Elections américaines : comment s’informent les jeunes ?

Par Alice Pairo, France Télévisions, Direction de la Prospective

Alors que les Primaires américaines battent leur plein, le Pew Research Center vient de dévoiler une nouvelle étude* « The 2016 Presidential Campaign – a News Event That’s Hard to Miss » encourageante sur l’intérêt persistant que suscite la politique, notamment chez les jeunes qui, à 83 %, disent s’être informés sur le sujet au cours de cette semaine d’étude.  

Age et éducation, deux variables clés

L’étude révèle que l’âge et le niveau d’étude ont un rôle crucial dans la façon dont on s’informe. La télévision câblée est le média favori des 65 ans et plus. Pour plus de 4/10ème (43%) d’entre eux, elle représente la source principale d’information. C’est 26% plus que n’importe quelle source et bien plus élevé que pour n’importe quel autre catégorie d’âge. Chez les jeunes (18-29 ans) par exemple, 12% seulement d’entre eux la considèrent comme source principale.

Cette catégorie privilégie en effet les réseaux sociaux pour s’informer. Ils constituent le canal de référence pour plus d’un tiers (35%) d’entre eux. C’est deux fois plus que pour la source qui se positionne en deuxième place: les sites de news et les applis (18%). Les réseaux sociaux sont plus rarement cités par les groupes plus âgés avec 15% des 30-49 ans, 5% des 50-64 ans et seulement 1% des 65 ans et plus. (lire l’étude « Millenials and Political News »)

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La radio attire elle des groupes d’âge plus diversifiés : entre 11 et 13% de ceux âgés de 18-29 ans, 30-49 ans et 50-64 ans la considèrent comme la source la plus pertinente. Un chiffre qui tombe à 5% chez les 65 ans et plus.

Par ailleurs ceux qui possèdent un diplôme universitaire citent davantage la radio, la presse écrite imprimée et les sites d’information et applications comme source d’information politique que ceux qui en sont dépourvus. Ces derniers se tournant davantage vers l’information issue de la télévision câblée et de la télévision locale.

L’influence du parti et de l’investissement politique

L’étude révèle que la couleur politique et l’investissement dans les élections jouent eux aussi un rôle important dans l’utilisation des médias. C’est en matière d’informations issues de la télévision câblée que l’écart est le plus net. Les Républicains (34%) sont presque deux fois plus nombreux que les Démocrates (19%) à les considérer comme la source la plus pertinente d’information (24% pour les indépendants).

Les Démocrates (18%) montrent une préférence pour les informations issues des télévisions locales, mais la différence avec les Républicains est moins importante (12% pour les Républicains et les Indépendants réunis).

Les américains qui votent aux Primaires ou lors de caucus ont, à l’égard des médias, un comportement différent de ceux qui ne le font pas. En effet, ceux qui prévoient de voter ont tendance à multiplier les sources d’information.

La moitié d’entre eux, s’informent à partir de cinq sources ou plus, contre 40% pour ceux pour qui le vote est moins probable. Le câble occupe la première place dans les deux groupes (27% vs 22%) suivi de la radio (12% vs 9%). Mais ceux qui votent considèrent la télévision locale (10% vs 17%) et les réseaux sociaux (11% vs 16%) comme moins pertinents que ceux qui ne prévoient pas de voter.

Le comportement sur les réseaux sociaux diffère lui aussi selon l’investissement dans l’élection. Même si ceux qui prévoient de voter emploient moins les réseaux sociaux, ils semblent plus engagés sur ces plateformes : 21% d’entre eux y partagent de l’information à propos des élections à travers un post ou sous forme de réponse à un post, contre 15% parmi ceux qui ne prévoient pas de voter.

Une information multicanale et hiérarchisée

Même si les américains ont leur préférence, la majeure partie d’entre eux s’informe à partir de sources diverses. Parmi ceux qui se sont informés sur les élections au cours de la semaine du 18 au 27 janvier, seuls 9% sont passés par un canal unique d’information. Et près de la moitié (45%) se sont informés à partir de cinq ou plus canaux d’information.

La télévision arrive là encore en tête. Plus des trois quarts des américains (78%) se sont informés à partir d’au moins un des quatre types de sources télévisuelles, avec en première position la télévision locale et les informations issues des chaînes câblées (respectivement 57% et 54%).

Les « late night comedy shows » sont cités par 25% des sondés. Ce type d’émission est particulièrement apprécié des jeunes (18-29 ans), puisqu’ils sont 34% à s’informer avec eux. Mais si ces émissions constituent une source d’information pour trois Démocrates sur dix, ils n’attirent que 16% des Républicains.

Attention cependant, ce n’est pas parce qu’une source est la plus suivie qu’elle est considérée comme la plus pertinente. Si les informations de la télévision locale et câblée sont fréquemment citées, c’est la télévision câblée en continu qui est considérée comme la source la plus fiable. 41% des adultes qui déclarent s’y informer considèrent aussi cette source comme la plus pertinente. C’est le cas de seulement 22% de ceux qui s’informent à partir de la télévision locale.

Après la télévision, les américains se dirigent vers les plateformes digitales. Plus de deux tiers d’entre eux (65%) des adultes américains se sont informés via les réseaux sociaux et sites d’informations, mais aussi via une communication digitale de groupes de travail et des candidats.

La radio occupe elle la troisième position, citée par 44% d’américains.

Arrive en dernière position la presse écrite. Seul plus d’un tiers (36%) des adultes américains se sont informés à partir d’un journal local ou national (ce chiffre ne concerne que les journaux print et non le digital, puisque 48% des américains ont obtenu des informations sur les élections à partir des sites d’informations et des applications).

Quel usage des réseaux sociaux ?

L’étude révèle que s’informer sur les réseaux sociaux est bien plus courant que d’y partager des informations.

Plus de la moitié (51%) des utilisateurs de réseaux sociaux s’informent à propos des élections sur ces sites. Mais seulement plus d’1/5ème des utilisateurs (18%) y partagent des informations (que ce soit par un post sur le sujet, par la réponse à un post ou par le commentaire sur un post).

Ceux qui s’informent à partir de plusieurs types de sources sont aussi plus enclins au partage d’information que ceux pour qui les réseaux sociaux constituent la source principale d’informations sur les élections. Près de 3/10ème des utilisateurs des réseaux sociaux qui s’informent à partir de cinq types de sources ou plus partagent de l’information à propos des élections sur les réseaux sociaux (29%), et ceux qui s’informent à partir d’un nombre moindre de types de sources sont 12% à le faire.

Naturellement, ceux qui considèrent les réseaux sociaux comme leur source d’information principale y partagent davantage d’informations (33%). Facebook est de loin le réseau social sur lequel on s’informe le plus (il est aussi le réseau social utilisé par le plus grand nombre d’américains).

Etude conduite du 18 au 27 janvier dernier auprès de 3 760 personnes

Des fusions télévision – social medias

Comme le constate Clémence Pain de la Direction Veille et Prospective Programmes de France Télévisions, avec les débats pour les primaires, l’information se sophistique un peu. Hybride, elle mêle la télévision traditionnelle aux réseaux sociaux comme Facebook, Twitter et YouTube. Ces dispositifs élargissent les possibilités d’usages et touchent de nouveaux citoyens, plus jeunes.

Si le partenariat entre Fox News et Facebook (premier débat pour les primaires des Républicains, 6/08/2015) permet des interactions assez classiques, offrant aux téléspectateurs la possibilité de discuter du débat en cours sur le réseau social et de voir leurs questions sélectionnées pour être posées aux candidats sur le plateau, CNN dans un partenariat avec le même réseau social (débat pour les primaires Démocrates, 13/10/2015) a eu l’idée de proposer, en plus, des vidéos « behind the scenes » sur la plateforme avant le débat.

Mais Twitter est aussi de la partie : de la même façon qu’avec des commentaires Facebook, des tweets peuvent orienter les questions sur le plateau. Comme cela a été le cas dans le partenariat Twitter-CBS (débat entre Démocrates, 14/11/2015) grâce la mise en place d’un hashtag #DemDebate. La vraie nouveauté de la collaboration : en aval du débat, la vidéo disponible en streaming sur le site de la chaîne a intégré des informations supplémentaires, parmi lesquelles des réactions issues de Twitter.

Enfin, le partenariat entre NBC et YouTube (débat pour les primaires Démocrates, 17/01/2016) a été particulièrement prolifique : le débat était diffusé en simultanée sur NBC, sur le site et l’application de NBCNews et sur la chaîne YouTube de NBC. Des questions de Youtubeurs étaient posées aux candidats. Des interventions pré-enregistrées de Youtubers stars ont été diffusées sur la chaîne. Et des statistiques Google (data Google Trends) insérées à l’écran.

Billet US +

Applis mobiles, vidéos YouTube, pub: 3 pros partagent leur vision de l’UX

Par Alice Pairo, Direction de la Prospective, France Télévisions

L’expérience utilisateur (ou UX) correspond au ressenti de l’utilisateur lorsqu’il se sert d’un produit. Il s’affine en fonction de la nature de ce dernier. Et si les professionnels ont une conception différente de l’UX selon leur secteur et leur audience, ils ont aussi leur propre méthodologie pour la comprendre. L’événement « Tendances et perspectives Media 2016 » organisé la semaine dernière par Havas Media Group consacré à l’expérience utilisateur a permis à trois professionnels de partager leurs méthodes d’observation et leurs définitions d’un bon UX.

UX, la clé du succès

Aujourd’hui, les meilleures startups telles qu’Airbnb ou Uber se distinguent justement des autres par leur UX. Amazon fait figure d’exemple par la simplicité de l’acte d’achat que son site propose. Netflix se démarque dans le monde médiatique. L’essor de la VoD – avec laquelle on sort de la logique de programmes – induit les notions d’envie et de choix, encourage les entreprises à « passer en mode UX ». Le développement exponentiel des adblockers (un quart des internautes) le confirme.

Le cœur comme indicateur

C’est une méthode pointue qu’a employé CSA Qualitative : cet institut d’étude, centré sur l’UX, a mis en place une méthode consistant à mesurer le rythme cardiaque du consommateur. Comme l’explique sa Directrice Carine Marzolf, il s’agissait lors de la diffusion d’un spot publicitaire de mesurer l’émotion du téléspectateur par le calcul de son rythme cardiaque via une Apple Watch qui affichait ensuite les résultats sous forme de graphique. Cette méthode permettait de savoir si une émotion s’était créée face au spot, et de supposer si elle pouvait ou non se répéter pour mener à l’acte d’achat. On a ici l’exemple d’une mesure d’UX intéressante car particulièrement pointue. On peut même considérer qu’elle est la plus pure, par son aspect physique et émotionnelle.

Le secret des vidéos YouTube

Lorenzo Benedetti, producteur du collectif d’humoristes et studio de production Studio Bagel a expliqué que les créateurs de la maison maîtrisaient tout l’UX de leur contenu, endossant à la fois « le rôle d’acteur, de réalisateur, de diffuseur et de directeur marketing ». Il a partagé les enseignements qu’il a tiré des vidéos « qui marchent ».

Voici donc le profil d’un contenuYouTube pertinent :

Développeur d’app, trois règles à suivre

Andy Shaw, Global Head of Product Mobext (l’agence mobile pure player d’Havas) a partagé sa vision d’un bon UX dans le domaine des applications. I

Il y a pour lui trois critères de base à respecter :

  1. Elle doit être intuitive, un mode d’emploi ne doit pas être nécessaire, on doit le deviner en employant l’appli
  2. Elle doit être fluide. Chez Apple par exemple, la façon dont on scroll est différente d’Android où le geste est plus mécanique. Ce genre de détail en dit long sur le travail consacré à l’UX
  3. Elle doit être fiable, cela semble évident, mais ce n’est hélas pas le cas de toutes les applis aujourd’hui.

Andy Shaw ajoute à ces trois critères le pragmatisme et la modestie.

Il ne faut pas hésiter à s’inspirer d’applications qui marchent, cela n’empêche pas de créer quelque chose d’unique !

2015, année 1 du mobile et ça ne fait que commencer

Par Emilie Balla et Alice Pairo, Direction de la Prospective, France Télévisions

2015 fut véritablement l’année 1 du mobile : explosion de la vidéo et de l’échange de data. Et la tendance ne fait que commencer, si la montée en puissance des réseaux veut bien suivre la cadence ! Les consommateurs sont de plus en plus exigeants quand ils utilisent leur smartphone et souhaitent obtenir l’information de façon instantanée. Mais les performances des réseaux ne leur offrent pas toujours une expérience optimale, et cela freine les usages selon le Ericsson ConsumerLab qui vient de publier son rapport annuel sur le mobile à la veille de l’ouverture à Barcelone du Mobile World Congress :  Ericsson mobility report – on the pulse of the networked society.

Explosion de la vidéo mobile

En 2015, la circulation des données mobile a surpassé les prévisions et les experts s’attendent d’ailleurs à une hausse annuelle avoisinant les 45% d’ici 2021. Plusieurs facteurs sont à l’origine de cette forte consommation, notamment la multiplication des achats de smartphones, et l’augmentation du nombre de data utilisées grâce aux abonnements 4G à très haut débit. Cette accélération de la consommation de data mobile est aussi due à un nombre toujours plus important de vidéos visionnées en ligne ; pour l’année 2015, le trafic vidéo par smartphone est comparable à 3 films de longue durée.

L’évolution technologique des appareils mobiles, avec des écrans plus grands, et de meilleure résolution a permis aux utilisateurs de visionner plus de vidéos en ligne. Ces contenus vidéo sont accessibles sur les plateformes d’hébergement telles que YouTube et Netflix, mais pas seulement. Elles sont de plus en plus présentes sur d’autres applications médias comme les journaux en ligne, les réseaux sociaux, et bien sûr via les publicités. Quant à la forte augmentation des vidéos en streaming, elle est principalement menée par les services leaders dans le domaine : YouTube, qui comptabilise à lui seul 50 à 70 % du trafic vidéo en ligne et Netflix.

Les comportements des utilisateurs évoluent en même temps que l’amélioration des appareils connectés. La 3 et la 4G se sont répandues, et permettent aujourd’hui de visionner des contenus TV et vidéos de meilleure qualité n’importe où. D’autres modifications technologiques, comme la compression de la vidéo, permettent une meilleure transmission de la haute résolution sur les mobiles, et procure aux spectateurs un confort lors du visionnage.

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Explosion de l’échange de data

Les consommateurs s’engagent et partagent davantage de données personnelles sur un plus grand nombre de réseaux sociaux. Par exemple, 70% des utilisateurs de smartphones déclarent partager régulièrement des photos personnelles, et consultent l’audience qu’elles engendrent sur différents réseaux sociaux. 46% d’entre eux sont actifs sur plusieurs réseaux sociaux à la foisD’autre part, lEricsson ConsumerLab montre qu’actuellement, les individus communiquent plus par message texte et moins par appels téléphoniques. En 2010, le trafic des données mobiles représentait le double de celui généré par les appels, six ans plus tard, les données mobiles ont considérablement creusé l’écart puisqu’elles sont 6 fois plus importantes en terme d’utilisation. Pour autant, cela ne veut pas dire que les utilisateurs se téléphonent moins, mais ils le font davantage via des applications telles que Skype, Facebook Messenger, Whatsapp ou Viber.

A l’échelle mondiale, il y a eu 7,3 milliards d’abonnements mobiles en 2015, soit plus de souscriptions que d’individus. Ce qui représente une augmentation de 3% chaque année, en partie grâce à des forfaits mobiles comprenant plus de datas. Les utilisateurs peuvent ainsi surfer plus longtemps, avoir accès à davantage de contenus en ligne et visionner des vidéos plus longues. L’Inde est le pays qui concentre l’évolution la plus visible avec pas moins de 21 millions d’abonnés supplémentaires dans le dernier trimestre 2015. Loin derrière, il y a la Chine avec 6 millions d’utilisateurs en plus, suivie par les Etats-Unis avec 5 millions de plus, pareil pour le Myanmar, et 3 millions en plus concernant le Nigeria.

Des utilisateurs impatients

En collaboration avec des neuroscientifiques (de Copenhagen-based Neurons Inc) l’Ericsson ConsumerLab poursuit son étude afin d’analyser l’expérience utilisateur sur mobile, plus précisément lorsque celui-ci met du temps à délivrer le contenu auquel il souhaite accéder. L’objectif est de calculer son niveau de stress relatif à la performance du smartphone. Pour ce faire, sont mesurés l’activité cérébrale, les mouvements des yeux, et le rythme cardiaque de l’utilisateur lors de la réalisation de tâches telles que la visualisation de clips vidéos. Il est exposé, durant ces tâches, à différents degrés de ralentissement : élevé, moyen et sans retard.

Le but de l’expérience consiste à comprendre comment les variations de performance du réseau peuvent affecter l’expérience utilisateur et changer sa perception à l’égard de l’opérateur mobile et du distributeur de contenu.

L’étude révèle effectivement que les retards d’ouverture des pages web et de vidéos augmentent le rythme cardiaque et le niveau de stress. En quelques chiffres:

Afin d’avoir une idée plus précise du stress ressenti, les chercheurs estiment que celui-ci est proche de celui que l’on ressent face à un film d’horreur. Il est en revanche bien au-dessus de celui que l’on peut expérimenter dans la file d’attente d’un supermarché.

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Instantanéité et engagement

Les utilisateurs qui n’ont été soumis à aucun ralentissement témoignent d’une nette amélioration de leur engagement vis-à-vis de la marque. Ils se déclarent aussi plus satisfaits de leur opérateur mobile. A l’inverse, les groupes sujets à des ralentissements moyens ou élevés montrent un engagement neutre voire négatif à l’égard de la marque.

Par ailleurs, les retards moyens révèlent un double effet : ils n’ont pas seulement altéré l’engagement des utilisateurs, ils ont aussi amélioré celui-ci à l’égard des marques concurrentes. Ceux qui ont été soumis à des ralentissements importants font eux part d’avis négatifs sur l’ensemble des opérateurs. Ce qui signifie que l’industrie entière peut souffrir de ces ralentissements.

Des résultats similaires ont été observés en matière de NPS (une quantification déterminant les chances pour qu’un consommateur recommande un produit ou service). Ils indiquent que sur une échelle de 0 à 10, le NPS pour l’opérateur passe de 4 à 2,5 pour ceux ayant connu des ralentissements moyens et élevés. Pour ceux n’ayant pas été sujets à ralentissements, le NPS a augmenté. Offrir de bonnes performances réseau aux utilisateurs est une des clés pour améliorer l’engagement.

*l’étude a été menée sur 30 volontaires âgés entre 18 et 52 à Copenhague. Tous sont utilisateurs de smartphones naviguant sur internet et regardant des vidéos de façon régulière. Pour l’étude, ils ont été dotés d’un smartphone Android et ont dû effectuer 18 tâches différentes en vingt minutes.

Dialogue en ligne et commentaires : la fin d’une utopie ?

Par Fabien Loszach, Fonds des Médias du Canada. Billet Invité
Cet article, publié sur FMC Veille, est présenté dans le cadre d’un partenariat éditorial entre le Fonds des Médias du Canada (FMC) et Méta-Media.
© [2015] Tous droits réservés.

Interaction en baisse entre les internautes et les marques, difficulté pour ces dernières à engager une conversation en ligne, fermeture des espaces de commentaires sur les sites de nouvelles… En 2016, l’utopie conversationnelle que promettait le Web social a de plus en plus de mal à répondre à ses promesses.

En décembre dernier, le Toronto Star a mis fin aux commentaires sur son site expliquant vouloir concentrer le lecteur sur ce qui compte vraiment : la lecture des contenus. Après Reuters,Popular Science, The Week, Re/code, The Daily Dot et le Toronto Sun, le quotidien torontois est le dernier d’une longue liste à supprimer cet espace de dialogue faute de débat constructif.

Les marques de leur côté ont un enjeu sensiblement différent : elles cherchent désespérément à parler aux consommateurs. Depuis presque dix ans maintenant, les chantres du marketing relationnel présentent Twitter et Facebook comme des plateformes de choix sur lesquelles il est important d’engager la conversation avec le consommateur. Mais là encore, la relation avec le grand public montre des signes d’essoufflement, et l’engagement est de moins en moins au rendez-vous.

L’utopie conversationnelle

Supprimer la section commentaires s’apparente à une forme de renoncement aux idéaux de l’Internet primitif. Un Internet dont Fred Turner a parfaitement analysé la généalogie dans son ouvrage Aux sources de l’utopie numérique et qu’il décrit comme l’incarnation triomphante des idées communalistes de la contre-culture californienne des années soixante.

Turner explique que l’Internet des débuts est encore pétri de culture libertaire et autonomiste, et entrevoit le réseau comme un espace véritablement démocratique qui met en situation d’égalité l’émetteur et le récepteur du message.

Contre les anciennes hiérarchies qui distinguaient auteurs et lecteurs, experts et profanes, institution et individu, marques et consommateurs, le réseau présente une vision égalitariste : les récepteurs du message y sont aussi les émetteurs.

Pour les éditeurs de contenu, Internet devait être l’outil par excellence de la démocratie participative. Il devait permettre de refonder le pacte lecteur-écrivain dans un nouveau média cocréé par les internautes et les journalistes.

Pour les entreprises, le web puis quelques années plus tard les réseaux sociaux s’accompagnaient aussi d’une promesse de proximité et de réactivité avec les consommateurs.

Au tournant des années 2010, les gourous du marketing social piochent aux sources de l’utopie numérique pour annoncer la révolution communicationnelle 2.0 — une révolution devant permettre de ne plus seulement envoyer un message (la vieille publicité verticale), mais d’interagir plus intimement avec le consommateur.

Cette utopie s’est matérialisée dans une sémantique propre qui nous paraît aujourd’hui bien désuète (communication 2.0, consom’acteurs, tribus numériques, etc.).

La fin des commentaires : « Ce que vous dites nuit à ce que j’écris »

Presque 25 ans après les débuts du Web, plusieurs éditeurs font un constat amer : en lieu et place de la démocratie participative, de plus en plus de médias sont confrontés à une forme persistante de confiscation de la parole citoyenne.

Vous trouvez cet article passionnant ? Lisez la suite sur le site du FCM Veille

Rencontre avec 3 héros de l’Internet

Par Alice Pairo, France Télévisions, Direction de la Prospective

Alexandre Lacroix, essayiste, romancier et directeur de la rédaction de Philosophie Magazine est l’auteur d’un nouvel ouvrage sur Internet et ses usages. Dans « Ce qui nous relie – Jusqu’où Internet changera nos vies ? », il pose un regard nouveau, philosophique sur le sujet.

« Dans nos conversations, dans les médias, il est souvent question d’Internet : des réseaux sociaux, des géants de la Silicon Valley, des nouveaux usages liés au numérique. Mais voyons-nous clairement où cela nous mène ? ». 

Des « rencontres décisives » pour reprendre les mots de l’auteur, lui ont permis d’entrevoir impact et potentialités du web dans une démarche de journaliste et de romancier.  Il en fait part dans cet ouvrage, qu’il a présenté cette semaine au Tank.

A l’origine de l’ouvrage

Pour Alexandre Lacroix, si nous pouvons avoir une vision morose de notre temps – nombre d’indicateurs nous y poussent – on peut aussi, en prenant en compte la rupture importante à laquelle nous assistons avec le web, regarder l’Histoire contemporaine de manière plus enchantée. C’est le parti pris de l’écrivain qui considère comme une chance le fait d’assister à la naissance et l’expansion d’Internet.

Un « spectacle » qui affecte profondément nos existences puisqu’il atteint la totalité des sphères d’activités. Si d’autres ruptures ont déjà eu lieu (invention de l’écriture, de l’imprimerie), jamais nous n’avons connu de pénétration et de diffusion aussi importante qu’avec Internet. C’est le point de départ de l’ouvrage : la technologie a changé nos vies, notre quotidien. Mais plutôt que d’évoquer les grandes tendances, Alexandre Lacroix choisit de parler de trois personnes aux projets grandioses et anticonformistes. Un angle particulier et inspirant pour montrer les potentialités qu’offre Internet.

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Julian Assange et le nouveau paradigme étatique

Le premier personnage de ce roman/essai, Alexandre Lacroix l’a rencontré à deux reprises en Angleterre ; il s’agit de Julian Assange. La même devise alimente sa démarche depuis sa jeunesse à Melbourne « transparence pour les puissants, respect de la vie privée pour les faibles ». Elle témoigne de sa vision de l’Etat et des grandes organisations, perçus comme « des ordinateurs dont on peut extraire des informations cachées » – qui si elles sont cachées concernent potentiellement de lourds secrets comme des crimes d’Etats ou des affaires de corruption.

En exhortant L’Etat à rendre publiques des informations classées, Assange encourage à reconfigurer les luttes politiques, sans avoir besoin de passer par un média institutionnel qui donnerait son aval pour la publication.

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Philippe, le « truther »

Alexandre Lacroix nous présente ensuite Philippe, un homme vivant au Paraguay que l’on peut considérer comme un conspirationniste. Lui se présente comme « truther » (« chercheur de vérité »).

Si certaines de ses suppositions peuvent paraître délirantes – aux faits réels et troublants se greffent de façon évidente des fantasmes – il est intéressant d’observer la façon dont cet homme tente de construire une contre-Histoire. L’ampleur et la variété des faits qu’il a collectés sont d’ailleurs colossales. Par sa démarche, il pose la question de la construction de notre Histoire à l’heure où nombre d’archives se trouvent sur la toile et où l’on peut craindre une obsolescence de la base matérielle.

Aussi, comme l’explique Alexandre Lacroix, en Histoire, « on considère un fait avéré si deux sources absolument indépendantes décrivent la même chose » et il est difficile dans un monde d’interconnexions de « garantir l’étanchéité des sources » – la porosité entre sources officielles et officieuses est croissante – et où on ne peut « instaurer une police d’opinion » qui installerait une histoire officielle. Une question d’autant plus importante que la masse des récits sur notre temps s’y diffusant est de plus en plus importante.

Peter Thiel veut tuer la mort

Enfin, l’auteur dresse le portrait du milliardaire américain à l’origine de Paypal, Peter Thiel. Passé par Stanford d’où il sort diplômé en Philosophie, ses convictions sont très en lien avec ses investissements financiers.

Il se rattache notamment au courant de pensée libertarien, mais aussi transhumaniste. Il adhère aux discours utopiques qui guident les investissements dans le domaine de la médecine numérique et de développement d’interface hommes-machines, souhaitant comme beaucoup repousser les limites de la mort.

Alexandre Lacroix admet qu’il est difficile d’établir des pronostics sur ce profil et ces désirs là. Car si les luttes précédentes (qui concernaient l’Etat et l’Histoire) touchaient à des choses assez permanentes, on entre avec les questions liées à l’Homme augmenté dans un monde pour lequel nous sommes « philosophiquement peu armé ».

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Quand on demande à Lacroix pourquoi ses choix se sont portés vers ces personnalités, il cite en premier lieu le caractère héroïque et romanesque de chacune d’entre elles : « le héros de roman c’est celui qui va plus loin, pour construire une bonne histoire, il faut des gens qui vont plus loin ».

Il les a aussi bien sûr choisies pour les idées qu’elles portent : leur aspect extrême « les trajectoires tranchées et absolues font réfléchir », et universel «  Le grand homme pour Hegel est celui qui porte une idée universelle, son action porte quelque chose d’universel, ce qu’illustre Assange par exemple ».

Snapchat : quels comptes suivre (et comment les ajouter)

Par Barbara Chazelle, France Télévisions, Direction de la Prospective

Snapchat, le nouvel eldorado des éditeurs. Le plus gros casse-tête du moment aussi. Si vous avez plus de 20 ans, il est fort possible que seul un petit nombre de vos amis aient adopté la plateforme de messagerie éphémère et vous vous dites sûrement qu’il ne se passe rien sur Snapchat. Faux ! Il s’y passe beaucoup de choses mais Snapchat est une île où les trésors ne se laissent pas trouver facilement.

Comme vous l’avez sans doute remarqué si vous avez su maîtriser la navigation en croix de l’application, il existe différentes sections où trouver des contenus :

Si tout cela vous semble obscur, nous vous conseillons de (re)lire notre billet Comment Snapchat compte devenir le média d’informations des jeunes

Quelques comptes suivre

Faute de pouvoir être présents dans Discover, certains médias tentent de se faire une place et d’atteindre les jeunes grâce aux Stories. L’heure est à l’expérimentation, on sent bien que chacun cherche comment combiner vidéo, emojis et autres filtres pour raconter des histoires en quelques snaps. Vous pensiez qu’avec les 140 caractères de Twitter on ne pourrait pas faire plus court ? Essayer l’interview vidéo en 10 secondes !

Voici une petite sélection de comptes à suivre pour inspiration ou avoir quelque chose à regarder sur snapchat quand ses amis n’y sont pas.

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Comment ajouter des comptes ?

Pour ceux qui se demandent ce qu’ils vont bien pouvoir faire de ces snapcodes, voici un petit tuto pour ajouter des amis sur la plateforme de 4 manières différentes : par nom d’utilisateur, via l’URL d’un compte snapchat (ne fonctionne que depuis un mobile), et par snapcodes, soit en les scannant, soit en en ayant enregistrés dans sa galerie photos.

Pour ajouter les comptes ci-dessus, nous vous conseillons la méthode #3 : depuis l’appareil photo de l’application snapchat, scannez un par un les snapcodes en pressant l’écran de votre téléphone.

N’oubliez pas d’ajouter le compte Méta-Media, via snapcode (en image de Une) ou via notre URL snapchat.

Réalité virtuelle et screen commerce, prochaines révolutions du e-commerce

Par Emilie Balla, France Télévisions, Direction de la prospective

Grâce au numérique, des marchés nouveaux émergent et les anciens doivent s’adapter. Les données d’usage collectées par les réseaux sociaux et les objets connectés renseignent désormais les détaillants sur nos habitudes. L’offre n’est donc plus uniquement le produit mais entend être une réponse adaptée à la façon dont nous voulons vivre.

Présentées lors du Hubday, le rendez-vous de la transformation digitale, le m-commerce, le multi-plateformes, mais aussi le screen commerce et la réalité virtuelle transforment le secteur du e-commerce.

 Le m-commerce en progression

Aux Etats-Unis, le déclin des « malls » a donné un coup d’accélérateur au e-commerce. En France aussi le business est florissant puisque les ventes sur internet ont représenté 14,3% de part de marché en 2015, selon la Fevad (Fédération du e-commerce et de la vente à distance). Soit 64,9 Milliards d’euros, et ce malgré le recul de la consommation. La baisse du montant moyen du panier en ligne est compensée par des commandes de plus en plus fréquentes ; en moyenne 2 achats par mois.

La clé du succès ? De nombreuses enseignes traditionnelles ont enfin décidé de créer leur plateforme d’e-commerce, pour une meilleure convergence entre internet et magasin, et surtout pour toucher un plus large public. Ainsi, 10 des 15 e-commerces appartiennent à des boutiques traditionnelles. Les attentats de novembre ont aussi crée un climat de méfiance dans les rues, favorisant la progression du commerce en ligne avant les fêtes.

Mais la vraie révolution réside dans le m-commerce, le nouveau marché du commerce sur mobile. Grâce à de meilleures interfaces, et des outils de relation clients plus élaborés, ainsi que la géolocalisation, les internautes ont vu leur expérience d’achats sur mobile se simplifier. Les SMS et notifications reçus ne sont plus seulement destinés à informer des offres promotionnelles, mais à inciter les utilisateurs à commander rapidement et n’importe où depuis leur smartphone.

Les applications mobiles permettent aussi de garantir aux clients une continuité de service entre le commerce traditionnel et la boutique en ligne, car beaucoup d’entre eux consultent encore le site avant de finaliser leur achat en magasin. Lorsque vous les téléchargez, les app’ recensent toute une série d’informations à votre sujet, ce qui leur permet de vous proposer des offres adaptées à vos goûts et besoins du moment. Encore faut-il maintenant sécuriser davantage les transactions en ligne.

Médias sociaux : le multi-plateformes s’impose

Si Facebook reste le média dominant pour les annonceurs, avec un taux d’engagement proche des 75% aux Etats-Unis, le réseau social Instagram le talonne avec 53%. En France aussi Facebook reste leader loin devant les autres réseaux sociaux. Instagram, qui vient de fêter ses 5 ans d’existence, évolue plus lentement avec 5,5 millions d’utilisateurs français, contre 30 millions pour le géant Facebook. Mais l’application à l’appareil photo, commence de plus en plus à intéresser les enseignes de e-commerce, notamment dans l’hexagone. Très visuel avec ses photos, GIF et vidéos, Instagram serait le média social idéal pour construire une marque.

La technique à emprunter aux USA serait d’être « always on », c’est-à-dire de publier et interagir avec les abonnés 7/7 jours, en ne négligeant pas le weekend, car c’est le moment où les internautes sont le plus disponibles. Les pics de « Likes » ont été recensés lorsque les gens s’engagent au moment du petit-déjeuner et le samedi matin. Quant à Twitter, il permet de s’adresser directement à la marque ; plus de 70% des mentions sont faites par ce biais.

En résumé, les e-clients « likent » sur Facebook, s’inspirent d’une image sur Instagram et prennent contact sur Twitter.

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Screen-commerce : acheter directement depuis la vitrine connectée grâce à ses objets connectés

Aujourd’hui c’est une évidence les écrans nous accompagnent partout, dans les transports, sur les façades de bâtiments, les colonnes Morris et surtout sur notre smartphone toujours à la main. Ces écrans génèrent des comportements compulsifs chez les consommateurs.

La nouveauté serait d’utiliser tous nos objets connectés pour effectuer un achat en un contact avec l’écran. C’est l’idée de la start-up d’Aix-en-Provence Think & Go, qui souhaite s’adresser aux clients connectés dans un monde connecté. Votre smartphone, votre montre connectée mais aussi votre clé d’hôtel, même le pass navigo peuvent collecter des informations sur un produit. Mieux encore, ces gadgets pourraient bientôt vous permettre d’acheter ce que vous voyez sur un écran publicitaire ; billets de concert, vêtement, paire de chaussures… Après les achats encore rationnels depuis un ordinateur ou un smartphone, place à l’achat impulsif, depuis une vitrine connectée qui se transforme en surface communicante, dotée de capteurs NFC sans contact. Vincent Berge, président de Think & Go espère pouvoir déployer 50.000 écrans et vitrines connectés en France d’ici à 2017.

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Vincent Berge, président de Think & Go devant un écran connecté en plein centre commercial © Isa conso.fr

Prochaine étape : la VR

Les e-commerces investissent pour faciliter et améliorer la qualité de service lors de nos achats en ligne. C’est le cas de l’entreprise Camif.fr, spécialisée dans le mobilier d’intérieur 100% made in France qui se prépare à franchir la dernière barrière que peut représenter le e-commerce : acheter des objets volumineux en ligne, sans pouvoir les tester.

L’idée serait de permettre aux internautes de visiter l’usine en mode immersif grâce à une vidéo en 3D et un système de réalité augmentée sur le site de la marque. Ceci dans le but de relancer la confiance entre le e-commerçant producteur et l’acheteur. Camif a également l’intention d’aller encore plus loin, en proposant aux e-clients de tester un canapé ou d’admirer un meuble, acheté sur leur site par un voisin, histoire de recréer du lien entre les individus.

Faut-il craindre les « robots journalistes » ?

Par Barbara Chazelle, France Télévisions, Direction de la Prospective

De plus en plus de rédactions sont tentées de faire appel à des robots pour produire de manière automatique des contenus journalistiques. Si le Los Angeles Times a développé son propre algorithme, certaines entreprises technologiques spécialisées en linguistique, à l’instar du français Syllabs, viennent en renfort des médias. Pour les seules régionales, Syllabs a émis 1,3 million d’articles en 24h pour Radio-France, Le Monde, Le Parisien et l’Express. 

Face à cette nouvelle pratique et la force de frappe des robots, de nombreuses questions agitent les rédactions, à commencer par celle de l’avenir des journalistes. Claude de Loupy, Fondateur de Syllabs et Erwann Gaucher, directeur du numérique à France Bleu ont partagé leur expérience lors de la 23e édition du CFPJ Lab.

Les « robots journalistes » ne sont ni des robots, ni des journalistes

Les « robots journalistes » n’ont rien de journalistes, sauf si on limite le travail de ces derniers à la rédaction d’articles. Ce ne sont pas non plus des robots au sens machine physique animée : ce ne sont pas humanoïdes, pas même un bras articulé qui taperait sur un clavier. En réalité, il s’agit davantage de logiciels ou d’algorithmes, d’une force de calculs programmée.

Pour qu’ils fonctionnent, il faut y entrer une quantité importante de données structurées, c’est-à-dire un peu de connaissance. La machine ne comprend pas le texte, elle réagit au mieux à certains inputs. Pour l’intelligence, les machines en sont pour le moment dépourvues, et c’est aux humains de l’ajouter. La société Syllabs a travaillé en partenariat avec les rédactions pour déterminer le ton des articles et s’adapter à la ligne éditoriale existante du média.

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Les algorithmes vont-ils remplacer les journalistes ?

« Les logiciels ne marchent pas tout le temps très bien. En réalité, il y a beaucoup de personnes qui travaillent en amont pour qu’un texte puisse effectivement être rédigé de manière automatique » a rappelé Claude de Loupy.

Selon Erwann Gaucher :

« Ca ne nous a pas fait gagner du temps au global ; ce dispositif nous a juste permis de faire des choses en plus, qu’on n’aurait pas traité le jour J vu la masse d’infos à traiter (…) 

Est-ce que les algorithmes vont remplacer les journalistes ? On prend le problème à l’envers : nous n’avons pas les journalistes qui rédigeraient les 36 000 textes différents pour 36 000 communes ! (…)

Je veux utiliser les algorithmes pour faire ce qu’on ne peut pas faire. Ma limite c’est mettre une voix de synthèse à la place d’une voix chaude, qui va interagir avec l’animateur et le public. La radio c’est la voix, parfois même plus la voix que l’info, la voix qu’on accepte d’avoir dans sa salle de bain le matin. »

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Par ailleurs, les machines ne sont pas non plus à l’abri d’erreurs. Les journalistes sont nécessaires pour vérifier le texte brut, mais aussi pour enquêter et apporter une analyse aux données brutes. C’est là sa valeur ajoutée, avec ou sans robot.

Les rédacteurs en chef ont ainsi la responsabilité de faire évoluer leur offre éditoriale en redéployant leurs journalistes sur des contenus avec une vraie valeur ajoutée. Le texte rédigé par un logiciel est un début, pas une fin.

Une brique nécessaire pour un meilleur référencement

Depuis plusieurs années, des médias comme Le Monde publient des résultats électoraux et ont ainsi pris les premiers places en termes de référencement.

« A Radio France, nous n’avions jusqu’ici pas les moyens de le faire. Avec ce dispositif, j’ai pu construire la première brique, elle-même constituée de 36 000 petites briques, pour préparer les prochaines élections. Une première brique nécessaire mais pas suffisante pour faire progresser notre référencement. On ne rattrape pas juste un retard, on construit une offre éditoriale. »

Un budget conséquent ?

Le dispositif pour les élections régionales a coûté à France Bleu quelques 20 000 euros : « oui c’est une somme, mais ramenée en jour/homme, 3 personnes à temps plein pendant 2 mois, ce n’est pas excessif » a déclaré Erwann Gaucher. Et d’ajouter que ce prix ne se justifie que lorsque l’on a une vraie masse de contenus à produire ou une régularité, afin d’amortir le coût des linguistes, la construction de la base de données…

Un investissement que seuls les gros médias peuvent pour l’instant se permettre donc.

Trois défis pour aller plus loin

  1. La prochaine étape, c’est une collaboration plus étroite entre humains et algorithmes mais aussi et surtout entre différents métiers, du journaliste au développeur en passant par le linguiste, chacun apportant sa spécialité. Finalement, les machines nous mettent devant un défi humain, celui d’apprendre à s’écouter et mettre en commun nos forces et connaissances.
  1. Cette façon de faire, de réfléchir en termes de bases de données avant de produire un contenu, est une révolution sur la manière de conserver l’information. Les archives de l’AFP ou d’autres médias, sous forme de texte ou de vidéos, ne sont quasiment pas exploitables. Aujourd’hui, les rédactions doivent commencer à produire elles-mêmes la data qui leur servira demain. Les algorithmes de rédaction sont une des manières de l’exploiter.
  1. Pour le directeur du numérique de France Bleu, il y a urgence : les GAFA et autres géants du numérique ne sont pas loin dernière et pourraient frapper très fort s’ils décidaient de se pencher sur la production automatique de contenus.

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Bonus : pour revoir notre story snapchat de l’évènement c’est ici !

Cyberviolence : transformer les insultes en emojis bien sucrés

Par Emilie Balla, France Télévisions, Direction de la prospective

Tout juste sortis de drames nationaux propices aux rassemblements citoyens et à un renouveau de fraternité, les démonstrations de haine et les cyberviolences restent très présentes sur internet. Les 10 000 signalements recensés en moyenne par an, ne sont que la partie émergée de l’iceberg, car un tiers des victimes n’oseraient pas en parler. Pour faire face à ce problème, l’association à but non lucratif Respect Zone s’est posée comme le rempart au harcèlement et insultes en tout genre sur la toile. C’est dans ce sens qu’elle a crée un label et une courte charte d’engagement au respect sur les sites et réseaux sociaux.

Près de la moitié des jeunes sont à la fois harcelés et harceleurs

A l’origine de Respect Zone, deux adolescents de 11 et 14 ans, aujourd’hui étudiants, soucieux de rendre internet plus respectueux. Depuis son lancement dans l’univers des geeks, à la Paris Game Week de novembre 2014, le label bleu en forme de cœur a lancé deux clips coup de poing afin de frapper les esprits sur les dérives d’internet. En 2015, plusieurs dizaines de millions de messages haineux sur des sites ou leurs extensions Facebook, ont été traités et ont fait l’objet d’une justification. Tous les Haters ne sont pas des jeunes, mais presque un ado sur deux a déjà été confronté à la cyberviolence, même si le sujet reste tabou. Aujourd’hui, les Haters envahissent le web, et près de la moitié des jeunes sont à la fois harcelés et harceleurs.

Cette semaine, l’association a présenté les résultats de deux études sur le sujet de la cyberviolence. L’une réalisée par Netino, l’autre par Kantar Media ont été lancées pour alerter jeunes et parents.

Parmi les dizaines de millions de commentaires reçus sur les sites d’informations et leurs pages Facebook traités en 2015 par Netino, ses modérateurs ont rejeté 27 % des messages pour les motifs suivants :

L’entreprise Kantar Media, spécialisée dans l’analyse de données média, a comptabilisé 200 456  insultes, soit plus de 2 par seconde, échangées entre le 22 janvier à 18h jusqu’au lendemain à la même heure. Ils ont ainsi pu réaliser un Top 10 des injures et menaces les plus fréquentes. Les attaques racistes et antisémites, souvent plus subtiles que les injures directes, ne sont pas entièrement couvertes par cette analyse. Parmi les offenses entre internautes ; les obscénités et allégations à caractère homophobes sont également très présentes.

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Un plugin pour transformer les insultes en petits coeurs

« Licornes contre Haters », qui est un plugin permettant de transformer les injures, répertoriées dans une liste de 200 mots, par des emojis en cœur, licornes et autres animaux animés. Très simple à s’installer sur les sites, forums ou réseaux sociaux à l’insu des Haters, il s’active automatiquement dès qu’un terme inapproprié est identifié. Cette vidéo originale ne cherche pas à stigmatiser les jeunes ou à les rappeler à l’ordre, mais plutôt à ridiculiser leurs insultes et les inciter à s’auto-modérer !

*La diffamation et l’appel à la haine peuvent aussi inclure des propos racistes.

 

Liens vagabonds : Instagram, Snapchat, les nouvelles télés des jeunes

A RETENIR CETTE SEMAINE

alphabet

VAGS

“MUST READ”

A VOIR

 

NOUVEAUX USAGES, COMPORTEMENTS

sports

1 milliard

DISRUPTION, REVOLUTION, DISLOCATION

separation

MOBILITES / WEARABLES

ROBOTS, INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, AUTOMATISATION, BIG DATA, MACHINE LEARNING

NOUVEAUTES

REALITE VIRTUELLE / REALITE AUGMENTEE

NETFLIX:

RESEAUX SOCIAUX, SOCIAL TV

4

4K / U-HD

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JOURNALISME 2.0

CAMPAGNE ELECTORALE US :

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