Liens vagabonds : Newsfeed Facebook, le cauchemar devient réalité pour les médias
A RETENIR CETTE SEMAINE :
Facebook annonce un changement majeur dans son newsfeed. Après le test d’octobre 2017, qui avait semé un vent de panique dans les médias, le géant va désormais clairement avantager les publications des amis au détriment des pages média dans son le fil d’actualités. “Bon pour les utilisateurs”, mauvais pour les médias, ce nouveau newsfeed pourrait diminuer le temps passé sur la plateforme et les taux d’engagement. Les rédactions vont avoir du mal à s’adapter. Resserrememt donc de Facebook autour des liens forts et moindre rôle de redchef mondial. Peut être aussi une forme de libération.
CES : Le futur de l’automobile était cette année au coeur du Consumer Electronics Show. Le CES était aussi l’occasion pour Amazon Alexa et Google Assistant de renforcer leur bataille. La Poste s’y est imaginée en nouveau géant de la santé connectée ; Machine à plier les vêtements, frigo à insuline, écran souple… le pire et le meilleur du CES de Las Vegas.
En plein CES, Facebook confirme les rumeurs sur son enceinte connectée et laisse « fuiter » le nouveau produit “Portal”, assistant vocal (et vidéo). Il serait présenté pendant la conférence annuelle de Facebook, F8, qui a lieu au mois de mai. En même temps, Facebook abandonne son assistant M – le début de la fin des chatbots ? Cette semaine encore, Facebook se met à favoriser les infos locales.
Et aussi : GoPro est à vendre ; Pickle TV : Orange lance une chaîne pour les jeunes avec Studio+ et Spicee ; Coupe du Monde de Foot : coopération de Fox avec Twitter et Snap ; La Bundesliga sur Facebook en Pologne ; Disney sort les dirigeants de Facebook et de Twitter de son board.
3 CHIFFRES
79% des Français sont favorables à une loi contre les fake news
x 2 pour les abonnements numériques du Washington Post en 1 an (fois 3 en 2 ans)
IA : le taux d’erreur sur la détection automatique d’images est passé de 28,5 à 2,5 en 7 ans (en dessous de celui des humains)
FAKE NEWS / POST TRUTH
- Facebook commence à songer à partager ses données sur les efforts contre les fake news
- Bilan mitigé du programme journalisme de Facebook
- Fake News : Le Monde explique son partenariat avec Facebook
- Les groupes de presse rejoignent les Groupes Facebook
La campagne du NYTimes :
The truth has a voice.
This commercial for The New York Times premiered during the Golden Globes. pic.twitter.com/bDdSVPgLzf
— The New York Times (@nytimes) 8 janvier 2018
“MUST READ”
- Le mensonge de la post-vérité
- L’informatique quantique va changer le monde
- Comment échapper aux algorithmes espions
SURVEILLANCE / CONFIANCE / WINNER TAKES ALL
- Un outil pour surveiller Facebook
- Quand Facebook laisse les annonceurs prendre nos numéros de téléphone
Quand Facebook dit ne pas être un média !
‘We’re not a media company!’ —> celebs holding Facebook mics pic.twitter.com/KkpMWKMgKl
— Sarah Perez (@sarahintampa) 7 janvier 2018
- Des Brigades du Tigre à Minority Report, la police et la technologie
- Apple va introduire de nouveaux outils pour protéger les jeunes utilisateurs
- Ces grandes entreprises qu’Apple pourrait racheter en 2018
- Revoir les politiques anti-trust
NOUVEAUX USAGES ET COMPORTEMENTS
- WeChat: 1er service d’infos en Chine
- Snap : Discover ne marche pas
- L’avenir des documentaires
- Record de ventes sur les applis Apple le 1er janvier : 300 millions $ !
- Les consommateurs réclament plus des services de streaming
- Deux gros actionnaires d’Apple avertissent des risques de l’iPhone pour les enfants
- Les magazines embauchent des acteurs pour lire leurs articles
- Comment Blinkist (qui propose des résumés audio de livres, hors fiction) a dépassé les 4M d’utilisateurs avec un modèle basé sur l’abonnement
MOBILITES / LIVE
5G
VEHICULES AUTONOMES
360° / REALITE VIRTUELLE / REALITE AUGMENTEE
BOTS, INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, AUTOMATISATION, BIG DATA, MACHINE LEARNING
News industry adoption of machine learning. pic.twitter.com/RAzwYy26sy
— Benedict Evans (@BenedictEvans) 13 janvier 2018
- Préparez-vous à travailler avec l’IA en 2018
- L’intelligence artificielle de YouTube vous tient
- 5 expressions de l’Intelligence Artificielle qu’il faut comprendre
- Titan AI, un bot qui comprend vos émotions
RESEAUX SOCIAUX, PLATEFORMES
NOUVEAUTES
VIDEO / SMART TV / STREAMERS / MULTI-ECRANS
- SVoD : Amazon ferme son service de dessins animés et le rapatrie dans Prime
- Les éditeurs ne font pas la différence entre Facebook Watch et Youtube
- Facebook Watch, quelle monétisation ?
JEUX VIDEO / eSPORT
PUB
- YouTube promet un espace sécurisé aux annonceurs
- Pour le CEO du Spiegel, l’époque est à l’abonnement payant
- Amazon Alexa se lance doucement dans la pub
JOURNALISME 2.0
OUTILS
Retrouvez la sélection des outils Méta-Media sur jTools
ES avec l’équipe Méta-Media
Des vidéos pour aider les plus jeunes à protéger leur vie privée en ligne
Par Barbara Chazelle, France Télévisions, Prospective et Media Lab
Les 7-12 ans passent 6h10 connectés chaque semaine, selon le dernier rapport Junior Connect d’Ipsos. Que font-ils ? Ils regardent des vidéos sur YouTube et s’échangent des nombreux messages sur les différents réseaux sociaux. L‘inscription sur ces plateformes est déjà majoritaire dès la 5e (62,3%)… alors même qu’il faut avoir 13 ans pour s’y inscrire. Clandestins du web social et pourtant bien actifs, combien, parmi les 10-14 ans maîtrisent la gestion des paramètres relatifs à la protection de leur vie privée ?
Pour la 4e année consécutive, le concours « Trophées EDUCNUM » lance aux étudiants de 18 à 25 ans le défi d’aider les plus jeunes à mieux protéger leurs données personnelles à travers des vidéos aussi ludiques que pédagogiques.
Etudiants, voici pourquoi vous devez participer !
Vous faire connaître
Remporter les trophées, c’est un excellent moyen de vous positionner sur le marché porteur de la protection de la vie privée. Si votre projet est retenu, le collectif Educnum s’engage à le valoriser dans les médias et sur ses supports de communication.
Élargir votre réseau
Participer à ce concours est l’occasion idéale de nouer des contacts et rencontrer d’autres jeunes, entreprenants et créatifs, comme vous.
Vivre une expérience unique !
Entrez dans la compétition et défendez votre projet devant un jury de professionnels du numérique et de l’éducation. Vous pourrez valoriser cette expérience dans votre parcours en tant qu’étudiant ou professionnel.
Et en plus, de nombreux cadeaux à la clé !
Les dates à retenir
Lancement officiel des Trophées EDUCNUM : 8 janvier 2018
Date limite de dépôt des projets : 9 avril 2018
Sélection des dossiers par le jury : mai 2018
Remise des Trophées : juin 2018
Ce concours, organisé par la CNIL, le collectif EDUCNUM et le ministère de l’Education Nationale est en partenariat avec France Télévisions et Mouv’.
Pour en savoir plus et participer, cliquez ici
Best of 2017 : les 10 billets les plus lus et partagés
Voici les 10 billets Méta-Media que vous avez préféré lire et partager en 2017.
Un grand merci pour votre fidélité et vos nombreux commentaires enthousiastes au fil des publications qui nous font toujours chaud au cœur et nous encouragent. Toute l’équipe vous souhaite une très belle année 2018 !
Scénario catastrophe pour les médias d’informations : la faute à leurs dirigeants
Alarmiste sans être fataliste, Amy Webb, fondatrice du Future Today Institute, a averti sans détour les médias sur les dangers qui les guettent. Sa conférence annuelle sur les tendances tech à venir a été l’occasion d’évoquer différents scénarii possibles, du plus sombre au plus optimiste. Tout reste encore possible mais cela demande une prise de conscience et surtout une réaction !
Suivi de l’opinion : nous avons testé les Big Data et l’IA
Et si les sondages traditionnels, pourtant encore cités comme référence absolue malgré leurs limites prouvées lors des derniers scrutins, n’étaient plus l’outil adéquat ? Test grandeur nature pour tirer des conclusions plus proches de la réalité à l’aide de l’IA et du data ! Bientôt dans vos rédactions ?
New York Times : le changement c’est maintenant
Une fois encore le New York Times confirme son statut de précurseur en publiant son « livre blanc » pour les trois années à venir. Une stratégie qui témoigne d’une grande lucidité quant aux défis à relever et d’un changement de mentalités au sein de sa rédaction. Les axes directeurs annoncés ? Un lecteur replacé au cœur des préoccupations, une information plus multimédia, une transversalité des compétences dans la rédaction et un management repensé !
Qui sont vraiment les Millennials ? Anatomie d’un buzzword
Le terme est partout, utilisé à tort et surtout à travers, pour désigner une image souvent floue et éloignée de la réalité. Mais alors, qu’est-ce qui différencie vraiment la dernière catégorie née de celle du Baby Boom ou de la génération X ? Au-delà des clichés qui y sont associés, voici une typologie des grandes caractéristiques du Millennial. Et si chacun ne pourra pas cocher toutes les cases, il pourra certainement se retrouver dans quelques-unes d’entre elles…
Laisser les GAFA seuls maîtres de notre avenir ? Hum… Comment dire ?
Et s’il était trop tard pour reprendre le contrôle sur des GAFA, devenus trop puissants, trop indispensables à nos vies et donc impossibles à contourner ? Cette forme de domination moderne appelle des réponses renouvelées quand, malgré leur refus d’assumer leur responsabilité dans le monde connecté comme dans le monde réel, leurs actions ont de réelles conséquences politiques, sociales et économiques.
« Homo deus – Une brève histoire de l’avenir » : magistrale synthèse du monde qui vient
S’extraire des considérations et de nos inquiétudes immédiates pour se projeter dans le long cours ? C’est ce qu’a fait Yuval Noah Harari dans Homo Deus en dessinant l’ébauche de ce qui est en train de naître sous nos yeux et les implications qu’auront les nouvelles technologies sur l’ensemble des sphères de notre vie.
Les usages des 10-13 ans, ces clandestins du web social
Officiellement, ils n’ont même pas l’âge minimal pour s’inscrire sur les différents réseaux sociaux. Officieusement, ils sont nés avec et les utilisent plus intuitivement que n’importe quelle autre génération. Ils délaissent la télévision pour YouTube et Snapchat où ils ont développé leurs propres codes et références : découvrez les 10-13 ans à travers leur usage des réseaux sociaux !
Noyés dans l’élite déconnectée, les journalistes doivent retrouver le lien avec la population
Le mea culpa de Jon Snow, journaliste britannique vedette de Channel 4, pour l’ensemble de sa profession. Le désamour de la population à son égard appelle en effet une remise en question et un bilan. Tout reste encore possible en cette période de grand bouleversement, mais il faut faire preuve de lucidité et d’humilité en renouant avec la réalité de ce que vit le public ainsi que d’exigence à l’égard des GAFA, des gouvernements… et surtout de soi-même ?
« Recommandé pour vous » : les algorithmes, ennemis de la découvrabilité ?
Les GAFA, nouveaux maîtres du bon goût, des succès, des tendances ? Et si les recommandations issues des indices semés au cours de votre vie numérique n’étaient, après tout, pas si bénéfiques ? Appliquée à chaque internaute, à l’échelle mondiale, la recommandation ne conduirait-elle pas à une uniformisation généralisée de la production de contenus ? Et à une sorte d’enfouissement, de censure de fait, des contenus qui ne correspondraient pas aux standards ?
Les médias sont-ils voués à devenir des marques blanches, les agences de presse des GAFA ?
Plus qu’une menace potentielle, les GAFA constituent une réalité bel et bien implantée. Pour survivre dans ce nouvel ordre qu’ils imposent, les médias se sont adaptés aux recettes qui ont construit des succès viraux sur ces plateformes et aux autres caprices algorithmiques. Le rapport de force qui en ressort est grandement déséquilibré. Une fatalité ?
Lectures : nos recommandations pour cet hiver (2/2)
Second volet de notre sélection de lectures pour bien commencer l’année 2018 !
Life in Code: A Personal History of Technology, Ellen Ullman
Les deux dernières décennies ont vu l’arrivée d’internet, de l’intelligence artificielle, d’ordinateurs plus puissants que nous n’aurions jamais pu l’imaginer et, en conséquence, le bouleversement profond de nos sociétés et économies. La fin de l’innocence pour ces technologies autrefois réservées aux initiés et désormais presque mainstream ?
The Real World of Technology, Ursula M. Franklin
Quatre nouveaux chapitres ajoutés à l’édition de 1989 pour acter les profonds bouleversements advenus depuis la première publication du best-seller. Si les technologies ont toujours fait partie de l’existence humaine, le rapport de force s’est depuis inversé : c’est désormais la technologie qui a un impact à grande échelle sur la culture.
Internet contre Internhate ; plaidoyer pour le respect, Philippe Coen
50 propositions pour relever un des défis nés du succès des réseaux sociaux. Si l’accès pour chacun à ces plateformes donne à tous un espace d’expression , il a aussi donné lieu à une culture du harcèlement, de la diffamation ou du complot dépassant de loin le cadre de la liberté de parole. Et les réponses apportées par Facebook ou Twitter n’ont pas encore suffi malgré l’urgence du problème.
Streampunks: YouTube and the Rebels Remaking Media, Robert Kyncl avec Maany Peyvan
Le succès fulgurant de la plateforme YouTube en tant qu’entreprise ces dix dernières années a aussi été celui d’individus anonymes devenus vidéaste-stars. La généralisation du streaming vidéo, c’est également l’histoire d’une révolution pour les médias en terme de formats, de ton et de modèle économique. Pour Robert Kyncl, optimiste dans sa vision du futur, tout cela n’a pas conduit à une baisse de qualité mais à un véritable boom créatif pour des contenus plus divers et divertissants.
Médiarchie, Yves Citton
Et si la démocratie dans laquelle nous croyons vivre était en fait une médiarchie ? Et si, plutôt qu’un peuple, nous n’étions qu’un public ? C’est la thèse qu’Yves Citton défend en démontrant à quel point nous sommes conditionnés dans nos opinions par les médias. Et de proposer de nouvelles de les concevoir afin de moins subir leurs discours.
La guerre des intelligences, Laurent Alexandre
L’IA excède tous les espoirs (et toutes les peurs !) par la rapidité de sa progression. A l’inverse, l’école stagne et ne s’est pas adaptée à la révolution numérique. Ce face-à-face est inévitable, le tout est de savoir quelle voie emprunter : celle d’une collaboration, celle du renoncement, celle de la fusion ?
Homo Deus : une brève histoire de l’avenir, Yuval Noah Harari
Quel avenir pour l’humanité quand ce sur quoi nos sociétés sont basées est menacé ? Quelle place trouver dans ce nouvel ordre où religions, systèmes politiques, travail ne seront plus jamais les mêmes avec des robots qui dépassent l’homme, pourtant leur créateur ?
Le travail est l’avenir de l’homme, Nicolas Bouzou
Non, le travail n’est pas prêt de disparaître ! C’est cette assertion que Nicolas Bouzou défend en repensant la crise traversée à travers un nouveau prisme. La technologie n’est pas destructrice d’emplois, bien au contraire. Notre modèle de société change et il convient de repenser le marché du travail en fonction ainsi que la formation et l’éducation. Réalisme sans fatalisme, il est encore temps d’agir !
Artificial Intelligence and The Future of Computing, Azeem Azhar
Nous commençons à peine à cerner les exigences techniques nécessaires à une IA en temps réelle. Cette série de trois articles va plus loin en démontrant combien et comment les besoins informatiques de l’IA vont transformer en profondeur l’ensemble de l’industrie tech.
La démocratie des crédules, Gérald Bronner
Comment expliquer la diffusion massive de faits mensongers et fabriqués et la crédulité du public au point qu’ils puissent changer le cours politique et influencer notre société ? Tout cela alors que l’accès à l’information n’a jamais été aussi aisé et le niveau d’instruction aussi généralisé ? Gérald Bronner dévoile dans cet essai les règles de ce jeu de dupes pour ne plus en être les victimes.
Votre Intelligence Artificielle Connexionniste ou Cognitiviste Floue Augmentée ?, Zyed Zalila
Avec plus de 60 ans d’existence, l’IA et ses applications commencent à questionner notre rapport au travail : quelle répartition entre ce qui restera de l’ordre de l’humain et ce qui est voué à devenir l’apanage des robots intelligents ? Deux approches de l’IA se confrontent dans cet essai, chacune avec leurs limites. Pour Zyed Zalila une troisième voie, hybride celle-la, est néanmoins possible.
Lectures : nos recommandations pour cet hiver (1/2)
Première partie de notre sélection d’ouvrages pour bien finir cette année 2017 !
Sensemaking: The Power of the Humanities in the Age of the Algorithm, Christian Madsbjerg
Christian Madsbjerg a travaillé pour les plus grands : Adidas, Chanel ou Ford. Et c’est à partir de cette expérience qu’il affirme que la toute confiance que nous accordons aux algorithmes et au Big Data, que ce scientisme aveugle est en fait tyrannique. A contre-courant, il défend ainsi une revalorisation de l’intelligence humaine.
Twitter and Tear Gas: The Power and Fragility of Networked Protest, Zeynep Tufekci
Qu’ont en commun le coup d’Etat turc manqué, le mouvement anti-Wall Street ou celui de la Place Tahrir ? Une mobilisation par les réseaux sociaux avec ses forces et ses faiblesses par rapport aux formes traditionnelles de manifestation. Entre témoignages et analyses, Zeynep Tufekci enquête ici sur ces croisements entre pouvoirs, autorité, technologie et culture. Un aperçu des gouvernances futures ?
Move Fast and Break Things: How Facebook, Google, and Amazon Cornered Culture and Undermined Democracy, Jonathan Taplin
Une petite histoire des GAFA pour comprendre les grands bouleversements qu’ils ont provoqués. Des changements qui ont probablement dépassé les espérances de leurs fondateurs, une poignée d’entrepreneurs libertariens dans les années 1990, pourtant à l’origine des plus grands monopoles de notre époque.
World Without Mind: The Existential Threat of Big Tech, Franklin Foer
A travers une chronologie des sciences de l’ordinateur (de Descartes à la Silicon Valley), Franklin Foer met en lumière le revers de la médaille, le prix à payer pour ces technologies rêvées. Que ce soit le fruit d’une stratégie consciente où qu’ils aient dépassé leur créateur, les GAFA ont aujourd’hui un pouvoir qui dépasse largement le seul champ technologique. De quoi nous inciter à reprendre notre indépendance ?
The Know-It-Alls: The Rise of Silicon Valley Political Powerhouse and Social Wrecking Ball, Noam Cohen
Au-delà d’être l’épicentre de l’innovation, la Silicon Valley concentre aujourd’hui les pouvoirs. Autrefois minoritaires, les idéaux des fondateurs des Big Tech, avec le succès de ces dernières, ont été répandus et adoptés mondialement. Si leur influence est indéniable, la responsabilité qui leur incombait n’a pas été assumée. Noam Cohen raconte ainsi comment ils ont échoué lors de l’épreuve qui importait le plus.
Platform Capitalism, Nick Srnicek
Elles redéfinissent l’économie et les règles qui en assuraient le succès. Google, Uber, Airbnb ? Simples intermédiaires, tout juste des plateformes. Leur responsabilité ou leur engagement se veulent limités. Le succès est pourtant indéniable : un nouveau capitalisme ?
The Four: The Hidden DNA of Amazon, Apple, Facebook, and Google, Scott Galloway
Parce qu’ils sont omniprésents dans nos vies et semblent incroyablement familiers, nous croyons tout connaître des GAFA. Scott Galloway remet en question nos croyances, prend de la hauteur vis-à-vis du mythe qu’ils ont voulu bâtir sur la naissance de leur succès. Comment ont-ils réussi à s’implanter dans nos vies au point de paraître indispensables sans que personne ne le questionne ? Et surtout, leur domination est-elle actée et définitive ?
Chaos Monkeys: Obscene Fortune and Random Failure in Silicon Valley, Antonio Garcia Martinez
Quand on évoque la Silicon Valley, ce sont toujours les mêmes histoires de succès retentissants qui sont citées. Malgré les critiques, ces entreprises restent acclamées et admirées. Mais à quel prix ? Témoignage et insights d’Antonio Garcia Martinez sur les dessous de ce monde souvent fantasmé.
Amusing Ourselves to Death: Public Discourse in the Age of Show Business, Neil Postman
Que faire quand les affaires sérieuses deviennent divertissement ou que la politique ne semble plus être que spectacle ? Version actualisée de l’édition de 1985 de l’ouvrage de Neil Postman qui mettait déjà en garde sur les méfaits de ce nivellement par le bas. Un appel à être plus exigeant à l’égard des médias !
Life 3.0: Being Human in the Age of Artificial Intelligence, Max Tegmark
Comment l’intelligence artificielle va-t-elle transformer notre rapport au travail, à la justice, à la guerre, à la vie en société, à ce qui définit l’existence humaine ? La montée en puissance de l’IA a le potentiel de bouleverser notre futur plus que toute autre technologie. Max Tegmark définit des pistes permettant d’utiliser l’IA sans sacrifier l’humain sur l’autel de la technologie.
WTF?: What’s the Future and Why It’s Up to Us, Tim O’Reilly
Mécontentement ? Admiration ? Et si, dans l’économie actuelle, nous avions trop de raisons d’en vouloir aux technologies que nous avons suivies trop aveuglément ? Le progrès technologique est-il nécessairement synonyme de chômage de masse et de remise en question de nos sociétés ? Tim O’Reilly, en réponse à ces inquiétudes, appelle les entreprises à mieux utiliser ces nouveaux outils. Ne plus les limiter à des outils de réduction des coûts. Et du côté du public, les voir comme des solutions et non plus comme des menaces.
TV : le décrochage des jeunes va continuer en 2018, mais moins vite que prévu
Par Alexandra Yeh, France Télévisions, Direction de l’Innovation
Des jeunes qui continuent à déserter la télé, mais moins vite que prévu : c’est le futur que prédit Deloitte au petit écran dans la dernière édition de son rapport Technology, Media and Telecommunications Predictions, qui porte sur les jeunes de 18 à 34 ans aux Etats-Unis, au Canada et au Royaume-Uni. Un pari pas trop risqué au vu de l’évolution de leurs usages ces dernières années…
Un déclin structurel, mais constant
Selon Deloitte, l’usage de la télévision linéaire chez les 18-24 devrait reculer de 5 à 15% sur ces trois marchés durant les deux années à venir, pour atteindre une consommation quotidienne de 80 à 120 minutes (avec des variations selon la période de l’année). Un déclin de la TV traditionnelle qui se confirme donc, mais qui devrait rester constant dans les mois à venir, sans s’aggraver.
Car comme l’explique le rapport, « le pire semble être passé » : depuis 2014, année noire pour les scores d’audience des jeunes, le recul du tube cathodique s’est stabilisé. Et attention, prévient Deloitte, le ralentissement du recul de la TV en 2016 ne s’explique pas par un soudain regain d’amour des Millennials pour la télévision, mais plutôt par une conjoncture politique favorable : celle, bien sûr, d’une campagne présidentielle américaine particulièrement mouvementée qui a fait remonter les scores d’audiences des jeunes jusqu’au Royaume-Uni (avec une consommation linéaire deux plus importante qu’en 2012). Des pics d’audience exceptionnels donc, qui rendent la comparaison avec les audiences de 2017 peu flatteuse – mais Deloitte prévoit que le recul de la TV devrait à nouveau se stabiliser en 2018 et 2019.
Les « nouveaux usages » arrivent eux aussi à saturation
Si la télévision traditionnelle est désertée par les plus jeunes, ce n’est pas (uniquement) à cause de ses programmes vieillissants – c’est surtout une conséquence de la concurrence des multiples autres usages qui se sont démocratisés ces dernières années : vidéo mobile, consommation en streaming ou sur des plateformes SVOD… Mais après les années fastes, ceux que l’on a longtemps appelé les « nouveaux usages » ne sont plus si nouveaux que ça et eux aussi approchent de la saturation, estime Deloitte.
Côté conso mobile, le smartphone a en effet atteint un taux de pénétration qu’il lui sera difficile de dépasser, étant désormais possédé par 94% des jeunes Américains en 2016 (contre 55% en 2012), 95% au Royaume-Uni et 92% au Canada. Un taux record donc, avec un temps de consommation quotidien qui n’a fait qu’augmenter ces dernières années : de 90 mn en 2015 aux US à… 156 mn en 2017, soit une augmentation de 73%.
Une croissance qui s’explique aussi par l’augmentation substantielle de la taille des écrans depuis quelques années, qui a favorisé la consommation de vidéo sur mobile (passée de 4,6 mn par jour en 2015 à 11,9 mn par jour en 2017). Mais le temps libre des utilisateurs n’étant pas illimité (tout comme la taille de leurs mains et de leurs poches, d’ailleurs), la croissance de la taille des écrans mobiles et du temps passé dessus par les Millennials devrait être appelée à ralentir dans les années à venir, d’après Deloitte.
Même tendance côté streaming et SVOD, des modes de consommation qui ont vu leurs usages exploser ces dernières années et dont la croissance devrait mécaniquement ralentir. Alors qu’entre 2012 et 2015, la part des 18-34 ans américains abonnés à Netflix a quasiment doublé en passant de 28% à 50%, il semble hautement improbable que ce chiffre double à nouveau d’ici 2020. Même logique sur la vidéo en streaming dont la consommation hebdomadaire a tout simplement triplé en 3 ans (de 1,6 heure en 2016 à 5,7 heures en 2015) : la croissance de ce mode de visionnage devrait continuer mais à un rythme moins soutenu.
On l’aura compris : l’heure n’est plus au décrochage brutal des jeunes mais plutôt à un déclin lent (mais inexorable, il faut bien l’avouer) du petit écran. Pas question toutefois pour Deloitte de signer l’arrêt de mort de la télévision, dont certains programmes comme le sport ou la TV réalité continuent d’être plébiscités en consommation linéaire traditionnelle.
L’urgence, pour l’industrie de l’audiovisuel, est donc surtout d’adapter ses mesures d’audience pour parvenir à observer au plus près l’évolution des usages des publics (et pas seulement les jeunes), dans toutes leurs subtilités.
Le résumé des préditions Deloitte en une infographie :
Médias : ce qu’il faut retenir de 2017
Par Barbara Chazelle et Alexandra Yeh, France Télévisions, MédiaLab & Direction de l’Innovation
Dans les médias, nous avons le sentiment que le numérique bouleverse à toute allure le secteur et paradoxalement, les tendances de fond sont identifiées depuis un moment déjà : mobile, vidéo, technologie de l’immersion, algorithmes et automatisation alimentent chaque jour la guerre de l’attention. Essayons néanmoins de faire le bilan avec 10 tendances qui ont non seulement marqué 2017 mais qu’il nous semble pertinent de surveiller de près en 2018.

On avait vu les bots pointer le bout de leur nez en 2016, mais c’est en 2017 que de nombreux acteurs issus de différents secteurs y ont vraiment vu un intérêt. On tâtonne encore sur la ligne éditoriale et le ton à adopter, l’équilibre reste à trouver sur la place de l’humain et l’automatisation intégrale de la conversation. Mais rien que sur Messenger, le nombre de bots actifs a doublé en moins d’un an pour atteindre 200.000 en cette fin d’année. Le phénomène s’accélère depuis que la plateforme a lancé la fonction « Découvrir » en octobre dernier, qui met en avant les bots en les classant par catégorie.
A surveiller en 2018:
« Voice is the new search », nous prévient Google depuis quelques mois. La commande vocale représente déjà 20% des recherches selon Mary Meeker et l’on peut s’attendre à ce qu’elle atteigne les 50% d’ici 2020 (ThinkWithGoogle). Dans la course à la simplification du quotidien, les bots ne sont qu’une première étape. Leurs bases de données alimenteront les conversations vocales d’ici peu.

Le vote du Brexit et l’élection américaine en 2016, puis l’élection présidentielle française de 2017 se sont déroulés sur fond de fausses nouvelles et ont vu se multiplier les campagnes de désinformation en ligne. Résultat : une défiance croissante des citoyens vis-à-vis des médias et une crise de légitimité du journalisme. En 2017, plateformes et médias se sont donc mis en ordre de marche pour faire face à cette guerre de l’information, lançant de multiples initiatives de fact-checking comme CrossCheck (qui associe une trentaine de médias et institutions autour de Facebook et Google), le Décodex du Monde ou encore This Is Fake, l’outil développé par Slate US pour débunker les fausses nouvelles circulant sur Facebook.
A surveiller en 2018:
La montée en puissance de l’IA devrait permettre de faire du fact-checking plus efficace en analysant plus rapidement les bases de données pour vérifier l’information ou encore en automatisant la vérification des photos et des vidéos.
Face aux grosses plateformes américaines qui tentent de s’imposer sur le marché des contenus via des achats de droits coûteux et la production propre de programmes (un milliard d’investissement annoncé pour Facebook et Apple en 2018, 8 milliards $ pour Netflix), les médias traditionnels cherchent toujours à résister. Aux Etats-Unis, on regarde avec intérêt la démarche combative de Disney, qui après avoir retiré ses contenus de Netflix cet été, a choisi de lancer ses propres services de streaming et vient de racheter les activités divertissement de 20th Century Fox.
En France, les éditeurs s’associent contre le duopole Google/Facebook via Gravity et Skyline. Côté telcos, la stratégie de convergence s’accélère : SFR a lancé sa chaîne Altice Studio et Orange a ouvert la porte à un partenariat à Altice dans les contenus.
A surveiller en 2018:
L’industrie musicale semble être dans le viseur des plateformes. En cette fin d’année, on ne compte plus les annonces : YouTube pourrait lancer en mars prochain un service musical payant pour concurrencer Spotify et Apple Music et facilite depuis peu l’achat de places de concert, Facebook propose un nouvel outil pour mettre de la musique dans les vidéos, Spotify s’allie avec le chinois Tencent, Apple vient de confirmer le rachat de Shazam.
Les partenariats entre plateformes et fédérations sportives se sont multipliés (Twitter et NFL, NHL, MLB, NBA ; Amazon et NFL ; Facebook et MLB ; Snapchat et les prochains JO d’hiver). En France, on se souviendra que SFR Sport a payé au prix fort les droits de la Ligue des Champions. Le sport reste ainsi un terrain de mise en concurrence très fort des différents acteurs qui veulent attirer un public engagé. Et désormais, les GAFA sont là.
L’esport reste toujours aussi peu présent sur les chaînes télé. Seul Canal+ a noué un partenariat avec l’Electronic Sports League pour le Canal Esport Club (depuis fin 2016), alors que la télévision publique danoise bat des records en diffusant 10 heures sans interruption de compétition. Facebook compte bien tirer parti de la tendance et promet depuis mai dernier plus de 5.500 heures de direct de Counter Strike.
A surveiller en 2018:
En quelques années, l’esport est parvenu à gagner ses lettres de noblesse et il sera présent en marge des Jeux Olympiques 2018. Voilà qui devrait convaincre les médias traditionnels qu’il est temps de s’intéresser au sujet !

De nouvelles fonctionnalités et produits sont annoncés chaque semaine et on se demande qui arrive à suivre encore la cadence !
Facebook est passé maître dans l’art de reprendre à son compte les fonctionnalités des applications concurrentes qui connaissent un certain succès, la plus connue étant certainement celle des stories, qui s’enrichissent elles-mêmes de jour en jour.
Cet été, Facebook a annoncé le lancement de Facebook Watch qui cristallise la volonté de la plateforme de grappiller des parts au marché de la télé, tout en continuant de miser sur le live streaming au sein des Instant Games Messenger pour concurrencer Twitch ou YouTube Gaming.
Si les plus jeunes semblent la déserter, la plateforme de Mark Zuckerberg est loin d’avoir dit son dernier mot avec Messenger Kids.
A surveiller en 2018:
Facebook va probablement prendre une place croissante dans le e-commerce et les transactions entre particuliers via Marketplace, lancé en France en août mais surtout la possibilité d’effectuer des paiements via Messenger.
Vous n’avez pas pu passer à côté de ces vidéos courtes, rythmées aux sous-titres colorés dans vos fils d’actualité Facebook : Brut, c’est la success story de l’année, et le chef de file d’une nouvelle génération de médias « social only » (Explicite, MinuteBuzz, Monkey…) qui ont choisi d’abandonner le traditionnel site web au profit d’une distribution de leurs contenus 100% tournée vers les réseaux sociaux. Et ce ne sont pas les seuls à avoir délaissé les sites : 2017 a aussi été une année faste pour les newsletters. Au programme : la promesse d’une vraie curation de contenus livrés directement dans votre boîte mail pour s’informer vite et bien.
A surveiller en 2018:
Le contenu mobile premium, popularisé par les applis Blackpills, Studio+ et Vertical, devrait continuer à se développer, grâce à des vidéos de haute qualité (des productions aux budgets importants qui permettent de produire des contenus qualitatifs) adaptées à une consommation on-the-go sur écran mobile.

Il aura fallu attendre 2017 pour que le podcast ne désigne plus simplement les émissions de radio traditionnelle en replay, mais ça y est : l’engouement a dépassé le cercle des initiés pour conquérir un public en quête de contenus nouveaux, en dehors des médias traditionnels. Depuis quelques mois, les studios de podcasts natifs poussent comme des champignons et de plus en plus de médias se déclinent désormais en version podcast (Slate, Usbek & Rica, Les Jours…). Bref, le marché se développe à vitesse grand V. Un phénomène qui prend le contrepied de la tendance précédente – qui propose des contenus ultra-courts – pour privilégier le temps long avec des émissions qui prennent le temps d’explorer leurs sujets en profondeur.
A surveiller en 2018:
L’écoute augmentée, permise par des écouteurs intelligents qui atténuent le bruit ambiant pour vous aider à concentrer votre attention sur ce qui compte, que ce soit un podcast ou la voix d’un collègue en face de vous en open space. La promesse d’une expérience plus qualitative, qui s’adapte notamment aux usages en mobilité pour écouter nos contenus même dans des environnements bruyants.

C’est un peu l’espoir déçu de 2017 : la réalité virtuelle n’a pas encore trouvé son public, trop coûteuse à produire et parfois inconfortable pour l’utilisateur, en plus d’être jugée « isolante ».
En revanche, la réalité augmentée se démocratise par le mobile et des applications déjà grand public. Après le succès de Pokémon Go en 2016, Snapchat a lancé l’animation des bitmojis en réalité augmentée, Twitter a innové avec TweetReality qui fait sortir votre flux vers notre environnement réel et l’application Quartz permet de s’informer en réalité augmentée.
A surveiller en 2018:
La tendance va certainement s’accélérer en 2018 et nous surveillerons tout particulièrement les belles expérimentations narratives utilisant ces technologies. Pour la VR, plus particulièrement, l’adoption d’un standard commun pourrait changer la donne.

Emojis, bitmojis et maintenant animojis : sur les réseaux sociaux ou dans nos messageries, l’heure est à la mise en scène de soi à travers des avatars qui retranscrivent nos émotions. Ils ont conquis la pop culture au point de devenir des formes d’expression à part entière, et surtout, ils nous ressemblent de plus en plus depuis que l’iPhone X peut scanner notre visage pour animer les animojis avec nos expressions. Les émotions sont au centre de l’expérience sur Facebook aussi, où les boutons de réaction en plus du traditionnel « like » ont été utilisés 11 millions de fois depuis leur lancement en 2015 (et pour l’anecdote : la réaction la plus populaire dans les groupes est le ? tandis que les discussions one-to-one, c’est le ? qui l’emporte ).
A surveiller en 2018:
La prochaine étape, c’est la VR sociale, par hologramme avec l’holoportation de Microsoft ou par avatar avec Facebook Spaces, qui nous permettront d’interagir avec nos proches à distance, en étant immergés dans un monde virtuel. L’aboutissement de cette avatarisation de nos relations sociales ?
En 2017, la Silicon Valley ne fascine plus. Les jeunes start-uppers californiens ne sont plus les héros de notre époque, refroidie par un sentiment de déconnexion de plus en plus criant avec ces richissimes entrepreneurs qui se gavent de nos données et de notre temps d’attention. Et ce désamour pour l’industrie de la tech ne va pas aller en s’arrangeant, car les progrès de l’intelligence artificielle posent des problèmes éthiques de plus en plus clivants : tandis que les CEO de la Valley eux-mêmes s’opposent sur leurs visions de l’IA, les débats vont bon train autour de la voiture autonome et des futurs dilemmes moraux qui se présenteront à elle.
A surveiller en 2018:
L’entrée en application du RGPD devrait instaurer un nouveau garde-fou en Europe en matière de collecte des données… mais cette mesure touchera les médias européens seulement (et non les plateformes), en les obligeant à être plus transparents sur l’utilisation de nos données et en renforçant nos droits d’accès et de rétractation.
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Trois exemples démontrant le potentiel de la technologie blockchain dans les industries culturelles
Par Ben Johnson, Blogueur invité.
Ce texte est une traduction d’un extrait du livre électronique Winning Your Audiences. Movie Marketing in the Connected World ; originellement publié sur FMC Veille, il est présenté dans le cadre d’un partenariat éditorial entre le Fonds des Médias du Canada (FMC) et Méta-Media.
© [2017] Tous droits réservés.
La technologie de la chaîne de blocs (blockchain en anglais) pourrait faciliter considérablement la distribution de films, d’émissions de télévision et de jeux vidéo ainsi que la gestion des droits. Les trois études de cas suivantes illustrent comment les industries créatives commencent à utiliser cette technologie.
Les droits sont à la base de toutes les ententes de distribution, c’est-à-dire la détermination de qui contrôle quoi, quand et où et de qui obtient une rémunération à chaque étape. Le processus fort complexe comporte une lourde documentation parsemée d’expressions comme « partout dans l’univers » et « à perpétuité », comme si les équipes juridiques agissant au nom des studios croyaient aux extraterrestres et qu’un jour, nous projetterons des films sur d’autres planètes. Elon Musk se réjouirait d’une telle prévoyance dans la rédaction des contrats.
Étant donné la quantité astronomique de films [et de contenu culturel en général] produits, le nombre de juridictions concernées, la multitude d’occasions et la vulnérabilité de toute négociation à l’erreur humaine et à la cupidité, il est évident que le processus risque de se transformer en un amalgame démesuré de contrats visant divers degrés de droits.
Quelle pourrait être la solution dans un marché mondial de plus en plus fragmenté où les pratiques d’affaires conventionnelles deviennent fragiles et redondantes ? Heureusement, une technologie intéressante fait son apparition : la chaîne de blocs ou blockchain en anglais.
« La chaîne de blocs est un registre numérique incorruptible de transactions économiques qui peut être programmé pour enregistrer non seulement les transactions financières, mais pratiquement tout élément de valeur » expliquent Don et Alex Tapscott, auteurs de Blockchain Revolution (2016).
Étude de cas no 1 : Grands médias – Verizon
Verizon a soumis plusieurs demandes de brevet concernant le développement de plateformes reposant sur la technologie de la chaîne de blocs pour gérer une séquence de mots de passe associés à du contenu numérique particulier.
Dans une telle plateforme, les mots de passe jouent le rôle d’étiquettes de données, c’est-à-dire qu’ils enregistrent des données personnelles importantes sur les utilisateurs, comme les adresses, les noms et les numéros de compte, ainsi que les permissions accordées aux utilisateurs pour accéder à du contenu à des moments déterminés.
Puisqu’une chaîne de blocs fonctionne comme un registre de distribution, les utilisateurs de Verizon auraient également la possibilité de mettre à jour leurs renseignements personnels au moyen de leur propre clé (p. ex. pour faire un changement d’adresse). La mise à jour serait alors diffusée dans l’ensemble du réseau de la chaîne de blocs.
Cette technologie permet aux grandes entreprises qui gèrent de nombreuses piles de données de réaliser des économies substantielles. En effet, en rendant les utilisateurs responsables de gérer leur propre dossier, on réalise un gain de temps et d’argent non négligeable. Verizon se doterait ensuite d’un système de détection des anomalies.
[traduction] « De plus, la clé peut rester en vigueur après la date d’expiration pour un deuxième utilisateur ou pour tout utilisateur subséquent. Ainsi, lorsque les droits d’accès d’un contenu numérique donné sont associés à une période de location ou d’abonnement, les utilisateurs peuvent continuer à transférer les droits à d’autres utilisateurs pendant la période de location. »
– Brevet de l’entreprise, déposé en mai 2017
Autrement dit, si un client de Verizon loue du contenu et souhaite le partager avec un autre utilisateur de Verizon, il peut le faire en vertu de la permission qui lui a été accordée. Ce type de transaction est enregistré dans le bloc, avec tous les autres renseignements pertinents sur l’utilisateur en question et sur son utilisation du service.
Les données inter-reliées peuvent être collectées en quantité illimitée. Elles sont incorruptibles et distribuées de façon à ce que toute personne ayant accès au système puisse facilement consulter d’importants ensembles de données dans tout le système.
Étude de cas no 2 : Synereo
Référence autoproclamée de « l’économie de l’attention pour Internet », la société Synereo développe un outil fondé sur la technologie de la chaîne de blocs qui incorpore un réseau social ainsi qu’une plateforme de distribution de contenu. Ce réseau et cette plateforme sont alimentés par la propre cryptomonnaie de l’entreprise dans le but de récompenser les créateurs et les influenceurs. L’entreprise cherche à créer une technologie qui a une étendue de distribution comparable à celle de Facebook et qui peut gérer autant de transactions que Visa.
En 2016, Synereo a réussi à lancer un produit alpha appelé Qrator et à en faire l’essai. Une version bêta de ce produit, récemment renommé WildSpark, a été lancée en 2017.
WildSpark permet aux utilisateurs de monétiser du contenu original, d’être récompensés pour le partage de contenu de qualité avec d’autres utilisateurs et de découvrir le meilleur contenu en ligne. À notre avis, le contenu généré par les utilisateurs constitue la pierre angulaire de l’avenir du commerce de personne à personne. De plus, pour favoriser la diffusion de ce contenu dans un contexte où la concurrence des réseaux de distribution est féroce, il faut établir un nouveau modèle d’affaires qui donne de la visibilité aux journalistes indépendants, aux artistes et aux blogueurs comme solution de rechange aux plateformes qui s’interposent entre eux et leur public cible.
WildSpark est un module d’extension (plugin) pour le navigateur Chrome qui permet aux utilisateurs « d’amplifier » du contenu au moyen de la cryptomonnaie de Synereo (AMP). On peut se procurer cette cryptomonnaie en l’échangeant contre de vraies devises. Au moment de la rédaction du présent texte, l’AMP valait 0,56 $.

Après la sélection du montant à investir en AMP, le module d’extension WildSpark génère un lien unique associé au compte de l’utilisateur, que l’on peut allègrement partager sur les réseaux sociaux ou promouvoir à la convenance de l’utilisateur.
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« La neutralité du net, c’est avoir accès au vrai Internet » (Sébastien Soriano)
Par Barbara Chazelle, France Télévisions, MédiaLab et Prospective
Twitter était bien agité cet après-midi alors qu’avaient lieu les débats sur la « neutralité du net » aux Etats-Unis. Malgré les millions de commentaires, de lettres, d’appels et les manifestants qui avaient fait le déplacement devant la FCC à Washington, c’est sans surprise que le régulateur des télécoms américain a voté contre (et ainsi rendu caduque) ce principe qui avait été institué par l’administration Obama. Mais de quoi s’agit-il donc ?
Pour faire simple, « la neutralité du net, c’est la liberté de circulation dans le monde numérique. De même que dans le monde physique nous avons la liberté d’aller et de venir, sur internet, c’est la liberté d’innover, de poster des contenus, de consulter ce que l’on veut, sur tous les sites, les applications que l’on veut sans avoir des biais qui soient introduits par des intermédiaires. La neutralité du net, c’est avoir accès au vrai Internet » explique Sébastien Soriano, Président de l’Autorité de Régulation des Communications Electroniques et des Postes (ARCEP), avec qui Méta-Media a pu s’entretenir cette semaine.
Bien au-delà des enjeux techniques et économiques, la neutralité du net doit être comprise comme un droit fondamental qui protège nos libertés publiques : liberté d’expression, d’accès à l’information, aux services et contenus de son choix sans entraves, liberté d’entreprendre, d’innover et de créer de la valeur. Défendre la neutralité du net, c’est se positionner en faveur des valeurs démocratiques fondamentales qui font encore la fierté de l’Europe.

Cela fait 10 ans que la sacralisation de la neutralité du net est remise en question au fil des administrations américaines. En Europe, la neutralité du net a finalement été inscrite dans la loi en 2015. Ce nouveau recul américain pourrait-il influencer le jeune règlement européen ? Comment l’Europe et la France peuvent-elles tirer parti de cette différence ? Sébastien Soriano répond à nos questions.
La décision de mettre fin au principe de neutralité du net aux Etats-Unis doit-elle nous faire craindre un retour en arrière en Europe ?
« La neutralité du net est une règle qui se joue au niveau du réseau qui donne accès à internet. C’est une règle qui est liée au territoire dans lequel on se situe. On peut donc avoir une neutralité du net en Europe sans que cette neutralité soit appliquée dans d’autres pays. Le fait que les Etats-Unis remettent en cause la neutralité du net, n’aura pas d’impact direct sur ce qu’il se passera en Europe.
Le système réglementaire des télécoms est très différent aux Etats-Unis et en Europe. Aux Etats-Unis, le régulateur (la FCC) a beaucoup d’autonomie (il peut faire évoluer les règles de régulation) mais il n’a pas d’indépendance (puisque lorsque le Président des Etats-Unis change, le Président de la FCC change lui aussi).
Le système européen est très différent. Les grands principes sont décidés au niveau de la loi. Les régulateurs nationaux, indépendants, ont eux la responsabilité de les mettre en exécution. Les règles de la neutralité du net en Europe s’appuient sur un consensus politique très fort, qui a émergé en 2015. Pour les renverser, il faudrait que le Parlement, la Commission et le Conseil s’accordent, ce qui paraît extrêmement peu probable. Le cadre de l’Europe est beaucoup plus solide et beaucoup plus prévisible que celui des Etats-Unis. Evidemment, dans l’absolu, ce que les institutions européennes ont mis en place, elles peuvent le défaire. Mais cela se ferait dans le cadre de multiples débats démocratiques et ne serait donc pas le fait d’une administration. »
L’absence de garantie de neutralité du net aux Etats-Unis pourrait-elle être une opportunité pour l’Europe ?
« La question de la neutralité du net, de la liberté d’accès au réseau est un atout très fort vis-à-vis de tous les innovateurs. N’importe quelle start-up peut lancer son service sur internet sans avoir à demander l’autorisation à quiconque, ou à payer un péage.
Dans la course aux talents qui a lieu à travers le monde pour attirer les projets innovants et les investisseurs, il est clair que la neutralité du net va devenir un vrai facteur de compétitivité pour l’Europe. D’autant plus qu’elle revêt une dimension symbolique dans la Silicon Valley où règne une culture libertaire forte. »

Quel premier bilan pouvons-nous tirer de la mise en application du règlement de 2015 qui impose le respect de la neutralité du net en Europe ? Au sein de l’espace européen, peut-on déjà identifier des champions et des mauvais élèves ?
« Les régulateurs européens (rassemblés au BEREC) sortent ce jour un premier bilan. Ce que l’on constate c’est que, en tenant le plus grand compte des lignes directrices, les régulateurs ont procédé à une mise en place proactive et cohérente de la neutralité du net dans l’Union européenne. Un ménage a été fait vis-à-vis de toutes les pratiques de blocage ou de restrictions techniques qui existaient, telles que les interdictions d’utiliser Skype, de faire du peer-to-peer ou encore l’interdiction de faire de son smartphone un hotspot wifi.
Ce qui requiert des appréciations circonstanciées, ce sont les pratiques de « Zero Rating ». Grâce au règlement, les opérateurs n’ont pas mis en avant des applications sur des bases exclusives (par exemple, mettre en avant Deezer plutôt que Spotify) mais uniquement des catégories de service (musique, vidéo…). C’est un premier acquis pour les utilisateurs qui ne sont pas poussés vers un service ou produit en particulier.
Par ailleurs, ces mises en avant de catégories de services restent pour certaines soumises à examen. Elles rentrent encore parfois dans une zone grise et sont examinées au cas par cas, comme cela est le cas au Portugal en ce moment par exemple.

Ce que l’on demande en tant que régulateur, c’est que notre action soit appréciée dans la durée. Dans la mesure où il demeure des questions complexes (dont le Zero Rating), cela va prendre un peu de temps pour dégager une jurisprudence.
Sur la question des champions européens, il est trop tôt pour établir un bilan. Mais dans les pays où la concurrence est forte, il y a moins de questions qui se posent, et plus encore sur le Zero Rating. Lorsque les offres 4G sont généreuses voire illimitées, cela n’a plus de sens de mettre en place de telles pratiques. »
Le règlement de 2015 se focalise sur les fournisseurs d’accès à internet (demande de transparence, encadrement des pratiques de gestion de trafic, interdiction des restrictions à l’utilisation d’équipements terminaux connectés aux réseaux) mais ne prend pas en compte d’autres acteurs, comme les constructeurs de terminaux, les magasins d’applications, les assistants vocaux, qui peuvent eux aussi nuire à l’ouverture de l’internet. Où en est-on de la réflexion sur ce sujet ?
« Le règlement ne prend en effet pas pleinement en compte l’ensemble de la chaîne technique qui conduit à consulter internet. Au niveau du BEREC, nous avons produit un premier rapport qui s’intéresse à d’éventuelles limitations, via les terminaux et les contenus. C’est un rapport assez descriptif pour le moment mais l’ARCEP a lancé une réflexion plus approfondie sur la question des terminaux, qui jouent un rôle de plus en plus important dans votre expérience d’utilisateur étant de plus en plus intelligents.
Votre smartphone décide plus de choses pour vous que ne le faisait votre ordinateur. Et demain, les assistants vocaux en feront encore davantage. Par exemple, lorsque vous serez dans votre voiture et que vous direz à votre assistant que vous voulez acheter tel ou tel produit, c’est l’algorithme qui décidera probablement de vous conduire dans l’enseigne la plus proche… ou celle qui aura été privilégiée par le programmateur de l’assistant.
Une consultation publique a été lancée cette semaine qui nourrira un rapport plus complet prévu pour le 15 février 2018. »
La question de la neutralité du net est parfois présentée et souvent ressentie comme une question technique. D’où le désintérêt du grand public. Aujourd’hui, plus que jamais, nous voyons que c’est une question politique, une question d’intérêt général. Comment faire pour éveiller les consciences ?
« Il nous faudrait un John Oliver en France ! Ses vidéos humoristiques ont permis de démocratiser la notion de neutralité du net aux Etats-Unis. »
» Lorsque nous avons fait notre consultation publique du BEREC sur les lignes directrices en 2016, nous avons reçu 500.000 réponses. Toutes n’étaient pas étayées, mais néanmoins cette mobilisation reste importante à l’échelle européenne. Je ne dirais donc pas que le sujet est inconnu mais les risques qui sont attachés à cette neutralité du net sont moins tangibles pour les Européens dans la mesure où nos problèmes sont plus limités qu’aux Etats-Unis car nos marchés sont plus concurrentiels.
On a tendance à considérer que tout ce qui est sur internet relève d’enjeux techniques mais en fin de compte, ce sont des choix, des choix de société. Le numérique est un sujet politique et les débats relatifs à ces questions vont monter en puissance, notamment avec l’intelligence artificielle. Comme l’a dit Lawrence Lessig « Code is Law » : les choix sociétaux que nous allons faire vont de plus en plus être actés non plus par des lois mais par des algorithmes, à travers la technologie elle-même.
Il est essentiel que les Français se saisissent de ces sujets car c’est à travers la technologie que nous déciderons de notre modèle de société dans le futur. »

Social TV : et si on s’était planté depuis le début ?
Par Benjamin Thereaux, Réalisateur de social live streaming et ancien consultant Social TV chez France Télévisions Éditions numériques
La TV sociale partait d’un constat irréfutable : la majorité des téléspectateurs regarde son poste de télévision avec un smartphone dans les mains. Que faire alors de ce 2nd écran qui distrait du 1er ? Comment monétiser cet usage ? Malgré de nombreuses initiatives des chaînes et de quelques producteurs, le concept de Social TV s’est bel et bien essoufflé.
Et si la bonne équation n’était pas de chercher à inclure le social dans les émissions en direct, mais bien de fabriquer de la télévision pour les médias sociaux ? Avec l’explosion des diffusions en direct via Facebook Live, Twitch ou encore Periscope, on peut légitimement se poser la question.
Alors amusons-nous à remettre les choses dans l’ordre : appelons TV Social ce qui était la Social TV, et voyons ce que l’on produit aujourd’hui sur les pure players du live streaming.
1Retour sur une fausse bonne idée
Dans un vrai esprit d’innovation, les chaînes ont expérimenté des dispositifs numériques et tenté de ne pas voir, dans ce comportement « multitask » des téléspectateurs connectés, une menace mais une opportunité. On a ainsi fabriqué des applis de second écran dédiées à être utilisé par le spectateur en même temps que la diffusion des programmes. Des équipes éditoriales se chargeant d’enrichir, tant bien que mal, les émissions avec du contenu encyclopédique ( « en savoir plus », « aller plus loin »…), des mécaniques d’engagements (votes, sondages, questions…), de jeu (quiz, niveaux, badges…) ou des fonctionnalités de découpe d’extraits vidéo, d’éditions de GIF… Le Saint Graal publicitaire étant de constituer une audience suffisante sur le mobile pendant le show pour aussi synchroniser les pages de pub. Le 1er écran vous aguiche en 16/9e sur la nouvelle voiture de vos rêves, et en un clic sur le 2nd vous pouvez déjà commander votre test drive près de chez vous. La télé pour convaincre, le mobile pour transformer. Qui dit mieux ? On y a cru. Beaucoup. Et pourtant, trop rares sont les audiences 2nd écran qui ont décollé. Alors plus personne n’y a cru.
Sans prétendre détenir la raison de ces échecs, on peut évoquer le fait que trop peu de producteurs ont fabriqué leurs émissions de direct avec la sérieuse intention d’y inclure des feedbacks du second écran. La 1re application The Voice promettait aux télénautes de devenir le 5e coach et de voter pendant les éliminatoires. Sur des émissions enregistrées. Cherchez l’erreur ! L’app vivait de son côté et l’émission du sien sans jamais se croiser.
Par ailleurs, il est possible qu’à vouloir bien faire, les éditeurs aient trop pushé de contenus additionnels en parallèle du programme, alors qu’une bonne partie méritait d’être consommée après la diffusion, créant une expérience double écran trop lourde cognitivement. Par exemple, peut-on décemment demander à quelqu’un de lire une vidéo sonore sur sa tablette lorsqu’il a déjà sa TV allumée ? Mais une raison plus importante encore est peut-être que ces téléspectateurs munis d’un smartphone étaient déjà plus intéressés par leurs sms, leurs mails, leur Facebook, leur Instagram, leur Snapchat, que par le programme. Et puisqu’il leur sert à s’en évader, ils ne sont pas du tout intéressés pour reprendre le fil du programme en acceptant les « call to action à nous rejoindre sur telle url », à télécharger telle application ou à voir les photos des coulisses depuis telle page Facebook.
Pourtant, avant que les chaînes et producteurs tâchent de créer ex nihilo ces nouveaux usages couplés du smartphone avec leurs programmes, les téléspectateurs s’étaient déjà transformés en vrais télénautes en se retrouvant naturellement et avec passion sur Twitter. Les hashtags des émissions devenaient alors des forums éphémères en 140 caractères. Que dit ce comportement qui n’a été dicté par personne ? Que la conversation, que la joute verbale, que le bon mot qui amuse, qui éclaire ou qui fait grincer fait partie intégrante de l’expérience communautaire recherchée par une poignée non négligeable de téléspectateurs. Autrement dit, on s’est toujours plus amusé à regarder la télé à plusieurs que tout seul.
2L’arrivée des pures players du live streaming a tout changé
Abandonnons la petite lucarne, passons sur Internet. Connaissez-vous Twitch ? Cette plateforme rachetée en 2014 par Amazon – pour près d’un milliard de dollars – invite les joueurs du monde entier à streamer leur partie de jeu vidéo. Les twitchers réalisent leur diffusion en s’incrustant en webcam au-dessus des images du jeu, et on peut les entendre commenter. Cent millions d’utilisateurs mensuels y passent en moyenne 106 minutes par jour, les 3/4 d’entre eux ont entre 18 et 49 ans. Un module de chat se trouve à côté du player, la communauté ne se gêne pas pour l’utiliser et le twitcher entretient grâce à cela une vraie relation de proximité avec ses viewers. Il remercie chaque nouveau follower, et encore plus chaque donateur.

Le média Accropolis a détourné le principe original de la plateforme Twitch et organise des live par-dessus des séances parlementaires. Comme si je regardais France 3 le mercredi après-midi mais avec un présentateur web auquel je m’identifierais, et mon fil Twitter constamment branché, le tout dans une expérience utilisateur unifiée. Une manière pour les chaînes de proposer une expérience broadcast différente, en touchant potentiellement des audiences plus jeunes ou plus connectées.

En 2014, nous avions fabriqué pour francetvsport un module de jeu qui vivait à côté du player de direct pendant tout Roland-Garros et le Tour de France. Nous nous relayions tout l’après-midi pour l’alimenter de pronostics, de quiz, de sondages et de bons tweets, l’utilisateur pouvant gagner des points, passer des niveaux et gagner des lots. Sur le principe d’Accropolis, cette gamification serait probablement à compléter aujourd’hui avec un présentateur dédié au jeu, en interaction totale avec les connectés et au commentaire sportif sur les images.
3Facebook Live, la social TV par excellence
Dans la galaxie des Facebook Live, SuperDeluxe est un ovni. Jouant la carte de l’humour souvent décalé, cette chaîne Facebook lancée par le groupe américain Turner Broadcasting est un défricheur des formats les plus interactifs qui soient. Les live, souvent appelés « viewer’s choice » approchent souvent le million de vues. Les utilisateurs sont invités à voter pour les ingrédients que l’on va mettre dans cette soupe avant de la faire boire au stagiaire ou pour choisir avec quoi nous allons masser cette personne. Envoyez un selfie et notre caricaturiste vous dessine en live, citez-nous un thème et nos stand-uppers tâcheront de vous faire rire avec, dessinez avec notre artiste, quelles lettres allons-nous tatouer sur ce cobaye, etc.

Après avoir travaillé essentiellement à l’affichage de tweets sur les émissions du groupe TF1 et Canal, une startup française nommée CliClic.tv se démarque en proposant à des chaînes et des annonceurs des Facebook Live originaux. Parfois, il n’y a d’ailleurs même pas de caméra, c’est une page web dynamique qui est jouée dans le live, reprenant les commentaires, réponses, votes des internautes. Un des meilleurs exemples en date est l’opération avec Primark, où les connectés étaient invités à trouver le prix exact de la collection de vêtements présentée afin de la gagner. Si le principe de la page web trouve ses limites, on pourrait imaginer que mieux produit et présenté sur un plateau, ce format pourrait réinventer le télé-achat.
Bref, on a essayé de faire rentrer le social dans la télé, et c’est l’inverse qui s’est passé. La Social TV doit être une expérience utilisateur unifiée où l’on trouve sur un même écran le programme en live, la possibilité d’interagir via un vote ou un commentaire, et où l’on ressent la présence des autres viewers. Ceci n’est possible qu’à travers un device connecté, pas un téléviseur passif. Et les plateformes sociales donnent aujourd’hui tous les outils pour fabriquer ce nouvel objet audiovisuel. À vous de jouer !