La neutralité du net passe aussi par la réglementation des smartphones (Arcep)
Par Barbara Chazelle, France Télévisions, MediaLab et Prospective
« Lorsque l’on met quelque chose dans la poche, elle se déforme. Mais en entrant dans nos poches, c’est Internet qui s’est déformé », a déclaré Sébastien Soriano, le président de l’Arcep, lors de la présentation du rapport Les terminaux, maillon faible de l’internet ouvert ?
Depuis novembre 2015, le principe de neutralité du net a été sanctuarisé en Europe. Le règlement sur l’internet ouvert concerne principalement les fournisseurs d’accès qui se doivent de garantir un accès au réseau sans discrimination. Mais cela n’est pas suffisant pour le gendarme des télécoms qui considère que d’autres intermédiaires limitent la capacité des utilisateurs à accéder aux contenus et services de leur choix : les terminaux et leurs magasins d’applications contrôlés majoritairement par deux géants, Apple et Google.
« L’arcep est aujourd’hui le gendarme de la neutralité du net. C’est faire en sorte que les tuyaux soient neutres, parfaitement débouchés. C’est super d’avoir des beaux tuyaux mais les robinets ? On ne peut pas aller sur internet sans terminal. » a affirmé le patron de l’Arcep pour justifier la rédaction du rapport, qui sera aussi porté à la Commission Européenne.
Comment les terminaux limitent l’ouverture d’internet
Le rapport de l’Arcep est avant tout une cartographie des restrictions qui posent question sur la liberté d’accès à internet sur les terminaux. Les acteurs dans le viseur de l’ARCEP regroupent à la fois les constructeurs de smartphones, de TV connectées, de consoles de jeux ou d’objets connectés.
Les limites repérées peuvent être liées aux évolutions logicielles des terminaux et de leurs OS, à des politiques éditoriales ou encore aux modèles économiques d’innovation des fabricants de terminaux et des éditeurs d’OS. L’ARCEP reconnaît que certaines d’entre elles peuvent être bénéfiques à l’utilisateur final, notamment lorsqu’il s’agit de sécurité, de meilleures garanties de respect de la vie privée ou simplement une fluidité d’usage par la continuité de l’expérience. Mais ce que reproche le gendarme des télécoms aux fabriquant de terminaux ou les éditeurs d’OS c’est qu’ils « contraignent la distribution et l’accès à certains contenus et services en ligne, sans justification toujours objective ou selon des modalités non proportionnées », comme le non référencement d’une application par un magasin d’application par exemple ou encore le fait que Google ne permette pas au produit Amazon de diffuser YouTube.
Intelligence artificielle, commande vocale et kindle-isation d’Internet
Les terminaux connectés se multiplient et deviennent de plus en plus intelligents : assistants vocaux, objets connectés en tout genre, ordinateur de bord dans la voiture qui sera un jour prochain autonome… Demain, nous serons plus connectés mais aussi plus limités si ces environnements deviennent incompatibles entre eux.
L’intelligence artificielle va de plus en plus assister les utilisateurs à faire des choix, sous forme de recommandation au mieux, en prenant la décision pour eux sinon, sans nécessairement donner d’autres options ou expliquer ce choix. Ce sujet est loin d’être anecdotique : le cabinet Gartnet prévoit 80 % des smarpthones vendus en 2021 embarqueront une intelligence artificielle. De plus, le passage à la commande vocale, qui pourrait peser pour 50% du search d’ici 2020 selon Forrester, limite là encore les possibilités d’accéder à une information exhaustive.
Autre sujet qui inquiète l’Arcep, la « kindle-isation » d’Internet, qui consiste en un modèle dans lequel votre équipement (une liseuse kindle) est associé à une plateforme (Amazon). Le risque, c’est que la spécialisation croissante des équipements ne permette plus d’appréhender la diversité d’Internet.
« Demain, un réseau social pourrait offrir un terminal dont l’accès à internet serait limité aux applications partenaires, le GPS des voitures connectées pourrait sélectionner les itinéraires susceptibles d’accroître la fréquentation des enseignes ayant des accords avec leur constructeur » avertit le rapport.
Pour l’Arcep, le rétrécissement d’Internet, le Trinet (c’est-à-dire le fait que notre trafic est concentré sur un nombre de plus en plus limité de services), est dû notamment aux restrictions qui existent aujourd’hui.
Comment pérenniser un internet ouvert ?
Pour Sébastien Soriano, « ce changement de monde, celui de l’Internet mobile, doit s’accompagner de contre-pouvoirs. Ces contre-pouvoirs n’existent pas. C’est pourquoi nous avons voulu proposer des choses qui soient raisonnables, à impact rapide. »
Dans son rapport, l’Arcep émet une série de propositions pour garantir un internet ouvert, en 5 axes :
- Clarifier le champ de l’internet ouvert en posant un principe de liberté de choix des contenus et applications quel que soit le terminal
- Réguler « par la data », et rendre l’information transparente et comparable pour les utilisateurs, particuliers et professionnels, y compris par la promotion d’outils de comparaison
- Renforcer la fluidité des marchés, et la liberté de passer d’un environnement à l’autre, en facilitant les transferts de données personnelles par exemple mais aussi en mettant en avant certaines innovations comme les progressives webapp
- Lever certaines restrictions imposées artificiellement par les acteurs-clefs des terminaux aux utilisateurs et aux développeurs de contenus et services : cela passe par permettre aux utilisateurs de supprimer des applications préinstallées, rendre possible une hiérarchisation alternative des contenus et services en ligne disponibles dans les magasins d’applications, permettre aux utilisateurs d’accéder sereinement aux applications proposées par des magasins d’applications alternatifs, dès lors qu’ils sont fiables (certains messages anxiogènes ne sont pas toujours fondés), permettre à tous les développeurs de contenus et services d’accéder aux mêmes fonctionnalités des équipements (ouvrir les API des équipements, en assurer la neutralité pour que les développeurs puissent innover sans permission), surveiller l’évolution des offres exclusives de contenus et services par des terminaux qui orientent beaucoup l’expérience de l’utilisateur
- Intervenir rapidement grâce à une procédure agile permettant d’accompagner les entreprises, notamment les PME et les startups faisant face à des pratiques discutables
Crédit image de Une : Matam Jaswanth via Unsplash
Comment les industries culturelles peuvent tirer parti de la blockchain
Par François Fluhr, France Télévisions, MediaLab
Octobre 2015, The Economist affiche en Une la question suivante : « Comment la technologie derrière le bitcoin pourrait changer le monde ? ». Cette couverture est un déclic pour le monde de la tech. Et pour cause, cette technologie qui permet de stocker et d’échanger de l’information de manière décentralisée, sans passer par un tiers de confiance, pourrait avoir un impact structurel sur de nombreux secteurs.
Benoît Defamie, expert de la blockchain musique et de la startup Scenso TV, que nous avons rencontré lors d’un meet-up à Paris la semaine dernière, affirme que le nombre de « mineurs », ces personnes qui décident de prendre part à la blockchain en vérifiant les échanges d’informations à l’aide de leurs terminaux, a été multiplié par six en l’espace d’une année. Le phénomène commence à prendre de l’ampleur et il est temps de se demander comment les industries culturelles pourraient tirer parti de cette technologie.
Si la blockchain est un gros mot pour vous, cette vidéo vous éclairera :
Protéger la propriété intellectuelle
Il est aujourd’hui possible de prouver qu’une création est bien la sienne en l’enregistrant dans la blockchain. La date de création étant garantie par l’historique décentralisé, cela permet notamment de réduire les coûts liés à la protection et de réitérer ainsi l’opération en continu au fil des étapes du processus créatif. À cet avantage, s’ajoute celui de pouvoir faire valoir une protection internationale tout en étant le seul à connaître le contenu de ses documents. De nouveaux acteurs se sont d’ailleurs déjà emparés de cet usage à l’image de Blockchainyourip ou BandNameVault.
Rémunérer équitablement les œuvres
L’industrie musicale compte de nombreux litiges sur la paternité d’une œuvre. La blockchain pourrait permettre d’identifier tous les contributeurs et le travail qu’ils ont fourni. Une fois formalisées, ces métadonnées sont liées à un fichier audio. La mise en place d’un « smart contract » – un programme algorithmique établi au préalable et exécuté automatiquement par la blockchain – pourra ensuite permettre aux artistes concernés de percevoir la partie de la rémunération qui leur est due en temps réel. La blockchain s’occupe alors de la redistribution et ce modèle peut être répliqué pour de nombreux types d’œuvres en intégrant des modalités de redistribution hautement plus complexes. Une fois le contrat établi, le coût opérationnel de cette redistribution est quasi-nul, car elle se passe d’intermédiaire.
Plusieurs plateformes en ligne de gestion de droits ont ainsi vu le jour sur le même modèle : JAAK, Dot blockchain music, MUSE. Des acteurs institutionnels franchissent aussi le pas : la SACEM travaille déjà sur cet usage en enregistrant les métadonnées juridiques de tous les morceaux dans la blockchain Hyperledger Fabric d’IBM. Ce faisant, elle servira sans doute d’exemple pour d’autres industries culturelles à l’avenir.
Dans le domaine du spectacle vivant, citons la start-up Scenso TV qui souhaite « redistribuer l’argent des abonnés de manière plus équitable ». Lorsqu’un utilisateur s’abonne à la plateforme, la part du prix de l’abonnement qui est dédiée aux artistes n’est redistribuée qu’aux artistes que l’utilisateur en question a « consommés ». S’il ne regarde qu’un seul spectacle dans le mois, c’est ce spectacle qui percevra la totalité de cette part.
Distribuer les contenus sans intermédiaire
L’absence de tiers de confiance que permet la blockchain offre aux artistes la possibilité de commercialiser leurs contenus sans frais d’intermédiaire comme sur la plateforme VOISE, Paratii ou Livepear. Il y a peu de chance pour que les majors des industries créatives voient d’un bon œil cette désintermédiation ainsi que la transparence que la blockchain apporte. En revanche, les artistes et les sociétés d’auteurs vont certainement se tourner de plus en plus vers cette technologie décentralisée. Dans les faits, si l’on prend une fois de plus l’exemple de la musique, le recours à la blockchain pourrait affranchir les labels indépendants qui sont aujourd’hui parfois forcés de faire appel à des sociétés de négociation collective pour accéder aux plateformes de diffusion en ligne.
Permettre le micro-paiement
La circulation des crypto-monnaies via la blockchain permet de mettre en place des systèmes de micro-paiement. Cela signifie par exemple que l’on pourrait payer une fraction de bitcoin à chaque fois que l’on écoute une chanson ou que l’on regarde un film afin que la rétribution que l’on paie aux artistes corresponde à la seconde près à notre consommation. Un modèle qui nécessite un travail de fond sur la fixation des tarifs, mais qui pourrait à terme détrôner le système d’abonnement. On note un potentiel pernicieux tout de même, celui de ne pas particulièrement inciter à la libre découverte comme l’abonnement le permet aujourd’hui.
Prendre en compte les usages tout en les régulant
La plasticité de la technologie blockchain peut permettre d’innover en prenant mieux en compte les réalités du secteur. Via la mise en place de smart contracts, les possibilités sont infinies. Benoît Defamie prend pour exemple la plateforme de billetterie Guts, qui revendique déjà plus de 10.000 tickets vendus. Cette billetterie en ligne permet bien évidemment de payer sa place et d’obtenir un ticket virtuel, aussi la revente de billet (« qui n’est pas réplicable, contrairement au ticket papier que l’on peut photocopier »). La plateforme a aussi pris en compte le phénomène des receleurs qui revendent des tickets parfois cinq fois plus cher que leur prix originel : la mise en place d’une règle via la blockchain empêche désormais de revendre son ticket plus cher que ce qu’on l’a acheté.
5 freins à l’adoption généralisée de la blockchain
Malgré ces cas d’usage prometteurs, des freins ralentissent la progression de l’adoption de la technologie blockchain.
- Le frein technique : aujourd’hui, la blockchain bitcoin ne valide que sept transactions par seconde contre plus de 20.000 pour le réseau VISA. Cette limite est un frein à la massification de l’usage de la blockchain, car une démocratisation serait dès lors synonyme de saturation.
- Le frein politique : le premier problème fait émerger le second. A l’heure actuelle, beaucoup planchent sur une solution à cette limite des 7 transactions mais personne ne gouverne la blockchain. À cet enjeu de gouvernance, s’ajoute celui de l’interopérabilité. Imaginons qu’une blockchain s’arrête, sera-t-il possible de conserver une trace de toutes les transactions passées ? Sera-t-il possible de les intégrer dans une nouvelle blockchain ? Cette technologie a encore besoin de norme.
- Le frein culturel : sommes nous véritablement prêts à nous passer d’un tiers de confiance ? La dimension hautement technique du protocole ne va-t-elle pas rebuter le grand public ? Que penser de ces nouvelles monnaies inconnues, créées par centaines et dont les plus répandues connaissent une forte volatilité pour celle qui émergent ? Difficile d’instaurer la confiance alors même qu’elle est à la racine du projet blockchain. Un lourd travail d’ergonomie sera nécessaire pour accompagner le déploiement d’un usage grand public conscient. Mais il y a aussi des chances pour qu’à l’avenir, une grande partie du public soit en fin de compte des utilisateurs qui s’ignorent, à qui l’on ne montrerait pas la technologie sous-jacente.
- Le frein légal provient directement d’un vide juridique sur de nombreux sujets qui ont trait à l’usage de la blockchain. De manière générale, la décentralisation et le droit ne font pas bon ménage et la dimension transfrontalière de la blockchain n’arrange rien.
- Le frein du coût énergétique : pour avoir la possibilité d’ouvrir un nouveau « block » de vérification dans la « chain » et être ainsi rémunérés, les mineurs utilisent la puissance d’ordinateurs pour résoudre un problème mathématique. Seul le premier dont la puissance de calcul mobilisée résout le problème obtient le droit d’ajouter un block à la blockchain. Or tous les autres ont tout de même mobilisé une grande puissance de calcul pour tenter leur chance, faisant ainsi monter la facture énergétique globale.
Un futur privatisé ?
Pour toutes ces raisons, il y a fort à parier que ce sont les blockchains privées que l’on va voir se multiplier et porter le développement de cette technologie. Et pour cause, la dimension privée n’empêche pas de profiter des principaux avantages de la blockchain tout en réglant au moins partiellement les problématiques citées plus haut.
Cette technologie est chaque jour plus présente autour de nous et pour preuve, vous avez peut-être vous-même déjà miné de la crypto-monnaie à votre insu, pour le compte d’un autre. Comment ? Le script Java Coinhive propose au propriétaire de site web de réquisitionner une partie de la puissance des ordinateurs de leurs visiteurs pour miner et ainsi se rémunérer. Le chercheur Troy Mursch a ainsi répertorié plus de 30 000 sites exploitant Coinhive. Si certains y voient un modèle économique prometteur qui pourrait à terme remplacer la publicité sur certains sites, d’autres s’insurgent à l’égard de cette pratique qui reste tout à fait illégale.
5G : les premières expérimentations grandeur nature prévues cette année en France
Par Barbara Chazelle, France Télévisions, MediaLab et prospective
Expériences immersives, montée en puissance des usages vidéos, voiture autonome, maison connectée… L’arrivée de la 5G d’ici 2020 et ses promesses de nouveaux usages est grandement attendue et les acteurs du secteur se mettent en ordre de bataille pour tenir un calendrier serré. Orange a annoncé jeudi lancer le début des expérimentations grandeur nature dès cette année en Europe, et en France à Douai et Lille, en « co-construction avec ses partenaires technologiques, la recherche, les universités et l’industrie ».
La stratégie de l’opérateur historique s’articule autour de trois axes :
- le très haut débit mobile amélioré, avec un débit moyen de 50 Mb/s pour tous
- l’accès fixe très haut débit, en complément de la fibre
- de nouvelles applications sectorielles pour accompagner la transformation numérique des entreprises
« La 3G puis la 4G ont été pensées pour les smartphones alors que la 5G est conçue pour être un réseau multi-services. La 5G rendra possible les véhicules connectés et la ville encore plus intelligente » a déclaré Mari-Noëlle Jégo-Lavaissière, directrice exécutive innovation, marketing et technologies d’Orange.
Trois expérimentations grandeur nature
En s’appuyant sur les équipements 5G d’Ericsson, Orange va lancer une première expérimentation technique en France de bout en bout dans les villes de Lille et Douai qui visera aussi bien le grand public que les entreprises, entre mi-2018 et mi-2019, si l’ARCEP donne son feu vert.
Un test sur la 5G fixe se déroulera en Roumanie, en partenariat avec Samsung et Cisco. Cette solution d’accès très haut débit pourrait à terme être un complément à la fibre dans les zones suburbaines. L’idée est d’ « apporter le très haut débit dans les derniers cent mètres » en créant un pont entre le foyer et le répartiteur. Pour les entreprises, cette technologie pourrait devenir une roue de secours en cas d’indisponibilité du réseau principal par exemple.
Enfin, Orange va couvrir en 5G l’UTAC CERAM, une société de tests et d’homologation de véhicules autonomes. L’opérateur sera aussi partenaire d’Ericsson pour déployer une infrastructure mobile expérimentale destinée à ces futurs véhicules intelligents.
Calendrier : un déploiement progressif
« Un réseau 5G, c’est l’évolution profonde des cœurs de réseaux et un nouveau réseau mobile dont les antennes seront composées de nombreux émetteurs intelligents qui vont s’adapter au nombre de smartphone et leur emplacement dans la cellule. Ce principe va permettre de limiter la consommation électrique, et d’augmenter la couverture et le débit » a expliqué Emmanuel Lugagne Delpon, Directeur d’Orange Labs Networks.
Le déploiement de la 5G, en plus de passer par la sanctuarisation d’une norme mondiale, passe ainsi par le déploiement d’antennes qui seront en mesure de gérer la connectivité 4G et 5G. C’est avec Nokia et Kathrein qu’Orange va travailler pour concevoir une nouvelle génération d’antennes intelligentes.
Pour le reste du calendrier, rien de nouveau :
- Décembre 2017 : première version de la future norme (5G NR)
- 2018 : tests grandeur nature en France et en Europe
- 2019 : arrivée des terminaux compatibles 4G/5G et déploiement sur des villes et zones pilotes
- 2020 : déploiement progressif de la 5G pour le grand public
- D’ici 2022 : déploiement sur l’internet des objets, arrivée du Mobile Edge Computing qui permettra d’optimiser le temps de latence au plus près de l’utilisateur
10 fiches pratiques sur les technologies qui vont façonner les médias
Billet originellement publié sur FMC Veille, il est présenté dans le cadre d’un partenariat éditorial entre le Fonds des Médias du Canada (FMC) et Méta-Media. © [2018] Tous droits réservés.
Dans un contexte où la technologie, l’intelligence artificielle et la robotisation font évoluer à la vitesse grand V les industries culturelles et créatives, comment demeurer inventifs et originaux dans un monde de similitudes alimentées par les algorithmes ? Comment demeurer compétitif dans un secteur média accaparé par des titans technologiques? Dans ce contexte généralisé de méfiance, de quoi seront faits les mois à venir pour le secteur de la création et la distribution de contenus?
Dans Le choc du présent, le Fonds des médias du Canada tente de répondre à cette question à travers le prisme de quatre grandes tendances qui résultent de la convergence et de l’interaction de différents phénomènes qui évoluent rapidement et auxquels il faudra porter une attention particulière en 2018 :
- La recherche d’un contre-pouvoir aux géants du Web : Tous devront apprendre à mieux négocier leur présence et leur collaboration avec les super-plateformes, tout en faisant un meilleur usage des technologies qui régissent l’environnement numérique.
- S’approprier la technologie à des fins de création : L’omniprésence des médias sociaux et les développements rapides de certaines technologies, notamment de l’intelligence artificielle, sont explorés de manière ingénieuse par les conteurs d’histoires.
- La revanche de l’audio : La consommation média ne pourra croître que si l’utilisateur n’est pas confiné à son clavier et son écran, mais qu’il peut plutôt consommer et interagir avec des contenus tout en faisant autre chose.
- La publicité se transforme : Les entreprises de contenus constatent que, dans un contexte de rejet grandissant de la publicité en ligne, elles doivent trouver d’autres sources de revenus.
En bonus, 10 fiches pratiques
Le rapport contient dix fiches pratiques qui approfondissent des phénomènes transformateurs qui entrent en jeu dans l’évolution des quatre grandes tendances présentées, associées à un baromètre de l’attention (en gestation, à surveiller, agir maintenant) : utile pour affiner sa stratégie pour les mois qui viennent !
Pour télécharger le rapport, c’est ici
Paris, capitale de l’eSport ? Pas si facile …
Par Lola Kostadinoff, France Télévisions, Media Lab
L’eSport est en plein boom, en France et partout dans le monde. Le phénomène ne cesse d’attirer spectateurs, pratiquants, éditeurs et bien évidemment marques, qui voient de nouvelles opportunités. A l’heure où les interfaces tactiles et les objets connectés métamorphosent le paysage de la pratique, les acteurs du secteur ont essayé d’imaginer le futur de la discipline lors de la dernière rencontre Dojo eSport à Paris.
Diffusion : une concurence accrue
Après l’arrivée de Twitter et Coca-Cola, Facebook vient de devenir partenaire de la ligue ESL (Electronic Sport League) en misant sur la diffusion d’événements.
En 2015 déjà, l’ESWC, tournoi international d’eSport, remplissait Bercy. D’ici 2022, l’eSport pourrait récolter quelques 3 milliards d’euros de chiffre d’affaires, d’après une étude de Superdata Research.
Mais si la marchandisation des droits de diffusion semble avoir un avenir florissant, la concurrence est rude, notamment avec le lancement d’ES1 mi-janvier 2018, première chaîne française dédiée à l’eSport.
Cependant, “la télévision reste un sujet délicat” explique Pierre Chatelin, Président de la société d’événementiel Gaming Generation. La difficulté réside dans la transition de l’audience des plateformes web vers des médias plus traditionnels que les consommateurs d’eSport désertent. Quelques pistes pour les diffuseurs dans la vidéo ci-dessous.
Le secteur doit organiser la formation et la professionnalisation des joueurs
Petit à petit, l’image d’une communauté geek, de niche, difficile d’accès et composée uniquement d’hommes, se transforme en un véritable phénomène de société large et ouvert porté par les jeunes et la technologie, avec des valeurs fortes telles que le partage et le respect. L’envie de fédérer et d’encadrer d’avantage les joueurs en communautés locales tels que des clubs de sports traditionnels semble faire l’unanimité dans les acteurs du secteur.
D’après Olivier Morin, il est primordial de rassembler les différents acteurs (joueurs, spectateurs, éditeur etc…) afin “d’ouvrir l’accès à l’eSport à une base beaucoup plus large”. Le talk designer spécialisé dans l’eSport, souligne également l’importance de créer des lieux physiques de formation, de pratique et de rencontres autour de cette communauté. C’est par exemple le cas du Hub e-sport, salle de jeux vidéo à Valence, qui prône la cohésion sociale et la mixité. L’Asus Rog School, dirigée par Hadrien Nuci, alias Thud, célèbre commentateur Esport, ex-cogérant d’O’Gaming et précurseur du domaine en France, ouvre également la voie en étant le premier centre français de formation qui professionnalise les jeunes joueurs de League Of Legends dans la compétition de haut niveau.
“Il y a des équipes professionnelles qui financent les joueurs, […] mais il n’y a pas suffisamment de passerelles pour lancer une carrière » explique Thud, dans l’espoir d’accompagner un maximum de jeunes.
L’eSport doit encore convaincre les pouvoirs publics
L’eSport commence à susciter l’intérêt de nouveaux acteurs majeurs “tant sur le plan économique que social”, comme les pouvoirs publics en France, explique Jean-François Martins, adjoint chargé des Sports et du Tourisme de la ville de Paris. Dans l’avenir, il souhaiterait faire de Paris l’une des capitales eSport, en accueillant davantage d’événements et d’infrastructures. “L’eSport, qui est numérique, produit un besoin de rencontre physique” déclare-t-il. Une éventuelle intégration de la discipline aux Jeux Olympiques 2024 est d’ailleurs évoquée.
Olivier Morin, présentateur du Canal eSports Club sur Canal Plus et organisateur de l’événement Dojo eSport, explique que la dimension politique de l’eSport sera décisive sur sa croissance. Aujourd’hui, elle est encore très immature en France : c’est le milieu économique qui structure la pratique et non l’inverse, ce qui ralentit son développement.
A suivre : la montée en puissance du mobile et de l’IA
Les interfaces tactiles des mobiles et tablettes, combinés à la multiplication des modèles de jeux free-to-play, ont révolutionné la pratique des jeux vidéos et ont entraîné une vague de pratiquants de tous âges partout dans le monde. Même si le secteur est d’avantage concerné par les millennials, Hadrien Nuci explique que cet engouement autour du mobile est dû à “une rupture générationnelle dans la consommation des médias”. L’arrivée de Clash Royale (jeu mobile free-to-play) dans le monde du eSport, illustre bien cette tendance et offre de nouvelles perspectives d’évolution.
“Clash Royale est en train d’imposer un nouveau genre qui sera évidemment suivi “ affirme Matthieu Dallon, entrepreneur eSport depuis 2000 et aujourd’hui chez Webedia.
Le partenariat de Blizzard et Google DeepMind sur Starkraft II annonce aussi un futur prometteur dans la rencontre de l’eSport et de l’intelligence artificielle, aussi bien sur le gameplay que sur le coaching et l’entrainement.
Un secteur à suivre de près. Rappelons que le jeu vidéo est aujourd’hui la première industrie culturelle et que la discipline est au cœur des innovations technologiques. Tout cela laisse imaginer un bel avenir pour l’eSport, tant sur le plan social et qu’économique.
“Go mobile or go home” – 10 tendances sur mobile à suivre en 2018
Par Kati Bremme, Direction de l’Innovation et de la Prospective
Après les best of en fin d’année, voici les tendances en janvier. Méta-Media vous propose une synthèse de 10 tendances mobiles à suivre en 2018 – de l’UX au marketing, en passant par la technologie et les contenus.
“Go mobile or go home”, c’est désormais le mot d’ordre pour l’ensemble des éditeurs. Aux U.S., 93,1% des millenials utilisent un smartphone. 85% des adultes consomment les informations sur mobile. On passe plus de 5 heures sur son mobile. En 2017, les annonceurs ont dépensé 24 milliards de dollars en publicité programmatique mobile.
2017 fut une année historique : l’utilisation du smartphone dans le monde a dépassé l’usage de tout autre équipement. La consommation d’Internet sur mobile dépasse celle sur les ordinateurs. La recherche sur mobile passe devant la recherche sur desktop. Deux tiers de notre consommation média numérique se passe sur mobile. L’utilisation des réseaux sociaux se fait même à plus de 90% sur mobile.
Voici 10 tendances 2017 qui se trouveront renforcées en 2018 :
1Les applis mobiles : une progression très concentrée
Les applis mobiles représentent 57% de notre temps digital selon Comscore, elles ne sont donc pas tout à fait mortes. La dernière étude AppAnnie affiche un volume d’applis téléchargées en croissance de 60% par rapport à 2015. Même les millennials gardent un intérêt pour les nouvelles applis avec 1 millennial sur 5 qui télécharge une appli payante chaque mois. Le temps moyen quotidien passé dans les applis a augmenté de plus de 30% par rapport à 2015, et peut aller jusqu’à 4h en Chine. Toujours selon AppAnnie, les utilisateurs de smartphones passent 7 fois plus de temps dans des applis natives que dans des navigateurs mobiles (87% en France).
Petit bémol : ces usages se concentrent sur une poignée de gagnants. Parmi les 10 applications les plus populaires aux États-Unis, 8 appartiennent à Facebook ou Google. En termes d’utilisateurs uniques, Facebook est N°1, sauf chez les jeunes, qui préfèrent YouTube, suivi par Snapchat chez les 18-24 ans. En 2018, ces applis resteront un élément central dans la vie des utilisateurs, avec un engagement et des dépenses qui continuent d’augmenter grâce à l’intégration de nouvelles fonctionnalités (paiement, réservation, messagerie…), l’amélioration des technologies (AR, IA, geo-targeting) et un design de plus en plus user friendly.
2L’UX / UI : simplification, animation, émotion
Avec seulement 3 secondes pour convaincre un utilisateur de rester sur un site, l’année 2018 doit être mobile only y compris en termes de conception. 53% des utilisateurs passent à la concurrence si une interface mobile ne répond pas tout de suite à leur besoin. Designers, développeurs et marketeurs devront se désintoxiquer du desktop et penser d’abord mobile. Ils intégreront la réalité tactile, avec quelques fonctionnalités additionnelles pour le grand écran. Le process de création sera mobile, et ne se fera plus sur un écran bureautique.
Le materiel design a remplacé le flat design, les interactions naturelles sont basées sur le geste (Apple a abandonné le bouton Home), les animations guident l’utilisateur dans la mise à disposition progressive des fonctionnalités, avec un parcours linéaire et le plus simplifié possible, aidé par l’intelligence émotionnelle des animojis pour créer l’engagement. Le plein écran remplace les barres de navigation, devenues hors de portée du pouce de par la taille grandissante des smartphones : selon Flurry, 55% des appareils actifs sont des phablettes.
3La voix : “The best interface is no interface”
Une recherche mobile sur cinq se fait par la voix, avait annoncé Google lors de la sa keynote en 2017, avec une prévision de 50% pour 2020. Le taux d’erreur de la reconnaissance vocale est passé sous les 5%. Cela change la donne pour le marché du SEO/SEM. Les “featured snippets” de la recherche classique sont aussi un enjeu pour la recherche par la voix, et prennent de plus en plus de poids dans les résultats de recherche. Le SEO devra complètement adapter sa technique à l’utilisation de la voix comme nouvel outil de recherche.
La voix ouvre aussi des opportunités au relations clients, notamment dans les domaines du voyage, de la banque et la Santé. Dans un récent sondage Adweek, 73% des utilisateurs d’assistants vocaux ont indiqué avoir acheté directement avec ce support, et 39% disaient que l’interaction avec l’assistant a fortement influé sur leur achat. Amazon Alexa a 25 000 compétences, dont la majorité n’est pas encore utilisée.
4La vidéo sur mobile : la nouvelle TV
Plus de 60% du trafic vidéo est désormais consommé sur mobile, le mobile est devenu le premier écran pour le streaming vidéo. D’ici 2020, la vidéo constituera plus de 75% du trafic mondial de données mobiles. Twitter, Snapchat et Facebook s’adaptent à cette réalité et créent un nouveau modèle de télévision mobile en parallèle. EMarketer prévoit que plus de trois quarts des utilisateurs d’Internet âgés 18/24 ans en France auront régulièrement un accès à la vidéo mobile en 2018.
2017 fut aussi l’année où la vidéo est devenue verticale. Même YouTube a mis à jour son appli pour pouvoir afficher des vidéos verticales en plein écran. Mais ce n’est pas pour autant que l’ensemble de la production vidéo mondiale basculera sur le format vertical en 2018 : la vidéo horizontale restera le standard indétrônable des diffuseurs TV historiques pour les longs métrages (faute de déclencher une révolution dans les moyens de production), et ils sont en cela imités par Facebook Watch et Twitter Live.
5La réalité augmentée pour tous
Grâce aux nouveaux smartphones contenant des ARKit et ARCore, la réalité augmentée est devenue mainstream. Selon Deloitte, plus d’1 milliard d’utilisateurs créeront au moins une fois du contenu de réalité augmentée sur leurs smartphones en 2018. Contrairement à sa cousine virtuelle, elle ne nécessite aucun équipement lourd et est accessible à n’importe quel propriétaire de smartphone récent. Les professionnels prévoient une explosion de l’AR en 2018, reste à inventer une écriture créative qui comprend pleinement les possibilités éditoriales de cette nouvelle technologie.
L’AR sera aussi une aubaine pour le commerce : La vente sera augmentée par l’AR, avec des vidéos démos par des célébrités qui peuvent s’afficher à côté du produit à acheter, des pop up stores virtuels, partout où une foule est rassemblée (dans la rue, ou même dans le métro), le tout soutenu par la 5G, et le Li-fi, une nouvelle connexion sans fil basée sur la lumière avec des vitesses 100 fois plus élevées que le Wi-fi. Niantec (on se rappelle Pokémon Go) a par ailleurs annoncé un jeu Harry Potter en AR...
6Les bots : “smarter conversations”
Gartner avait prédit que 30% des interactions en 2018 seront basées sur des conversations. Ce chiffre risque d’être revu à la hausse. Imaginez un bot chuchotant à votre oreille : “N’achète pas, sinon tu dépasses ta limite de crédit”, ou encore “Ton parcmètre expire dans deux minutes”… Soutenues par la baisse drastique des coûts de fabrication des bots – Messenger, Skype, Slack ou Telegram proposent des kits de développement -, de plus en plus d’entreprises les intégreront pour un dialogue intelligent avec leurs clients. Améliorer le service, fluidifier un achat, ou proposer une expérience personnalisée devient à la portée de tous grâce à des interfaces proposées avec Watson, Amazon Lex ou Facebook Messenger, soit dans des applis des éditeurs, soit au sein des plateformes.
Les bots ne remplaceront pas complètement les GUI (Graphical User Interface), mais ils seront de plus en plus intégrés en assistants personnels qui exploitent à merveille nos données.
7Data et IA : à la bonne personne, au bon moment, au bon endroit
La combinaison et l’exploitation en direct de données provenant de sources multiples, boostée par l’IA, permettent au marketing géo-social de créer des expériences personnalisées et hyper-ciblées. Au même endroit, en même temps, plusieurs utilisateurs ont une expérience “alone together”. Plus de 53% des recherches sur Smartphone sont des recherches pour des informations locales, quoi de plus naturel que de pousser des informations localisées sur mesure, avec le geo-fencing. Seules conditions de réussite de ce gardiennage virtuel : l’activation du bluetooth, l’autorisation des notifications push et une triangulation GPS, opérateur téléphonique ou encore beacons à l’intérieur.
Déduire des profils d’utilisateurs sur la base d’un historique de déplacements, retargeter les visiteurs d’un magasin ou déclencher une publicité selon l’emplacement de l’individu sont des cas d’usage de plus en plus fréquents, Netflix nous ayant habitué à la personnalisation sophistiquée. Nos assistants virtuels Siri et Google Now, à l’aide du deep learning, pourront aussi se doter d’une intelligence émotionnelle pour une meilleure prise en compte du contexte conversationnel.
8Pub mobile et GDPR : innover pour exister
La publicité sur mobile dépassera la publicité sur internet fixe en 2018, jusqu’à représenter 59% de la publicité digitale en 2021. Le marché est dominé par Google et Facebook, mais Amazon se joint au duopole, sa publicité programmatique est censé apporter 1 Milliard de Dollars cette année. La publicité mobile devient incontournable dans les plans médias des annonceurs qui se trouvent toutefois confrontés au dilemme des 70% des utilisateurs affirmant rejeter la pub sur mobile. L’ad-blocking sur mobile a augmenté de 90% sur les dernières années.
Immanquablement, les rêves de trackings complets pour proposer une expérience utilisateur parfaite risquent de se briser le 25 mai 2018 avec l’entrée en vigueur du GDPR, le Règlement général sur la protection de données. Si la plupart des efforts de personnalisation peuvent se poursuivre, le GDPR érigera justement des barrières contre la personnalisation 1:1 par le traitement de la data incluant le machine learning et les modélisations prédictives. Les marques seront davantage obligées d’imaginer des expériences innovantes et des contenus directement engageants pour créer le “micro-moment” parfait, des expériences « omnicanal » pour amener le client là où il préfère acheter.
9Le mobile : la nouvelle carte bancaire, sécurisée par la blockchain
En 2017, le nombre d’utilisateurs ayant acheté au moins une fois sur mobile a progressé de 21% par rapport à 2016. En Chine, le paiement par mobile dépasse les 5 mille milliards de dollars par an. Google, Apple Pay, et les Fintechs sont aidés par davantage de fiabilité, un encadrement juridique amélioré et des évolutions techniques en termes d’identification (i.e. la tokenisation). Le comportement des consommateurs en ligne a fondamentalement changé : les commandes au travers d’applications et les achats en un clic (ou un mot) gagnent en popularité.
Avec l’entrée en vigueur en janvier 2018 de la Directive on Payment Services (PSD2), les paiements en temps réel seront favorisés et augmenteront de façon exponentielle en Europe. 51% des consommateurs souhaitent utiliser l’application d’un commerçant pour effectuer leurs achats plus rapidement dans un magasin physique et éviter la queue aux caisses, et la BCE va dans ce sens en fluidifiant les échanges : en 2018, le numéro de mobile remplacera l’Iban bancaire. Des transactions sécurisées et transparentes, au moyen des expérimentations autour de la blockchain.
10Les PWA, Progressive Web Apps : la fin des applis ?
L’année 2018, sera-t-elle l’année PWA ? Face à des coûts de production élevés pour les applis natives, elles semblent une alternative logique pour la plupart des éditeurs. Plus besoin de deux équipes de développeurs pour adapter l’appli aux environnements iOS et Android, fini la bureaucratie des stores – les PWA combinent le meilleur des fonctionnalités des applis natives avec la facilité d’utilisation d’un navigateur web. Un avantage aussi pour la découvrabilité des contenus, plus facilement indexés en PWA. L’écart de fonctionnalités avec les applis natives (NFC, geo-fencing) se réduit de plus en plus, pour la plupart des éditeurs, les PWA pourront entièrement remplacer les applis.
Les seuls n’ayant peut être pas besoin des PWA sont les rois des applis évoqués en début d’article : Google, Facebook, Amazon, et WeChat en Chine. Ce dernier a lancé ses “mini-apps” au sein de son application pour permettre à ses utilisateurs d’accéder à pléthore de services sans jamais quitter le walled garden de sa messagerie.
Nouvelles technos, nouvelles réglementations, nouveaux comportements, l’année mobile 2018 s’annonce agitée, avec l’arrivée de la 5G dans la plupart des marchés développés. L’enjeu majeur dans ces tendances restera de simplifier l’expérience utilisateur et de faciliter notre vie de tous les jours.
Les 15-24 ans ne passent plus que la moitié de leur temps vidéo à regarder la télévision linéaire
Par Barbara Chazelle, France Télévisions, Media Lab et prospective
Si la durée d’écoute de la télévision reste importante, les nouveaux usages ne sont plus insignifiants, selon le dernier bilan de Médiamétrie « L’année TV 2017 » : montée en puissance du replay (cf. notre billet sur le rapport d’Eurodata) grâce auquel 20% des Français regardent la TV sans avoir de téléviseurs, émergence de l’OTT qui a progressé de 40% en un an et de la SVOD qui séduit désormais 20% des Français.
Les jeunes, quant à eux, continuent de se différencier de leurs aînés et ne passent plus que la moitié de leur temps vidéo à regarder la TV linéaire.
En France, le temps consacré à la télévision reste stable (3h42). Sur Internet, il progresse vite (1h23).
Les Français ont regardé la télévision 3h42 en moyenne par jour, soit une minute de moins qu’en 2016. Une durée beaucoup plus stable que dans d’autres pays : moins 5 minutes en Espagne, moins 9 minutes au Royaume-Uni et jusqu’à moins 14 minutes aux Etats-Unis.
En France, la durée d’écoute quotidienne a progressé de 50 minutes en 25 ans. La moitié de la croissance s’est faite sur les 10 dernières années. La télévision reste un média de masse, qui rassemble en moyenne 44,4 millions de téléspectateurs par jour, dont près de 5 millions sur les écrans connectés.
Notons que si la TV linéaire pèse encore pour 83% du temps total vidéo des 15+, elle ne représente plus que 53% chez les 15-24 ans. Ils passent 32% de leur temps à visionner des vidéos hors programmes TV (vidéos en ligne + SVOD).
« On me demande souvent comment analyser la consommation des jeunes : effet d’âge ou effet générationnel ? Les jeunes ont toujours moins regardé la télé que leurs aînés. Les 15-24 ans des années 1990 la regardaient toujours deux fois moins que leurs parents et la regardent beaucoup plus maintenant. » a déclaré Julien Rosanvallon, directeur des départements télévision et Internet de Médiamétrie.
Mais rappelons que les 15-24 ans des années 1990 n’étaient ni mobile ni social natifs… Affaire à suivre !
En plus du temps passé à regarder la télé, les Français passent 1h23 sur Internet par jour en moyenne (+30 minutes en 5 ans).
Poids croissant des nouveaux usages : +43% pour la consommation en différé et quatre écrans en 2 ans
Les nouveaux usages (consommation en différé et sur 4 écrans) croissent de manière significative, de 43% entre 2015 et 2017. En les prenant en compte, la durée d’écoute de la télévision en France arrive ainsi à 3h51.
Le replay attire quotidiennement près de 6M de téléspectateurs, quel que soit l’écran, un chiffre qui a triplé sur 3 ans. Le téléviseur est l’écran privilégié de ce mode de consommation avec 3,8 millions de téléspectateurs tandis que les écrans mobiles n’en rassemblent qu’1 million.
Des foyers de plus en plus connectés
Les téléviseurs sont désormais connectés à 60% (+8 points en 3 ans). L’ADSL et la fibre séduisent près de 6 Français sur 10 (+3 points vs 2016). Près de 40% des foyers sont équipés des quatre écrans soit 11,1 millions de foyers (+3 points en 1 an).
L’ordinateur, la tablette et le mobile sont utilisés par 8,1% des Français pour regarder la télévision (en live et en différé). L’ordinateur est privilégié pour le live, les écrans mobiles pour le replay à près de 70%.
Ces écrans permettent de toucher de nouveaux téléspectateurs non équipés de téléviseur, notamment les jeunes : près de 30% des 15-24 ans qui n’ont pas de TV la regardent sur un autre écran.
Adoption rapide de l’OTT et des services de SVOD
Le taux d’équipement en boîtiers OTT (Apple TV ou Chromecast par exemple) a progressé de 40% en un an. Cela concerne près de 3 millions de foyers.
En 2017, 20% des 15 ans et plus ont souscrit à une offre de SVOD. Ce chiffre atteint plus de 37% lorsque le foyer est équipé d’un boîtier OTT.
La SVOD et l’OTT représentent toujours moins de 10% de la consommation totale de télévision et vidéo chez les 15 ans et plus, mais comme nous l’avons évoqué plus haut, près de 30% chez les 15-24 ans.
Selon Julien Rosanvallon, « ces nouvelles offres ne cannibalisent pas la consommation TV, elles viennent en complément. Elles concernent surtout de gros consommateurs de contenus. »
Explorez la cité du futur : 3 places à gagner pour la Maddy Keynote
La 3ème édition de la Maddy Keynote se tiendra le 1er février 2018 à Paris au Centquatre. Une centaine d’intervenants y débattront de La Cité du Futur, dont Julian Assange, fondateur de WikiLeaks. De l’Habitat, en passant par les transports, le bien-être et l’agora, Méta-Media vous fait gagner 3 places pour explorer la (R)évolution urbaine et connectée de demain.
Plus de 5 000 personnes y sont en attendues pour découvrir La Cité du Futur, ses concepteurs et grands penseurs. Parmi eux, le fondateur et rédacteur en chef de WikiLeaks Julian Assange prendra la parole en direct depuis l’ambassade d’Equateur à Londres, dans laquelle il est réfugié : une réapparition médiatique pleine de promesses, puisqu’il y exposera sa vision d’une ville de demain incontestablement connectée, et qui devra de fait arbitrer entre sécurité universelle, et liberté individuelle.
A ses côtés également : Claudie Haigneré (spationaute), Luc Schuiten (architecte), Robin D. Hanson (économiste et futurologue), Corinne Lepage (ex Ministre de l’Environnement), Teddy Pellerin (fondateur de Heetch), Sébastien Liebus (co-fondateur du Gorafi)…
Plus d’info sur le site de l’évènement
3 places à gagner : rendez-vous sur notre compte Twitter
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Il suffit de :
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— Méta-Media FranceTV (@metamedia) 24 janvier 2018
Tirage au sort lundi 29 janvier à midi.
Bonne chance !
TV : le différé prend désormais une part importante dans l’audience globale (Eurodata)
Par Barbara Chazelle, France Télévisions, MediaLab et Prospective
Selon la dernière étude d’Eurodata TV Worldwide, la durée d’écoute moyenne de la TV dans les cinq grands pays européens reste stable en 2017 : 3h43 en moyenne. Ce chiffre tombe à 2h03 en moyenne pour les « jeunes adultes ».
La France est pile dans la moyenne (3h42) alors que les Britanniques ne consomment plus que 3h23 de télévision par jour.
Le différé n’est plus anecdotique
Le différé, dont la part est toujours en croissance, prend désormais une part importante dans l’audience globale.
Avec 14% de l’audience, la Grande-Bretagne enregistre la part de différé la plus importante. Les Etats-Unis sont à 12% tandis que la France est à la traîne à seulement 5%.
« Il y a donc un fort potentiel de croissance » pour ce mode de diffusion chez nous, selon Frédéric Vaulpré, vice-président d’Eurodata TV Worldwide.
Toutes les cibles ont adopté ce nouvel usage. Sur quatre grands pays (France, Grande-Bretagne, Etats-Unis, Pays-Bas), les 25-50 ans représentent 50% de ce mode de consommation. Les seniors ne sont pas en reste, à 23%.
Les séries internationales, la TV réalité et les documentaires profitent le plus du différé
Parmi les succès de 2017, la saison 3 de la série américaine Empire (W9) a fédéré 361 000 téléspectateurs en direct sur un téléviseur, plus 126 000 téléspectateurs après 7 jours sur 4 écrans, soit une hausse de 35%.
Plus spectaculaire encore, le gain de 108% d’audience pour la saison 6 de Homeland diffusée aux Pays-Bas (de 161 000 à 335 000 téléspectateurs).
Côté téléréalité, on retiendra Les Marseillais vs. Les Ch’tis (W9) dont l’audience a progressé de 67%, atteignant les 1,149 million de téléspectateurs en différé et les quatre écrans (vs 686 000 téléspectateurs en direct sur un téléviseur).
Enfin, le documentaire Demain tous crétins (Arte) a enregistré un gain de 53% de son audience grâce aux nouveaux usages. En Suède, l’audience du premier épisode de la série documentaire Helikopterranet (SVT1) a progressé de 97%.
Les nouveaux usages permettent de fidéliser le direct
Dernier cas d’école, la série Demain nous appartient qui a fédéré jusqu’à 900 000 téléspectateurs supplémentaires grâce aux nouveaux usages dès le début de la diffusion TV. Le linéaire va ensuite augmenter jusqu’à atteindre 80% de l’audience globale.
En conclusion, Frédéric Vaulpré a rappelé que « la mutation profonde du marché va vers la simplification de l’expérience utilisateur. Les nouvelles données, les nouveaux usages, nous obligent à une nouvelle manière de voir la programmation qui devient matricielle. Il nous faut aller au-delà du chiffre d’audience à 9h du matin. »
Entre crise de confiance et perte de repères, l’intérêt pour l’information est au plus bas
Par Barbara Chazelle, France Télévisions, MediaLab et Prospective
Pour la première fois dans le monde, les médias sont l’institution envers laquelle le public accorde le moins sa confiance, selon le baromètre Edelman 2018*. La défiance vis-à-vis des médias n’est pas nouvelle, mais elle est accentuée par le discrédit récent des plateformes, notamment les moteurs de recherche et les médias sociaux.
Crise de confiance, mais aussi perte de repères face à la montée des fake news. Les médias n’arrivent pas à répondre aux attentes du public… ce qui conduit finalement au désintérêt pour l’information, qui atteint en France son plus haut niveau depuis 1987 selon le baromètre Kantar Sofres pour La Croix paru aujourd’hui**. Effet boule de neige, ce manque de confiance dans les moyens d’information fait aussi chuter la confiance envers les autres institutions, les dirigeants politiques et le monde des affaires principalement.
Crise de confiance historique pour les médias à l’échelle mondiale
La majorité des personnes sondées par Edelman sont dubitatives quant aux réelles motivations des médias. Elles considèrent que les médias favorisent :
- la promesse de larges audiences plutôt que de rendre compte d’une histoire (66%),
- les breaking news plutôt que de communiquer une information avec précision (65%).
- une idéologie ou une prise de position politique plutôt que d’informer réellement le public (59%)
De plus, près d’une personne interrogée sur deux considèrent les médias comme élitistes.
Ces doutes ont eu un impact dramatique sur la confiance dans les médias dans leur ensemble. Dans 22 pays sur 28, les médias ont perdu la confiance de la population.
En France, la perception de l’indépendance des journalistes est pour le moins inquiétante selon le baromètre Kantar / La Croix : 68% des français estiment que les journalistes ne résistent pas aux pressions des partis politiques et du pouvoir et 62% aux pressions de l’argent.
Regain de confiance pour les médias traditionnels face à Internet
Le baromètre Edelman met en lumière une certaine confusion quant au terme “média” qui est devenu un mélange entre le contenu et les plateformes.
Parler de « confiance dans les médias » est donc probablement trop vague. Le baromètre Edelman montre que la confiance dans le journalisme a augmenté de 5 points en 2018 (59%) alors que celle dans les plateformes a chuté de 2 points. L’écart n’a jamais été aussi important.
Même constat pour Kantar / La Croix où l’on constate en France un regain de crédibilité pour les médias traditionnels. La hiérarchie des médias perçus comme les plus fiables reste inchangée depuis 30 ans : la radio (56% de crédibilité ; +4 points) puis la presse (52% ; +7 points). Quant à la télévision, toujours moins d’un français sur deux (48%) pensent que ce qu’on leur raconte est crédible mais le petit écran est néanmoins en forte progression cette année (+7 points).
Sur le taux de crédibilité à la hausse, Arnaud Mercier, professeur à l’Institut Français de Presse commente : » Il n’y a pas eu de dérapage majeur dans les médias en 2017 (comme il y a pu en avoir sur le traitement de la guerre du Golfe par exemple). Tout cela reste fragile. S’il y avait un dérapage en 2018, nous risquerions de retomber au plus bas. »
Quant à Internet, le taux de confiance continue de chuter (25%, -1 point) pour la deuxième année consécutive. Rappelons qu’en 2015, 39% de la population lui accordait sa confiance.
Les jeunes (moins de 35 ans) quant à eux, n’ont pas confiance en grand-chose… Seule la radio atteint 55% de crédibilité. On arrive tout juste à 50% pour la presse. Quant à la télévision, 59% des 18-24 ans estiment que ce qu’on leur raconte n’est probablement pas conforme aux faits. Enfin, 66% des moins de 35 ans n’ont pas confiance dans les informations lues sur internet.
Selon le baromètre Edelman, nous accordons désormais moins notre confiance à nos pairs, aux « gens comme nous » (54% soit -6 points). Cette tendance est confirmée en France par Kantar / La Croix : seules 16% des personnes interrogées ont confiance dans les publications de leurs amis sur les réseaux sociaux vs 38% quand l’information vient d’un site média. La tendance est encore plus accentuée chez les jeunes : 75% des 18-24 ans déclarent ne pas faire confiance aux publications de leurs contacts, mais sont 65% à accorder du crédit à celles des sites d’informations. Notons néanmoins que 37% des sondés (dont 66% des plus âgés et 82% des moins diplômés) se déclarent « sans opinion » lorsqu’on les interroge sur leurs principales sources d’information sur la toile.
Fake news et perte de repères
Selon Edelman, la perte de confiance dans les médias a conduit à une incapacité à identifier la vérité (59%), à avoir confiance dans les dirigeants gouvernementaux (56%) et dans le monde des affaires (42%).
Concernant l’information médiatique, 63% des personnes interrogées déclarent ne pas savoir faire la différence entre du bon journalisme et des rumeurs. 59% pensent qu’il devient de plus en plus difficile de discerner si une information a été produite par une organisation médiatique respectable. Plus alarmant encore, 6 personnes sur 10 dans le monde disent ne pas savoir où se trouve la vérité.
Près de 7 sondés sur 10 sont inquiets de ce que les fake news peuvent être utilisées comme armes.
L’accès à l’information ou le paradoxe des usages
Bien que près de la moitié des personnes interrogées par Edelman affirment de pas avoir confiance dans les plateformes, elles restent un moyen d’accès à l’information important pour deux tiers des sondés dans le monde.
En France, la télévision reste le média d’information privilégié d’accès aux nouvelles (48%), ainsi que pour approfondir à l’information. Les chaînes généralistes précèdent dans ce choix (53%) les chaînes d’information en continu (32%). Notons que depuis 2015, la part de consommation de journaux télévisés est en net recul.
L’usage d’Internet poursuit sa croissance (26%), tiré par les mobiles qui comptent désormais pour 15% de l’accès à l’information. Cet usage est encore plus installé chez les moins de 35 ans (38%), jusqu’à 48% chez les 18-24 ans.
En ligne, la préférence va aux sites ou applications mobile des titres de la presse écrite (28%), dont 47% chez les plus diplômés, puis les réseaux sociaux (18%). Mais ce dernier chiffre relève de clivages importants : premièrement si 41% des personnes interrogées déclarent ne jamais aller sur les réseaux sociaux, 66% des moins de 35 ans y vont quant à elle plusieurs fois par jour. Ainsi, 40% des moins de 35 ans accèdent à l’information via les réseaux sociaux dont 46% des 18-24 ans.
Bien que dotées des meilleurs taux de crédibilité, la radio (17%) et la presse écrite (8%) ferment ce classement des sources d’information.
L’intérêt pour l’actualité au plus bas
En France, l’intérêt pour l’actualité retrouve son plus bas niveau, atteint en 1987. Seuls 62% des personnes interrogées suivent les nouvelles avec grand ou assez grand intérêt (vs 70% en 2016). Si l’on regarde plus en détail, moins d’un jeune sur deux de moins de 35 ans s’intéresse à l’actualité (49%). Même désintérêt chez les non diplômés (48%) ainsi que chez les ouvriers (50%).
Pour Carine Marcé, directrice associée chez Kantar Public, « le faible intérêt pour l’actualité en 2017 est d’autant plus surprenant que c’était une année électorale. Cela n’a pas empêché une nouvelle baisse alors même que la crédibilité des médias traditionnels est un peu remontée. Peut-être un effet des fake news ou tout simplement un effet de saturation face à l’abondance d’actualités politiques… »
De plus, le baromètre français met en lumière un clivage social important dans l’intérêt pour l’information. Certains sujets d’actualité sont restés hors du scope d’une grande partie des sondés, à l’instar de l’enquête des Paradise Papers : 46% des personnes interrogées ne voient pas de quoi il s’agit (dont 62% des ouvriers, 61% des sans-diplômes et 53% des moins de 35 ans). Même constat pour la campagne #balancetonporc sur Twitter.
Au niveau mondial, ce sont 50% des sondés d’Edelman qui affirment interagir avec les médias mainstream moins d’une fois par semaine, et 25% déclarent ne lire aucun média car cela est trop « contrariant ».
La demande du public est pourtant simple et légitime : une information fiable et vérifiée
A l’échelle mondiale s’est développé le sentiment que les médias ne répondent pas aux attentes clés de la société, à savoir être garants d’une information de qualité, éduquer les gens sur des questions importantes et les aider à prendre des décisions ayant un impact positif sur leur vie.
En France, la demande est encore plus simple. Neuf Français sur dix attendent que les médias transmettre « une information fiable et vérifiée ». Seuls 6% des Français attendent un journalisme porteur de solutions, et 2% souhaitent un journalisme affirmant « un choix partisan » selon le baromètre Kantar / La Croix.
Comment redonner des repères ?
Miser sur les experts, les entrepreneurs et la technologie
Parmi les acteurs sur lesquels nous pouvons compter pour redonner confiance à la population selon l’enquête Edelman, il y a les experts (techniques ou universitaires), mais aussi les entrepreneurs. Près de deux tiers des sondés déclarent vouloir voir les chefs d’entreprise mener les politiques de changement plutôt que d’attendre les gouvernements. Au niveau mondial, la technologie est le secteur qui fédère le plus de confiance (75%).
Accélérer sur l’éducation aux médias
Le phénomène des fake news ayant contribué à la crise de confiance actuelle, l’éducation aux médias est plus que nécessaire pour permettre aux citoyens de s’informer de manière éclairée.
Selon le sondage Kantar / La Croix, les Français sont largement favorables à une éducation aux médias (88%) qui permettrait aux élèves de savoir « rechercher sur Internet des informations vérifiées et à repérer les fausses informations ».
Faire preuve de pédagogie journalistique, trouver le bon ton
» Cette crise à l’égard des médias n’est pas neuve, loin de là. A la fin du 19e siècle on parlait déjà d’une crise de confiance dans la presse. C’est même pour cela, que des journalistes se sont réunis en juillet 1918 pour écrire une charte éthique du journalisme. Le déficit de confiance était alors particulièrement grave. Aujourd’hui, nous vivons une différence considérable avec ces crises du passé. A l’époque, on censurait, on cachait, on mentait. Mais le « fait » demeurait une valeur en soi. Désormais, le « fait » est nié. Il n’est plus la balise qui conditionne le journalisme. Cela oblige la profession à un sursaut majeur : faire ce qu’elle n’a jamais fait que sur le mode incantatoire, expliquer son utilité en faisant la pédagogie de la production des faits « préconise Hervé Brusini, directeur du numérique à la Direction de l’Information de France Télévisions.
Quant aux jeunes, les professionnels de l’information vont devoir redoubler d’efforts pour arriver à les adresser :
» Pour parler aux jeunes, les médias doivent se tourner vers des gens qui se mettent à leur niveau, avec le bon ton et sur les sujets qui les intéressent. Les YouTubers font cela très bien, y compris ceux qui se présentent comme ayant un savoir un peu encyclopédique » explique Arnaud Mercier.
Toutes les institutions ont un rôle à jouer : les médias ne peuvent seuls nous faire sortir de cette crise
Pour Richard Edelman, en commentaire du baromètre de son institut d’études:
» Les institutions doivent répondre aux attentes du public de pourvoir à une information factuelle, précise, à propos et rejoindre le débat public. Les médias ne peuvent le faire seuls à cause de contraintes politiques et financières. Chaque institution doit contribuer à l’éducation de la population. » (…) Nous manquons de discours rationnels. Nous observons un désir d’experts, un intérêt pour la connaissance, une vraie quête de crédibilité. C’est aux institutions de combler le vide, particulièrement sur les plateformes sociales, avec de l’information de qualité. Chaque institution doit d’une certaine manière devenir son propre média. Le silence est une taxe sur la vérité. Et nous devons élever nos voix. »
* Le baromètre Edelman a été conduit en ligne dans 28 pays en octobre/novembre 2017
** Le baromètre Kantar / La Croix a été réalisé en France sur un échantillon de 1.000 personnes interrogées face à face en janvier 2018
