Liens vagabonds : Zuckerberg défend la liberté d’expression coûte que coûte

 

A RETENIR CETTE SEMAINE  :  

Réseaux sociaux & liberté d’expression – Durant plus d’une demi-heure, Mark Zuckerberg a évoqué les thématiques encadrant l’idée de liberté d’expression dans un manifeste.  Le patron de Facebook semble cependant méconnaître le mouvement des droits civiques aux Etats-Unis. La plateforme Twitter annonce qu’elle empêchera les utilisateurs de retweeter les dirigeants qui enfreignent ses règles d’utilisation  mais y ajoute des exceptions pour les personnalités politiques. Alors que Facebook et Twitter modèrent les contenus de manière isolée, les acteurs de la désinformation semblent adopter une stratégie globale et organisée.

GAFAS & France – Amazon lance en France son service de chaines payantes à la carte Prime vidéo channels. Facebook, de son côté, annonce en marge du MIPcom à Cannes son alliance avec M6 et Brut pour son offre de contenus dans l’Hexagone. M6 publiera pendant un an 1200 contenus sur Facebook Watch.

Journalisme – Sky News lance une chaîne d’information sans Brexit, afin d’attirer un public qui déclare à 70% être lassé d’entendre parler de cette saga aux informations. Baptisée « Sky News Brexit-Free », la chaîne a commencé à diffuser ses programmes le 16 octobre à 17 heures

3 CHIFFRES

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE 

Infographie: La croissance de Netflix repart de plus belle | Statista Vous trouverez plus d’infographie sur Statista

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STORYTELLING, NOUVEAUX FORMATS

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Professionnels de la tech : vers une démarche éco-responsable (Médias en Seine)

Par Diana Liu, MediaLab de France Télévisions

Qui dit nouvelles technologies dit… émissions de carbone ?  Dans les esprits, l’association entre technologies et pollution est encore loin d’être évidente. Les vidéos regardées sur YouTube, les messages WhatsApp envoyés, les appareils technologiques semblent appartenir à un « monde virtuel » bien éloigné des centrales à charbon et des décharges. Mais l’impact environnemental du milieu de la tech est loin d’être négligeable. Le secteur des nouvelles technologies représenterait à lui seul entre 6 et 10 % de la consommation mondiale d’électricité et près de 4 % de nos émissions de gaz à effet de serre. La transition écologique exige une transformation radicale de tous les secteurs de l’économie – quid de l’engagement des professionnels de la tech ?

Le cycle de vie d’un appareil électronique : un cycle polluant

Le cycle de vie d’un appareil comprend de nombreux risques de pollution. Nous pouvons les regrouper en trois étapes : la fabrication de l’appareil,  sa consommation d’énergie, et son recyclage en fin de vie.

La fabrication

C’est la partie la plus polluante du cycle de vie des appareils électroniques. Selon un rapport de Greenpeace en 2017, 70-80% de l’empreinte carbone des appareils technologiques est émise pendant la phase de fabrication, via des chaînes logistiques complexes qui s’étendent sur plusieurs continents. Les composants minéraux utilisés dans ces appareils ne sont pas non plus faciles à obtenir. Leur extraction implique l’utilisation de produits nocifs pour l’environnement comme l’acide sulfurique qui endommage la terre de manière durable.

Selon Helio Matta, CEO de l’ONG brésilienne Akatu Institute qui promeut la consommation responsable, « Pour fabriquer un smartphone,  28,6 kg de matières premières, en moyenne, sont extraites. Ces dernières doivent ensuite traitées sous forme de composants et acheminées vers les usines d’assemblage pour fabriquer un smartphone. Celui-ci est ensuite acheminé vers les centres de distribution et enfin vers les points de vente. »

Source : Le rapport Greenpeace « Guide to Greener Electronics 2017« 

La consommation d’énergie

La consommation d’énergie se fait via les appareils terminaux, les infrastructures réseau et les « data centers ». Avec les besoins de stockage qui ne cessent de grandir et le développement du « cloud computing », les  « data centers » se multiplient aussi. Une cartographie de 2016 a géolocalisé 156 « data centers » en France — ce nombre devrait s’élever à 200 d’ici 2020.

À l’échelle mondiale, les « data centers » représentent environ 3% de la consommation mondiale d’électricité et 2% des émissions de gaz à effet de serre – soit la même empreinte carbone que l’industrie aérienne. Cela est dû à l’énergie consommée par les serveurs, mais aussi à leur besoin en refroidissement, qui représente selon Actu-Environnement 50% de la facture électricité. 

Source : Globalsecuritymag.fr

Le recyclage

Quelle vie après la mort pour nos appareils ? Malgré l’existence de programmes de recyclage des e-déchets, il y a peu de reporting précis sur ce cycle de fin de vie. Quels e-déchets sont collectés ? Où sont-ils acheminés ?

Greenpeace estime que moins de 16% des e-déchets sont recyclés de manière réglementée. Le e-déchets restant, traités par des recycleurs informels et non réglementés, présentent des risques tels que l’empoisonnement au mercure pour les personnes qui doivent en extraire des composants. En effet, la plupart des appareils électroniques contiennent des plastiques non-recyclables et des matériaux non-biodégradables et toxiques comme le cadmium, le plomb et le mercure. Ces matières toxiques, si elles sont stockées dans une décharge peuvent s’infiltrer et contaminer le sol environnant.

« L’augmentation des déchets électroniques croit chaque année » affirme Ruediger Kuehr, directeur du programme des cycles durables de l’Université des Nations Unies. « Nous produisons 50 millions de tonnes d’e-déchets par an. Si nous ne modifions pas nos pratiques commerciales et de consommation, ce nombre passera à 110 millions de tonnes d’ici 2050. »

Source : Le rapport Greenpeace « Guide to Greener Electronics 2017« 

Les géants de la tech : engagés pour l’éco-responsabilité ?

Un nouveau défi s’annonce pour les fabricants, les plateformes  (GAFAs et BATX) et le reste de l’industrie. L’innovation ne doit plus uniquement passer par l’invention de nouvelles fonctionnalités, mais surtout par une démarche éco-responsable.

Trois domaines d’action s’imposent : la réduction des émissions carbone via l’efficacité énergétique et l’utilisation d’énergies renouvelables, le design durable via l’utilisation de matières recyclables et l’élimination de l’utilisation de produits chimiques.

Où en sont les géants de la tech ? Les GAFAs travaillent activement pour atteindre leurs objectifs de développement durable et leurs engagements en matière de climat tout en poursuivant une croissance exponentielle. Certains auraient gagné le droit de se vanter, ou en tout cas de communiquer. 

Apple aurait atteint 100% d’énergie renouvelable dans l’ensemble de ses structures mondiales (points de vente, bureaux, centres de stockage de données, etc). En 2017, l’entreprise a annoncé sa volonté d’aller vers une chaîne logistique en circuit fermé : les matières seront issues de ressources renouvelables ou recyclables au lieu de ressources épuisables. Le but poursuivi : arrêter l’exploitation minière de la terre. 

Source : Apple Environmental Responsibility Report 2019

Google a également accéléré sa transition écologique. Les deux dernières années, l’entreprise aurait contrebalancé 100% de sa consommation d’électricité avec des achats d’énergies renouvelables. Cette semaine, Google a mis ses initiatives éco-responsables au premier plan lors de l’événement « Made by Google » avec l’annonce de 150 millions de dollars d’investissement en énergies renouvelables et en compensations électriques pour les fabricants de matériel tiers. L’entreprise a également commencé à utiliser du plastique recyclé dans ses produits. Selon Ivy Ross, chargée du design de matériel informatique, une bouteille d’eau peut être transformée en deux housses en tissus pour le Nest Mini.

Amazon, en revanche, est fortement critiqué pour son manque de transparence sur le sujet. Lors de son dernier événement de présentation de nouveaux produits le mois dernier, l’entreprise n’a pas communiqué sur ses initiatives en matière d’environnement. Mais l’entreprise a annoncé mi-septembre son nouvel engagement pour le Climat — atteindre la neutralité carbone dans l’ensemble de ses secteurs d’ici 2040 – soit 10 ans avant le calendrier fixé par l’Accord de Paris. Les services de  « cloud computing » comme AWS permettent aux entreprises de réduire leurs émissions carbone de 88% en moyenne. Amazon a dépassé un taux de 50% sur l’utilisation des énergies renouvelables pour ses serveurs l’année dernière. (En revanche, l’énergie utilisée par Google Cloud est déjà 100% renouvelable.) 

Malgré les efforts déjà mis en œuvre, ces géants doivent faire face à d’autres défis, par exemple celui d’assurer assurer la mise en place d’énergies renouvelables et la sécurité des travailleurs dans l’ensemble de ses chaînes logistiques. La question de l’obsolescence programmée se pose également au vue de la stratégie d’innovation rapide et itérative que ces entreprises appliquent dans le développement de leurs produits. Selon un rapport de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) en 2017, la durée de possession moyenne d’un smartphone en France est deux ans, alors que ces appareils ont au moins quatre ans de durée de vie. L’année dernière, Apple et Samsung ont été condamnés à des amendes de 10 millions d’euros et 5 millions d’euros en Italie pour avoir délibérément ralenti les téléphones, afin d’encourager les consommateurs à l’achat de nouveaux produits.

La démarche éco-responsable : un engagement politique

Il n’y a pas que les géants de la tech qui travaillent pour un numérique éco-responsable — les projets de politique publique et d’entreprise se multiplient également.

Le programme européen PolyCE vise à réduire l’utilisation du plastique. Il propose un système de classement des plastiques recyclés qui guidera la conception de nouveaux produits électroniques. Le programme organise des initiatives de sensibilisation des consommateurs dans l’UE. 

Les labels sont également un moyen de promouvoir l’achat de produits plus durables, tels que l’écolabel européen, le label allemand « Der Blaue Engel » , ou les labels privés comme Long Time (d’origine toulousaine). Ceux-ci prennent en compte les facteurs tels que la durée de vie et la réparabilité du produit.

Source : Fairphone

Des entreprises agissent à leur échelle. Eco-systèmes, un service de l’éco-organisme français ESR, s’engage dans la collecte et le recyclage des DEEE (déchets d’équipements électriques et électroniques) et élabore des démarches d’éco-conception pour réduire l’empreinte écologique de ces produits. Qarnot Computing, un autre start-up française, a eu l’idée de récupérer la chaleur dégagée par les « data centers » et de la revaloriser pour chauffer des bâtiments, logements et bureaux.

Des start-ups cherchent à faire avancer l’industrie dans une voie plus responsable. Fairphone, une entreprise néerlandaise a ainsi lancé une campagne de sensibilisation sur les minéraux de conflit dans les appareils électroniques, a sorti son troisième smartphone Android durable, facile à réparer et issu du commerce équitable. L’entreprise a également créé un réseau de consomm-acteurs de technologie responsable et partage ses travaux de recherche pour des pistes d’amélioration dans les chaînes logistiques.

Des changements vertueux se produisent dans les industries numériques, même si tout n’est pas encore acquis. La technologie peine à concilier son goût pour la nouveauté avec des valeurs éco-responsables de durabilité et de décroissance. Si ce secteur n’a pas encore été ciblé par la fureur des militants pour l’écologie — de nombreuses entreprises continuent à aborder l’innovation d’un point de vue fonctionnel plutôt qu’écologique. Le chemin vers une économie éco-responsable est encore long.

Visionnez le Talk du Media Lab de France Télévisions sur les Médias et l’environnement à l’occasion de Médias en Seine :

Invités : Nathalie Yserd d’Eco Systems, Quentin Laurens de Qarnot Computing, Gilles Bregant de l’ANFR et Arnaud Ngatcha de France.tv

Crédit photo : Screen Post, Unsplash

Enseigner l’innovation : il n’y a pas que le design thinking

Par Apolline Le Gall,  co-fondatrice de l’agence de design Où sont les dragons ? et chercheuse associée au Centre de recherche en design, ENSCI-ENS Saclay. Billet originellement publié sur The Conversation et republié sur Méta-Media avec autorisation.

Alors que le design thinking s’impose comme un outil pour développer la créativité dans les entreprises, les professionnels du design pointent le côté simpliste de la méthode, voire la supercherie d’un design sans designers. L’occasion de faire le point variété des pratiques après plusieurs années d’expérimentation dans les universités françaises, et de voir comment celles-ci peuvent ouvrir de nouveaux champs à l’innovation.

Qu’est-ce que le design thinking ?

S’inspirant du travail et des modes de pensée des designers, le design thinking a permis de populariser le design dans les entreprises et l’enseignement. Mettant l’accent sur le processus de conception, cette méthode part de la compréhension intime de l’utilisateur, et invite au prototypage de solutions, au-delà des considérations de style traditionnellement associées au design.

Le design thinking aspire à deux choses :

Prenons l’exemple d’un groupe d’étudiants qui doit élaborer une proposition pour « repenser la rue ». Sur un tel projet, on peut imaginer qu’un travail d’observation et d’entretiens les conduise à identifier un « problème » pour un utilisateur : un parent qui a du mal à circuler avec une poussette dans des espaces envahis par les trottinettes.

L’enjeu du projet consiste donc ici à formuler un point de vue utilisateur : comment aider le parent à circuler avec sa poussette en toute sécurité sans être gêné par les obstacles sur le trottoir ? À l’aide d’un processus d’idéation, par exemple des séances de créativité, les étudiants sont amenés à formaliser un concept de service appelé aussi « expérience utilisateur » : une application qui indique au parent le chemin le plus dégagé d’un point à un autre en temps réel.

Cartographie des approches « design »

« Bon, ici on fait du vrai design, pas du design thinking à deux balles ! » Ce commentaire, relevé lors d’une réunion de designers, est typique de l’agacement que provoque souvent le design thinking dans les milieux professionnels. Certains vont jusqu’à l’apparenter à une maladie contagieuse, remplaçant les capacités d’analyse critique par de la gesticulation et des phrases creuses.

Dans son acception la plus courante, en réalité, le design thinking est essentiellement une version simplifiée d’une petite partie du design. Mais les pratiques de design sont bien plus vastes. Pour en saisir toute la richesse, revenons sur deux axes structurants des activités de design dont nous avons déjà parlé : formuler et formaliser.

Pour formuler un problème, on peut réaliser comme en design thinking des enquêtes et des observations de terrain (c’est l’approche « terrain ») mais on peut aussi proposer une vision ou un sens renouvelé, partant d’une intention d’action dans le monde, de valeurs, voire d’une posture politique (c’est l’approche « intention »).

Pour formaliser une solution, donc incarner dans une forme sensible les solutions et les dispositifs imaginés, on peut le faire comme en design thinking avec une solution réalisable à court terme (l’approche « expérience utilisateur »), mais aussi en formalisant les dimensions d’une situation complexe pour la comprendre et raisonner (c’est l’approche « systèmes »).

Se dessinent ainsi trois autres situations types :

Les espaces de pratique du design.

Le design de sens

Le quadrant « intention x expérience utilisateur » est le territoire privilégié du design dans son sens classique. C’est un champ dans lequel nous allons avoir des objets conceptuels déclinés sous forme de solutions précises.

Selon cette approche, dans le projet « repenser la rue » les étudiants sont invités à déployer une démarche de recherche sur l’environnement culturel de la rue du quartier étudié. Puis ils se focalisent sur un élément qui retient leur attention : le marché, par exemple, qui occupe la rue une partie de la semaine et constitue un lieu d’échange culturel, en même temps qu’un lieu d’échange économique.

À l’aide de recherches à propos des interactions sur les marchés dans différentes villes du monde, à différentes époques, les élèves proposent alors une expérience singulière : un système de mobilier urbain modulaire permettant aux habitants de la rue de faire leurs courses, rencontrer leurs voisins et leurs commerçants, voire proposer leurs produits d’auto-production. Cette proposition, centrée utilisateurs, vient renouveler le sens du marché dans la ville.

Le design projectif

Le quadrant « intention x systèmes » est le territoire d’un design plus visionnaire, plus centré sur des objets conceptuels. On peut trouver ici notamment les pratiques dites de design fiction.

Sur le projet « repenser la rue », il s’agit d’amener les étudiants à se projeter dans l’avenir, et à interroger son sens et sa « désirabilité ».

À l’aide d’outils permettant de se positionner sur des valeurs, sur des utopies ou dystopies, à partir de lectures issues de nombreux domaines, les élèves sont invités à formuler leurs aspirations vis-à-vis de la rue dans le futur, par exemple dans un manifeste.

Ils formalisent des scénarii qui permettent de soulever des questions sur le futur, souhaitable ou non, de la rue. Ce travail peut aboutir par exemple à l’esquisse d’une rue « métabolique », capable d’adapter sa configuration aux différents usages de la rue dans le temps.

Le design-recherche

Ce quadrant « terrain x systèmes » est le territoire de la modélisation et de la conceptualisation en vue d’une exploration. L’idée est de faire émerger des grilles de lecture singulières, avec une intention d’objectivité, basée sur des observations de terrain et des données scientifiques.

Sur le projet « repenser la rue », les étudiants sont invités à mettre en œuvre une démarche de recherche (entretiens, revue de littérature, cartographies d’acteurs) pour formuler une problématique qui mette en tension les acteurs et leurs enjeux. Ils identifient une question majeure peu travaillée à l’heure actuelle : la gestion des niveaux sonores aux différents moments de la journée.

Partant d’observations et de travaux scientifiques sur le son, ils proposent un « provotype » – c’est-à-dire un objet ayant vocation à déclencher des discussions et réflexions. Celui-ci peut être un jeu sérieux permettant de faire réfléchir les acteurs du quartier sur les enjeux de chacun en matière de bruit, et les leviers pour maîtriser le niveau sonore global dans une perspective systémique.

 

Le design thinking constitue ainsi l’une des formes possibles pour mobiliser le design dans l’innovation, mais n’est pas la seule. D’autres approches sont possibles, à condition de garder en tête ce qui fait la valeur du design, et donc d’associer des designers professionnels à ces démarches, pour éviter ainsi le paradoxe du design sans designers. D’un point de vue pratique, il faut être conscient que tout n’est pas faisable dans un temps réduit. Si une formation sur quatre ans en école de design devrait permettre de passer par les quatre différentes approches du design (design thinking, design projectif, design de sens, design-recherche), un projet sur huit semaines et a fortiori un challenge de quelques jours ne pourra se faire que sur un périmètre réduit.

Crédit photo : Unsplash – Sébastien Bonneval

Liens vagabonds : les Etats-Unis blacklistent les géants chinois de l’IA

A RETENIR CETTE SEMAINE

IA & géopolitique – Les Etats-Unis ont ajouté 28 sociétés chinoises spécialisées dans l’intelligence artificielle et la reconnaissance faciale à leur liste noire. Hikvision Digital Technology, Megvii Technology et SenseTime Group sont désormais blacklistés au même titre que Huawei Technologies qui y figurait déjà. Les autorités américaines justifient leur décision en citant l’implication de ces firmes dans la surveillance, la répression et la détention arbitraire de milliers de musulmans ouïgours et kazakhs dans le nord-ouest de la Chine.

Élections US & Facebook – Une politique de Facebook permet aux politiciens de mentir dans leurs publicités sur la plateforme.

GAFA –  Les GAFAS échappent aujourd’hui massivement à l’impôt. L’OCDE propose un plan international pour remédier à cela. Le projet sera soumis aux ministres des finances du G20 le 17 et 18 octobre prochain à Washington.

France :

3 CHIFFRES

37% des adolescents américains disent que YouTube est leur plateforme vidéo préférée. Pour la première fois, l’AVOD a dépassé Netflix qui est arrivé deuxième à 35%.

22 % des internautes âgés de 18 à 34 ans achètent des produits après la recommandation des influencers.

Plus de 6 millions d’écoutes ont été enregistrées sur les 6 premiers mois de l’année sur la plateforme de Radio France.

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE 

Infographie: Enceintes connectées : Amazon domine le marché français | Statista Vous trouverez plus d’infographie sur Statista

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Professionnels des médias : relever le défi de la confiance (Médias en Seine)

Par Diana Liu, France Télévisions, MediaLab

La deuxième édition de Médias en Seine organisée aux Echos et à la Maison de la Radio était l’occasion de faire partager un regard optimiste sur l’industrie, mais également une tendance de fond – à laquelle les professionnels ont fait référence tout au long de la journée – la méfiance du public vis-à-vis des médias.

La crise de confiance : les chiffres

« On est à la trente-deuxième édition du baromètre de La Croix et la confiance est battue en brèche » affirme le rédacteur en chef François Ernenwein. Cela concerne tous les médias : de la radio, perçue par 50% des personnes sondées comme étant crédible (-6 points sur un an) jusqu’à Internet, qui comme l’année précédente se situe à 25%.

Source : Baromètre médias de La Croix, 2019

Fake news, deepfakes, clickbait, autopublication sur les réseaux sociaux, comment  garantir une information vérifiée à l’heure ou les informations les plus falsifiées se trouvent à portée de clic ?

« La confiance est importante mais elle peut également être dangereuse. Nous souhaitons que les gens fassent confiance aux choses dignes de confiance et doutent du reste » explique Rasmus Kleis Nielsen, directeur de l’Institut Reuters pour le journalisme.

Selon le Reuters Digital News Report 2019, 42% des gens interrogés se fient aux informations. En France, seulement 24% des gens interrogés disent pouvoir faire confiance aux informations. 

Source : Reuters Digital News Report 2019

La confiance n’est pas accordée de façon égale aux médias. Les Américains par exemple se fient davantage aux chaînes locales (avec une note de confiance de marque de 6,41 / 10) qu’aux chaînes de diffusion nationale (entre 5,8 et 6,09 /10) selon le Reuters Digital News Report 2019.

62% des gens interrogés considèrent que les médias les tiennent informés de l’actualité, mais seulement la moitié (51%) considère que les médias les aident à comprendre l’actualité. Enfin, 42% des gens interrogés estiment que les médias remplissent leur rôle de décryptage des enjeux politico-économiques.

Penser les facteurs de confiance de manière globale

On aurait tendance à penser que ce sont les pratiques éditoriales qui font pencher la balance dans la relation avec le public. Mais R.K. Nielsen souligne que la relation médias – audience doit être repensée de manière globale. Après avoir interrogé les consommateurs, R.K. Nielsen a regroupé les facteurs de confiance dans 3 catégories :

Mieux lutter contre la désinformation sur les plateformes sociales

Les plateformes sociales et leur algorithme de distribution de contenu ont un impact sur la diffusion des Fake News. Il faut donc réguler de manière plus efficace.

Paul Nemitz, conseiller principal à la DG Justice & Consommateurs de la Commission européenne, dénonce « l’idéologie de la Silicon Valley » selon laquelle « si on fait disparaître tous les intermédiaires entre un individu et une information, tout sera résolu. »

D’un point de vue réglementaire, Paul Nemitz considère que la mise en oeuvre de la directive européenne sur le droit d’auteur n’est pas claire.

« Il y a trop de place laissée au faux compromis » explique Paul Nemitz.

En effet, Google a annoncé le mois dernier qu’il appliquera la directive européenne dans ces termes : ils enlèveront tous les extraits optimisés d’articles (« featured snippets ») des éditeurs. Les éditeurs qui souhaitent avoir un extrait optimisé sur le moteur de recherche pourront en faire la demande mais ne seront pas rémunérés. 

Christophe Leclercq, fondateur d’Euractiv rappelle les bonnes pratiques recommandées par la Commission Européenne contre la désinformation :

– Mettre en place des indicateurs de confiance sur les plateformes afin de déterminer la crédibilité qu’on peut accorder à telle ou telle source d’information. 

– Promouvoir les contenus de qualité. Mais Christophe Leclercq rajoute avec ironie que pour les promouvoir, il faudrait déjà les financer… d’où la nécessité de la poursuite des négociations entre les éditeurs et ces plateformes.

Rasmus Kleis Nielsen cite également des “projets de confiance” tels que le DocumentCloud, une plateforme qui aide les journalistes à faire une recherche de fond sur un sujet et à trouver de sources primaires. « Les gens aiment la transparence et veulent savoir que les médias ont bien fait leurs recherches. » explique-t-il.

 Etre dans un dynamique relationnelle

Renouer la relation avec le public reste l’enjeu primordial. Selon le baromètre de La Croix, seul un quart des personnes interrogées pensent que les journalistes sont indépendants du pouvoir politico-économique.

Les médias doivent procéder à une auto-évaluation. « Nous pouvons choisir d’être digne de confiance en étant professionnel. Mais la confiance est avant tout relationnelle. Nous devons nous connecter avec notre audience et démontrer ce en quoi nous croyons. » affirme R.K Nielsen.

Selon Albert Moukheiber, spécialiste en neurosciences,  «  Il y a un travail d’adaptation à faire aux nouveaux moyens d’information que ce soit Instagram, Twitter ou TikTok.  « Pendant longtemps, les journalistes n’ont pas pris en charge la dimension cognitive et sociale de l’audience. On pensait qu’il fallait juste bien rapporter les faits, mais il y a aussi les récits que l’on en fait, l’identité du journaliste qui rapporte les faits et le média qui en rend compte »

La crise de confiance dans les médias est peut-être plus profonde que ce que nous avons imaginé, mais tout n’est pas perdu. Le plan de sortie de crise recommandé par les professionnels du secteur : repenser les facteurs de confiance, lutter avec les plateformes contre la désinformation et tisser une dynamique relationnelle avec l’audience. Cela impliquera une négociation avec toutes les parties prenantes, des pouvoirs publics jusqu’aux consommateurs, en passant par les grandes plateformes. Un chemin semé d’embûches, mais aussi d’opportunités – aux médias de s’en saisir.

Visionnez le Talk du Media Lab de France Télévisions sur la confiance dans les Médias à l’occasion de Médias en Seine :

Invités : Albert Moukheiber, docteur en neurosciences et François Ernenwein, rédacteur en chef de La Croix

Crédit photo : Krish Jones, Unsplash

L’audio : de réels atouts dans un écosystème en pleine mutation

Par Laure Delmoly, France Télévisions, MediaLab

Si les professionnels des médias se sont d’abord étonné du boom de l’audio, ils ont vite intégré les podcasts dans leur stratégie de marque média. L’audio possède de sérieux atouts dans un écosystème en pleine mutation. Retours d’expérience à l’occasion de la deuxième édition du festival « Médias en Seine » organisée aux Echos et à la Maison de la Radio.

Un usage facile

Dans une société où l’attention est devenue une ressource rare, le podcast possède un avantage concurrentiel indéniable. Il se consomme dans toutes les situations. On écoute du contenu en faisant du sport, dans nos trajets, en cuisinant. Selon une étude du cabinet Edison Research, 26% des écoutes de podcasts sont réalisées depuis un smartphone aux États-Unis. Les professionnels des médias ont bien compris que pour se démarquer ils devaient aller chercher leur public dans tous les temps de la vie quotidienne. 

“L’audio est un moyen d’aller chercher un public à un moment de la journée où il n’est pas forcément disponible pour liredéclare Renée Kaplan, responsable des publics et des nouveaux contenus au Financial Times. 

L’écoute non linéaire de l’audio explose. Elle apparaît comme un réel relai de croissance, y compris pour les radios.

« Plus le contenu est fort, plus il est écouté sur la durée. Pour exemple les programmes Les chemins de la philosophie et Affaires sensibles qui dépassent les 4 millions de téléchargement en podcast pour une écoute de 100 000 auditeurs en direct «  déclare Sibyle Veil, présidente de Radio France.

Plus qu’un nouveau format, le podcast devient un élément essentiel dans la stratégie d’audience des marques médias. Le quotidien britannique qui produit des podcasts depuis le début des années 2000 affirme avoir réellement déployé une stratégie podcasts début 2019.

France Culture, qui produit des podcasts natifs depuis deux ans en fait également un élément clef de sa stratégie d’offre de service public.

« Ce qu’on veut donner, c’est une véritable alternative à des gens qui ne veulent pas passer toute leur vie devant des écrans ou bien à des parents qui veulent que leurs enfants connaissent une forme de narration autre que visuelle » déclare Sandrine Treiner de France Culture à propos des podcast natifs.

Et jean-Paul Philippot, administrateur de la RTBF d’affirmer « La consommation non-linéaire d’audio est quatre fois plus importante chez les moins de trente-cinq ans que chez les plus de cinquante-cinq ans »

Cette facilité d’usage est renforcée par une stratégie de distribution multi-plateforme qui plaît à l’audience.

“L’audience des podcasts est éclatée et diverse. Elle n’est pas forcément attachée à une plateforme. C’est l’auditeur qui choisit son propre mode d’écoute rappelle Thomas Rozec de la société de production de podcasts natifs Binge Audio.

Selon l’étude du cabinet Edison, Plus de la moitié des américains âgés de plus de 12 ans ont écouté un podcast, soit 144 millions de personnes.

Un format authentique

Si la radio reste le premier média de confiance, le podcast natif est apprécié pour son authenticité. Libéré des contraintes de la radio (flash info, pause musicale), il permet à la parole de se déployer sans interruption.

« Le podcast est un format de l’intime. On s’adresse à une personne qui a ses écouteurs » rappelle Thomas Rozec de Binge Audio. 

L’audio réussi le pari d’allier la rigueur de l’éditorial à l’émotion.  “L’émotion, c’est une façon de faire passer une information. L’animateur d’un podcast est le premier personnage du podcast. Quand il parle de lui, il crée tout de suite un lien avec l’auditeur” explique Jules Lavie, rédacteur en chef du podcast Code source, un podcast natif du Parisien.

Dans un contexte de défiance envers les médias, l’audio est donc un excellent moyen de restaurer le lien et donc la confiance. Lauren Bastide, productrice de la Poudre a réussi à créer un sentiment d’appartenance “Je voulais créer quelque-chose de familier. Je voulais que l’on rentre dans mon podcast, comme on rentre dans des chaussons”. Au delà de cette impression de familiarité, le Podcast La Poudre s’adresse à une communauté de femmes engagées : les auditrices comme les invités sont mobilisables à tout instant pour relier une initiative citoyenne ou féministe. Lauren Bastide sollicite cette communauté régulièrement via les médias sociaux. Cette communauté de valeurs entre la journaliste et son public vient renforcer la relation de confiance.


 

Une liberté de ton

Le podcast natif avec son temps long est un excellent moyen d’élargir une ligne éditoriale.

Code Source, le podcast d’information du Parisien permet de tirer profit de l’expertise des journalistes de la rédaction pour présenter des personnalités politiques ou sportives. Le podcast permet une approche magazine de l’information en la « mettant en récit ».

 “Faire un podcast d’information, c’est apprendre à raconter une histoire. On ne pose pas les questions habituelles. Le journaliste raconte son sujet. A partir de ce son récit, je travaille la trame narrative. J’essaye de trouver un bon début, d’identifier un combat avec des hauts et des bas et de travailler la fin. Mais tout cela, je le fais avec des informations et des faits vérifiés” explique Jules Lavie.

 

 “Code Source permet d’aller chercher une audience plus jeune et de montrer une autre facette de notre marque média”  rappelle Pierre Chausse, directeur adjoint en charge du numérique au Parisien.

Et Renée Kaplan du Financial Times d’ajouter “L’audio est un moyen d’aller chercher un public plus large que celui du papier qui est très connoté. Les auditeurs découvrent qu’au FT nous traitons également des sujets politiques et culturels”

L’essor des smartspeakers

Du point de vue des usages, les amateurs de podcasts donnent le ton pour les années à venir. La révolution de l’audio déjà très visible dans le monde anglo-saxon est en marche.

« J’adore le podcast mais ce n’est pas l’incarnation du changement » alerte Mukul Devichand,  directeur de BBC Voice.

Celui-ci invite à se pencher sur l’essor de la recherche vocale et la multiplication des enceintes connectées dans les foyers.

 « 26% des britanniques ont un smart speaker chez eux. 1 million d’utilisateurs uniques mensuels écoutent via un smart speaker des contenus audio de la BBC » déclare-t-il Mukul Devichand. 

“Plus de la moitié des foyers américains ont une enceinte connectée. Celles-ci sont pour l’instant adaptées à la langue anglaise mais au vue de la puissance de leur écosystème et de leur IA, elles vont bientôt se mettre à niveau et pénétrer le marché européen et asiatique. A partir de ce moment les chiffres UK et US se répandront dans le monde” a affirmé par ailleurs Tony Archibong, Vice Président de TuneIn.

Ce changement d’environnement technologique change le rapport des auditeurs au contenu qui passent d’une attitude passive à un comportement actif.

« Les nouvelles générations ne connaîtrons jamais un environnement où l’on écoute passivement une émission de talk ou un programme musical. Ils sont habitués à un environnement où l’on va chercher le contenu audio, où l’on peut le manipuler. Hey Alexa play… Hey Google Play… » explique John Saroff, CEO de Chartbeat.

Si la demande de programmes musicaux, d’information et de la météo se fait de plus en plus via la commande vocale, nous sommes tous déjà potentiellement équipés.

“Vous avez tous déjà tous un assistant personnel sonore dans votre poche. 30% du search des britanniques de moins de 44 ans se fait via le système google-android » explique Mukul Devichand.

Un fait remarqué par le directeur de BBC Voice : au delà de la simple recherche, la commande vocale fait naître la volonté d’engager une conversation.

« L’utilisateur ne demande pas à son assistant personnel « dis-moi ce que la BBC raconte sur le Brexit » mais « dis-moi ce qui se passe avec le Brexit » Tout l’enjeu pour la BBC sera d’être le média utilisé ! » conclut Mukul Devichand.

De même, l’utilisateur ne demande pas les prévisions météo du jour mais « Est-ce que j’ai besoin de porter un manteau aujourd’hui ? ». La BBC travaille actuellement sur la granularité des réponses à une telle question afin d’obtenir une réelle impression de conversation.

 

Nous assistons à un vrai changement dans la façon dont les gens s’informent et se fidélisent à une marque Media. Les médias doivent repenser la distribution de leurs contenus et leurs formats à la lumière de ces nouveaux usages et comportements. Facilité d’usage, authenticité et liberté de ton : l’audio a de réels atout pour faire la différence. « Un tiers des Européens ont pendant la dernière semaine écouté un contenu audio à la demande » rappelle Jean-Paul Philippot de la RTBF. La bataille à mener est désormais celle de la recherche vocale main dans la main avec les professionnels de l’IA.

Crédit photo : Laure Delmoly

Liens vagabonds : l’UE fait jurisprudence sur les contenus haineux en ligne

A RETENIR CETTE SEMAINE :  

Internet & droit européen – les pays de l’UE peuvent désormais obliger Facebook à supprimer un contenu à l’échelle mondiale, mais également tout propos haineux équivalent provenant d’une autre source. Par ailleurs, la Cour de Justice européenne limite la portée de la loi “du droit à l’oubli” sur la protection de la vie privée en ligne.

Messages cryptés – Les Etats-Unis, la Grande Bretagne et l’Australie veulent en finir avec le cryptage de bout en bout des messages whats app.  Aux termes d’un prochain traité avec les États-Unis, Facebook et WhatsApp devront permettre à la police britannique d’accéder aux messages cryptés des utilisateurs en cas d’enquête sur des crimes graves comme le terrorisme et la pédophilie. Le traité devrait être finalisé au cours du mois.Nous croyons au droit d’avoir une conversation privée en ligne, a répondu Facebook.

Crise Facebook – Zuckerberg entend se battre contre un éventuel démantèlement de Facebook. Dans un extrait audio qui a fuité, Mark Zuckerberg rallie les employés de Facebook à sa cause contre les critiques, les concurrents et le gouvernement américain.

Audience en ligne – Quand les deux pires entreprises du web Taboola et Outbrain fusionnentce que cela signifie pour les éditeurs; par ailleurs Vice Media rachète Refinery29 pour augmenter son audience.

3 CHIFFRES

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE 

NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS

SURVEILLANCE, CONFIANCE, FAKE NEWS

LEGISLATION, REGLEMENTATION

DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION

JOURNALISME

USAGES

RÉSEAUX SOCIAUX / MESSAGERIES

STREAMING, OTT, SVOD

STORYTELLING, NOUVEAUX FORMATS

AUDIO, PODCAST, BORNES

DATA, AUTOMATISATION, INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, BLOCKCHAIN

5G / MOBILES / TELCOS

PUBLICITE, MONETISATION

JEUX VIDEO, eSPORT

TECH, STARTUPS, INNOVATION

OUTILS

ES avec l’équipe Méta-Media

Transformation digitale : comment repenser le système de valeurs dans une économie de la connaissance

Par Laure Delmoly, France Télévisions, MediaLab

La façon dont nous pensons influence les produits que nous concevons. À l’occasion du lancement de la Chaire « Good in Tech » à l’Institut Télécom Paris, l’anthropologue du numérique Rahaf Harfoush nous explique comment les outils technologiques façonnent notre avenir. Un bon moyen de nous inciter à être vigilants et pro-actifs dans un écosystème en pleine mutation.

Des outils qui s’abreuvent de nos données personnelles

90 % des données mondiales ont été créées ces deux dernières années. Aujourd’hui, les entreprises n’utilisent que 12 % des données disponibles. La technologie est présente dans tous les aspects de notre vie quotidienne. Elle modifie notre façon de voyager, de draguer, de nous distraire. Ces applications récoltent des données de plus en plus précises sur nous au fil de nos utilisations : l’état de nos finances, nos heures de sommeil, le nombre de pas effectués par jour, nos performances sportives, et même notre dernier pic d’ovulation.

« Aujourd’hui votre smartphone vous connaît mieux que votre partenaire » déclare Rahaf Harfoush.

Cette intimité digitale donne de plus en plus de pouvoir à l’économie actuelle, mais il y a un coût humain à toute cette technologie. Désormais, les entreprises sont en mesure d’analyser toutes ces données personnelles pour nous cibler dans notre personnalité, nos habitudes de vie et de consommation.

« Nous devons commencer à obtenir de la transparence sur quelle entreprise collecte quel type de données et ce qu’ils en font », commente Rahaf Harfoush.

Des outils qui véhiculent des systèmes de croyances

« Il est très important pour nous de réaliser que les outils techniques que nous utilisons chaque jour dans notre vie quotidienne véhiculent des systèmes de croyances », rappelle Rahaf Harfoush.

Les produits développés héritent des biais cognitifs de leurs concepteurs. Ainsi, Marc Zuckerberg a une idée très spécifique du rôle que doit jouer la technologie dans la vie quotidienne des gens. Il ne croit pas à la notion de vie privée. Et cette croyance façonne l’évolution de son algorithme, des produits qu’il fait développer et de sa plateforme mondiale. Le système de croyances du patron de Facebook impacte plus de deux milliards d’utilisateurs. Et cette influence va bien au-delà des utilisateurs Facebook puisqu’elle a des conséquences géopolitiques.

Autre exemple : les filtres Snapchat et leur influence sur la santé mentale des jeunes. « Certains adolescents se rendent dans des centres de chirurgie esthétique et demandent à ressembler à leur selfie Snapchat. Cela montre bien que l’outil technologique lui-même véhicule certaines valeurs », commente Rahaf Harfoush.

« Tel le chien de Pavlov, quand notre téléphone vibre, nous consultons les likes et messages reçus qui nous fournissent un bon shoot de dopamine. Nous nous entraînons à devenir accros à cette interaction constante avec notre smartphone. Nous sommes en ce sens co-responsables » ajoute Rahaf Harfoush.

Co-construire un système de valeurs centré sur l’humain

« Nous commençons réellement à voir une vraie différence entre le système que nous avons et le système dont nous avons besoin. Il y a une vraie disruption dans la confiance envers les individus qui sont censés protéger l’intérêt public. C’est une situation sans précédent », alerte Rahaf Harfoush.

Selon l’anthropologue, notre modèle de productivité personnelle est inspiré du modèle de de la société industrielle et militaire. Nous vivons aujourd’hui clairement dans une économie de la connaissance. La compétence clef dans cet écosystème est la créativité. Or l’évaluation de la performance individuelle dans les entreprises est toujours inspirée du vieux modèle industriel. On mesure l’efficacité des salariés au nombre de tâches accomplies dans une journée de huit heures. Cela a fonctionné durant un temps. Mais dans une économie de la connaissance, les salariés sont davantage attendus sur l’élaboration de stratégies efficaces, la mise en place de nouvelles idées et la conception de produits originaux. Ces éléments-là ne sont pas mesurables avec des indicateurs de temps.

« Nous ne sommes pas créatif entre 9 h 00 et 18 h 30. Ça n’a aucun sens. D’autant plus que la créativité implique une période « hors du temps ». Pourquoi avons-nous toujours les meilleures idées sous la douche, en faisant la vaisselle ou en promenant notre chien ? Il faut trouver de nouveaux indicateur de performance qui font sens. »

Selon Rahaf Harfoush, nous vivons dans une société où les compétences techniques sont surévaluées par rapport aux connaissances en sciences humaines.« Aujourd’hui nous avons d’excellents ingénieurs qui sont capables de tout coder, mais qui ne savent pas quoi coder ». Pour que l’écosystème fonctionne, il faut que productivité et créativité soient entremêlées. Il faut  designer en priorité des outils à partir d’une vision centrée sur l’humain.

« Lorsque nous acceptons les conditions générales d’utilisation d’un produit web sans les lire, nous disons « oui » à la vision de l’avenir de la personne qui a conçu le produit. Cet acte n’est pas anodin », commente Rahaf Harfoush. Une nécessité : éviter de tomber dans le piège aveugle du progrès et vérifier si nous partageons cette vision du progrès en tant qu’utilisateur.

« L’heure est à la co-création. La dimension humaine doit être au centre de l’innovation aujourd’hui. », conclut Rahaf.

La notion de « transformation » digitale est erronée, car celle-ci implique un changement qui n’aurait lieu qu’une fois. Il est plus pertinent de parler d’ »évolution digitale » puisque le travail n’est jamais accompli. Nous serons amenés à nous adapter constamment à des mutations technologiques. L’attitude préconisée selon l’anthropologue syrienne ?  « Rester curieux et créatif. Tester chaque solution désignée et faire attention à nos biais cognitifs. »

Crédit photo : You X Ventures via Unsplash

Roblox, la plateforme à mi-chemin entre le jeu vidéo et le réseau social, compte 100 millions d’utilisateurs

Par François Dominic LaraméeBillet invité présenté dans le cadre d’un partenariat éditorial entre la plateforme FMC Veille du Fonds des Médias du Canada (FMC) et Méta-Media. © [2019] Tous droits réservés.

En franchissant la barre des 100 millions d’utilisateurs uniques mensuels, Roblox (un mix de « robots » et de « blocs ») vient de coiffer au poteau Minecraft et ses 91 millions d’adeptes. Et pourtant, il est fort probable que vous n’en n’ayez jamais entendu parlé !

Créée il y a 13 ans, cette plateforme à mi-chemin entre un réseau social, un monde virtuel et une plateforme de création qui pourrait faire penser à Second Life a réussi à fédérer une communauté fidèle et engagée de « créateurs d’expériences » dont la moitié a 12 ans ou moins et qui y passe 2,5 fois plus de temps que sur Youtube ! Forte d’une dernière levée de fond à 150 millions de dollars, l’entreprise vise le milliard d’utilisateurs. Retour sur ce succès préparé.

Réseau social ou jeu vidéo?

Fondée en 2006 par Dave Baszucki, le cocréateur d’un logiciel d’apprentissage en ligne et un des premiers investisseurs du réseau social Friendster, Roblox se définit comme un espace de « coexpérience » où les visiteurs donnent libre cours à leur imagination et interagissent entre eux plutôt que de se soumettre aux règles et aux contraintes d’un jeu traditionnel.

La coexpérience s’apparente ainsi au jeu créatif et non structuré auquel s’adonnent naturellement les enfants ; plutôt que de compléter des missions dans des niveaux de jeu, les participants explorent des expériences où les objectifs à atteindre peuvent être sans conséquence ou même inexistants. Une philosophie qui n’est pas sans rappeler celle qui animait les Second Life et autres Habbo Hotel il y a une quinzaine d’années.

Le public de Roblox

C’est en 2016, dix ans après le lancement de Roblox, que sa base d’usagers a commencé à croître de façon explosive : de 9 millions de visiteurs uniques par mois en février 2016 à 48 millions en mars 2017, puis à 90 millions en avril 2019. Et cette croissance ne montre aucun signe de ralentissement: d’avril à juillet dernier, Roblox a gagné plus d’adeptes que pendant toute sa première décennie d’existence.

Pour rejoindre de nouveaux clients, Roblox se fie au bouche-à-oreille et sur à la popularité d’un certain nombre de personnalités qui diffusent leurs séances de jeu, notamment sur YouTube.

La clientèle de Roblox est très jeune. En 2018, près de la moitié des visiteurs réguliers de la plateforme avaient 12 ans ou moins ; l’entreprise affirme d’ailleurs que la moitié des enfants américains de 9 à 12 ans comptent parmi ses fidèles. Cette jeune clientèle est aussi très assidue : selon une enquête réalisée pour le compte de Roblox par la firme d’analyse publicitaire comScore, les enfants de moins de 13 ans ont passé 51,5 millions d’heures sur le site en décembre 2018, comparativement à 19,4 millions pour YouTube et 3,4 millions pour Netflix, ce qui en ferait selon le magazine Fortune la destination Web par excellence pour ce groupe d’âge. Notons que chez les 13 à 17 ans, Roblox occupe le deuxième rang derrière YouTube.

Un modèle d’affaires basé sur la participation

Là où Roblox se distingue de ses prédécesseurs, c’est dans la robustesse de son écosystème de contenu participatif. L’entreprise met à la disposition de ses usagers un outil de conception nommé Roblox Studio, qui permet de construire et de partager des expériences avec un minimum d’effort en assemblant des composantes à l’esthétique et au comportement relativement standardisés. En faisant ainsi appel à l’imagination de son public, d’une manière comparable à ce que l’on observe dans Minecraft ou avec des blocs LEGO, Roblox s’est constitué un catalogue qui compte quelques 69 millions d’expériences et qui fait de l’entreprise une sorte de YouTube du jeu vidéo pour enfants.

(Curieusement, la version anglaise du site de l’entreprise annonce deux millions de créateurs différents pour ses 69 millions d’expériences tandis que les versions française et espagnole parlent plutôt de quatre millions de créateurs.)

En règle générale, les expériences offertes par ces développeurs de tierces parties sont relativement simples. Elles s’apparentent ainsi aux jeux gratuits des premiers temps du Web et aux premières applications pour appareils mobiles plutôt qu’à ce que l’on retrouve habituellement sur les autres plateformes d’aujourd’hui. Parmi les jeux Roblox à succès, on compte notamment des simulations d’haltérophilie, de pizzerias, de jardins zoologiques ou de simples parcs où passer du temps entre amis. La simplicité de Roblox Studio permet aussi à de jeunes créateurs de développer des expériences non traditionnelles ; un Montréalais de 11 ans a ainsi produit une activité conçue pour éduquer ses camarades aux enjeux reliés à la santé mentale.

Microtransactions

L’écosystème participatif de Roblox s’étend à la commercialisation des expériences. La plateforme propose à ses développeurs des outils de mise en marché qui permettent de conserver la promotion des expériences à l’intérieur de l’écosystème. Roblox héberge aussi les expériences sur ses serveurs, ce qui évite aux développeurs d’avoir à gérer des besoins en infrastructure qui peuvent croître rapidement en cas de succès. Dans un cas, le nombre d’utilisateurs simultanés d’une expérience est passé de 300 à 18 000 en quelques heures à l’occasion d’une campagne de promotion interne particulièrement réussie.

Les revenus générés par les expériences, surtout tirés de microtransactions comme l’achat de vêtements et d’accessoires pour les avatars, sont partagés entre les développeurs et Roblox. Ce modèle semble judicieux, tant pour Roblox que pour ses partenaires. La gratuité de la participation permet à un maximum de joueurs d’accéder à l’écosystème et d’y rester. La nature cosmétique des avantages acquis à l’aide des microtransactions fait en sorte que la concurrence (lorsqu’il y en a) n’est pas injustement influencée par la capacité de payer des participants. Enfin, pour les joueurs et pour leurs parents, le fait que les microtransactions soient effectuées à l’aide d’une monnaie virtuelle exclusive à Roblox, les Robux, permet de simplifier les achats et surtout de contrôler les sommes que les enfants peuvent dépenser.

Cependant, comme dans la plupart des écosystèmes numériques participatifs, une minorité de développeurs d’expériences Roblox reçoit la majorité des revenus. Si une dizaine de développeurs ont encaissé jusqu’ici une moyenne de trois millions de dollars chacun, la cagnotte totale versée à l’ensemble des développeurs atteint 150 millions de dollars… soit à peine plus de deux dollars par expérience publiée.

Les marques

La taille et la fidélité de la clientèle de Roblox attirent l’attention d’un nombre croissant de marques qui souhaitent rejoindre les enfants et les adolescents. Les adeptes de Roblox ont ainsi pu gratuitement habiller leurs avatars avec des costumes et des accessoires aux couleurs des clubs de football de Liverpool et de Barcelone ou à celles des lutteurs-étoiles de la WWE.

Des articles promotionnels associés à la populaire série de Netflix Stranger Things ont aussi été mis à la disposition des joueurs à l’occasion du lancement de sa plus récente saison ; pour les gagner, il fallait résoudre des puzzles quotidiens. Et lors d’un événement annuel de chasse aux œufs de Pâques numériques, les joueurs ont pu acquérir des objets virtuels aux couleurs du film Avengers : Phase finale, qui faisait son apparition sur les écrans à peu près au même moment.

L’avenir de Roblox

À court terme, Roblox compte poursuivre son expansion en attaquant le lucratif marché chinois. Un partenariat avec le géant chinois des services en ligne et de la publicité Tencent, qui a pour but de faciliter cette expansion, a d’ailleurs été annoncé au printemps.

Autre signe des ambitions planétaires de Roblox : sa page Web est disponible en 45 langues

Mais Roblox vise également à s’étendre au-delà du marché jeunesse. Il reste cependant à voir si le modèle de la « coexpérience » pourra s’adapter à un public d’adultes : malgré une présence médiatique considérable, Second Life n’a jamais dépassé un public de quelques dizaines de milliers de fidèles. Et si Roblox devait démontrer qu’il est possible de construire un écosystème de création, d’édition et de consommation de jeux vidéo pour les adultes accessible à tous, les géants du domaine comme Sony, Nintendo ou Electronic Arts ne regarderaient certainement pas passer la parade sans réagir.

Liens vagabonds : Netflix en difficulté dans la guerre aux abonnés et aux productions locales

A RETENIR CETTE SEMAINE

Guerre du streaming – L’action Netflix a déjà perdu 46% depuis son plus haut de l’année. Les concurrents Apple et Disney sont déjà gagnants en terme d’offre tarifaire. Apple — qui va aussi sortir des films en salles — propose une offre à 4,99 dollars/ mois, Disney à 6,99 dollars/mois contre 8,99 dollars/mois pour Netflix. En France, pour se relancer, Canal+ casse les prix. Les analystes de Wall Street perdent foi en l’action de Netflix ; Dans cette guerre aux abonnés, le nouvel enjeu est la production de programmes dans la langue du pays de diffusion. Des petits Hollywood sont ainsi créés ici et là dans le monde notamment en Croatie, lieu de tournage de Game of Thrones. Mais AppleTV et Disney auront du mal a respecter les quotas européens au début.

Emmys Awards – « La télévision n’a jamais été aussi bonne », assure l’acteur Bryan Cranston durant la cérémonie des Emmys Awards. Peut-être mais plutôt sur les plateformes de streaming et les chaînes du câble et non plus sur le broadcast. HBO repart avec 9 awards pour Games of Thrones et Cernobyl., Amazon avec 7 trophées pour The Marvelous Mrs. Maisel et The very English Scandal. La plateforme Netflix, elle, est récompensée pour Bandersnatch et Ozark avec 4 awards. Consultez le Palmarès complet des Emmys 2019

France – Cette semaine, de grandes annonces sur la future holding de l’audiovisuel public,mais la loi n’est pas tout. Tout l’enjeu sera de préserver les spécificités de chacune des structures. Un accord historique enfin trouvé au journal Le Monde.

Autre actu de la semaine :

3 CHIFFRES

100 minutes par jour : c’est ce que devrait peser la vidéo en ligne en 2021 selon Zenith

69 % des consommateurs se disent « effrayés » face aux recommandations des assistants vocaux basées sur les conversations privées

67 % des Français ne s’imaginent pas vivre sans Internet

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE 

NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS

SURVEILLANCE, CONFIANCE, DONNEES

LEGISLATION, REGLEMENTATION

FAKE NEWS, DESINFORMATION, LIBERTE DE LA PRESSE

JOURNALISME

USAGES

RÉSEAUX SOCIAUX

STREAMING, OTT, SVOD

STORYTELLING, NOUVEAUX FORMATS

AUDIO, PODCAST, BORNES

DATA, AUTOMATISATION, INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, BLOCKCHAIN

5G / MOBILES / TELCOS

PUBLICITE, MONETISATION

IMMERSION, 360, VR, AR

TECH, STARTUPS, INNOVATION

OUTILS

 

ES avec l’équipe Méta-Media

Crédit photo de Une : Thibault Penin via Unsplash