Liens vagabonds : Facebook – New name, new game ?

À RETENIR CETTE SEMAINE

Facebook devient Meta Lors de la conférence annuelle Facebook Connect, Mark Zuckerberg a annoncé, comme attendu, un changement de nom pour son entreprise devenant ainsi “Meta”. Si le timing est suspect, le PDG affirme que ce changement d’identité n’a rien à voir avec les fuites récentes et que l’objectif est désormais d’être perçu comme une entreprise du métavers, avec Mark Zuckerberg comme le nouveau roi de l’internet 3D. 

Dans un teaser futuriste, Mark Zuckerberg a tenté de présenter dans une vision utopique ce à quoi pourrait ressembler son metaverse, composé de mondes fantaisistes hauts en couleurs. Il signe alors un pari sur un futur qui n’existe pas encore. Pour y arriver, un ensemble de projets et d’outils basés sur la réalité virtuelle ont été annoncésSe pose alors la question du changement de l’acronyme des entreprises de la Big Tech… Cinq questions sur le nouveau monde virtuel de Facebook et pourquoi Facebook devrait rester en dehors du métavers.

 

Facebook Papers Près d’une vingtaine de titres de presse internationaux se sont coordonnés pour faire paraître de nouveaux éléments accablant la politique interne de Facebook. Ces médias se basent sur les milliers de documents fournis par Frances Haugen au Congrès, ensuite transmis par une source parlementaire américaine. En une semaine, plus d’une centaine d’articles ont été publiés sur le sujet

Ces derniers mettent en avant, le défaut de modération en dehors de l’Occident, qui se trouve exacerbé en Inde ; la difficulté pour Facebook de contrôler ses propres algorithmes ; ou encore la lutte menée par la plateforme pour garder les jeunes. Les médias annoncent dores et déjà que d’autres articles continueront de paraître dans les semaines et mois à venir, tant le nombre de documents est important.

Seulement, ces nouveaux articles se basent pour la plupart sur des messages et commentaires internes, ce qui peut biaiser leur crédibilité

Frances Haugen, de son côté, mène une “tournée européenne”. Après avoir été entendue par les parlementaires britanniques, elle passera devant la commission du Parlement européen, avant d’être auditionnée par les députés des commissions des Lois et des Affaires économiques le 10 novembre.

Résultats des géants de la tech – Après Facebook, c’était au tour de Google, Microsoft et Twitter de publier mardi de très bons résultats trimestriels, portés par la publicité numérique, le cloud et l’e-commerce. Même si les restrictions publicitaires d’Apple commencent à se faire sentir, les Gafam devraient terminer l’année 2021 par un nouveau record. Avec le changement de nom de Facebook, les Gafam deviennent les Gamam (Google, Apple, Meta, Amazon, Microsoft). A observer leurs performances sur le dernier trimestre, le plus costaud d’entre eux n’est pas forcément celui qu’on imagine. 

Cette semaine en France

3 CHIFFRES

10 milliardsc’est l’investissement de Facebook, rien que cette année, dans le métavers.

25 milliardsc’est la somme qu’Elon Musk a gagné en une journée grâce à la montée de l’action de Tesla.

8 000 dollarsc’était la valeur de départ de l’investissement d’un portefeuille dans la cryptomonnaie SHIB, il vaut maintenant 5,7 milliards de dollars.

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE

Infographie: Facebook engrange toujours plus de revenus grâce à la pub | Statista Plus d’infographies sur Statista

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https://medias.unifrance.org/medias/86/168/239702/format_hd/unifrance-publie-son-indicateur-sur-la-place-des-films-francais-sur-les-plateformes-svod-dans-le-monde-en-2021.jpg?t=1634132876537

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ES avec Kati Bremme, Chrystal Delfosse & Louise Faudeux

 

Newsgame : le jeu de l’immersion peut-il convaincre la Gen Z ?

Par Chrystal Delfosse, MediaLab de l’Information 

Il y a dix ans, le 24 juin 2011, la rédaction du monde.fr publiait Primaires à gauche. Un jeu aux graphismes caricaturaux qui proposait à son utilisateur d’incarner “François Hollov”, “Martine Aubraïe”, ou “Ségolène Royic” pour tenter de remporter la primaire socialiste et ainsi devenir candidat à l’élection présidentielle de 2012. En menant des choix stratégiques, le joueur découvrait le fonctionnement et les enjeux d’une campagne électorale.

Rapidement, Primaires à gauche devient un succès médiatique. Cet ovni du journalisme suscite l’intérêt des internautes qui joueront plus de 250.000 parties. C’est ainsi que le « newsgame » s’est fait sa place dans le paysage médiatique français, ce genre pour le moins innovant auquel on associait facilement une ambition de taille : (re)conquérir les nouvelles générations. 

Seulement, peut-il réellement atteindre cet objectif ? Dix ans plus tard, le newsgame s’est peu ou mal intégré dans les rédactions. Dans un monde qui mélange de plus en plus réel et virtuel, avec le métavers comme ultime espace de la communication, quelle est la place de la transmission de l’information par des formats immersifs ? 

Pourquoi le newsgame serait-il attractif ? 

Le newsgame repose sur un principe simple : l’utilisation de mécaniques vidéoludiques pour parler de l’actualité. Le choix du jeu pour évoquer un enjeu sérieux n’est pas récent, c’est tout le phénomène des « serious games » qui croît de manière exponentielle depuis une vingtaine d’années, à tel point que son marché pourrait atteindre 24 milliards de dollars en 2024.

Le jeu vidéo, en tant que format d’apprentissage – et de transmission de l’information – présente en effet de nombreux atouts. Il permet notamment de favoriser l’implication et la motivation des utilisateurs grâce à son aspect immersif et interactif. Les “joueurs” peuvent par exemple se retrouver plongés dans un univers virtuel, dédié à un événement raconté, et se voir attribuer des objectifs à atteindre. 

C’est là tout l’exemple de Fort McMoney, le “jeu documentaire” de David Dufresne. En 2013, le journaliste proposait à l’internaute de se plonger pendant plusieurs semaines dans la ville pétrolière de Fort McMurray, au Canada. Le but : “faire triompher sa vision du monde”, en participant virtuellement à des débats publics et en interrogeant des acteurs locaux. Un an après sa mise en ligne, l’expérience comptait 417.000 “vrais joueurs”, c’est-à-dire des personnes ayant un minimum exploré le jeu. 

Ce genre de format facilite l’engagement de l’utilisateur qui devient un acteur de l’information. Sans son action – cliquer, lire, défiler, faire des choix – le jeu n’avance pas et il ne peut atteindre l’objectif visé. Ainsi, lancer une partie engage de fait l’internaute, si toutefois le but du jeu éveille son intérêt et lui paraît réalisable sans être trop simple. 

Enfin, de par son originalité, le format suscite la curiosité. Le jeu vidéo en tant que tel est un atout, car les jeunes générations en possèdent déjà les codes. D’après le bilan du marché du jeu vidéo du SELL/Médiamétrie de 2020, 92 % des 15-18 ans et 87 % des 19-24 ans jouent régulièrement aux jeux vidéo. Le jeu vidéo d’information semble donc être un format parfaitement adapté pour réconcilier la Génération Z avec une information de confiance. En effet, il n’est pas nouveau d’apprendre que cette nouvelle génération est celle qui délaisse les formats d’information traditionnels que sont la presse écrite, la radio et la télévision au profit des médias numériques.

La réception du newsgame 

On a souvent perçu le newsgame comme un moyen de rattraper cette audience, en considérant qu’il correspondait aux pratiques des jeunes générations. Pourtant, depuis son apparition dans les médias il y a dix ans, il reste difficile de mesurer sa réception. Encore aujourd’hui, le newsgame est généralement développé et publié sous l’étiquette de l’ »innovation« . 

En 2020, à l’occasion des élections municipales, le site de La Nouvelle République publiait une série de trois newsgames – l’œuvre d’étudiants de Sciences Po Rennes, de l’Insa Rennes, de Lisaa et d’une collaboration avec l’Ouest Médialab. Pour Matthieu Le Gall, journaliste de la rédaction qui a co-piloté ce projet, c’était surtout « l’occasion de montrer qu’une petite rédaction de presse quotidienne régionale est capable d’accueillir ce genre d’innovation« 

Le suivi de l’audience mis en place par la rédaction n’étant pas très précis à ce moment-là, confie Matthieu Le Gall, il n’est pas possible de savoir quel public a joué le plus à ces newsgames.

Du côté de chez Casus Ludi, studio spécialisé dans la médiation par le jeu et créateur de newsgames (NDDL Newsgame, Ortolandes, SMS Leaks), c’est le même constat. Bastien Kerspern, le cofondateur du studio, explique que les audiences n’ont pas été mesurées, notamment pour des raisons de respect de confidentialité. Comme souvent dans les projets « innovants », la mesure précise de la réception par l’audience a été oubliée dans les objectifs. 

L’importance du ciblage

La définition d’un public cible est pourtant primordiale pour les médias et le newsgame ne devrait pas en être exempté. On ne fait pas le même jeu si l’on s’adresse à des adolescents ou à des actifs de 40 ou 50 ans, explique Bastien Kerspern. Le newsgame est d’autant plus compliqué à mettre en place qu’il doit également prendre en compte les habitudes de jeu du public, “il faut savoir cerner le profil du joueur pour adapter le jeu” estime le designer d’interactions.

En effet, si une grande majorité des jeunes jouent aux jeux vidéo, ils n’en ont pas tous la même pratique. Le bilan du SELL/Médiamétrie, par exemple, classe les joueurs en quatre catégories : les “casuals”, les conviviaux, les actifs engagés et les investis technophiles. Chacun étant caractérisé par une conception différente du jeu, un genre et un support de prédilection, une fréquence de jeu plus ou moins régulière, etc. Ce serait alors une erreur de concevoir ce public comme une seule et même entité. Selon Bastien Kerspern, les utilisateurs allant vers les newsgame seraient d’abord des joueurs dits “casuals”, à l’inverse les “gros joueurs” sont très peu intéressés par ce format. 


Une hiérarchie des groupes selon leur intensité du jeu (SELL/Médiamétrie)

En plus du ciblage de l’audience, de nombreux autres paramètres sont à prendre en compte lors de la conception d’un newsgame pour garantir sa pertinence. Bastien Kerspern recommande par exemple d’étudier les codes culturels actuels de la cible, “il est intéressant de voir les jeux, les séries, les usages auxquels sont habitués nos joueurs pour détourner ce médium et appuyer notre jeu dessus”, détaille-t-il. De la même manière, l’utilisation d’une technique de jeu préexistante – et en vogue – permet d’une part de réduire le temps d’appropriation du newsgame par les utilisateurs, d’autre part de ne pas se tromper en misant sur une mécanique qui fonctionne. 

Mais même si la forme semble adaptée, il ne faut pas négliger le fond. En effet, tous les sujets ne se prêtent pas à un traitement par le jeu et pour attirer les jeunes générations, il faut avant tout répondre à leurs intérêts

L’immersion est-elle la clé ? 

Le newsgame, selon la forme qu’il prend, peut être considéré comme un sous-genre du journalisme immersif. Apparu il y a moins de dix ans dans les rédactions, cette pratique se caractérise par l’utilisation des technologies de réalité virtuelle, de réalité augmentée, de réalité mixte et de vidéo 360° pour plonger le spectateur au cœur de l’information, d’un reportage ou documentaire.

Ces technologies favorisant l’immersion sont peu, voire pas, utilisées dans la production de newsgame. Pourtant, elles promettent, grâce à un ressenti émotionnel accru, “une meilleure transmission de l’information et, ce faisant, une meilleure compréhension du récepteur, une meilleure intellection des sujets d’actualité”, écrivent Céline Ferjoux et Emilie Ropert Dupont. Dans leur publication “Journalisme immersif et empathie : l’émotion comme connaissance immédiate du réel”, elles citent une série d’études récentes qui montrent que l’incarnation d’un avatar par un individu a des conséquences sur son comportement. En 2018, Domna Banakou, Sameer Kishore et Mel Slater ont démontré que, “lorsqu’ils incarnent Einstein, les sujets ayant une faible estime d’eux-mêmes ont de meilleurs résultats dans la résolution de problèmes que lorsqu’ils incarnent une personne lambda.”

Une donnée à prendre en compte si l’on envisage le métavers comme un futur potentiel, où nous pourrions incarner quotidiennement des avatars. On considère en effet qu’en se mettant dans la peau d’un personnage, l’utilisateur aura conscience de ce que ressent ce dernier et sera ainsi “plus enclin à comprendre l’histoire qui lui est racontée. Avec le journalisme immersif, on ne parle plus de storytelling, mais de storyliving. L’utilisateur “vit” l’information à travers les technologies immersives. 

Le récent lancement de Seven Grams, une expérience en réalité augmentée proposant d’explorer les enjeux de la fabrication d’un smartphone et coproduit par France Télévisions, a permis de constater l’engouement du jeune public pour ce format. Présentée et testée lors des Assises internationales du journalisme de Tours en octobre 2021, l’application a rencontré un certain succès auprès des collégiens et des lycéens, visiblement déjà très à l’aise avec ce type de technologie. L’expérience prouve que le jeune public est prêt à accueillir ce format. Bastien Kerspern estime justement que les publics sont plus demandeurs de formats innovants (à condition que le contenu adresse leurs préoccupations), que les rédactions ne sont prêtes à se lancer dans leur développement.

Conclusion

Le newsgame devrait être moins perçu comme un médium de conquête que comme un médium d’information. Ce qui va davantage compter pour le public, c’est l’information délivrée, avant le format utilisé. Si le sujet ne les intéresse pas, il y a en réalité peu de chances que les jeunes générations cliquent, peu importe la forme qu’il prend.

Si l’audience est déjà versatile, elle le serait encore plus dans un monde virtuel tel que le métavers. Il sera nécessaire pour les médias de continuer à exister sur ce marché hautement concurrentiel, en adaptant leurs productions journalistiques.

Le potentiel du newsgame pour attirer un nouveau public n’est pas à remettre en cause. Cependant, si jusqu’à maintenant les jeux vidéo d’information ont principalement été diffusés dans un objectif d’innovation, il faudra désormais le faire dans un objectif d’information ciblée et de qualité. Cela passe alors par une compréhension de son public, de ses codes culturels et de ses habitudes de jeu.

 

Image de couverture : Andrey Metelev sur Unsplash

Liens vagabonds : Facebook veut changer d’identité

À RETENIR CETTE SEMAINE

Facebook veut se reconvertir dans le métavers – Facebook met les bouchées doubles pour développer son métavers. Le groupe souhaite créer 10.000 emplois en Europe dans les cinq prochaines années pour atteindre son objectif. Mark Zuckerberg pourrait annoncer la semaine prochaine un changement de nom, pour refléter davantage l’orientation de son entreprise vers la création d’un métavers et son positionnement sur d’autres secteurs que celui des médias sociaux (et leur historique de scandales). 

Ce changement de marque arriverait en effet à point nommé, alors que la réputation de Facebook se détériore peu à peu, et s’apparente à une stratégie mise en place par Mark Zuckerberg pour dissocier ses ambitions futuristes des récentes critiques faites à Facebook. Mais ne vaudrait-il pas mieux changer le fonctionnement interne de la firme ?

TRUTH Social, le réseau social à la sauce Trump – Après avoir été banni de la majorité des réseaux sociaux, dont Facebook, Twitter et YouTube, Donald Trump avait promis de créer un réseau social. Chose promise, chose due, l’ancien président américain a annoncé le lancement de TRUTH Social, une plateforme de type Twitter pour « s’opposer à la tyrannie des Big Tech ». Cette dernière fait partie de la société Trump Media & Technology Group (TMTG) qui vise également à exploiter un réseau d’information, une offre VOD et une entreprise de services technologiques.

À peine annoncé, le nouveau réseau social a déjà été pris d’assaut par des hackers, pour humilier Donald Trump. La nouvelle attire en tout cas les investisseurs qui ont fait s’envoler les actions de Digital World Acquisition, avec laquelle TMTG va fusionner. Seulement, après l’échec du blog de Trump cet été, TRUTH Social pourrait bien subir le même sort.

Pendant ce temps, les recherches internes de Twitter montrent que le réseau social agit comme un mégaphone pour la droite.

Cette semaine en France

Droits voisins – L’Alliance de la presse d’information générale (APIG) et Facebook signent un accord cadre ; Le Monde et Le Figaro avaient déjà signé un partenariat. Google, de son côté, a déjà conclu un accord avec les éditeurs de presse en France au début de cette année. Ces largesses des Gafa en France sont loin d’être volontaires : L’évolution est liée à la législation européenne qui a été mise à jour pour réformer les règles du droit d’auteur numérique en 2019 afin, entre autres, d’étendre les droits voisins aux extraits (snippets) des éditeurs, en réponse aux critiques de l’industrie de la presse selon lesquelles les géants de l’adtech s’appropriaient le journalisme de qualité que les utilisateurs de leurs plateformes partagent. Ces négociations s’inscrivent dans une tendance globale : en février de cette année, l’Australie avait déjà adopté le « News Media Bargaining Code » qui exige des plateformes technologiques dominantes qu’elles négocient avec les éditeurs de presse et les dédommagent pour l’utilisation de leur contenu en ligne. Mais il n’est peut être pas l’heure de crier victoire : en même temps, Facebook annonce renforcer son onglet News, sans considération de rémunération, pour l’instant.

Changement climatique : comment Total et Elf ont contribué à semer le doute depuis des décennies

3 CHIFFRES

Plus de 33 millions de visites par mois sont enregistrées par les sites de désinformation français.

72 % – c’est la part des Français qui n’ont pas confiance dans les réseaux sociaux.

900M de dollars – c’est la somme que devrait générer la série Squid Game, selon Netflix.

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Liens vagabonds : LinkedIn fait ses adieux à la Chine

A RETENIR CETTE SEMAINE

LinkedIn quitte la Chine – La majorité des grandes plateformes comme Facebook, Google ou Twitter ne sont pas les bienvenus sur le territoire chinois depuis de nombreuses années. Seule LinkedIn y demeurait jusqu’à présent, mais c’est désormais terminé. Le réseau social professionnel détenu par Microsoft a annoncé la fermeture de son service de réseautage professionnel en Chine, invoquant “un environnement opérationnel avec des exigences de conformité accrues ». Microsoft a toutefois déclaré travailler sur une application nommée InJobs consacrée uniquement à la recherche d’emploi (sans les caractères propres aux réseaux sociaux comme les posts, partages, messages ou commentaires). 

Cette décision est le résultat de la répression chinoise sur les fonctionnalités de la plateforme, mais aussi de la dégradation des relations entre les États-Unis et la Chine, Washington accusant la complicité de LinkedIn dans le contrôle de l’information. Ces derniers mois, LinkedIn avait cessé d’afficher les profils de plusieurs militants et journalistes en Chine, ce qui avait créé la colère des législateurs américains. 

Ce que la décision signifiera pour les relations de Microsoft avec le marché et l’État chinois n’est pas clair à ce stade. Le Parti communiste chinois a procédé à des changements sur son marché national du cloud computing, par exemple, qui pourraient limiter l’avenir commercial pour les entreprises étrangères. 

Amazon manipule ses ventes – Une enquête de l’agence de presse Reuters, s’appuyant sur des milliers de pages de documents internes, montre qu’Amazon copie les produits populaires vendus sur son site pour ensuite favoriser sa production dans ses résultats de recherche. Ces pratiques concernent l’Inde, l’un des marchés les plus importants pour la firme américaine. Amazon avait déjà été visé par des accusations de concurrence déloyale et, plus tôt cette semaine, a déjà été accusé d’avoir abandonné un projet d’entrepôt pour ne pas avoir à payer davantage ses employés.

La sénatrice américaine Elizabeth Warren a préconisé le démantèlement d’Amazon.com, de leur côté les commerçants indiens ont demandé au gouvernement de mener une enquête sur les pratiques du géant du e-commerce. Les choses pourraient changer plus rapidement que prévu, face aux monopoles grandissants des géants de la tech, une législation américaine visant à interdire aux plateformes de favoriser leurs propres produits gagne en soutien

Le Cloud souverain devient cloud de confiance – Au mois de mai, l’État avait annoncé une doctrine en faveur de l’hébergement en France des services en ligne des administrations et des structures publiques et par conséquent de s’écarter des solutions de cloud répandues actuellement, comme Microsoft 365, qui est soumis à la législation américaine du Cloud Act, et qui autorise par conséquent la divulgation des données stockées par des sociétés américaines. Ces annonces gouvernementales autorisent cependant à utiliser des briques logicielles de groupes américains. Une politique qui encourage donc des offres hybrides, comme le partenariat Bleu entre Capgemini, OBS et Microsoft ou encore l’accord entre Google et Thales de la semaine dernière que l’on aura cependant du mal à afficher comme « souverain ». Le gouvernement change donc de vocabulaire et opte pour des clouds « de confiance ». Le cloud Thales/Google devrait débuter ses activités en 2022, et permettra alors de bénéficier de l’intelligence technologique et de la gestion de base de données du géant américain, ainsi que de souveraineté des données et son expertise sur la cybersécurité garantie par Thales. Avec Thales comme actionnaire majoritaire (Google devrait détenir environ 30% des parts), cette nouvelle société sera de droit français. Cette semaine, dans le plan « France 2030 », Emmanuel Macron a détaillé un plan d’investissement à 30 milliards d’euros dont une partie sera consacrée à la création du cloud de confiance.

Cette semaine en France

3 CHIFFRES

56% des Français qui ont au moins un compte sur un réseau social affirment qu’ils pourraient s’en passer

1/3 des Français écoutent des podcasts natifs en 2021

1% des streamers sur Twitch gagnent la moitié des revenus de la plateforme

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE

Infographie: Les pays qui font naître le plus de licornes en Europe | Statista

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@jbdjebbPourquoi ? Eh bien tout simplement parce que ça émet 10x moins de CO2. Air France vient de faire un Nice-Paris avec 30% de ce carburant ##goodsoup ##fyp♬ good soup – MARVEL FANS

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Médias en Seine 2021 : Les médias en quête de solutions durables pour habiter un monde commmun

Par Chrystal Delfosse, MediaLab de l’Information et Louise Faudeux, Direction de l’Innovation et de la Prospective 

La quatrième édition de Médias en Seine s’est tenue mardi 12 octobre 2021, entre la Maison de la Radio et le siège du groupe Les Échos. Les professionnels des médias étaient réunis pour échanger autour d’une thématique globale : “Habiter un monde commun”. 

Le programme a été orienté autour de quatre axes : La question de la confiance entre les médias et les citoyens, le rôle de l’information locale et la danger pour la démocratie. Le regard était également porté sur la jeune génération, celle qui grandit avec une nouvelle culture, s’éloigne des médias traditionnels et leur impose de repenser leurs formats. Les usages évoluent et pas uniquement du côté des plus jeunes, avec eux émergent de nouveaux modèles économiques qui doivent être pris en compte par les industries audiovisuelles. Enfin, les débats tournaient autour de la question comment comprendre et couvrir les combats de notre temps et recréer des liens avec les publicsNeutralité, activisme, impact : quelle est la juste place du média pour rendre le monde « meilleur » ? Cette édition 2021 était l’occasion de réinventer la presse écrite, la publicité, l’audio, le débat sur le climat ou encore la télévision gratuite. Voici quelques idées à retenir d’une journée riche en échanges.

Le renouveau de l’info locale : la nécessité de (re)nouer avec le public

Au centre des débats, Médias en Seine voulait mettre l’accent sur la nécessité de renouer avec le public. Avec une crise de confiance qui dure depuis de nombreuses années, accentuée par le mouvement des gilets jaunes, la presse est face à un défi de taille. Pour les médias locaux, premiers en contact avec le public, l’enjeu est d’autant plus important. Si pour Jean-Emmanuel Casalta, le directeur de France Bleu, l’information locale vit un certain renouveau ces dernières années. Ainsi, d’après le projet de recherche LINC, présenté par Nathalie Pignard-Cheynel, les médias locaux mettent de plus en plus le public au coeur de leur projet éditorial. L’étude recense notamment 550 initiatives axées vers le public en deux ans. 

Huit catégories permettant de caractériser l’implication des publics dans les initiatives recensées. Les pointillés distinguent les catégories touchant au processus éditorial de celles qui, a priori, ne concernent pas la production d’informations.

L’un des leviers privilégiés par les médias pour nouer avec l’audience est le journalisme participatif, qui “n’est pas mort” insiste Nathalie Pignard-Cheynel. Les intervenants à ses côtés en attestent : Faustine Sternberg, Jacques Trentesaux et Gilles Triolier sont tous trois membres de médias d’investigation locaux. Pour eux, les habitants de leur territoire sont aux premières loges de l’actualité. Il est alors important de leur laisser l’opportunité de communiquer leurs informations. Une manière d’impliquer le public et de traiter des sujets “concernants”. 

Faustine Sternberg, partage auprès du public l’expérience du crowdfunding du média associatif “Splann !”. En plus d’être une méthode de financement, ce système permet également de développer une communauté puisque les donateurs s’engagent à lire les enquêtes en y contribuant. Aussi, cela permet d’échanger avec le public en amont d’une publication et de “tester” le produit. 

Autre solution à privilégier : la transparence. Les médias locaux, tout comme les médias nationaux, s’engagent de plus en plus dans des efforts de transparence. Cela passe par l’explication de choix éditoriaux, par la définition d’un média, la production de making-of. Ces initiatives sont souvent menées en physique, en organisant des visites de locaux par exemple. 

Enfin, le numérique et les réseaux sociaux sont, malgré leurs algorithmes problématiques, considérés comme importants dans cette stratégie. Les médias locaux utilisent par exemple Facebook pour constituer des communautés importantes et pour identifier les besoins de ces dernières. Les outils de mesure d’audience et d’interactivité mis en place par la plateforme permettent aux rédactions de comprendre les sujets ayant le plus d’intérêt pour le public. La presse locale et régionale reste en effet dépendante des plateformes et des aides proposés par les géants de la tech, y compris du fonds d’aide d’urgence de Google News Initiative dont le bilan a été dressé dans une table ronde avec Damien Allemand, journaliste, Nathania Cahen, cofondatrice de Marcelle et Carole Gamelin, rédactrice en chef d’actu.fr. Pierre Louette, PDG du groupe Les Échos/Le Parisien constate : « Nous sommes devenus des producteurs d’infos adossés à des diffuseurs numériques« . 

On pense aussi au succès fulgurant du pure player Axios, dont le fondateur, Jim VandeHei a raconté l’histoire à Médias en Seine à travers son concept « smart et bref », une combinaison d’experts et d’efficacité. L’entreprise vient de lancer ses branches dans une 15aine de villes aux Etats-Unis avec un abonnement payant, répondant à un besoin de product-market-fit à la manière d’Amazon adapté au journalisme. « Axios HQ » le service de newsletters pour les entreprises, semble aussi être un business prometteur : 150 clients en moins d’un an et 1 million de $ de revenus.

L’information en ligne va-t-elle trouver son modèle de croissance ?

Face à la concurrence grandissante – depuis de longues années déjà – de la presse gratuite et de la masse d’information sur le Web, l’objectif des médias est de trouver un modèle économique stable. Parmi les solutions existantes, existe celle de l’abonnement numérique. En Europe, les populations sont plus ou moins enclines à payer l’information en ligne. Si en Norvège 45 % des habitants dispose d’au moins un abonnement numérique, ce chiffre tombe bien plus bas en France, où seulement 11 % de la population paye pour un média en ligne. C’est au Royaume-Uni que ce chiffre est le plus bas : 6 %.

Grâce à une étude menée par le Reuters Institute, et présentée par Nic Newman lors de Médias en Seine, on découvre les raisons pour lesquelles le public paye pour de l’information en ligne. Sont alors citées : l’accès à un contenu qualitatif et exclusif ; la praticité – le modèle numérique rend l’information accessible partout et tout le temps ; le soutien à la rédaction. Se pose alors la question : comment convaincre le public de payer pour de l’information en ligne ? Si de nombreuses personnes affirment que “rien ne pourra les convaincre » (50 % au Royaume-Uni et 40 % aux États-Unis), d’autres déclarent qu’un prix plus bas ou flexible, l’accès à un contenu sans publicités et à un contenu “plus riche et précieux” pourrait les inciter à s’abonner

En France, la crise du Covid-19 a entraîné plusieurs changements dans la presse quotidienne nationale. Le confinement a agi comme un accélérateur de tendance, déplaçant plus rapidement la consommation vers le support en ligne et augmentant de fait le nombre d’abonnés numériques. Les Échos, par exemple, a multiplié par cinq son nombre d’abonnements. De même, Le Monde a gagné 130.000 abonnés numériques pendant le confinement. Ainsi, en 2021, le chiffre d’affaires lié à ces abonnements est estimé à 50 millions d’euros, suffisamment pour rémunérer l’entièreté de la rédaction, affirme le président du directoire Louis Dreyfus. L’exemple du quotidien spécialisé L’Équipe est différent mais tout aussi marquant. Le journal n’a pas profité directement des abonnements liés au confinement, la rédaction ayant dû se réinventer après avoir perdu l’essence même de son contenu : le sport, mis à l’arrêt pendant plusieurs mois. Le journal a alors revu sa présence en ligne, transformant son site internet en plateforme de streaming à part entière. Résultat des courses : L’Équipe connaît aujourd’hui un rebond très fort et gagne en abonnés. 

Cette augmentation est également le résultat de stratégies enclenchées depuis plusieurs années, parmi lesquelles : 

Abonnements numériques et publicité ne sont cependant pas les seuls modèles de rémunération. Nic Newman identifie certains modèles pour financer le journalisme à l’avenir, tels que les dons (le Guardian compte par exemple 900.000 donateurs), la publicité native, les événements payants (à l’image de la Fête de l’Huma), le e-commerce, le financement participatif et le micropaiement. 

TV gratuite, s’unir ou mourir ?

Au moment où Le Monde et Le Figaro signent un accord avec Facebook sur les droits voisins, les télévisions gratuites doivent, de leur côté, trouver un moyen de résister aux géants américains. La table ronde « TV gratuite : s’unir ou mourir ? » a réuni Gilles Pélisson, PDG de TF1, Nicolas de Tavernost, Président du directoire M6, mais aussi Delphine Ernotte, Présidente de France Télévisions. Cette dernière soutient le projet de fusion des deux acteurs privés face aux plateformes américaines à la conquête du marché européen. Elle rappelle que « toutes les études au niveau européen montrent que les acteurs publics et privés sont des nains face aux acteurs américains. Les 66 entreprises de service public européennes pèsent en valeur 30 fois moins que les 10 géants de la tech« . La fusion de TF1 et M6 permettra de rester dans la course des technologies et de la data en unissant les plateformes. Pour la présidente de France Télévisions, les chaînes de télévision gratuites, qu’elles soient privées ou publiques, « fabriquent du commun« , du lien social, et la concurrence est source de créativité : un « grand champion privé appelle un grand service public« . 

L’audio dans tous ces états

Qui seront les grands gagnants de l’économie de la voix ? Pour l’audio, tout comme pour la télévision, la pandémie et les confinements de 2020 ont accéléré et parfois même révolutionné les usages. L’étude HavasParis/CSA pour le Paris Podcast Festival révèle que de plus en plus de podcasts sont écoutés à la maison, et non plus seul sous un casque, mais en famille ou avec des amis. Les Français confirment que le podcast est bel et bien devenu une pratique culturelle ancrée dans leur quotidien. Selon la même étude, le podcast est « un média qui fait du bien » : « gagner en bien-être« , « se recentrer sur soi« , « se poser » sont autant de raisons pour les Français d’une écoute régulière et de plus en plus concentrée des formats audio natifs à la demande (près de 15 % déclarent même ne rien faire d’autre quand ils écoutent un podcast). Clubhouse, premier réseau social audio apparu pendant la pandémie, profite d’un deuxième souffle en Afrique ou encore en Inde, où les infrastructures de réseau internet peu développées sont propices à un usage de l’audio.

Chez Spotify France, Antoine Monin observe une appétence grandissante pour les podcasts, « elle a doublé ces 12 derniers mois« . De nouveaux formats sont également apparus : »Cette année, la vraie innovation audio s’est faite sur le documentaire, sur le modèle des séries qui se consomment de manière passionnelle« , remarque Katia Sanerot, directrice générale du Studio de création de podcasts narratifs Louie Média. La voiture reste un des éléments clés de l’avenir de la radio, 40% de l’écoute de Franceinfo se fait toujours dans la voiture. Et selon Mathieu Gallet, cofondateur et président de Majelan, là aussi, c’est la data qui crée de la valeur pour produire et choisir le bon format à proposer au bon moment. Reste la question de la monétisation. Selon Mathieu Stefani, créateur du podcast « Génération Do It Yourself », le podcast n’est pas encore un format viral. Plusieurs modèles économiques sont en train d’être testés : de la publicité aux pourboires (sur Patreon ou Tipeee), en passant par les abonnements. Spotify a lancé la première place de marché publicitaire audio, qui permet aux annonceurs d’acheter des espaces publicitaires pour se connecter aux consommateurs d’audio numérique, et plus particulièrement aux auditeurs de podcasts.

Comment faire en sorte que les médias traditionnels se connectent avec les nouvelles générations ? 

Le service public a perdu les moins de 40 ans”, c’est le constat qui est tiré par Yves Bigot, le directeur général de TV5 Monde. Atteindre la jeune génération relève d’un enjeu démocratique, tant les médias de service public sont considérés, lors de cette journée, comme essentiels à la compréhension du monde. Delphine Ernotte, la présidente de France Télévisions, avance que, selon une étude de l’UER, plus l’audience des services publics augmente, plus la participation à la vie démocratique est forte. 

Pour parler à cette jeune génération, il faut savoir s’adapter à ses usages, sa culture et aux formats auxquels elle est habituée. Les présidents de médias de service public s’accordent sur ce point. Pour Yves Bigot, c’est avant tout une question de forme. L’idée n’est donc pas de leur pousser un type d’information différent, mais bien de s’adapter à leurs pratiques et leurs valeurs. Alors comment renouer le dialogue avec une génération qui a bâti ses propres médias, ses propres stars ? Les médias traditionnels ont dû faire la moitié du chemin en trouvant des alternatives à leur modèle actuel pour se connecter aux jeunes, à la fois dans l’objectif de leur faire consommer du contenu de leur marque média, mais aussi pour fidéliser ces audiences le plus tôt possible. 

Tout d’abord en investissant les plateformes. Olivier Laffargue, chef du service Snapchat et TikTok du Monde partageait le pari de leur lancement sur Snapchat, à la fois en voulant garder l’ADN du Monde, tout en respectant les codes de la plateforme, un prérequis pour pouvoir engager les jeunes. Un pari réussi avec plus de 300 000 lecteurs de la rubrique par jour. Max Foster, présentateur à CNN, a, de son côté, partagé la recette du succès de sa chaîne de journalisme terrain sur TikTok : « rester simple et diffuser des faits« .

Pour Marie-Christine Saragosse, le service public a déjà bien compris cette problématique.On serait morts si nous n’étions pas présents sur toutes les plateformes. France Médias Monde, dont elle est la présidente, a comptabilisé pas moins de 2,5 milliards de vues sur les plateformes numériques en 2020. 

De plus, de nouvelles verticales sont créées pour répondre au besoin d’activisme des jeunes, comme NowU, nous expliquait Gautier Curtil, directeur de l’offre. Cette nouvelle offre de France Télévisions à destination des jeunes a pour objectif de traiter du d’écologie, au travers de pratiques plus durables et moins polluantes, à la fois dans la construction de son site web et son offre rédactionnelle. À ce sujet, l’étude du Reuters Institue permet de constater que si une majorité du public s’accorde pour considérer que le rôle des médias est de transmettre une information factuelle, beaucoup pensent aussi que la neutralité n’est pas adaptée à tous les sujets. Les jeunes, en particulier, estiment que certaines thématiques telles que la démocratie, le racisme, la transphobie et la violence domestique ne devraient pas être traités de manière complètement neutre.

Enfin, est-ce que Twitch peut-il rallumer la politique ? Une table ronde avec Jean Massiet et Samuel Etienne a tenté de comprendre le phénomène de la plateforme anciennement réservée aux geeks gamers. De 5 minutes de revue de presse à l’antenne télé le présentateur animateur a pu passer à 2 heures de stream sur Twitch, dont 80% en interactivité. Contrairement aux médias traditionnels, qui sont basés sur un travail d’équipe, sur Twitch, on est confrontée à une starification, peut-être parfois en désaccord avec une analyse politique. Les utilisateurs de Twitch voient aussi d’un oeil critique l’arrivée des grands médias sur la plateforme, surtout quand elles n’en comprennent pas les codes. Pour l’instant, la campagne présidentielle ne se joue pas sur Twitch, mais la plateforme reste un endroit pour créer du lien avec les 18-30 ans à condition de s’adapter au format.

Désinformation : un équilibre fragile entre journalistes, plateformes, gouvernement et citoyens

Les élections présidentielles françaises de 2022 prennent évidemment une place importante du débat autour de la désinformation. L’histoire a prouvé qu’un simple fait-divers pouvait influencer une élection. Pour Stéphane Bouillon, Secrétaire général de la défense et de la sécurité nationale, toutes les classes politiques sont à risque d’être victime de fake news ou d’exacerbation de l’information. Ces ingérences proviennent à la fois de nos territoires nationaux, mais aussi de l’étranger pour être ensuite relayées en France. La Chine en est un exemple parlant : d’après un rapport de l’IRSEM, chaque jour, 2 millions d’agents chinois diffusent de fausses informations à travers le monde. Afin de surmonter ces attaques diffamatoires étrangères, la France a alors créé Viginum, afin de détecter sur les différentes plateformes la montée des informations. 

Mais les médias restent les acteurs principaux de cette lutte contre la désinformation. Que cela soit à travers les technologies déployées, comme INA Signature, un outil développé pour identifier les copies de vidéos et détecter si l’information présente dans ces dernière a été détournée, ou grâce aux cellules de factchecking des antennes, comme les Révélateurs de France Télévisions. 

Les plateformes sont aujourd’hui le terrain fertile de la mésinformation à travers leurs algorithmes. Dans une certaine mesure, des actions sont prises par ces dernières, à l’image de TikTok, expliquait Sarah Khémis, la responsable des relations institutionnelles pour le réseau social. La fonctionnalité « Know the Fact » de TikTok informe un créateur de contenu qui publie une vidéo pouvant comporter des informations fausses, que son contenu sera libellé comme information non vérifiée. Facebook, de son côté, a mis en place son propre Conseil de surveillance, représenté à Médias en Seine par Julie Owono, qui explique le principe de cette cellule d’auto-régulation constituée de personnalités issues de la société civile, de nationalités différentes et sans lien apparent avec Facebook

Malgré la lutte constante, le plus grand ennemi de l’information ne sont pas les algorithmes mais les croyances des citoyens, et même le factchecking est aujourd’hui factchecké. D’après Julien Pain, rédacteur en chef et présentateur de Vrai ou Fake sur France Info, moraliser les désinformateurs est un combat peu productif. Le principal est d’offrir à la population les outils et connaissances nécessaires pour désarmer les personnes qui diffusent les fake news. La guerre contre les fake news est une bataille que l’on peut tout à fait gagner d’après Antoine Bayet de l’INA, à condition de continuer de renforcer le lien entre journalistes, médias et citoyens. 

Cette édition 2021 nous rappelle la nécessité de porter attention aux dynamiques globales qui unissent médias, institutions et citoyens afin de dessiner des solutions durables aux mutations que traversent nos sociétés. Habiter un monde commun, c’est avant tout bâtir un climat propice à la collaboration de chaque acteur. Le rôle des médias dans la préservation de la paix civile est primordial face aux plateformes des géants de la tech. Il s’agira aussi de « chercher du sens et essayer de parler des choses, que pendant longtemps les médias n’ont pas essayé de comprendre, et qui du coup sont laissées à l’abandon« , comme le rappelle Charlotte Pudlowski, cofondatrice de Louie Media, afin de contribuer à faire émerger un nouveau narratif commun. Enfin, face aux 3 poupées gigognes rappelées par Serge Tisseron – économie de l’attention, captologie et manipulation -, on devra se poser la question de nos capacités de régulation et de l’éducation de nos enfants. 

Liens vagabonds : Un monde sans Facebook ?

À RETENIR CETTE SEMAINE

Facebook Down – Le monde peut-il réellement vivre sans Facebook ? La panne exceptionnelle ayant rendu indisponibles le réseau social et ses filiales Instagram et Whatsapp en début de semaine, et une deuxième fois ce vendredi, a montré à quel point nous sommes dépendants de ces plateformes. Si parmi les 3,5 milliards d’utilisateurs concernés par cette panne, beaucoup ont trouvé refuge sur Twitter, Signal et d’autres réseaux sociaux, nombreux sont ceux qui se sont retrouvés paralysés, tant les réseaux de la firme sont centraux dans leur communication et leur modèle économique. Pour certains pays, Facebook est synonyme d’Internet. La question de la position monopolistique de Facebook redevient urgente, tandis que l’entreprise a – une nouvelle fois – rejeté les accusations antitrust de la FTC à son encontre

Facebook Papers, la suite – Pour la première fois, Frances Haugen, la lanceuse d’alerte à l’origine des Facebook Files, a témoigné à visage découvert dans une émission de 60 minutes sur CBS. Entendue par la commission sénatoriale du Commerce, Frances Haugen a affirmé que Facebook cachait intentionnellement d’importantes informations sur l’impact de ses plateformes mettant en danger les enfants et la démocratie. Tandis qu’elle appelle le Congrès américain à réguler Facebook, la firme appelle, quant à elle, à une régulation de l’Internet et demande aux législateurs d’imposer des “règles standard”. L’Europe a également réagi à l’affaire, deux membres du Parlement ont demandé l’ouverture d’une enquête sur ces allégations, avant que la vice-présidente de la Commission ne s’entretienne avec Frances Haugen au sujet des régulations des géants de la tech.

Mark Zuckerberg est sorti de son silence, pour la première fois depuis le début du scandale. Seulement, ses réponses pourraient aggraver son cas. Le fondateur tout-puissant de Facebook ressemble de plus en plus à un boulet, même lorsqu’il fait preuve de bon sens. De premières réflexions de Zuckerberg sur la vie privée datant d’il y a 15 ans hantent maintenant FacebookLes meilleurs jours de Facebook semblent derrière lui et la sortie de crise n’est pas toute proche.

En cette semaine noire pour Facebook, le reste des Gafam tente de briller par des actions positives : Google et YouTube prennent des mesures pour lutter contre la désinformation climatique, et Tim Cook veut que vous soyez créatifs, pas accro au scroll sur Facebook et Instagram

Squid Game et le soft power coréen La culture coréenne a conquis le public étranger depuis plusieurs années, mais les exemples de succès à l’international se sont récemment multipliés, à l’image de Parasite pour l’industrie du cinéma ou du groupe BTS pour la musique. La série Squid Game, diffusée sur Netflix, continue de marquer cette tendance en devenant la série la plus regardée du moment dans plus de 75 pays. Un succès à la fois culturel et économique pour le pays. Si l’exportation de contenus de divertissement coréens dans le monde est encore faible en comparaison aux industries lourdes, sa croissance est significative avec une augmentation de 6,3% par rapport à l’année dernière (en pleine pandémie). Cet engouement du public pour les productions coréennes est poussé par Netflix, qui investit massivement dans les K-drama en 2021. Squid Game pourrait ouvrir un nouveau chapitre de l’histoire de la télévision.

L’industrie de la mode n’est pas non plus passée à côté de ce succès. HoYeong Jun, protagoniste de la série à succès, a été nommée ambassadrice internationale de Louis Vuitton. Netflix en a aussi profité pour lancer sa collection de t-shirt à l’effigie de Squid Game et la marque de chaussure Vans a vu exploser les ventes de son modèle slip-on blanc qu’on retrouve dans les épisode de la série.

Cette semaine en France

3 CHIFFRES

ESPN emploie un quart de toutes les femmes rédactrices sportives aux Etats-Unis et au Canada, c’est-à-dire 5

500 000 – C’est le nombre d’impressions publicitaires journalières qui sont délivrées en Europe basées sur une collecte illégale des données en dépit du RGPD

8,5 milliards de dollars – les commissions tirées par Apple des jeux mobiles dépassent ceux combinés de Microsoft, Sony, Activision et Nintendo

 

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE

Des usages mis à jour par la pandémie, la 9ème édition de Data Never Sleeps

NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ

DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION

GAFA / BATX 

DONNEES, CONFIANCE, LIBERTÉ DE LA PRESSE, DÉSINFORMATION

LEGISLATION, REGLEMENTATION

JOURNALISME

STORYTELLING, NOUVEAUX FORMATS

ENVIRONNEMENT

RÉSEAUX SOCIAUX / MESSAGERIES

STREAMING, OTT, SVOD

AUDIO, PODCAST, BORNES

DATA, AUTOMATISATION, INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, BLOCKCHAIN

IMMERSION, 360, VR, AR

MONÉTISATION, MODÈLE ÉCONOMIQUE, PUBLICITÉ

JEUX VIDEO, eSPORT

5G, 8K

TECH, STARTUPS, INNOVATION, TRANSFO NUM

OUTILS

 

ES avec Kati Bremme, Chrystal Delfosse & Louise Faudeux

Évolution de la profession et attentes citoyennes : quels constats pour le journalisme français en 2021 ?

Par Chrystal Delfosse et Louise Faudeux, MediaLab de l’Information de France Télévisions 

Si les journalistes sont toujours perçus comme étant très utiles par 89% des Français en 2021, ils doivent faire face à de nouveaux défis. Le contexte inédit de la crise sanitaire ainsi que les enjeux sociétaux et environnementaux de plus en plus importants, doivent amener les journalistes, et les rédactions, à repenser leurs pratiques. 

Le baromètre social de la profession, basé sur la dernière enquête de Jean-Marie Charon et Adénora Pigeolat, ainsi que le baromètre ViaVoice, tous deux présentés lors de la 14ème édition des Assises Internationales du Journalisme de Tours, font le point sur la situation professionnelle des journalistes, ainsi que sur le traitement des questions d’actualité.

Qui sont les journalistes qui quittent la profession ?

Comme tous les ans, tel un “rituel des Assises”, le sociologue Jean-Marie Charon a présenté à Tours le baromètre social du journalisme pour l’année 2020. Cette année ne pouvait être qu’une année particulière, compte tenu de la crise sanitaire qui aura poussé les rédactions à repenser leurs méthodes de travail et les journalistes à questionner le sens de leur métier.

En résulte alors une nouvelle année de recul du nombre de journalistes en France. Depuis onze ans, ce chiffre a reculé de presque 10%, passant de 37.392 cartes de presse en 2009  – la période la plus élevée -, à 34.132 en 2020.

L’année a été particulièrement marquée par la baisse du nombre de journalistes entrant dans la profession, avec quasiment 40% de demandes de cartes de presse en moins par rapport à l’année précédente. Pour Jean-Marie Charon, cela témoigne d’un recul des ouvertures de postes.

Surtout, derrière ces chiffres se trouvent des journalistes de plus en plus nombreux à quitter la profession. Pour comprendre ce phénomène, Jean-Marie Charon a mené l’enquête avec Adénora Pigeolat, chercheuse à l’Université Le Havre – Normandie. Publiée le 30 septembre 2021, sous le titre “Hier journalistes, ils ont quitté la profession”, cette enquête s’intéresse au parcours de 55 journalistes en cours de reconversion.

Femmes, jeunes, et précaires

Ces départs peuvent résulter d’une charge de travail jugée trop importante, d’un désenchantement du métier, de phénomènes de harcèlement et aussi – et surtout – d’une précarité grandissante. Parmi les journalistes interrogés, nombreux sont ceux qui ont connu des périodes de précarité : chômage, piges, CDD, statuts non reconnus. Ces situations touchent un nombre grandissant de journalistes. En 2020, 27,6 % d’entre eux étaient en situation de précarité. 

Les femmes sont les premières concernées. Elles représentent deux tiers des journalistes quittant la profession. Leurs témoignages révèlent des situations similaires entre elles : harcèlement en interne et en externe, discrimination dans les salaires et les évolutions de carrière, précarité. Jean-Marie Charon souligne également la part importante de jeunes concernés par ces départs, près de la moitié ayant moins de 35 ans. Ces derniers mettent alors fin à leur carrière après, à peine, dix ans d’exercice. 

Dans leur enquête, les chercheurs donnent une place importante à la compréhension des burn-out. Ces épuisement professionnels liés au stress engendré par le travail sont de plus en plus fréquents chez les journalistes. Jean-Marie Charon les lie à l’évolution récente des organisations et aux nouvelles manières de travailler. La transformation numérique des entreprises de presse aurait dégradé les conditions de travail des journalistes, les poussant à travailler plus vite, à être polyvalents, alourdissant ainsi leur charge de travail.

Perception du traitement de la crise sanitaire dans les médias, un bilan mitigé

Tout comme l’année précédente, les Français sont partagés sur le traitement de l’information en lien avec l’urgence sanitaire. 60% d’entre eux estiment que la crise du Covid-19 a été traitée de façon trop importante dans les médias

D’une part, la fréquence et la tonalité utilisées ont fortement contribué à la mauvaise perception du traitement de l’information. La perception catastrophiste du traitement de la crise s’est alors renforcée depuis l’année précédente. 

De plus, après ces 18 mois de crise, les Français ressentent un sentiment d’inutilité de l’information avec plus d’un tiers des personnes interrogées qui estiment que ces infos ne leur sont pas utiles pour leur vie quotidienne.

Pour les mois à venir, la population attend donc majoritairement (50%) un journalisme de solutions, pour apprendre à se protéger de la maladie par exemple. La notion de véracité de l’information et d’expertise leur tient aussi à cœur, avec 48% d’entre eux qui souhaitent du fact-checking sur les informations qui circulent sur la pandémie, et 45% qui attendent des expertises de spécialistes sur les questions sanitaires.

Les Français veulent être mieux informés sur le changement climatique

Les enjeux climatiques devenant de plus en plus pressants, les Français sont en demande d’information sur ces questions. Même si 61% des Français se sentent suffisamment informés sur le changement climatique, seulement 11% se considèrent tout à fait informés sur le sujet. De l’autre côté, 35% d’entre eux considèrent ne pas être assez informés par les médias sur ce sujet.

Un véritable besoin d’information reste donc à combler. 53% des Français estiment que les médias ne donnent pas assez de place aux questions posées par le changement climatique, un pourcentage en hausse depuis le début de la crise sanitaire. En termes d’attente et de ligne éditoriale, le constat est relativement similaire à celui que l’on peut faire sur la pandémie : les Français trouvent le traitement journalistique du changement climatique trop anxiogène (35%), catastrophiste (33%) et moralisant (25%).  

Ces derniers sont ici encore en attente d’informations constructives proposant des solutions pour lutter contre le réchauffement climatique (51%) et qu’elles fassent le sujet de vérification (42%).

Finalement, 58% des Français indiquent que s’ils connaissaient les engagements d’un média pour limiter son impact sur l’environnement, ils auraient tendance à le consommer davantage au détriment d’un autre moins respectueux de son empreinte écologique. Les médias auraient donc tout à gagner en adaptant leur ligne éditoriale (et leurs méthodes de production) aux changements climatiques.

La désinformation en temps de crise

Face à ces différents enjeux, les médias font alors face aux défis sous-jacents de la véracité de l’information. Six Français sur dix estiment que les journalistes ne sont pas suffisamment outillés, ou n’ont pas de culture scientifique suffisante, pour fournir des informations scientifiquement fiables. 

On appelle donc à un niveau d’expertise plus important pour les sujets traités avec une utilité jugée importante de la parole des experts par les Français (que ce soit pour l’urgence climatique à 77% et pour la crise sanitaire à 72%).

 

Le journalisme se trouve désormais face à un double défi : continuer à incarner l’institution de l’information qu’il représente aux yeux de l’opinion et proposer aux Français les outils nécessaires pour affronter les enjeux de demain. Cela peut passer par un changement de ton dans la présentation de l’information et par une meilleure écoute des besoins des citoyens. À travers les crises sanitaire et climatique, les Français ont manifesté leur intérêt pour un journalisme de solutions. Avec des rédactions qui doivent répondre à l’épuisement de la profession, un journalisme qui prend en compte les grandes questions sociétales pourrait aider à redonner du sens au métier et réconcilier les aspirations de la jeune génération de journalistes avec la réalité du métier.  

 

Crédit Photo de Une : Blake Cheek sur Unsplash

Liens Vagabonds : Le climat fait la Une

À RETENIR CETTE SEMAINE :

Médias / Climat  – À l’aube de la COP26 qui aura lieu à Glasgow en novembre prochain, la situation climatique continue de se dégrader et les éditeurs en font (enfin) un sujet à la Une. L‘observatoire des médias et du changement climatique a indiqué dans son rapport mensuel d’août 2021 que la couverture médiatique en lien avec le réchauffement de la planète était la plus importante depuis plus d’une décennie, avec des éditeurs qui développent de nouvelles verticales traitant spécifiquement des changements climatiques.

 

Plus de la moitié des Français (53 %) estiment que les « questions posées par le changement climatique » n’occupent pas « une place assez importante » dans l’actualité, selon un sondage Viavoice réalisé pour les Assises du journalisme, en partenariat avec France Télévisions, France Médias Monde, le Journal du dimanche et Radio France. La transition écologique des médias nécessiterait alors des remodelages opérationnels au sein des rédactionsPour mieux équiper les équipes journalistiques, des organismes tels que la fondation Temasek et la World Association of New Publisher accompagnent les rédactions face à ce nouvel enjeu.

Instagram Kids – Alors que Facebook avait prévu la sortie de la plateforme Instagram Kids pour les moins de 13 ans, la récente enquête du Wall Street Journal a fait remonter à la surface l’impact psychologique de la plateforme sur les adolescents. Adam Moserie, CEO d’Instagram, a annoncé la suspension de ce lancement, ce qui ne satisfait pas certains sénateurs américains qui souhaiteraient que Facebook renonce totalement au projetFacebook dément les affirmations du WSJ et rend public les résultats de son enquête sur le bien-être des adolescents. L’entreprise de Mark Zuckerberg s’efforce d’apaiser le tollé suscité par ce nouveau scandal. 

Des recherches internes de Facebook avaient révélé des opportunités d’affaires auprès des jeunes dès le plus jeune âge pour s’adapter aux nouvelles consommations d’écran, qui débutent désormais en moyenne dès l’âge de 6 ans. En effet, les enfants et pré-adolescents utilisent les réseaux sociaux, mais le taux d’acquisition de ces jeunes sur Facebook comparativement à ses concurrents TikTok et Snapchat est notablement bas. L’objectif des plateformes destinées aux enfants tels que Messenger Kids, YouTube Kids et supposément Instagram Kids, serait donc de créer des espaces plus sécurisés pour les jeunes générations, mais surtout de les recruter dès le plus jeune âge dans l’espoir qu’ils continuent à utiliser la plateforme au fil du temps.

La Russie contre YouTube – YouTube a supprimé les chaînes en allemand de Russia Today pour motif de désinformation en lien avec le CovidLe gouvernement russe a pour sa part répliqué en signifiant que les lois russes de la diffusion d’information avaient été violées par YouTube. L’autorité des communications Roskomnadzor a demandé de lever la suppression des chaînes, sous menace de suspendre la plateforme dans le pays, suivant l’annonce du Ministère des Affaires Etrangères, parlant d’un « Barbarossa informationnel » et d’un « acte d’agression d’information sans précédent de la part de YouTube », qui serait d’ailleurs soutenu par les autorités allemandes. 

Cette menace va dans le sens des offensives russes de ces derniers mois contre les GAFA, entre autres pendant les élections législatives russes. Moscou a en effet accru la pression sur les entreprises technologiques étrangères dans le cadre d’une campagne de longue haleine visant à affirmer une plus grande souveraineté sur son segment de l’internet, notamment en obligeant les entreprises à stocker les données personnelles des Russes sur son territoire. Russia Today n’est pas le premier média à se voir appliquer les conditions d’utilisation de YouTube. Sky News Australia, oneTalk et le One America News Network s’étaient aussi vus suspendre temporairement leurs comptes pour des motifs de désinformation dans la dernière année.

Cette semaine en France

3 CHIFFRES

1 milliard – le nombre d’utilisateurs actifs mensuels pour TikTok, le site entre aussi dans le top 50 des sites internet les plus visités selon Médiamétrie

8,99€ – le nouveau tarif de l’offre “Essentiel” de Netflix après la nouvelle hausse de la rentrée 2021

76% – la part d’influenceurs Instagram qui dissimulent le hashtag #ad dans leurs publications sponsorisées

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE

Infographie: YouTube génère plus de 20 % du trafic Internet mobile | Statista Vous trouverez plus d’infographie sur Statista

NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ

DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION

GAFA / BATX 

DONNEES, CONFIANCE, LIBERTÉ DE LA PRESSE, DÉSINFORMATION

LEGISLATION, REGLEMENTATION

JOURNALISME

STORYTELLING, NOUVEAUX FORMATS

ENVIRONNEMENT

RÉSEAUX SOCIAUX / MESSAGERIES

STREAMING, OTT, SVOD

AUDIO, PODCAST, BORNES

DATA, AUTOMATISATION, INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, BLOCKCHAIN

IMMERSION, 360, VR, AR

MONÉTISATION, MODÈLE ÉCONOMIQUE, PUBLICITÉ

JEUX VIDEO, eSPORT

5G, 8K

TECH, STARTUPS, INNOVATION, TRANSFO NUM

OUTILS

 

ES avec Kati Bremme, Mathilde Caubel & Chrystal Delfosse 

Une baisse de la consommation d’information sur les réseaux sociaux en 2021 ?

Par Louise Faudeux et Mathilde Caubel, MediaLab de l’Information de France Télévisions 

Alors que la participation des réseaux sociaux à la propagation des Fake News est de plus en plus mise en cause, nombreux sont ceux qui se tournent encore vers ces sources pour s’informer. Comme chaque année, le Pew Research Center a publié une étude quantitative sur la consommation d’informations sur les réseaux sociaux. Cette étude a été menée sur un panel de 11.178 adultes américains, entre juillet et août 2021.

Après une année de pandémie mondiale et son lot d’infodémie, de complotisme et de désinformation, le nombre de personnes qui vont chercher de l’information sur les réseaux sociaux est en légère baisse, même si un tiers des utiliateurs de Facebook américains continue à considérer la plateforme de Mark Zuckerberg comme une source d’information fiable. TikTok, de son côté, est en train de monter comme canal d’information auprès des jeunes, avec 29% des utilisateurs du réseau social d’origine chinoise qui s’y rendent régulièrement pour s’informer.

Le nombre de personnes s’informant sur les réseaux sociaux est en (légère) baisse

Même si de plus en plus d’Américains attendent une meilleure régulation du gouvernement face à la circulation de fausses informations en ligne, nombreux sont ceux qui continuent à se tourner vers les réseaux sociaux pour suivre l’actualité. Mais leur nombre est en légère baisse. Ils sont cette année 48% a déclarer s’informer “souvent” ou “parfois” sur les réseaux sociaux contre 53% l’an passé

Ainsi on peut aussi noter que le nombre d’Américains ne s’informant pas sur les réseaux sociaux ou plus généralement sur internet est en légère hausse (33% en 2021 contre 28% en 2020). 

Un tiers des utilisateurs américains s’informe sur Facebook, YouTube comme deuxième source d’information 

En ce qui concerne les réseaux vers lesquels le panel se tourne dans le but de s’informer, Facebook reste en tête. Quand on a demandé à des utilisateurs de 10 réseaux sociaux s’ils s’y informent régulièrement, 31% des utilisateurs de Facebook (66% des sondés) ont ainsi répondu à l’affirmative. Bien qu’ayant plus d’utilisateurs dans le panel (72%), YouTube est derrière avec 22% d’utilisateurs qui l’emploient pour s’informer. 

Twitter et Instagram sont aussi des sources non négligeables pour le panel avec respectivement 13% et 11% d’utilisateurs déclarant souvent s’y informer. Les six autres réseaux sociaux utilisés par le panel ne sont pour le moment pas vraiment considérés comme des sources d’informations par leurs utilisateurs : Reddit (7%), TikTok (6%), LinkedIn (4%), Snapchat (4%), WhatsApp (3%) et Twitch (1%).

Cependant, on peut tout de même noter que le pourcentage d’utilisateurs de Facebook déclarant s’y informer est en baisse : ils étaient 36% en 2020. 

Twitter : peu d’utilisateurs, mais une consommation de l’information majoritaire 

En examinant la proportion d’utilisateurs des différents médias sociaux, on observe que certains sites sont davantage utilisés comme source d’information malgré le fait que leur audience globale soit relativement faible comparativement à d’autres plateformes. Twitter n’est par exemple utilisé que par 23% de la population américaine, mais plus de la moitié de ses utilisateurs consultent le site comme média d’information. 

L’utilisation des réseaux sociaux comme source d’information régulière par leurs communautés respectives est restée relativement stable entre 2020, année de la pandémie mondiale, et 2021. On note toutefois que Facebook est légèrement moins utilisé qu’en 2020 pour consulter les nouvelles avec une baisse de 54% à 47%. En revanche, TikTok devient une source d’information de plus en plus crédible pour ses utilisateurs avec aujourd’hui 29% d’entre eux qui consultent régulièrement la plateforme pour accéder à l’information. Critiqué pour ne pas agir contre la circulation de rumeurs et de fausses informations, le réseau social vient d’ailleurs de lancer un programme de sensibilisation à l’information : #EspritCritTik.  

Des usages de consommation d’information qui diffèrent selon les profils démographiques 

Les profils démographiques des utilisateurs des réseaux sociaux diffèrent de manière notable lorsqu’il s’agit de consommation d’information. Selon l’étude du Pew Research Center, les adultes blancs constituent la majorité des consommateurs de nouvelles sur Facebook et Reddit (respectivement 60% et 54%) alors que moins d’un tiers des personnes consommant l’actualité sur Instagram sont blanches. Les communautés noires et hispaniques des États-Unis vont pour leur part représenter une part notable des personnes consommant de l’information sur Instagram (20% et 33%) et Snapchat (21% et 37%). 

On observe que les variables d’âge et de genre ont aussi un impact sur les sites de référence pour accéder à l’information. Là où les jeunes générations auront tendance à consulter Snapchat plus que le reste de la population, les femmes, pour leur part, sont davantage présentes que les hommes sur Facebook pour s’informer (64%).  

Crédit Photo de Une : Jakob Owens, Unsplash.

Liens vagabonds : L’empire Facebook mis à mal

À RETENIR CETTE SEMAINE :

Facebook, la suite – Après le FacebookGate et les révélations du Wall Street Journal la semaine dernière, la firme de Mark Zuckerberg se rebiffe et entre en guerre contre ces critiques « infondées ». Facebook utilise même votre newsfeed pour amplifier sa propre propagande. Mais alors que l’entreprise est attendue pour témoigner des effets d’Instagram sur la santé des adolescents devant le Sénat, Facebook est visé par une nouvelle enquête, menée par ProPublica cette fois. Elle décrit comment le Marketplace, l’espace d’achat et de vente de la plateforme, est devenu le théâtre de milliers d’arnaques et comment la firme n’a pas su protéger ses utilisateurs.

Facebook est aussi sommé de communiquer des informations sur les comptes fermés au Myanmar promouvant la violence contre les musulmans Rohingyas. Si Facebook a l’habitude d’être l’objet de scandales, cette nouvelle vague d’accusations est probablement la plus importante depuis Cambridge Analytica. Facebook n’a plus d’excuses : Les dessous de l’effort pour défendre son imageFaut-il démanteler Facebook pour sauver le monde

Les appareils chinois sources de craintes – Des experts lituaniens ont dévoilé cette semaine un système de censure présent dans les téléphones du fabricant chinois Xiaomi. Dans un rapport de sécurité publié fin août, la Lituanie alertait sur d’autres problèmes de sécurité concernant des appareils Huawei et OnePlus. Xiaomi s’est défendu en niant toutes les accusations de censure. Les fabrications chinoises n’ont pas fini d’inquiéter le monde, alors que Huawei fait déjà l’objet d’un embargo technologique de la part des Etats-Unis, le pays pourrait bientôt s’attaquer à Honor.

TikTok, une menace pour les plus jeunes ? – En Chine, les jeunes de moins de 14 ans sont désormais limités à 40 minutes sur TikTok par jour. Cette mesure vise à protéger les enfants et adolescents de contenus dangereux pouvant apparaître sur l’application. Les jeunes seraient également exposés à de nombreuses fausses informations, notamment concernant le Covid-19 et la vaccination. Avec plus de 15 millions d’utilisateurs en France, TikTok est devenu un nouveau déversoir pour les adolescents.

Cette semaine en France

3 CHIFFRES

40%c’est la part de la Chine dans les brevets 6G déposés, la Chine mène la course malgré les sanctions US.

5 milliards de dollarsc’est la somme qu’aurait déboursé Facebook pour protéger Mark Zuckerberg d’une poursuite personnelle dans l’affaire Cambridge Analytica.

3,81 millions – de spectateurs ont suivi le débat entre Jean-Luc Mélenchon et Eric Zemmour sur BFMTV. Avec une part d’audience de 18,7 %, la chaîne a devancé TF1 jeudi soir.

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE

Infographie: Les pays qui émettent le plus de spams | Statista Vous trouverez plus d’infographie sur Statista

NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ

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STREAMING, OTT, SVOD

AUDIO, PODCAST, BORNES

DATA, AUTOMATISATION, INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, BLOCKCHAIN

“Beaucoup de journalistes écrivent des papiers à partir de communiqués de presse […] et puis vous allez lire l’étude et cela signifie juste que sur un aspect un peu étroit […] la machine est peut-être égale aux hommes ou meilleure que les hommes… » (Gary Marcus)

IMMERSION, 360, VR, AR

MONÉTISATION, MODÈLE ÉCONOMIQUE, PUBLICITÉ

JEUX VIDEO, eSPORT

5G, 8K

TECH, STARTUPS, INNOVATION, TRANSFO NUM

OUTILS

 

ES avec Kati Bremme, Mathilde Caubel & Chrystal Delfosse