[Etude] Après la polarisation des idées, celle de la réalité

Par Diana Liu, France Télévisions, MediaLab

On savait la société américaine de plus en plus polarisée. Mais la situation est encore plus grave, nous dit cette semaine une étude d’Harvard : les simples faits d’actualité sont vus désormais de manière différente. Les Américains ne partagent donc plus une même réalité !  

The polarization of reality explore les différents mécanismes à l’oeuvre entre la sélection d’une information, la perception des faits et la formation d’une opinion politique. D’après cette étude scientifique, la polarisation des Américains s’observe non seulement dans leurs opinions politiques, mais également dans leur conception de la société et de l’efficacité du gouvernement. 

Dangereux. 

De l’information à la formation de l’opinion politique : schéma conceptuel


Source : “the polarization of Reality”, Harvard University, janv 2020

Les chercheurs d’Harvard schématisent la formation des opinions politiques ainsi :

Les perceptions sont déterminées par les signaux (l’information), qui sont intégrés différemment en fonction de l’importance ou du degré de fiabilité accordé à l’information. Cette pondération de l’importance de l’information est déterminée par d’autres perceptions pré-existantes.  L’apprentissage se fait donc de manière sélective.

A noter : un même signal peut modifier différentes perceptions pré-existantes et avoir des conséquences différentes sur celles-ci. Les perceptions s’influencent et interagissent entre elles. C’est à partir de ces perceptions très hétérogènes que se forment les opinions politiques.

Fait saillant : si l’accès à l’information est gratuit, une évolution de la perception dépendra de l’importance accordée à l’information. Si l’accès à l’information est payant, l’évolution dépendra des perceptions pré-existantes (puisque celles-ci déterminent le choix ou non de payer pour avoir accès à l’information en question).

« 3 thèmes partisans » pour évaluer cette polarisation

Républicains et Démocrates voient la même réalité avec des lunettes différentes. Cette polarisation est mise en exergue dans l’étude à travers 3 thèmes : la mobilité sociale, les inégalités et l’immigration.

1La mobilité sociale et le « rêve américain »

72 % des répondants conservateurs versus 38,6 % des libéraux sont d’accord sur le fait que le rêve américain est accessible à tous. Pourtant, la perception de la mobilité sociale est particulièrement optimiste dans le Sud et le Sud-Est des États-Unis — des régions où la mobilité sociale est la plus faible et où le vote Républicain est particulièrement important.

Deuxième constat :  si l’interrogé est Démocrate, le pessimisme à l’égard de la mobilité sociale est associé à une opinion plus favorable aux politiques de redistribution

Confrontés à des informations pessimistes sur les possibilités de mobilité sociale, les opinions politiques des répondants n’évoluent pas. Bien que tous les répondants soient convaincus par les faits exposés, seuls les Libéraux renforcent leur position en faveur d’une politique de redistribution de l’Etat. Les Conservateurs, eux, continuent à être en défaveur de ce qu’ils perçoivent comme de l’ingérence gouvernementale. Confrontés à la même information, les interrogés ne tirent pas les mêmes conclusions politiques puisque celle-ci est interprétée en fonction de leurs perceptions pré-existantes.

2Les inégalités et la politique fiscale

Les perceptions divergentes sur l’inégalité des revenus et le taux d’imposition révèlent également un clivage selon les affinités politiques. 78 % des Libéraux croient (à juste titre) que l’inégalité des revenus aux États-Unis a augmenté au cours des dernières décennies, comparés à 61 % des Conservateurs. Confrontés à l’information, les répondants sont influencés dans leur perception de la compétence du gouvernement, qui selon-eux pourrait être responsable ou inefficace. Les perceptions se nourrissent mutuellement et les signaux censés influencer une seule perception peuvent en modifier d’autres.

Concernant le système fiscal américain, les chercheurs ont mis en évidence une polarisation selon les idéologies de parti. Les Démocrates estiment que 23 % des ménages ne paient pas d’impôt sur le revenu ; les Républicains évaluent ce chiffre à 28 %. 47 % des Conservateurs et 60 % des Libéraux comprennent que le taux d’imposition des plus riches était plus élevé dans les années 60 qu’aujourd’hui.

3L’immigration


Bien que les Démocrates et les Républicains surestiment le pourcentage d’immigrants aux États-Unis (une moyenne de 36 % versus la réalité de 13,5 %), les chercheurs ont remarqué une forte polarisation dans la manière dont les groupes perçoivent le statut socio-économique et les origines de ces immigrants.

Les Républicains surestiment le pourcentage d’immigrants musulmans de 5 points par rapport aux Démocrates. Les Républicains pensent également que les immigrants sont moins diplômés qu’ils ne le sont en réalité et surévaluent le nombre d’immigrés au chômage dans leur pays.

L’écart est encore plus important dans la perception du niveau de dépendance des immigrants envers l’Etat. Les Républicains sont presque deux fois plus susceptibles que les Démocrates de penser qu’un immigrant reçoit en moyenne plus d’aide financière qu’un résident natif. 

Fait important : les chercheurs ont observé que la volonté des répondants d’obtenir des informations est systématiquement corrélée à des opinions politiques pré-existantes. Les répondants sont plus à même de sélectionner des informations qui viennent confirmer leur opinion politique. Lorsque les répondants se sont vu proposer la possibilité de payer le montant de leur choix pour obtenir la bonne information, ceux qui avaient les opinions les plus inexactes et les plus négatives sur les immigrants (les Républicains) étaient les moins enclins à vouloir payer.

Vers une dépolarisation possible ? 

Si la réalité a toujours été interprétée de manière différente, la polarisation actuelle de la réalité entraîne un refus catégorique de légitimer la perception de l’autre. Démocrates et Républicains co-existent actuellement dans une incompréhension totale et s’interrogent systématiquement sur le refus de l’autre de « voir les faits tels qu’ils sont ». 

Selon le chroniqueur du New York Times, David Brooks, la sociologie des faits devient plus importante que les faits eux-mêmes.

« Lorsque les gens donnent du sens [aux événements] de manière radicalement différente, ce processus devient plus important que l’événement lui-même. » 

Le chercheur Jonathan Rauch souligne, quant à lui,  l’importance de la composante affective dans cette polarisation de la société.

Comment amorcer une dépolarisation pour retrouver un espace civique plus ouvert au dialogue et au compromis ?  Certains médias et plateformes ont pris des initiatives à l’approche des élections taïwanaises et américaines. Mais les chercheurs (et cette étude en témoigne) peinent encore à déterminer le processus par lequel les gens peuvent être amenés à changer d’opinion politique.

Crédit photo : Unsplash

Liens vagabonds : la gouvernance de Facebook est-elle cassée ?

À retenir cette semaine 

Facebook & élections US Alors que le Cambridge Analytica leak a révélé de nouveaux détails sur la manipulation des élections de 2016, Facebook ne modifiera pas sa règlementation sur les publicités politiques, — sauf en cas de deepfakes. Dans un mémo, un cadre dirigeant alerte contre le danger d’utiliser les outils de Facebook pour changer le cours des élections 2020. Mark Zuckerberg, conscient de “la responsabilité sociale” de la plateforme, souhaite mettre en place une meilleure gouvernance, notamment via la constitution d’un conseil de surveillance indépendant. Mais il semble bien que les RP de Facebook soient cassées et que nous devions nous préparer à une « nouvelle élection Facebook« . 

CES 2020 – Les grandes tendances du CES 2020 ? La déception autour des “humains artificiels” de Neon , la “TV verticale” de Samsung, un nouveau service de streaming video sur smartphone : Quibi, la commande vocale “Hey Google, that wasnt’t for you et la possibilité de limiter les réponses directes sur Twitter. Et un aperçu en photos de notre avenir ! 

Élections taïwanaises – Taiwan en alerte contre la désinformation. Facebook met en place une « war room ». Google et Line rejoignent la bataille. Un exemple de lutte contre les Fake News à suivre avec attention pour les autres pays.

3 CHIFFRES

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE 

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CES 2020, des objets intelligents pour une vie mobile meilleure

Par Kati Bremme et Vincent Nalpas, Direction de l’Innovation et de la Prospective

Notre avenir, selon le CES 2020, sera “smart”, “seamless” et “sustainable. Avec des robots qui nous poussent gentiment à ne pas oublier la prochaine séance de fitness dispensée par un coach virtuel en AR, des voitures connectées qui se transforment en assistant personnel, ou encore des smart devices qui mesurent notre tension et alertent le médecin en cas d’anomalie.

L’IA est donc bien partout, plus ou moins intelligente, parfois sur-vendue. L’IoT (Intelligence of Things) propose une expérience qui efface les frontières entre les mondes physique, numérique et biologique, à tel point que l’on parle désormais de « AIX »(AI+UX), au service d’une vie plus responsable, plus saine et plus créative.

Pour cette vie meilleure, nous acceptons volontiers de partager nos données personnelles, à condition que les constructeurs des objets connectés intelligents garantissent la protection parfaite de nos données. “Purpose” est aussi une tendance qui dominera ces Années Vingt tech, et ce à la demande des consommateurs (63% d’entre eux préfèrent acheter des produits d’une entreprise qui représente des valeurs). L’écoresponsabilité n’est plus un luxe mais une normalité, notamment dans les villes connectées remplies d’engins électriques. 


Kenichiro Yoshida, le PDG de Sony

Si la dernière décennie a été mobile, les prochaines années seront axées sur la mobilité, constate Kenichiro Yoshida, le PDG de Sony, qui a bien compris l’enjeu en surprenant tout le monde avec la présentation d’une voiture au lieu de la Playstation 5. Les écrans dans les automobiles sont de plus en plus grands, et pour les remplir, la guerre du streaming continue désormais en voiture. Quand l’année dernière, la 5G était encore réduite aux smartphones, elle est cette année au service de la connectivité des nouvelles infrastructures de la ville du futur. 

2020 a rassemblé un peu moins d’exposants à Las Vegas, devant le contexte de la guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine (1.000 entreprises chinoises au lieu de 4.500 l’année dernière). Baidu, Lenovo, Haier, Hisense et d’autres entreprises chinoises étaient présentes, mais se réservent les premières mondiales pour la Chine. La France a également réduit sa voilure par rapport à 2019. Les quelques 300 entreprises présentes s’affichent cette année unies et renforcées sous le logo du coq rouge de la French Tech.  

Entre présentations glamour à la sauce Hollywood de la keynote Daimler avec James Cameron et jeunes pousses de l’Eureka Parc, 5 tendances à retenir en 2020 :

Les fabricants d’écran se mettent à la voiture

Pour contrer la tendance “Goodbye screens”, les producteurs d’écrans tentent de leur donner un sens et se positionnent cette année clairement sur la mobilité. Dans sa keynote, Panasonic ne consacre que quelques secondes à sa TV, mais montre longuement son dispositif dédié aux voitures connectées. Sony, fortement attendu sur une annonce de la PS5 invite à la place une concept car sur scène pour présenter sa Sony Vision-S, une solution de mobilité augmentée par un système audio 360°. Samsung a annoncé qu’il testait déjà la 5G dans des voitures autonomes et investissait dans les services de mobilité.


Présentation de la Sony Vision-S

Le constructeur de voitures chinois Byton, de son côté, avait déjà ouvert le bal avec sa voiture qui intègre le plus grand écran du monde, le « Byton Stage« , et qui sera commercialisé cet été en Chine. L’écran tactile et accessible par la voix du M-Byte mesure 48 pouces et viendra s’installer sur quasiment toute la largeur du tableau de bord. Pour remplir leurs écrans, les constructeurs nouent des partenariats avec les services de streaming (comme Viacom CBS pour Byton), la guerre de streaming continue donc désormais dans la voiture. LG met en avant son service de recommandation de vidéos pour la voiture quand Byton est présentée comme “le premier smart device du monde sur 4 roues”. Connectés grâce à la 5G à des plateformes de mise à jour, les frontières entre robots, drones et véhicules sont définitivement en train de s’estomper.

L’industrie est prête pour la voiture autonome … et volante

Les voitures présentées au CES cette année sont prêtes pour l’autonomie, même si les humains ne le sont pas encore (32% des Américains sont prêts à utiliser une voiture autonome, 60% des millenials selon une étude GfK). La secrétaire d’Etat Elaine Chao a d’ailleurs profité du CES pour présenter le programme “V 4.0 – Ensuring American Leadership in Automated Vehicle Technologies”.

Les caméras, radars et capteurs LiDAR intégrés aux voitures rendent les voitures de plus en plus conscientes de leur environnement, et donc capables de réagir. L’IA étant au coeur de la voiture autonome, Faurecia et Horizon Robotics s’associent pour proposer une solution de cockpit basée sur l’IA. Qualcomm, partenaire de General Motors, qui fournit déjà les puces de modem cellulaire qui permettent aux véhicules de se connecter à Internet, a introduit la Snapdragon Ride Platform, un système informatique plus complet de “car to cloud” qui peut gérer le divertissement à bord du véhicule et améliorer les fonctionnalités de conduite autonome grâce à la 5G. La voiture est prête à devenir le prolongement des smartphones. Amazon a dévoilé une série de nouveautés dédiées à la voiture connectée, comme le fait de commander par la voix son carburant. L’expérience fluide pour l’utilisateur est au centre des services proposés. Mercedes va plus loin encore avec sa nouvelle concept car, conçue par le réalisateur d’Avatar, la Vision AVTR.


La concept car Mercedes AVTR présentée au CES

Ola Källenius, PDG de Daimler la présente comme un “organisme vivant”, un cocon protégé connecté à l’extérieur. Une voiture qui sent le pouls et lit les pensées, intuitive et naturelle, avec des interfaces organiques qui reproduisent le battement du coeur. Même si elle n’est pas prête de voir le jour, elle illustre parfaitement la volonté des constructeurs de créer une connexion transparente entre le monde intérieur et l’extérieur de la voiture.

Les engins volants eVOTL ne sont pas nouveaux au CES, mais ils deviennent de plus en plus une réalité. Garantir des voyages aérien courtes distances en sécurité est un des enjeux des nouvelles infrastructures à mettre en place dans la ville du futur. Cette année, Bell et Hyundai (Urban Air Mobility) avec Uber présentent deux exemplaires de taxis volants. Hyundai est le premier partenaire d’Uber Elevate avec des capacités de fabrication pour produire en masse des taxis aériens Uber. Le premier prototype sera prêt en 2023, selon un porte-parole de Hyundai.

 
Uber s’associe à Hyundai pour des taxis aériens

La CTA travaille sur des standards en termes de régulation, assurance, sécurité et responsabilité, et l’adaptation des codes de la route à ces nouveaux véhicules. Une partie des conférences était justement consacrée à l’administration de ces nouveaux moyens de transport. 

Mobilité et “smart cities” 

D’ici 2025, le monde comptera 43 mégacités. Le marché des “smart cities” est en forte croissance pour atteindre plus de $158 milliards de dollars en 2022. Les nouvelles technologies devront rendre la vie dans les grandes villes plus efficace, du filtrage de l’eau à la régulation du trafic. Dans un monde où les engins de transport connectés, électriques, autonomes et partagés deviendront la norme, des questions restent en suspens : qui en sera le gestionnaire? Le constructeur ? Les villes ? L’Etat ?


S-Pod, le nouveau siège roulant de Segway 

Le maire de Seoul, Park Won-soon, explique le fonctionnement de sa “smart city” qui s’appuie notamment sur la blockchain. Pour Carlo Ratti du MIT Senseable City Lab, chaque citoyen devrait faire face à une (nouvelle) responsabilité dans la ville dont il “utilise”, voire gaspille, les ressources.


Modèle de smart city au CES

Autre condition pour une ville « smart » : partager les données, et créer des services (API) pour les agréger. Il faudra aussi adapter son comportement et choisir entre vitesse attendue aujourd’hui (livraison en 1 jour Amazon) et éco-responsabilité, (regroupement de plusieurs livraisons). Dans la smart city de demain, “conduire une voiture privée sera comme allumer une cigarette”. Une raison de plus pour les constructeurs de voitures d’investir dans l’éco-responsabilité. Toyota a annoncé au CES 2020 la construction d’une ville intelligente au pied du mont Fuji.

IoT (Internet of Things) devient IoT (Intelligence of Things), des objets connectés qui se veulent de plus en plus intelligents

Smart glasses, smart travel, smart retail, smart cars, smart robots, le maître-mot du CES est l’intelligence des objets. Cette année, au-delà du simple compagnon, les robots deviennent nos conseillers “activement utiles”. 61% des Américains possèdent un smart device (en dehors des smartphones), mais une barrière pour l’adoption de ces objets reste qu’ils “ne résolvent pas un problème”, en clair qu’ils ne répondent pas à un besoin.

 

Les lunettes de réalité augmentée Nreal

La nouvelle génération des objets connectés présentée cette année au CES se veut plus personnalisée, prévisionnelle et explicative, à l’instar de Ballie de Samsung, une petite boule jaune complètement à contrecourant des compagnons robots anthropomorphes. Présenté là aussi comme un “organisme vivant”, ce majordome parfait ne parle pas, mais émet des sons très sympathiques et n’aurait même pas besoin de nous consulter pour prendre une décision adaptée à la situation et à l’environnement.

Ballie, le nouveau compagnon « intelligent » (et un peu inquiétant) présenté par Samsung

Des robots partout, du compagnon sympathique au scénario Blackmirror

Dans les allées d’exposition, on croise désormais des robots partout. Très intégrés au marché asiatique, ils le sont encore beaucoup moins en Europe ou aux U.S., une occasion d’élargir l’adoption de ces compagnons qui rempliront peut être bientôt notre “smart home”. Pour le CES à Las Vegas, dans certains hôtels, des robots livrent même le dentifrice à la chambre. Robots destinés à une seule tâche ou encore robots sociaux (mais toujours avec une interactivité assez limitée), ils s’intègrent parfaitement dans le quotidien de la maison connectée.

Les Américains aiment bien les robots utiles dans la maison. Selon le U.S. Consumer Technology Sales and Forecasts 2015-2020, 3,6 millions de robots ont été vendus l’année dernière, et la tendance est prévue à +16% cette année. Avec Nvidia, les robots ont même maintenant leur plateforme d’entraînement. 

Non seulement les objets connectent nos données, mais ils nous aident à mener une vie meilleurs, plus verte, plus saine et plus responsable. Pour garantir une expérience fluide entre tous ces différents engins connectés, Apple, Amazon, Google et l’alliance Zigbee, qui représente des entreprises telles que IKEA, Philips Hue et Samsung SmartThings, ont lancé un nouveau protocole pour la domotique en décembre 2019, CHIP (Connected Home over IP). Une nouveauté sur le marché : non seulement cette norme est soutenue par des entreprises qui se concurrencent durement sur le marché de la domotique, mais il sera aussi open source, avec la sécurité comme préoccupation première.

“Internet of Augmented Me”, une Intelligence Artificielle souvent sur-vendue

L’Internet of Things devient Intelligence of Things – les objets présentés se veulent intelligent, dotés désormais d’émotions et capable de personnalisation avancée. C’est en tout cas ce que prétendent les fabricants. Mais la réalité est toute autre, comme le montre l’exemple de Neon qui avait généré beaucoup de buzz en amont du CES.

Samsung avait annoncé Neon comme une nouvelle espèce humaine, “un humain artificiel” plus qu’un assistant virtuel, « un être virtuel créé par calcul qui ressemble et se comporte comme un vrai humain, avec la capacité de montrer des émotions et de l’intelligence”. Il s’agit en effet d’une CGI – Computer Generated Imagery, beaucoup plus sophistiquée que les existantes, mais nullement dotée d’une intelligence avancée et encore moins d’émotions, comme le soulignent les spécialistes de l’IA :

La santé et le bien-être, filon d’or pour la capitalisation des données avec les wearables

Qui dit vie meilleure, dit aussi santé (et fitness). En effet c’est le grand sujet cette année au CES, avec 50 % des Américains qui souffrent d’obésité et des fabricants qui s’intéressent à la population chinoise vieillissante. Le marché de la technologie fitness, de son côté, vaut 32 milliards $. L’IA pour diagnostiquer, surveiller et traiter des maladies est très présente cette année au CES. De HeartWise chez Samsung à la ceinture mesurant le taux de graisse, d’innombrables gadgets du secteur Santé sont présents cette année avec l’implémentation de bluetooth basse énergie, cloud computing et membranes flexibles.

Les trackers d’activité et les montres connectées contribuent à la démocratisation de la santé connectée auprès du grand public. Ces nouveaux objets connectés sont en effet en mesure de détecter des troubles du sommeil et même des anomalies cardiaques. Le Coréen Obelab permet même d’effectuer l’équivalent d’une IRM fonctionnelle du cerveau. Les avancées de interfaces vocales (VUI), de l’IA et l’arrivée de la 5G permettent aussi de mieux connecter patients et médecins, selon Sandhya Pruthi de la clinique Mayo.

Côté Fitness, GEMS de Sony envoie des smart nudges pour ne pas rater la session avec son coach disponible en AR.



Omron
, connu pour son IA qui joue au ping-pong, utilise les différents composants de son IA dans des applications de la vraie vie, notamment aussi pour la Santé i4 Intelligent robotics. Mais là encore, ce qui est vendue comme “intelligence émotionnelle”, est plutôt juste de la reconnaissance faciale des émotions et non pas un robot capable d’une émotion.   

Sécurité et protection des données

Pour répondre aux préoccupations des utilisateurs concernant le stockage, le transfert et l’utilisation des données fabriquées par tous ces objets connectés, tous les constructeurs consacrent cette année un chapitre à la sécurité. Et ce ne sont pas que des buzzwords. La blockchain notamment est présente comme une solution pour proposer une plus grande sécurité. Samsung Pass et Samsung Knox, transforment la maison et son extension la voiture en forteresses qui protègent vos données. Winston, une boîte qui s’installe entre le routeur WiFi et le modem, réduit l’empreinte de données de tous les appareils de la maison, notamment des données sensibles récoltés par les engins connectés pour la Santé. La décentralisation avec le EDGE (AI on chip) est aussi une solution pour favoriser la protection des données qui n’ont alors plus besoin de passer par le cloud. 

 
Erin Egan — VP, public policy and chief privacy officer for policy, Facebook, Jane Horvath — Senior director, global privacy, Apple, Susan Shook — Global privacy officer, The Procter & Gamble Company

L’industrie prend d’autant plus en considération la vie privée et la protection des données depuis l’arrivée de la récente version américaine du RGPD, le California Consumer Privacy Act (CCPA), entré en vigueur le 1er janvier. Une table ronde avec les Chief Privacy Officers de Facebook et Apple (qui revient pour la 1ère fois au CES depuis 1992) et la Federal Trade Commission a vu s’affronter les deux représentants des Gafas sur le principe de “privacy by design”. Apple reste sur sa position d’encryptage (qui le met en conflit avec le FBI). Facebook ne peut échapper à un problème fondamental dans son modèle économique : ses principaux bénéfices proviennent de la publicité qui s’appuie sur les données des utilisateurs tandis que ceux d’Apple viennent de la vente de devices. Google, de son côté, a ajouté deux nouvelles commandes vocales pour permettre aux utilisateurs de mieux contrôler leur confidentialité lorsqu’ils utilisent son assistant vocal. Par exemple, les utilisateurs peuvent dire à Google Assistant d’oublier ce qu’il vient d’entendre s’il a été activé accidentellement en utilisant la nouvelle commande: « Hey Google, ce n’était pas pour toi. » 

5G pour les smartphones, et les ordinateurs  

Côté smartphones, peu d’annonces liés à la 5G, qui sont plutôt réservées au Mobile World Congress du mois prochain à Barcelone. Qualcomm-Lenovo présente le Yoga 5G, auparavant connu sous le nom de Project Limitless, qui est présenté comme le premier PC 5G au monde.

 

Les écrans TV : 8K et IA

Samsung présente son “écran pour la génération mobile”, Sero, et une gamme complète de téléviseurs Micro-Led avec des diagonales de 75, 88, 93 et 110 pouces, avec la version géante de l’écran The Wall de 292 pouces de diagonale sans bord et une épaisseur de seulement 15 millimètres. AV1 est un nouveau format vidéo pour du streaming YouTube en 8K. LG a montré une TV 8K Oled et la TV Nanocell qui intègre Google Assistant & Amazon Alexa, et qui est bien sûr toujours enroulable.

Tendance chez Samsung et LG : la TV tend à s’intégrer tellement bien dans le paysage qu’elle disparaît presque. MicroLED, Mini LED, Direct LED, les fabricants de TV investissement massivement pour développer des alternatives à l’OLED et ses contrastes infinis. Pour contrer l’absence de contenus 8K, Samsung et LG ont amélioré leurs algorithmes de deep learning qui augmentent les films 4K et les émissions de télévision en 8K. Les modèles chez LG, Samsung et Sony intègrent aussi la norme de TV connectée NextGen TV.


Samsung Sero, la TV verticale

Quibi, un nouveau service de streaming pour smartphones

A l’instar de Samsung, qui veut séduire la « génération mobile », Jeffrey Katzenberg et Meg Whitman ont profité du CES 2020 pour lancer officiellement leur plateforme de streaming Quibi destinée aux smartphones. Condensé de « quick bites », Quibi se veut la combinaison idéale de Hollywood et de la Silicon Valley. Le budget aussi est à la hauteur de Hollywood (1 milliard de dollars pour la 1ère année, comparé à Disney+ avec $2.5 milliard). Parmi les partenaires de la plateforme : Google et T-Mobile. Quibi se vante d’une technologie révolutionnaire qui permettra de passer « seamless » de la lecture vidéo en format paysage à la lecture au format portrait.


Lancement de Quibi par Jeffrey Katzenberg

Les vidéos disponibles sont de 6-10 minutes (une durée inspirée de la longueur des chapitres du Da Vinci Code de Dan Brown) pour un abonnement avec publicité de 5 dollars par mois, 8 sans pub. Tous les contenus sont téléchargeables, et les productions vont du format news au talk en passant par des reality shows. Reste à voir si cette plateforme qui permet de basculer son smartphone répond à un réel besoin de la cible.

Tech for good, au-delà du divertissement

Le CES est aussi l’occasion pour les constructeurs de montrer leurs valeurs, et de rendre accessible leurs produits au plus grand nombre. Samsung présente IGNOS Voice et Vision, qui aide les pompiers à voir et entendre dans des situations compliquées et “détourne” son exosquelette fitness GEMS à l’aide aux personnes avec un handicap moteur, ou encore le casque Samsung Gear pour améliorer la vision des malvoyants. Des exosquelettes chez Delta Airlines (avec Sarcos) aident ses employés à augmenter leur force de travail.


L’exosquelette de Delta en partenariat avec Sarcos

La tech aide aussi à améliorer notre empreinte laissée sur la planète. Après le succès de son substitut de hamburger à base de plantes, Impossible Foods présente cette année sa dernière invention de viande de porc (Impossible Pork) créée en laboratoire. Mercedes annonce la neutralité carbone pour 2030, IBM et Daimler s’associent pour améliorer les batteries grâce aux ordinateurs quantiques, et l’AVTR concept car se veut “plugged-in to nature”. La concept car AI:ME d’Audi utilise de vraies plantes dans le toit pour créer la sensation de se promener en nature, et filtrer en même temps l’air. Le Tesla Cybertruck utilise des bouteilles recyclées pour le tapis, et le tableau de bord est fabriqué avec des vêtements recyclés.


La nouvelle édition de « nourriture artificielle » de Impossible Foods

Marc Benioff de Salesforce (propriétaire de Time Magazine qui vient d’élire Greta Thunberg comme “Person of the year”) souligne le rôle éthique de la tech avec “la planète comme partenaire principal”. Avec une préférence des consommateurs pour les entreprises qui affichent des valeurs et une écoresponsabilité au plus haut, il est plus que jamais important d’ancrer les stratégies commerciales dans la transformation de la société et le développement durable.

En résumé, les buzzwords IA, 8K et 5G sont un peu moins présents dans les discours, pour laisser la place à la promotion d’une expérience augmentée au service des utilisateurs, la protection des données et l’innovation pour une vie meilleure. Côté contenu, le CEO de Taboola, Adam Singolda, prévoit que les nouveaux partenaires des médias ne sont plus Google et Facebook, mais désormais les frigos et les voitures connectés. On essaie d’attraper les jeunes consommateurs avec le format vertical (à l’instar de Quibi et la télé de Samsung). Et ce qui est présenté comme Intelligence Artificielle révolutionnaire n’est souvent que simple chatbot. 

Crédit Illustrations : KB et VN

Liens vagabonds : début difficile pour les nouvelles lois californiennes régulant la tech

À retenir des deux dernières semaines

Les nouvelles lois tech californiennes – Deux lois visant à réguler l’industrie tech sont entrées en vigueur en Californie. La loi AB5, qui transforme le statut des travailleurs indépendants (surtout des contractuels pour des plateformes comme Uber) en salariés, et la loi CCPA sur la protection des données personnelles. Mais le démarrage s’avère compliqué : Uber et Postmates intentent un procès pour bloquer la loi AB5, les éditeurs reconstituent leurs équipes et les entreprises ne sont pas d’accord sur l’interprétation de la monétisation des données.

Netflix & production originales – Netflix s’impose avec ses nombreuses productions originales – sur les dix programmes les plus populaires sortis sur la plateforme en 2019, neuf ont été produits par le service de streaming. Sa stratégie : produire du contenu local dans des marchés émergents comme l’Inde. Résultat : Netflix est l’action la plus performante de la décennie, avec un rendement de plus de 4000 %.

Huawei & stratégie commerciale – Malgré une croissance solide Huawei prévoit des difficultés pour 2020. En 2019, les revenus de l’entreprise ont augmenté de 18 % (par rapport à l’année précédente) pour atteindre 121,8 milliards de dollars, mais pour 2020 l’entreprise s’attend à ce que la confrontation avec les États-Unis freine sa croissance. De l’autre côté de l’Atlantique, Huawei tente de séduire l’Europe en revendiquant des “valeurs communes” pour percer dans la 5G.

Tik Tok & confianceTikTok cherche à implanter son siège social hors de Chine pour éviter les accusations de “cybermenace” et se rapprocher de nouveaux marchés. Suite aux problèmes liés aux contenus nocifs et à la censure politique, l’entreprise renforce le pouvoir des équipes locales de modération qui maîtrisent mieux les nuances culturelles que celles de Pékin. TikTok vient également de publier son premier rapport de transparence. À voir si cette nouvelle stratégie permet de diminuer la méfiance vis-à-vis de l’application.

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ES avec l’équipe Méta-Media

Crédit photo : Eduardo Santos – Unsplash

Lectures : nos recommandations pour cet hiver (2/2)

Voici les livres pour préparer cette nouvelle décennie 2020 ! Toute l’équipe de Méta-Media vous souhaite une très belle année ! 

Faire de la transition numérique un accélérateur de la transition écologique, Livre blanc numérique et environnement

Mettre le numérique au service de la transition écologique : voici l’enjeu primordial sur lequel les acteurs publics, les investisseurs, les start-ups, les chercheurs devraient se pencher. Ce livre blanc contient 26 propositions d’actions pour 1) réduire l’empreinte écologique du numérique, 2) utiliser le numérique pour mieux concevoir les politiques écologiques, 3) soutenir l’innovation numérique en faveur de l’écologie et 4) mobiliser le potentiel des données au service de la transition écologique. Son but : lancer et nourrir la réflexion des pouvoirs publics sur les mesures les plus pertinentes à mettre en place. Un nouvel agenda politique s’annonce : créer une boucle de rétroaction positive entre l’innovation numérique et les solutions écologiques.

Lire le livre blanc ici.

L’intelligence artificielle n’existe pas, Luc Julia

Dans son premier livre, Luc Julia, co-créateur de l’assistant vocal d’Apple, démystifie le nuage de fantasmes et d’idées reçues autour de notre vision de l’IA. Nous avons adopté à mauvais escient le terme « intelligence » pour décrire des machines dont les systèmes (ex. le deep learning) n’ont rien à voir avec l’intelligence. Plusieurs conséquences directes : une dramatisation des effets de l’IA sans que nous en comprenions réellement les éventuels bienfaits (notamment en matière de santé ou de sécurité routière). Pour Luc Julia, il est préférable de parler d’intelligence augmentée (de l’humain),et non d’intelligence artificielle (de la machine) — et de comment nous allons choisir de nous en servir.

Mémoires vives, Edward Snowden

Dans son autobiographie, le lanceur d’alerte Edward Snowden raconte l’histoire palpitante derrière ses révélations historiques sur les programmes de surveillance de masse du gouvernement américain en 2013. Il décrit son parcours qui le conduit à intégrer les services de renseignements américains, sa prise de conscience d’une logique espionnage « passant de la surveillance ciblée à la surveillance de populations entières » et ses motivations derrière la divulgation d’informations classées top-secrètes. Il clarifie ainsi sa position : il n’est pas un « traître », mais un « patriote » qui a consacré sa vie au service public.

Social Media and the Public Interest, Media Regulation in the disinformation age, Philip M. Napoli

En assimilant le double rôle de réseaux social et distributeur de contenu, les plateformes comme Facebook, Twitter et Google ont bouleversé la façon dont nous nous informons et dont nous participons au processus politique. Pourtant, ces dernières ont jusqu’ici esquivé les règlements et les codes d’éthique imposés aux médias traditionnels, créant ainsi un « marché algorithmique d’idées » qui nuit à la démocratie. Dans cet ouvrage, Philip M. Napoli, professeur de politique publique à Duke University, appelle à une nouvelle gouvernance des plateformes afin de mettre réellement celles-ci au service de l’intérêt public.

The Game, Alessandro Baricco

Selon Alessandro Baricco, la révolution numérique nous a plongé dans un système de jeu perpétuel. Ce « Game », explique-t-il,  résulte de la mécanique et l’esthétique à l’œuvre dans les nouvelles technologies qui régissent notre rapport à la réalité. Dans son essai, l’écrivain italien analyse les mutations socio-technologiques depuis l’avènement du numérique et élabore une « cartographie de l’insurrection numérique ». Il en résulte l’avènement d’une nouvelle civilisation — mais non  sans d’importants dommages collatéraux. Selon l’auteur, « nous ne sommes pas tous égaux dans le Game ».

Lire notre synthèse du livre ici.

L’utopie déchue, Une contre-histoire d’Internet (XVe – XXIe siècle), Félix Tréguer

La vision utopique du début d’Internet a laissé place à des techniques de contrôle social, pilotées par les gouvernements et les GAFAM. Pour comprendre ce phénomène, Félix Tréguer revient sur le bras de fer entre les États et les technologies de communication avec pour conséquences la censure, la répression et la surveillance. Le chercheur souligne l’importance de développer des pratiques subversives comme la « désescalade technologique » afin de se libérer de l’emprise de l’informatique dans la vie privée et politique.

Guerre du streaming, acte 1 – la nostalgie comme arme de conquête

Par Philippe Jean Poirier, journaliste couvrant l’actualité numérique. Billet invité présenté dans le cadre d’un partenariat éditorial entre la plateforme FMC Veille du Fonds des Médias du Canada (FMC) et Méta-Media. © [2020] Tous droits réservés.

Les plateformes de streaming s’arrachent les séries à succès des années 1990 et 2000 à coup de millions, sinon de milliards de dollars. Ces séries ont certes marqué notre imaginaire, mais il y a tout de même lieu de se demander si la nostalgie, à elle seule, constitue un modèle d’affaires viable. Analyse.

Quand The Wall Street Journal a révélé que la série la plus regardée sur Netflix était The Office, les blagues ont afflué sur le Web :

Sur Twitter, plusieurs avaient déjà souligné l’ironie de voir une plateforme qui investit des milliards de dollars pour créer de nouvelles émissions attirer un auditoire qui préfère le confort de ses vieilles pantoufles en réécoutant des sitcoms à succès.

Le phénomène dépasse Netflix. Ce sont tous les services de télévision par contournement (OTT en anglais) qui, en ce moment, s’arrachent les vieilles séries:

Cette surenchère s’explique par l’entrée en course de nouveaux joueurs sur le marché de l’OTT (et pas les moindres: Disney+, HBO Max, Peacock, Apple TV+, etc.). La stratégie retenue jusqu’à maintenant est de miser sur la nostalgie des vieilles séries pour conquérir cet espace.

«Tous nos choix, particulièrement au début, nous les faisons stratégiquement pour que [les téléspectateurs] se reconnectent à notre héritage», a déclaré au site Deadline Bonnie Hammer, dirigeante du numérique à NBCUniversal.

Que penser de ce choix?

L’attrait du «comfort food»

La stratégie de recourir à du contenu recyclé pour alimenter une plateforme de contenu n’est pas nouvelle.

«La télévision américaine a toujours été un mélange de contenu nouveau et recyclé, rappelle Amanda Lotz, auteure du livre We Now Disrupt This Broadcast: How Cable Transformed Television and the Internet Revolutionized It All. Ce secteur d’activité est depuis ses débuts basé sur les revenus de la revente de licences, encore et encore. Jusqu’à la fin des années 1990, la quasi-totalité des émissions scriptées présentées à l’antenne étaient des rediffusions.»

George Burger, cofondateur de vMedia et observateur des tendances télévisuelles, explique l’utilité d’un tel procédé: «À l’époque, on cherchait à occuper du temps d’antenne en achetant des licences de séries comptant de nombreux épisodes.»

Cette raison ne tient évidemment plus dans un contexte de visionnement en ligne. Pourtant, les séries à succès gardent toute leur pertinence:

«Les plateformes de streaming font face à un problème de turn rate très élevé. Les gens s’abonnent quelques mois, visionnent en rafale leurs séries préférées, puis se désabonnent. Les plateformes cherchent un appât pour convaincre les gens de revenir chaque soir. Ces séries sont donc utilisées pour promouvoir l’engagement. Les sitcoms fonctionnent particulièrement à cet égard. C’est du comfort food pour les auditeurs.»

Cette stratégie semble se confirmer lorsqu’on regarde les données de visionnement de Netflix rapportées par The Wall Street Journal: les sitcoms The Office et Friends cumulent le plus grand nombre d’heures d’écoute, loin devant les séries maison comme Orange is the New Black et Ozark.

La nostalgie, un modèle qui a ses limites

Amanda Lotz émet toutefois un doute sur l’attachement réel que ces séries créent envers la plateforme:

«Je suspecte plusieurs des visionnements de Friends et The Office de se dérouler en arrière-plan, surtout en ce qui concerne les seconds visionnements. Les séries à succès sont conçues pour rejoindre un public large, mais je serais surprise qu’elles occupent une place cruciale dans les pratiques de visionnement actuelles. Je sais que certaines personnes l’affirment sur Twitter, mais je soupçonne qu’il s’agisse de l’exception. Ces mêmes personnes accordent aussi beaucoup de valeur aux séries originales de Netflix et autres, qu’ils écoutent avec beaucoup plus d’attention.»

George Burger souligne pour sa part les limites d’un modèle de diffusion qui reposerait uniquement sur la nostalgie et le contenu recyclé:

«On pense toujours que l’on veut regarder son émission préférée d’il y a 20 ans… Mais, en réalité, on passe très peu de temps à revisionner du vieux contenu. Quand les clubs vidéo sont apparus, je me souviens m’être dit: « Wow, je vais pouvoir faire du rattrapage et voir plein de vieux films ». Mais ce sentiment ne dure pas. Et ça ne constitue pas un modèle d’affaires viable à long terme. Éventuellement, 80% des tablettes des clubs vidéo étaient garnis de films datant de moins d’un mois.»

Pour George Burger, il ne fait aucun doute qu’une plateforme doit produire du contenu original pour se démarquer:

«Tu dois absolument avoir une marque maison qui se distingue, une sorte de locomotive qui attire la clientèle sur ta plateforme. Netflix est devenue populaire grâce à House of Cards et Orange is the New Black. HBO a atteint ses sommets de popularité grâce aux Sopranos. Tu as toujours besoin d’un contenu original fort. C’est ce qui crée le buzz.»

La bataille du contenu «recyclé», premier acte des streaming wars?

Quand Netflix a décidé d’investir massivement dans des productions originales, précisons qu’elle ne cherchait pas tant à créer le «buzz» ou satisfaire à la demande de ses audiences qu’à protéger ses intérêts futurs:

«Le pivot de Netflix d’un modèle de distribution à un modèle de production et distribution s’explique par le fait qu’une fois qu’elle a prouvé qu’il y avait un modèle d’affaires dans le streaming, elle était à la merci des studios pour le contenu, explique Amanda Lotz. Netflix a anticipé le courant actuel où les studios veulent devenir leur propre distributeur

Comme de fait, l’arrivée des nouvelles plateformes d’OTT a passablement dégarni le catalogue de Netflix. Ce qu’il faut comprendre, toutefois, c’est que ces nouveaux joueurs ne s’arrêteront pas en si bon chemin. Peacock, HBO Max et Disney+ investissent elles aussi à grands frais dans du contenu original. (Le meilleur exemple étant la nouvelle série The Mandalorian, se déroulant dans l’univers de Star Wars, produite pour plus de 100 M$.)

La bataille du contenu «recyclé» n’est finalement que le premier acte… d’une guerre au contenu beaucoup plus large, qui ne manquera pas de nous faire rire, rêver et, surtout, voyager à travers des univers de fiction toujours plus foisonnants.

Lectures : nos recommandations pour cet hiver (1/2)

Pour terminer l’année (et la décennie) en réflexion, voici la première partie de nos recommandations de livres. Bonne lecture !

Un pouvoir implacable et doux, La Tech ou l’efficacité pour seule valeur, Philippe Delmas

Philippe Delmas, stratège économique, donne à la Tech un bilan sombre. Au lieu d’augmenter les richesses pour l’ensemble des populations et des pays, l’économie qu’ont créée les nouvelles technologies s’avère radicalement inégalitaire pour les personnes, les entreprises et les États. Cette nouvelle économie finit par mettre à mal les principes sur lesquels nos démocraties reposent en réduisant la gouvernance à une unique valeur : son efficacité technique. La Tech serait-elle le despote doux qui vient nous éloigner de notre démocratie ?

De l’autre côté de la machine, Voyage d’une scientifique au pays des algorithmes, Aurélie Jean

Les algorithmes en sont venus à régir de nombreux aspects de notre vie sans que nous les comprenions vraiment. C’est ce mystère moderne que la numéricienne Aurélie Jean souhaite déchiffrer pour ses lecteurs. Revenant d’abord sur l’histoire et la signification de ce terme, elle montre ensuite en quoi un algorithme agit comme une virtualisation des phénomènes réels et nous donne d’éventuelles pistes de résolution — ou nous induit en erreur par des biais. Pour cette scientifique, comprendre l’algorithme, c’est comprendre comment on réconcilie le monde virtuel avec le monde réel.

Dans la tête de Mark Zuckerberg, Julien Le Bot

Si vous avez déjà réfléchi à ce que vivre dans la tête d’une autre personne donnerait, pas besoin de scénarios sci-fi — il suffit d’aller sur Facebook. Le réseau social, selon Julien Le Bot, c’est Mark Zuckerberg, ou au moins la « traduction codée » de son esprit. Le journaliste essaie de décortiquer l’emprise que détient ce fondateur d’allure robotique sur sa création, d’élucider l’entreprise par l’homme et l’homme par sa création se voulant utopiste et universelle. Un parcours compréhensif de l’enfance de Mark Zuckerberg jusqu’à la question qui tue : le démantèlement de son entreprise devenue « machine à désinformer ».

Les médias, le monde et nous, Anne-Sophie Novel

Il est bien temps de réconcilier les médias au monde désabusé. Or, ce projet de renouvellement impliquera l’engagement des journalistes aussi bien que celui du public. Voici le postulat de la journaliste Anne-Sophie Novel, dont l’ouvrage explore comment les médias doivent se transformer pour confronter une ère de défiance répandue. Défenseuse de la notion que « bien s’informer » devient aussi nécessaire que « bien manger », elle donne des exemples concrets et des pistes de solution par lesquelles tous les acteurs du paysage médiatique (producteurs, consommateurs, plateformes numériques, etc) peuvent œuvrer collectivement pour changer notre rapport à l’information — et au monde.

Automating the News: How Algorithms Are Rewriting the Media, Nicholas Diakopoulos

Entre le robo-journalisme, le journalisme des données ou les chatbots d’actualité, les usages des algorithmes dans le journalisme se multiplient. Dans son livre, l’expert de journalisme informatique Nicholas Diakopoulos explique comment l’automation est en train de transformer la manière dont on découvre, raconte et distribue l’actualité. Les algorithmes n’ont pas vocation à remplacer les journalistes, affirme-t-il, mais plutôt de valoriser leur travail. Une analyse compréhensive et pratique sur l’émergence de ce nouvel hybride journaliste-algorithme qui doit impérativement être animé par ses valeurs éthiques, même si ses méthodes de travail ont évolué.

Journalisme mobile, usages informationnels, stratégies éditoriales et pratiques journalistiques, Nathalie Pignard-Cheynel, Lara Van Dievoet

Selon des données de Statista, le premier point de consommation quotidienne d’actualité pour les 18-34 ans est le smartphone. Depuis quelques années, on voit que le mobile et les réseaux sociaux ont profondément changé la manière dont le journalisme est produit et diffusé. Alors, comment les journalistes en activité, les futurs journalistes et leurs enseignants peuvent-ils comprendre ce paysage en mutation et se saisir de ces outils de diffusion numérique ? Ce livre, rempli d’éclairages de nombreux professionnels et de chercheurs, revient sur cette révolution et donne des pistes aux journalistes pour intégrer au mieux les technologies numériques et faire évoluer leurs stratégies éditoriales dans un contexte « mobile-first ».

Journalisme et métriques : les questions à se poser

Par Sophie Chauvet, doctorante au LERASS (Université de Toulouse Paul Sabatier), dans le cadre du projet JOLT, et basée à Samsa.fr

En quelques décennies, métriques et analytics se sont imposés dans les salles de rédaction. Avec la montée du big data et de l’IA (qui génèrent ces métriques), l’euphorie des data scientists, face à la possibilité de tout quantifier et prédire, déborde sur le journalisme. Pour cette profession confrontée à une crise de confiance et de ressources, les métriques sont-elles une opportunité? Sommes-nous obsédés par ces données ?

Ma première rencontre avec les métriques ne s’est pas bien passée. Je travaillais alors dans une agence de publicité et je regardais ces chiffres à longueur de journée, cherchant celui qui plairait au client, et qui permettrait de mettre une flèche qui monte sur les rapports de performance de nos campagnes.

Engagement, impressions, nombres de vues : après quelques mois, je me rends compte qu’il est impossible de faire d’autres calculs sur ces chiffres, que leurs définitions changent régulièrement, et que personne ne sait comment ils sont calculés. Bref, ces métriques sont du vent.

Je découvre alors un secret de polichinelle : tant que le client est satisfait, cela n’a aucune importance. Si les métriques sont bien pratiques pour obtenir des financements, la tendance n’est pas à les questionner. Pourtant, les métriques sont loin d’être neutres.

Les métriques et le journalisme

Après cette expérience, je décide d’explorer cette anecdote tout en revenant à ma passion, le journalisme, en y consacrant une thèse. Dans le journalisme, le contexte est un peu différent de celui de la publicité : on parle de service public, de rôle clé dans nos démocraties, d’informer au mieux le public. La portée est sociale, citoyenne.

Le journalisme aussi utilise des métriques, et ce avec des outils de plus en plus sophistiqués. Ces derniers seraient vus comme une nécessité face à la crise financière et au rouleau compresseur de la technologie et des plateformes, mais aussi comme un moyen révolutionnaire de mieux connaître son public.

Mais qu’en est-il vraiment ? L’usage des métriques dans le journalisme est-il si différent de ma fâcheuse expérience dans la pub ? D’où viennent les métriques ? Comment se sont-elles imposées ? Qui décide de leurs définitions ? À qui profitent-elles ? Quid du public ainsi mesuré, segmenté, ciblé ? Mon expérience était-elle si anecdotique ?

D’où viennent-elles ? Une brève histoire des métriques

Les métriques (ou mesures d’audience) dans le journalisme ont une longue histoire: depuis la radio dans les années 1940 où on veut connaître le public avec des sondages qualitatifs, au tournant quantitatif des années 1970-80 avec l’arrivée de la publicité et de l’audimat à la télévision. En parallèle, le néolibéralisme, avec ses KPIs et sa culture de la performance, s’impose. Et avec le développement d’Internet, un marché séduisant émerge : celui des mesures d’audience individualisées, et des pubs personnalisées. ché originel selon certains, c’est le début du capitalisme de données (et de surveillance), de l’économie de l’attention, et du règne des plateformes.

Source : Carlos Muza – Unsplash

Le pouvoir des chiffres

Cherchant à mesurer les comportements des utilisateurs, les métriques sont omniprésentes sur Internet. Pourtant, faussé entre autres par une armée de bots, fermes à clics, ou adblocks, on estime que moins de 60% du trafic sur Internet est généré par des humains. On sait aussi, depuis la crise de la bulle Internet, que ces données ont été surévaluées.

Pourquoi est-ce qu’on continue à utiliser ces métriques? D’abord parce que les mesures sont séduisantes : elles permettent d’harmoniser, et de simplifier des phénomènes complexes (même Aristote en parlait). Mais aussi parce qu’elles sont objectivées. Comme les sondages, elles permettent à ceux qui les définissent d’imposer un argument en le rendant neutre. Une métrique est en fait un ensemble de calculs, faits de choix, de biais, venant d’un contexte et de décideurs bien précis.

Bref, les mesures sont un instrument de pouvoir qui invisibilisent des calculs complexes, donnant une certaine vision de la réalité qui ne serait pas questionnable. En deux mots : des boîtes noires.

Qui est derrière ces métriques ?

Attention donc à qui fournit ces chiffres : ils n’ont peut-être pas les intérêts des journalistes en tête. Une dépendance à ces acteurs et à leurs algorithmes versatiles peut être risquée, comme l’a montré le cas du pivot-to-video de Facebook.

En 2015, Facebook déclare favoriser les contenus vidéo sur sa plateforme, puisque les pubs vidéo se vendent plus chers. Certains médias « pivotent » alors leur stratégie vers la vidéo, quitte à se débarrasser de nombreux journalistes texte.

Un an plus tard, Facebook admet avoir gonflé ses métriques jusqu’à 900%, et que 3 secondes suffisent pour compter comme une vue. Trop tard pour les médias ayant changé leur modèle d’affaires d’après ces métriques, comme Mashable, Vox et Vice dont les pertes sont lourdes.

Autre problème : en plus d’être opaques, ces mesures sont incommensurables, c’est-à-dire qu’elles ne peuvent être comparées. Et Facebook est loin d’être le seul sur le marché des analytics, où chaque compagnie est libre d’offrir ses propres mesures.

Les métriques et les journalistes

Journalistes, les métriques vous agacent ? C’est normal et vous n’êtes pas les seuls. Les métriques peuvent être une source d’anxiété pour les journalistes, et chez Newsweek comme dans de nombreuses rédactions, ces mesures ont mené à des rythmes de publications intenables, les mesures servant d’outil de pression managériale. D’autant plus que l’impact réel de certaines mesures comme l’engagement n’est pas toujours prouvé.

Au contraire, les métriques vous rendent heureux, parfois même addict ? C’est normal aussi, et c’est même fait pour. Chartbeat a notamment construit son logiciel de façon à ce que les journalistes aient l’impression que les métriques soient flatteuses, génératrices d’émotion, et addictives. Tout comme les plateformes, les fournisseurs d’analytics se battent, eux aussi, pour votre attention.

Les métriques peuvent aussi être un atout

Mais tout n’est pas noir et certains médias s’en sortent très bien. Le Financial Times développe ses propres métriques, ensuite utilisées par d’autres compagnies d’analytics, et le Guardian aurait réussi à diminuer son contenu de 30% en supprimant les articles lus par moins de 1% de son lectorat. Les métriques peuvent être un véritable accélérateur de performance, si elles sont bien comprises et que la stratégie qui les accompagnent est adaptée à chaque média.

Source : The Guardian via cjr.org

Et le public, dans tout ça?

Qu’on parle d’audience, d’utilisateurs, ou d’abonnés, le public, grand absent du débat sur les métriques, demeure la devise clé qui permet à tout un écosystème d’établir ses modèles d’affaires et ses prédictions. Avec tous ces intermédiaires technologiques, ce travail de la donnée, ces boîtes noires, que reste-t-il du lien entre les journalistes et le public ? Les métriques, aussi sophistiquées soient-elles, permettent-elles vraiment de rétablir la confiance envers les médias ?

Après un an de recherches, voici quelques réponses : peut-on échapper aux métriques ? Probablement pas. Les métriques sont-elles efficaces ? Cela dépend. Doit-on les rendre plus transparentes ? Obligatoirement.

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Crédit photo  de Une : Luke Chesser – Unsplash

Liens vagabonds : le traçage mobile, une pratique inéluctable ?

À retenir cette semaine : 

L’espionnage mobile – Facebook a admis traquer en permanence la localisation de ses utilisateurs même lorsque ces derniers désactivent la géolocalisation. Une enquête du New York Times a révélé les agissements des entreprises du traçage mobile largement non réglementées et peu scrutées, dont un des fichiers de données a enregistré plus de 50 milliards de pings de localisation de plus de 12 millions d’Américains. Même nos conversations peuvent être enregistrées et utilisées à des fins publicitaires. Vous n’avez rien à cacher ? Réfléchissez bien…

Shutdown d’Internet en Inde – Après de vives manifestations contre la réforme de la nationalité, le gouvernement indien a bloqué l’accès à Internet et aux services téléphoniques à New Delhi et dans certains États du nord-est du pays. Cette tactique s’inscrit dans une tendance mondiale croissante : le groupe “Access Now” a enregistré 196 coupures d’Internet l’année dernière, plus du double du chiffre en 2016.

Partenariat exclusif entre Canal+ et Disney+Canal+ sera le seul distributeur français du nouveau service de streaming Disney+, dont le lancement est prévu le 31 mars prochain en France. L’accord exclusif entre les deux entreprises est un des seuls du genre conclus dans le monde jusqu’ici, l’autre étant avec l’opérateur télécom américain Verizon. Dans la bataille du streaming, la clef du succès sont les programmes puissants et localement adaptés — stratégie sur laquelle ce partenariat mise.

3 CHIFFRES

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINEInfographie: L'ascension des GAFAM | Statista

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Les Français ont encore peu utilisé des technologies de reconnaissance faciale. Source : IFOP/Renaissance numérique

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Liens vagabonds : la désinformation, nouvel outil de la classe politique britannique

À retenir cette semaine :

Election UK – Après l’ingérence étrangère, ce sont les partis politiques britanniques et les candidats qui ont pourri la campagne en ligne de l’électioncomptes twitter manipulés, vidéos trafiquées, sites web douteux. Même pas eu besoin des trolls russes !  Comment les éditeurs d’Apple News ont aussi influencé les élections. Et la BBC n’est pas parvenue à rester au dessus de la mêlée. Le chaos règne et les menteurs ont gagné. Seul du journalisme de qualité aidera.

Netflix – Netflix domine aux Golden Globes avec 34 nominations. La plateforme décroche 17 nominations pour les films avec des mentions pour “The Irishman”, “Marriage Story” et “Two Popes”. Et 17 nominations pour la télévision avec des séries comme “The Crown” et “Unbelievable”. Le nombre de nominations pour l’ensemble des services streaming a dépassé celles d’HBO et d’autres chaînes de télévision. En France, la société de production Mediawan indique que 15% de ses revenus viennent déjà de Netflix et Amazon.

GAFA & cryptage La bataille entre les GAFA et pouvoirs publics ne fait que commencer. Dans une lettre adressée aux politiciens américains et australiens, Facebook refuse de fournir aux gouvernements un accès légal aux données chiffrées. La réponse des sénateurs américains : si vous ne vous y conformez pas, nous imposerons notre volonté.

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