Vice Media, du mobile au grand écran
Par Barbara Chazelle, France Télévisions, Directions Stratégie et Prospective
« Cette génération se fout de l’écran sur lequel elle regarde une vidéo : la seule chose qui importe, c’est le storytelling. La seule chose qui compte, c’est le contenu de qualité », a assuré aujourd’hui à Cannes, Andrew Creighton, responsable de la créativité chez Vice Media.
Déjà connu pour être agnostique aux plateformes en diffusant ses contenus partout où c’est possible, de YouTube à Snapchat, Vice peaufine sa stratégie « du mobile au grand écran », en passant par la TV.
Présent au MIPTV cette année encore, Vice y a annoncé 4 projets à suivre de très près !
Vice News : du contenu court pour mobile
Vice News, qui serait, d’après Miller, la chaîne qui grandit le plus vite sur YouTube, avec quelques 225 millions de vidéos vues et 1,3 million d’abonnés, a tout simplement « révolutionné le paysage média international » a-t-il dit.
Vice News va renforcer son partenariat avec HBO avec un format court quotidien d’infos pour mobile exclusivement.
« Nous allons nous servir de tout ce que nous avons appris de notre expérience de l’info en ligne, à la TV et sur mobile et nous ferons la même chose pour chacune de nos chaînes. » a-t-il prévenu.
Eddy Moretti, directeur du contenu, ajoutera au sujet de Vice News :
« Ce n’est pas un journal d’info américain, c’est un journal d’info international. C’est le cœur même de ce que nous faisons : une vision internationale du monde avec de la passion pour raconter des histoires d’une manière profonde qui a du sens. »
Des films avec la 20th Century Fox
« Nous faisons des films. Nous ne sommes pas en train de planifier des films un jour, nous ne travaillons pas dans l’espoir de faire des films, nous en faisons ! » a déclaré Moretti.
Et d’annoncer un partenariat de 3 ans avec la 20th Century Fox à raison de 2 films par an.
Broadly, une chaîne pour les femmes de la génération Y
Vice va par ailleurs lancer mondialement cette année une nouvelle chaîne thématique consacrée aux femmes de la génération Y, qui se veut être le reflet de la « complexité de l’expérience féminine d’aujourd’hui. »
Selon Shanon Kelley, éditrice de ce nouveau projet, « il n’y a pas de plateforme mondiale qui parle aux femmes de la manière dont [elles] se parlent entre elles »
Un partenariat avec Live Nation pour des programmes musicaux
Le mois prochain, Vice accompagnera Live Nation, une entreprise qui organise des concerts, à construire une relation durable avec son public et lancera pour commencer une douzaine de programmes d’une durée de 30 minutes à 1 heure.. qui pourrait bien se retrouver un jour à la TV.
« Il ne s’agit pas que de formats, formats, formats. Nous n’avons pas la fièvre des formats ! Ce n’est pas non plus une question de volume. Tout tourne autour de la qualité et la créativité est réellement au cœur de ce que l’on fait » a affirmé Moretti.
Comment BuzzFeed s’attaque (aussi) à l’industrie du cinéma
Par Barbara Chazelle, France Télévisions, Directions Stratégie et Prospective
« A l’heure où la distribution sociale domine, si vos amis ne vous envoient que des contenus débiles, c’est l’image que vous aurez des contenus de BuzzFeed », a déclaré mardi à Cannes Ze Frank, le Président de BuzzFeed Motion Pictures lors du MIP Digital Fronts.
Mais ne vous y trompez pas, BuzzFeed est loin de ne faire que du LOL Cats ou des GIFs à la pelle ; l’entreprise à commencer à s’attaquer à l’industrie du cinéma, incapable d’innover et ruinée par le marketing, en produisant chaque semaine une cinquantaine de vidéos. Aux 200 millions de visiteurs uniques mensuel sur BuzzFeed.com, BuzzFeed Motion Pictures enregistre 1 milliard de vues supplémentaires. Un milliard !!
Une performance qui peut s’expliquer par trois axes stratégiques :
- l’utilisation par BuzzFeed des formats courts (et de la data qu’ils génèrent) comme laboratoire pour le reste,
- une approche centrée sur l’audience existante,
- et la remise à plat des modèles de distribution.
Utiliser les formats courts (et la data) comme laboratoire
Lorsque BuzzFeed a décidé qu’ils allaient produire des films, l’idée n’était pas de laisser tomber les formats courts, pas plus que de les transformer en formats longs.
« Je ne crois pas à la notion de « graduation » ; ce n’est pas comme ci le business des formats courts existait pour évoluer en autre chose », a affirmé Frank.
Selon lui, les deux modèles peuvent coexister. Ils ont des rôles différents et peuvent même « tirer avantage l’un de l’autre. » C’est d’ailleurs la mission principale de Michael Shamberg, producteur de Pulp Fiction, qui a rejoint les équipes de BuzzFeed l’année dernière.
« Il n’y a pas de R&D à Hollywood, aucun studio ne fait un film pour voir s’il veut en faire un meilleur. Les studios n’ont pas du tout la capacité d’innover ; les sommes investies sont tellement énormes qu’ils avancent très lentement » a-t-il expliqué. « BuzzFeed est un gros labo de R&D. Si une vidéo de 2 minutes trouve son public, on en fait d’autres et on itère. Difficile à faire avec une narration de 22 minutes pour un format TV ou de 100 minutes pour le cinéma ! »
« On peut faire des vidéos courtes et tester le casting, comment ils s’en sortent avec les dialogues, tester les lieux de tournage… » a ajouté Frank.
Quant à l’utilisation des data, elles n’auraient pas un rôle de « commande et de contrôle » mais serviraient plutôt à identifier des tendances de niche inexploitées par les médias traditionnels.
Elles sont utilisées aussi comme outils pour aider les créateurs.
« Nous créons un « environnement data » afin que tous nos producteurs et créatifs puissent constamment regarder leur travail et se demander pourquoi cela marche ou ne marche pas. » a expliqué Frank, un des pionniers admirés de la vidéo sur le web depuis le début des années 2000.
Selon Shamberg, « au final, nous vendons de l’émotion. Les gens pensent que tout tourne autour de la data sur Internet, mais chez BuzzFeed, tout tourne autour de l’émotion, ce qui fait que vous avez envie de partager un contenu. »
Miser sur son bassin d’audience
« Nous voulons nous appuyer sur les bassins d’audience existants. (…) Les contenus courts peuvent se viraliser presque sans friction sur le web ; c’est un moyen fantastique de créer des affinités avec des programmes ou des personnages. Cette affinité pourra ensuite se traduire dans quelque chose de plus large » selon Frank.
Pourquoi s’épuiser à aller conquérir un nouveau public lorsqu’on peut amener, doucement mais surement, celui qu’on a sous la main vers des nouvelles formes narratives ? Et de ce fait, réduire considérablement les frais de marketing et de communication ! Concernant un de ces projets cinématographiques, Shamberg a raconté que son film avait coûté 7 millions de dollars.. et que le studio en avait dépensé au moins 20 millions en marketing. Selon lui, en s’appuyant sur la base des centaines de millions d’utilisateurs en ligne, il serait possible d’éviter ce genre de gouffre financier.
« En faisant une petite vidéo, on peut dire au public « hey, on fait un film ! » Et avant même d’écrire une ligne, nous avons déjà une audience »
Réinventer la distribution
Sans délaisser les médias sociaux, Frank a reconnu vouloir tester d’autres formes de distribution.
« Tout est sur la table, de modèle gratuit à la création de fenêtres d’exclusivité, en passant par l’exploitation en salle… » a-t-il dit.
Selon lui, il y a trois choses dont on peut bénéficier lorsqu’un contenu est mis sur le marché : de l’argent, de la data ou des relations stratégiques.
« Idéalement nous voulons les trois, mais nous avons beaucoup de flexibilité pour tester le futur de la distribution ! » a-t-il conclu.
Presse : encore possible d’entreprendre sans se casser la gueule tout de suite !
Par Diane Touré et Barbara Chazelle, Direction de la Prospective, France Télévisions
Est-il encore possible aujourd’hui d’entreprendre dans la presse ? Pour le sociologue des médias Jean-Marie Charon, qui modérait une table ronde sur l’avenir de la presse lors du forum « Entreprendre dans la Culture » il y a quelques jours :
«Nous assistons à une mutation inédite de la presse qui appelle inévitablement à un renouvellement profond de l’offre même si le modèle économique de la presse est dégradé. Ce renouvellement est dû en grande partie à ces nouveaux entrepreneurs constitués à la fois de « pure players », mais également de la presse traditionnelle » .
Pourquoi entreprendre ? Indépendance & ligne éditoriale innovante
Entreprendre dans la presse, aujourd’hui, semble être un pari risqué ; la situation économique du secteur ne permet pas de trouver facilement des investisseurs et encore moins des annonceurs publicitaires. En 2013, l’ensemble des recettes publicitaires a chuté de 8,47 %.
Qu’est-ce qui pousse donc ces (jeunes) entrepreneurs à se lancer ? La recherche d’indépendance et la création d’une ligne éditoriale innovante sont les deux facteurs complémentaires qui constituent le plus souvent la première pierre à l’édifice.
Pour Marie-Héléne Siéjan, cofondatrice de Médiapart : « Médiapart, c’est à l’origine quatre journalistes qui avaient pour convictions de créer un quotidien d’information généraliste indépendant s’adressant à un public qui ne se retrouvait pas dans l’offre existante »
« Je ne me voyais pas écrire pour les Inrocks ou n’importe quel autre magazine, j’ai donc inventé le mien comme ça je ne pouvais pas être déçu » a déclaré Franck Annese, co-fondateur de So foot, So film et Society.
Quel business model ?
Pas de réponse unique à cette question ! Le business model d’un média presse doit coller et servir le projet éditorial.
Pour Jean-Christophe Boulanger, co-fondateur de Contexte sur les politiques françaises et européennes, « Il n’y a pas une seule solution aux problèmes ! C’est une époque formidable où l’on peut gagner de l’argent en investissant dans la presse. »
« Il a y plusieurs manière de consommer la presse qui peuvent co-exister», a affirmé Myriam Levain, co-fondatrice de Cheek Magazine, un féminin en ligne.
Estelle Faure, co-créatrice de Le quatre heures a décidé de créer un site de reportage multi-médias, où chaque contenu (texte, vidéo ou photo) est un élément irremplaçable et incontournable de la narration et contribue à créer une expérience immersive.
« Nous avons su directement que nous devions nous tourner vers un modèle payant sous forme d’abonnement, car nous ne produisions pas du contenu qui puisse générer du clic et donc de l’audience. Pour ce faire, nous avons eu recours au crowndfunding pour lancer notre campagne de pré-abonnement ; nous ne pouvions pas nous reposer sur nos faibles fonds propres de 14.000 euros ».
Comme pour Le Quatre Heures, Médiapart est arrivé à la conclusion que seul un modèle payant sur abonnement serait viable, en plus de l’apport de deux « business angels » qui ont contribué à hauteur de 500.000€ chacun.
A l’inverse, Cheek Magazine, qui s’adresse à la génération Y, a préféré ne pas miser sur un consentement à payer de son lectorat, dans un premier temps en tout cas. Il s’est donc tourné vers le crowdfunding d’une part et le brand content d’autre part.
« On fait tout ce qu’on nous a dit de ne pas faire dans nos écoles de journalisme ! On s’est associé à des marques mais vu qu’on est pas sur la mode et la beauté (d’un point de vue éditorial), on n’a pas l’impression de vendre notre âme » a déclaré Myriam Levain.
D’autres encore, comme Laurent Beccaria, co-fondateur des revues XXI et 6 mois, ou Franck Annese se sont appuyés sur les outils qu’offre le numérique pour faire baisser leurs coûts de fabrication, et lancer des produits innovants… dans les kiosques !
Laurent Beccaria a déclaré connaître une croissance à 2 chiffres depuis 10 ans sur ces activités liées à la presse. Du côté de Franck Annese, le magazine Society dont le premier numéro a été vendu à 100.000 exemplaires, devrait permettre à l’entreprise de presse d’atteindre 15 millions de CA en 2015 (vs 6 millions en 2014).
Pas de modèle miracle donc mais des réussites notables et des projets qui, même s’ils tâtonnent encore (et ne paient pas leur chef la plupart du temps !), ont le mérite de faire bouger les lignes.
« La presse n’est pas morte du tout ; on peut monter un magazine en 2015 sans se casser la gueule tout de suite ! » selon Franck Annese.
L’union des talents fait la force
Point commun à toutes ces entreprises : elles sont collectives. Composée d’anciens collègues/partenaires ou d’amis, l’idée était toujours de créer un cadre de confiance.
Leçon à retenir pour les prochains qui voudraient se lancer : tous ont affirmé que l’équipe de base devait absolument être pluridisciplinaire, avec à minima 3 pôles de compétences : des journalistes et/ou des gens de contenus, une équipe marketing (pour réfléchir le modèle d’affaires et recruter son lectorat…) et une équipe technique.
Retrouvez l’intégralité de la table ronde « Entreprendre dans la presse »
Meerkat : pourquoi ça cartonne ?
Par Alicia Tang et Diane Touré, Direction de la Prospective, France Télévisions
Un mois à peine après son lancement, Meerkat est déjà valorisée à 40 millions de dollars et compterait plus de 200.000 utilisateurs dans le monde. Y compris Madonna !
Créée par l’entreprise israélienne “Life on Air”, elle doit son succès à son énorme simplicité d’usage: après avoir autorisé l’accès de Meerkat à son compte Twitter, l’utilisateur peut nommer sa captation, puis la diffuser en temps réel ou la programmer. Un lien est automatiquement posté sur le compte Twitter de celui qui filme, permettant ainsi à tous ses followers de partager son expérience. Live !
1Meerkat : le broadcast, en mieux ?
Certes, le live-stream existe depuis un moment (Livestream, Ustream, JustinTV ….), mais ce qui change avec Meerkat c’est la simplicité d’expérience :
- mobile first,
- en temps réel,
- un direct illustré d’interactions sociales, elles-aussi en direct, et sur la même interface.
Tout en un !
Et depuis quelques jours, le « replay » est même disponible sur YouTube. Il suffit d’ajouter le hashtag “#katch” à la description de sa captation vidéo, et 5 minutes plus tard, un commentaire sous ce post et une notification personnelle vous indiquent, ainsi qu’à l’ensemble de la Twittosphère, le lien Youtube de votre stream, supposé éphémère.
Sur Youtube, sobrement intitulée “@nomdutilisateur – REPLAY” sur le compte de la chaîne de Katch Kats, cette vidéo n’est pas « publique » et donc visible uniquement si vous y accédez via l’URL.
Cette pratique ne manquera pas de faire sursauter les défenseurs des données personnelles. S’il est possible de supprimer le commentaire de Katch de son fil d’actualité Twitter pour ne pas diffuser le lien Youtube de ses streams personnels, quid de ce qu’il advient de la captation ?
Car plus de lien URL, plus d’accès à la vidéo, mais celle-ci reste très certainement stockée quelque part sur YouTube. Elle ne vous appartient tout simplement plus, et demander de la retirer semble difficile si le contenu ne répond pas à un des critères de signalement de Youtube (contenu à caractère sexuel, violent ou abject, offensant ou haineux…).
Meerkat ou d’autres petits malins du web ne manqueront pas de se saisir de la formidable opportunité de la captation multicam. Le public devient l’équipe de production ; les meilleurs angles et vidéos n’auront alors plus qu’à être agrégés sur des plates-formes en ligne ou application qui proposeront une expérience au plus près du spectateur. Les droits Tv sportifs n’ont plus qu’à bien se tenir ! Quant aux concerts live….
2Un nouvel outil crucial de l’UGC
Les journalistes eux-mêmes semblent avoir très vite adopté le petit nouveau.
“Comme Facebook en 2008 et Twitter en 2012, […] Meerkat va changer l’élection de 2016, pour les journalistes comme pour les électeurs”, affirme ainsi Dan Pfeiffer, l’ancien conseiller d’Obama.
Meerkat devient le nouveau diffuseur d’actualité “chaude”, le support privilégié du direct, et cela sans passer par un quelconque intermédiaire. L’application donne la possibilité à n’importe quel twittos de partager ces “news” au plus grand nombre et remet au goût du jour la notion de reporter-citoyen.
Meerkat pourrait donc s’avérer aussi être une belle opportunité pour les journalistes qui, sur le terrain, commenceraient à streamer directement depuis leur smartphone en un simple clic. Ceux de la BBC ont déjà commencé à l’utiliser.
L’application ne permet, semble-t-il, pas encore le multi stream via un seul compte. Dans le cas d’événements simultanés à couvrir, les journalistes devront donc capter les images en leur nom et non sous la marque média.
3Un écosystème déjà foisonnant
Ce qui est très frappant avec le phénomène Meerkat, c’est l’engouement de la communauté en ligne qui invente tous les jours de nouveaux services autour de l’application de streaming pour en améliorer l’expérience. Une page sur Product Hunt est dédiée à l’écosystème Meerkat.
En plus de KatchKats, dont nous avons déjà parlé, on vous recommande Meerkat Streams qui répertorie et agrège les flux diffusés sur Meerkat (live, à venir, récent et classement des meilleurs streamers), WatchMeerkat qui permet de regarder de manière anonyme (sans passer par Twitter) les streams les plus populaires et MeerkatRoulette qui, comme son nom l’indique, est une version dérivée de Chatroulette, pour le meilleur ou pour le pire donc.
4 Meerkat, plus fragile qu’il n’en a l’air ?
Les points forts de Meerkat sont le caractère instantané de la diffusion, l’aspect convivial et la simplicité d’inscription et d’utilisation. En se greffant au réseau social Twitter, le petit suricate a réussi à s’infiltrer dans le monde des grands et ce, même si Twitter lui a mis quelques bâtons dans les roues en lui coupant l’accès à ses API, pour protéger sa nouvelle acquisition : Periscope, dont la promesse est « d’explorer le monde à travers les yeux de quelqu’un d’autre« . L’application vient tout juste de sortir sur l’Apple Store, et aurait coûté entre 50 et 100 millions de dollars à Twitter.
Certains diront que cette dépendance à Twitter est le point faible de Meerkat : faut-il envisager que Twitter ne dégrade l’expérience Meerkat après la sortie de Periscope ? Rappelons que la guerre entre réseaux sociaux est particulièrement virulente : Twitter ne fait rien pour valoriser les partages de photo Instagram, et Facebook n’est pas un grand fan de Vine !
Si Meerkat se tournait vers Facebook (plutôt que Twitter), l’expérience du direct aurait de grandes chances d’être fortement dégradée : rappelons que sur Facebook, en moyenne seul 1 utilisateur sur 8 parvient à voir le post d’un ami dans les 24 heures.
Un second point faible de Meerkat concerne le respect du droit à l’image et la protection de la vie privée. Comme pour une photographie faite dans l’espace publique, d’un point de vue de la loi, cette pratique n’est pas illégale, alors que l’échelle de diffusion est bien mondiale avec Twitter et Youtube ! Les personnes filmées n’ont donc plus aucun contrôle sur leur image et ne disposent plus de leurs droits.
Klieman, analyste juridique de CBS souligne : « Si quelqu’un veut vous filmer en direct en train de vous gratter les oreilles ou de renifler, et bien c’est tant pis pour vous. Ce type d’application doit nous alarmer parce que même dans un lieu public, ou personne déjà n’est supposé vous observer, même si c’était le cas, il ne faut pas que l’on puisse vous enregistrer et encore moins vous diffuser.”
Les termes “lieu public” et “lieu privé” rendent donc les conditions d’utilisation et de diffusion obscures.
Notons que s’il n’est pas illégal de diffuser ce genre de contenu, essayer de le monétiser l’est. Sachez que si un site internet utilise une vidéo provenant de Meerkat où vous figurez, vous pouvez demander au site de la retirer.
Enfin, même si les financements arrivent de toutes parts, la question du business model de Meerkat reste entière. Un accord avec Twitter, pour repérer les vidéos live les plus populaires et les faire sponsoriser par des marques pourrait être une première hypothèse de monétisation. La création d’un système d’abonnement pourrait également être envisagée.
Smart Home : il y a encore du travail !
Par Alicia Tang et Diane Touré, France Télévisions, Direction de la prospective
En 1989, dans La route du futur, Bill Gates annonçait : « le futur c’est la domotique ». 25 ans après, le marché des maisons intelligentes commence seulement à montrer le bout de son nez. De nombreux acteurs français ont essayé de se lancer sur le marché, mais ces tentatives ont été trop peu convaincantes. Perçu comme gadget un peu compliqué, les Français restent frileux. Mais tout le monde continue de prédire un avenir radieux à la domotique.
Quelles sont donc les nouvelles raisons de l’essor du marché des maisons connectées ?
Réponses avec Cyril Rimbaud, professeur de stratégies de communication digitale et co-fondateur du cabinet d’intelligence digitale Curiouser et Didier Rousvoal, fondateur de SOS Domotique, société spécialisée dans l’installation et le dépannage de dispositifs de domotique.
1Les start-ups et l’internet des objets vs. la domotique
Pour Didier Rousvoal, « le frein actuel pour les particuliers, c’est l’aspect technique, et notamment toute la programmation qu’ils pensent devoir faire pour connecter leur maison ».
Cyril Rimbaud quant à lui, est persuadé que la domotique va dépasser son aspect gadget pour proposer rapidement des innovations fiables et sérieuses. Selon Cisco, 50 milliards d’objets connectés seront sur le marché en 2020, ce qui rend l’arrivée des maisons intelligentes inéluctable.
Depuis 4-5 ans, de nouveaux outils ont émergé dans l’électronique, permettant un prototypage facile et rendant l’internet des objets plus simple. Une multitude de petites entreprises se sont créées et proposent des produits malins. Aujourd’hui ces start-ups font la différence, car elles vendent une vision de la maison connectée grâce à l’ Internet des objets, et non de la pure domotique. C’est le cas de Nest, rachetée l’an dernier par Google et qui propose une véritable vision aux consommateurs : contrôler son thermostat depuis son smartphone, recevoir des alertes mensuelles et réaliser des économies d’énergie et d’argent.
Selon Cyril Rimbaud, « l’argument principal de vente repose sur les potentielles économies réalisées et non sur le gadget en lui-même ».
2Enjeux de la domotique : législation, productivité, croissance
Pour Didier Rousvoal, aujourd’hui il existe trop peu de formations et donc de professionnels spécialisés en domotique.
« Ce sont des électriciens qui conseillent souvent mes services à leurs clients, car ils ne savent pas gérer ce genre de problèmes techniques ».
La domotique est un secteur qui a tout à créer et tout un écosystème à encadrer pour favoriser la croissance du secteur.
« L’enjeu principal est économique avec tous les nouveaux services qui vont arriver . Le potentiel de croissance et d’inventivité va être extraordinaire et il va falloir l’accompagner » souligne Cyril Rimbaud.
Le plus gros problème résulte dans la fiabilité de ces objets. Sur l’ensemble des objets intelligents fabriqués peu sont à 100% sûrs. Il y a actuellement une absence de certification et de norme qu’il faudra vite combler.
Côté législatif, de nombreuses questions subsistent, notamment pour la responsabilité de ces objets. Imaginons qu’une alarme incendie soit défaillante et ne se déclenche pas, qui est responsable ? Internet, si le système est relié par réseau ? Le fabriquant de l’objet ? Comment régler cela avec son assurance ?
3 Quid de la sécurité et des données produites ?
La protection, l’accès et la vente des données personnelles produites par nos appareils est un aspect problématique de l’essor du marché des maisons connectées. L’internet des objets va produire un nombre important de données utilisables et monétisables, ce qui va accroître la valeur de ces data. Mais à qui appartiennent-elles ? Aux entreprises qui commercialisent le produit et donc à leur pays d’origine ? Ces données peuvent-elles être revendues et si oui à qui ?
La domotique apporte une dimension contextuelle qui n’existait pas auparavant. Les données ne concernent plus seulement le profil, mais également l’endroit où l’individu se trouve et sa manière d’utiliser ses objets. C’est un buisness model à part entière qui va apparaître en continuité avec le développement du marché, car les données générées par l’usage ont un prix bien supérieur au prix de l’objet connecté vendu au départ.
Enfin, n’oublions pas les risques de hacking et de cyber-attaque liés à ces maisons connectés, qui sont actuellement des cibles faciles.
« L’internet des objets offre de nombreuses avancées, comme le contrôle de gadgets de base, que nous utilisons de manière quotidienne. Il offre également des opportunités aux cybercriminels qui peuvent utiliser les routers, la télévision, le congélateur ou tout autre objet connecté pour lancer et distribuer des attaques » souligne Michael Osterman, chercheur en sécurité chez Proofpoint.
Dans un communiqué, il déclare que le problème vient de la construction des produits connectés eux-mêmes, car les constructeurs ne prennent pas les mesures nécessaires pour assurer la sécurité de leurs utilisateurs.
4Trois types de domotique en 2025
Cyril Rimbaud distingue trois types de futurs foyers connectés, avec une domotique à chaque fois bien distincte :
– les lieux vacants : les utilisateurs de domotique seront très mobiles et n’occuperont le lieu que pour de courtes durées (hôtel, airbnb). Le système domotique sera adapté à cet aspect mobile de l’usager ;
– les maisons : conçues comme de véritables châteaux forts, elles auront une centrale, des abonnements et un système de contrôle « watching you » ;
– les appartements : la domotique sera en quelque sorte une version plus subtile et légère que celle que l’on trouvera dans les maisons.
« La domotique présente de véritables atouts, que ce soient les économies d’énergie, la création d’emploi, de services et de nouveaux métiers. Elle va donc permettre de faire du bien à la planète tout en produisant de la croissance. Enfin, n’oublions pas que la domotique, c’est aussi un peu de magie dans le quotidien » conclût Cyril Rimbaud.
Maker Studios (YouTube) : comment engager la génération Y en moins de 22 minutes
Par Barbara Chazelle, France Télévisions, Directions Stratégie et Prospective
« Nous sommes la génération Y. Nous influençons toute une génération, et la génération après elle, à une échelle internationale » a résumé René Rechtman, directeur international de Maker Studios, il y a quelques jours au Digital Media Strategies à Londres.
Le réseau multi-chaînes aux 55.000 « makers » (créateurs) de YouTube peut être fier : 11 milliards de vues par mois, 650 millions d’abonnés dont 60% sont âgés de 13 à 34 ans. Racheté par Disney l’année dernière pour 1 milliard de dollars, Maker Studios a développé 3 axes stratégiques pour atteindre la génération Y en ligne : les créateurs, les contenus et les plateformes.
Les créateurs : un nouveau star-système
« Les YouTubers sont désormais des stars grand public. Si vous ne les (re)connaissez pas, les jeunes si ! »
« L’audience est tout à la fois créatrice, éditrice et distributrice. Les créateurs sont à la fois les fans ET l’audience. C’est un changement fondamental. Avant, les stars étaient inaccessibles. Aujourd’hui, elles communiquent avec leur audience. C’est une relation basée sur l’authenticité et la confiance ».
Selon une étude menée par Defy Media en 2014, les millenials sont 2 fois plus enclin à s’identifier à du contenu en ligne qu’à du contenu TV et 1,8 fois plus à même d’essayer une marque ou un produit recommandé par un YouTuber qu’une autre célébrité selon Variety.
« L’engagement est généré par la personnalité du maker. Pour avoir du succès, il faut que le créateur soit tout de suite au top (vs une notoriété croissant progressivement). Il est absolument nécessaire d’engager le public sur les épisodes suivants et d’avoir une vraie présence sur les réseaux sociaux »
Par exemple, connaissez-vous Epic Rap Battle ? La chaîne compte près de 11,9 millions d’abonnés et 42,5 millions de vues par mois. A la fin de chaque vidéo, il est demandé aux internautes de choisir qui est le gagnant du combat mais aussi de proposer d’autres battles : « who won ? who’s next ? »
Cerise sur le gâteau : ce format devrait être adapté aux news d’ici peu selon René Rechtman.
Les contenus : un nouveau medium
Pour lui, les contenus sont plus que des contenus (qu’ils soient longs ou courts).
Contenu = media = le moyen qui permet la diffusion de l’info (et pas seulement l’info). « Les contenus sont un nouveau medium. (…) Si vous avez ça en tête, c’est une énorme opportunité pour chacun d’entre nous. » a déclaré Rechtman.
« Les jeunes ont désormais un choix illimité, vous devez donc les embarquez dans votre histoire, avec le message que vous voulez partager. Certains jeunes en connaissent ainsi bien plus sur la science que nous à leur âge car ils s’engagent pendant des heures et des heures.»
Cet essor de la vidéo en ligne n’en est qu’à ses débuts : d’ici 2017, la vidéo en ligne représentera 69% de l’ensemble du trafic, selon Adobe.
Les millenials regardent déjà 3 fois plus de vidéos en ligne que les autres et sont 2 à 4 fois plus actifs en ligne que leurs ainés, a rappelé René Rechtman.
Mais ils ne regardent pas n’importe quel contenu.
« Ils regardent des contenus « snackable », des contenus qu’ils picorent tout au long de leur temps libre ; 62% des vidéos qu’ils consomment sont des formats courts » a-t-il précisé en s’appuyant sur des données de Yahoo! UK. Chez Maker Studios, aucune vidéo ne fait plus de 22 minutes.
Le mobile y est pour beaucoup. Ainsi, même Netflix fédère en moyenne moins de 10 min 87% de son audience mobile.
René Rechtman a rappelé que ces contenus étaient en eux-mêmes très innovants, qu’ils mélangeaient la plupart du temps différents genres. Par exemple, les vidéos de « gaming » mêlent divertissement, comédie, humour et sport.
« Si vous voulez percer dans la vidéo, devenez expert dans la création de contenus courts » a-t-il conseillé.
Les plateformes : « soyez agnostiques »
« Le déclin de la TV, surtout chez les jeunes est pour nous une opportunité car la plupart des nouvelles plateformes ont d’incroyables taux d’engagement. Soyez agnostiques, regarder toutes les plateformes de la même manière parce qu’elles ont toutes un très fort potentiel pour fédérer votre audience. »
Ainsi, si vous avez beaucoup d’influence sur Instagram ou Facebook et peu sur YouTube, vous pouvez potentiellement intéresser Maker Studios qui y voit une opportunité de « migrer d’une plateforme à une autre. »
Il faut « agir localement [avec des sujets/des personnalités qui intéressent les communautés locales], mais sur des plateformes internationales. » a conclu René Rechtman.
En bonus pour Méta-Media, le conseil de René Rechtman aux TV pour engager la génération Y
Publicité mobile : 5 tendances
Par Alicia Tang, France Télévisions, Direction de la prospective
Le mobile adverstising devrait représenter 20% de la pub en ligne en 2018, selon l’IDATE, avec une croissance annuelle moyenne de 50 % (contre 9,7% pour la pub en ligne en général). A l’occasion d’une rencontre organisée cette semaine par le GESTE sur la publicité mobile, Nicolas Rieul (mobile strategist chez Amplifi), Julien Chamussy (fondateur d’AdMoove) et Olivier Cambournac (mobile director chez Webedia), ont présenté 5 tendances pour 2015 :
1La suprématie de Google continue
En France, en 2014, la publicité en ligne a pesé 2,6 milliards d’euros. Et si la hausse ne fut que de 2% celle du marché mobile a explosé de 61% sur la même période pour atteindre 407 M €, répartie entre display (142 millions), et search (264 millions).
Qui profite de cette croissance du marché de la publicité sur mobile ? A Google, dont Android est présent chez 62% des mobinautes en 2014. Ces derniers passent 86% de leur temps sur des applications. Celle du réseau social Facebook comptabilise à elle seule 20% du temps consommé, et les applications de jeux atteignent 32%. Seul 14% est consacré au web mobile, c’est-à-dire majoritairement Google.
Ainsi, le moteur de recherche détient 65% du marché de la publicité sur mobile. Le résultat risque toutefois de bouger car Facebook s’est lancé vigoureusement sur le marché depuis 2012.
2Le mobile : le meilleur ami de la convergence des médias
Selon Millward Brown, 32% des Français ont pratiqué le multi-tasking en 2014 et ont utilisé leur mobile de manière complémentaire.
Si nous prenons l’exemple de la télévision, dans 25% des cas d’usage, l’utilisateur va passer en double écran sur son mobile. Pour quelles raisons ? 45% affirment que cela leur permet de s’occuper pendant le temps des publicités par exemple. Le mobile devient alors stratégique car il permet de corréler deux contenus publicitaires. Grâce à l’activation de la fiction micro, un annonceur a la possibilité, à travers le mobile, de reconnaître son spot publicitaire diffusé à la télévision, et de proposer un contenu complémentaire au mobinaute sur son portable. L’appareil devient donc un véritable outil de convergence entre les différents plans médias.
Tout comme pour la géolocalisation, il reste néanmoins à savoir quels services proposer pour que l’utilisateur accepte un microphone « opt-in », même si « on n’écoute pas en permanence ce qui se passe » souligne Julien Chamussy, grâce à un système de programmation interne à l’application.

- Pourquoi les téléspectateurs utilisent-ils d’autres supports quand ils regardent la télévision (sans lien avec le programme)
Source : MillwardBrown, 2014
3Les formats natifs et interactifs engendrent plus de clic
Seuls 21% des mobinautes français déclarent être attentifs aux publicités sur mobile et, généralement, les Français sont anti-publicités. Il convient donc d’adapter les contenus aux formats, pour être en continuité avec le CMS de l’application et ne pas être trop intrusif. Olivier Cambournac préconise deux types de format pour améliorer la performance des publicités : les natifs et les interactifs.
« Il faut s’inscrire dans les usages, l’expérience utilisateur, et ne pas sortir de la publicité, ne pas ouvrir le navigateur » précise t-il.
Les native adverstising engendrent 4 fois plus de clic qu’un format normal de type bannière : articles sponsorisés insérés dans le fil d’actualité, ou encore habillage d’application. Les formats interactifs quant à eux, proposant une expérience à l’utilisateur (jeu, surprise, personnalisation de produits…), provoquent jusque 2,5 fois plus d’engagement qu’une publicité standard.
« Les utilisateurs aiment jouer avec la publicité » conclut Olivier Cambournac.
4La géolocalisation, outil efficace pour cibler les consommateurs
La géolocalisation est un des principaux enjeux de la publicité sur mobile qui s’affine de plus en plus, ce qui permet de gagner de la valeur. Alors qu’une adresse IP ou un signal GPS captés via une antenne relais ne réduisent pas assez le périmètre géographique pour rendre les données exploitables, l’apparition de petites puces comme les beacons deviennent de véritables atouts marketing.
La géolocalisation précise permet de cibler des comportements, et donc de potentiels clients. Un fabricant de chaussures de sport peut adresser son message publicitaire à de futurs consommateurs sportifs, en les géolocalisant dans des stades par exemple.
L’enjeu pour les annonceurs c’est de proposer un service dont la valeur ajoutée pourra facilement être compréhensible pour les clients qui justifiera l’acceptation et l’activation des paramètres de géolocalisation (opt-in). Du côté des utilisateurs, la problématique concerne la protection des données et l’éducation au numérique face à ces pratiques envahissantes.
5Les magasins connectés : moyen de rationaliser son budget publicité
Ils permettent 3 innovations dans le monde de la publicité mobile :
– le retargeting physique des mobinautes : bon nombre de consommateurs utilisent leur smartphone lorsqu’ils sont dans un point de vente physique. Ainsi, la publicité sur mobile permet d’améliorer l’expérience shopping, à travers des notifications et/ou des promotions personnalisées par exemple.
– Ces magasins connectés sont également un moyen empirique de mesurer le trafic réel en magasin, et donc d’avoir un retour sur investissement de leur campagne mobile. A posteriori, cela permet de rationaliser les budgets pub, en ciblant et en s’adressant aux bonnes personnes.
– les drive-to-stores facilitent la fidélisation des consommateurs en point de vente.
La publicité sur mobile est donc un marché en pleine expansion, suscitant de nombreuses problématiques et enjeux marketing chez les annonceurs.
– La mise à jour régulière des applications devient un véritable challenge concurrentiel, ainsi que la question de l’adaptation ou non des publicités en fonction du débit de la connexion.
– L’essor des wearables et particulièrement des watchs va également bousculer le marché dans les mois à venir.
– Enfin, la protection de ses données face aux stratégies publicitaires ne doit pas être un sujet laissé pour compte.
Bonus : les 3 conseils de Nicolas Rieul et Julien Chamussy pour réussir sa campagne sur mobile
WhatsApp : pour les éditeurs, une vraie promesse d’engagement
Par Barbara Chazelle, France Télévisions, Directions Stratégie et Prospective
Twitter, Facebook, YouTube ? Vous maitrisez. Instagram, Snapchat ? Peut-être un peu moins. Et WhatsApp, l’application de messagerie instantanée aux 700 millions d’utilisateurs actifs ?
Cette terre est certainement l’une des plus difficile à conquérir, et pour cause, il s’agit de se faire une place sur l’application sociale la plus privée qui soit, au moyen de numéros de téléphone. C’est pourtant bien le prochain terrain de bataille des éditeurs de contenus.
Partages et engagement records..
Pourquoi donc envoyer à votre audience des messages via WhatsApp (rachetée 19 milliards $ par Facebook l’an dernier) ? Pour le taux record d’engagement que cela génère : 15,5% de taux de conversation pour NRCQ, un site de news business néerlandais. « Un taux bien supérieur à ce qu’on peut avoir sur Facebook ou LinkedIn ! « a précisé Freek Staps, le cofondateur du site à l’audience des Digital Medias Strategies qui se tiennent cette semaine à Londres.
En mai dernier, For The Win, le blog sportif de USA Today, avait enregistré en une semaine un taux de 18% de partage mobile via WhatsApp, soit plus que Twitter à 13% comme le rapportait Digiday.
.. mais ça se mérite !
La première difficulté réside à recruter des utilisateurs. Pour recevoir des alertes, les utilisateurs doivent le signifier en envoyant un message au numéro de téléphone de l’éditeur, ce qui est bien plus contraignant que de cliquer sur un bouton « suivez-nous ». NRCQ n’a pas hésité à mettre sur son site un petit tuto sur comment utiliser WhatsApp.
Une fois les numéros récupérés, il faudra encore que l’éditeur les agrège dans une liste de diffusion WhatsApp, tâche encore très artisanale et particulièrement chronophage.
Le deuxième problème à surmonter est qu’avec un simple numéro de téléphone, vous ne savez pas à qui vous vous adressez. NRCQ a avoué ne pas avoir assez de recul pour savoir ce qui marche réellement, en terme de sujet, de tons ou de format de contenus. Néanmoins, il semble que les messages envoyés entre 8h et 9h soient les plus efficaces et que la conversation ne se tasse un peu entre 11h et 13h.
Le site s’est fixé quelques règles pour ne pas être trop invasif : pas plus de 3 messages par jour, pas de messages entre 22h et 8h, silence radio le weekend. Et aucune publicité.
Pas facile donc d’apprivoiser WhatsApp. Mais si vous ne le faites pas, d’autres prendront le terrain. Et en matière de conquête, c’est toujours le premier qui plante son drapeau qui a gagné.
« Je reçois des appels tous les jours, notamment d’autres groupes media qui me demandent : comment faites-vous ? On aimerait innover. » a conclu Staps.
Presse : les clés du succès de la start-up De Correspondent
Par Barbara Chazelle, France Télévisions, Directions Stratégie et Prospective
Lancée en 2013 grâce à une campagne de crowdfunding, De Correspondent, la plateforme de journalisme en ligne sans publicité néerlandaise, compte désormais 32.000 membres (et vise 50.000 cette année) et une équipe de 24 personnes qui travaillent à plein temps sur le projet. Durant les Digital Media Strategies qui se tiennent à Londres cette semaine, Ernst-Jan Pfauth et Rob Wijnberg, les co-fondateurs, ont donné quelques clés de réussite de leur start-up dont pourraient très certainement s’inspirer quelques grands médias.
« From news to new »
La première spécificité de la plateforme est de se focaliser sur ce qui ce passe au quotidien autour de son public, sur les signaux faibles et donc finalement ce qui fait que notre société évolue.
« On voulait créer un nouveau produit. Mon job a été de redéfinir les news en quelque chose de nouveau » a expliqué Ron Wijnberg, co-fondateur et éditeur en chef de De Correspondent. « Les news vous parlent toujours de l’exception dans le monde, une banque qui fait faillite ou un politicien qui se retire de la vie politique, mais jamais des règles. »
Etre indépendant
La raison d’être de la campagne de crowdfunding était de garantir à la plateforme une réelle indépendance.
« Pas d’investisseurs, et pas de publicité sur le site. Si vous avez des annonceurs, vous transformez votre audience en cible. Nous n’avons pas besoin de faire ça, du coup, on peut se concentrer sur les besoins de nos lecteurs. »
Avoir une approche centrée sur l’auteur
« Les journalistes sont la plateforme. »
Au sein de la start-up, ils ne sont d’ailleurs pas appelés « journalistes » mais « correspondants », dont l’un des rôles majeurs est d’être des leaders de la conversation avec le lectorat.
Pour les co-fondateurs de la plateforme, « celui qui raconte est tout aussi important que l’histoire qui est racontée ».
Les correspondants écrivent bien sûr des histoires mais rapportent aussi le processus qu’ils suivent pour y arriver, ce qu’ils ont trouvé, les questions que cela soulèvent…
Par ailleurs, les contributeurs sont aussi importants que les journalistes.
« Le problème avec le journalisme, c’est qu’on ne connaît pas nos lecteurs. On cherche des interactions, des commentaires mais ca s’arrête là. […] Les lecteurs sont une potentielle mine d’or d’experts, une source d’information […] On ne veut pas de commentaires ; on cherche des contributions », a précisé Ernst-Jan Pfauth.
Aussi parce que très vite, ces contributeurs deviennent des ambassadeurs via les médias sociaux.
Etre transparent (et généreux)
La confiance est au cœur de la relation, c’est pourquoi la start-up investit énormément sur le développement d’une relation personnelle entre les journalistes et les membres.
Cela se ressent sur la stratégie marketing qui mise sur la transparence.
« Notre marketing c’est juste de montrer ce qu’on fait. » ont-ils déclaré.
Par exemple, les lecteurs occasionnels sont invités à donner leur adresse e-mail en échange de laquelle ils reçoivent un article gratuitement chaque semaine. Une stratégie qui semble être payante car De Correspondant enregistre un taux de conversion de 2,5% et 40 nouveaux membres par jour.
Tout est mis en œuvre pour ne pas créer d’interaction négative avec les lecteurs. Ainsi, les membres ont le droit de partager les articles qu’ils ont payé (à hauteur de 60 euros par an) avec ceux qui n’ont pas souscrit au service. Le bénéficiaire du partage recevra alors l’article complet avec la mention « Cet article vous a été donné par XX ».
« Nous expliquons (aux lecteurs) que le journalisme de qualité doit bien être financé par quelqu’un. Beaucoup de personne adhèrent à cette idée et commencent alors à vous supporter. Si elles ne le font pas, elles ne l’auraient de toute manière pas fait avec des articles à visibilité restreinte. »
Chercher à se diversifier
Chez De Correspondent, « on n’a pas cherché de nouveaux business modèles, ils se sont imposés à nous ! »
Ainsi, en cherchant toujours à mettre en valeur leurs auteurs, la start-up a eu l’idée de monétiser la prise de parole des correspondants dans des conférences et autres évènements d’experts ou encore de publier eux-mêmes les livres de ces derniers. 10 000 copies (dont 30% de ebooks) ont ainsi permis de générer 40 000 euros de profit. Et de préciser que le prix des ebooks étaient bien moins chers que les tarifs pratiqués par les professionnels de l’édition, parce qu’après tout, les coûts de fabrication étaient minimes. Ces mêmes ebooks peuvent par ailleurs être envoyés par mails une fois payés, comme pour les articles !
« Si ce n’était pas si cher, on ferait des documentaires » ont conclu les co fondateurs. « C’est le développement logique du journalisme. »
Et en exclu pour Méta-Media, 3 conseils de Ernst-Jan Pfauth, et Rob Wijnberg pour tous ceux qui veulent donner un souffle frais au journalisme.
YouTube : nouveau tiers de confiance de la génération Y
Par Alicia Tang, France Télévisions, Direction de la prospective
Une nouvelle étude de l’agence DEFY Media vient étayer ce que nous voyons tous autour de nous : la progression des contenus numériques et des réseaux sociaux chez les jeunes. Conduite par le Hunter Qualitative Research et des psychologues pour enfants, les résultats de cette enquête américaine sont sans appel : les réseaux sociaux sont en train de s’imposer face aux médias traditionnels comme la télévision, confrontée à un défi sans précédent.
« Regarder la télé sur un écran de télévision, c’est terminé, surtout chez les plus jeunes » affirme Nielsen.
Alors pourquoi cette transformation des usages chez les plus jeunes ? Tout simplement parce que les contenus proposés sur des supports digitaux, notamment les réseaux sociaux, sont plus adaptés et correspondent d’avantage à leur style de vie. Pour eux, le numérique devient une seconde nature en leur permettant de satisfaire leur curiosité sur le monde.
1FOBO : Fear Of Being Offline
Du fait de leur exposition et utilisation de contenus digitaux et réseaux sociaux de plus en plus tôt, ces jeunes ont une vision du monde qui leur est propre. Les notions de « partage » ou encore de « solitude » par exemple, n’ont plus rien à voir avec celles de leurs aînés.
Comme ces notions sont différentes, la manière de construire leurs relations avec leurs pairs le devient également : les connexions se construisent sur des supports digitaux. Leurs outils pour développer ces relations sont le partage de photos et de vidéos, car cela construit une expérience commune aux utilisateurs et tisse des liens entre les individus.
De ce fait, ne pas être connecté est synonyme de destruction du lien social. « J’ai une copine qui ne veut pas être sur Facebook, je ne lui ai pas parlé depuis 5 ans » précise Ambre, 24 ans, interrogée dans le cadre de l’enquête.
Ainsi, chez ces 13-24 ans, la vie « offline » n’existe pas quand il est possible d’être connecté 24/24h. La génération Y développe une nouvelle phobie, celle d’être « FOBO » c’est-à-dire hors ligne.
2Contenu numérique 1 – TV 0
Concernant la vidéo, l’étude révèle que la télévision tend à être délaissée face à la concurrence et au développement des supports numériques. En moyenne, 96% des jeunes regardent des vidéos en ligne (Youtube ou réseaux sociaux) pour une moyenne de 11 heures par semaine. La télévision quant à elle, dépasse difficilement les 80% et les 8 heures par semaine pour ce même public.
Les vidéos en ligne correspondent bien plus au style de vie de ces jeunes qui veulent pouvoir regarder n’importe où et n’importe quand ces contenus. C’est également un moyen plus simple de les relier à ce qu’ils connaissent, de les faire se sentir mieux, et de répondre à leurs questions existentielles.
Enfin, ces contenus en ligne sont un moyen plus simple d’éviter ou d’ignorer la publicité.
3« Thumbstopper », ou le fait d’arrêter de scroller les contenus sur son écran
Les 13-24 ans ont pour habitude de faire défiler les contenus avec leur pouce sur leur smartphone. Qu’est-ce qui les font s’arrêter de scroller ? Contrairement à ce que l’on pourrait penser, ce n’est pas la qualité du contenu en lui-même qui justifie ces arrêts. L’étude souligne deux types de contenus qui attirent l’attention de la génération Y : ceux avec lesquels ils peuvent s’identifier (« reflection« ) ou au contraire sur du contenu transgressif (« rebellion« ).
De plus, le fait d’apprécier un post ou une actualité n’engendre pas forcément d’engagement, de partage de la part des utilisateurs, car les jeunes font très attention au « personnage » qu’ils exposent sur les réseaux sociaux. Quant aux plus âgés (à partir de 18 ans), ils sont vigilants car ne souhaitent pas de donner une image négative à de potentiels collègues ou employeurs.
L’enquête révèle enfin que même si Facebook reste le numéro 1 des réseaux sociaux, il a tendance à être délaissé par les plus jeunes qui lui préfèrent Instagram. Les jeunes interrogés soulignent que Facebook est d’avantage utilisé pour garder contact avec sa famille, tandis qu’Instagram à un usage plus amical, social.
4Les stars de Youtube, nouveaux influenceurs
Une étude de Variety sur les nouveaux influenceurs révèle que les rapports de force s’inversent, entre médias traditionnels et internet. Le palmarès final démontre que les Youtubers sont devenus plus influents qu’une Katy Perry ou un Leonardo Di Caprio.
Parmi les termes relevés pour décrire cette population de Youtubers influents, on observe que ce qui fait la différence, c’est la proximité et la simplicité crées entre la star et l’internaute. Les jeunes disent des Youtubers qu’ils sont « comme eux », qu’ils les « comprennent », et qu’ils ont « confiance en eux ». Leurs conseils seraient également « meilleurs», et ils n’essaieraient « pas d’être parfait ». Ainsi, 60% des personnes interrogées ont déclaré qu’elles pourraient acheter un produit recommandé par un Youtuber.
Loin des célébrités de séries télévisées ou de films hollywoodiens, les jeunes apprécient donc le contact, la proximité, et la simplicité de ces Youtubers dans lesquels ils se reconnaissent.