Tendance 2014 : faire confiance au futur
Par Barbara Chazelle, France Télévisions, Directions Stratégie et Prospective
« La création de confiance est au cœur du projet de changement de société ; elle est le moteur même de ce changement». Pour la 14e édition de son Cahier de Tendances FUTUR(S), l’agence Peclers Paris voit l’année 2014 sous le prime de la confiance, confiance dans un futur collectif, pragmatique où la singularité à toute sa place.
Vivre la spiritualité
Dans un monde en grand bouleversement, dont l’actualité n’est pas toujours rassurante, les individus cherchent à donner du sens à leur existence, à ce qui les entourent et se lancent dans une quête de bonheur qui part de l’intérieur. On recherche la pleine conscience de soi, de l’instant présent dans toute son intensité.
Cela se traduit par une sacralisation de la nature, un lien renforcé du corps et de l’âme, la consécration du rôle de la mémoire, de la foi et des héros mythiques comme point d’ancrage et de repères.
1. Avec Before they pass away, Jimmy Nelson propose de garder en mémoire la trace de peuples et d’ethnies qui sont en passe de disparaître.
2. The Ethicurean cookbook remet au goût du jour les produits locaux et saisonniers
3. «Memory Wound» : pour commémorer les victimes d’Anders Breivik, l’artiste suèdois Jonas Dahlberg a immortalisé la plaie causée par ce drame en coupant la terre en deux.
Les individus ont désormais une approche plus éthique, responsable et réfléchie de leur consommation. Peclers encourage les marques à mettre en scène leur héritage, à développer un luxe de l’expérience, à associer leurs produits au bienfait de la nature, à les imprégner de formes et matériaux chargés d’histoire. Tout cela dans une esthétique humble, sobre et sensorielle.
S’EXPRIMER POUR EXISTER
La confiance c’est aussi oser s’exprimer, que l’on soit une personne ou une marque. On dévoile, on assume et on met en scène sa singularité, son identité plurielle, on se réalise par la performance. De nouvelles formes d’expression émergent, et le corps devient l’ultime expression de soi. La recherche d’émotions et de sensations intenses n’a d’égale que l’expressivité exacerbée qui en découle et qui participe à la démultiplication de la créativité.
1. Magazine Narcisse
2. Studio PaintBox à New York, permet aux ongles fraîchement manucurés d’être pris en photos dans les meilleurs conditions pour un partage optimal sur les réseaux sociaux. Dans la même veine, le projet MWEB #dinnercam pour les restos. (cf vidéo ci-dessous)
3. Les Mud Days comme illustration de la volonté de se réaliser par la performance et par le biais de son corps, en recherchant des émotions intenses et collectives.
4. Le projet Shapify Me vous permet de vous imprimer en 3D
https://youtu.be/bbQh0uzPVAo
Les marques peuvent donc compter sur des approches collaboratives et participatives, des jeux ou des challenges qui invitent à se dépasser. De même, la communication doit être créative, sur un ton complice voire provocateur et les produits qui poussent à l’égocentrisme et permettent de repousser les limites du corps (dans le droite ligne des « wearables » par exemple).
REFUSER L’EXCÈS
Les excès d’une société du « toujours plus » poussent les individus dans leur retranchement. Prendre confiance peut aussi vouloir dire prendre le contre-pied des autres, refuser l’excès et préférer la mesure. A l’heure de l’hyperconnectivité et de l’hyperactivité, les individus affirment leur volonté de ralentir la cadence pour reprendre le contrôle de leur vie et de leur vie numérique. L’authenticité, la simplicité, la normalité voire l’imperfection et la discrétion sont les valeurs sûres des adeptes d’une oisiveté qui s’ancre dans le réel.
1. Dans The Body Book, l’actrice Cameron Diaz livre ses secrets d’une beauté au naturel
2. The Dude and the Zen Master, entretiens entre Jeff Bridges et Bernie Glassman
3. Campagne de pub Intermarché pour promouvoir « les fruits et légumes moches »
4. Au Paresse Café, on apprend aux américains à devenir paresseux
5. Le projet Not on App Store vise à nous rappeler les joies des plaisirs simples, seulement disponible IRL.
6. Kovet, une bague pour gérer son temps de connectivité (vidéo ci-dessous)
Dans cette approche plus raisonnée de la consommation, la matière imparfaite devient exploitable et tendance, les mondes numérique et physique se réconcilient, le matériel, les sensations vraies et le réel sont revalorisés
SE FIER AU PROGRÈS
Si pour beaucoup de nos contemporains les sciences et les techniques ne contribuent plus au bonheur de l’humanité (dégradation du climat, destruction d’emplois engendrée par le numérique, peur liée à la surveillance des individus permises par les nouvelles technologies…), d’autres y voient au contraire de quoi espérer en prônant une recherche responsable recentrée sur l’humain. Cette dynamique replace l’évolution des techno-sciences dans une démarche du « mieux-être », dans une logique de réparation ou d’amélioration pour un progrès durable pour tous.
1. Le maquillage électronique invente de nouvelles esthétiques…
2. … les robots aussi depuis qu’ils apprennent à créer des œuvres artistiques ! A voir aussi, un robot peignant un portrait
3. Watson, programme d’intelligence artificielle, a fait la preuve de l’efficacité des algorithmes quand il a gagné en 2011 à un jeu TV
4. La Suisse accueillera en 2016 le premier Cybathlon, réservé aux athlètes bionics (voir vidéo plus bas)
5. Les techno-sciences permettent aussi de grandes améliorations de la médecine : ici une application de consultations ophtalmologiques utilisée en Afrique
L’eSport, bientôt aux JO ?
Par Mathias Virilli et Etienne Cointe, France Télévisions, Direction de la Prospective
« Je pense qu’on peut dire que le jeu vidéo est aujourd’hui l’activité N° 1 ou 2 sur n’importe quel écran » estimait récemment le vice-président d’Amazon Games, Michael Frazzini. Le succès de la Paris Games Week 2014, salon annuel des jeux vidéo qui s’est tenu au Parc des Expositions à Paris cette semaine, confirme la tendance : le marché des jeux vidéo est en plein essor.
La multiplication et la diffusion des différents supports, notamment les smart phones et les tablettes, qui donnent à l’utilisateur la possibilité de jouer partout, en profitant d’une expérience sans cesse améliorée, participent pleinement à ce développement.
Le jeu vidéo en France
Le fait que le jeu vidéo occupe désormais une place prépondérante dans la société française est une réalité : environ 50% des français y jouent régulièrement tandis qu’un foyer sur deux possède une console de jeux (fixe ou mobile). La nuance est pourtant de mise : la notion de joueurs est ici très inclusive car elle associe les adeptes des jeux sur smart phones (dont jeux de carte ou tests de logique) et les « joueurs traditionnels » sur consoles ou ordinateurs, populations sensiblement différentes dans leurs approches des jeux vidéos.
Un chiffre est particulièrement à relativiser dans l’infographie ci-dessus : celui qui concerne l’âge moyen en 2013, estimé à 38 ans. Comme le stipulait l’article du Monde, l’âge moyen avancé par le Syndicat des éditeurs de logiciels de loisir (SELL) a été établi grâce à un sondage regroupant uniquement des personnages âgés de 10 à 65 ans, excluant ainsi les joueurs de 6 à 10 ans. Omettre l’importance de la très jeune génération dans cette pratique entraîne indéniablement une surestimation de l’âge moyen.
De même, nous n’avons pas indiqué le ratio hommes/femmes avancé par le SELL, qui établissait une parité, car les méthodes de calcul biaisées (pas de prise en compte des moins de 10 ans, la mère de famille acheteuse est considérée souvent à tort comme la consommatrice) empêchent de tirer un véritable constat démographique.
Le jeu vidéo dans le monde
Le secteur du jeu vidéo connaît une forte croissance à l’échelle mondiale, estimée à 21% de 2014 à 2016. Symbole de cette progression, la plateforme américaine de streaming Twitch, rachetée près d’un milliard de dollars par Amazon cet été, est désormais le 4e plus gros consommateur de bande passante aux Etats-Unis.
Cette démocratisation du jeu vidéo s’opère aussi bien en volume, en touchant continuellement de nouveaux publics, que dans le temps avec une durée d’utilisation toujours plus importante: aujourd’hui, le jeu vidéo dépasse les réseaux sociaux en durée d’utilisation grâce notamment à des jeux comme Candy Crush ou Clash of Clans.
Certaines voix commencent néanmoins à s’élever pour dénoncer la « casualisation », une certaine banalisation, de l’industrie des jeux vidéo. Avec ce terme, ils critiquent la volonté des développeurs de rendre les jeux accessibles à un public plus large, parfois au détriment de la richesse de l’univers conçu autour du jeu ou du « gameplay » c’est-à-dire l’expérience liée au jeu.
L’eSport aux JO
Parallèlement à cet essor du jeu vidéo, la scène compétitive électronique dénommée eSport est actuellement en pleine mutation. Afin de donner un bref aperçu de cette tendance, nous avons décidé de nous focaliser sur le jeu le plus joué au monde actuellement : League of Legends (LoL).
League of Legends, fondé par l’entreprise Riot Games, est un jeu multijoueur en ligne, qui se démarque des autres par l’engouement qu’il suscite : début 2014, 67 millions de joueurs s’y retrouvaient dont 7,5 millions quotidiennement. Par ailleurs, LoL a généré 624 millions de dollars en 2013 alors qu’il est à la base gratuit : le paiement s’effectue uniquement si le joueur veut accélérer l’amélioration de son expérience de jeu.
Mués par des chiffres impressionnants d’audience (32 millions de personnes devant la finale de la saison 3 en 2013), un phénomène de starification qui accompagne les joueurs professionnels avec des dotations s’évaluant en millions de dollars et des compétitions à l’échelle internationale (les habituelles équipes asiatiques, européennes et nord-américaines ont été rejointes par des équipes turques ou encore brésiliennes) la scène compétitive de League of Legends tend à s’apparenter à la sphère professionnelle sportive, au point qu’on estime que son audience surpassera le Superbowl dans quelques années.
Est-il dès lors légitime d’envisager leur présence aux Jeux Olympiques comme l’annonçait Leïla Kaddour dans son billet sur France Inter devenu désormais célèbre? Cette volonté de l’eSport d’être l’égal du sport, à l’image de ce qui s’est fait aux Etats-Unis, ne permet-elle pas plutôt d’envisager des Jeux Olympiques du jeu vidéo? Et à quand une case dédiée à l’eSport sur nos chaînes TV, à l’instar de ce qui se fait en Corée du Sud où une émission quotidienne est consacrée à League of Legends ?
L’audio, prochaine tendance numérique ?
Par Etienne Cointe et Mathias Virilli, France Télévisions, Direction de la Prospective
On connait tous Siri, l’assistant vocal d’Apple qui permet de commander un smart phone par la voix. Il pourrait bien être le précurseur de la prochaine grande tendance numérique : la voix, l’audio, les sons, jusqu’ici sous-représentés sur le Web, comparés au texte ou à la vidéo.
Pourtant, le son a un argument de taille : il contextualise l’expérience et l’enrichit fortement.
Récemment, c’est Twitter qui a compris l’importance de l’expérience sonore en testant ses Audio Card, qui permettent d’écouter directement de la musique sur sa timeline, tout en continuant à surfer. Déjà l’année dernière, le réseau social Pheed permettait d’enregistrer et de partager des enregistrements sonores sans limite de temps, en plus des fonctionnalités usuelles des réseaux sociaux (échange de messages, de photos et de vidéos).
Avec Bobler, Transpose et Momenta que nous vous présentons ici, le son devient la fonctionnalité star.
Bobler, ou le média social vocal
Parce que la voix recèle une charge émotionnelle plus forte que le simple texte, l’enregistrement de “bulles” vocales implique un engagement créatif autrement plus important qu’un tweet, par exemple.
De la même façon que sur Twitter, Bobler vous donne la possibilité de rendre votre bulle accessible à tous ou de l’envoyer à un autre utilisateur ou de l’insérer dans un fil de discussion précis, de façon à engager un dialogue public. Malgré ces ressemblances, l’ambition de Bobler est plutôt de proposer une version audio d’Instagram, avec des outils permettant d’“augmenter” ses enregistrements. Bobler permet par ailleurs de joindre une photo à son enregistrement audio.
Si les bulles pouvaient jusqu’à récemment aller jusqu’à deux minutes, la durée maximale est désormais de 36 secondes. Faciles à enregistrer et partageables sur d’autres réseaux sociaux, les bulles Bobler peuvent aussi être géocalisées et filtrées par lieu. De quoi mettre en ligne rapidement des informations de dernière minute, ou de créer des capsules informatives sur un lieu, thème ou événement particulier.
Bobler a d’ores et déjà été téléchargée par 100.000 personnes, et compte parmi ses adeptes quelques personnalités, notamment politiques, pour qui l’application représente un outil de communication efficace et innovant. NKM l’a par exemple utilisé dans le cadre de son projet “NKM près de chez vous”. Des médias ont également ouvert leur compte, à l’instar de Radio France ou d’ARTE Radio.
Bobler, start-up française, n’est toutefois pas la seule à vouloir créer un média social vocal. A Londres, Yappie a également lancé son application de voice sharing et s’est allié à Dubbler, plateforme américaine proposant un service similaire.
Transprose, ou la transposition musicale d’oeuvres littéraires
Est-il possible de traduire l’émotion d’un livre en musique ? Cette musique sera-t-elle agréable à écouter ? C’est pour répondre à ces deux interrogations qu’Hannah Davis a créé Transprose, un logiciel qui associe à une œuvre littéraire la mélodie qui lui correspond.
Transprose dispose d’une base de données de 14.000 mots du quotidien, auxquels il attribue une ou plusieurs émotions prédéfinies : positive, négative, joie, peur, surprise, tristesse, anticipation, colère, confiance, dégoût. L’analyse complète d’une œuvre doit ainsi permettre d’apprécier les émotions principale et secondaire qu’elle véhicule.
L’idée est de définir les profils émotionnels du roman, permettant par la suite de déterminer les différentes caractéristiques de la mélodie : le tempo, la longueur des notes, le ton, l’octave…
Dans le cas d’un moment faible en émotions, par exemple, le son employé sera plus harmonieux qu’en cas d’émotions plus fortes où l’on obtiendra des accords plus dissonants. De même, en fonction de l’émotion transmise, la mélodie se basera sur une tonalité majeure (émotion positive) ou mineure (émotion négative).
Si le logiciel est encore en phase de développement (et les mélodies uniquement jouées au piano), le rendu est néanmoins prometteur car il transmet fidèlement l’atmosphère générale de l’œuvre.
Diversifier les instruments, augmenter le nombre de mots à analyser et les catégories émotionnelles qui leur sont associées, sont autant de projets envisagés pour faire de ce logiciel un véritable complément à l’œuvre littéraire.
Qui sait, un jour peut-être choisirez-vous un livre pour sa mélodie ?
Transprose n’est d’ailleurs pas la seule initiative visant à faire correspondre des sonorités à des éléments de langage : le site Patatap permet par exemple de façon ludique d’associer sons, lettres et visuels.
Momenta, ou l’association poétique de sons à des images
Autre projet touchant à la synesthésie, l’application Momenta se situe au croisement de la photo et de la vidéo : elle permet de capturer une scène tout en conservant les sons environnants durant quelques secondes.
La photo et le son qui l’accompagne peuvent ensuite être postés sur l’application pour apparaître sur la timeline d’abonnés qui, à défaut de pouvoir commenter, pourront tout de même « liker » les animations. Il est également possible de les publier sur les réseaux sociaux ou de les consulter en ligne.
Cette association d’un son à une image permet un champ de créativité nouveau, donnant par exemple lieu à des associations humoristiques ou à des moments de poésie.
L’innovation ne se décrète pas !
Par Barbara Chazelle, France Télévisions, Directions Stratégie et Prospective
Le numérique change à peu près tout du monde dans lequel nous vivons, à une vitesse sans commune mesure aux précédentes révolutions industrielles, mais les entreprises françaises ont dû mal à s’y adapter. Pire : elles sont très en retard par rapport aux usages privés, comme le relate une récente étude du cabinet Roland Berger.
Pour Gilles Babinet, Digital Champion auprès de la Commission Européenne, « la révolution numérique va bien au-delà du mobile que l’on a dans la poche ou des réseaux sociaux que nos jeunes manipulent. La révolution numérique vise l’intelligence et l’information ; c’est une révolution culturelle et anthropologique, pas technologique. »
Donner les bons outils pour libérer la créativité
Cas d’école intéressant lors de la 3e édition du Stratégies Summit ce mercredi : la Société Générale qui semble avoir pris la mesure de ce qu’implique le numérique en termes de transformation de l’entreprise.
La firme a décidé d’équiper ses équipes d’outils et matériels plus collaboratifs et plus mobiles, à commencer par une tablette pour tous. Pour Françoise Mercadal-Delasalles, Directrice des ressources et de l’innovation de la Société Générale, il s’agit de permettre aux collaborateurs « d’imaginer leurs usages professionnels ; je ne sais pas ce qu’il en ressortira exactement. » L’enjeu est davantage d’encourager les différentes initiatives et de donner des outils que de dicter l’innovation. La banque c’est ainsi dotée d’un « SG store » qui permet à tous les collaborateurs de proposer de nouveaux services !
L’idée est véritablement de miser sur les forces vives à l’intérieur de l’entreprise, mais aussi à l’extérieur (clients ou partenaires) et de les connecter.
Abolir les silos dans l’entreprise
La fin des silos dans l’entreprise passe par la création de plateforme, où sont exposées à l’ensemble des parties toutes les données, et par voie de conséquences le développement d’API ouvertes. C’est la clé pour bénéficier de « la force de la multitude » et se lancer dans la création collective de nouveaux services (ou leur amélioration).
« Comprendre cela est fondamental pour entrer dans la révolution numérique. Ceux qui ont cru s’en sortir en nommant dans un coin un patron de la Big Data, vous avez tout faux ! », a affirmé Gilles Babinet.
Il faut arriver à « industrialiser l’innovation » et cela passe par le travail en petites équipes transverses et pluri-disciplinaires, autorisées à innover et même à échouer. Ce mode de fonctionnement en « pizza teams » à la Société Générale s’appuie aussi sur la collaboration avec des start-up, des PME ou même des écoles (par exemple l’ESSEC dans le cadre de MOOCs).
L’innovation commence par le management
« C’est une révolution managériale, au plus haut niveau de l’entreprise ! » a déclaré Gilles Babinet.
A la Société Générale, cette bascule est portée par la direction de la communication (interne et externe), la direction des ressources humaines (qui mise particulièrement sur les MOOCs) et la direction des ressources et de l’innovation.
L’enjeu selon Françoise Mercadal-Delasalles, ce sont les managers « intermédiaires » (vs le top management) qui sont parfois réticents aux changements et avec qui il faut user de pédagogie.
« Nous vivons dans un monde où tout change, y compris la possession et la maîtrise des savoirs. […] Le pouvoir n’est plus dans la connaissance (voire le secret) de l’information, mais dans son partage. »
Sous-traiter les affaires publiques à la Silicon Valley : danger !
Par Mathias Virilli, France Télévisions, Direction de la Prospective
A l’heure où les outils numériques investissent de plus en plus de domaines, Evgeny Morozov met en garde contre la tentation actuelle du solutionnisme technologique qui fait de la Silicon Valley le nouveau fournisseur de solutions par défaut pour résoudre les grands maux actuels de la société.
Si dans « The Net Delusion », l’universitaire biélorusse accusait l’engouement démesuré et déroutant des « cyber-utopistes », son nouvel ouvrage, « Pour tout résoudre, cliquez-ici » critique la dépendance croissante à des entreprises privées au nom de l’exception numérique et de l’enthousiasme généralisé pour les nouvelles technologies. Selon lui, il est important de se rappeler que le numérique n’est qu’un outil.
Aujourd’hui, les technologies liées à Internet trouvent des applications dans des domaines de plus en plus étendus : l’éducation avec les MOOC, la santé avec le quantified self, mais aussi la lutte contre le terrorisme, la mesure de la progression d’une épidémie comme Ebola, etc. Face à cet « Internet-centrisme », Evgeny Morozov rappelle qu’une technologie ne se cantonne pas à une réalité technique : elle est socialisée par ceux qui la fabriquent.
Le solutionnisme, ou l’oubli des composantes extra-individuelles d’un problème
En premier lieu, Evgeny Morozov dénonce la sous-traitance des tâches des institutions sociales aux entreprises privées qui apportent des solutions technologiques. Certes, les solutions traditionnelles et collectives sont plus longues et plus chères à mettre en œuvre quand la technologie est animée par un principe d’efficiency in cost. Là où le bât blesse, c’est que la technologie développée par ces entreprises tech permet de cacher l’absence d’alternative.
La Silicon Valley apparaît donc comme le sauveur ultime, tandis que le décideur public se contente d’en gérer les effets, plutôt que les problèmes eux-mêmes. En effet, l’Etat n’a pas les ressources nécessaires pour contrôler l’indépendance de ces puissances technologiques de la Silicon Valley, qui sont également des forces économiques et politiques.
En apportant des solutions pratiques à un problème, la Silicon Valley comble ainsi l’incapacité des Etats à proposer des solutions sociales qui passent par un effort collectif. Le chômage est en hausse ? Adaptez-vous : apprenez à coder !
Le danger de ces idéaux proches du néo-libéralisme, c’est qu’en se focalisant sur l’individu, on risque d’oublier les autres composantes d’un problème. Si dans les années 1970, la maladie était perçue comme le produit d’un problème social, elle repose aujourd’hui sur l’individu. Dorénavant, des technologies d’auto-contrôle (self-tracking) vous indiqueront s’il est temps pour vous de changer de comportement pour compenser votre irrationalité. Exit la responsabilisation des entreprises toutes-puissantes ou du pouvoir de la publicité dans la lutte contre l’obésité : désormais, il suffit de calculer le nombre de calories consommées par jour, et de l’ajuster si besoin est. Problem solved. D’une régulation du système social, on passe à une régulation du comportement individuel. En ne s’intéressant plus qu’au dernier niveau de responsabilité, on abandonne les causes plus profondes qui sous-tendent le problème, ce qui est précisément le rôle du décideur public.
Une extension du capitalisme aux domaines politiques et sociaux
Selon Morozov, le fait que les objets soient connectés et dotés de capteurs capables d’enregistrer les données, change la donne. Ces données rassemblées, stockées, puis communiquées permettent une gouvernance en temps réel de nos actions. La Silicon Valley peut ainsi s’établir comme un fournisseur de solutions sur demande, parce qu’il interagit constamment avec l’utilisateur. Aux Philippines, des WC dotés de capteurs déclenchent ainsi une alarme si l’usager a oublié de se laver les mains.
Bien que peu cher, efficace et d’apparence bienveillante, ce type de manipulation anodine permet d’évacuer les problèmes moraux. Cependant, l’émergence de nouveaux comportements basés par exemple sur la ludification et le partage entre utilisateurs, est rendue possible par le fait que les citoyens sont de plus en plus gouvernables et quantifiables, quand les institutions sont au contraire de moins en moins transparentes et contrôlables. Cette asymétrie a de quoi inquiéter sur les capacités d’établir une surveillance en mesure de garder la société sous contrôle. Les objets connectés dotés de capteurs permettent une personnalisation telle que nous évoluerons bientôt dans un environnement où l’information viendra à nous. Ces technologies prédictives changent notre perception de la temporalité vers un monde où la mémoire historique n’aurait plus sa place. Plus besoin d’établir de liens causaux, de replacer des évènements dans une perspective historique ni même prospective : seule compte le présent, le « temps réel ». Exemple frappant, Google Now analyse votre vie à votre place et en temps réel afin de vous faire gagner du temps.
Car c’est bien pour cette raison que le solutionnisme attire : il permet de sauver un temps qui manque du fait d’un système économique qui pousse en permanence à l’accélération. Les outils numériques sont selon Morozov le produit du système capitaliste en ce qu’ils sont designés en tenant compte du modèle économique en place, basé sur la publicité. Les mécanismes de marchés y sont intégrés, et la donnée se retrouve dotée d’une valeur marchande.
Loin de proposer un retour à un âge de pierre, Evgeny Morozov porte un regard critique sur une technophilie automatiquement associée à un progressisme éclairé. Il invite à débattre des conséquences socio-économiques des nouvelles technologies afin qu’elles disposent d’un cadre moral plutôt que d’alimenter une frénésie capitaliste.

Crédits photos : Daily Laurel – Crafted Illustrations / FYP Editions
La TV grimpe grâce au … web
Par Barbara Chazelle, France Télévisions, Directions Stratégie et Prospective
Contrairement à d’autres médias traditionnels, la télévision est un secteur en pleine croissance. Le hic, c’est que les fruits de cette croissance ne profiteront pas à tous. Et pas forcément aux acteurs historiques.
- Selon l’IDATE, le marché mondial de la télévision est en croissance, en grande partie grâce aux bons résultats de l’OTT et de la consommation à la demande.
- L’IDATE estime à 3,6% de croissance annuel les revenus de la TV dans le monde, un peu moindre que la hausse de 5% durant la période 2010-2013, pour atteindre 424,7 milliards d’euros en 2018.
La VOD va continuer de peser de plus en plus lourd, jusqu’à 34,4 milliards de revenus en 2018, soit le double que ce que devrait rapporter les DVD, dont le marché va continuer de chuter partout dans le monde ; malgré la croissance des Blu-Ray, il aura perdu près d’un quart de sa valeur en 2014.
La vidéo en OTT sera dominante sur le marché de la VOD, pouvant représenter jusqu’à 80% des revenus du « à la demande » selon l’IDATE.
Une récente étude de Digital TV Research estime que les revenus de l’OTT atteindront 42 milliards de dollars en 2020. Estimation intéressante du cabinet, l’Asie Pacifique pourrait peser pour 10 milliards sur ce marché en 2020 et l’Europe de l’Ouest pour 11,5 milliards.
Toujours selon Digital TV Research, la SVOD pourrait contribuer à 40% des revenus totaux de l’OTT en 2020 (vs 27% en 2010).
La TV payante devrait tirer les résultats vers le bas ; bien que sa contribution au marché soit évaluée à 195,9 milliards d’euros en 2018, ce secteur devrait connaître une baisse de 2,8% en moyenne entre 2014 et 2018.
Les revenus publicitaires quant à eux devraient continuer de progresser à hauteur de 4,8% par an jusqu’en 2018, pour atteindre 193 milliards d’euros en 2018.
Les Millennials ? La moitié de la population active d’ici 5 ans !
Enfin un petit film qui explique la neutralité du Net !
Par Barbara Chazelle, France Télévisions, Directions Stratégie et Prospective
Méta-Media vous recommande et vous invite à (re)voir et partager le très bon reportage de On N’est Plus Des Pigeons, émission de France 4, qui s’est penché cette semaine sur la question de la Neutralité du Net, principe qui garantit l’égalité de traitement des données qui circulent sur le réseau. En 11 minutes, et en français, les moins technophiles comprendront pourquoi ce sujet si important nous concerne tous.
Pour Tristan Nitot, président de Mozilla Europe, les Fournisseurs d’Accès à Internet (FAI) « voient dans la fin de la neutralité du net, une formidable opportunité de business. » Le risque selon lui, c’est que l’internet devienne « un genre de galerie marchande où les grandes marques vont payer pour être présentes. Et tous les sites non commerciaux, sympas, authentiques, qui ne sont pas bardés de publicités, l’internet citoyen, participatif va disparaître de facto parce qu’il va être tellement long que les gens ne vont pas s’en servir.«
« Au final, c’est le consommateur qui va payer d’une manière ou une autre, soit parce qu’on aura des services payants à la Netflix qui ont besoin d’intégrer les coûts dans leurs offres commerciales soit parce que les FAI vont nous demander d’une manière ou une autre de payer pour avoir accès à tel ou tel type de contenus », prévient Adrienne Charmet, de la Quadrature du Net.
Si le sujet fait beaucoup de bruit aux USA, en France, le dossier est lui aussi ouvert avec un opérateur comme Orange qui « estime que la meilleure solution est de demander à ces acteurs de contribuer de façon équitable aux coûts variables engendrés par le trafic asymétrique qu’ils émettent ».
Nos politiques commencent à se positionner sur la question, le Gouvernement déclarant qu’il est désormais en faveur de la neutralité du net. Olivier Schrameck a affirmé ce matin à la commission droit/libertés que le CSA y était lui aussi favorable. La position du Conseil d’Etat est malheureusement un peu moins tranchée.
Vous êtes avertis « Remettre en cause le principe d’un internet neutre, c’est remettre en cause le principe d’un internet libre. »
Pour approfondir, quelques uns de nos derniers billets sur ce thème :
Abolir la neutralité du Net, c’est revenir au Minitel
Web à deux vitesses, les Américains se mobilisent
Neutralité du net, il est temps d’affirmer que c’est un droit fondamental !
Et nos vidéos coup de cœur que vous pouvez retrouver sur notre playlist dédiée à la neutralité du net sur notre chaîne YouTube.
Journaux : 3 conseils de l’iTunes de la presse
Par Barbara Chazelle, France Télévisions, Directions Stratégie et Prospective
« Les jeunes ne veulent pas payer pour de l’info. Mais il y a 10 ans, on disait pareil pour la musique ! », a rappelé Marten Blankesteijn, co-fondateur de Blendle, invité cette semaine par le CFJ pour sa leçon inaugurale. Aujourd’hui, les jeunes paient $ 10 par mois pour Spotify alors qu’on trouve de la musique gratuite sur YouTube.
Blendle, c’est la start-up news de la rentrée en Europe. Souvent décrite comme l’ « iTunes de la presse », le modèle de la plateforme néerlandaise, soulève de grands espoirs dans le monde de la presse.
1. Etre fun et aussi simple que de payer une appli
L’idée de Blendle c’est de mettre à disponibilité des lecteurs des articles de journaux et magasines, payables à la pièce entre 10 et 80 centimes d’euros, avec un crédit de 2,50 € en cadeau à l’inscription. L’acte de paiement se fait sans friction, simplement en cliquant sur l’article, sans avoir à confirmer quoi que ce soit. Et si le lecteur n’a pas aimé ce qu’il a lu, il peut être remboursé. Seuls 3% des utilisateurs en font la demande.
« Les gens achètent des pulls sur internet parce qu’ils savent qu’ils peuvent le retourner si ça ne va pas. Sinon, personne n’achèterait sur internet ! »
Résultat : 125.000 utilisateurs (pour 16 millions d’habitants aux Pays-Bas) en 5 mois, dont 2/3 ont entre 20 et 35 ans, qui dépensent en moyenne 50 centimes par jour ! Panier moyen en constante augmentation qui plus est.
Pas de cannibalisation donc car cette cible jeune atteinte par Blendle avait déserté les paywalls traditionnels. Le partage des revenus à 30 / 70 pour les éditeurs (comme le modèle Apple) permet à ces derniers de profiter d’une nouvelle source de recette sans trop d’effort.
« Il n’est pas trop tard ! », assure Marten Blankesteijn.
« Les éditeurs aiment les abonnés mais ils ont oublié qu’il y a un groupe de personnes qui ne veut pas s’abonner mais qui est enclin à payer de temps en temps. »
Le succès de Blendle n’est « pas uniquement une question de prix, mais d’expérience et d’opportunités. »
« Je ne pense pas que les éditeurs qui proposent du bon contenu gratuit le feront encore d’ici 3 ans »
2. Les marques restent importantes
Parce que la réputation de marques de presse prestigieuses ne s’est pas faite en un jour, il est toujours pertinent de miser sur elles. De telles renommées sont plus difficiles à acquérir par des personnes. Les marques restent un argument de vente mais aussi un argument de recrutement dans la guerre des talents qui sévit à l’heure numérique.
3. Mais besoin d’un meilleur journalisme
Marten Blankesteijn a enfin encouragé les futurs journalistes du CFJ à se surpasser et à amener le niveau du journalisme un cran au-dessus que celui de leurs prédécesseurs.
« Vous devriez lire les journaux d’il y a 40 ans ; ils n’étaient pas bons du tout ! » Pourquoi ? Parce qu’il y avait peu de concurrence entre les journalistes ; si quelqu’un était abonné au Monde, il ne lisait que Le Monde et ne comparait pas un article avec ceux d’autres journaux sur le même sujet.
« On ne peut plus se contenter d’écrire des histoires ; il faut écrire la meilleure histoire ! »
Blendle est la preuve que l’on peut encore changer le journalisme de l’intérieur et que l’Europe a toute sa légitimité sur le sujet. Forte de ses premiers succès, la plateforme prévoit une expansion à l’international dans un ou deux pays d’ici l’année prochaine. Il n’a pas dit lesquels !
Radio 2.0 : késako ?
Par Etienne Cointe et Mathias Virilli, France Télévisions, Direction de la Prospective
“La radio, c’est une présence sonore”. C’est par ce rappel de bon sens que Pierre Bellanger, fondateur et directeur de Skyrock, a introduit ce qu’était selon lui la radio à l’occasion des Rencontres de la Radio 2.0 cette semaine à Paris.
La radio reste le 2ème média le plus consommé chaque jour (après la TV), et le premier le matin. Les Français écoutent la radio près de 3h par jour en moyenne selon Médiamétrie (étude sur la période septembre 2013 à juin 2014). L’audience numérique de la radio est toujours en progression, en particulier chez les jeunes. Bien que leur temps d’utilisation soit inférieur à celui de leurs aînés (1h56), 78,2% des 13-24 ans écoutent la radio ; 26,4% de ces jeunes ont écouté la radio sur un appareil connecté (smart phone, tablette, ordinateur, TV connectée, baladeur numérique), soit 15 points de plus qu’il y a quatre ans.
La radio 2.0 : késako?
Si la radio est définie par cet “accompagnement vivant”, cette “présence humaine avec de la personnalité” décrite par Pierre Bellanger, que recouvre cette appellation de radio 2.0 ? Les frontières sont difficiles à établir, ce qui explique la grande variété des acteurs réunis : radios traditionnelles, webradios, smart radios, services de streaming… D’après Yvan Denys, de France Médias Monde, « la radio 2.0 au sens live du terme, on la cherche encore aujourd’hui ».
Une chose est sûre, le numérique ouvre un “nouveau champ des possibles” qui appelle selon Xavier Meunier à une prise de conscience de la part des acteurs du secteur. C’est déjà fait pour Pierre Bellanger, pour qui « c’est un âge d’or qui débute pour la radio”.
Selon lui, “les radios ont été brimées par les systèmes féodaux d’attribution de fréquences”. Les possibilités de distribution de la radio 2.0 vont désormais permettre aux talents de s’exprimer plus librement.
Exploiter les possibilités apportées par Internet
Afin de poursuivre sa mutation et de renforcer sa place prépondérante au sein de l’écosystème des médias français, la radio 2.0 se doit d’explorer les caractéristiques inhérentes au web afin d’en déceler des opportunités.
Internet permet d’abord à la radio de s’inscrire dans un environnement spatio-temporel augmenté. Le web rend la radio disponible partout, notamment grâce à la démocratisation et à l’expansion du smart phone : avec 60% d’écoute radio hors domicile, la mobilité en est ainsi un véritable levier. La radio est également disponible à tout moment grâce à son offre délinéarisée. Fini le temps où l’auditeur était l’esclave de la programmation des radios, les podcasts permettent maintenant à une émission d’être disponible après sa diffusion en direct, tandis que les services de streaming permettent une consommation musicale à la demande.
La radio va dès lors toucher de nouveaux réservoirs d’audience :
– les utilisateurs qui souhaitent écouter leurs émissions en mobilité
– les auditeurs ayant un accès internet sans être éligibles à certaines ondes FM
– les jeunes, adeptes de l’utilisation du support numérique, sont également une audience à exploiter davantage pour les radios 2.0 : 33,1% du volume d’écoute total de la radio par les jeunes de 13 à 24 ans provenant des supports multimédias (soit + 21,5 points par rapport à 2009).
De plus, la radio de l’ère numérique peut bénéficier de la portée sociale induite par l’essor des réseaux sociaux. Le partage via ces réseaux permet aujourd’hui aux radios 2.0 de bénéficier d’une nouvelle prescription sociale, sorte de bouche à oreille démultiplié: 64% des français découvrent une nouvelle musique grâce à leurs amis (Baromusic 2014 d’Havas S&E).
Ce sont aujourd’hui les services de streaming qui en bénéficient le plus, eux qui adoptent une approche consumer-centrist. Aux radios FM d’aller vers une offre à 360° en donnant à l’auditeur cette même place de choix et en lui offrant les programmes qu’il veut, car celui-ci n’a jamais autant été arbitre de ce qu’il écoute. L’enjeu de la donnée et de la recommandation est alors primordial.
Avec une hausse de 30% sur l’année en France (52% aux US, 42% au UK), les services de streaming s’installent durablement dans le paysage audio numérique et glanent aujourd’hui 50% du marché, dont 17% pour le streaming gratuit. Cependant, 80% des utilisateurs sont en demande de musique programmée sur les plateformes numériques, preuve que le streaming on demand a ses limites.
Pour guider les utilisateurs dans leur offre de titres quasi-illimitée, les différentes plateformes s’équipent de moyens de recommandation. Si Spotify s’est doté d’un algorithme et préfère l’agrégation de données, Deezer s’appuie sur une équipe d’experts ainsi que sur l’historique d’écoute de ses utilisateurs pour éditorialiser ses contenus. La smart radio américaine Pandora a elle lancé le Music Genome Project, qui vise à proposer à partir d’un algorithme, une expérience personnalisée basée sur l’expertise musicale et les préférences des auditeurs. Cependant, la catégorisation de la musique est rendue difficile par le fait qu’elle n’est pas “une aspérité en soi, comme peut l’être le sport”, comme le soulignait Gregory Quantin, d’Havas S&E.
S’appuyer sur les atouts de la radio pour inventer la radio 2.0
Ces nouveaux services musicaux, avec ces nouvelles formes d’accompagnement, participent à ce “long strip-tease” , selon l’expression de Pierre Bellanger, que constitue l’histoire de la radio : elle se retrouve dépossédée d’une de ses caractéristiques majeures, à savoir la prescription musicale, jusqu’au point où certains affirment que ce n’est plus pour la musique que l’on écoute la radio.
Pourtant, d’après Médiamétrie, la musique est toujours un facteur motivant pour 80% des 13-24 ans, qui voient en la radio un média distrayant (73%), tandis que le Baromusic d’Havas S&E, 82% de la découverte musicale se fait toujours par la radio en France. On voit bien que les services de streaming et les smart radios ont du mal à offrir une expérience pleine et personnalisée aux auditeurs. S’ils sont aujourd’hui capables de proposer des contenus connexes à ceux précédemment écoutés, ils ne permettent pas encore de découvrir des musiques moins connues, voire de niche. D’après Jean-Luc Biaulet de Music-story, « les algorithmes sont encore très loin de pouvoir reproduire les métiers d’éditorialisation ».
Une bonne nouvelle pour les radios et webradios, puisque 63,5% des 13-24 ans écoutent des programmes musicaux à la radio (68% chez les 13-18!). Les Français sont de grands amateurs de musique : 44% se disent passionnés, alors que le répertoire français est le deuxième à l’exportation après celui des anglo-américains.
Un deuxième atout historique de la radio, c’est son interactivité. Si le micro-trottoir préfigurait de l’interaction entre animateurs et auditeurs, ensuite permise par le téléphone, les réseaux sociaux ont repoussé les frontières de l’interactivité en permettant aux auditeurs de converser entre eux. Plus simple, plus rapide, plus directe, l’interactivité 2.0 permet une dissémination du contenu plus vaste. Les auditeurs peuvent en outre concurrencer les journalistes eux-mêmes en termes de vitesse et de sources. Si les radios 2.0 doivent jouer la carte de l’interactivité, Pierre Bellanger a toutefois mis en garde contre une expropriation des communautés électroniques par un transfert de valeurs vers des tiers concurrents financés par la publicité.
Le son binaural était l’innovation star présentée à l’occasion cette édition des Rencontres de la Radio 2.0, avec la diffusion par NouvOson d’enregistrement en 3D tout au long de la journée. Elle est actuellement la technique de spatialisation le plus proche de l’écoute naturelle, et permet une écoute 3D sur un casque stéréo. L’expérience binaurale prend en compte les morphologies des auditeurs à partir de sept profils prédéfinis (pour l’instant), censés recouvrir la diversité de la population, et ce afin de proposer à l’utilisateur une expérience d’écoute où le son est mieux représenté dans l’espace.
Si cette technologie apparaît à première vue très attractive tant au niveau de l’enrichissement de l’expérience utilisateur qu’à sa disponibilité (elle peut s’adapter aux casques audio), elle nécessite néanmoins une approche design thinking : elle doit être pensée dès la production des émissions, et intégrer un matériel d’enregistrement adéquat, rendant son instauration autrement plus compliquée pour l’ensemble des chaines de radio.
Deux évolutions possibles vers la radio visuelle
Outre ces pistes de développement, deux évolutions semblent aujourd’hui se dessiner pour les radios traditionnelles qui veulent réussir leur tournant 2.0.
La première serait d’aller à la rencontre de la télévision, avec un conglomérat radio-TV et des talk-show comme genre mixte. Un virage déjà emprunté par un certain nombre d’émissions qui sont désormais filmées dans la majorité des studios des radios nationales, avec des efforts à anticiper sur l’éclairage ou la scénographie. Un virage qui suscite de nombreuses réticences chez des radiophiles comme Philippe Rollin, pour qui la radio est un média de l’imagination, qui serait perverti si on en faisait une “sous-télévision”. Pierre Bellanger rappelait de même la force de la voix pour une radio “qui n’a pas besoin d’images”.
Face à cette “TV simplifiée”, un deuxième positionnement évoqué est celui de la radio multimedia, où des services seraient proposés à la communauté radiophonique autour de la marque. C’est ce que Xavier Fillol appelle la “radio augmentée”, avec des contenus et services additionnels et complémentaires de la radio, qui s’appuieraient sur le web, le mobile et les réseaux sociaux, avec une forte composante interactive.
Dans ces optiques d’ouverture, la radio doit faire face à un enjeu plus large : celui de l’éducation au numérique. Autrefois média uniquement oral, elle doit s’enrichir de nouvelles compétences écrites. Il est aujourd’hui important de décloisonner le métier d’animateur radio, comme l’expliquait Pascale Laffite-Certa de l’INA Expert, en évoquant la nécessité d’évoluer vers plus de polyvalence.
Ainsi, un travail des RH doit être mis en place afin de faire évoluer les métiers radiophoniques de longue date, mais aussi d’intégrer de nouveaux métiers plus technologiques, qui répondent aux nouveaux enjeux du secteur.
Dans la même optique, les nouvelles techniques sur lesquelles se bâtissent la radio 2.0 doivent inciter à expérimenter des formats novateurs, que ce soit pour les programmes, ou pour la publicité.