Ecole 42 : apprenez leur aussi à penser

Par Guillaume Sire, maître de conférences en sciences de l’information et de la communication à l’université Paris 2 Panthéon – Assas. Billet invité

 

   A Monsieur Xavier Niel, président de l’Ecole 42, et Monsieur Nicolas Sadirac, directeur général de l’Ecole 42,

Votre école d’informatique a fêté cette année ses trois ans. Sa vocation est, pour rappel, de remplir un espace laissé vide par des institutions inadaptées au monde contemporain, lequel se trouverait « coincé (je vous cite) entre d’une part l’université, qui propose une formation pas toujours adaptée aux besoins des entreprises mais qui est gratuite et accessible au plus grand nombre, et d’autre part les écoles privées, chères, dont la formation est assez qualitative mais laisse sur le côté de la route le plus grand nombre de talents, voire de génies, que nous pourrions trouver en France ».

Le projet de l’école 42 est louable, original et intéressant à bien des égards : autonomie des étudiants, évaluation par les pairs, etc. Je ne vais pas m’étendre sur les compliments que vous faites si bien vous-mêmes. Cependant, en observant le programme, je m’aperçois qu’il n’y a aucun cours de sciences humaines et sociales dans la maquette : la philosophie, la sociologie, la science politique et la psychologie ne sont pas enseignées aux prétendus « génies ». L’économie et le droit sont également absents ou presque.

Vous le savez vous-même parfaitement, au point que vous ne cessez de le dire partout où vous allez, les technologies numériques ont pris une place centrale dans notre société. Autrement dit, l’action des informaticiens a un impact politique et culturel, et non pas seulement un impact économique. Les « geeks » jouent un rôle social qu’il serait imprudent de minimiser. C’est pourquoi ne pas leur enseigner les Humanités alors même qu’on prétend les former, c’est un peu comme si on donnait des cours de grammaire et d’orthographe à des journalistes sans leur faire connaître le paysage politique et culturel où ils s’apprêtent à jouer un rôle de catalyses.

Ceux qui prétendent étudier l’informatique doivent comprendre ce qu’est l’informatique, et non pas simplement ce qu’elle fait. Ils doivent être sensibilisés aux enjeux liés à la gouvernance d’Internet et connaître les tenants des débats concernant la neutralité du réseau, le statut des intermédiaires, la protection de la vie privée, le Big Data ou le web sémantique. Ils doivent comprendre les enjeux économiques liés à la régulation des marchés multiversants et au devenir de la propriété intellectuelle. N’êtes vous pas vous mêmes confrontés à ces enjeux tous les jours ? Voulez-vous que les étudiants de l’Ecole 42 deviennent des individus intelligents, qui auront conscience du rôle qu’ils jouent dans l’espace social, ou des soldats utiles, qui obéiront sans se poser de question ? Voulez-vous qu’ils programment ou qu’ils soient programmés ? Comptez-vous leur enseigner le code sans leur apprendre à décoder ?

Les universités ne sont peut-être pas aussi inutiles et inadaptées que vous le croyez. Réfléchir, même si ça ne rapporte pas d’argent dans l’immédiat, n’est pas forcément inutile, et c’est cela, précisément, qui permet aux êtres humains de s’adapter. Apprenez à vos étudiants à coder, oui, mais n’oubliez pas que des étudiants ont aussi, et surtout, besoin d’apprendre à penser.

 

Guillaume Sire est maître de conférences en sciences de l’information et de la communication à l’université Paris 2 Panthéon – Assas. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages et de nombreux articles scientifiques concernant les technologies numériques. Il publie également un roman chez Plon, le 25 août prochain, dont l’intrigue se déroule dans la Silicon Valley et dont les protagonistes ont décidé de détruire Internet.

A lire aussi

  • http://www.aladom.fr gthomas35

    Il faudrait aussi que les universités forment les étudiants à des choses utiles et concrètes... Votre article montre bien la déconnexion du système scolaire français qui reste dans l'abstrait... Nos entreprises ont besoin de personnes qui savent avancer et prendre des initiatives... pas uniquement de penseurs....

  • Kali Fed

    En vous renseignant *vraiment* sur 42 vous auriez vu que ce n'est pas l'informatique que l'on y enseigne. Il n'y a d'ailleurs pas d'enseignement. Mais que l'on y apprend à apprendre.

  • Gabrielle Pittaro

    Monsieur Sire, avez-vous pris la peine de vous rendre dans les locaux de l'école 42 ? J'ai pour ma part suivi un cursus à la Sorbonne (P IV) ainsi que celui proposé par 42 en parallèle. Je serai ravie de vous rencontrer à 42 et de vous montrer que ce que vous reprochez à cette école (loin d'être irréprochable à d'autres égard cela dit) est basé sur des idées fausses.

    Pas de cours de Sciences Humaines et Sociales ? Peut-être pas tel quel. Mais apprendre à 1000 jeunes à se supporter 24h sur 24 et 7j sur 7 et à gérer les conflits (sans compter la diplomatie requise pour la correction par les pairs lors d'un concours) c'est une leçon qu'aucune université ne peut enseigner (et qui est indispensable en entreprise).
    Pas d'économie, de web sémentique, de droit .. Quid des partenariats divers avec des écoles de design thinking, de management etc (il y a plusieurs partenariat HEC/42 par an pour ne citer qu'eux).

    Je pourrais vous parler dans un billet au moins aussi long que le votre de toutes les "soft skills" que nous apporte ce type d'école (et que je n'ai jamais touché à la Sorbonne) mais je vous invite encore une fois à venir à l'école pour en parler et le voir de vous même !

    Je vais m'en tenir a une dernière chose qui fait que nous apprenons tout cela : 42 nous encourage à faire de nombreux stages (mon cursus à la Sorbonne ne propose qu'un stage en master 2... Beaucoup trop tard pour se réorienter) ! 42 propose donc à la fois à prendre le temps de s'intéresser à ces compétences annexes, mais aussi à choisir un métier qui nous intéresse vraiment, et dans lequel nous sommes capable d'apporter nos "soft skills" uniques (on ne réalise pas que ces compétences sont requises sur les bancs de la fac !)

    • http://maisouvaleweb.fr/ Mais où va le Web

      Marrant, j'ai aussi suivi un cursus à la Sorbonne, il fut un temps. Des choses à redire, certes, mais j'y ai appris des choses en termes de sciences humaines et sociales. La gestion des conflits en groupe a peu à voir avec les sciences humaines, je pense que votre exemple est mauvais (en tout bien tout honneur, ce n'est pas une attaque personnelle). Par ailleurs, effectuer un stage ne porte pas à développer son esprit critique (le monde de l'entreprise y prête peu, à moins que ça serve des objectifs sonnants et trébuchants). A l'heure où tout le monde s'extasie sur les nouvelles technologies, la voie dissidente est si peu entendue, pourquoi vouloir la détruire ?

      • Gabrielle Pittaro

        Bonjour, quel cursus avez vous suivi ? En Informatique et linguistique à la sorbonne, je n'ai pas eu ces enseignements. (Tout juste les quelques anecdotes glissées par les professeurs de linguistiques ayant été sur le terrain nous amène à réfléchir à la diversité des cursus).
        Et surtout, à quoi servent les cours de sciences sociales que nous devrions suivre (dans un monde idéal) ? A s'interroger sur le sens de la vie ou à s'ouvrir aux autres, les comprendre et avoir le soucis de créer des outils efficaces ?

        Je vous accorde que je me suis peut être mal exprimée sur le rapport entre mon exemple et ce qu'il reproche à 42, mais je suis persuadée que ces choses sont liées (et pour comprendre à quel point, il faut avoir passé du temps à 42)

        Par rapport au stage, si justement il permet de développer son esprit critique si c'est réellement un STAGE. Normalement l'étudiant, dépourvu de responsabilité peut se permettre de prendre du recul par rapport à ses fonctions et à l'entreprise en elle même. Par ailleurs je soulignais l'importance de découvrir ses forces en entreprises. Un développeur avec un fort potentiel relationnel a totalement sa place dans le monde de l'informatique, mais il sera probablement malheureux à passer sa journée seul devant un moniteur. Tandis que si il découvre tôt cette capacité il peut s'orienter sur des métiers ou le contact client est plus fréquent et ainsi faire profiter de cette compétence. Cette solution est bénéfique pour le développeur, l'entreprise et le client.
        (La même chose vaut pour les personnes avec une bonne gestion du stress et de l'organisation, à celles qui au contraire n'apprécient pas la relation client, à celles qui préfèrent une petite structure pour être directement impliquées dans le résultat final et ainsi de suite... On n'apprend pas cela à la fac, malheureusement)

        Je ne reproche pas à Monsieur Sire de décrier 42. Je lui propose simplement de venir voir par lui même et de s’apercevoir que nous sommes tous sauf formatés par ce système (contrairement au lycée ou la prépa qui formattent notre pensée, style et vision du passée). Comme je l'ai précisé dans mon message je ne soutiens pas la totalité de la politique de cette école. Ce que je ne comprend pas c'est que l'on reproche à cette école de ne pas proposer ce qu'aucune école (ou fac) d'informatique ne propose. Oui en allant à la fac 3 ans DANS LE BUT d'étudier les sciences humaines on peut avoir de telles cours, mais dans un cursus d'informatique on n'en a pas, ou très rarement.

        • http://maisouvaleweb.fr/ Mais où va le Web

          J'étudiais les langues, rien à voir donc avec l'informatique (enfin, quoique, mais c'est une autre histoire). Mais voyez-vous, tout votre déroulement sur ce qu'est l'esprit critique est biaisé : vous ne le considérez que dans une optique marchande, avec des "clients", à l'intérieur d'une entreprise. Il ne s'agit pas de décrier un système tout entier, mais bien de comprendre que les sciences humaines servent, par exemple, à remettre en cause les cadres donnés. A prendre un peu de hauteur sur la notion même de "travail", de "technologie". A comprendre par exemple que la technique, le code, et certaines entreprises dans ce secteur participent plus ou moins directement à créer parfois, des choses négatives. Bref, comme dans beaucoup de discipline, je vous l'accorde, 42 a besoin d'une "éthique", au sens large, c'est à dire une réflexion poussée sur la façon dont le monde change. Ce n'est pas en apprenant à travailler en équipe sur un projet, ou même en apprenant différents langages informatiques que l'on saisit cela. D'ailleurs, l'esprit critique se façonne souvent par la lecture, solitaire, d'ouvrages. Bref, c'est un long débat, et je ne pense pas que l'article soit fait pour blesser les étudiants de 42, qui prennent ce qu'on leur donne (et qui aiment ça, personne ne leur en veut). Mais si vous aimez cette école, votre école peut-être, n'hésitez pas à lui réclamer encore plus, c'est une belle façon de la rendre encore plus attirante !

  • Thomas

    Sauf que quand tu sais programmer en ayant passé 4ans dans une ecole peer2peer et en partageant des choses avec des gens tout les jours, tu prend de l'experience humaine inévitablement. Et ceux qui viennent a 42 sont degoutés du systeme scholaire alors pourquoi leur imposer plus de charabia alors qu'il en on eue pendant 8 ans d'etudes.. Le systeme francais n'apprend pas a penser, il apprend a penser de la maniere du professeur, CA sa créé des robots.

  • victorien caquant

    Comme vous le dites dans l'article on est autonome, donc on sait se renseigner sur les choses que l'on fait contrairement à l'éducation française, où vous apprenez sans avoir cherché ni même compris. La preuve est là, vous n'avez pas énormément creusé pour vous dire ces choses là sur 42.

    • http://maisouvaleweb.fr/ Mais où va le Web

      Et vous n'avez pas franchement creusé dans "l'éducation française" (on ne sait pas trop de quoi vous parlez d'ailleurs : maternelle ? Lycées ? facs ? Prépas) ou peut-être parlez-vous des "chercheurs", "doctorants" en sciences, en sciences sociales ? (pour le coup, eux savent chercher). Bref, vous n'y connaissez pas grand chose et en cela, illustrez parfaitement les propos de l'auteur.

      • victorien caquant

        L'éducation française en entier ne fait que dégoûter les personnes, tellement de monde perdu, a faire soit des choses qu'ils n'aiment pas, soit tout raté. Vous savez dans l'école il y a de tout, il ne faut pas croire, par exemple il y a des personnes qui sortent de prépa ( beaucoup même) dégoûté de tout ça et pas forcément parce qu'ils ont ratés. Après tout le monde n'arrive pas ou n'aime pas travailler à la méthode 42 et c'est pour ça qu'il y a un mois de test.

  • http://maisouvaleweb.fr/ Mais où va le Web

    Merci pour ce message nécessaire. On oublie trop souvent que les études supérieures n'ont pas - que - pour objectif d'insérer professionnellement les étudiants dans l'économie de marché. Je suis aussi assez surpris par les commentaires suite à ce billet, que je trouve plutôt mesuré. Gérer les conflits 7j/7 H24, comme le signale un commentateur, ne revient pas à pratiquer les sciences humaines, ça n'a absolument rien à voir. La question qui est posée ici est bien plus générale, c'est celle de l'introduction d'un véritable esprit critique dans les écoles techniques, bien souvent on y enseigne juste à reproduire ce qui se fait dans la vallée. Cette idéologie apparaît dans un contexte où la fac est sans cesse dévalorisée car elle ne "servirait à rien", c'est bien dommage. Pour information Ariel Kyrou, B.Stiegler et bien d'autres planchent sur la création d'une "contre université du numérique", en espérant que ce sera une manière de relever le défi : http://maisouvaleweb.fr/panser-la-societe-du-numerique-conversation-avec-ariel-kyrou/

  • Fabien

    "...en observant le programme, je m’aperçois qu’il n’y a aucun cours de sciences humaines et sociales dans la maquette..."
    Hum... C'est logique, vu qu'il n'y a aucun cours à l'école 42... Renseignez-vous plutôt que de juste regarder un programme... Et ce n'est pas parce qu'il y a un programme qu'on y apprend que ce qu'il y a dans le programme...

  • Yanis Ismail

    Cher M. Guillaume Sire, il est ici question de savoir ce qui motive vos propos visant à dévaloriser un système different. l'école elle même, dans sa démarche offrant une pensée profonde, réformatrice et progressiste. Il n'y a pas un étudiant à 42 qui n'ait pas un désir fort de progrès des techniques, de progrès social ou de progrès des apprentissages en France. La méthode 42, je vous la cite, étant profondément convaincu que sa critique est ici votre seule motivation, et ce à des fins qui ne regardent que vous. La méthode 42, c'est donc le principe simple de laisser l'étudiant être acteur de son apprentissage. Prenant le contrepied de ce que vous appelez l'université, où il est question d'engraissement cérébral, sur un quota d'heure complètement dérisoire, cette méthode encourage celui qui est suffisamment motivé, fasciné ou intéressé, à ne pas se laisser porter par un système qui prétend pouvoir lui donner toutes les réponses à toutes les questions qu'il pourra se poser, et ce sans jamais remettre en question la connaissance quasi-divine du professeur. Il est question ici pour l'étudiant d'aller chercher les informations par lui-même, de lire, de s'informer parmi divers sources qui lui offriront un regard mature et moderne sur un monde en évolution, et qui ne se base pas sur un programme vieux de plusieurs années, où les notions enseignées sont aussi poussiéreuses que les livre qui sont utilisés. Je vous suggère de prendre exemple, et de vous renseigner par vous même lorsque vous parlez d'un sujet quelconque, en prétendant le connaitre, avant de le critiquer sur des notions qui n'ont pas lieu d'être. Il est evident que votre démarche ici fait écho à la sortie de votre livre, et je reconnais volontiers cependant que c'est un format très original de promotion que je n'avais encore jamais eu l'occasion de voir. Peut être pourriez-vous à l'occasion proposer à l'Ecole 42 d'intervenir, une fois que vous aurez construit un argumentaire interessant, pour venir offrir un point de vue different sur leur propre enseignement, et cette fois-ci, permettre qu'il en ressorte une confrontation pertinente.

  • Etienne L

    L'école rassemble des élèves dont le niveau dans le domaine des humanités diffère beaucoup.
    Je vous rappelle que dans bon nombre de formations, la philosophie et l'exercice de la dissertation ne sont pas au programme.
    Vous voudriez qu'il y ait des cours et des épreuves dans ces domaines, mais cela donnerait un profil de sélection qui n'est pas dans la philosophie de l'école.
    Les cours magistraux ne sont pas non plus dans l'esprit de la pédagogie P2P, ni j'imagine dans les moyens de l'école, gérée en bonne partie par les élèves eux même. Surtout, nombreux sont les étudiants qui fuiraient ce type d'enseignement ; je ne nie pas l'utilité de savoir disserter, mais ce reproche d'une pédagogie qui ne colle pas à la tradition classique en France, c'est précisément ce qui fait le succès de l'école.

    Par ailleurs, je pense que vous négligez l'ouverture et la maturité d'approche des étudiants de 42. Je dirais que c'est leur qualité principale, et ils sont encouragés à aller explorer d'autres cultures par les partenariats avec des associations culturelles, des écoles dont les étudiants ont des profils différents, des interventions de conférenciers à la pointe qui stimulent la construction d'une vision personnelle et l'ouverture, l'incitation a mener des projets multidisciplinaires et à partager ses passions (dont les "geeks" ne manquent pas, par définition).
    Tout cela, vous ne le trouverez pas dans un cursus classique d'informatique, même et surtout à l'université, désolé de vous contredire.
    Combien d'ingénieurs sortis de l'école, qui ont eu ces pseudos bases en humanités, sans aucun idéal, qui se vendent directement au plus offrant ? Combien de jeunes ingénieurs rêvant d'intégrer les transhumanistes de chez Google, ne pensant qu'à Apple comme sommet de l'informatique ? Combien de polytechniciens, dans lesquels la nation a investi beaucoup d'argent pour leur cursus, partent directement faire de la finance à Londres ?
    L'objectif dès l'entrée à l'école est bien de ne jamais reposer sur ses acquis, d'apprendre de l'autre, de remettre constamment en question ses pratiques et d'avoir une curiosité permanente pour l'inconnu, d'avoir du recul, et c'est ces qualités qui pourront assainir la relation des jeunes informaticiens avec le travail et leur futur rôle dans la société.

    Le mode de sélection, qui ne se concentre que sur la courbe d'apprentissage au niveau de l'informatique et la propension à partager son savoir, permet de regrouper des étudiants de profils bien plus divers que bien d'autre formation en informatique. Je ne compte plus le nombre d'anciens étudiants en arts, en littérature, en économie venus acquérir une seconde compétence. Récemment j'ai même croisé une étudiante marionnettiste !
    Quelle formation classique propose une telle diversité ? Quand déjà bon nombre d'étudiants se font recaler à l'entrée en licence de certaines universités parce qu'ils ont osé venir toquer à la porte avec un DUT d'info en poche et non une L2 ?

    Je pense aussi que l'approche autodidacte choisie par l'école et les étudiants est celle qui se rapproche le plus de la culture informatique originelle, mêlant tradition hippie et libertaire.
    N'oubliez pas que c'est la communauté informatique qui a non seulement mis en pratique, mais aussi mené toute la réflexion sur les l'économie des logiciels privatifs, les licences libres, la neutralité du net vingt ans avant que la sphère des élites ne finisse par se rendre perméable au sujet. Autant dire que le domaine était déjà bien défriché ! La communauté informatique n'a pas attendu un cours magistral en fin de semestre de troisième année pour avoir une prise de conscience.
    De plus pour les dérives totalitaires qu'un monde numérique pourraient entrainer... toute la littérature de science-fiction dont nous sommes imprégnés ne parle que de ça !
    Je pense au contraire que les étudiants de 42 ont beaucoup de choses à apprendre aux futurs décideurs, et des écoles comme HEC et science po ne s'y sont pas trompées.

  • Olivier

    Après les free fan boys, les 42 fan boys :)
    @tous: comme dans toute formation, il y a du bon et du moins bon.
    42 est une réelle innovation, elle apporte une réponse sur un segment non couvert, mais il ne faut pas s'attendre à ce qu'elle apporte une réponse universelle. Les étudiants de 42 sont voués à être des experts du code. Ils ne sont pas voués à être (par exemple) des gestionnaires RH, spécialité habituellement produite par les universités.
    Chaque formation est adaptée à un environnement, une mission, un besoin.

  • Etienne L

    Mais quelle fac d'informatique propose des cours de philosophie ?

    Je peux partager mon expérience : j'ai fait une licence de physique à l'université Paris-Diderot, qui se veut multidisciplinaire et offrant des enseignements transversaux aux étudiants.
    En cela, nous pouvions choisir une option de 2h par semaine en économie, droit, psychologie, sport, engagement associatif, etc...
    J'ai choisi épistémologie plusieurs années de suite. Nous étions 5. Une majorité écrasante de la promo a choisi de prendre un autre cours de science (chimie, bio), deux ou trois personnes ont fait de la psycho, une vingtaine ont pris un cours pour apprendre a rédiger des documents universitaires...
    J'ai regardé le programme du parcours informatique, c'était pareil.

    Donc non désolé, l'université dans le domaine des sciences ne forme pas aux sciences humaines, loin de là.
    Et dans les écoles d'ingénieur, ce n'est pas beaucoup mieux non plus.
    En sortie, il y aura des diplômés qui auront fait leurs humanités par eux même, et d'autres qui n'auront pas touché un livre depuis le bac de français.
    Je suis étonné que ce constat ne soit pas fait, les étudiants cultivés en dehors de leur domaine d'études sont ceux qui ont lu et fait preuve de curiosité par eux même, depuis des années.

    Je souhaiterais pour ma part qu'il y ait une part plus grande faite aux humanités dans tous les parcours scientifiques et techniques, mais je trouve malhonnête de faire ce reproche à l'école 42 alors que d'après moi elle pousse plus à la réflexion et à l'ouverture que d'autres cursus classique.

    • Gabrielle Pittaro

      "Mais quelle fac d'informatique propose des cours de philosophie ?"
      Merci c'est exactement ce que je souhaitais y répondre.

      Même dans un cursus rangé sous la catégorie "humanités" à la Sorbonne nous n'avons pas vu ne serai-ce que des bases de socio ou de philo...

      Et ce que reproche l'auteur de ce billet est que nous allons devenir formatés. Des machines, pas humaines (et pas a même de servir le client) PARCE QUE nous n'aurons pas eu ces enseignements. Hors, dans ce but, la diplomatie requise à 42 vaut beaucoup de cours à ce sujet.

      Et merci de vous en soucier mais venant d'un cursus littéraire (par passion), je sais différencier sciences humaines de "savoir-vivre". Il me semble cependant que le but affiché de l'enseignement de ces sciences pour des profils orientés algorithmiques soient justement dans un but de savoir vivre et de compréhension politique plutôt que celui d'un approfondissement philosophique.

  • Elie Teyssedou

    Taper sur l'une des plus grandes innovations Française par ce que peu de gens le font, c'est moyen. Vraiment.
    Pensez-vous sincèrement que les élèves de 42 ne savent pas ce qu'est l'informatique ? C'est que n'avez pas rencontrer de vrais élèves de cette école. Ce sont pour la plus part des élèves passionnés par ce qu'ils font.

  • David Joly

    Vous avez raison, le meilleur moyen de vendre son livre est de s'en prendre a tonton Niel qui depense son argent ( avec ou sans arrière pensée ) pour donner un avenir a des jeunes paumés.

  • SuperResistant

    "Guillaume Sire publie un roman chez Plon, le 25 août prochain, dont l’intrigue se déroule dans la Silicon Valley et dont les protagonistes ont décidé de détruire Internet"

  • SuperResistant

    Le vrai sujet étant la promotion du livre de Monsieur Sire.

  • Yoahn Linard

    le mec il a fumé XD il n'a pas compris le principe de l'école !

  • http://blog.elfitz.com ElFitz

    Monsieur, je n'ai pas besoin d'un âne de plus pour me sensibiliser à ces questions en me bourrant le crâne; je sais très bien m'y sensibiliser moi-même.

    Concernant votre capacité à ne pas vous tourner en ridicule, sachez que 42 ne dispense pas de cours, pas même d'informatique. Renseignez-vous avant de l'ouvrir, c'est quand une des spécificités majeures.

    Allez donc faire quelque chose d'intelligent au lieu de rechercher une gloriolette éphémère.

  • Topac

    Sans connaitre (vraiment) ce qui se passe a l’intérieur de ces murs, cet article est de loin remplis de fausses affirmations. Aucun n'est un "soldat" "comprendre ce qu’est l’informatique" est offert a tout les étudiants désireux de le connaitre. Ce qui est appris a 42 c'est sa gestion autonome d'apprentissage qui peux, au final s’avérer bien plus large que ce qui pourrais être perçu par des gens lambda tel que l'auteur de cette article n'ayant visiblement pas fait un travail de fond sur les informations utiliser pour écrire cette chose qui pollue encore une fois le web.

  • Anne Piquet

    Lettre ouverte à Mr. Sire, maître de conférences en sciences de l’information .
    Anne Piquet, maitresse de maison en science de la famille.

    Vous soulevez un sujet qui tient à cœur à beaucoup de parents des 240 000 enfants de 6-18 ans précoces dont 75% sont très moyens, mis en échec scolaire ou mis complètement hors système avant la 3e soit 180 000. L’école 42 de Xavier Niel ne prend en charge que 850 élèves, et de toutes compétences, donc la vraie problématique reste toujours la même, que font les grandes écoles pour prendre en compte ces 179 150 « génies » qui ont été mis à l’écart parce qu’ils dérangent ? Vous accusez Xavier Niel de « prétendre les former » alors que vous-même les expulsez, de « programmer des soldats qui obéiront sans se poser de question (s- ?)» quand ils sont justement à l’Ecole 42 parce qu’ils n’ont jamais été ces bons soldats que vous attendiez d’eux à l’école.

    D’autre part « l’intelligence » n’est pas la collection de connaissance mais la capacité d’analyse des données. Tout à chacun peut acquérir et posséder plus de connaissance qu’un « génie » et être extrêmement brillant sans être surdoué, ce qui le distingue est sa façon d’assimiler, d’analyser, de connecter les données et d’associer des réseaux de données. C’est l’architecture de son cerveau qui est câblée différemment et son intelligence n’est pas quantitative mais qualitative. Je vous propose donc de vous rapprocher des spécialistes neurologiques ou du CNRS qui ont déjà publié plusieurs études sérieuses sur le sujet.

    Ces deux points maintenant établis, balayons vos propositions. Vous estimez que l’Ecole 42 devrait apprendre des théories en Psychologie sans voir que l’école 42 a mis en pratique in situ une psychologie adaptée qu’ils pourront retransmettre dans leur vie active. Idem pour une sociologie en pratique. L’école 42 a elle fait évoluer son cursus d’un fonctionnement linéaire : de la transmission de savoir au résultat, à la construction de la pensée en réseau. Le précoce activera simultanément plusieurs réseaux de données, en dégagera plusieurs ramifications d’idées qui reproduiront encore d’autres associations. Ses associations de réseaux sont en parti activées par le travail en réseau humain. Vous continuez à vouloir perpétuer vos classifications de races, de catégories socio-professionnelles, de genre ou autres qui ne trouvent leurs fausses existences que par les théoriciens qui les ont inventées quand le monde des précoces est binairement divisé entre ce qui est juste et ce qui ne l’est pas, ceux qui sont intègres ou ne le sont pas.

    En effet la majorité des précoces sont empathes, donc le véritable enjeu n’est pas « d’humaniser ce monde de big data » mais que l’industrie institutionnalisée du big data est et sera perturbée par l’empathie naturelle des précoces, ironique. Certains ont aussi la capacité plus poussée de naturellement lire la communication non verbale de leurs interlocuteurs voire de déchiffrer leurs intentions. Quelques-uns comprennent que nous ne sommes qu’un et tous connectés, dans l’univers et dans le temps (ce qui met d’autant plus à mal les sciences primaires de la sociologie). Faisons aussi l’impasse sur les Chinois qui ont eux innover et viennent les premiers de concrétiser la communication quantique la semaine dernière. Nous nous demandons donc à quel niveau de « communication » vous vous référez puisque la seule communication enseignée est la forme la plus basique et monodimensionnelle de l’écrit-audio-visuelle ?
    Et pourtant vous continuez à proposer que l’Ecole 42 leur apprenne une longue liste inadaptée de diverses sciences en mode séquentiel quand les précoces utilisent un traitement simultané de divers sujets et que la prise d’informations est globale. En effet l’univers est une grande équation, changez une variable économique et toute la politique est remise en cause, une variable sociale et l’histoire se réécrit, car l’histoire que l’on nous inculque est si imprécise et sortie de tout contexte qu’elle en devient inexacte au mieux. Si rien n’existe en soi, tout n’est que perception. Un fait n’existe pas mais il existe autant de perspectives différentes que de protagonistes. Pourtant les cours monodimensionnels enseignés sont présentés comme unique vérité, alors que les précoces lisent le fait sous diverses dimensions et dans sa globalité. Là où vous ne voyez qu’une action il envisonne une nébuleuse interconnectée complexe, là où vous décrivez la branche il imaginera chaque partie de l’arbre, son évolution à chaque saison et son environnement. Ce que vous continuez à demander aux élèves est de photographier la copie d’une des faces d’un Rubik’s Cube de plusieurs matières alors qu’il manipule mentalement les 6 facettes pour essayer de le remettre en ordre ou d’en dégager de nouvelles combinaisons.

    De plus, les précoces assimilent diverses variables qui leur permettent de dégager des signaux faibles qui les conduiront à déduire un futur probable. Ainsi Il peut arriver qu’un enfant reçoive un zéro à un contrôle d’histoire-Géo sur la toundra Russe parce qu’il a rendu sa copie sur le développement de la Chine, et ce 20 ans avant que l’on se préoccupe de la puissance Chinoise, non pas qu’il ne connaissait pas la toundra mais parce qu’il estimait que ce n’était pas lui qui était hors sujet. Les précoces se moquent des notes (comme des bonus en entreprises) parce qu’il n’est qu’une seule vérité qu’il n’y a en a pas. Ce que vous cherchez à récompenser n’est que la reconnaissance de votre propre savoir. Et c’est pourtant bien à l’Ecole 42 que vous demandez « d’apprendre à penser. » Il est donc difficile de savoir quelle pièce du puzzle vous manque quand vous accusez ces élèves de chercher l’argent facile sans avoir à réfléchir. C’est insultant mais prévisible car dans la continuité linéaire de l’expérience négative qu’ils ont traversée durant leur scolarité. Changez de mode de pensée, ça manque de profondeur.

    C’est aussi ce mode simultané qui leur permet de faire appel à une intuition et une créativité exceptionnelle. Cette pensée divergente leur permet de formuler des réponses créatives à une question ou une situation données, quand il ne décide pas de se créer le future, fatigué de toujours voir les mêmes équations se répéter. Si l’école 42 devait donc proposer de nouveaux cours ce serait en innovation dans sa globalité ; innovation technologique, sociale, managériale ou économique.

    Mais tout est dans l’ordre puisque vous nous apprenez avec bonheur que « L’économie est absente ou presque ». Quel gain de temps considérant que l’économie et le marketing enseignés dans les grandes écoles ne sont souvent plus ni appliqués, ni applicables. Ce sont en effet les normes, les accords multilatéraux, les restrictions, les stratégies ou guerre de devises, les sanctions qui régissent l’écosystème économique. Et ce si l’on imagine qu’un pays contrôle encore sa propre politique économique. Les vrais joueurs ne sont pas sur votre échiquier et tant que vous ne le comprenez pas vous serez hors-jeux. En BtoB, les entreprises doivent rentrer dans un jeu biaisé d’offsets, d’influence, d’appels d’offres préconfigurés, d’actions d’intimidation, de menaces et de concurrences déloyales des pays « alliés » qui vous fermeront les marchés avant même de prendre l’avion. Dans un schéma plus simple, une entreprise est confrontée à des plans d’attaque et de déstabilisation et à de fausses ONG subventionnées par des concurrents. Voilà pour les facteurs externes les plus simples. Pour le développement d’entreprises, l’Enseignement propose des matrices de croissance dépassées créées après-guerre dans les années 50, qui ne correspondent plus au modèle économique qui en 70 ans est devenu obsolète.
    Et dans tout ça c’est vous qui proposez de « leur apprendre à décoder » quand certains ont cette faculté innée d’analyser l’invisible et les connections complexes qu’il est difficile d’enseigner. Alors quand par hasard des gamins précoces passent devant le 20 heures, ils feront régulièrement trois hypothèses, a. est-ce que les médias leur mentent, b. est-ce que leur source n’a pas fait passer l’info ou c. est-ce que ni l’un ni l’autre ne sait ce qui se passe ? Au vu des derniers évènements que vous ne soupçonnez pas, Il serait donc judicieux d’arrêter le sarcasme, de chercher à les comprendre et à les intéresser assez pour réussir à travailler avec eux.

    Finalement c’est vous que vous flattez en pointant les « prétendus génies » qui de fait s’efforcent inlassablement de passer pour des prétendus normaux pour s’assimiler. Si seulement vous pouviez avoir cette ouverture d’esprit qui vous permettrait de voir ce monde de possibilités. Mais oublions tout, sachez que certaines entreprises non-Françaises et certains services de pays autre que la France commencent à recruter spécialement ces « prétendus génies » et les autistes pour leurs compétences distinctives que vous dénigrez et cherchez à étouffer. Préoccupez-vous de ça.