Liens vagabonds : Quel avenir pour 8chan, le forum qui a hébergé les manifestes des dernières fusillades aux Etats-Unis ?

À retenir cette semaine :  

Le forum 8chan fermé – La plateforme de discussions gérée par ses utilisateurs, connue pour être un eldorado de la liberté d’expression, est devenue le lieu de rencontre privilégié de personnes racistes et extrémistes. Ces six derniers mois, trois auteurs de fusillades aux Etats-Unis avaient aussi publié leur « manifeste » de revendication sur 8chan. Le créateur de la plateforme, Fredrick Brennan, qui a revendu son site en 2014, a appelé à sa fermeture dimanche dernier. Matthew Prince, le PDG de la société de sécurité informatique Cloudflare, a annoncé sur son blog que le contrat avec 8chan serait résilié dès le lendemain. 8chan a tenté de trouver de nouveaux partenaires mais a raté son retour en ligne. 


Le cas de 8Chan relance les réflexions sur la surveillance du web et de la libre expression en ligne. Pour Barack Obama, qui a réagi sur Twitter, « il faut que les autorités et les plateformes Internet trouvent de meilleures stratégies pour réduire l’influence de ces groupes haineux ». Donald Trump a quant à lui déclaré que « les dangers d’Internet et des médias sociaux ne peuvent être ignorés. Et ils ne seront pas ignorés. ». Des élus américains veulent interroger Jim Watkins, le propriétaire de 8chan qui affirme dans une vidéo coopérer avec les forces de l’ordre mais dénonce aussi la mise hors ligne du site au nom de la liberté d’expression. Fermer 8Chan ne résoudra pas le problème de la haine en ligne, d’autres sites pourraient proliférer dans des recoins encore plus sombres d’internet.

Disney – Des résultats décevants au 3e trimestre, notamment à cause de l’intégration du groupe Fox et malgré le succès planétaire d’Avengers : Endgame, devenu le film le plus rentable de l’histoire. Le groupe a confirmé le lancement en novembre prochain de Disney + , son service de streaming à 6,99 dollars par mois ainsi qu’un abonnement groupé aux trois services du groupe, Disney +, ESPN + et Hulu pour 12,99 dollars par mois

Facebook est soumis à une surveillance accrue des autorités de réglementation américaines, qui s’intéressent notamment à l’achat par la firme de Mark Zuckerberg de près de 90 sociétés au cours des 15 dernières années. Dans le cadre de ces enquêtes, Instagram et WhatsApp devront changer de nom pour afficher leur appartenance à Facebook (quid de Google et YouTube ?). Avec le risque de dégoûter l’audience jeune d’Instagram. Côté contenu, Facebook teste l’accès par abonnement à des contenus vidéo et offre des millions de dollars aux médias qui voudront céder une license de leurs contenus à destination d’un nouvel onglet « news ».

Et aussi cette semaine :

Vivendi cède une partie d’Universal Music au chinois Tencent. Tencent possède déjà 10% de Spotify, ce qui amène le Chinois à une participation équivalente dans le plus gros service de streaming et la plus grande marque de musique de l’Ouest. 

Snapchat souhaite lever 1 milliard de dollars cette année pour acheter d’autres compagnies, produire plus de contenus et investir dans de nouvelles fonctionnalités en réalité augmentée.

3 CHIFFRES

1,1 milliard de dollars – c’est ce que vaut SmartNews, l’agrégateur d’articles de presse japonais concurrent d’Apple News après une levée de fonds de 28 millions de dollars

1 million – c’est le nombre d’abonnés gagnés en seulement 5 jours qu’annonce le streamer Ninja après son passage de Twitch (Amazon) à Mixer (Microsoft)

3,8 millions – c’est le nombre d’abonnés payant pour les contenus en ligne du NYT (sur 4,7 M au total avec le print)

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE 

Infographic: The YouTube Channels with the Most Subscribers | Statista Plus de graphiques sur Statista

NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS

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FAKE NEWS, LIBERTE DE LA PRESSE

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STORYTELLING, NOUVEAUX FORMATS

AUDIO, PODCAST, BORNES

IMMERSION, 360, VR, AR

DATA, AUTOMATISATION, INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, BLOCKCHAIN

5G / MOBILES / TELCOS

CINEMA

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ES avec l’équipe Méta-Media

 

Instagram masque les likes : quel impact pour les utilisateurs, les influenceurs et les médias ?

Par Barbara Chazelle, France Télévisions, Prospective et MediaLab. Entretien avec Mathieu Flaig, Directeur général et consultant en accélération digitale chez SYSK.

En avril dernier, Instagram avait annoncé sa volonté de cacher le nombre de likes sous les publications de ses utilisateurs.

« Nous voulons que vos followers se concentrent sur ce que vous partagez, pas sur le nombre de likes de vos publications » explique alors Instagram.

Après un premier test au Canada, la plateforme a étendu son expérimentation le mois dernier à 6 nouveaux pays : l’Australie, le Brésil, l’Irlande, l’Italie, le Japon et la Nouvelle-Zélande.

Que faut-il comprendre de cette stratégie ? Nous nous sommes entretenus avec Mathieu Flaig, Directeur général et consultant en accélération digitale chez SYSK.

En masquant les likes, Instagram souhaite que sa plateforme soit plus authentique. Mais est-ce que cette mesure va réellement supprimer la pression sociale générée par la publication de contenus ?

Il faut tout d’abord comprendre ce qu’impliquent les likes : d’un côté, un like permet de se valoriser et de se sentir aimé. Cela génère des shots de dopamine, et crée donc une dépendance qui peut être nuisible. Un bruit courait d’ailleurs à un moment qu’Instagram retenait les likes et les diffusait sur la durée, pour renforcer ce sentiment de bien-être (information démentie par le réseau, mais qui a créé le doute.

Mais au-delà du fait de savoir combien de personnes nous ont aimés, on s’est aussi habitués à ce que les autres voient combien on est aimé. En le cachant, on retire donc aux utilisateurs ce marqueur social. Celui-ci est bien sûr loin de n’être que positif, puisqu’il peut engendrer une course obsessionnelle à l’engagement.

Retirer les likes, c’est aller plus loin dans le principe instauré dans les Stories : on voit du contenu, et seul l’émetteur sait le nombre de vues et les éventuelles réactions. Ce format initialement pensé par Snapchat représente quelque chose « qui soulage » et « ne met pas la pression ». Enfin, en théorie, car dans les faits, pour être visible, il faut publier souvent et on revient sur une autre mécanique de pression.

Le seul grand indicateur visible restera ainsi le nombre d’abonnés, qui est loin d’être un indicateur pertinent, le meilleur restant son association avec l’engagement.

À noter que dans les pays où l’expérimentation est déjà en cours, on observe un phénomène inquiétant notamment du côté des adolescents : pour retrouver un maximum d’indicateurs, ils sont nombreux à passer en comptes professionnels pour avoir accès aux statistiques. Sauf que cela implique pour eux d’abandonner au passage une partie de leurs informations privées.

Quel impact sur la relation influenceurs / annonceurs ?

On risque de voir revenir une course au nombre d’abonnés, qui sera le seul indicateur visible à première vue (avec les commentaires) de l’influence (et qui peut au passage être trafiqué avec de l’achat d’audience et de commentaires au kilo).

La disparition des likes me rappelle aussi la grande époque des blogs. Il était assez difficile de connaître l’audience d’un blog, et la seule vraie façon d’avoir une réponse était de demander au blogueur ses statistiques, et ce dernier avait tout loisir de les gonfler (ce qui pourra tenter les influenceurs Instagram).

Les annonceurs et les agences pourront donc de manière artisanale se baser sur les indicateurs visibles (nombre d’abonnés qui n’est pas un indicateur fiable) mais devront se baser aussi sur le déclaratif des influenceurs.

Une autre solution (la meilleure) sera de forcer les influenceurs à passer par des plateformes dédiées, avec Instagram Connect, où ils donneront par ce biais accès à leurs statistiques. Les grandes entreprises pourront se le payer, mais ce sera sûrement plus difficile pour les petites agences ou les petites structures.

Du côté des personnes qui likent, je serais curieux de voir l’impact sur leur capacité à liker une publication. Un petit nombre de likes d’une personne qu’on aime bien peut inciter à liker pour l’encourager. Un grand nombre peut donner l’impression qu’il y a déjà assez de likes…

Mais que provoque l’absence totale de Likes ? Peut-être cela va-t-il simplifier la relation au like, et favoriser une relation plus saine et plus naturelle à au like. Peut-être cela va créer un désengagement de la part de la communauté, et l’impression qu’Instagram aura cassé le jouet. Au profit de qui ? De TikTok par exemple, qui se développe très rapidement et nourrit largement le besoin de reconnaissance des plus jeunes d’entre nous.

1,3 million de likes pour cette vidéo TikTok (capture d’écran)

Et pour les médias ?

Concernant les médias, il deviendra très difficile de se comparer avec la concurrence. Là aussi, le seul indicateur restera le nombre d’abonnés et de commentaires.

Les statistiques de likes seront réservés aux annonceurs, et l’on ne pourra plus observer facilement d’éventuelles manipulations (achat d’engagement non qualifié par exemple pour booster son attractivité). La notion de « buzz » aussi sera amoindrie, les utilisateurs n’ayant aucune idée de la viralité potentielle d’une photo.

La disparition des likes sous les photos avantage-t-elle la vidéo ?

Pour ceux qui font de la vidéo, le compteur de vues sera a priori toujours là, mais c’est un engagement différent. Je peux voir passer la vidéo dans mon Feed et ne pas être engagé. C’est un indicateur de volume, mais pas d’amour du contenu.

On peut faire le parallèle avec YouTube : on voit des vidéos de marques avec 1 million de vues et quelques dizaines de likes, notamment parce que les vues se sont faites via de l’achat média et pas en naturel.

Cela préfigure-t-il une tendance de fond ?

Cela peut donner des idées à d’autres réseaux, comme Twitter, dont le CEO Jack Dorsey déclarait en avril 2019« Si je devais tout recommencer, je ne mettrais pas autant en avant le nombre d’abonnés. Je ne mettrais pas non plus en avant le nombre de likes ».

D’autres réseaux comme Snapchat ont intégré dès le début cette absence de reconnaissance visible, ou comme Reddit où le fonctionnement même du site empêche l’avènement d’influenceurs ou la logique d’ego. Mais tant qu’il existera des plateformes où il existe des likes, le problème de fond subsistera.

Les changements d’algorithmes de Facebook ont muselé le journalisme et portent atteinte à la démocratie

Par  Professeure en information-communication à l’Université de Syracuse 

L’algorithme du fil d’actualités de Facebook détermine ce que les utilisateurs voient sur la plateforme – des memes amusants aux commentaires d’amis. La société met régulièrement à jour cet algorithme, ce qui peut considérablement modifier les informations consommées.

À l’approche des élections de 2020, l’opinion publique craint qu’il n’y ait de nouveau une « ingérence de la Russie», à l’instar de l’élection présidentielle de 2016. Mais ce qui n’attire pas assez l’attention, c’est le rôle que jouent les modifications de l’algorithme de Facebook, intentionnellement ou non, dans ce genre d’ingérence.

Un contrepoint essentiel à la campagne de désinformation en Russie a été le journalisme factuel de sources fiables – qui a touché nombre de leurs lecteurs sur Facebook et d’autres plateformes de médias sociaux. En tant que chercheur et enseignant en médias sociaux, je constate que les modifications apportées à l’algorithme du fil d’actualités de Facebook ont ​​supprimé l’accès des utilisateurs à un journalisme crédible dans la perspective de l’élection de Donald Trump.

Les acteurs politiques savent que Facebook joue un rôle de gatekeeper de l’accès à l’information de plus de 200 millions d’Américains et de deux milliards d’utilisateurs dans le monde. Les actions et les abus perpétrés sur les plateformes ont suscité beaucoup d’inquiétude et de débats publics, notamment sur la quantité de désinformation et de propagande que les Américains ont vue avant les élections. On n’a pas suffisamment parlé de l’effet des changements algorithmiques de Facebook sur l’accès aux informations et la démocratie.

Changer le système

À la mi-2015, Facebook a introduit un changement d’algorithme majeur qui a favorisé les contenus partagés par les amis des utilisateurs plutôt que ceux des médias et des journalistes. Facebook a expliqué que ce changement avait pour vocation d’assurer aux utilisateurs de ne pas manquer les histoires de leurs amis. Mais les données ont montré que l’un des effets de ce changement a été de réduire le nombre d’interactions entre les utilisateurs de Facebook et les médias crédibles.

Quelques mois avant les élections de 2016, un changement d’algorithme encore plus important visant les posts d’amis et des membres de la famille a eu un deuxième impact négatif sur le trafic des éditeurs. Un grand nombre d’éditeurs de presse ont constaté que leur contenu était nettement moins visible pour les utilisateurs de Facebook.

Examiner les chiffres

Dans mes recherches, je me suis concentrée sur l’engagement sur Facebook auprès des principaux médias lors de l’élection de 2016. Mes conclusions confortent celles des autres : l’algorithme de Facebook a fortement réfréné l’engagement du public auprès de ces éditeurs.

Les données de CrowdTangle, une société de veille des médias sociaux, montrent que le trafic sur Facebook a sensiblement diminué chez CNN, ABC, NBC, CBS, Fox News, le New York Times et le Washington Post après que la société a mis à jour ses algorithmes pour favoriser les amis et la famille en juin 2016.

Cela prouve que l’algorithme a fonctionné conformément à la manière dont il avait été conçu, mais je crains que ce ne soit pas le cas pour les grands éditeurs américains. L’intérêt des électeurs pour l’élection présidentielle était plus élevé en 2016 que dans les deux décennies précédentes et la désinformation était généralisée. Les changements apportés par Facebook ont ​​rendu plus difficile la communication des informations crédibles liées à l’élection des principaux organes de presse reflétant l’ensemble du spectre politique.

Sonnette d’alarme

Facebook était au courant des problèmes de son algorithme avant même la tenue des élections. Un des ingénieurs de Facebook a signalé ces effets potentiels des modifications de l’algorithme de Facebook en juillet 2015. Trois mois plus tard, le mentor de Mark Zuckerberg, Roger McNamee, tentait également d’alerter Mark Zuckerberg et les dirigeants de Facebook que la plateforme était utilisée pour manipuler des informations concernant les élections.

Juste après les élections, les recherches du journaliste de BuzzFeed Craig Silverman ont montré que les fausses informations électorales avaient sur performé par rapport aux « vraies informations ». Fin 2018, une déclaration officielle de Facebook révélait des problèmes quant à la manière dont son algorithme récompensait un «contenu limite» sensationnel et provocateur, comme beaucoup d’informations hyper-partisanes qui émergeaient avant les élections.

Des recherches plus récentes menées par le Shorenstein Center de Harvard ont montré que le trafic de Facebook a continué de diminuer de manière significative pour les éditeurs après le changement d’algorithme de Facebook en janvier 2018.

Le prof. Grygiel en appel à plus de transparence algorithmique sur MSNBC.

Transparence algorithmique

À ce jour, les recherches sur le fonctionnement de l’algorithme de Facebook ont ​​été limitées par le manque d’accès à son fonctionnement interne exclusif. Il ne suffit pas d’enquêter sur les effets des modifications apportées au fil d’actualités de Facebook. Je pense qu’il est important de comprendre pourquoi cela s’est passé et d’examiner plus directement les décisions commerciales de Facebook et leur incidence sur la démocratie.

Un aperçu récent des processus internes de l’entreprise montre que Facebook commence à comprendre l’étendue de son pouvoir. En juillet 2019, Bloomberg News a révélé que la société avait déployé des logiciels sur sa propre plateforme afin de rechercher des messages décrivant Facebook lui-même de manière potentiellement trompeuse, réduisant ainsi leur visibilité afin de préserver la réputation de la société.

Certains juristes internationaux ont commencé à demander des lois pour protéger les démocraties contre la possibilité que la manipulation algorithmique puisse générer des victoires électorales. Il n’existe aucune preuve que les changements de Facebook avaient des intentions politiques, mais il n’est pas difficile d’imaginer que la société pourrait modifier ses algorithmes à l’avenir si elle le souhaitait.

Pour se prémunir contre ce risque, de nouvelles lois pourraient interdire toute modification de l’algorithme au cours des périodes précédant les élections. Dans le secteur financier, par exemple, des « périodes de calme » précédant les annonces importantes d’entreprises visent à empêcher les efforts de marketing et de relations publiques d’influencer artificiellement le prix des actions.

Des protections similaires pour les algorithmes contre les manipulations des entreprises pourraient aider à s’assurer que les dirigeants de Facebook politiquement actifs et à la recherche de pouvoir– ou de toute autre société ayant un contrôle important sur l’accès des utilisateurs à l’information – ne peuvent pas utiliser leurs systèmes pour façonner l’opinion publique ou le comportement de vote.

 

Billet originellement publié en anglais sur The Conversation et republié sur Méta-Media avec autorisation. Version également disponible en français sur The Conversation.

 

Image de Une par Gerd Altmann via Pixabay 
The Conversation

Liens vagabonds : réchauffement climatique, fake news et info “sustainable”

À retenir cette semaine :  

Après un autre épisode de canicule en France et le discours de Greta Thunberg devant le Sénat la semaine dernière, l’information tourne cette semaine toujours autour du climat, et le public accorde (enfin) plus d’attention aux sujets qui parlent du réchauffement climatique. Avec des nuances : le genre de couverture du changement climatique que vous lisez dans les journaux dépend en effet si vous vivez dans un pays riche ou dans un pays pauvre. Le journalisme de solution se penche aussi sur la question en proposant diverses initiatives, alors que la nouvelle désinformation à la mode cet été est le détournement de couvertures du Time Magazine. S’y ajoute une petite dose de conspirationnisme : 


Pendant que le Groenland fond sous nos yeux, le machine learning contribue largement aux problématiques écologiques, à tel point que les chercheurs en IA devraient peut-être rendre public l’impact climatique de l’entraînement des IA

Egalement dans l’actu cette semaineLes YouTubers s’associent en syndicat pour pouvoir peser face à la plateforme, avec le soutien de IG Metall, le plus grand syndicat d’Allemagne. Facebook prévient que sa monnaie Libra pourrait ne jamais voir le jour. Apple annonce ses résultats avec des ventes faibles d’iPhones, mais une forte croissance de la vente des accessoires. Les efforts de l’Europe sur l’Intelligence Artificielle sont loin d’être suffisants, selon les High Level Experts de la Commission Européenne. Côté PQR, Iskandar Safa se retire du dossier Nice-Matin.

3 CHIFFRES

65%c’est le pourcentage de joueurs en ligne qui auraient été victimes, au moins une fois, de menaces ou de harcèlement

8 millionsc’est le nombre de nouveaux abonnés payants que Spotify a gagné en 3 mois

+14% pour le nombre d’utilisateurs actifs sur Twitter par rapport à 2018

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE 

Infographic: AI Startup Funding Reaches Record High | Statista d’autres graphiques sur Statista

NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS

DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION

SURVEILLANCE, CONFIANCE, DONNEES

A voir : 

LEGISLATION, REGLEMENTATION

FAKE NEWS, LIBERTE DE LA PRESSE

JOURNALISME

USAGES

RÉSEAUX SOCIAUX

PLATEFORMES VIDEOS, OTT, SVOD

STORYTELLING, NOUVEAUX FORMATS

AUDIO, PODCAST, BORNES

IMMERSION, 360, VR, AR

SPORTS  

DATA, AUTOMATISATION, INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, BLOCKCHAIN

5G / MOBILES / TELCOS

CINEMA

JEUX VIDEO, eSPORT

PUBLICITE, MONETISATION

TECH, STARTUPS, INNOVATION

OUTILS

ES avec l’équipe Méta-Media

 

Royaume-Uni : la moitié de la population s’informe par les réseaux sociaux

Par Alexandre Bouniol, France Télévisions, MediaLab

Il est coutume de dire que le Brexit a eu lieu à cause des fake news propagées sur les réseaux sociaux. Fake news souvent relayées par un certain Boris Johnson…  tout juste élu Premier ministre du Royaume-Uni le 24 juillet dernier. Coïncidence, l’Ofcom (le CSA britannique) a sorti le même jour son rapport sur la consommation de l’information au Royaume-Uni en 2019. Tour d’horizon des pratiques.

La prise de pouvoir des réseaux sociaux

C’est une tendance lourde que l’Ofcom a tenu à mettre en évidence dans son rapport. Les réseaux sociaux sont de plus en plus utilisés comme source d’information par les britanniques. En 2019, 49% des adultes s’informent par les réseaux sociaux, soit 5 points de plus par rapport à l’an dernier. Sur internet, ils sont plus utilisés que les autres moyens d’information (search ou site internet), qui restent stables à 38% d’une année à l’autre.

Parmi ceux qui utilisent les réseaux sociaux pour s’informer, « trois quarts le font via Facebook, un tiers le font via Twitter et 30% via WhatsApp et Instagram ». L’hégémonie de Facebook est flagrante. La plateforme est même la troisième source d’information la plus populaire tous médias confondus ! Seuls la BBC et ITV sont devant. À noter également les fortes croissances de WhatsApp et Instagram comme sources d’information qui gagnent respectivement 8 et 7 points entre 2018 et 2019.

Les britanniques suivent majoritairement les comptes de médias sur les réseaux sociaux, mais la proportion tend à se réduire au profit des informations partagés par les amis et la famille. Par exemple on constate sur Facebook une bascule de 5 points entre ces deux catégories. Ils ont également générés plus d’interactions en 2019 qu’en 2018. Cette tendance étant sûrement corrélée à la précédente – l’engagement étant plus fort avec le cercle proche. Mais cela ne suffit pas à expliquer cette hausse globale puisque l’on observe également une hausse auprès des contenus des médias et des influenceurs. Les changements d’algorithmes des plateformes ont sûrement leur part de responsabilité.

Même si l’utilisation des réseaux sociaux comme source d’information est une tendance globale de la société britannique, on observe des disparités, notamment générationnelles. Les 16-24ans (76%) s’informent bien plus via les réseaux sociaux que les 65+ (16%). C’est d’autant plus fort en symbole que les 16-24ans s’informent désormais plus via les réseaux sociaux que la télévision (51%)…

…qui suscitent malgré tout de la défiance

C’est tout le paradoxe. De plus en plus de personnes s’informent par les réseaux sociaux, mais ils suscitent toujours autant de défiance. Seuls 38% des de ceux qui s’informent par les réseaux sociaux ont confiance dans les informations qu’ils trouvent, contre 82% parmi ceux qui s’informent par les magazines, 71% pour la télévision, 67% pour la radio et 66% pour la presse.

La TV reste (pour l’instant) source d’infos numéro 1

Malgré le changement progressif de la manière de s’informer des britanniques, la télévision reste la principale source d’information pour 75% d’entre eux. La tendance est en baisse puisqu’en 2018, 79% des adultes s’informaient par ce biais. La durée d’écoute d’information suit la même voie. En un an, elle est passée de 110h par an à 99h. A l’instar des réseaux sociaux, on observe là aussi des disparités liées à l’âge. Les 16-24 ans ne passent plus que 17h par an à consommer de l’information par la télévision. 10 fois moins que les 65+ qui consomment 204h d’information par an.

La toute-puissance de la BBC

Les britanniques sont très attachés à leur audiovisuel public. Dans des proportions qui feraient envier n’importe quelle télévision publique en Europe. BBC One reste la source d’information la plus consommée parmi les adultes (58% des adultes la consomment), malgré une baisse de 4 points en un an. Ce sont mêmes 24% d’entre eux qui la considèrent comme la plus importante (- 3 points vs 2018). Nous constatons les mêmes disparités générationnelles évoquées ci-dessus, puisque les 65+ estiment que BBC One est la source d’information la plus importante pour 40% d’entre eux alors que les 16-24ans placent Facebook en tête (17%).

La marque BBC est également très forte sur le digital puisque c’est le média britannique le plus suivi sur les réseaux sociaux, suivi de Sky News et de Buzzfeed. Même le moteur de recherche Google est moins utilisé que le site de la BBC dans la recherche d’information. Deux tiers de ceux qui s’informent par internet vont sur le site ou l’application de la BBC contre 51% sur le moteur de recherche Google. Lorsque l’on compare le site de la BBC avec d’autres médias, c’est là aussi le site qui compte le plus de visiteurs uniques chaque mois (près de 28 millions). Devant le Daily Mail (27,5 millions) et The Guardian (24 millions) qui sont les titres de presse le plus consulté en ligne.

Les ados s’intéressent aux infos !

C’est l’un des enseignements du rapport. 60% des 12-15ans disent s’intéresser aux informations. Ceux qui ne sont pas intéressés trouvent qu’elles sont présentées de manière « ennuyante ». Mais ¾ d’entre eux accèdent à de l’information au moins une fois par semaine. La télévision reste pour cette classe d’âge le principale moyen d’accès (29%), puis viennent ensuite les réseaux sociaux (21%) et enfin « parler avec la famille » (15%).

La BBC s’impose là aussi comme une référence dans l’information, même auprès de cette classe d’âge puisque 40% des 12-15 ans regardent soit BBC One soit BBC Two. Tendance baissière avec une perte de 5 points en un an. Les ados s’informent ensuite par Facebook (32%) et par YouTube (30%).

En ce qui concerne la confiance accordée à une source d’information, les 12-15ans considèrent que la famille est la plus digne de confiance pour 80% d’entre eux, suivi de la radio (77%) et la télévision (70%). Les réseaux sociaux ferment la marche avec seulement 35% d’entre eux ont confiance dans les informations trouvées sur les plateformes. Fait plus surprenant, cette classe d’âge est pleinement consciente des fake news. 87% d’entre eux en ont déjà entendu parler contre 78% en 2018. Plus inquiétant, ce sont la moitié des 12-15 ans qui en ont déjà vu contre 43% en 2018.

 

Fond photo de Une par Simon Migaj sur Unsplash

L’engagement, la clé pour un journalisme durable ?

Par Alexandre Bouniol et Barbara Chazelle, France Télévisions, MediaLab

On parle souvent de la crise de confiance que traverse le journalisme. Des problèmes de viabilité économique auxquels sont confrontés les médias. Ou encore de l’indépendance menacée de certaines rédactions. Plusieurs approches (que nous détaillons dans cet article), sont à l’étude ou en cours d’expérimentation dans un certain nombre de médias.

Le « journalisme d’engagement » est l’une d’elles. Cette approche journalistique s’appuie sur la communauté du média pour analyser, comprendre, ou identifier des sujets. Il faut ici comprendre « l’engagement » comme étant celui du public qui se voit régulièrement consulté et impliqué dans la ligne éditoriale mais aussi parfois sur des questions marketing/business.

A ne pas confondre donc avec le « journalisme engagé » qui prend ouvertement parti pour une cause ou une idéologie, ou encore le « journalisme d’impact » qui vise à encourager certains projets ou initiatives (notamment relevant de l’économie sociale et solidaire) afin d’inspirer le citoyen et le pousser à agir.

Pour y voir encore plus clair, voici les principaux enseignements du dernier rapport de l’Engaged Journalism Accelerator.

 Les enjeux du journalisme d’engagement

« Le journalisme en Europe et dans le monde fait face à une crise de résilience en termes de viabilité financière, d’attention, de confiance et d’indépendance » entame d’emblée le rapport. Face à cela, « l’engagement est une des voies pour aboutir à une solution ». Un tissu de médias européens défendant le journalisme d’engagement a commencé à se structurer, notamment par le biais de l’organisation Engaged Journalism Accelerator, à l’origine du rapport.

Pour y parvenir, le journalisme d’engagement doit faire face à un enjeu d’échelle.

« L’engagement demande de passer d’un système de diffusion unilatéral à un modèle basé sur les relations ».

En ce sens les petits médias et les médias traditionnels ont beaucoup à apprendre les uns des autres. Les premiers évoluant dans un environnement et dans une logique start-up, ils sont beaucoup plus enclins à s’engager. Cela fait même partie de leur ADN pour nombre d’entre eux. Leur problème majeur est d’atteindre une audience plus large, soit tout le contraire des médias traditionnels qui eux jouissent « d’un reach incroyable ».

Eileen Murphy, rédacteur en chef du numérique de la BBC abonde clairement en ce sens en soulignant qu’un média traditionnel, a fortiori de service public, a besoin d’une « audience loyale » et un « réel besoin de se connecter avec les gens ». Inciter à l’engagement, qui se révèle être un « gage de viabilité à plus ou moins long terme ».

La question du journalisme d’engagement est à inscrire dans un cadre plus global, en intégrant en parallèle les questions de confiance, de transparence et de revenus. Par exemple, cette étude a mis en évidence que le fait d’accroître la transparence (comme montrer les coulisses de la fabrication de l’information par exemple, à l’instar du podcast de France Télévisions « le comptoir de l’info« ) induit une « augmentation de crédibilité du média et l’intention du public de s’engager auprès de celui-ci ».

Pour illustrer ce propos, le rapport file la métaphore d’une recette de cuisine. C’est en ajoutant un peu de « chaque ingrédient » que l’on finira par trouver la « recette » de la résilience. « Le tout est de savoir quelle quantité, dans quel ordre et à quel moment il faut les rajouter. » L’engagement est l’un d’eux !

Capture d’écran du rapport de Engaged Journalism Accelerator

 « Building Power » and « Sharing Power »

Le rapport se focalise sur la notion de communauté afin de « voir par quels moyens les journalistes construisent et interagissent avec leurs communautés, comment ils créent de manière durable de la valeur via ces relations et de quelle manière la communauté des journalistes d’engagement se renforce ». La communauté étant la base du journalisme d’engagement, le rapport a voulu mettre en évidence deux notions clés, difficilement traduisibles en français « building power » et « sharing power ».  

« ‘Building power’ réfère à un processus de création de relations basées sur une confiance mutuelle et des valeurs partagées pour trouver des solutions à des préoccupations communes ». C’est bien là tout l’enjeu du journalisme d’engagement, qui « offre une opportunité de construire non seulement une audience mais une communauté qui va contribuer au travail de collecte d’informations et de distribution. […] qui accroît l’impact du travail journalistique ». La traduction de l’engagement peut également être financière. Notamment via le crowdfunding. Le rapport souligne qu’ « un projet qui a le soutien du public peut apporter une légitimité nécessaire pour ouvrir la porte d’autres sources de financements. On peut considérer la communauté comme un actif ».

Mais la condition sine qua non pour arriver à ce résultat, c’est qu’il faut « partager le pouvoir », c’est-à-dire « changer la culture traditionnelle d’une rédaction qui passe d’une nature transactionnelle à une culture qui priorise l’apprentissage profond et la collaboration pour construire des relations qui sont la base de la communauté ».

Quelques pistes concrètes pour commencer

Apprendre à interagir avec sa communauté

Créer de la valeur grâce à sa communauté

Développer une communauté professionnelle

C’est l’une des ambitions du Engaged Journalism Accelerator : créer une communauté de journalistes d’engagement dans toute l’Europe. Le fait de se réunir permet de donner corps à un mouvement au sein de la profession. D’un point de vue opérationnel, c’est un moyen de faire émerger des best practices, de nouvelles idées et d’avoir des retours sur le travail effectué.

Pour créer cette communauté externe, nouer « des relations avec ces personnes partageant les valeurs du journalisme d’engagement » est fondamental. Privilégier les rencontres physiques est évidemment plus efficace et cela permet d’encourager de nouvelles personnes à intégrer cette communauté.

Pour aller plus loin…

Au sein du rapport, quatre études de cas (dont trois concernent des médias traditionnels) de journalisme d’engagement sur des thématiques précises ont été menées. Par exemple, l’une s’arrête sur l’articulation d’événements avec une communauté digitale ou une autre sur la manière de faire du journalisme d’engagement sur une échelle globale.  Elles ont vocation à montrer que tous les médias (quelle que soit leur taille) peuvent adopter cette apporche et instaurer une forme de cercle vertueux pour parvenir à un journalisme durable.

Le rapport mentionne également les précédentes recommandations qui avaient étaient faites dans le précédent rapport de l’Engaged Journalism Accelerator. Elles étaient au nombre de cinq :

 

Crédit image de Une : Engaged Journalism Accelerator

Liens Vagabonds : Le crash Netflix vs l’insolente croissance de Facebook

À retenir cette semaine :  

Résultats trimestriels – Cette semaine tous les GAFAN, à l’exception d’Apple, ont publié leurs résultats du deuxième trimestre 2019. Tour d’horizon.

Tout va bien pour Google ! Pour ce trimestre, Alphabet (la maison mère de Google) a annoncé des résultats trimestriels en hausse de 19% avec un chiffre d’affaires atteignant 38,94 milliards de dollars. La croissance peut être expliquée par la mise en place de nouveaux outils publicitaires, qui représentent à eux seuls 85% de ses revenus.

Malgré l’amende record infligée par la FTC aux Etats-Unis, Facebook a publié des résultats meilleurs que prévus, puisque son chiffre d’affaires est en hausse de 28% atteignant 16,8 milliards de dollars.

Les résultats d’Amazon sont inférieurs aux prévisions. En cause, les investissements pour assurer une livraison en un jour à ses clients qui freinent la croissance du groupe. Le chiffre d’affaires s’établit à 63,40 milliards de dollars soit une croissance de presque 20%.

Netflix en revanche inquiète. La semaine dernière, la plateforme annonçait avoir perdu 126 000 abonnés aux Etats-Unis. Une première depuis 2011. Résultat, la valeur de Netflix s’est effondrée en bourse en perdant près de 24 milliards de dollars en seulement six jours.

Hors GAFAN, Snapchat se porte bien également en annonçant avoir dépassé pour la première fois les 200 millions d’utilisateurs quotidiens. Soit 13 millions nouveaux utilisateurs en seulement en trimestre. Twitter de son côté gagne 5 millions d’utilisateurs quotidiens actifs au cours du trimestre, croissance analysée comme faible. 

Et aussi cette semaine :

Presse – Adopté en mars dernier au Parlement Européen, la France est le premier pays à transposer le « droit voisin » pour les éditeurs et agences de presse. Les plateformes numériques sont censées les rémunérer pour l’utilisation de leurs contenus. L’Assemblée a également adoptée la réforme de la distribution de la presse qui a pour but de la moderniser.


GAFA Dans les cartons depuis plusieurs semaines, le ministère de la Justice a officiellement lancé une nouvelle enquête antitrust contre les GAFA aux Etats-Unis. Elle consistera à “évaluer les conditions de la concurrence sur le marché en ligne de manière objective et impartiale”.

3 CHIFFRES

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE 

Infographic: Facebook Keeps On Growing | Statista

Vous trouverez plus d’infographies sur Statista

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ES avec l’équipe Méta-Media

La Chine, les médias : une IA présente partout. De la création à la diffusion en passant par la modération.

Par Antoine Couret, Fondateur et CEO de GEO4CAST, Président du Hub France IA. Le Hub France IA regroupe plus de 300 membres pour développer l’IA en France et en Europe avec des coopérations industrielles entre grands groupes, start up et universités. Le Hub organise également des learning expedition (Chine, USA, …) pour découvrir les solutions les plus avancées en IA à travers le monde. Geo4cast (France, Chine) est une solution logicielle à base de données d’IA pour optimiser les villes.

Pour bien comprendre l’évolution des médias en Chine, il faut garder 2 grands chiffres en tête :

Ces deux chiffres montrent la nécessité pour la Chine d’avoir une offre média qui répond à la rapide évolution de la société.

Dans le paysage médiatique, la Chine présente de même des chiffres à sa mesure :

Il faut enfin y ajouter la montée en puissance des nouveaux moyens d’échanges comme WeChat (environ 900 millions d’utilisateurs), Weibo (400 millions), Baidu (2nd moteur de recherche mondial derrière Google).

À la lecture de ces chiffres, il apparaît évident que l’intelligence artificielle a le potentiel de s’immiscer dans les différents maillons de la chaîne de valeur.

On retiendra ici 3 grands domaines qui sont ceux qui ont connu les avancées les plus récentes : la présentation, la création et la diffusion.

La présentation d’un JT

Concernant la présentation, on peut bien sûr noter l’annonce par Xinhua (agence de presse étatique) et Sogou.com du présentateur media virtuel lors de la 5e conférence mondiale de l’Internet (WIC) en 2018.

Présentateur virtuel Xinhua

De nombreuses techniques d’IA sont utilisées pour cela : génération d’image (en général basée sur des GAN, comme la génération de photos de visage de personnes virtuelles), génération de mouvements, génération de parole, traduction automatique…

Mais également, capacité de réaction face à des sollicitations comme des reportages.

En revanche, si vous regardez même quelques secondes ce « présentateur », auriez-vous envie d’avoir un JT complet présenté par une IA ? Sans doute pas, ou du moins pas encore. Pourquoi ? Parce que la transcription des émotions, le non verbal est encore très loin de s’approcher de ce qu’un présentateur humain peut faire.

Et aujourd’hui, aucune technique d’intelligence artificielle ne permet encore de reproduire ces émotions, ces gestes inconscients, parce qu’ils ne sont pas même encore compris pour les êtres humains.

« Aucune technique d’intelligence artificielle ne permet encore de reproduire ces émotions, ces gestes inconscients, parce qu’ils ne sont pas même encore compris pour les êtres humains »

La diffusion et le partage d’informations

Le deuxième phénomène chinois en plein développement est l’émergence des réseaux sociaux pour le partage d’informations. En Chine, il existe aujourd’hui plusieurs équivalents pour chaque système de communication occidentale.

Le cas le plus emblématique en ce moment est le développement de Toutiao, avec son application Dou Yin (TikTok en Europe).

Toutiao compte aujourd’hui environ 400 millions d’utilisateurs dont 100 millions à l’étranger, 120 millions actifs chaque jour. L’entreprise est valorisée environ 30 millions de dollars. Elle se développe également à l’international par des acquisitions, comme, en France, celle de NewsRepublic, basée à Bordeaux.

L’intelligence artificielle est à la base de la création de Toutiao, en 2012, qui a été pensée pour générer un fil de contenu personnalisé permanent, fondé sur de la recommandation.

Pour cela, Toutiao travaille à la fois sur la mise à disposition de contenus, et leur diffusion via des profils personnalisés.

Côté contenu, elle analyse 200 000 articles et vidéos (environ 50/50 en termes de lecture) chaque jour, provenant notamment de 800 000 sources individuelles mais également de 4 000 sources média.

Côté profils, chaque utilisateur en aura un, qui va évoluer en fonction du contenu lu, regardé, passé… Sur ce sujet, il faut noter une différence entre les utilisateurs internationaux (plutôt adolescents) et les utilisateurs en Chine (plutôt 20-35 ans).

Toutiao peut en quelque sorte se définir comme le « Netflix » de l’information basée sur de la recommandation ultrapersonnalisée créant une expérience très immersive dans le contenu.

Pour cela, elle utilise également l’IA dans la création de contenu. C’est le 3e phénomène qui se développe en Chine en ce moment.

La (co) création de contenus

Du côté de Toutiao, l’entreprise met à disposition de ses utilisateurs des outils permettant de se mettre en scène avec des effets spéciaux en constante évolution.

Toute la palette de traitement est là :

Cette création permet ensuite à Toutiao d’affiner les contenus médias proposés en fonction de la façon dont les gens se mettent en scène.

Critiquée pour la qualité des contenus publiés sur la plateforme, Toutiao a également mis en place des outils de médiation, gérés par une équipe de plus de 2000 médiateurs.

Dans le même esprit, on peut citer iQiyi. Créée par Baidu, cette entreprise a clairement été lancée pour être le « Netflix » chinois du contenu. iQiyi s’est introduit au Nasdaq en 2018 avec une valorisation de 10 milliards d’euros.

Comptant plus de 100 millions d’utilisateurs, son objectif va au-delà de la proposition de contenu personnalisé et recommandé en fonction du profil.

« L’utilisation de l’IA va au de va au-delà de la proposition de contenu personnalisé »

Les Chinois visionnent environ 2 milliards d’émissions de télévision ou de films par jour. Les technologies développées par iQiyi s’appliquent à de nombreux domaines de l’audiovisuel :

En synthèse, le développement de l’IA dans les médias chinois est au cœur du développement de l’accès à l’information par les Chinois eux-mêmes. Elle permet ainsi de créer de nouvelles expériences notamment auprès des jeunes adultes, la classe d’âge qui s’installe aujourd’hui le plus dans le développement de la Chine, pour créer un accès aux médias complètement personnalisé et interactif.

 

La croissance de Snapchat tirée par les séries originales et la réalité augmentée

Par Laure Delmoly, France Télévisions, MediaLab

Après un moment difficile dû à la généralisation du format Stories, Snapchat revient en force dans la course à l’audience avec d’excellents résultats en juillet 2019 et 13 millions de nouveaux utilisateurs actifs sur le dernier trimestre. Séries originales, expérience augmentée, « face filters », homepage incitative, Snapchat se réinvente pour le plus grand plaisir des 13-24 ans.

Une croissance constante depuis avril 2019

L’audience publicitaire de la plateforme a augmenté de 19% depuis avril 2019, atteignant 369 millions d’utilisateurs en juillet 2019 (soit une augmentation de 60 millions d’utilisateurs avec des taux de croissance constants dans tous les groupes d’âge) selon les chiffres Snapchat.

Source : we are social, juillet 2019

Les chiffres d’App Annie révèlent également une forte croissance du nombre de téléchargements de l’application depuis le mois d’avril. Les raisons d’un tel succès ? Selon App Annie, le lancement des filtres de réalité augmentée et les évolutions de l’application sur Android. Mais surtout la production de séries originales.

Une production croissante de séries originales

Depuis un an, Snapchat capitalise sur les usages mobiles de la Gen Z (qui constitue aux États-Unis 90% de son audience) avec le développement de courtes séries tournées en mode portrait. En octobre 2018, la plateforme avait lancé l’offre « Snap originals » avec 12 séries et docuséries en format vertical, dont Endless summer, Class Of Lies et Vivian.

source : snapchat

L’ancien vice-président en charge du contenu Nick Bell expliquait cette stratégie de développement vidéo dans une interview pour Recode en octobre 2018 :

« Le mobile ne tue pas la télévision. Nous développons des séries sur Snapchat qui sont complémentaires des séries TV existantes et nous les réimaginons pour la plateforme. À la différence de Facebook Watch, nous ne sommes pas en concurrence directe avec YouTube : nous développons une offre sur mobile uniquement. »

Snapchat a créé un nouveau langage visuel en mettant l’accent sur des formats très courts privilégiant les plans serrés, un montage rapide, des split screens et des enrichissements graphiques afin de booster le taux d’engagement des mobinautes. Chaque série comprend une dizaine d’épisodes d’une durée de 3 à 5 minutes environ.

Au cours de l’année, Snap a conclut des accords de coproductions avec Time Warner, NBCUniversal, A+E Networks, Walt Disney et la BBC afin de faire venir des talents sur la plateforme.

Source : Snapchat

Ainsi en juillet 2019, l’offre Snapchat de séries originales s’enrichit avec la nouvelle offre « Creator shows » : des séries tournées en mode portrait à la première personne avec des stars de la Gen Z. Les thématiques lifestyle, beauté, mode, danse, nourriture healthy, fitness et motivation y sont abordées.

« Creator Shows est une offre qui vient s’ajouter aux séries originales existantes, dont le temps de visionnage quotidien a triplé au cours de l’année » indique la plateforme.

Parmi ces nouveaux shows : Trend or End with Rickey Thomspon où Rickey Thompson se fait le juge des dernières tendances modes, Glow Up with Loren Gray où l’icône de la Gen Z partage ses conseils beauté et Keepin’ It Real with Keke Palmer pour des conseils avisés dans toutes sortes de situations.

Bientôt une homepage incitative à la Netflix

Les clips de présentation des séries originales sont actuellement intégrés dans la section Discover de l’application mais les développeurs travaillent sur une section dédiée. Cette section mettra en avant les séries originales récemment visionnées par l’utilisateur connecté. Chaque série aura sa page de présentation et celles-ci seront mises en avant via un carrousel.

De plus, Snapchat, fortement inspiré par Netflix, travaille actuellement sur une fonctionnalité permettant de binge-watcher ses productions originales. Les spectateurs pourront ainsi visionner plusieurs épisodes Snap à la suite en une seule séquence

Une expérience enrichie par la réalité augmentée

Certaines productions originales Snap permettent une expérience augmentée via le logiciel AR Tech. Le template portal, donne ainsi la possibilité aux utilisateurs de swiper durant le visionnage de la série pour mettre des lunettes immersives et faire l’expérience de la série en 3D.

Le spectateur peut ainsi rentrer dans une scène et interagir avec les personnages et les objets. Dans la série Class of Lies, le spectateur peut ainsi rentrer dans la colocation de Devon et Missy, explorer les lieux et devenir détective eux-mêmes. Une expérience immersive fortement plébiscitée par les 12-24 ans.

Source : Paper Triangle

La réalité augmentée passe aussi par les « face filters ». Snapchat estime que 7 à 9 millions d’utilisateurs ont rejoint la plateforme ce trimestre pour le plaisir de jouer avec ces masques virtuels.

La plateforme préférée de la Gen Z a compris les usages de son audience. Ces derniers mois, Snapchat a su tirer son épingle du jeu en testant de nouvelles offres et en faisant preuve d’une réelle agilité, malgré la concurrence féroce des autres médias sociaux.

Liens Vagabonds : les milliardaires s’arrachent la presse quotidienne

À retenir cette semaine :  

Nice-Matin se retrouve au milieu d’une bataille entre les milliardaires Xavier Niel et Iskandar Safa qui souhaitent tous deux racheter le quotidien. Alors qu’Iskandar Safa semblait tenir la corde pour la reprise, c’est finalement Xavier Niel qui a annoncé le 12 juillet avoir acquis 34% du capital du groupe en rachetant les parts du groupe Belge Nethys. Un rachat qui divise puisque les journalistes ont plébiscité Xavier Niel à 95%, alors qu’elle a été rejetée par près de 60% par l’ensemble des salariés du groupe lors d’une Assemblée Générale. Ce résultat leur permet “d’ engager des procédures afin de casser le pacte des actionnaires par lequel Xavier Niel est rentré. Procédure (encore ?) non engagée à ce jour. Pourquoi se battent-ils pour un quotidien qui a frôlé la faillite il y cinq ans ? Mediapart suspecte un enjeu politique derrière ce rachat… 


Les milliardaires Matthieu Pigasse et Daniel Kretinsky sont en passe d’être quasiment majoritaires du groupe Le Monde en rachetant les parts du groupe espagnol Prisa, autre propriétaire du groupe. Xavier Niel, protagoniste malgré lui de cette autre bataille puisqu’il est lui aussi propriétaire du titre de presse, perçoit cet acte comme “une agression”. Vision partagée par la société des rédacteurs du Monde qui voient en ce rachat “un acte hostile.

Netflix. La plateforme a perdu des abonnés au 2ème trimestre et en a gagné moins que prévu à l’étranger. Une première depuis 2011 ! Entre un marché national saturé et une concurrence accrue, l’âge d’or de Netflix est-il déjà derrière lui ?

Et aussi cette semaine :

TikTok. TikTok est-il en train de ringardiser tout internet ? C’est sûrement l’un des enseignement du Vidcon, événement majeur des créateurs en ligne en Californie aux Etats-Unis. Les TikTokers ont pu constater leur niveau de popularité face à leur public. Mais attention à ne pas enterrer trop vite YouTube qui pourrait revenir à la charge .Un conseil donc : ne vous moquez pas des influenceurs, ils vont conquérir le monde ! Le futur des influenceurs passera par un réel talent et un engagement dans la vraie vie.


Après France Télévisions, Radio France, Canal + et de nombreux autres, c’est l’Humanité qui s’apprête réduire ses rangs. En redressement judiciaire, le quotidien s’apprête à supprimer 20% de ses effectifs pour économiser environ 2,3 millions d’euros. 

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE

Infographie: Coup de frein à la croissance de Netflix | Statista
Vous trouverez plus d’infographies sur Statista

NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS

Comment les médias français sont cités par les utilisateurs individuels sur Twitter. La taille de chaque point est proportionnelle au nombre de tweets publiés. Les groupes rassemblent les médias cités par des groupes d’individus similaires sur Twitter. Les quatre groupes les plus structurants dans l’écosystème médiatique français en ligne sont les groupe 1, 2, 3 et 4. Crédits : Institut Montaigne.

DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION

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LEGISLATION, REGLEMENTATION

FAKE NEWS, LIBERTE DE LA PRESSE

JOURNALISME

Source: Digital News Report 2019

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Infographie: Qui utilise le plus de données mobiles ? | Statista

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