Big Data et création de programmes : pourquoi les médias ne s’y mettent pas vraiment
Par Barbara Chazelle, France Télévisions, Directions Stratégie et Prospective
Le sujet du Big Data impacte depuis plusieurs années tous les secteurs, chacun essayant de s’organiser au mieux pour tirer profit de cette nouvelle mine d’or que sont les informations relatives aux comportements des consommateurs. Les acteurs des médias ne sont pas épargnés par cette problématique, et tâtonnent eux aussi pour collecter mais surtout trier et donner du sens à ces données.
Si les Big Data sont déjà utilisées notamment par les régies et les équipes marketing afin de mieux cibler les publicités ou de recommander des programmes de manière plus pertinente au public, qu’en est-il aujourd’hui de l’utilisation des données dans les étapes de création d’un programme ?
Si l’on en croit Sahar Baghery (Médiamétrie), François Couton (Canal+), Emmanuel Durand (Warner Bros) et Marie-Anne Robert (Believe Media Studios) interrogés par le MédiaClub et Accenture sur le sujet ce mercredi, les personnes en charge des contenus restent frileux à intégrer les data dans leur processus de création. Quelques pistes d’explication.
Manque de compétences
Premier constat, les entreprises ne sont tout simplement pas prêtes la plupart du temps et manquent de compétences en interne.
« C’est plus facile de travailler sur un produit fini. C’est pourquoi c’est plutôt en aval de la chaîne de production qu’on va trouver les exemples les plus aboutis de l’utilisation de la data » selon Emmanuel Durand. « Netflix est l’une des rares sociétés à réussir à bien utiliser la data. »
De manière générale, ce n’est pas la masse de données qui manque, mais plutôt la capacité de les analyser.
« Avant on avait des statisticiens, maintenant on va plus vers des profils ingénieur, qui savent coder pour traiter de gros volumes de données » a confié François Couton.
Mais il ne suffit pas d’arriver à faire venir ces nouvelles perles rares que sont les « data scientists » dans les médias :
« il faut les infiltrer à tous les niveaux ; il faut démystifier les algorithmes au sein de l’entreprise. [… ] La data peut être un moyen de créer des ponts en interne entre une vision client et une vision éditeur : la data c’est le sang dans le corps mais pas le cerveau » a ajouté le Directeur Finance et Performance Distribution de CANAL+
La tentation de vouloir avoir un retour sur investissement rapide est à fuir : appréhender les data et son corollaire, adapter les processus industriels, tout cela prend du temps, et plus encore dans une logique de création.
Pour les décideurs, courage et patience sont de rigueur.
Un risque pour la créativité ?
Chez Believe Media Studios par exemple, on utilise des détecteurs de buzz sur une centaine de plateformes pour repérer et récupérer les talents le plus tôt possible. Certaines solutions ont été développées en interne, d’autres par des sociétés extérieures.
« On ne reçoit plus de maquette, on regarde le taux d’engagement sur Youtube, Deezer…, a avoué Marie-Anne Robert. Si on prend « Fauve » et « Christine and the Queens », gros succès de 2015, les maisons de disque n’ont pris aucun risque. Elles n’ont été qu’un accélérateur de buzz. »
« On a modernisé les panels : on va tester le contenu sur YouTube et quand on aura le produit fini, on aura déjà une audience » a-t-elle ajouté.
Rassurez-vous néanmoins :
Pour François Couton « la data ne va pas remplacer le travail de création mais elle va accélérer le processus de décision, va donner des outils pour affiner et accélérer le processus de décision. »
Quant à Emmanuel Durand, il ne croit tout simplement pas à l’écriture d’un programme avec les data.
« La surprise est un élément constitutif du storytelling ; la data ne permet pas la création de rupture. » a-t-il précisé.
Un risque pour la diversité des contenus ?
Pour la Directrice du pôle Formats & Contenus TV Internationaux de Médiamétrie, le risque du Big Data c’est d’enfermer le public dans ce qu’il a l’habitude de consommer en ne lui proposant que des contenus qu’il aime et auquel il s’attend.
Cette crainte est sans doute à nuancer. D’une part, parce que si tout le monde fait la même chose en se basant sur les mêmes données, on va vite avoir un problème de différenciation de l’offre. Ce qui fait affirmer à François Couton qu’il « faudra toujours une prise de risque au niveau de la création. »
D’autre part, et c’est le point le plus important sans doute, la donnée en tant que telle est neutre. C’est notre manière de la comprendre et de l’utiliser qui va lui donner de la valeur. On peut donc choisir d’analyser des données pour s’engouffrer dans les tendances fortes du moment et surfer sur les vagues de buzz ou au contraire, essayer de détecter les signaux faibles et faire ce que personne d’autre ne propose. Ce choix stratégique ne sera jamais aux mains d’un algorithme !
Pas si facile de bien vouloir laisser la main au public
Bien entendu, « le fait de questionner le public sur ce qui va plaire ou pas, ne date pas d’hier ; les focus groupes ont été largement utilisés pour développer un contenu. » a rappelé Sahar Baghery.
« La data c’est la primauté de l’individu, du public, sur le contenu. C’est pourquoi le sujet est un peu tabou particulièrement en France, car les professionnels ne veulent pas laisser la main. » a déclaré Emmanuel Durand. « La ligne de fracture c’est la capacité pour des décideurs de laisser la décision au public. »
Il ne suffira pas de pouvoir, il faudra aussi le vouloir !
Pour revoir la conférence :
RG Lab 2015 en vidéo
Si vous ne pouvez passer au RG Lab à Roland-Garros, regardez cette vidéo réalisée par Méta-Media : Ultra Haute Définition, réalité virtuelle, vidéo 360 mais aussi futur de l’automobile autonome et ses écrans cinémas sur le pare-brise et celui du sport connecté.
Et n’oubliez pas, vous pouvez toujours jouer à notre jeu concours sur Twitter pour tenter de gagnez 2 places pour visiter le RG Lab et l’un des 10 Google CardBoard : il suffit de suivre le compte @metamedia et de tweeter l’article ci-dessous avec la mention #RGLABmetamedia :
https://www.meta-media.fr/2015/05/23/roland-garros-2015-limmersion-dans-les-images-de-demain.html
Roland-Garros 2015 : l’immersion dans les images de demain
Par Bernard Fontaine et Barbara Chazelle, France Télévisions, Directions Prospective & Innovations
Comme chaque année pour France Télévisions, Roland-Garros est un rendez-vous privilégié pour dévoiler une partie de ses travaux d’innovation et de prospective. Cette année, l’immersion dans l’image numérique est à l’honneur : plusieurs démonstrations de technologies de pointe autour de l’Ultra Haute Définition, de la vidéo 360 et de la réalité virtuelle sont présentées sur le stand du RG Lab, au coeur du Stade de Roland-Garros. Venez nous voir !
Une chaîne 4K pendant 2 semaines, via la TNT et le satellite
L’Ultra-HD (UHD) fait une nouvelle fois partie du dispositif, mais avec une forte montée en puissance des moyens mis en place. Cette année, France Télévisions offrira avec ses propres moyens de production, deux semaines de télévision en Ultra-HD depuis Roland-Garros via la TNT et le satellite*, accessible 24/24H partout en France métropolitaine en fonction des équipements possédés par les foyers. Certains matchs du court Philippe Chatrier seront retransmis en direct, avec une prise de son 3D de type binaural produite par France Télévisions.
Des extraits seront aussi disponibles sur la chaîne YouTube de FranceTV Sport.
En réalité, France Télévisions diffusera même en Ultra-HD pendant 1 mois, jusqu’à la fin du festival du numérique Futur en Seine, le 21 juin. Plus d’infos à venir sur cette opération (avec d’autres surprises !). Stay Tuned !
Autres expérimentations autour de l’Ultra-HD
Durant le tournoi, France Télévisions produira pour la première fois aussi une chaîne complète de production d’image en Ultra-HD HDR, technologie dont la qualité des couleurs et de la lumière des images est saisissante.
Au RG Lab, le public pourra également découvrir deux autres technos en UHD :
– la première permet de diffuser un contenu Ultra-HD sur un téléviseur en synchronisant deux flux vidéos, l’un provenant de la TNT, l’autre d’Internet.
– La seconde permettra d’ici deux ans si l’on en croit les constructeurs de téléviseurs, de télécharger un contenu Ultra-HD dans le disque dur du téléviseur, sans aucune connexion internet, via la TNT ou le satellite.
La révolution dans ces deux technologies réside dans le fait qu’il sera probablement possible dans un futur très proche d’apprécier des programmes TV en Ultra-HD sans canaux de diffusion spécifiques. Une bonne nouvelle à l’heure où le spectre hertzien se rétrécit comme peau de chagrin.
Immersion et réalité virtuelle : voir les matchs au bord du court, mais … depuis chez soi !
Demain nous ne regarderons plus seulement des programmes ou des vidéos sur des écrans. Nous vivrons des expériences qui nous plongerons au cœur même de la narration ou des évènements grâce à de nouveaux moyens d’affichage vidéo. On peut déjà l’entrapercevoir grâce aux premiers casques de réalité virtuelle.
Pour la première fois, France Télévisions et Roland-Garros vont retransmettre en direct et en VOD des matchs de tennis permettant au public chez lui de vivre sa passion en direct via des casques de réalité virtuelle (Google CardBoard, Samsung Gear VR..) et en ayant la même vision du match que l’arbitre par exemple. Il lui suffira de télécharger l’application « RG 360 » disponible d’ici quelques heures sur iOS ou Android, développée pour l’occasion.
D’autres projets autour de l’immersion 360 et de la réalité virtuelle seront présentés au RG Lab comme le projet de la start-up YouFoot qui permet aux VIP qui n’auraient pu se rendre au stade de profiter grâce un casque de réalité virtuelle de leur loge. Les capteurs Realsense d’Intel quant à eux, permettront aux visiteurs de piloter d’un geste de la main des vidéos immersives exposées sur le stand du RG Lab ou encore l’expérience d’immersion 360 proposée par la start-up Catopsys via la projection murale de vidéos.
Automobile connectée
Peugeot sera aussi présent cette année sur le stand du RG Lab et présentera une automobile connectée avec des services de France Télévisions embarqués.
Lampadaires intelligents dans la ville connectée
France Télévisions en partenariat avec Ericsson présentera le Zero Site, un lampadaire à led écologique et intelligent. Il permettra d’améliorer la couverture radio des rues équipées grâce à un mini émetteur GSM, favorisant la connectivité du public, des automobiles connectées…
Le futur du sport
France Télévisions a travaillé aussi avec plusieurs start-ups sur le thème du sport et de l’innovation.
Mojjo développe un algorithme d’intelligence artificielle capable d’analyser toutes les phases d’un match de tennis. Cette technologie permet par exemple aux équipes de France Télévision d’automatiser un prototype de service d’édition automatique de vidéos en replay de matchs de tennis.
Enfin, France Télévisions a travaillé avec 4 start-ups (Babolat, Push-Pull Tv, Piq et Vizion’R) pour imaginer un service d’affichage multi-screen de données associées à un sportif équipé d’objet(s) connecté(s).
L’ensemble du dispositif a mobilisé près de 200 personnes de 28 sociétés, des startups comme des grands groupes.
Pour ceux qui ne pourront pas nous visiter au RG Lab, vous pourrez tester ces innovations lors de Futur en Seine du 11 au 14 juin 2015 où France Télévisions exposera dans la Chapelle du Musée des Arts et Métiers.
Sachez aussi que vous pouvez gagnez 2 places pour visiter le RG Lab et l’un des 10 Google CardBoard en jouant avec Méta-Media sur Twitter.
Il suffit de suivre le compte Twitter @metamedia et de tweeter cet article avec la mention #RGLABmetamedia
Suivez-nous aussi sur Instagram pour plus de photos de ces évènements.
* Sur la TNT à Paris et en région parisienne sur le canal 81. Via le bouquet satellitaire Fransat sur une chaîne évènementielle FranceTV Sport Ultra-HD sur le canal 444.
Pourquoi les élites ont du mal avec le numérique ?
Par Diane Touré, France Télévisions, Direction de la Prospective.
« Les conséquences de la transformation numérique sont sociétales et doivent être débattues par tous », a estimé Laure Belot, journaliste et auteur de «La déconnexion des élites» lors de la 1ère édition de la conférence « Aux sources du numérique » cette semaine.
Le numérique est en train de changer le lien avec l’autre mais les élites ont du mal à s’y mettre. Trois raisons pour tenter d’expliquer ce décalage : le numérique impose une réorganisation de la société qui n’est pas forcément souhaitée par les élites traditionnelles, elles sont déjà en compétition avec une nouvelle élite mondiale, et le secteur privé est le principal creuset de cette transformation sociétale.
Le numérique impose une réorganisation de la société
Laure Belot constate un décalage criant entre le progrès et les élites. Tout comme l’imprimerie de Gutenberg fut adoptée par les marginaux et ignorée par les catholiques au pouvoir, les élites ont tendance à repousser le changement. Pourtant comme dans la plupart des révolutions, les idées naissent des marges.
L’émergence d’internet, engendre une accélération du monde, supérieure au temps de construction d’une société. Face à cette transformation, les gouvernants prennent un temps de réflexion souvent bien trop lent comparé à la vitesse du mouvement. Une peur du changement certes, mais qui provoque une frustration de la part des citoyens en attente d’une forte réactivité des élites.
« L’utilisation massive du numérique engendre une transformation dans la relation gouvernants et gouvernées qui tend à transformer la société pyramidale actuelle en société de réseaux. Cette mutation n’est pas du tout simple à accepter pour les élites » affirme Laure Belot.
C’est une « révolution horizontale » issue d’un croisement entre la technologie et les citoyens, qui génère un phénomène nouveau : la civilisation numérique.
« Il y a une vraie capacité des citoyens à se saisir du numérique pour faire des choses et en être acteur »
Ce phénomène impacte tous les aspects sociétales : l’éducation avec les MOOC ou encore, l’économie avec l’apparition des plateformes de crowndfuding. Les nouvelles technologies font apparaître de nouvelles formes de démocratie, plus participative, et accélèrent le rythme de la vie publique.
« Le numérique fait qu’on a une société qui veut avoir voix au chapitre. Un vote tous les 5 ans ne suffit plus. »
Vers une nouvelle élite mondiale issue du numérique
Avant le numérique, les élites avait majoritairement un parcours identique, fréquentant les écoles prestigieuses, réitérant un processus prescrit par les anciens. Si La France tente de conserver son système « énarque », aux Etats Unis, les nouveaux élites proviennent d’ailleurs. Parmi les 25 fortunes mondiales, six viennent du code informatique.
Une nouvelle catégorie de génie du numérique a vu le jour : les « king coders », ces programmateurs informatiques capables de réaliser des prouesses et de faire de la fiction une réalité. Le talent aujourd’hui, c’est pouvoir inventer le futur et avoir les outils et les connaissances pour le créer de toute pièce.

« Les king-coders ont des capacités d’abstraction incroyables et sont capables de penser des produits qui génèreront plusieurs millions. On les retrouves désormais dans tous les cercles prisés et fermé de l’industrie du numériques et des nouvelles technologies »
Des rendez-vous sont spécialement conçus pour que les géants de l’internet puissent avoir accès à ces talents. Le Hello Tomorrow ou encore le Global Shapers sont des événements défricheurs de talents. Ces king coders sont la clé du moteur toute puissance du numérique.
« Facebook n’hésitent pas à payer 6000 dollars leurs stagiaires pour attirer les plus brillants »
La révolution numérique fait donc émerger ces talents de la nouvelle génération, très convoités par les grandes entreprises. Ces mêmes talents qui ont permis l’apparition du centre de recherche semi-secret de Google X et son idéologie de transhumanisme.
Le numérique est concentré dans la sphère privée
La toute puissance des GAFA qui possèdent les cerveaux les plus brillants, la plupart du marché du Big Data et le pouvoir des algorithmes pose des nouveaux défis :
» Les capacités des mémoires augmentent en flèche, l’intelligence artificielle progresse, les processus s’emballent et Google est le lieu de concentration de pouvoir le plus considérable du moment. Nous assistons à une privatisation des forces les plus actives de la planète. »
Que devient la souveraineté des États dans un monde numérique sans frontière ? Comment l’Etat peut se réapproprier cette révolution numérique détenue en grande partie par le privé ?
« Les usages numériques nous posent des questions éthiques centrales. Un cadre est nécessaire »
L’Etat doit continuer son rôle de régulateur, déconnectées ou pas les élites publiques doivent prendre le virage de cette transformation.
« Les pouvoirs en place ont bien saisi les usages d’Internet pour des enjeux électoraux, de communication ou de sécurité, en revanche ils ont du mal à traiter les enjeux de civilisation. »
Un nouveau défi donc pour le pouvoir public qui doit se demander si notre Constitution actuelle est compatible avec la révolution numérique.
« On est peut être à la fin d’une période un peu utopique. Le web est un grand adolescent, il a 20 ans. »
Co-production avec le public, gamification de l’info : comment en profiter ?
Par Alicia Tang, Direction de la Prospective, France Télévisions
Le public a pris la parole. L‘information est partout, diffusée en temps réel, commentée, partagée: chaque minute, 300 heures de contenu sont mises sur Youtube, 250.000 tweets envoyés et 2,4 millions de posts partagés sur Facebook. Ainsi dessaisis depuis une bonne dizaine d’années, de leurs outils de production et de diffusion, les médias professionnels tâtonnent toujours pour profiter de l’User Generated Content (UGC ou contenu généré par les utilisateurs) généralisé et qui s’amplifie avec Instagram, Vine ou Snapchat. Le premier News Impact Summit ,réuni il y a quelques jours à Paris avec l’European Journalism Center et le News Lab de Google, a proposé quelques pistes pour les médias. Pistes qui passent souvent par l’engagement et une gamification de l’info, mais aussi par le respect des fondamentaux.
1Vérifier les sources : l’objectif numéro 1
Le premier enjeu pour les médias s’ils utilisent les UGC, c’est la vérification des sources et des informations qui envahissent la toile. Un mauvais retweet est très vite arrivé. Il existe pour cela de nombreux outils pour les journalistes et, depuis peu, un guide de vérification des sources.
« Dans l’environnement numérique d’aujourd’hui, où les rumeurs et les faux contenus circulent, les journalistes doivent être en mesure de trier activement les vrais matériaux des contrefaçons. Ce manuel révolutionnaire est une lecture incontournable pour les journalistes traitant tous les types de contenus générés par les utilisateurs. » écrit Wilfried Ruetten, Directeur du Centre Européen de Journalisme (EJC), dans ce guide.
Celui-ci préconise quatre étapes de vérification :
- La provenance : S’agit-il de contenu original ? Sur les réseaux sociaux, il s’agit de porter attention aux sites web liés au compte, aux photos, vidéos, tweets précédents ou encore de regarder qui sont les amis ou abonnés, qui ont-ils suivi, sont-ils répertoriés sur des listes ?
- La source : Qui a mis en ligne le contenu ? Le meilleur moyen est alors de contacter directement la personne. Notons que dans le cas de l’utilisation d’une photographie par exemple, il faut mettre le contributeur au crédit.
- La date : Date à laquelle le contenu a été créé ? Pour cela, on peut noter que Youtube date les vidéos avec le fuseau horaire du Pacifique par exemple. Vérifier la météo à un moment donné peut également être un outil de vérification.
- Le lieu : Où le contenu a été créé ? Des plateformes tels que Google Maps, Google Earth, Wikimapia permettent de cartographier où aurait été localisé l’appareil photo/vidéo en question. Ces ressources sont l’une des premières vérifications qui doit être effectuée pour la vidéo et les photos.
Aurélien Viers, directeur du développement digital à L’Obs, prédit que la curation des journalistes va devoir évoluer. Actuellement, elle est majoritairement sur ordinateur mais dans le futur, elle devra être sur mobile pour faire face à la croissance de Snapchat et autres Vine. De nouveaux outils devraient arriver dans les années à venir. A guetter donc…
2Impliquer le lecteur : à la recherche d’expériences personnelles
Le deuxième écueil dans lequel les médias ne doivent pas tomber par rapport aux UGC, c’est l’implication du lecteur. Il ne s’agit plus de solliciter sa communauté uniquement pour qu’elle donne son avis, exprime son opinion. Aujourd’hui, les utilisateurs veulent témoigner de leur expérience, au plus près de l’actualité et des médias. Il faut réellement intégrer les contributions des utilisateurs, les prendre au sérieux.
« Il faut essayer d’être très ambitieux dès le début pour refléter des histoires complexes, puis pour avoir la capacité de garder les histoires en vie. Il faut être pro-actif, ne pas courir après l’utilisateur mais l’inviter » a souligné Caroline Bannock, en charge de la coordination des communautés au Guardian Witness.
Cette attention portée aux contributions du public permet d’envisager des thématiques ou une cible de lecteurs précise et ainsi, de ne pas rater des sujets qui n’auraient pas été choisis par l’équipe éditoriale.
Il ne faut pas perdre le rôle de ses lecteurs. Ce ne sont pas des journalistes et il faut donc parfois leur demander d’arrêter de contribuer au média afin d’assurer leur sécurité. Selon Scott Klein de chez ProPublica, l’UGC et ces « actes de journalisme » permettent surtout à de vrais journalistes d’avoir connaissance d’informations pour ensuite aller enquêter. Les médias ne sont alors plus prescripteurs de l’information, mais permettent d’apporter du fond à un débat, et de se proposer comme vérificateur de l’actualité.
3Engager son lecteur : le meilleur moyen de maintenir une communauté
Dans un troisième temps, il convient de savoir quel est l’objectif du journal, pourquoi et comment il peut engager son lecteur afin de définir le rôle de celui-ci dans la production de contenu.
Pour Amanda Zamora, senior engagement editor chez ProPublica, chaque histoire peut potentiellement prêter à de l’engagement, que ce soit de l’actualité chaude ou de l’infra-ordinaire.
L’UGC permet également de proposer des angles moins traités de faits d’actualité, et ainsi de se démarquer de la concurrence. Le Guardian Witness a ainsi proposé, à l’occasion des célébrations de commémoration de la Seconde Guerre Mondiale, à des Allemands de témoigner et de raconter les souffrances du conflit selon leur point de vue.
Finalement, souligne, Caroline Bannock, l’important n’est pas le sujet en soi mais le fait d’être pro-actif, d’essayer, de proposer des thématiques, de voir les réactions puis d’ajuster sa stratégie selon les réponses et les attentes des lecteurs.
Les UGC permettent principalement de créer et maintenir une communauté de lecteurs fidèles et de faire perdurer un climat de confiance avec le média. Face à la disruption et à la multiplication des contenus proposés, cette loyauté devient vitale pour les médias dans leur transition vers les supports numériques.
4La gamification de l’information : les Newsgames
Les jeux vidéos d’information, même s’ils restent peu développés par les médias, présentent, à l’instar des jeux vidéos traditionnels, de nombreux avantages. Ils sont une représentation systémique d’une réalité et proposent une expérience interactive. C’est leur avantage comparatif. Ils ne sont pas unilatéraux dans l’échange.
Plus qu’un simple texte ou même un film, le jeu n’existe pas sans l’utilisateur et sans son implication. Ces jeux ont également des règles, un objectif à atteindre, un but, et un résultat qui varie selon les actions de l’utilisateur. C’est ce champ des possibles qui permet un niveau de grille différent, notamment pour le traitement de l’information. A l’inverse, les médias traditionnels racontent une histoire linéaire.
Face à un un être humain généralement curieux, si l’on conçoit un système qui représente la réalité et que l’on propose de l’explorer, de manier des variables, il y a de fortes chances que les gens le fassent, surtout si il y a un défi, un challenge à relever. Le joueur pourra alors mieux comprendre une situation complexe car il la manipule. Réaliser un newsgame, c’est donc modéliser des systèmes, donner une représentation simplifiée d’un fait et faire comprendre des rouages, des mécaniques.
Il existe cinq grandes familles de jeu vidéo d’information :
1. Les jeux éditoriaux. Ils sont très courts et font passer un seul message, à l’image d’un éditorial dans un journal. On peut citer par exemple le jeu « Les canards voleront toujours plus haut », sorti juste après les attentats de Charlie. Le concept est simple, il faut tirer sur des canards (journaux) qui s’envolent. A chaque fois qu’un canard est touché, il se dédouble. Essayer de les tuer n’est donc pas possible. Game over. Le message est fort car il est simple.
Dans la même catégorie, on peut citer September 12 de Gonzalo Frasca. Ces jeux éditoriaux proposent une rhétorique de l’échec : je perds presque toujours donc je pense, j’essaie de comprendre pourquoi j’ai perdu. A travers cette réflexion s’effectue un transfert à la réalité et le message prend vie.
Pour Florent Maurin, responsable de The Pixel Hunt, « le jeu vidéo est le dessin de presse de demain ».
2. Les jeux reportages qui racontent une histoire. ReConstruire Haiti est un jeu qui a l’apparence d’un reportage classique sur la reconstruction d’Haïti et qui pose la question des dons (pour reconstruire un pays) et la manière dont ils vont être utilisés. L’histoire est racontée en cinq chapitres et à chaque fois le joueur est conduit à prendre des décisions. La fin du jeu donne un aperçu des potentielles conséquences de ces choix à long terme. Le jeu permet donc au joueur d’être face à la réalité de la situation et à la difficulté des choix à faire, entre court et long terme.
3. Les jeux infographiques qui utilisent la data. Parfois, les journalistes font face à tellement de data que même une visualisation n’est pas suffisante. Le jeu peut permettre de rendre intelligible la masse de données. Le jeu Budget Hero, lancé en 2008 et arrêté en août 2014 après avoir compté plus de 2 millions de parties, faisait partie de cette famille. Il reprenait les chiffres du budget américain et les différentes propositions des Républicains et des Démocrates. L’objectif était de rétablir l’équilibre budgétaire en 2030. Les différents algorithmes de prédiction budgétaire du jeu avaient été élaborés par des vrais économistes et l’intégralité des données étaient le plus proche possible de la réalité.
Autre exemple, Chronoloto explique à partir de l’historique de tous les tirages du Loto depuis 1976, pourquoi vous ne gagnerez jamais.
La valeur ajoutée de ces jeux est supérieure à une datavisualisation, dont la plupart des utilisateurs ne testent que certains boutons par curiosité. « C’est la magie procédural, on transforme un tableau excel en jeu » souligne Florent Maurin.
4. Les jeux de simulation, les représentations signifiantes d’une réalité. Ce sont les jeux les plus compliqués. On peut citer dans cette catégorie Spent (le Secours Catholique aux Etats-Unis). Dans celui-ci, le joueur se met dans la peau d’un travailleur pauvre et a pour objectif de terminer le mois sans dépasser le montant de ses revenus.
On peut également citer This war of mine, qui propose au joueur d’endosser le rôle difficile de 3 civils essayant de survivre dans un pays ravagé par la guerre ; ou encore Climate change, où le joueur est le Président des Nations unies et doit prendre des mesures contre le réchauffement climatique tout en essayant de rester assez populaire auprès de ses électeurs pour conserver son poste.
Notons par ailleurs que le hacking et le « bidouillage » d’autres joueurs ont permis à certains de ces jeux d’évoluer dans le temps.
5. Les jeux sociaux et pervasifs, ils mêlent le réel et le virtuel. Where’s damascus propose d’essayer de situer sur une carte du monde la ville de Damas. Une fois que le joueur a essayé de trouver, la vraie position est indiquée, ainsi que tous les essais des autres joueurs avant lui. On remarque alors que personne ne sait vraiment où est cette ville ce qui interroge le joueur, notamment par rapport à l’actualité. Dans le jeu collaboratif World Without Oil, les joueurs se retrouvent dans un monde sans pétrole et doivent trouver des alternatives, dans les transports par exemple.
Ces jeux permettent d’engager le débat et remplissent une des missions du journalisme local : renforcer les liens sociaux entre les lecteurs.
Bonus : un outils open source gratuit pour s’essayer aux jeux vidéos d’information : TWINE
Vers une société sans emploi ?
Par Alicia Tang et Diane Touré, Direction de la prospective, France Télévisions
Allons-nous vers une déconnexion revenu / travail ? Pour la première fois dans l’Histoire, une révolution technologique détruit plus d’emplois qu’elle n’en crée et le numérique commence à inquiéter un certain nombre d’économistes et décideurs.
A l’occasion d’une journée exploratoire, la Société Française de Prospective, avec le soutien de Cap Digital et en partenariat avec Metis, a abordé ce sujet insuffisamment traité et a tenté d’envisager le futur de nos modèles économiques.
1Révolution numérique : vers une transformation du travail et de l’emploi
Les technologies, comme la machine à vapeur ou encore l’électricité, ont bouleversé les modèles socio-économiques dans lesquels elles sont apparues. Aujourd’hui, une nouvelle révolution est en train de transformer le monde. Mais il ne s’agit plus de technologies de rupture comme cela a pu être le cas, mais bien d’un faisceau d’innovations dans divers domaines (nanotechnologies, biotechnologies, technologies de l’information et sciences cognitives ou encore génomique et robotique).
Ces ruptures technologiques modifient en profondeur la nature, le rapport et la structure du travail dans nos sociétés occidentales. La notion d’emploi, en perpétuelle évolution, est également à repenser.
L’entrepreneur américain Seth Godin résume ce phénomène assez simplement : “mon grand-père a fait le même travail toute sa vie, mon père a eu 7 emplois différents tout au long de sa carrière, et moi j’ai 7 emplois en même temps”.
En effet, on peut aujourd’hui être à la fois entrepreneur, étudiant, salarié, expert ou encore indépendant. On les appelle déjà « les slasheurs » : ceux qui mettent une barre oblique (slash) entre leurs fonctions en se présentant.
Nous sommes aujourd’hui dans la phase de « destruction créatrice » chère à Schumpeter : le progrès technique détruit les emplois qui ne sont plus en accord avec la demande du marché. Mais nos sociétés font face à un « innovation gap » sans précédent, une différence entre l’évolution de la productivité et la création d’emplois. Le numérique est tout simplement en train de détruire des emplois. Le cabinet de conseil Roland Berger estime ainsi qu’en 2025, 3 millions d’emplois français auront disparu en raison de l’optimisation des emplois actuels et de la robotisation.

Les innovations numériques vont certes permettre l’émergence de nouveaux secteurs et la création de nouveaux emplois, mais qui seront moins bien payés que ceux qui vont disparaître, et ce pour plusieurs raisons :
– une mécanisation et une émergence des robots qui entrent en compétition avec les compétences humaines ;
– un manque d’éducation au numérique et une fracture des usages ;
– une dissociation entre la recherche et le développement et innovation (beaucoup de technologies ne sont pas intégrées dans la société car elles ne répondent/collent pas à des usages) ;
– un manque d’investissement dans les moyens de production, c’est-à-dire une difficulté de passer du prototype à la masse.
Par ailleurs, nos sociétés quittent un modèle consumériste pour aller vers un modèle collaboratif. Dans les entreprises, l’enjeu est d’accompagner et d’éduquer à ces évolutions.
“Derrières les technologies, il y a des transformations culturelles qu’il faut insuffler aux managers en interne.”
Face à ces bouleversements, quelle est la capacité de la société à se réformer en protégeant son modèle social ?
2Une nouvelle vision du travail pour les jeunes.
Comment être acteur de ces nouvelles économies ? Au-delà de réinventer les modèles économiques, comment prendre place dans ce nouveau marché de l’emploi? ASTREES (l’Association du Travail de l’Emploi Europe et Société) a proposé aux jeunes de moins de 30 ans de remplir un court questionnaire sur ce que représente pour eux le travail mais aussi l’engagement dans la société comme en milieu professionnel. Parmi les 1.160 réponses, trois quarts des interrogés pensent que le plus important concernant l’emploi est d’être dans une ambiance de travail agréable, de faire quelque chose d’intéressant et d’avoir un bon équilibre vie professionnelle/vie privée.
“ En dépit du contexte et d’un chômage massif, les moins de 30 ans restent optimistes. Concernant les compétences, les efforts et les réseaux relationnels, ils sont très réalistes sur ce qui permet de décrocher un emploi et sur ce qui les attend en termes de contrats. Les jeunes veulent être entendus en milieu professionnel comme dans la société pour ce qu’ils sont et non pour ce qu’ils seront », déclare ASTREES.
Malgré leur optimisme, plus ils entrent dans le monde du travail, plus le sentiment que leur avenir sera meilleur que celui de leurs parents décroît. (34% pour les plus de 25 ans , 44% chez les 20-24 ans et 53% chez les moins de 20 ans). Si le critère de revenu n’apparaît pas en haut des préoccupations, il n’en demeure pas moins inexistant.
“Pour les jeunes, il faudrait supprimer les contrats CDD et CDI, car ils ont du mal à y accéder ; d’autres formes de contrat devraient être mis au goût du jour » affirme Phillippe Lazzarotto membre de l’Association ASTREES.
L’enquête européenne sur les valeurs démontre que la France est une exception dans son rapport au travail. Alors que les anglo-saxons ont un rapport très instrumental à leur travail, les Français recherchent un certain épanouissement/accomplissement personnel à travers lui.
D’où une problématique : comment les jeunes français vont-ils réussir à insuffler ce genre de modèle coopératif au reste de l’Europe si l’intérêt et le rapport au travail est divergent ? Le défi futur est dans la construction d’un modèle socio-économique pour créer un contexte favorable à cette nouvelle génération.
3Prospective : quels modèles pour le futur ?
A l’occasion de cette journée exploratoire, trois pistes pour le futur ont été exposées:
1. La première, proposée par Sokha Hin (co-fondateur de Call For Team ) part d’un constat : l’innovation en France n’est pensée que d’un point de vue technologique, et non sociale et sociétale.
“Il y a une déconnexion entre les citoyens que nous sommes, et la croyance dans les alternatives proposées”, affirme t-il.
Notre société a besoin de reconnaître que l’innovation est également un moyen de faire avancer des problématiques sociétales, qu’elle n’est pas réservée au monde numérique. Il ne s’agit toutefois pas de créer une rupture entre le monde actuel et le monde de demain, il ne doit pas y avoir de rejet, mais un accompagnement, une transition entre les deux. La proposition de Sokha Hin repose sur un travail en collaboration avec des grandes entreprises, dans le but d’accompagner les salariés qui souhaiteraient se tourner vers l’entrepreuneuriat. Cela permettrait d’accompagner la réflexion individuelle sur le parcours professionnel. Une autre piste pour le futur serait la création d’un label pour les entreprises qui partageraient une vision, celle du numérique aux services de transitions sociétales.
2. La deuxième proposition de Stanislas Jourdan (co-fondateur et coordinateur du Mouvement Français pour un Revenu de Base) concerne la création d’un revenu universel et inaliénable pour tous les individus. Le revenu de base inconditionnel (RBI) serait un revenu attribué sans condition, sur le principe de droit fondamental. Celui-ci serait déconnecté de l’emploi et serait perçu par chaque individu de la société peu importe son âge, son statut socio-professionnel.
Ce revenu de base serait financé par un capital collectif, celui du travail gratuit qui contribue à la création de bien commun. Selon Stanislas Jourdan, le revenu de base serait compris entre 500 et 800 euros par mois et par personne. Il permettrait une accélération économique plus collaborative et aux salariés de renégocier avec leur entreprise leur condition de travail. Le revenu de base permettrait de libérer le temps des individus.
Comment serait financé ce revenu ? Selon le rapport Colin et Collin sur la fiscalité du numérique, le revenu de base pourrait puiser ses ressources dans la création d’une taxe sur l’exploitation des données personnelles qui financerait la protection sociale et le revenu de base. D’autre part, cela encouragerait les entreprises à avoir un comportement plus éthique concernant l’utilisation et à la protection des données personnelles.
3. La dernière proposition, émise par le consultant Frédéric Fonsalas, part d’un questionnement sur la disparition du travail. Actuellement, une croissance de 3% serait nécessaire pour nous assurer du travail ; cette équation ne serait effective que si l’on parle du travail salarié. De ce fait, Frédéric Fonsalas propose une nouvelle définition du travail, à savoir “toute action transformante impliquant un effort”. Dans un second temps, il soutient le fait que la possession est de l’ordre de l’inné, tandis que le don requiert une éducation. Il faut donc changer le système éducatif et fonder le nouveau sur cinq piliers équivalents en poids : la culture ; le corps et ses soins ; la structure de l’esprit qui doit être verticale ; la formation à l’entrepreneuriat et l’art et l’artisanat.
Il s’agit enfin de repenser le rapport à l’argent comme rémunération et de créer des nouveaux modes de rétribution, développer une économie sociale et solidaire.

Comment se « dégafamiser » et reprendre le contrôle de sa vie en ligne ?
Par Diane Touré, France Télévisions, Direction de la Prospective.
Peut-on vivre, en 2015, sans emprunter les autoroutes de l’Internet accaparé par les GAFA (et même GAFAM avec Microsoft). L’Internet aujourd’hui est devenu un espace où quelques gros acteurs monopolisent 90% du trafic transformant l’internaute en un simple produit marketing. Pour Adrienne Charmet, directrice des campagnes de la Quadrature du Net, intervenue à la conférence The United states of Google il y a quelques jours, les géants d’Internet s’emparent de nos libertés individuelles. Désormais, pour ceux qui veulent reprendre le contrôle de leur identité en ligne, il leur faut penser Internet autrement et bouleverser leurs usages.

L’internet des Géants
Les GAFAM ont su se rendre indispensables sur la toile et désormais maîtrisent toute la chaîne de production. Internet est devenu vertical : ces pieuvres du net abusent de leur position dominante. Facebook possède WhatsApp et Instagram, Google détient Youtube et Android et Microsoft une grosse part du marché des systèmes d’exploitation des smartphones. Notre société leur a bel et bien fournis les clés de la toute puissance :
« Nous ressentons cette monopolisation et centralisation dans le simple fait que Windows et IOS soient les deux seuls systèmes d’exploitation proposés lors d’un achat d’ordinateur », a résumé Adrienne Charmet.
Des libertés de plus en plus encadrées
Cette centralisation freine l’innovation et entraîne une perte de liberté pour l’internaute qui a perdu le contrôle de sa vie numérique : ses habitudes de navigation sont constamment disséquées, l’art du tracking web a permis la création d’une société de la surveillance. Les conditions d’utilisation des services de Google, Microsoft ou Apple prévoient la plupart du temps la cession pleine et entière des droits d’exploitation des données à des fins commerciales. Une double finalité qui consiste à alimenter les algorithmes de ciblage pour les publicités et fournir un flux constant aux agences de surveillance pour remplir leurs bases de données.
« Google aspire vos données personnelles parce que c’est sa manière de se rémunérer, il vous profile, cible ce que vous aimez, ce que vous voulez, ce que vous désirez et à partir de là, va créer un Internet qui va vous convenir, votre Internet »
Si Google est devenu un réflexe pour la majorité des internautes (91% des français utilisent Google), c’est principalement à cause du fait qu’ils ne peuvent sortir de cette spirale, tout est pensé afin de conditionner l’internaute à la façon Google.
Des alternatives pour reprendre le contrôle
« Nos données doivent rester privées, on n’a tous quelque chose à cacher, pas forcément malsaine ou dangereuse, mais des choses que ni Google ni l’Etat ne doivent savoir »
Pour Adrienne, nous acceptons avec internet des conditions que l’on n’approuverait pas dans la vie réelle.
« Imaginez, c’est comme si vous vous baladiez avec des tatouages comprenant votre adresse numéro, planning quotidien et une liste des endroits que vous fréquentez »
Heureusement, il existe des alternatives, des logiciels et systèmes bien plus respectueux de la vie privée et des données des internautes. Framasoft, un réseau dédié à la promotion du logiciel libre a mis en place un ambitieux projet : dégoogliser Internet. Grâce à une carte interactive reprenant la situation géopolitique de la Gaule, l’association a choisi de symboliser les logiciels les plus populaires sous forme de camps romains, lorsqu’ils sont centralisés, verrouillés, ou irrespectueux de la vie privée. Une longue liste de logiciels alternatifs à Youtube Facebook, Dropbox et tous les services de Google sont proposées.
» Il ne reste plus qu’à apprendre à se dégoogliser, certes on perd un peu de confort, l’ergonomie et les interfaces ne sont pas toujours abouties, mais au prix de la liberté, c’est peu cher payé » a conclu Adrienne Charmet.
Quelques exemples de sites alternatifs :
- Doodle : Framadate (mise en place de réunions et de sondages)
- Google Docs : Framapad (Etherpad)
- Google Reader : Framanews (TinyTinyRSS)
- Pixlr : Framavectoriel (SVG-Edit)
- Bit.ly : Framashort (LSTU)
- Facebook : Framasphère (Diaspora)
- Google Search : Framasearch (Searx)
10 conseils pour ne plus laisser de trace sur Internet
Le site controle-tes-donnees.net liste également 10 conseils pour maîtriser ses données et ne plus laisser de trace sur Internet.
Ne laissez plus de trace sur Internet
1. Utilisez et configurez un navigateur libre : Firefox
2. Utilisez un moteur de recherche qui ne vous surveille pas
3. Maîtrisez les traces que vous laissez en améliorant Firefox
4. Naviguez en ne laissant aucune trace avec Tor
Gardez vos échanges confidentiels
5. Chiffrez vos discussions instantanées et appels vidéo avec Jitsi
6. Chiffrez vos messages avec GnuPG
7. Choisissez un fournisseur d’email qui vous laisse le contrôle
Reprenez la mains sur tous vos outils
8. Reprenez le contrôle de votre ordinateur avec GNU/Linux
Maîtrisez toutes vos données en les hébergeant vous-même
9. Facilement, sur un NAS (Network Attached Storage), un petit ordinateur entièrement tourné autour d’un système de stockage.
10. Sur un PC ou un raspberry, avec un OS dédié (Yunohost, Freenas…) ou avec un GNU/Linux paramétré par vos soins.
10 tendances technos pour bouleverser la vie en entreprise
Par Alicia Tang et Diane Touré, France Télévisions, Direction de la Prospective,
Comment cultiver les richesses humaines dans l’entreprise de demain grâce aux nouvelles technos ? A l’heure de l »accélération de nos sociétés« , selon le terme de Hartmut Rosa, sociologue et philosophe allemand, et de la recherche effrénée de productivité et de performance, comment repenser le rapport aux salariés et rendre le travail plus agréable, et finalement plus efficace ?
Soon Soon Soon, agence de tendances dénicheuse d’innovations qui comprend une communauté de plus de 1.300 “éclaireurs” implantés dans 15 pays, vient de publier une étude qui met en lumière 10 grandes tendances et une cinquantaine d’innovations et expérimentations pour améliorer les conditions, l’espace ou encore le rapport au travail grâce aux nouvelles technologies et innovations architecturales.
1Créer une zone de confort
Si vous en avez assez d’avoir trop froid dans votre bureau, tandis qu’en face vos collègues se plaignent de la chaleur écrasante, Comfy est l’outil idéal. Innovation qui permet de gérer la température de son bureau via une application, et ce indépendamment des autres, elle permet de donner un particularisme à chaque salarié.
Toujours pour améliorer la zone de confort, Zest Desk permet à chaque salarié d’ajuster la hauteur de son bureau. Très tendance dans la Sillicon Valley, les bureaux portables et ajustables permettent une plus grande mobilité et s’adaptent au confort des travailleurs tout au long de la journée.
Plus généralement, la position assise est de plus en plus délaissée au profit de la position debout. Ainsi, le cabinet architectural néerlandais RAAF expérimente un espace sans chaises ni bureaux (voir image à la Une).
L’agence de publicité sur Internet The Barbarian Group à New York a, elle, fait appel au cabinet d’architecte Clive Wilkinson pour repenser complètement l’espace de travail de ses salariés. Les bureaux fermés et le papier se sont substitués à une grand zone ouverte et à l’installation de “tables sans fin”, permettant à n’importe qui de se connecter à son espace de travail en posant simplement ses appareils à leur surface.
2 Un shot de productivité
La musique permettrait d’améliorer l’environnement du salarié et sa concentration au travail. De ce fait, Focus@will propose un outil basé sur les neurosciences qui propose des morceaux de musique instrumentaux choisis pour augmenter l’attention et la concentration des salariés à hauteur de 400% lorsqu’ils travaillent.
3L’ailleurs comme bureau
L’environnement de travail est de plus en plus nomade et certaines entreprises l’ont bien compris. Ainsi, Any Body Home est une agence russe qui a déménagé tous ses salariés à Goa pendant un mois, afin de les extraire de la morosité de l’hiver et les motiver.
L’initiative des Startup Villas s’inscrit également dans cette tendance et propose à des entreprises de louer pendant un mois une villa à la mer. Le concept se développe de plus en plus aux Etats-Unis et permet aux salariés de ne plus se soucier ni de leur hébergement, ni de leur nourriture, ni de faire le ménage. Un seul objectif : être concentré sur son travail.
4Zen Attitude
A Amsterdam, l’agence de design Heldergroen a fait appel au cabinet d’architecture Zecc pour trouver un moyen d’éviter le surmenage de ses employés. Réponse : un plan de travail en bois suspendu par des câbles en acier qui fait disparaître les outils de travail tous les jours à 18h pour laisser place à un espace événementiel.
Au Japon, une entreprise oblige ses employés à aller cultiver du riz au moins 1h chaque semaine. Le jardin, situé au dernier étage du bâtiment qui abrite la société, a pour objectif de faire renouer des contacts avec la nature afin de permettre une régénérescence plus rapide du bien-être des salariés.
5Le 3e lieu
Toujours au Pays-Bas, une initiative de développement des espaces de co-working vient d’intégrer un nouveau critère : le temps qu’il faut pour se rendre au travail. Ces Smart Work Centers doivent ainsi se trouver à moins de 15 minutes en vélo du lieu d’habitation des travailleurs.
6Réseauter In Real Life
Les rencontres professionnelles sont en pleine mutation, de nouvelles manières de créer un réseau voient le jour permettant à ceux qui le souhaitent de faire du networking dans la vie réelle en prenant le temps de se déconnecter. Le site américain Networkr propose une mise en relation des professionnels afin qu’ils développent leur réseau en passant du virtuel au concret. Ces réseaux à la limite de Tinder et du Networking existent aussi en France comme par exemple BizLunch.
7 Du Crowd pour tout
Le participatif est surement la grande tendance de ces dernières années et les systèmes collaboratifs fonctionnent pour tous les domaines, même au travail. Flexojob est la première plateforme française de prêt de salariés. Une pratique légale depuis 2011 mais encore méconnue. Les entreprises, qui disposent de salariés en sous activité peuvent proposer à travers la plateforme le prêt de leur personnel à une entreprise comparable, pour une mission d’une durée d’un jour à quelques mois. L’entreprise qui bénéficie du prêt, se chargera de payer le salarié durant toute la durée de la mission. Cette pratique permettrait aux entreprises qui rencontrent des difficultés financières de réduire les coûts et d’éviter ainsi les licenciements.
8Mobilité expérientielle
Selon une étude de Pole Emploi, 37% des sortants de listes ont changé de métier à la reprise d’un emploi. La reconversion professionnelle attire de plus en plus de français. Le site Via Métiers l’a bien compris et propose de vivre la vie d’un professionnel pendant quelques jours pour se rendre compte de la réalité d’un métier, avant de se lancer dans une nouvelle carrière. Des formations sont en suite proposées si le test s’est avéré être à la hauteur des espérances.
9 Néo-recrutement
L’ensemble des actions mises en place pour trouver le bon candidat ne s’avèrent pas toujours efficace. Aujourd’hui, un CV ne reflète pas toujours le savoir-être et faire des postulants. Scoring Line est un site français qui permet d’objectiver la sélection des candidats tout en faisant gagner du temps aux recruteurs. Le candidat qui souhaite postuler est invité à réaliser une pré-évaluation en ligne. Au terme de 10 à 20 questions fermées évaluant les compétences opérationnelles, une mise en situation lui est proposée à travers une webcam. Chacune des réponses correspond à un score. Au final, chaque prétendant bénéficie d’une note qui témoigne de son degré d’affinité avec le poste. Le recruteur peut alors étudier plus en détails leur profil pour envisager de les convier à un entretien. Une pratique qui permet en tout premier lieu d’éliminer les candidats peu motivés.
10Very Very Big Data
Le Big Data fait entrer les RH dans l’ère de la « science des talents ». Les algorithmes sont désormais utilisés pour améliorer les conditions d’embauches. La société française Athalia a crée un simulateur d’embauche 3D qui permet de diminuer les coûts humains lors des recrutements. Le jury composé d’avatars choisit de faire parler tour à tour chacun des recruteurs virtuels à l’aide d’une tablette tactile pilotée par une personne extérieure. Le candidat porte des lunettes et se trouve plongé dans un cube immersif, où des images sont projetées en 3D, au sol et sur les parois. Le Big Data, c’est aussi le futur du recrutement !
Retrouvez les innovations les plus marquantes sur le soonoshot
10 questions à se poser avant de se lancer sur tablette
Par Alicia Tang, France Télévisions, Direction de la prospective
La tablette peut-elle aider une bonne fois pour toute la presse et changer le journalisme ? La tablette, qui s’est imposée depuis 2010 avec l’iPad, n’est plus perçue comme un deus ex machina au secours de la presse, mais entend bien en devenir un atout non négligeable, et peut-être même indispensable.
« A quoi ressemblera la presse et les journaux en 2030 ? » a interrogé Cyril Petit, rédacteur en chef des éditions du JDD lors de la 22e édition du CFPJ Lab il y a quelques jours à Paris. Certainement à un savant mélange entre print et numérique. « Il y a un temps et un support pour tout, la presse ne va pas mourir ».
1La presse et le numérique : un marché en plein essor
En 2014, 1,94% des ventes totales de presse en France étaient numériques. Selon Philippe Rincé, Directeur Général de l’OJD, 70 à 80% des ventes numériques de la presse se feraient sur tablette.
Le Monde et Les Echos comptabilisent déjà 20% de leurs ventes sur le numérique et tendent toujours plus à se développer sur ces supports. La presse quotidienne nationale est en général celle qui vend le plus en numérique. Logique, étant donné que c’est elle qui a subi la plus forte baisse ces dernières années et qu’elle a donc été la première à chercher des alternatives pour se relancer..
2Comment la tablette change-elle le paysage médiatique international ?
La tablette casse le rythme de diffusion des médias. Ainsi, L’Obs est devenu un quotidien magazine, Ouest France un quotidien national, Le Monde un quotidien du matin et La Croix va devenir un quotidien du soir. Notons que ce nouveau support provoque également une internationalisation des journaux, comme ce fut le cas pour La Presse, quotidien canadien devenu précurseur et modèle en termes de développement numérique. Dès l’apparition et l’essor de la tablette, son Directeur Guy Crevier décide de tout parier sur le développement d’un quotidien gratuit sur tablette, La Presse +. Depuis, c’est tout le process interne qui s’est inversé : la majorité de l’équipe est dédiée au support tablette et y travaille toute la journée ; le soir, une petite équipe s’occupe de transposer les contenus numériques au support papier. Le bilan est actuellement de 150 000 téléchargements par jour (contre 210 000 exemplaires papier avant le lancement de la version tablette), et le journal a déjà vendu ses technologies à deux autres médias au Canada.
3La lecture de la presse est le premier usage de la tablette
Selon une étude du Web Observatoire (réalisée au Q3 2014), la consultation de la presse est l’usage media principal des français sur Internet, devant la vidéo donc et la consultation de recettes de cuisine. Il s’agit d’une audience CSP+ dans la trentaine, souvent déjà lectrice de la presse papier et plutôt prête à payer pour avoir accès à des contenus sur leur tablette. Chez les plus jeunes, c’est néanmoins le smartphone qui semble être privilégié.
« Il faut 3 clics pour s’abonner sur sa tablette » a précisé Cyril Petit, soulignant que cet écran avait pour avantage de faciliter aux clients le paiement en ligne.
Proposer du contenu sur ce support semble donc aujourd’hui devenir une nécessité, sachant que jusqu’à 15% de la diffusion de certains titres est réalisée sur tablette.
4 Comment adapter son contenu à la tablette ?
La tablette présente de nombreux points communs avec le journal et s’impose naturellement en continuité de celui-ci : même format, sollicitation du cerveau, importance de la vue et du toucher, prix assez proches de ceux dans le print et qualité des contenus comparable à l’offre papier.
Mario Garcia, designer et consultant média, souligne également que le geste et la temporalité de lecture sur tablette sont similaires à ceux du journal : penché en arrière ou allongé dans son canapé, le lecteur se relaxe, a plus de distance que s’il était sur son ordinateur ou son smartphone. En effet, ces deux écrans sont ceux de la rapidité, et la position de l’utilisateur est plutôt penchée en avant.
Pour Cyril Petit, « la tablette est un support sensoriel et sensuel qui permet d’arrêter le temps sans en perdre ».
Rappelons que les Français utilisent finalement peu la tablette de manière mobile et privilégient son usage tôt le matin, en soirée, voire tard dans la nuit. 80% des contacts sont ainsi réalisés dans les foyers. La tablette reste néanmoins un support mobile car elle permet de faire venir le journal au lecteur et non plus l’inverse.
Vincent Mas, concepteur d’outils de production sur tablette, distingue cinq familles de contenus sur tablette :
- Le PDF simple, un réplica de la maquette du print.
- Le PDF enrichi, c’est-à-dire qu’en plus du contenu print, des boutons ont été ajoutés sur la maquette en post-production afin de proposer des diaporamas, du son ou encore des bonus.
- Le PDF avec reflow permet quand à lui une lecture légèrement différenciée : le texte est lisible hors de la mise en page et le confort est amélioré (augmentation de la police, liste des articles disponible sur le côté). La majorité des quotidiens actuels proposent ce type de contenus.
Le PDF a pour avantage d’être peu cher et facile à utiliser. Il est basé sur un format standard, est comptabilisé par l’OJD et est diffusable sur de nombreux kiosques en ligne.
- La maquette dédiée répond à un véritable travail de mise en page avec l’aide des Directeurs Artistiques. Le contenu est calé à la tablette, comme l’application Le Monde et son principe d’accordéon. Du point de vue de la production, celle-ci ressemble à celle d’un site web, avec notamment l’utilisation de gabarits.
- La mise en page dédiée manuelle répond au même schéma de production que pour le print, avec l’intervention de nouveaux outils pour apporter de l’interactivité (pop up, diaporama). C’est le modèle le plus adapté et qui propose une vraie valeur ajoutée, mais c’est également celui qui demande le plus de travail car c’est une refonte totale du magazine. De plus, il demande une structuration du contenu et une mise en page adéquate qui passe en général par un prestataire qui est donc propriétaire du format. Cela peut enfin poser problème lors de changements de technologie car il faut ensuite traduire les contenus en fonction de ces évolutions.
Vincent Mas a par ailleurs précisé qu’il faut faire attention au contrat de lecture entre les différentes applications, et essayer d’avoir une continuité entre son application de flux pour smartphone et son application pour tablette (si elles diffèrent), afin ne pas donner une impression « d’aller/retour » aux lecteurs.
510 questions à se poser avant de se lancer
- Gratuit ou payant ? Si le modèle est payant comme le suggére Cédrix Naux, secrétaire général numérique de Bayard, afin « d’éviter de réitérer l’erreur du web gratuit », à quel prix proposer le contenu sachant qu’il doit obligatoirement être inférieur à celui du papier ?
- Avec ou sans pub ? Dans le cas où le modèle contient des publicités, penser à les adapter au support (Native Ads)
- Connecté ou non ? Est-ce que les lecteurs doivent télécharger l’ensemble du journal avant de pouvoir le lire ?
- Horizontal ou vertical ? Notons que si l’on choisit les deux, cela signifie deux fois plus de travail. Actuellement, même si les utilisateurs lisent majoritairement en horizontal, de nombreux éditeurs tendent à proposer les deux en vue du développement des phablettes qui favorisent une lecture verticale.
- Quelle place pour les pop up ? Sachant que 60% des lecteurs ajustent au toucher la taille du contenu ?
- Quelle utilisation de l’image ? Même s’il s’agit du format le plus efficace pour rentrer dans un article, cela nécessite de proposer des visuels de qualité qui sont donc plus volumineux.
- Quel geste ? Le lecteur doit-il taper, doubler, taper, pincher… ? L’ergonomie des contenus doit également être pensée pour ne pas être désagréable (attention particulière pour le pouce)
- Indication d’un mode d’emploi ou non ? Certains soutiennent qu’un mode d’emploi rime avec application ratée tandis que d’autre préconisent un espace où le lecteur pourrait potentiellement aller chercher plus d’informations s’il le souhaite, mais ce plutôt en fin de journal.
- Quelle navigation et chemin de fer ? Actuellement, la navigation en croix est privilégiée : de bas en haut pour aller en profondeur sur un sujet, et de gauche à droite pour changer de sujet ou d’article.
- Comment attirer le lecteur ? La stratégie marketing doit être au cœur du développement des contenus sur tablette et la possibilité de tester ou encore de feuilleter semble être un levier positif pour de potentiels acheteurs.
A ne pas négliger non plus, l’importance croissante des phablets dans la consommation de médias, comme le montre ce graphique de Business Insider
Pour aller plus loin : PETIT Cyril et MAS Vincent, La presse sur tablette, Les journaux et magazines de demain ? Réussir sa publication numérique, Edition CFPJ, 2014
AwesomenessTV (YouTube) : misez déjà sur la Génération Z !
Par Barbara Chazelle, France Télévisions, Directions Stratégie et Prospective
« Tout le monde sait que la télévision pour les jeunes est morte. Elle n’est pas en train de mourir, elle est morte » a affirmé avec conviction Brian Robbins, CEO de AwesomenessTV mercredi au MIP Digital Fronts à Cannes. « Tout le monde sait que la consommation de contenus a migré sur Youtube, le online et le mobile. »
Le réseau multi chaînes (MCN) de Youtube, lancé en 2012 et racheté en 2013 par le studio DreamWorks à de quoi faire quelques envieux chez les spécialistes de la jeunesse : en plus des 25 programmes (séries, reality shows..) par semaine diffusés sur la chaîne principale, AwesomenessTV rassemble … 90.000 créateurs de contenus.
Bilan à date : quelques 100 millions d’abonnés, dont la majorité a moins de 20 ans, pour un milliard de vues par mois.
« Ca ne fait pas de nous le MCN numéro 1, mais nous, on a les ados ! » s’est vanté Robbins.
Des séries pour qui veut
La TV est peut-être morte, ca n’empêche pas AwesomenessTV de créer des séries pour les chaînes traditionnelles. Le MCN produit des programmes pour Nickelodeon mais aussi pour Netflix, comme la série Richie Rich.
Pour ces séries originales, AwesomenessTV n’hésite pas à faire appel à ses créateurs, mais aussi aux marques pour financer le projet. Pour Royal Crush, sponsorisé par Royal Cruise Lines (!), c’est Meg DeAngelis, connue aussi sous le pseudo MayBabyTumbler, une vloggeuse de 19 ans qui a obtenu le rôle principal. Ce qui permet à la jeune femme de voir sa chaîne progresser « plus vite que celles de Beyoncé et Justin Bieber » selon les stats annoncées sur scène par Robbins.
« Ma chaîne est passée de 200.000 ou 300.000 abonnés à 2,3 millions en un an ! » a confié la jeune prodige de la plateforme après avoir fait un selfie sur l’estrade.
La web série quant à elle, dépasse le million de vues à chaque nouvel épisode.
En réponse au 70% de leur audience qui consomme des vidéos depuis leur mobile, AwesomenessTV a profité du MIP pour annoncer un partenariat avec Verizon : 200 heures de programmes originaux seront produites dans l’année, qui seront disponibles via un nouveau service du telco.
« Leurs téléphones [ceux de la Génération Z] ne sont pas des téléphones : ce sont des hubs média qui permettent aussi d’appeler » a résumé Robbins.
… et des films !
AwesomenessTV, comme d’autres médias disrupteurs (BuzzFeed, Vice Media..), n’a pas oublié d’investir le grand écran. Le MCN a produit Expelled avec en tête d’affiche Cameron Dallas, une star de Vine, qui fut selon Robbins, le « film social no 1 » en 2014 : la comédie aurait généré 15 milliards de vues sociales.. pour seulement 22 jours de tournage !
« Avec ce film, nous avons accompli en quatre mois ce que la plupart des studios font en quatre ans ; créer un hit qui a fait écho à l’audience la plus importante à convaincre. »
Six autres longs métrages sont en préparation. Parmi ces projets, un film avec le groupe The Janoskians.
« Si vous ne connaissez pas The Janoskians, vous avez déjà un problème avec la Génération Z ! » s’est exclamé Robbins.
Sachez si vous êtes dans ce cas, que ce groupe qui mêle musique et comédie compte 2 millions de fans au compteur de YouTube et a fait un show au Wembley Arena, qui a bien sûr été filmé par AwesomenessTV.
Smosh, The movie sortira en juillet à l’occasion du Vidcon et mettra en scène les stars de la chaîne éponyme de YouTube. (20 millions d’abonnés)
Pourquoi investir sur la Génération Z ? Pour leur influence !
« La génération Z est la génération la plus influente de toute ! » a affirmé Robbins. « Intéressez-vous à la Génération Z, cela permettra à votre entreprise et vos marques d’installer les tendances, et non d’y réagir. (…) Etre capable de comprendre et de créer pour cette audience c’est être en première ligne des tendances et de l’innovation. »
Cette génération est en permanence connectée, passe d’une plateforme, d’un écran à l’autre, sans friction. Mais Robbins prévient :
« Une chose que les ados ne font pas, c’est de programmer de vous regarder. C’est à vous de leur apporter leurs stars là où ils se trouvent ! »
Sachez que nous n’avons pas fini d’entendre parler de AwesomenessTV qui a annoncé l’ouverture de plusieurs bureaux de production locale au Royaume-Uni, en Allemagne, en Espagne, au Brésil… et en France !!