La vidéo mobile premium a-t-elle un avenir ? Bilan des offres Studio+ et Blackpills deux ans après

Par Alexandre Pierrinauteur-réalisateur et Cassandra Binet, diplômée en médias, innovation et création de contenus audiovisuels. Billet invité présenté dans le cadre d’un partenariat éditorial entre la plateforme FMC Veille du Fonds des Médias du Canada (FMC) et Méta-Media. © [2019] Tous droits réservés.

Fort de la croissance des usages mobiles et de l’attrait pour la vidéo, Studio+ et Blackpills ont vu le jour il y a deux ans. Le concept ? Proposer des fictions au format vertical à une cible qui déserte la télévision traditionnelle pour des services de streaming. Alors que Blackpills vient de s’associer avec Orange, Studio+ a cessé son activité l’automne dernier. Comment expliquer ces trajectoires différentes ? Peut-on s’attendre à voir fleurir d’autres offres de ce type ou est-ce déjà la fin de la vidéo mobile premium ?

Le marché hyperconcurrentiel des applications est dominé par les GAFA

Avant de différencier les deux produits, il nous faut d’abord souligner que les contenus produits par Blackpills et Studio+ sont fortement influencés par le modèle économique et technologique que sous-tend leur support de distribution, à savoir une application pour téléphone intelligent.

Plus que jamais, le téléphone intelligent est le nerf de la guerre pour les diffuseurs. En effet, même si l’ordinateur demeure le principal écran utilisé pour visionner de la télévision en ligne, sa part de consommation est en baisse progressive depuis 2011. Des études publiées en février 2018 par l’agence Médiamétrie révèlent que le visionnement par l’ordinateur a baissé de 30 points (de 71,0% à 40,4%) au profit de l’écran du téléviseur (+14 points, soit un total de 37,5%) et des tablettes/appareils mobiles (+15%, soit de 5,6% à 22,1%). Les mobinautes consacrent 87% de leur temps passé aux applications, dont la moitié aux applications de réseaux sociaux, des jeux et des plateformes vidéo. Parmi eux, les 15-24 ans affichent une utilisation encore plus intense des applications sur leurs appareils mobiles, soit 92% du temps qu’ils y passent, avec une part des réseaux sociaux, des jeux et de la vidéo qui atteint 70%.

Or ces usages changent vite! Les équipes de Studio+ et de Blackpills doivent donc continuellement s’adapter aux évolutions d’usage. À ce titre, Philippe Haïm, ex-directeur de la création pour Blackpills, a déclaré ceci dans le cadre d’une entrevue accordée à Mediakwest:

« Blackpills est une compagnie [à vocation] mixte. C’est une compagnie à la fois de contenu et de technologie. C’est une compagnie qui crée non seulement des séries et des shows, mais aussi une application et – donc – une expérience utilisateur. On se vit comme ça. On a un département tech très développé et un département contenu très développé. On cherche à collaborer les uns avec les autres en permanence, en se disant que les deux sont inséparables. »

Le support technologique complexe peut s’avérer un frein à la promesse éditoriale des acteurs. Une analyse des commentaires menée par Cassandra Binet dans le cadre de son mémoire intitulé « L’innovation numérique éditoriale de l’audiovisuel sur mobile: les cas de BlackPills et Studio+ »* et portant sur les boutiques d’applications montre en effet que les utilisateurs vivent de nombreux problèmes techniques pouvant les pousser à désinstaller certaines applications: l’impossibilité de s’inscrire, car le code d’accès envoyé par texto n’est pas reçu pour Blackpills, un bogue de l’application empêchant l’accès (notamment après des mises à jour) ou bien encore le manque de compatibilité avec le terminal de l’utilisateur.

Ajoutons que le mobile est également un territoire concurrentiel au sein duquel les acteurs de l’audiovisuel doivent affronter les géants du numérique. Ces derniers exercent un monopole et soumettent les intervenants de l’audiovisuel à une certaine dépendance dont il faut tenir compte: en février 2018, l’agence Médiamétrie nous révélait dans un communiqué que les dix applications les plus consultées en France appartiennent toutes aux GAFA!

Si ces applications ne concernent pas uniquement les contenus audiovisuels, elles n’en sont pas moins concurrentes en ce qui concerne le budget et le temps que les mobinautes ont à y consacrer. Une étude du CSA intitulée Plateformes et accès aux contenus audiovisuels a montré que les plateformes numériques modifient perpétuellement les enjeux économiques et concurrentiels du secteur audiovisuel. Ainsi, lorsque nous évoquons une concurrence avec Studio+, Frédéric Jacquette, chargé de développement unscripted chez Blackpills, insiste davantage sur la concurrence avec les autres plateformes et les réseaux sociaux:

« Nos concurrents, ce sont plutôt toutes les autres applications installées dans le téléphone: Facebook, Snapchat, Instagram… Tout le temps consacré à d’autres applications que Blackpills. Sur mobile, il y a une concurrence d’usages et une concurrence de contenus, car l’un de nos concurrents demeure néanmoins Netflix. On a quand même des concurrents audiovisuels en plus des autres applications! »

Dans ce marché concurrentiel, Blackpills et Studio+ n’ont pas adopté les mêmes stratégies économiques ou le même positionnement éditorial. Il convient de s’interroger sur les raisons ayant mené à l’échec de l’un et au relatif succès de l’autre.

Studio+, l’échec de la stratégie premium

Studio+, lancée en novembre 2016 en France, a adopté d’emblée une stratégie dite premium. L’attachement à la « marque média » Canal + est évident sur le plan éditorial, car le logo reprend les mêmes caractéristiques que celui de la célèbre chaîne cryptée. D’un point de vue économique, l’application est accessible moyennant un abonnement payant – tout comme c’est le cas de Canal + depuis sa création.

Enfin, le positionnement éditorial de Studio+ laisse voir la volonté de construire un concurrent de Netflix sur mobile en proposant des séries originales de qualité à l’échelle internationale. Le budget moyen attribué à une saison d’une série sur Studio+ était d’un million d’euros, ce qui est très élevé dans l’univers des webséries françaises.

Cependant, comme le révèlent les commentaires analysés par Cassandra Binet dans le cadre de son mémoire, cette proposition a été mal interprétée par les consommateurs, qui l’ont perçue davantage comme une application permettant de revoir des séries à succès plutôt qu’un catalogue de contenus originaux. Nous avons ainsi observé un faible niveau de consentement à payer parmi les utilisateurs pour des contenus qu’ils ne connaissaient pas.

Blackpills, la nouvelle télévision des milléniaux

Lancée en Europe en mai 2017, Blackpills propose non seulement des séries, mais aussi des émissions quotidiennes ou hebdomadaires aux thèmes variés qui sont lancées d’abord en France avant d’être exportées aux États-Unis. Pour présenter ces émissions, la société a fait appel à de nouveaux talents comme l’humoriste Yassine Belattar, qui reçoit des invités dans Indéfendable pour parler de sujets d’actualité, ou Agathe Auproux, chroniqueuse à l’émission Touche pas à mon post diffusée sur les ondes de la chaîne française C8, qui s’intéresse au foot avec Ketchup Maillot.

 

La marque communique ainsi comme une « nouvelle télévision » destinée aux milléniaux. Blackpills adopte un ton familier et tutoie son utilisateur, usant (et abusant) de la métaphore de la drogue pour faire référence au visionnement en rafale de séries addictives. Cet attrait des milléniaux s’explique facilement. Toujours dans cette étude diffusée en février 2018, Médiamétrie nous apprenait que la télévision est le premier média en France, et ce, loin devant Internet: les Français passent 3 heures et 42 minutes en moyenne chaque jour devant leur téléviseur et seulement 1 heure et 28 minutes sur Internet. Or l’équilibre entre la télévision et Internet est différent parmi les 15-24 ans, où leur temps passé sur Internet (1 heure et 38 minutes) est désormais plus élevé que celui passé devant le téléviseur (1 heure et 26 minutes) et on dénombre plus d’internautes que de téléspectateurs au quotidien parmi les 15-24 ans.

Enfin, ajoutons que, contrairement à Studio+, l’offre se détache de toute marque média en plus d’être entièrement gratuite. Le modèle économique de Blackpills repose sur une tentative de séduire les utilisateurs en leur présentant une offre gratuite sans publicité – l’objectif visé étant d’augmenter rapidement le nombre d’utilisateurs. C’est en partie cette gratuité qui a permis à Blackpills de bénéficier de la bienveillance d’utilisateurs moins exigeants. En effet, malgré l’impossibilité de consommer les séries hors connexion ou de pouvoir les transposer sur l’écran du téléviseur grâce à ChromeCast comme le propose Studio+, Blackpills a connu davantage de succès. À ce titre, Frédéric Jacquette de Blackpills affirme ceci:

« Le côté mobile d’abord est toujours présent, mais on se rend compte que, en ce qui concerne les usages, on désire consommer un contenu de différentes manières au fil de la journée. Il y a des contenus que je consomme sur mobile quand je suis au travail, d’autres que je vais regarder sur mon ordinateur quand je suis à la maison et ainsi de suite. C’est en fonction du moment où l’on peut consommer et du support qui est accessible. »

Ayant convaincu un nombre suffisant de mobinautes, Blackpills a réussi à attirer des annonceurs et offre désormais un modèle freemium avec publicités. Les annonces récentes du groupe laissent transparaître sa volonté de proposer un modèle d’abonnement à bas prix pour les utilisateurs fidélisés qui désireraient bénéficier du confort d’un visionnement premium sans publicité. À ce titre, Daniel Marhely, cofondateur de Blackpills, estime qu’entre 5% et 10% de l’auditoire serait à payer pour accéder aux contenus de la plateforme SVOD. Initialement conçu comme un service de FVOD (free video on demand), cet acteur s’oriente vers une stratégie à la fois VSDA (subscription video on demand) et AVOD (advertising video on demand).

Le triomphe de la gratuité et l’importance de la présence omnicanal?

Ainsi, nous noterons que le modèle d’abonnement de Studio+ n’a pas su convaincre les utilisateurs. Blackpills est l’acteur ayant mis en place un modèle d’affaires qui, à ce jour, semble plus viable et mieux adapté au marché, à la lumière du faible niveau de consentement à payer pour des contenus qui s’explique par la gratuité de la plupart des chaînes de télévision et des plateformes comme YouTube et, plus largement, par le fait que la plupart des contenus visionnés sur mobile sont issus des réseaux sociaux. Ajoutons à cela le fait que Blackpills a recomposé son offre éditoriale en y intégrant des programmes de flux permettant de faire naître de nouveaux contenus moins coûteux. Par exemple, l’émission Régis C’est Chic lancée en avril 2018 parle de mode avec humour en filmant simplement un présentateur sur fond vert avec deux téléphones intelligents.

 

De plus, à la fois pour Studio+ et pour Blackpills, l’offre mobile d’abord a ainsi évolué pour permettre une distribution des contenus sur l’ensemble des appareils, notamment grâce à une plateforme SVOD Web et à ChromeCast. Enfin, le mode hors ligne qui est proposé par Studio+ et qui est en cours de développement du côté de Blackpills permet de rendre les contenus accessibles, quel que soit l’instant. Ces acteurs ont plus ou moins tardivement intégré la nécessité d’être présents sur l’ensemble des appareils, c’est-à-dire de produire de nouveaux contenus adaptés ou de rendre accessibles à tous les appareils les contenus existants: les nouveaux consommateurs veulent pouvoir commencer une série sur leur tablette en prenant le petit déjeuner, la poursuivre pendant leurs déplacements et la terminer sur l’écran téléviseur en rentrant le soir. La distribution sur un seul et même appareil ne convient pas à la logique d’ubiquité des contenus que l’on appelle plus communément « atawad » (any time, any where, any device). Notons que cette souplesse en matière de consommation est impérative et que l’utilisateur acceptera difficilement de payer pour un service qui lui propose une série qu’il lui sera impossible d’écouter en rafale par la suite comme et où bon lui semble.

En conclusion, on pourrait dire que Blackpills a réussi en appliquant les préceptes du Web (gratuité, diversité, contenus mettant de l’avant des influenceurs), tandis que Studio+ a connu des difficultés en utilisant des recettes issues de la télévision (production à grande échelle, service payant, marque média établie). Dans les deux cas, l’importance d’une distribution sur plusieurs canaux s’est également imposée naturellement au fil du temps. Il reste donc à savoir si Blackpills réussira à s’imposer de façon durable dans le secteur complexe et mouvant de la vidéo en ligne.


*Le mémoire rédigé par Cassandra Binet intitulé « L’innovation numérique éditoriale de l’audiovisuel sur mobile: les cas de BlackPills et Studio+ » a été soutenu en Octobre 2018 à l’École des hautes études en sciences de l’information et de la communication (CELSA) de l’Université de la Sorbonne.

Les stories, format encore sous-exploité par les médias ?

Par Alexandre Bouniol et Barbara Chazelle, France Télévisions, MediaLab

Les stories ont envahi notre quotidien. En moyenne, ce sont 500 millions de personnes qui consomment quotidiennement des stories sur Instagram. Fort de cet engouement mondial, la plupart des médias s’en sont emparés, avec plus ou moins de force et de conviction. Lors des  rencontres francophones de la vidéo mobile la semaine dernière à Paris, l’heure était au bilan et au partage. Les Stories n’ont pas fini de faire parler d’elles…

Du « quick and dirty » de complément…

Pour les médias qui les ont adoptées, les stories ont désormais une place à part entière dans la production éditoriale. C’est ce que souligne David Botbol, directeur adjoint de la rédaction des sports de France Télévisions : « C’est une activité très intégrée dans ce que l’on fait tous les jours ».

Mais dans la plupart des cas, il s’agit plutôt d’une production de complément à l’activité « classique » des journalistes. Au Figaro, les journalistes publient une story chaque matin via leur application pour résumer l’ensemble des cinq informations à retenir en début de journée. Les créations graphiques sont simples et incitent au « swipe up » qui permet d’accéder à l’article dont il est question. Chez Libération, les Stories Instagram sont aussi principalement utilisées pour générer du trafic sur le site du journal via des images et du texte pour inciter les gens au swipe.

… à un format à part entière

Certains médias vont plus loin et mettent les moyens pour que le produit final soit le plus qualitatif possible, sur la forme et sur le fond via des reportages exclusifs.

On pourra citer le succès Stay Tuned, produit et diffusé par la NBC sur Snapchat Discover depuis juillet 2017. Fort de ses 35 millions de vues uniques par jour, le format s’est exporté depuis l’été dernier sur Instagram. 30 journalistes travaillent sur l’émission. The Guardian produit une émission hebdomadaire sur les fake news. Les Instagrammers choisissent le thème qu’ils souhaitent voir traiter et la journaliste y répond sous forme de story en utilisant diverses fonctionnalités du réseau social. Konbini News avec Hugo Clément produit des reportages exclusivement sous cette forme, de même, plus récemment, que L’instant module sur franceinfo

Un potentiel encore sous-exploité ?

Si l’on en croit Facebook, il faut s’attendre à ce que « les stories surpassent les fils d’actu comme premier moyen de partager des choses avec leurs amis ».

Leur potentiel est donc énorme et il reste encore beaucoup de choses à explorer et à améliorer.

Dans une logique de spontanéité, les stories sont souvent réalisées rapidement, avec peu de moyens, au smartphone, pouvant donner un résultat que Julien Pain, rédacteur en chef à franceinfo, qualifie de « quick and dirty ». En augmentant la qualité de l’image (notamment via des smartphones 4K) et en intégrant pleinement les codes de narration d’un écran vertical, il est possible d’obtenir une réalisation singulière, originale et très qualitative.

Si les formats « spontanés » produits rapidement sont appelés à durer, les productions plus abouties ont tout autant leur place. Ainsi, David Botbol, de france•tv sport, confie que la production de stories « coulisses », en parallèle de grands événements sportifs, sont soutenus par des motion designers.

Si faire une story semble facile au premier abord, il y a néanmoins un coup à prendre, sans parler du ton à avoir qui doit coller à une cible souvent plus jeune. Pour éviter les « erreurs de débutants » (comme le fait de se regarder filmer plutôt que de regarder l’objectif !), les rédactions commencent à institutionnaliser les formations. L’AFP fait figure d’exemple : l’agence a formé l’ensemble de ses journalistes répartis dans les 151 pays couverts par l’agence de presse. Cela leur a notamment permis de transmettre des images rapidement lors d’un tremblement de terre à Mexico en février 2018.

Enfin, dans le contexte de défiance envers les médias que l’on connaît, les stories peuvent permettre de renforcer la proximité avec le public. Bien qu’elles semblent être un outil très intéressant pour expliquer et mettre en lumière le processus de fabrication de l’information, cette utilisation est encore sous-exploitée.

 

Crédit Image de Une :  rawpixel via Unsplash

Liens vagabonds : et si les médias dinosaures étaient finalement les seuls à réussir sur le web ?

A retenir cette semaine :

Le New York Times n’a jamais eu autant de journalistes : 1.600 ! Dont 120 embauchés l’an dernier. Et surtout 3,3 millions d’abonnés numériques (+27% en un an) ! Il sera bientôt majoritairement numérique ! Les médias dinosaures règnent sur Internet ! Et si il n’y avait tout simplement pas de modèle pour les pure players ?

Craig Newark (le tueur des petites annonces) va donner 10 M $ à l’école de journalisme de la Columbia NYC pour favoriser l’éthique. L’Allemagne ordonne à Facebook d’arrêter de croiser à tout va les données des utilisateurs sans leur consentement.

Excellents résultats financiers d’Alphabet (Google) pour le quatrième trimestre de son année fiscale 2018 : 40 milliards $ de revenus au dernier trimestre (+22%) et 9 milliards de bénéfices ! 31 milliards sur l’année (+140%) ! Avec toutefois quelques inquiétudes des investisseurs concernant les revenus publicitaires en baisse et la hausse des coûts… Disney, de son côté, double le nombre de ses abonnés au streaming sport d’ESPN, mais ses pertes se creusent. 

Spotify annonce des acquisition stratégiques pour accélérer sa croissance sur le marché du podcastCe qu’il faut encore à Spotify pour devenir une grande firme de podcasts même si ses revenus sont déjà en hausse de 30% l’an dernier. 

Tentative de perquisition chez Mediapart.

Environ 80 sites médias français adhèrent à un projet d’identifiant unique

3 CHIFFRES

709 millions de dollars : ce sont les recettes numériques qu’a généré le New York Times l’année dernière
126 millions : c’est le nombre d’utilisateurs actifs et quotidiens de Twitter, soit 60 millions de moins que Snapchat
3 milliards de dollars : c’est la valorisation de Reddit après une importante levée de fonds 

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE

Infographie: Google réduit sa dépendance à la pub | Statista
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DATA, AUTOMATISATION, INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, BLOCKCHAIN

 

4K,  U-HD, 8K, HDR

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Pas facile de déterminer ce que BuzzFeed a fait de travers

Par Laura Hazard Owen,rédactrice en chef adjointe de NiemanLab. Billet invité originellement publié en Anglais sur IJNet. Il vous est présenté dans le cadre d’un partenariat éditorial entre IJNet et Méta-Media. © [2019] Tous droits réservés.

BuzzFeed supprime environ 15% de ses effectifs dans le monde, soit quelque 220 emplois, avait révélé le Wall Street Journal. Le PDG de BuzzFeed, Jonah Peretti, l’a confirmé à son personnel mercredi dernier.

Même si BuzzFeed a enregistré environ 300 millions de dollars de revenus en 2018, selon le Wall Street Journal, Peretti a estimé que « la croissance des revenus en soi n’est pas suffisante pour réussir à long terme. La restructuration que nous entreprenons réduira nos coûts et améliorera notre modèle de fonctionnement pour que nous puissions nous développer et contrôler notre propre destin, sans jamais avoir besoin de lever de nouveaux fonds. »

(Indéniablement, il serait difficile d’organiser une autre série de levées (a) dans un environnement où les investisseurs ont perdu tout espoir d’une sortie multiple (b) et exigeraient certainement une baisse importante de l’évaluation par rapport au montant de 1,7 milliard de dollars de 2016.)

BuzzFeed avait déjà licencié 100 employés fin 2017. À la fin de l’année dernière, la société avait lancé un programme d’adhésion pour son contenu d’actualités – ce qui a été perçu par certains comme un mélange inhabituel de collecte de fonds de type radio publique et d’entreprise financée par du capital de risque.

BuzzFeed n’est certainement pas le seul à se débattre dans cet environnement publicitaire numérique. Les sociétés de médias numériques, Vox MediaVice, Mashable et Refinery 29, ont toutes licencié un nombre important d’employés au cours de la dernière année, tandis que Miclicencié l’ensemble de son équipe éditoriale, avant sa vente enflammée à Bustle Digital Group (également à présent propriétaire du soudain Gawker 2.0 qui n’a plus de personnel).

Les licenciements de BuzzFeed n’étaient pas les seuls annoncés le mercredi 24 janvier : Verizon Media Group, propriétaire de Yahoo, AOL, HuffPost et d’autres marques, licencient environ 800 personnes . (Oh, et n’oubliez pas les anciens licenciements chez les médias suivants : GannettThe Dallas Morning News et beaucoup d’autres petits médias qui ne font même plus l’actualité de l’industrie.) Ces événements sont déprimants en eux-mêmes mais, combinés, ils sont désastreux – surtout depuis que Mike Isaac du New York Times écrivait dans sa prédiction de 2019 pour Nieman Lab :

« La vérité c’est que les grandes sociétés de médias comme Disney (qui se concentre sur la lutte contre Netflix) et NBCUniversal (qui ne savent pas sur quoi ils sont concentrés) n’achètent pas. Il y a quatre ans, si vous étiez un BuzzFeed ou un Vox, vous vouliez simplement voir en NBC comme votre voie de sortie. Maintenant, cette histoire n’est pas aussi attrayante. Pire encore, si les start-ups les plus prometteuses se transmettent, qu’arrive-t-il aux petites? Comme Mic, Refinery29, Mashable qui devront toutes prendre des décisions difficiles (et certaines l’ont déjà fait, comme nous l’avons vu). »

(N’oublions pas, que cela se produit à une époque où le chômage est de 3,9%, où les bénéfices sont en hausse pour les entreprises et où la croissance économique est saine. La prochaine récession pourrait être douce pour l’ensemble du pays, mais ce ne sera pas pour le secteur de l’information.)

Les suppressions de posts spécifiques de BuzzFeed ne sont pas très claires (…). Un média craint ainsi que BuzzFeed News, l’unité d’enquête et de reportage de l’entreprise, soit particulièrement touchée, ayant été moins affectée par les licenciements précédents. Une autre possibilité est la réduction des effectifs à l’international : la rédactrice en chef de BuzzFeed britannique, Janine Gibson, a annoncé la semaine dernière qu’elle quittait la société. Les employés britanniques ont été touchés de manière disproportionnée par les licenciements de 2017. BuzzFeed a confirmé qu’il y aurait des mises à pied à BuzzFeed News et à BuzzFeed International, mais qu’il ne partagerait pas la manière dont celles-ci sont divisées.
(BuzzFeed News a été finaliste pour le prix Pulitzer des reportages internationaux ces  deux dernières années ).

Selon les chiffres compilés par ThinkNum,les recrutements chez BuzzFeed et BuzzFeed News avaient déjà considérablement ralenti avant l’annonce du mercredi 24 janvier : en avril 2017, BuzzFeed, recrutait 185 postes. La semaine dernière, la liste n’était que de 48 postes. L’embauche chez BuzzFeed News a pratiquement cessé : en août 2017, la division embauchait 21 postes. En octobre 2018, BuzzFeed ne recensait qu’un poste à pourvoir.

Ce qui est le plus effrayant cette fois-ci, c’est qu’il n’est pas facile de déterminer exactement ce que BuzzFeed a fait de travers. Oui, BuzzFeed semble avoir atteint la limite d’une stratégie reposant sur la publicité native et la distribution sociale  – mais elle s’est également ajustée, en essayant de générer des revenus provenant de la publicité programmatique ou du marchandising.

 

 

Crédit photo de Une : Geralt via Pixabay

Liens vagabonds : Apple montre ses muscles et finalise sa stratégie TV

A retenir cette semaine :

Apple en chevalier blanc contre Facebook pour protéger nos données ? Apple montre en tous cas qui est le maître !  et pourrait bien être le seul à pouvoir réguler Facebook  ; Il a d’ailleurs aussi bloqué Google qui utilisait également sa « backdoor » !

Apple met le paquet sur le contenu : Apple dévoile petit à petit sa stratégie TV ; son service de bouquet de streaming est attendu au printemps ; Apple va aussi lancer un service d’abonnement à des jeux ; Apple News Magazines : un service d’abonnement intégré à iOS 12.2 ?Les résultats d’Apple, en baisse, montrent une progression des services

Facebook essuie un nouveau scandale et enregistre un bénéfice record : le réseau social a payé des ados pour pouvoir surveiller leurs téléphones. Malgré les crises à répétition, Facebook dégage un bénéfice record au 4ème trimestre de … 7 milliards $ pour un bond de 30% du chiffre d’affaires à … 17 milliards $ ; Instagram revendique 500 millions d’utilisateurs quotidiens des stories ; Facebook se dote d’un board extérieur composé d’experts chargés de superviser les contenus de la firme.

Concentration en France : Altice rachète Molotov, M6 rachète les activités TV de Lagardère

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La SVOD marche désormais sur les platebandes de la TNT

Par Barbara Chazelle, France Télévisions, Prospective et Media Lab

Cela n’étonnera personne, l’usage de la SVOD est progression en France. Selon le baromètre annuel de NPA Conseil et Harris Interactive*, cela concerne désormais chaque jour 2,3 millions de personnes en moyenne, avec un pic à 3,9 millions au cœur de l’été. En un an, c’est une croissance de 20% en moyenne (sur les 4 premières semaines de janvier). Alors que le public de la télévision est vieillissant, les plateformes de vidéo à la demande par abonnement attirent les millenials qui peuvent y consommer jusqu’à 3 heures de contenus par jour. Et ça commence à se ressentir sur les audiences : certains soirs, les consommateurs de SVOD sont aussi nombreux que le nombre de téléspectateurs devant France 2 !

La SVOD, 5e chaîne en prime time

La consommation de la SVOD commence à marcher sérieusement sur les platebandes de la télévision, notamment en soirée où 2/3 des SVodistes boudent la télévision pour se connecter à leur plateforme préférée, dont la grande majorité à l’heure du prime (43%).

 

Le 16 janvier dernier était la soirée du mois (21h-23h) qui a compté le moins de SVoDistes : 1,44 million selon le baromètre. Cela place néanmoins la SVOD (toutes plateformes confondues) à la 5e place du classement des chaînes, si l’on se permet cette comparaison. Le 7 janvier, soirée où la SVOD a le mieux performé, elle arrive en 4e position avec 2,22 millions d’utilisateurs, soit le même nombre de personnes qui ont regardé France 2.

« La durée d’écoute a baissé sur le stock ces trois dernières années, mais reste stable sur le flux, l’info, divertissement. La bataille se joue donc plutôt sur l’univers du payant » nuance Philippe Bailly de NPA Conseil.

2/3 des SVoDistes sont des millenials ; 2/3 des téléspectateurs sont des seniors

Les jeunes Français adoptent plus rapidement ces nouvelles plateformes : plus de 12% des 15-24 ans sont consommateurs pour 10,5% des 25-34, 5,3% des 35-49 ans et 1,6% des 50 ans et plus. Mais les 25-49 ans progressent rapidement (220.000 de plus en moyenne en un an).

Ainsi, quand on regarde les profils des SVODistes versus ceux de la télévision, on constate que les utilisateurs des plateformes en ligne sont à près de deux tiers des Millenials (28% des 15-24 ans et 35% des 25-34 ans). Pour la télévision, ce sont les seniors qui pèsent pour deux tiers.

À noter que le téléviseur est l’écran principal de la SVOD pour deux tiers des usages, quelle que soit la population observée.

« On a parfois l’idée que la SVOD est consommée par des ados, seuls dans leur chambre sur leur mobile ou tablette. En réalité, on est plutôt sur une consommation collective, comme on le faisait avec la télévision. Une bonne moitié des utilisateurs regarde des contenus de SVOD en famille » précise Philippe Bailly.

Près de 3 heures de visionnage par jour chez les 15-24 ans abonnés à une offre de SVOD

Les abonnés à un service de SVOD en ont une pratique plutôt intensive : la moitié des SVODistes utilisent leur service au moins 3 fois par semaine et pour 25% d’entre eux, la consommation est quotidienne ou presque.

La consommation de SVOD représente 10 minutes par jour sur l’ensemble des 15+ en France. Ce chiffre monte à 2h48 si on isole les SVoDistes et jusqu’à 2h58 pour les 15-24 ans.**

Les sessions (durée de consommation sur une journée) sont d’1 à 3 heures pour 80% des utilisateurs, et de 1 à 2 heures pour près de la moitié d’entre eux. Pour rappel, selon Médiamétrie, les Français ont regardé 3h46 par jour la télévision tous écrans confondus en 2018.

« La consommation de SVOD a commencé à prendre le pas sur la télévision chez les plus jeunes mais ces usages ne sont pas incompatibles entre eux. Les gros consommateurs de SVOD sont aussi de gros consommateurs de contenus TV » estime Patrick Van Bloeme d’Harris Interactive.

Les 4 raisons du succès de la SVOD

83% des utilisateurs de SVOD ont déclaré être attaché à ce service.

« Cela signifie que le service est devenu essentiel, que ses utilisateurs auraient du mal à s’en passer. Le marché ne peut que croître, car les adaptes en parlent autour d’eux ce qui amène de nouveaux utilisateurs » explique Patrick Van Bloeme d’Harris Interactive.

Le baromètre met en lumière 4 facteurs qui permettent de comprendre l’engouement pour ces plateformes vidéo.

Harris Interactive et NPA estime à plus de 8.000 les titres disponibles fin 2018, soit environ 1.000 titres de plus qu’en 2017.

Seuls 2.900 titres différents ont été visionnés (soit plus du tiers du catalogue). Plus du quart de la consommation se fait sur 50 programmes. Certains titres enregistrent un taux de concentration impressionnant, comme la série Sex Education (Netflix) qui a fédéré plus de 8% de la consommation des 15-24 ans la troisième semaine de janvier 2019.

À ce jeu, Netflix, dont 25% du catalogue est composé de productions originales, remporte la palme. Le Top 5 des contenus ayant connu le plus de succès en SVOD sont tous des séries exclusives : 13 Reasons Why (34M de streams sur l’ensemble des épisodes), La Casa de Papel (31M), Orange is the New Black (19M), Riverdale (18M) et The Walkin Dead (13M).

Autre aspect de la stratégie, les plateformes de SVOD misent sur des thématiques peu présentes en télévision (comme le fantastique, la science-fiction ou l’horreur) qui surperforment par rapport à d’autres genres.

Que ce soit pour des productions originales ou leur choix de certains contenus distribués, Netflix et Amazon Prime savent prendre des risques. On peut citer le film Roma pour son esthétisme singulier, le documentaire 13 novembre, les drama coréens ou encore des séries indiennes qui explorent des thématiques plus engagées que les traditionnels Bollywood.

En 2018, Netflix et Amazon ont investi à eux seuls 100 millions d’euros pour la promotion de leurs services et contenus. Soit plus que TF1, France TV, M6 et ARTE réunis.

Le record de l’année est détenu par la série Jack Ryan pour laquelle Amazon Prime a dépensé 14,9M d’euros pour sa visibilité. Pour comparaison, le budget accordé à Un si grand soleil, la série quotidienne de France 2, aurait été de 2,4M d’euros.

Les enjeux pour 2019

Le marché de la SVOD est encore jeune et de nombreux défis l’attendent en 2019. À commencer par la transposition de la Directive SMA de Bruxelles qui impose au moins 30% de titres européens aux plateformes. Mais la question du décompte reste entière. Parle-t-on de titres uniques, de nombre d’épisodes ou de volume horaire ? Comme le montre le slide ci-dessous, l’effort ne serait pas tout à fait le même à fournir selon le critère adopté. Par ailleurs, si les titres britanniques sont pour le moment européens, qu’en sera-t-il après le Brexit ?

Deuxièmement, la multiplication des offres. De gros acteurs ont déjà annoncé le lancement de leur plateforme de SVOD en 2019 (Disney +, Warner, StarzPlay, Now TV, NBC Universal, Apple) avec un risque pour le consommateur de complication de l’expérience SVOD liée à la fragmentation de l’offre et l’appauvrissement des catalogues.

Dans ce contexte, la distribution devient un enjeu de plus en plus central et il sera intéressant de suivre les alliances qui vont se nouer dans les prochains mois.

Enfin, l’AVOD (Advertising Video On Demand) est un modèle qui prend de l’ampleur, comme financement alternatif ou complémentaire. De gros acteurs montrent l’exemple, comme HBO, Amazon (Freedive) ou encore Hulu qui a baissé son abonnement (de 8 à 6 dollars), mais insère désormais des publicités lorsque l’utilisateur met la vidéo en pause. Résultats : 1,5 milliard de dollars de revenus publicitaires (+45% en un an). Dans les pays nordiques, où la consommation de SVOD est déjà très répandue, l’AVOD représente près d’un quart du marché publicitaire vidéo (TV+web) selon MediaVision.

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* Baromètre réalisé sur 15.000 téléspectateurs recrutés par Harris Interactive avec 2.000 répondants par jour depuis le 1er janvier 2018. 10 plateformes sont prises en compte (Amazon Prime, Canal Play, Filmo TV, Guilli Max, Netflix, Film Struck, OCS, SFR Play, Tfou max, Video Futur)

** Durée de visionnage SVOD individuelle en moyenne journalière au cours de la 1ere semaine de janvier 2019.

 

Journalisme d’investigation open-source : retour d’expérience de la BBC

Par Mandla Chinula, journaliste, producteur de médias, photographe et cinéaste indépendant. Billet invité originellement publié en Anglais sur IJNet. Il vous est présenté dans le cadre d’un partenariat éditorial entre IJNet et Méta-Media. © [2019] Tous droits réservés.

En juillet 2018, une vidéo montrant des femmes et des enfants se faisant bander les yeux et tirer dessus par des hommes en uniforme militaire a commencé à circuler sur les médias sociaux. Amnesty International a accusé les soldats camerounais d’être responsables des meurtres perpétrés dans le pays. Le gouvernement Camerounais a d’abord rejeté les informations, les qualifiant de « fake news » et insistant sur le fait que les soldats n’étaient pas camerounais.

Via Africa Eye, l’unité d’enquête open-source de la BBC sur l’Afrique a été en mesure d’identifier quand et où les meurtres ont eu lieu, le type d’armes utilisés et l’identité des auteurs. L’enquête a montré que les uniformes militaires portés par les soldats dans la vidéo étaient bien ceux de certaines divisions de l’armée camerounaise.

Le journalisme et les enquêtes open-source impliquent l’utilisation d’informations publiques – telles que des images satellites, des jeux d’open data et les médias sociaux – pour raconter une histoire ou vérifier des événements polémiques. Les journalistes peuvent extraire, vérifier et analyser des données ou informations facilement disponibles sur Internet.

L’enquête a attiré beaucoup l’attention, principalement à cause d’horreur des meurtres et des techniques utilisées pour enquêter et illustrer différents aspects de l’histoire. Africa Eye a publié un fil de discussion Twitter qui résume le rapport d’enquête et qui a reçu plus de 70 000 «j’aime» et 50 000 «retweets».

Daniel Adamson, producteur de séries à Africa Eye, et Benjamin Strick, enquêteur open-source, ont expliqué à IJNet comment ils avaient pu mener l’enquête.

Déterminer le cadre de l’enquête

Les enquêteurs de BBC Africa Eye ont cherché à répondre à trois questions : où cela s’est-il passé ? Quand cela est-il arrivé ? Qui était responsable ?

Préciser les éléments que l’on espère découvrir et les moyens d’y parvenir facilitera un projet de journalisme open-source. Pour avoir une idée des éléments essentiels qui seraient nécessaires à une enquête, Adamson suggère d’être exposé à d’autres travaux en open source.

« Commencez par suivre Bellingcat sur Twitter », conseille-t-il. « Lisez tout leur travail et regardez les outils qu’ils utilisent. Suivez également l’équipe d’investigations visuelles du New York Time – ils brillent par leur travail en open-source. Pour les documentaires d’investigation de toute l’Afrique, suivez BBC Africa Eye sur YouTube. Si vous regardez tous ces films, vous commencerez à percevoir les éléments essentiels d’une enquête. »

Une fois que vous avez déterminé un cadre, mener une enquête nécessite de suivre des procédures ou procédés particuliers qui aident à organiser et à accélérer le processus d’enquête. Chaque approche peut ne pas être exactement la même pour tout le monde, mais il est utile de disposer de systèmes pour plus d’efficacité, explique Strick qui travaille souvent à reculons dans ses enquêtes, éliminant ainsi ce qu’il sait ne pas être vrai.

Utiliser des outils gratuits

Les outils utilisés par l’équipe pour enquêter sur les meurtres sont facilement accessibles à quiconque dispose d’un ordinateur et d’un accès Internet.

« Le travail open-source peut être fait par n’importe qui. Les outils sont pour la plupart gratuits. Cela demande juste une volonté d’apprendre, une approche méthodique et de la patience », affirme  Adamson.

Strick a utilisé un lecteur vidéo pour analyser la vidéo image par image et Google Earth pour identifier l’emplacement de la vidéo. L’équipe a également utilisé Sentinel Hub, un système basé sur le cloud pour analyser les images satellites pour confirmer les emplacements, et SunCalc, une application en ligne qui indique les mouvements et la lumière du soleil pour déterminer l’heure des meurtres.

Collaborer avec des non-journalistes

Le journalisme open-source s’appuie fortement sur la collaboration avec des non-journalistes pour contribuer et vérifier les faits. L’équipe travaillant sur le sujet comportait trois journalistes et un groupe d’environ 15 autres collaborateurs organisés en un groupe Twitter et une conversation Slack. Des analystes et des chercheurs d’Amnesty International ont également contribué à l’enquête.

« Il existe toute une communauté d’analystes open-source en ligne, dont beaucoup possèdent des spécialités et des domaines d’expertise. Leur collaboration est essentielle pour ces enquêtes », explique Adamson. « Tous les résultats, bien sûr, sont vérifiés de manière indépendante par la BBC. »

Bien que les collaborations fournissent des compétences et des connaissances approfondies, Adamson a également noté que le processus de travail avec des chercheurs open-source peut être un défi, car ils sont habitués à publier des informations au fur et à mesure qu’ils les trouvent.

« La communauté d’investigation open-source est habituée à travailler de manière très transparente, publiant chaque constatation au fur et à mesure sur Twitter » explique Adamson. « C’était un défi de [leur] dire : ‘Attendez, gardez cette information pour l’instant. Allons au fond de l’histoire puis publions’ »

 

Crédit photo de Une : Bruce Mars via Pexels.com

Liens vagabonds : toujours pas de modèle économique pour le journalisme

A retenir cette semaine :

Dans une économie US en plein boom, le journalisme ne parvient toujours pas à trouver son modèle économique, ni dans les médias traditionnels, ni dans les supports numériquesBuzzFeed licencie des dizaines de journalistes ; Plan social aussi dans les rédactions de Gannett, 1er groupe de presse US ; Verizon coupe dans ses effectifs média : -7% ; des licenciements aussi au Huffington Post

Amende de 50 M € pour Google en France la CNIL a épinglé le géant américains pour 3 raisons : 1) Google dissémine l’information à laquelle vous avez droit pour que vous ne la trouviez jamais 2) Google noie le poisson sur le consentement de l’utilisateur 3) Avec Google, vous consentez à donner des infos sans savoir pourquoi. Google va faire appel. D’autre part, si les articles 11 et 13 de la directive européenne sur le droit d’auteur venaient à être finalement appliqués, Google retirerait d’Europe Google News. La menace est-elle à prendre au sérieux?   Le débat est ouvert !

Confiance : parution cette semaine de deux rapports importants. Le baromètre Edelman sur la confiance dans la institutions révèle qu’à l’échelle mondiale un profond sentiment d’injustice à l’échelle mondiale qui s’accompagne par un désir urgent de changement. Dans ce contexte, les citoyens s’engagent davantage dans l’actualité et considère « mon employeur » comme la  première source d’information fiable sur les problèmes de société et l’interlocuteur privilégié pour mener le changement. Le Baromètre Kantar / La Croix sur la confiance dans les médias en France souligne aussi regain d’intérêt pour l’actualité mais la confiance est au plus bas depuis 32 ans. Les Français sont insatisfaits du traitement médiatique des grands événements et les journalistes sont sommés de se remettre en question. Les pistes de Franck Riester pour rétablir la confiance dans les médias.

A (relire) : un bon résumé des dégâts causés au journalisme par FacebookUne bonne piste consiste à faire participer bien davantage l’audience au travail journalistique et sans doute pour les journalistes à se remettre en question. A noter que Facebook se lance dans les pétitions et renoue ainsi avec la politique.

3 CHIFFRES

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE

 

en partenariat avec Statista

DIGNE DE VOTRE TEMPS

DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION

USAGES ET COMPORTEMENTS

SURVEILLANCE, CONFIANCE, DONNEES

LEGISLATION, REGLEMENTATION

RÉSEAUX SOCIAUX

 

PLATEFORMES VIDEOS, OTT, SVOD

STORYTELLING, NOUVEAUX FORMATS

IMMERSION, 360, VR, AR

FAKE NEWS, LIBERTE DE LA PRESSE

JOURNALISME

AUDIO, PODCAST, BORNES

DATA, AUTOMATISATION, INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, BLOCKCHAIN

5G / MOBILES / TELCOS

JEUX VIDEO, eSPORT

PUBLICITE, MONETISATION

TECH, STARTUPS, SMART

 

 

 

 

 

Les Français peu satisfaits du traitement médiatique des grands événements

Par Barbara Chazelle, France Télévisions, Prospective et MediaLab

Si les médias d’information connaissent une crise de confiance importante, à l’instar des autres institutions par ailleurs, sa relation avec les citoyens a atteint un niveau de violence rare ces dernières semaines. C’est dans ce contexte que Kantar Sofres pour La Croix publie aujourd’hui son baromètre annuel sur « la confiance des Français dans les médias ». Si l’actualité connaît un regain d’intérêt, la défiance envers les journalistes reste importante et la crédibilité des médias est à son plus bas niveau. Les Français sont peu satisfaits du traitement des sujets marquants mais point positif, considèrent les journalistes comme le premier rempart contre les fausses nouvelles.

Les médias ont trop parlé de certains sujets et pas assez d’autres

2018 a été riche en événements marquants qui ont alimenté les médias et les discussions sur le réseaux sociaux. Les Français considèrent que les médias ont trop parlé du litige sur l’héritage de Johnny Hallyday (88%), de l’affaire Benalla (60%) et de la victoire de l’équipe de France en finale de la coupe du monde (47%), pas assez parlé de la Marche pour le climat (54%), des révélations sur les affaires de pédophilie dans l’Église catholique (49%) et du vote de la loi sur le harcèlement de rue (43%) mais ont parlé comme il faut de l’attentat terroriste du marché de Noël de Strasbourg (70%, des incendies en Californie (68%) et des commémorations du centenaire de la Première Guerre Mondiale (62%).

Par ailleurs, 50% des personnes interrogées considèrent que le sujet des violences faites aux femmes est mal traité. L’insatisfaction monte à 57% pour le dérèglement climatique et ses conséquences.

Enfin, sur la crise des Gilets Jaunes, plus de la moitié des sondés (51%) trouve la couverture mauvaise, contre 32% de satisfaits. 67% des Français reprochent aux médias une dramatisation des événements, 52% d’avoir trop laissé de places aux points de vue extrêmes et 54% le manque de pédagogie. Point positif : l’effort de diversité dans la prise de parole, avec le sentiment que les médias ont donné la parole à des personnes qu’on ne voit pas d’habitude à la télévision. (79%)

« L’insatisfaction des Français envers les médias n’est pas nouvelle : les échantillons répondants à notre Baromètre reprochent toujours aux médias de ne pas assez parler des sujets graves, sujets qui ne les passionnent d’ailleurs pas quand on regarde les audiences. Mais l’on constate cette année une aggravation circonstancielle liée aux Gilets Jaunes », explique Guillaume Goubert, Directeur de La Croix. « Nous sommes face à un public qui a un regard de plus en plus expert. Les critiques adressées ne sont pas gratuites. Les rédactions se posent les mêmes questions : violence des images, place donnés aux sujets polémiques, équilibre dans la prise de parole… Cette distance critique vis-à-vis de l’information, y compris des fausses nouvelles, est plutôt une bonne chose pour la démocratie. »

Regain d’intérêt pour l’actualité

L’année dernière, l’intérêt pour l’actualité avait atteint son plus bas niveau depuis 1987. Il remonte cette année même si l’on reste en deçà des performances des années 90 et 2000 : 67% des personnes interrogées suivent les nouvelles avec un (grand) intérêt (+5 points).

Cependant, ce chiffre cache quelques disparités. Entre les générations d’abord. Les jeunes s’en fichent. Moins de la moitié des 18-24 ans déclarent porter de l’intérêt à l’actualité (49%) contre 74% pour les plus de 65 ans. Par ailleurs, les moins diplômés ne sont que 51% à s’y intéresser.

À noter que le Baromètre d’Edelman sur la confiance envers les institutions fait le même constat : alors que les citoyens du monde désirent vivement du changement, ils s’intéressent et s’engagent davantage dans l’actualité : à l’échelle mondiale, 40% des personnes interrogées par Edelman consomment non seulement des nouvelles une fois par semaine ou plus, mais ils les amplifient aussi systématiquement en les partageant.

La crédibilité des médias à son plus bas niveau

Radio, presse, télévision, Internet : si le classement des médias perçus comme les plus fiables n’a pas changé depuis 30 ans, leur taux de leur crédibilité atteint de tristes records cette année, malgré le petit sursaut de l’an dernier.

La radio reste le média le plus crédible (50% ; -6 points) suivi de la presse écrite (44% ; -8 points) et de la télévision, le média jugé le mois crédible depuis 2004 (38% ; -10 points).

Ce manque de confiance dans les médias s’explique en partie par la perception de l’indépendance des journalistes : près de 1 Français sur 7 pense que les journalistes ne résistent pas aux pressions des partis politiques et du pouvoir – un nouveau record accablant – et 62 % aux pressions de l’argent.

Très inquiétant, 23% des répondants justifient l’agressivité envers les journalistes pour 32% qui la condamnent.

« On est passé d’une critique des médias à une critique des journalistes, remarque Jean-Marie Charon, sociologue des médias et chercheur associé à l’EHESS. Avant, on critiquait le rapport/le lien avec le pouvoir. Aujourd’hui, c’est le rapport aux élites qui est pointé du doigt. C’est un problème de compétence, certaines classes sociales n’ont pas l’impression de parler d’égal à égal. »

 

Quant à Internet, un quart des Français lui accorde sa confiance, un taux stable par rapport à l’année dernière. Concernant  les réseaux sociaux, seuls 17% des sondés affirment avoir confiance dans les informations postées par un ami. Ce chiffre atteint un peu plus d’un tiers de la population (36%) pour les publications d’un média. À noter que les moins de 35 ans leur font davantage confiance que leurs aînés (49% vs 32% pour les 35 ans et plus).

Défiance que les internautes s’appliquent à eux même : 17% déclarent ne pas partager d’information sur les réseaux sociaux.

Le paradoxe des usages  : la télévision, premier média d’accès aux nouvelles

En France, la télévision reste le média d’information privilégié d’accès aux nouvelles (46%), ainsi que pour approfondir à l’information. Les chaînes généralistes précèdent dans ce choix (52%) les chaînes d’information en continu (32%). À noter que l’intérêt pour la télévision a perdu 10 points en 4 ans alors qu’Internet, qui est le 2e moyen de s’informer (29%) connaît une nette progression (+9 points en 3 ans). Les usages en ligne sont tirés par le mobile qui pèse pour 18%, autant que la radio.

Chez les moins de 35 ans, Internet est le premier moyen de suivre l’actualité à 42% et jusqu’à 53% pour les 18-24 ans.

A ce paradoxe, Céline Pigalle, Directrice de la rédaction de BFM, réagit :

« La télé souffre d’un manque de confiance mais reste la principale source d’information. Il faut faire une opportunité de tout cela. Il faut écouter ce qu’on nous dit et adapter nos choix quotidiens. On traversé une crise historique mais cette crise est une chance pour la société et pour les médias de réfléchir profondément sur la manière dont on doit travailler.»

Sur internet, les sites ou applications des titres de presse (28%) ont la primeur suivis des réseaux sociaux (18% mais 47% pour les 18-24 ans), des résultats équivalents à l’année dernière.

Fake news : les journalistes, premier rempart contre les fausses nouvelles

Le phénomène des fake news explique probablement en partie le manque de confiance et d’intérêt pour l’information. En France, 62% des personnes interrogées déclarent avoir été confrontées à “des informations qui déforment la vérité ou sont fausses” plus d’une fois par mois, et près d’1 Français sur 2 une fois par semaine et même plus.

Les moins de 35 ans ont davantage l’impression d’être plus confrontés aux fausses nouvelles (78% vs 57% pour les 35 ans et plus à raison de plus d’une fois par mois)

À ce fléau, trois acteurs devraient pouvoir agir contre la propagation des fausses nouvelles : les journalistes (36%), les régulateurs des médias (34%) et les citoyens eux-mêmes (31%). Le gouvernement ne convainc dans ce rôle qu’un petit quart des Français (23%).

Les enseignants et universitaires sont au bas du classement (respectivement 4% et 2%)  : il serait probablement intéressant de s’interroger sur la pertinence de l’éducation aux médias telle qu’elle est délivrée aujourd’hui ainsi que sur les moyens et à la place donnés aux chercheurs sur ces sujets pour arriver à des chiffres aussi faibles.

 

 

Crédit image de Une : Kevin Grieve via Unsplash

La confiance de plus en plus liée à la proximité; inégalité entre public averti et reste de la population

Par Barbara Chazelle, France Télévisions, Prospective et MediaLab

Les institutions traditionnelles traversent une crise de confiance croissante depuis deux décennies : gouvernements, institutions religieuses, puissances économiques et financières, médias… Nuls ne semblent trouver grâce aux yeux des citoyens, plus pessimistes que jamais mais désireux de changements.

Le Baromètre sur la Confiance 2019 d’Edelman, réalisé en ligne auprès de plus de 33.000 sondés dans 27 pays, révèle qu’à l’échelle mondiale, les populations ont désormais confiance dans leurs relations de proximité, les employeurs en tête de liste pour faire ce qui convient en temps de crise. Deuxième enseignement majeur : une inégalité de confiance historique entre le “public informé” et “la population de masse”.

Niveau record d’inégalité de confiance entre le public averti et le reste de la population

Les quatre institutions principales que sont le Gouvernement, les entreprises, les médias et les ONG ont gagné quelques points de confiance, mais rien de significatif selon Edelman. Le gouvernement et les médias restent les institutions les moins fiables selon les sondés ; moins de 50% de la population générale leur accorde sa confiance.

Le rapport Edelman met en lumière une divergence de confiance profonde entre le “public informé” et la “population de masse”, beaucoup plus sceptique. La confiance du public informé atteint un niveau record (65%), tandis que la masse de la population continue de se méfier des institutions (49%).

Ainsi, sur 18 marchés, il existe désormais un écart de confiance à deux chiffres (16 points en moyenne) entre le public informé et le reste de la population : jusqu’à 24 points d’écart en Grande-Bretagne, 18 points en Allemagne et en France (44% de la population générale fait confiance aux institutions vs 59% du public informé). Alors que le problème de l’inégalité de confiance était plutôt celui des pays développés, il tend à toucher certains pays en développement (17 points d’écart en Inde ; 12 points en Chine).

Le rapport parle de “fossé idéologique profond” (…) qui “fournit un terrain favorable au nationalisme, au protectionnisme et aux mouvements d’insurgés à la base”.

La confiance est également inégale en fonction du sexe, les femmes faisant moins confiance aux institutions que les hommes, avec en moyenne dans le monde un écart de confiance de 5 points, jusqu’à 12 points en Allemagne et 11 points aux États-Unis. L’écart le plus important concerne le secteur des affaires auquel les hommes font confiance à 60% alors que les femmes sont neutres à 53%.

Le rapport interroge : “Les femmes ne voient pas les femmes en charge des affaires ou aussi valorisées que les hommes. Est-ce que cela mine leur foi ?” Le débat est ouvert !

Un fort sentiment d’injustice au niveau mondial

Selon Edelman, seul un sondé sur cinq estime que le système fonctionne pour eux, près de la moitié de la population de masse estime que le système leur fait défaut. Plus de 7 personnes sur 10 ressentent un sentiment d’injustice fort dans le monde.

Les pays développés sont particulièrement pessimistes, à l’instar de la France où à peine un tiers de la population pense que leur situation sera meilleure dans 5 ans.

La crainte de perdre son emploi est importante. En cause, le manque de compétences et de formation (59%), mais aussi la montée en puissance de l’automatisation et l’innovation (55%). Le regard porté sur l’évolution du travail est là aussi synonyme de fracture sociale : pour 54% des sondés, le rythme d’innovation est trop rapide et 21% le disent trop lent.

Un désir urgent de changement, qui passe par un engagement accru avec l’actualité

Malgré la divergence de confiance entre populations, toutes partagent un désir urgent de changement qui s’accompagne d’une tendance croissante vers l’engagement et l’action : le mouvement #MeToo, les Gilets Jaunes, des mutineries au sein de grandes entreprises technologiques pour divergences de points de vue en 2018 sont autant de preuves citées par le Baromètre.

La volonté de reprendre en main la prise son destin a suscité un regain d’intérêt pour l’actualité ainsi qu’une hausse importante de l’engagement avec les informations de 22 points. Cette tendance est tout à fait surprenante au vu des résultats du Baromètre 2018 qui montraient que l’intérêt pour l’information était au plus bas : alors que près de la moitié des sondés avaient déclaré consommer des informations moins d’une fois par semaine l’année dernière, ils ne sont plus que 28% dans ce cas en 2019. 40% des personnes interrogées consomment non seulement des nouvelles une fois par semaine ou plus, mais ils les amplifient aussi systématiquement (+14 points vs 2018).

Dans ce contexte, les médias traditionnels tirent leur épingle du jeu en tant que source d’informations, à égalité avec les moteurs de recherche, avec un taux de confiance historique à 64%. Les médias sociaux quant à eux ne sont plus des sources crédibles pour plus de la moitié de la population, notamment dans les pays développés. L’écart de confiance entre médias traditionnels et médias sociaux atteint 26 points en Europe et 31 en Amérique du Nord.

Comme l’an dernier, les fake news restent un sujet de préoccupation  : 73% des répondants craignent que les fausses informations soient utilisées comme une arme.

« Mon employeur » devient l’institution la plus fiable et le partenaire privilégié du changement

Dans ce contexte de volonté de changement, 75% des personnes font confiance à « mon employeur », soit 27 points de plus que les pouvoirs publics à 48% ou les médias à 47%.

58% des employés dans le monde affirment qu’ils comptent sur leur employeur pour être une source d’information fiable sur les problèmes de société controversés et s’attendent à ce qu’il prenne des mesures concernant les problèmes de société (67%). Plus des trois quarts (76%) des répondants estiment qu’il est extrêmement important que « mon PDG » prenne l’initiative du changement, avant même une quelconque direction du gouvernement.

En France, 70% des sondés estiment qu’une entreprise peut avoir une action bénéfique pour la société et augmenter ses profits.

« La dernière décennie a été marquée par une perte de confiance dans les personnalités et institutions traditionnelle. Plus récemment, les gens ont perdu confiance dans les plateformes sociales qui favorisaient la confiance entre pairs. Nous assistons maintenant à une réorganisation de la confiance envers des sources plus locales, avec “Mon employeur” comme entité la plus fiable, car les relations les plus proches de nous nous semblent plus contrôlables. (…) C’est l’émergence du nouveau contrat entre employé et employeur que nous appelons la confiance au travail » a déclaré Richard Edelman, président-directeur général d’Edelman.

 

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