,77 millions d’unités en onze jours – 7ème jeu le plus vendu sur Switch – dopant les résultats du groupe japonais Nintendo. 

Si ce jeu, sorti au japon en 2001, était déjà un succès sur console portable avant la pandémie – plus de 31 millions d’exemplaires vendus pour la série – son cocktail de créativité et de bonne humeur a répondu au besoin d’évasion des citoyens durant le confinement. Plus qu’un simple univers ludique et réconfortant, Animal Crossing est devenu un véritable réseau social. 

La communauté attire aujourd’hui l’attention d’institutions, de marques, de politiques, tous en quête de nouveaux horizons digitaux pour compenser la baisse ou le remaniement de leurs activités.

A l’heure du déconfinement progressif, quel avenir pour le phénomène Animal Crossing ?

Un jeu minimaliste en temps réel et inclusif 

Le principe du jeu ? Vous emmenagez dans un village peuplé d’animaux anthropomorphes. Vous installez votre chez vous (décoration d’intérieur, jardinage), vaquez à vos occupations (pêche, récolte de fruits et de coquillages) et essayez de rendre les autres habitants du village heureux.

Dans le dernier opus « Animal Crossing : New Horizon », vous vous installez sur une île déserte :

Selon Mélanie Christin, Responsable du studio de jeu vidéo Atelier 801  « Animal Crossing incarne ce que les Anglais appellent le ‘pottering’ c’est-à-dire l’art de s’occuper de manière plaisante en faisant des petites choses à son rythme » .

L’absence de compétition en fait un jeu inclusif qui attire un public constitué autant d’hommes que de femmes, un phénomène plutôt rare dans l’industrie du jeu vidéo. Le succès de ce jeu « mignon et bienveillant » étonne, car il intervient dans une industrie dominée par les jeux de sport comme FIFA 20 et les jeux de guerre comme Call of Duty : Modern Warfare (les deux plus grosses ventes de l’année 2019 en France).

Le confinement a bien sur contribué à la réussite d’Animal Crossing, dans la mesure ou il était possible de s’adonner dans le jeu à des activités proscrites dans la vie réelle (visiter ses voisins, visite de musée, dégustation de thé…). Certains font désormais le pari d’une tendance aux jeux non violents et non compétitifs. Une cinquantaine de jeux vidéo réconfortants ont ainsi été présentés par leurs créateurs durant le Wholesome Direct (une conférence en ligne diffusée sur YouTube le mardi 26 mai). 

La vie quotidienne sur Animal Crossing (réseautage, manif, sorties culturelles)

La plateforme est également une place de village virtuelle sur laquelle les joueurs se rendent, assistent à des concerts et interagissent avec des millions d’autres joueurs. Pendant le confinement, cet aspect “réseau social” a séduit les utilisateurs qui ont transposé leurs préoccupations réelles dans le jeu.

La jeune élue américaine Alexandra Ocasio-Cortez a ainsi rendu visite à ses followers sur le jeu.

En France, des joueurs « gilets jaunes » ont lancé une cyber-manifestation contre la politique d’Emmanuel Macron dès le lendemain de la sortie du jeu.

Les gilets jaunes sur Animal Crossing

A Hong Kong, des manifestants pro-démocratie se sont rassemblé  pour protester en donnant des coups de filet à papillon sur des portraits de Carrie Lam, chef de l’exécutif hongkongais.

Les acteurs du secteur culturel ont également fait leur entrée. Certains musées ont utilisé Animal Crossing pour contourner la fermeture de leurs expositions. Le musée Getty a mis à disposition des oeuvres que les joueurs peuvent télécharger via un QR code, tandis que le Muséum d’Angers propose la visite de ses collections d’os de dinosaures.

Les dinosaures du Museum d’Angers sur Animal Crossing

La stratégie des marques 

Le détournement de l’usage ludique du jeu vidéo Animal Crossing est en réalité un mouvement de reconfiguration de nos activités, perturbées par le confinement. 

Certains se servent d’Animal Crossing pour faire du commerce, en revendant, par un système de QR Code à scanner, des objets qu’ils ont fabriqué dans le jeu.

Côté mode, nombreux sont les joueurs qui  s’amusent à pixeliser leurs vêtements préférés pour habiller leurs avatars.  Certaines marques de l’industrie de la mode l’ont bien compris et investissent directement le jeu.

L’e-shop de luxe Net-a-porter a collaboré avec des créateurs de mode chinois pour la collections printemps-été.

Marc Jacobs et Valentino lancent des vêtements virtuels dans le jeu.

https://www.instagram.com/p/B_pQiXTpBAr/?utm_source=ig_web_copy_link

La marque Gemo (Groupe Eram) et l’agence Rosbeef! ont organisé un défilé de mode en ligne en partenariat avec le site féminin MadmoiZelle.

Les marques doivent-elle investir sur Animal Crossing ? Aujourd’hui, celles-ci n’ont pas encore de budget alloué pour de la visibilité sur ce jeu  – contrairement à d’autres jeux vidéos, comm Fortnite et The Sims.

Animal Crossing est encore relativement déconnecté de l’univers marketing. Comme le souligne Matt Michaluk, Directeur artistique de l’agence de notation de crédit FITCH : En ce moment, les marques ont un rôle important à jouer en terme de notoriété et d’animation de communauté en ligne. Leur générosité sera récompensée après la pandémie, quand les joueurs seront plus à même de dépenser de l’argent”. 

Les professionnels du marketing sont confiants. Ils savent qu’une audience existe sur Animal Crossing. Ils seront sans doute inspirés par les événements prévus au sein du jeu et notamment la saison des mariages cet été.

 

Ces derniers mois, une partie de notre vie quotidienne a migré et s’est organisée sur Animal Crossing. Nul ne sait si l’engouement pour ce jeu tarira avec le déconfinement. Une chose est sûre : le potentiel du jeu vidéo en terme de stratégie marketing s’est encore consolidé durant cette période particulière. Certaines marques recrutent aujourd’hui des joueurs repérés sur la plateforme. 

Nintendo se prépare cependant à une année difficile, du fait de la lente reprise des circuits logistiques en Asie qui risque de ralentir la production des consoles Switch.

Crédit photo Une : Sarah Kurferss – Unsplash

De mister K au mystère K

Par Hervé Brusini (journaliste, ancien rédacteur en chef de France Télévisions, prix Albert Londres) 

Vous arpentez les rues de Prague, cette capitale au charme d’antan mais dont nombre de vitrines sont bien celles de la consommation contemporaine de luxe. Et vous poussez une porte assez discrète. Ne vous fiez pas aux apparences. Là réside celui qui a su mettre en émoi les sphères françaises du gouvernement, de l’industrie, et de la presse. Vous pénétrez chez Daniel Kretinsky, à défaut d’en pénétrer encore le mystère.

Le livre que Jérôme Lefilliâtre consacre à Daniel Kretinsky est une forme d’investissement. C’est bien le moins pour un ouvrage qui se veut le portrait fouillé d’un milliardaire touche à tout. Se le procurer revient à se donner les moyens d’être informé à propos de ce qu’est  – au moins pour une petite partie – le grand capital (ainsi qu’on le disait jadis), ses intrigues, et ses héros avec Kretinsky pour figure de proue. C’est un voyage où l’on accompagne l’enquêteur dans ses rencontres directes avec les personnages de l’histoire. En l’occurrence, il s’agit de découvrir celui qui est d’ores et déjà présent dans le monde des affaires hexagonal, la quotidienneté des Français, de même que dans leur presse.

Et d’ailleurs, voici pêle-mêle ce que nous apprend l’auteur, journaliste médias à Libération, en guise de préliminaire. Faire ses courses chez Casino, Géant, Monoprix, Spar, Naturalia ou Franprix, c’est un peu aller chez Krétinsky. Il possède 5% du groupe. De même pour celles et ceux qui aiment à compulser des hebdos comme Elle, Marianne, Télé 7 jours, Art et Décoration ou encore France Dimanche. Il les a rachetés au groupe Lagardère. Sans parler de l’électricité produite au charbon, qu’il affectionne à Saint Avold et Gardanne, deux centrales qui font partie du giron de ses sociétés, si l’on reste dans le seul cadre national. Car, tout cela serait par trop réducteur pour qui souhaite mieux connaître la force naissante de cet entrepreneur. Il possèderait – c’est une évaluation – 333 sociétés, dans 17 pays, dont la République tchèque, la Slovaquie, l’Allemagne (avec ProSiebenSat.1 un géant de la télé et du commerce) l’Italie, le Royaume-Uni. Plus de 25 000 employés. Fortune estimée à 2,9 milliards de dollars, la 775e dans le classement de Forbes.

Or, Daniel Kretinsky n’a que 44 ans, s’exprime parfaitement bien dans notre langue, (il déclare à l’envie qu’il adore la France), et a dernièrement tenté une fulgurante entrée au capital du quotidien Le Monde. Si avec tout cela on ne s’intéresse pas à lui, c’est à désespérer. Un intérêt bien compris comme on dit dans le monde du business. Car Daniel Kretinsky a tout d’une parabole venue en droite ligne d’une modernité négligée : l’Est européen et son formidable renouvellement. Hors de Vladimir Poutine et de quelques personnalités politiques repoussantes, il n’y aurait rien. Il est vrai que nous aimons follement caricaturer ainsi ce qui demande un effort, un surcroit de curiosité. C’est précisément l’un des mérites de Lefilliâtre, que de ne pas s’être arrêté à l’image toute faite des acteurs venus du froid (par ailleurs, très relatif à Prague).

A propos de Daniel Krétinsky, l’auteur parle « d’un objet de fantasmes presque parfait et à vrai dire fascinant ». D’où l’impérieuse nécessité d’aller plus loin pour mieux saisir les contours de cet homme qui fit fortune avant ses 40 ans.

Un tropisme français

 Kretinsky a fait une – petite –  partie de ses études à Dijon. Au passage, on apprend ainsi à la lecture de Mister K que cette ville a depuis 1920 des rapports universitaires avec des tchécoslovaques devenus pour certains des personnages illustres chez eux. L’Est n’est donc pas si loin. L’étudiant D.K est brillant. Licence de science politique, doctorat en droit. Pas étonnant, sa mère est juriste, spécialiste en histoire du droit romain, et même nommée à l’équivalent de notre conseil constitutionnel. Quant au père, il est docteur en informatique. Mister K vit dans un milieu d’intellectuels, dit l’auteur.

Avec une tête bien faite, « un cerveau computationnel (cf papa), une mémoire impressionnante des chiffres, une calculatrice dans la tête ».

C’est l’un des plus proches conseillers de Kretinsky qui parle ainsi de son employeur. Denis Olivennes est son nom. On serait tenté de dire un Deus ex machina des médias. Soucieux de réflexion, il a récemment écrit « Le délicieux malheur français », un ouvrage sur la France – « association de détestation mutuelle ». Ancien patron de Canal+, de la Fnac, du Nouvel Obs, d’Europe 1 et du pôle information de Lagardère active, sa carte de visite est impressionnante. De plus, on le sait proche d’Emmanuel Macron, ce qui s’appelle avoir de l’entregent. Il a quitté un milliardaire déclinant – Lagardère – pour un oligarque – Kretinsky – en pleine ascension, commente en substance Lefilliâtre. Et pour compléter le portrait de son nouveau patron, Denis Olivennes ajoute : « Il a aussi l’esprit méthodique, méticuleux, précis, cultivé de sa mère. » Bref, à l’en croire, une quasi perfection.

Un autre Français est aux côtés de Mister K, et depuis plus de 10 ans avant l’arrivée de l’ex-dirigeant de Lagardère active. C’est Etienne Bertier. Il est de droite quand son acolyte se veut de gauche. Dissemblables, les deux hommes se présentent comme complémentaires. Etienne Bertier connait également la presse, il fut journaliste à Libération. « C’est lui qui a l’ascendant dans les coulisses », affirme l’auteur. Le voilà devenu homme d’affaires, consultant à son compte, spécialisé dans le lobbying, il vit en Belgique, là où se trouve « l’Europe ».

Désormais vous en savez un peu plus sur la garde rapprochée de Mister K. Sachez aussi que le résident belge est surtout un bon connaisseur du marché de l’énergie en Europe centrale et de l’Est. Un atout essentiel.

Le marché de l’énergie est au cœur de l’activité de Mister K

Tout a commencé avec un pipe-line qui achemine le gaz russe vers l’Europe. Une manne. Puis ce furent les rachats de nombreuses centrales à charbon particulièrement polluantes. Des acquis particulièrement rentables et bien sûr ardemment décriés par les défenseurs du climat, ce qui n’est pas vraiment la caractéristique première de Mister K. Pourtant, il croit aussi dans les vertus de la biomasse. Fabriquer de l’électricité avec des copeaux de bois. « Il incarne les hésitations d’une époque » dit l’auteur. Et ce dernier de raconter l’irrésistible ascension de Kretinsky.

Relations parfois très proches, concurrentes et/ou complices avec les politiques, les très grandes richesses de son pays. Le père de sa compagne Ana, est Petr kellner, le plus gros milliardaire de la république tchèque. Son fonds d’investissement a porté le nom modeste de « Peter the great » Avec D. Kretinsky, c’est un couple de défiance et de rivalité, pointe l’auteur.

A plusieurs reprises les inspecteurs de la Commission européenne se sont intéressés aux activités de Mister K . Soupçons d’entente, d’abus de position dominante. Les services anti-corruption de la police tchèque également en 2012, mais l’enquête a été refermée en 2015. Des soupçons de financements de partis politiques aussi… Des scandales n’ont pas manqué, dont celui dit de « la villa toscane » raconté dans le livre.

L’irrépressible envie d’investir dans la presse

Le titre du chapitre dit tout : « Raid sur la presse française ». Printemps 2017. « Un mail est envoyé à Denis Olivennes alors employé par Lagardère, il est signé Etienne Bertier, déjà lieutenant de Mister K. Un petit déjeuner va suivre à l’hôtel Bristol. « Arnaud Lagardère est-il disposé à céder ses médias ? » interroge Bertier. Kretinsky est là, prêt à étudier un rachat. Olivennes répond par la négative. « Alors y a-t-il des journaux à vendre ? » ré-interrogent les deux hommes, nullement découragés. Et comme cela, le sujet de l’hebdo Marianne vient sur la table, celui de Challenges également, mais son patron éconduira Kretinsky.

Début 2018, Arnaud Lagardère veut cette fois se séparer de plusieurs radios en Europe de l’Est. Olivennes sollicite Bertier, l’affaire est engagée. C’est ainsi, selon Lefilliâtre que commence Le raid sur les journaux français. Le point culminant est bien sûr la tentative d’entrée au capital du Monde. L’ultime chapitre lui est consacré, il est baptisé, « l’Entrée par effraction ». Le récit en est détaillé, documenté. On y croise la plupart des acteurs décideurs du grand quotidien (anciennement dit du soir) jusqu’au président de la République. Sachez, sans spoiler cette histoire passionnante car elle met en jeu l’indépendance d’un fleuron du journalisme, que Mister K sera finalement écarté. Amer, ce dernier jure qu’il reviendra. Possible ou pas, c’est le mystère Kretinsky. Comme dit l’un de ses lieutenants, cité par l’auteur « il veut construire un immense groupe énergie, presse, distribution. »

Réflexion finale de J.Lefilliâtre à propos de la défiance du public vis-à-vis de la presse : « Nous doutons que la restauration de la confiance passe par le soutien financier de puissants hommes d’affaires. Cette voie datée a trop souvent été utilisée ces 20 dernières années pendant lesquelles de nombreux médias d’information sont tombés dans l’escarcelle d’industriels. Notre époque agitée commande d’inventer d’autres solutions »

Crédit photo : éditions du Seuil

Liens vagabonds : télétravail à vie ? Les GAFAs, lanceurs de tendances

A RETENIR CETTE SEMAINE :

Télétravail et GAFAs – Google et Facebook repoussent le retour au bureau à 2021 et Twitter autorise le télétravail à vie pour certains de ses employés. Apple prévoit davantage de retours dans les bureaux que ses concurrents. Le télétravail pourrait changer à jamais la Silicon Valley, avec des employés qui envisagent un exode en raison des loyers élevés. En France, de nombreuses grandes entreprises pourraient changer radicalement leurs méthodes de management avec moins de logique hiérarchique et plus d’autonomie pour les collaborateurs.

Théories de complot et Covid – La vidéo « Plandémic » de la complotiste Judy Mikovits cumule plus de 8 millions de vues sur YouTube, Facebook et Twitter. Des dataviz montrent à quelle vitesse la désinformation médicale s’est répandue sur les réseaux, malgré les efforts de modération. Les journalistes utilisent plusieurs méthodes pour démentir cette vidéo. Comment le Covid-19 est-il devenu une machine à fantasmes conspirationnistes ? Explications dans le documentaire “Infodemic” de Spicee Media.

Facebook achète Giphy et l’intègre à Instagram – Ça c’est fait très vite. Comment Facebook va collecter vos données via Giphy.

La purge continue dans les médias : Des centaines de jobs perdus;  Vice se sépare d’une centaine de personnes; The Economist de 90. Il y aura beaucoup moins de journaux à la fin de l’année.

Cette semaine en France : 

3 CHIFFRES

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE 

Infographie: La haine s'installe sur les réseaux sociaux | Statista Vous trouverez plus d’infographie sur Statista

NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ

DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION

DONNEES, CONFIANCE, LIBERTE DE LA PRESSE, DESINFORMATION

Cyberespionnage

Applis de tracing: 

Infodémie : 

Liberté de la presse : 

LEGISLATION, REGLEMENTATION

JOURNALISME

Crise et transformation du secteur : 

STORYTELLING, FORMATS

ENVIRONNEMENT

USAGES

La télévision en période de confinement – L’audience de la télévision a battu des records durant le confinement. Presque 48 millions de Français l’ont regardé quotidiennement entre mi-mars et le 10 mai. La durée passée devant le téléviseur a bondi de plus d’une heure à 4 h 17, et les jeunes l’ont regardé 40 minutes de plus (1 h 39). Les chaînes d’information, M6 et France 2 sont les grandes gagnantes ; TF1, France 3 et les chaînes jeunesse, les perdantes. Suite à l’annulation de l’édition 2020 du Festival de Cannes, France TV met en ligne gratuitement certains des films sélectionnés.

RÉSEAUX SOCIAUX / MESSAGERIES

wersm.com

STREAMING, OTT, SVOD

AUDIO, PODCAST, BORNES

DATA, AUTOMATISATION, INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, BLOCKCHAIN

PUBLICITE, MONETISATION

IMMERSION, 360, VR, AR

JEUX VIDEO, eSPORT

5G, 8K

TECH, STARTUPS, INNOVATION, TRANSFO NUM

cbinsights.com

 

ES avec Laure Delmoly, Kati Bremme, Diana Liu et Mathilde Floc’h

 

Credit photo : Brooke Cagle – Unsplash

Quand des journalistes bénévoles et solidaires débunkent les fake news

Par Mathilde Floc’h et Laure Delmoly, France Télévisions, MediaLab

Le déferlement de fake news n’est pas nouveau, mais il devient un réel enjeu de santé publique lorsqu’il surgit en pleine crise sanitaire. A ce propos, le documentaire « Plandemic » a déjà été visionné par 8 millions de spectateurs depuis sa sortie la semaine dernière.

Alors que leur secteur des médias est frappé par les conséquences économiques du Covid-19, des journalistes pigistes, regroupés au sein du collectif « Journalistes Solidaires«  décident de se consacrer au décryptage et à la vérification d’informations jugées douteuses. 

Cette rédaction virtuelle et collaborative a vu le jour à l’initiative du journaliste Julien Cazenave début mars 2020. En moins de deux mois, le collectif “JS – Journalistes Solidaires” s’est fait une place dans le monde du fact-checking.

ll cherche désormais à se pérenniser et interroge le rôle de l’IA dans la lutte contre la désinformation. 

Un collectif organisé en Open Newsroom 

Une soixantaine de journalistes, développeurs, traducteurs, correcteurs et motion designers travaillent de façon bénévole pour le collectif JS – Journalistes Solidaires.

Les journalistes se sont d’abord fait connaître via une page Facebook. Ils ont ensuite participé au Hackaton EUvsVirus fin avril 2020. Leur travail est aujourd’hui consultable en français et en anglais

 

Les journalistes, guidés par les algorithmes et l’expertise citoyenne, identifient chaque jour des informations en ligne jugées douteuses. Chaque sujet à traiter est sélectionné en fonction de sa viralité et de la faisabilité de l’enquête. Les membres du collectif travaillent en “task-forces” encadrés par des  “mentors” qui mettent à leur disposition leur réseau professionnel, des outils et des ressources afin de vérifier les informations. 

journalistessolidaires.com

 

Objectif : pérenniser l’initiative

A ce jour, 69 enquêtes ont été menées par le collectif, et 186 sujets ont été vérifiés.

“Tout d’un coup il y a eu une synchronisation de compétences et de bonnes volontés qui a abouti à la création ‘une Newsroom de débunkage de fake news. Elle tourne comme jamais (je n’ai) vu une rédaction tourner. Ce qui s’est produit s’est produit car tout le monde s’est retrouvé non pas oisif mais un peu désoeuvré à la maison” explique Guillaume Kuster.

Journalistes Solidaires s’est ainsi fait une place dans le monde fact-checking. 

“Notre  force  est aussi notre plus grande faiblesse : le bénévolat c’est très bon, mais il est difficile de l’inscrire dans la durée, surtout après la fin des circonstances particulières liées au Covid.”. 

La priorité pour les responsables de Journalistes solidaires est de pérenniser l’initiative et de pouvoir à terme rémunérer ses journalistes. Le collectif a noué un partenariat avec Les Observateurs de France 24. Des négociations avec les écoles de journalisme sont également en cours. 

La piste de l’IA pour plus d’efficacité

Si la vérification humaine est primordiale, la contrainte du temps d’investigation handicape la lutte contre la viralité des fausses informations :  le temps qu’une contre-enquête soit diffusée, la rumeur a déjà été largement partagée. Les Journalistes Solidaires se tournent donc vers l’IA pour débunker les fake news. 

Le modèle étudié est celui d’une IA qui attribuerait un score à chaque information douteuse, selon son risque de viralité. En concentrant leur travail éditorial sur les rumeurs aux scores les plus “élevé”, les journalistes peuvent les démentir avant que celles-ci ne deviennent virales. 

Le MIT créait en octobre 2018 un système de notation des fake news basé sur le machine learning (déterminé notamment par le nombre et le type de publication). 

La start-up française Neutral News fait la distinction entre un article qui relate une information factuelle et une fake news à travers une analyse sémantique (mots, champ lexicaux, tournures de phrases). Pour se faire, elle utilise Decodex : une base de données créée par les journalistes du Monde qui répertorie plus de 5000 articles, tweets, vidéos YouTube et posts Facebook douteux.

Mais l’IA reste pour le moment incapable de faire la différence entre une fausse information relevant d’une erreur, et une désinformation intentionnelle.

Pour Tristan Mendès France, Maître de conférences associé à l’université Paris Diderot et spécialiste des cultures numériques,  « Il  n’y a pas de limite bien définie entre une fake news et un article factuel. Il s’agit plutôt d’un continuum sur lequel il faut placer un curseur« .

Les autres initiatives de fact-checking durant la crise du covid-19

Les organisations de fact-checking et les médias luttent déjà depuis plusieurs années contre la propagation des fake news, s’associant aux géants du numérique pour traquer les fausses informations. Ces initiatives se sont renforcées durant la crise du covid-19.

Facebook rémunère une soixantaine de médias pour l’utilisation de leurs « factchecks » sur sa plateforme et sur Instagram, dans le cadre du programme  « Third party fact-checking » (lancé en décembre 2016). Durant le mois de mars, WhatsApp s’est associé à l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), tandis que 40 millions de publications Facebook ont reçu une “étiquette de mise en garde », poussant les utilisateurs à ne pas consulter ces contenus dans 95% des cas.

La société NewsGuard a quant à elle intensifié sa lutte contre la désinformation et recruté des dizaines de millions d’étudiants pour participer à la vérifications de faits pour les citoyens. En France, le site anti fake-news du gouvernement a fait grincer des dents, dans la mesure où il re-dirigeait les citoyens vers seulement cinq médias jugés fiables.

 

A l’heure du covid-19, les initiatives de factchecking se multiplient. Les journalistes demeurent les mieux placés pour s’emparer du sujet. Journalistes Solidaires est un exemple de journalisme collaboratif dont il sera intéressant de suivre l’évolution durant les prochains mois. L’urgence communicationnelle qu’a suscité la crise de Covid-19 laisse en effet penser que la lutte contre la propagation de fake news constituera l’un des grands combats technologiques de la décennie à venir.

Crédit photo Une : United Nations COVID-19 Response.

Le tigre, la peur et l’info

Par Hervé Brusini (journaliste, ancien rédacteur en chef de France Télévisions, prix Albert Londres) 

Les temps de pandémie sont des temps de peur. Avec le Covid-19, exclusivement traité à longueur d’éditions en France comme dans le reste du monde, l’anxiété du public a vécu un paroxysme. Et l’information d’être plus que jamais confrontée à l’une des critiques les plus souvent formulées à son encontre, le caractère anxiogène des images, des récits. Le tout sur fond de défiance bien connue. Pourtant dans le même temps la demande d’information, n’a jamais été aussi forte.

Par la grâce d’un discours présidentiel, un virus s’est fait tigre. La recommandation, – à la tonalité chinoise -, est de l’enfourcher, pour mieux le maîtriser. Tels furent les mots d’Emmanuel Macron pour révéler son plan d’action Covid-19 face aux acteurs de la culture. Il ajoutait : «… la peur sera là dans la société, elle ne va pas disparaître... »

De fait la bande passante de notre quotidien médiatique n’encourage guère à l’insouciance. Pêle-mêle, morbidité, létalité, saturation, oxygène, repousser les murs, pénurie, retard, pas vu venir, guerre, tests non valides, vagues, flambée, clusters… sont quelques-uns des vocables qui viennent forger nos conversations. Des mots qui pour être justes, n’en fabriquent pas moins, précisément, de la peur.

Le chercheur en psychologie sociale Jocelyn Raude l’affirme à propos d’une étude menée en ce moment même : « Il y a chez nos concitoyens, dit-il, une corrélation entre la durée d’exposition aux médias et les ressentis négatifs comme l’inquiétude, la colère ou l’angoisse. Ce n’est pas une critique, c’est une observation ».

Tout est là. Peut-être pour la première fois dans l’histoire de l’information, le défi lancé au journalisme n’a jamais été aussi considérable. Malgré la peur, dire ce qu’il en est, interroger. Car le sujet du moment possède des propriétés singulières et leur réunion l’est encore plus.

Le Covid19 est de tous les instants, menaçant, exclusif, inconnu. En plus des mensonges ou semi-vérités à propos des masques ou des tests imputables au pouvoir, il fait l’objet de discours sans cesse contradictoires. Une incertitude « maladive » plane. Et comme si tout cela ne suffisait pas, la question, on le sait, se pose en termes de vie et de mort à l’échelle d’un appartement comme à dimension planétaire. Cette extrême instabilité conjuguée au risque vital constitue donc une sorte de paroxysme.

L’anxiogène par excellence

 Sur le plan de l’information, le principe actif de l’événement pandémie n’est pas seulement un virus, mais aussi et surtout la peur. La peur de mourir. Rien de moins. Dès lors, toute image, toute nouvelle produite pour informer, agit aussi sur cette peur. Or, la peur c’est un tout, qui dévaste. De même pour l’info sur le Covid. On chercherait vainement, le plan, la séquence, le cliché qui résume la période. Tout est Covid, tout est susceptible de concourir à provoquer de la peur. Qu’on le veuille ou non.

Ainsi, le reportage. Il fut l’évidente première réponse au défi affronté par le journalisme. Grâce à lui, nous avons pénétré dans l’univers en effervescence de l’hôpital. Sidérés, nous avons découvert les couloirs, poussé les portes des chambres, observé les corps. Notre regard n’était plus celui du spectateur extérieur face à la revendication d’un secteur de la société. Avec tous ces reportages filmés, écrits ou sonores, consacrés aux infirmières, médecins, brancardiers, réanimateurs, nous étions à l’intérieur de ce monde. Âpreté des scènes. Le courage de celles et ceux qui permettaient la vie, fut exalté par des applaudissements à l’heure symbolique des infos, à 20 heures. Pas pour tout le monde. Il y eut la peur du voisin soignant qu’on invite à déguerpir. La peur jusqu’à ne plus pouvoir regarder les écrans.

Certains parmi le public, ont manifesté un mécontentement indigné. L’accusation de voyeurisme brandie comme une défense devant l’insoutenable. La peur de deviner la mort derrière ces scènes. Pourtant l’image précisément possédait un antidote, les voix des soignants qui disaient tout le contraire. Ces blouses, masques et charlottes, s’évertuaient à parler de vie y compris au moment des plus terribles choix. Souvent des femmes. Des sourires, des visages, à côté des paroles, en disaient long. Dans l’ombre de l’anonymat, certains confessaient leur désarroi. Elles, ils, craquaient. Effroyables cadences, trop de morts, manque de moyens. Autant de vérités. Et de peur.

Dans le confinement des confinements, il y eut les EHPAD. Un tragique huis-clos où l’on mourait en nombre fut évoqué… Autant que faire se peut à la télé. Plans des immeubles, interviews à la perche avec micro équipé de plastique protecteur pour la télé (l’une des images emblématiques du journaliste tv en période de pandémie). On aperçut quelques images de cercueils, de fourgons mortuaires, et autres draps blancs pour cacher le sinistre spectacle. C’est que la mort, ne s’approche pas comme ça. Plus discrètes que jamais, sur injonction des autorités, les cérémonies d’adieu, les larmes, étaient absentes … Fondu au noir.

Marie de Hennezel a parlé de ce déni de la mort. La moindre des dignités exigeait aussi cette quasi neutralisation de l’image.

En Italie, les chapelles ardentes dressées dans le nord du pays resteront néanmoins gravées dans les mémoires. Plans fixes de cercueils en nombre. Glaçant. Certes, les circonstances d’une région dépassée par l’afflux de malades ont provoqué cela, et donc ces séquences. Mais la mort massive a été filmée, montrée.

De même à New-York, elle aussi submergée par la pandémie. Là ce sont des camions frigorifiques et des fosses communes qui ont marqué les esprits. Tout particulièrement, les images réalisées par le photographe George Steinmetz et son drone en avril dernier. Le fait d’avoir ainsi pu rendre compte de l’inhumation par des prisonniers, de dizaines de corps non réclamés par les familles sur l’île de Hart Island, lui a valu la saisie de son matériel par les autorités.

La représentation de la mort est devenue un enjeu politique, variable également selon les traditions culturelles des pays concernés. Il en était déjà de même pour le terrorisme. Entre l’Espagne d’Atocha en 2004 et ses victimes errantes en sang, aux morts presqu’invisibles du World Trade en 2001. A l’époque, sur ce point, une polémique mit en cause les médias.

Cette fois encore, sous la plume d’une historienne, le New York Times a interrogé : « Où sont les photos des morts du Covid ? »

Selon Sarah Elizabeth Lewis, on a très peu vu la réalité tragique vécue par les hôpitaux. Certes des reporters ont fait un travail formidable dit-elle, mais elle ajoute en substance, que le Président, les travailleurs de la santé, et les illustrations du désarroi économique ont largement occupé les écrans.

L’image a bel et bien fait l’objet d’un rapport de force

La peur était son enjeu. Pas étonnant au pays d’un Donald Trump niant, fluctuant quant à l’importance de la pandémie.

Le pouvoir, est évidemment indissociable de l’information. Après tout, l’instauration de l’état d’urgence sanitaire, c’est à lui qu’on le doit – quand il le décide. Là encore, la peur était à l’ouvrage. Rassurer, exposer « les mauvaises nouvelles ou les bonnes », menacer, responsabiliser… agir sur l’anxiété, la doser. Bref gouverner par temps de crise. Parler vrai, ou pas, ou peu. Mais parler comme jamais dans les médias avec un maximum d’audience.

Les briefings officiels ont succédé aux conférences de presse ou déclarations. Avec les mots, les encadrés, les courbes, il y eut toute une infographie, une mise en scène du virus. Les chiffres de la contamination, statistiques de la mort. La peur cette fois tenait son instrument comptable.

Ainsi, dessiner les autres couleurs tricolores de la France. On vit la crainte, la colère du citoyen de n’être pas assez vert, ou trop rouge. Les médias jouant leur rôle de témoins plus ou moins critiques. Après le rappel à l’éthique de ce que l’on montre, celle récurrente de « l’indépendance aux ordres » n’allait pas manquer. Car les courbes rappellent celles de la gestion, du chômage, des retraites… Indispensable instrument, leur discours n’inspire pourtant pas la confiance. On y voit la preuve que les médias parlent comme le pouvoir.

L’histoire de l’info télévisée est édifiante

 JT 23 novembre 1956 Monsieur « Lapanique »

Vous connaissez Monsieur Lapanique ? C’était vous et moi en 1956. Juste après le discours en direct, du président du conseil, Guy Mollet, le JT créait un personnage avec chapeau mou et long manteau. Cet adepte du stockage de sucre et d’essence symbolisait le parfait idiot, peureux. En pleine crise de Suez, Guy Mollet l’avait bien dit, ne faites pas ça. Le JT le mit en images. Le geste était archaïque. La question pétrolière fit beaucoup mieux grâce à la narration de crise.

Le recours à la fausse info comme pédagogie de crise

Antenne 2 le faux JT du 10 décembre 1979

En 1979, au deuxième épisode des chocs pétroliers, le JT venait à peine de se terminer qu’un nouveau démarrait sur les chapeaux de roue.

La mine grave, PPDA annonçait : « … un flash en termes de métier nous est arrivé de Ryad cette nuit à 1h55 : l’Arabie saoudite cesse définitivement toute exportation de pétrole… »

Derrière le présentateur apparut la reproduction gros plan d’une fausse dépêche AFP. L’illusion était parfaite. C’est le magazine Question de temps qui avait décidé de mettre à l’antenne, ce journal entièrement fictif et particulièrement flippant. Après tout, le premier ministre Raymond Barre avait bien affirmé, un mois auparavant, en novembre 1979, que « le monde pouvait s’acheminer vers un désastre ». Le standard fut bloqué. Le public n’avait pas bien vu la mention « fiction » en haut à gauche de l’écran. De l’art de produire de la peur pour cause de pédagogie de  crise.

« Vive la Crise » Antenne 2 le 22 février 1984

5 ans plus tard, Christine Ockrent réapparaissait elle aussi après la clôture du 20 heures. Gros effet de surprise.

La présentatrice annonçait : « Conseil des ministres exceptionnel aujourd’hui à l’Élysée. Le porte-parole du gouvernement vient à l’instant d’en révéler la teneur… » Et d’énumérer pêle-mêle toute une série d’augmentations en tous genres, restrictions drastiques des aides, un effrayant coup sur la tête des téléspectateurs. Puis, apparaissait l’acteur Yves Montand. « Rassurez-vous, disait-il, cela n’est pas vrai. Ce flash est un faux et ces nouvelles sont imaginaires. Mais avouez que vous avez eu peur. Parce que dans le fond, ces mesures, elles sonnent vrai… »

L’émission « Vive la Crise » imaginée par Pascale Breugnot le 22 février 1984 fut un énorme succès. Là encore, il s’agissait d’un angoissant starter conçu pour la pédagogie, non plus d’une crise énergétique, mais de LA crise. Le pouvoir socialiste de François Mitterrand prenait un notable virage économique. Dans l’émission, experts et spécialistes répondaient aux questions du candide comédien.

Face caméra ce dernier eut le commentaire suivant :« L’endettement permanent, c’est fini, il va falloir payer, la crise, c’est grave ! » (eh oui, déjà)

Depuis, LA crise ne s’est jamais vraiment arrêtée. Et avec elle, la tension médiatique qui l’accompagne. Le qualificatif d’anxiogène apparu en médecine à la fin des années 60, s’est banalisé pour pointer les journalistes. La défiance allant de pair. D’actions terroristes, en Krachs financiers, de guerres en manifestations massives, et donc de discours officiels en éditions spéciales, la crise est omniprésente. A chaque fois, elle a éprouvé une narration changeante dans les formes, stupéfiante dans certains cas, au risque de la crédibilité.

Le Covid-19, lui, ne connaît pas la fiction, rien que du vrai, tous azimuts. Edgar Morin appelle cela « une polycrise ou mégacrise ». Avec le climat en point de mire.

Comment imaginer alors, que l’information puisse être épargnée ?

Depuis plus de trente ans la question de la perte de confiance s’aggrave. Mais, la pandémie a provoqué un énorme choc, une attente d’infos sans précédent. Une exigence aussi, à la même hauteur, d’un questionnement critique, d’un dialogue, d’une prise en compte du monde numérique. La peur en déferlante pourrait compromettre ces retrouvailles. Et ne laisser place qu’à la haine capable de tuer toute tentative d’intelligence des choses.

Déjà, les médiateurs de nombreuses publications dont celui de France Télévision, perçoivent « un durcissement qui tourne parfois aux soupçons, à l’expression d’une certaine colère, au complotisme. »

Et cela, malgré tous les efforts du service public. On pourrait imaginer, en guise de paraphrase du message bien connu, celui-ci venu cette fois du journalisme : « Alerte covid 19. Parmi les gestes barrières, il existe aussi tout ce qui concourt à mettre la peur à bonne distance, à savoir… »

Aux acteurs de l’info en démocratie d’écrire la suite.

Liens vagabonds : le moment de rendre des comptes pour Amazon ?

A RETENIR CETTE SEMAINE :

Amazon et l’économie de partage en difficulté : Le Congrès américain demande à Jeff Bezos de témoigner dans le cadre d’une enquête antitrustLe vice-président d’Amazon, Tim Bray, démissionne en raison du licenciement d’employés aynant réclamé des conditions de travail plus sécurisées. Amazon annonce une croissance des ventes mais met en garde contre une hausse des coûts à venir. Airbnb licencie un quart de ses effectifs, Uber 14 % de ses effectifs. Le PDG d’Uber renonce à son salaire pour le reste de l’année.

Facebook & modération des contenus : Facebook dévoile les noms des vingt premiers membres de son « Conseil de supervision », dont Helle Thorning-Schmidt, ancien PM du Danemark, la lauréate du prix Nobel de la paix Tawakkol Karman et Alan Rusbridger, ancien rédacteur en chef du Guardian. Cette instance de surveillance, qui sera opérationnelle cette année, travaillera en premier lieu sur les questions de modération relatives aux discours d’incitation à la haine et au harcèlement en ligne.

Fake news & gouvernement français : Le gouvernement avait lancé une rubrique intitulée « Désinfox Coronavirus » alimentée par des articles de presse sans en informer les rédactions concernées. Les sociétés de journalistes ont dénoncé un mélange des genres en rappelant que “l’État n’est pas l’arbitre de l’information”. Le gouvernement a supprimé la rubrique.

Cette semaine en France : 

3 CHIFFRES

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE 

Infographie: Disney+ réalise un départ canon | Statista

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DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION

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Cyberespionnage

Applis de tracing: 

Infodémie : 

Applis de vidéoconférence  : 

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Crise et transformation du secteur : 

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Initiatives de soutien au journalisme : 

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ES avec Laure Delmoly, Kati Bremme, Diana Liu et Mathilde Floc’h

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