Recommandations artificielles : Artifact, l’app qui génère de l’information personnalisée par IA

Lancée il y a quelques jours en accès anticipé, Artifact se présente comme une sorte de TikTok du texte, soit un lecteur d’information alimentée par l’intelligence artificielle. Ses fondateurs, Mike Krieger et Kevin Systrom, étaient déjà à l’origine d’une autre application à fort impact : Instagram. La version est toujours en cours d’évolution, mais donne à voir les premières fonctionnalités qu’elle propose. Si les premiers retours sont plutôt mitigés, le développement de son usage pourrait constituer une petite révolution dans la personnalisation de l’information.

Par Myriam Hammad, MediaLab de l’Information 

Les promesses d’Artifact : un contenu personnalisé qui s’améliore au nombre de lectures réalisées

Lors de son installation (gratuite) disponible sur  iOS et Android – et qui ne nécessite pas de donner son numéro de téléphone –  Artifact donne à voir une série de 10 thématiques à choisir, pour pouvoir personnaliser son “feed”. Un message apparaît également pour partager son profil et inviter ses contacts à rejoindre l’application, l’idée étant ensuite de se “suivre”,  de voir les articles les plus consultés par son réseau ainsi que leurs commentaires. 

Elle propose également d’ajouter ses propres abonnements médias au contenu à lire. Si l’utilisateur n’en dispose pas, ne seront sinon affichés que les articles gratuits. La base de médias présentés à ce jour reste uniquement anglo-saxonne. A l’avenir, l’application pourrait aussi introduire des contenus issus des réseaux sociaux.

Artifact permet également de réagir aux contenus avec un système de “pouce” – indiquant ainsi si le contenu proposé a satisfait le lecteur – dans une optique de pouvoir donner à voir les articles les plus susceptibles de l’intéresser. Sur une période de deux semaines, 25 lectures sont recommandées pour personnaliser au mieux son feed.

Artifact se présente comme une application fonctionnant à partir d’une intelligence artificielle : qu’en est-il exactement ?

Les fondateurs ont créé la gestion du flux présenté à l’utilisateur à partir d’un algorithme qui se base sur les textes précédemment lus. Plus vous lisez certains articles, plus vous serez susceptibles de voir apparaître dans votre feed des contenus du même genre – de la même manière que fonctionne l’algorithme de TikTok aujourd’hui. Il ne sera donc pas nécessaire de s’abonner à des flux éditeurs – à l’instar de ce qui existe aujourd’hui sur feedly par exemple.  

Mike Krieger et Kevin Systrom ont précisé qu’ils avaient attendu que l’intelligence artificielle soit « suffisamment performante », mais ne sont pas revenus avec précision et détail sur les technologies utilisées. Les premiers retours utilisateurs semblent d’ailleurs mitigés – beaucoup ne parviennent pas à voir la différence avec des lecteurs d’information personnalisés déjà existants

Personnaliser l’information pour se “démarquer” et améliorer l’expérience utilisateur n’est pas une idée nouvelle

Depuis le début des années 2010 et l’avènement des réseaux sociaux et des plateformes comme source de consultation de l’information, nombreux sont les médias qui ont essayé d’en adopter les codes et de proposer des manières de personnaliser leurs contenus pour pouvoir continuer à capter l’attention de leur audience. Il s’agissait alors de repenser le parcours utilisateur du lecteur et de lui proposer une expérience adaptée à ses usages – supposés . En 2015, Méta-Média publiait d’ailleurs déjà un certain nombre de recommandations en lien avec la personnalisation de l’information.

Aujourd’hui, les médias  abondent en formats ou contenus perssonnalisés : comme la newsletter Weekly edition du NewYorkTimes ou bien encore l’onglet “For You”.  Apple News propose également un contenu adapté à ses sujets d’intérêts et l’application francophone Flint s’inscrit également sur ce segment. Mais cette tendance a pu avoir du mal à séduire les lecteurs.

Ce mouvement de personnalisation n’a pas forcément eu  l’écho attendu auprès des lecteurs

L’arrivée et le développement de  l’infotainment – dont on retrouve une analyse descriptive ici –  a entraîné un mouvement d’hybridation des formats et des contenus qui est parfois venu brouiller le message de l’actualité et de l’information. Tout ne peut pas être transposé aux courts formats vidéos et tout ne doit pas être recherché à être transposable – sous peine de surenchérir la fatigue informationnelle existante et d’inverser le rapport éditorial avec les plateformes. Les stratégies qui ont pu conduire certains médias à se sur-adapter, ont pu avoir des conséquences sur leur modèle économique – à l’instar du pivot vidéo en 2021 – qui avait notamment touché Vice, qui tirera d’ailleurs son “ clap de fin” à la fin du mois de mars 2023 en France.

L’information se consomme-t-elle comme du divertissement ou de la musique ?

Le recours aux algorithmes intelligents pour générer du contenu d’information personnalisée peut aussi nous interroger : l’information se consomme-t-elle comme du divertissement ou de la musique ? D’autant que ce fonctionnement de recommandations apprenantes peut créer les fameuses bulles de filtre, des chambres d’écho définies de la sorte par la CNIL

Phénomène principalement observé sur les réseaux sociaux où les algorithmes de recommandation – qui alimentent par exemple les fils d’actualité des publications susceptibles d’intéresser les utilisateurs– peuvent parfois ne proposer que des contenus similaires entre eux. Ce phénomène intervient lorsqu’un algorithme est paramétré pour ne proposer que des résultats correspondant aux goûts connus d’un utilisateur, il ne sortira alors jamais des catégories connues.

Les premières recherches sur les effets des recommandations sur les utilisateurs sont en cours notamment en ce qui concerne les plateformes de streaming. Le projet de recherche RECORD a été lancé en 2020 par le CNRS et s’achèvera en 2024. Il s’agit de pouvoir observer comment ces recommandations sont maniées par les utilisateurs.

Mais dans le cadre de la transmission d’une information, l’individualisation du contenu à consulter peut sembler contre-intuitive. Pouvoir se repérer parmi les médias, les papiers d’opinion, savoir construire sa pensée critique et son avis sont des compétences qui sont enseignées à l’école notamment à travers l’EMI – l’éducation aux médias et à l’information et qui permettent de se former en qualité de citoyen. C’est aussi le travail quotidien de journalistes professionnels de pouvoir venir mettre à la Une les sujets qui rendent compte du monde environnant et de ses complexités. Même si l’expression d’Emond Burke rencontre des critiques, c’est l’affaiblissement du rôle de “quatrième pouvoir” qui pourrait être à venir à travers une grille de lecture de l’information réduite par la personnalisation.

Et Artifact dans tout ça ?

Les fondateurs d’Artifact ont précisé veiller à ce que l’IA continue à proposer des articles qui soient en dehors des intérêts marqués de l’utilisateur. Mais ils n’ont pas dévoilé les mécanismes qui permettront de le vérifier. L’une des forces de l’application cependant, pourrait reposer sur le fait qu’elle permette de pouvoir échanger avec ses contacts sur l’application et de  commenter l’information. A l’heure où les Français considèrent leurs proches comme étant la source d’information la plus crédible, l’on distingue ici le potentiel d’un tel outil qui se situe alors à mi-chemin entre le lecteur d’information et le réseau social.

On remarque  donc bien  que c’est dans la recommandation humaine, dans le fait de pouvoir voir les articles consultés par ses pairs et ses proches  et d’échanger sur ces derniers que réside l’intérêt réel d’Artifact News. Une appli, qui reste pour le moment encore en phase d’observation, mais qui pourrait eut-être avoir le potentiel de sortir quelques-uns de la news fatigue. 

Liens vagabonds : La prochaine guerre du streaming ? TikTok contre Netflix

A RETENIR CETTE SEMAINE : 

Le numérique devant la télé – Pour la première fois, les adultes américains passeront plus de temps cette année à regarder des vidéos numériques sur les plateformes Netflix, TikTok et YouTube qu’à regarder la télévision traditionnelle, a prévu Insider Intelligence mercredi. Pour cette première historique, l’observateur du marché s’attend à ce que la « télévision linéaire » représente moins de la moitié de l’écoute quotidienne, tombant à moins de trois heures, tandis que l’écoute quotidienne moyenne de vidéos numériques grimpe à 52,3 %, soit 3 heures et 11 minutes, tout âge confondu. Netflix et YouTube sont les leaders « au coude à coude » pour l’audience de la vidéo numérique, les adultes américains écoutant chaque plateforme pendant environ 33 minutes par jour en moyenne. Le sport en direct sur les plates-formes de streaming vidéo contribue largement à l’abandon de la télévision traditionnelle. « TikTok contre Netflix sera une tendance majeure à surveiller cette année« , selon Insider Intelligence. « Les frontières entre le social et le divertissement se sont estompées, et TikTok s’attaque maintenant aux joueurs vidéo sur grand écran. » En juillet 2022 déjà, les plateformes de streaming, dominées par Netflix, avaient dépassé pour la première fois la TV par câble aux US pour s’approprier la plus grande part de l’audience de la télévision américaine pour le mois. De nouveaux signaux d’alerte apparaissent dans le lent déclin de la télévision linéaire. En même temps, sur YouTube et TikTok, la prolifération de « chaînes de clips » empoisonne les streamers stars.

Roblox aime les créateurs – Roblox, comme de nombreuses plateformes qui avaient bénéficié des confinements, a vu son activité s’effondrer l’année dernière, quand nous sommes retournés aux activités “en présentiel”. Mais au quatrième trimestre, la plateforme de jeux virtuels a enregistré une augmentation de 17 % de ses recettes, c’est-à-dire des revenus générés par la vente de sa monnaie virtuelle, les Robux, aux utilisateurs, pour atteindre 899 millions de dollars mercredi, après avoir attiré davantage d’utilisateurs âgés de 17 à 24 ans dans ses jeux en ligne générés par les utilisateurs. Le bond de cette mesure clé, ainsi que la hausse de 20 % des recettes en janvier, ont éclipsé une perte nette plus large pour le trimestre et une légère hausse de 2 % des revenus.  Roblox a versé 182 millions de dollars en frais de développement, le montant versé aux créateurs des dessins et des jeux virtuels sur sa plateforme. Il s’agit d’une augmentation de 14 % et du montant le plus élevé jamais versé par Roblox en un seul trimestre. Et avec la publicité immersive à venir, ce chiffre devrait encore augmenter. En parallèle, Roblox travaille sur des outils d’IA générative qui permettront de créer des mondes virtuels à partir de quelques mots qui seront déployés dans les « prochaines semaines ».

ChatGPT, Bing et les autres« On pardonne facilement les erreurs d’un projet de recherche (ChatGPT), mais pas d’un produit grand public (Bing)« .  Dans la bataille des moteurs de recherche, Bing, qui est soudainement sorti de son image d’outil ringard, s’est vu cette semaine attaquer de façon bien plus virulente que son cousin ChatGPT après son dérapage. Les cas d’usages s’enchaînent, les éditeurs de presse se méfient de l’alimentation en infos du Chatbot Bing, qui supprime le besoin de cliquer et risque de disrupter leurs modèles économiques – chatter avec Bing Chat, dont le nom de code est Sydney et parfois Riley, donne l’impression de franchir le Rubicon car l’IA tente de communiquer des émotions et non des faits. Malgré ces quelques défauts, Bing songe déjà à intégrer de la publicité dans son moteur de recherche intelligent. Opera, de son côté, a annoncé qu’il testait une nouvelle fonction « raccourcir » de son navigateur, alimentée par ChatGPT, qui fournit des résumés à puces d’articles ou de pages Web dans la barre latérale. En attendant, il fait toujours beau dans une conférence sur l’IA générative.

Et si les chatbots de Bing et Google étaient un désastre ?

Cette semaine en France

3 CHIFFRES

Microsoft et le nouveau Bing : 71 % des utilisateurs ont approuvé les réponses de l’IA, les réponses de Bing ne sont pas « nécessairement utiles » ou dans le bon ton après plus de 15 questions

3,75 milliards d’euros, c’est le budget alloué par un nouveau fonds d’investissement européen dédié aux jeunes pousses de la tech en Europe

Snapchat atteint les 750 millions d’utilisateurs actifs mensuels

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE

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JOURNALISME

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ENVIRONNEMENT 

Les éditeurs s’engagent pour l’environnement et partagent un livre blanc

Deux nouvelles études publiées mercredi dans la revue Nature fournissent certains des résultats les plus détaillés sur la fonte des glaces obtenus dans le cadre d’une campagne de recherche internationale de 50 millions de dollars sur cinq ans

RÉSEAUX SOCIAUX / MESSAGERIES

STREAMING, OTT, SVOD

AUDIO, PODCAST, BORNES

MÉTAVERS, IMMERSION, 360, VR, AR

Web3, BLOCKCHAIN, CRYPTO, NFT

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, DATA, AUTOMATISATION


MONÉTISATION, MODÈLE ÉCONOMIQUE, PUBLICITÉ

OUTILS

 

ES avec Kati Bremme et Myriam Hammad 

Et si le micro-trottoir avait une histoire…

Rarement pratique journalistique n’a été si férocement fustigée. Un impressionnant listing de noms d’oiseau a très vite tourné au mieux autour d’une « nullité professionnelle » ou pire d’une « évidente désinformation sous forme d’un faux sondage ». Le « micro-trottoir » est, depuis bien longtemps, un sujet de polémique récurrent selon l’expression consacrée. Polémique interne aux rédactions, mais aussi externe, en écho avec de nombreuses voix intellectuelles ou simplement citoyennes. Toutes hurlant à l’unisson leur dégoût de voir ainsi singée la prise de parole populaire.

Par Hervé Brusini, Président du Prix Albert Londres, ancien rédacteur-en-chef de France Télévisions

Et pourtant, on a beau chercher, en dehors de la masse de papiers écrits au vitriol, il semble bien que le  «Micro-trottoir » n’ait jamais fait l’objet du moindre essai, de la moindre recherche publiée ( Mais on a certainement insuffisamment fouillé).

« Étonnant, non ? » comme aurait pu le dire un ancien présentateur très sportif du 20 heures. De fait, c’est peut-être dans ce tollé qu’il faut chercher la cause du désintérêt : considérée comme le degré zéro du journalisme, on ne voit pas pourquoi il faudrait s’arrêter au moins un instant sur cette pratique honteuse. Et il en va ainsi de bien d’autres gestes de la profession, voire du journalisme lui-même… Mais ceci est une autre histoire.

Histoire ? Précisément le micro-trottoir en a une. Dans un premier temps, il relève du monde de la radio. D’où son nom de « Micro » trottoir. Le journal Parlé date de novembre 1925, mais le radio reporter commente en direct les épreuves sportives depuis deux ans déjà. Pourtant, il faudra attendre encore 10 ans pour que la pratique du micro-trottoir se généralise. « La vie par le son », « la vie en direct » sont les mots d’ordre du média radio. Le micro-trottoir fait entendre les Français au coin de la rue. Puis la télévision entre dans les foyers par le biais de la petite lucarne. 1949, premier JT. Mais là encore il faudra attendre 10 ans pour ajouter l’image au son du micro-trottoir. La pratique se développera avec le perfectionnement, des techniques en extérieur de prise de vue et du son, de l’art de l’interview, de celui du montage, et par certains aspects, du récit, du fait de raconter une histoire à plusieurs voix, et bien sûr de la statistique… Ce degré zéro semble donc en réalité fort riche…

Les débuts du micro-trottoir à la télé : un reportage à voix multiples

Monsieur, c’est pour la télé…

Cela a des allures de « chorale du peuple ».

C’est la séquence du « ce que pensent les Français…et les Françaises ». Nous sommes à la fin des années 50. Les équipes de télé peuvent sortir du triangle Cognacq-Jay, Champs Élysées, Palais Bourbon grâce aux caméra film 16mm réversible. Le développement de l’image est ultra rapide. Et surtout, désormais, le son est synchrone, alors vive le marché, le bistro, le carrefour citadin ou la cheminée paysanne… Tous ces lieux qui deviendront ainsi les points consacrés de l’expression populaire sur tous les sujets possibles et imaginables. Le micro-trottoir est né, ou plutôt le télé- trottoir, dira-t-on. Mais l’appellation micro-trottoir perdurera, car ces séquences s’inscrivent bien dans la continuité d’un genre inventé par la radio. L’image y a pourtant, en ces années-là, un rôle décisif. On y reviendra…

Mais, ce genre, a-t-il forcément à voir avec la statistique ?

Pas vraiment. Certes, il aspire à recueillir comme il l’affirme, le/les discours du public. Le sentiment des vrais gens comme on dira plus tard. En un mot, l’opinion. Mais en cette fin des années 50, les gouvernants commencent tout juste à disposer des outils statistiques d’aide à la décision. En 1963, la célèbre séquence du ministre Peyrefitte venant inaugurer le nouveau JT avec Léon Zitrone, révèle par la voix du politique (certes invité, mais en vérité dirigeant tout puissant), l’existence de sondages qui vont dorénavant permettre de savoir quel présentateur est aimé ou pas, quel ministre est apprécié, et quelles réactions ont les Français face à tel ou tel choix politique du pouvoir en place. Mais, encore une fois, nous n’en sommes qu’au début. Le recueil du sentiment des Français par la télé, n’a donc pas à l’époque la valeur toujours éminemment discutable que l’on voudrait in petto attribuer au télé-trottoir. En fait, à l’époque, l’approche, la compréhension, la réalisation de ces séquences ne se posent absolument pas en ces termes. Ce sont avant tout, des reportages. Des « enquêtes » est-il écrit dans les notes d’archive. Elles mobilisent réalisateur, opérateur, rédacteur, sondier, éclairo…

Des figures d’antenne s’y frottent, comme Léon Zitrone, ou Jacques Olivier Chattard, Jacques Poux… La liste est longue.

Et des émissions réputées de grands reportages ont recours à ces « enquêtes » de micro-trottoir comme elles le font pour le reste du sommaire de leurs émissions. Cinq colonnes à la Une, a mobilisé Michel Péricard (futur député UNR) ou même Pierre Dumayet ( futur dirigeant de la télé de service public) dans cet exercice. Là encore, ils furent nombreux à « se rendre coupables d’une pratique indigne ». Le magazine « Les femmes aussi » a également largement pratiqué le genre. Et même Anne-Marie Carrière, chansonnière jadis bien connue et journaliste, a interrogé les Françaises sur la chirurgie esthétique dans « Au-delà de l’écran », l’émission consacrée aux coulisses de la télé.

En matière politique, sous l’emprise très appuyée du général De Gaulle, le micro-trottoir politique est « tout naturellement » univoque. Que pensez-vous du discours du général De Gaulle, demande celui que l’on surnommait gros Léon aux Français ? Que du bien, répondent en chœur, les interprètes populaires, les-malgré-nous de la manipulation démocratique du moment. De fait, cette pierre noire dans le jardin de l’audiovisuel public n’a pas aidé à envisager le « microtrotte » (sic en termes de métier) comme une référence du journalisme.

Mais revenons à cette période fondatrice de notre pratique, appelée à devenir fameuse et si décriée. On l’a constaté, elle peut aborder TOUS les sujets, avec une facilité déconcertante. Il suffit de tendre le micro. Et « cela » parle. Contrairement à l’interview classique qui cherche à faire sortir – de l’ombre ou pas – une vérité, le microtrottoir ne vise qu’à saisir une pensée à haute voix, tout à trac. Son charme, c’est donc cette spontanéité ultra diversifiée, dont la différence physique et vestimentaire est le premier signal.

D’où le fait d’être conçu à l’époque comme un vrai moment de télé, une enquête, un reportage. Le journaliste véritable starter de la parole populaire est d’ailleurs le plus souvent « IN », dans le cadre. A l’instar de Roger Louis, le grand reporter des terrains de guerre de Cinq colonnes. Cette conception du micro-trottoir explique peut-être l’effet réel produit par la reprise de ces séquences pour évoquer aujourd’hui le sentiment des Français sur telle ou telle question qui se posait déjà à l’époque. Certes le noir et blanc produit cet effet de sépia du passé, mais il se dégage de ces paroles un témoignage assez fort pour évoquer des pages de l’histoire du pays, de notre société

Cette force du microtrottoir de jadis devenu archive, est donc dûe à la conception qu’en avaient les fabricants de l’époque. Le chiffre statistique n’est pas le support de ces séquences, il en est la traduction, l’aboutissement. A telle enseigne que lorsqu’il s’agit d’évoquer une statistique qui est d’abord posée en début de reportage, la télé de l’époque inventait de faux personnages pour incarner justement la statistique. Les sujets consacrés au « Français moyen » ou au comportement délirant des ménages qui stockaient le sucre à l’époque de la crise de Suez, ont vu la télé française inventer Monsieur La panique joué par un acteur, ou des employés de Cognacq-Jay mimant les gestes des ménages. Le spectacle est le plus important. On donne d’abord à voir. Il y a des gens qui parlent, et jamais de chiffres écrits sur l’écran. A l’exclusion bien sûr des soirées électorales. Le reportage est devant, le chiffre est derrière.

Retournement de situation : Le micro-trottoir vient illustrer le chiffre

Le premier choc pétrolier des années 70 y est pour beaucoup. La complexité de la question posée par l’embargo de l’OPEP et la brutale augmentation du prix du baril, a mobilisé à l’époque une variété d’angles et de supports nouveaux pour traiter cette crise. La pédagogie des aspects économique et géopolitique ont mis en branle, cartes et autres données chiffrées dans tous les médias et à la télévision tout particulièrement. Le choc pétrolier fut aussi un choc éditorial. Le chiffre précisément vint occuper le devant de la scène, l’infographie allait se constituer peu à peu comme un secteur indispensable à la pédagogie de l’actualité, ou même simplement en tant qu’affichage de la source de nombre d’informations au menu du JT.

Mais, quel est le rapport entre cette exigence nouvelle du journalisme et le micro-trottoir ?

Cela tient en un mot : l’illustration du chiffre par la vox populi. L’interview réalisée au coin de la rue est devenue peu ou prou, un sondage. La question de la représentativité s’est posée alors avec acuité, les critiques ont déferlé, redoublé sur ce maudit micro-trottoir qui voudrait se prétendre sociologiquement crédible. (Il y eut même plus tard, un épisode aujourd’hui oublié d’un questionnement sur un sujet différent chaque soir au 20h de France2. C’était à l’époque d’un web naissant. Les polémiques n’ont alors pas manqué, et il fallut préciser les choses. L’expérience prit rapidement fin)

Et la télévision de se défendre, avec la mention nécessaire du présentateur ou de la présentatrice, « ces paroles ne prétendent pas avoir valeur de sondage… ». Bref, elle tient à manifester de son honnêteté…

Le micro-trottoir prend alors des allures de nœud gordien, un piège en soi où les rédactions se sentent obligées de faire entendre le pour, le contre, le sans avis… Inextricable culpabilité du non totalement représentatif, qui aboutit souvent à une forme de neutralisation de l’expression du quidam.

On le voit bien, dans cet édifice éditorial, le chiffre est aux avant-postes, le micro-trottoir venant en quelque sorte attester le sondage. L’infographie placée avant ou après la séquence, comme on dit « cloute » ou justifie, la véracité de la pensée populaire émise par quelques-uns de ses représentants. D’ailleurs, il arrive même que l’on classe les avis recueillis en référence même à l’enquête « sondagière » qui a provoqué l’interview au coin de la rue. Un expert arrivant alors en fin de sujet pour lui donner toute la force de « connaissance scientifique » nécessaire au sujet traité. Si ce n’est lui, ce sera souvent un ultime chiffre donné par le journaliste. C’est aujourd’hui devenu un quasi tic d’écriture en chute de sujet.

Baisser ou pas le chauffage ?

Quand le chiffre cloute le micro-trottoir

Ce jeu de miroir entre le « réel » statistique et le « réel » de la rue peut apparaître bien tentant, parfois au sein d’une même édition pour donner un sentiment accru de proximité, de recueil ouvert de la parole du quidam.

Porter ou pas le masque ?

Quand le chiffre vient clouter le micro-trottoir

Quand le chiffre démarre le micro-trottoir

Faire ou non des enfants ?

Allumer ou pas les lumières de Noël ?

C’est ainsi que pêle-mêle, le fait de baisser ou non le chauffage, celui de porter ou non le masque, celui de faire ou non des enfants, celui de décorer ou non par la lumière en période de fêtes, malgré la sobriété énergétique, que tout cela peut déclencher autant de micro-trottoirs dans un même journal. Et cela somme toute de façon assez banale, en tout cas banalisée. Sans soulever de tempête particulière, ce qui montre assez le côté passe-partout du procédé…

Étonnante mutation donc d’une pratique passée du statut de reportage chorale, souvent surprenant par la simplicité sincère des locuteurs, par le montage en récit de ces tranches de pensée, au statut tout autre, d’illustration d’une statistique, sorte de comptabilité sociale, politique car tirée de paroles de citoyens dûment répertoriées.

Le risque couru étant peut-être ici d’apparaître moins journaliste que sociologue, ou sachant. En tout cas en surplomb, alors même que le but recherché est de donner la parole au quidam, la fameuse proximité auprès des « vrais gens »…

Liens vagabonds : A la recherche de l’intelligence perdue

Qui trouvera la bonne réponse ? – La construction du télescope spatial James Webb a coûté 10 milliards de dollars, mais Google a essuyé des pertes de plus de 160 milliards de dollars après que le nouveau chatbot du moteur de recherche ait répondu incorrectement à une question le concernant. Google et Microsoft ont tous deux annoncé cette semaine des moteurs de recherche améliorés par l’IA, faisant entrer la course à l’intelligence artificielle dans une nouvelle phase. Lundi, Google (92% du marché de recherche) a présenté Bard (avec son erreur coûteuse), et mardi c’était au tour de Microsoft de lancer l’intégration de ChatGPT à son moteur de recherche Bing (3% du marché) et son navigateur Edge. Pourtant, Google LaMDA (Language Model for Dialogue Applications) a accès tout l’Internet, quand ChatGPT s’arrête en 2021.

Mais le plus inquiétant n’est pas seulement leur compréhension limitée du monde et quelques erreurs de débutant, mais l’impact de cette recherche conversationelle sur le SEO et les sites web des éditeurs. Ces derniers, qui ont déjà souffert dans la bataille contre les résultats sponsorisés sur fond de droits voisins tout en restant très dépendants du trafic apporté par les moteurs de recherche, craignent que les utilisateurs se contentent désormais des résultats apportés par le chatbot bavard sans jamais visiter leur site web. Les sites des médias risquent de devenir de simples sources d’information pour de nouvelles interfaces qui « génèrent » des réponses et des résumés, même si Google affirme que Bard aura pour unique but de « distiller des infos complexes en petits formats, faciles à digérer » et que l’utilisateur aura ensuite le choix “d’explorer” différents résultats (s’il veut en savoir plus). Et aussi :« Bloom, l’intelligence artificielle made in France n’a rien à envier à ChatGPT« .


Comment va le métavers ?Microsoft supprime encore des emplois chez HoloLens, Surface et Xbox, ainsi que dans son studio de réalité mixte et dans l’“Industrial Metaverse Core Team”. L’entreprise de Bill Gates avait déjà annoncé qu’elle fermait sa plateforme de réalité sociale virtuelle AltspaceVR. Les suppressions d’emplois dans HoloLens soulèvent notamment des questions sur les futures versions des lunettes connectées. Meta, de son côté, ferme Echo VR, son jeu VR. Le métavers étant vaguement défini, techniquement complexe, et avec peu de preuves d’une demande des utilisateurs est devenu une cible de choix pour la réduction des coûts face aux réalités économiques. Apple, l’acteur le plus expérimenté et le plus constant en matière de matériel informatique parmi les grandes entreprises technologiques, hésite d’ailleurs toujours à relever le défi de produire des lunettes de réalité augmentée. Le responsable de la VR chez Google préfère créer une entreprise d’IA avec l’ancien co-PDG de Salesforce. En même temps, Meta, qui s’était rebaptisé en l’honneur de la conviction absolue de son PDG Mark Zuckerberg dans le métavers et qui a précédemment licencié le personnel de sa division déficitaire Reality Labs, veut quand même remplumer son métavers en l’ouvrant aux adolescents.

Cette semaine en France

3 CHIFFRES

$160 milliards, c’est la valeur que l’action de Google a perdu après une erreur de Bard 

1 million de nouveaux abonnés pour le New York Times en 2022

5 millionsC’est le nouveau record de Twitch atteint en janvier 2023. La plateforme a enregistré 5,07 millions de chaînes actives sur tout le mois

 

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE

Infographic: What's at Stake in the Fresh Battle for Search Dominance | Statista

Statista

NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ

 

DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION

GAFA / BATX

DONNÉES, CONFIANCE, LIBERTÉ DE LA PRESSE, DÉSINFORMATION

LÉGISLATION, RÉGLEMENTATION

JOURNALISME

STORYTELLING, NOUVEAUX FORMATS

ENVIRONNEMENT 

RÉSEAUX SOCIAUX / MESSAGERIES

STREAMING, OTT, SVOD

GAMING

AUDIO, PODCAST, BORNES

MÉTAVERS, IMMERSION, 360, VR, AR

Web3, BLOCKCHAIN, CRYPTO, NFT

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, DATA, AUTOMATISATION

MONÉTISATION, MODÈLE ÉCONOMIQUE, PUBLICITÉ

OUTILS

 + la nôtre bien sûr 😉

ES avec Kati Bremme, Myriam Hammad & Victor Lepoutre 

 

IA mania : « l’inquiétante étrangeté » s’empare des médias

La promesse des intelligences artificielles, apparues en 2022, avec, à leur apogée, l’ouverture de ChatGPT au grand public, est venue bousculer de nombreux secteurs à l’instar de l’art et des médias, qui ont vu le spectre de leur remplacement planer sur les épaules. Mais qu’en est-il vraiment ?

Par Myriam Hammad, MediaLab de l’Information

L’année 2022 a été marquée par l’apparition de plusieurs intelligences artificielles proposant de nouvelles fonctionnalités, certaines ayant particulièrement inquiétées l’ensemble des créateurs de contenus. Pourtant, les IA étaient déjà utilisées au sein des médias : The Juicer de la BBC  permet de taguer les contenus et de les catégoriser, ou bien encore, le Knowledge Map du Washington Post transmet rapidement des informations additionnelles sur un sujet aux lecteurs. Mais qu’est-ce qui a changé et provoqué aussi bien la curiosité, l’enthousiasme, que le rejet ?

Les IA ne nous proposent plus seulement des réponses correctes, mais bien créatives

La nature de l’informatique n’a pas changé, mais nous demandons à présent aux machines des réponses créatives dont le succès est jugé par l’utilité et l’esthétique du produit final. Une révolution est en cours depuis 2017 : l’architecture des intelligences artificielles a été modifiée. Elles sont, et ont été entraînées pendant des mois à traiter tout le contenu qui peut se trouver sur Internet. Elles sont ainsi, en apprenant par des méthodes de deep learning, devenues capables de générer du texte ou des images, dans des styles, des variations, des tons d’une très grande variété, créant par là même le début de la plus grande galerie qui n’ait jamais existé. 

Alexeï Grinbaum, président du Comité opérationnel pilote d’éthique du numérique du CEA. CEA-Saclay/LARSIM rappelle ainsi, à propos de ChatGPT, que « générer de la parole censée n’est pas évident ». La machine analyse la commande qui lui est faite de manière formelle, elle n’a pas la capacité de comprendre, mais la capacité de saisir le liant entre les mots, notamment dans les requêtes qui lui sont adressées. Et c’est ce qui semble fascinant pour les êtres humains. Par ailleurs, celles qui se sont développées ces dernières semaines sont à un niveau qui n’avait pas encore été partagé auprès  du grand public.

Lensa AI qui permet d’ajouter des filtres sur des autoportraits, ces « Magic Avatars » qui fleurissent sur Instagram et TikTok, Dall-E, Midjourney et Stablediffusion, entre autres, génèrent des images numériques, souvent de nature surréaliste, produites à partir de langage naturel : les « prompts » des utilisateurs. Du côté de la génération de texte, ChatGPT a foisonné de retours d’expériences d’internautes, d’articles relayant ses possibilités et ses limites, et attisé une certaine inquiétude parmi les journalistes.

Pourtant, le succès de ces IA est là, comme rappelé par Sam Altman, co-fondateur avec Elon Musk d’OpenAI, l’entreprise qui regroupe parmi les plus célèbres du moment : Dall-E, ChatGPT et Whisper, un outil de reconnaissance vocale automatique.

ChatGPT a été utilisé à de nombreuses reprises pour différents usages : trouver des solutions de codes, rédiger des essais, des articles, des campagnes marketing, des nouvelles ou simplement converser avec l’être humain. Internet regorge aujourd’hui d’exemples d’utilisateurs qui se sont prêtés à l’exercice. Les résultats, plutôt satisfaisants, en ont poussé certains à tester cette IA, à travers le test de Turing, dont l’efficacité demeure controversée au sein de la communauté scientifique. Décrit par Alain Turing en 1950 dans sa publication « Computing Machinery & Intelligence », il correspond à la vérification de la faculté d’une machine à imiter la conversation humaine. Mais ChatGPT n’a pas été conçu pour reproduire la sémantique humaine, du moins pas dans ce qui relève de l’ordre du sensible.

Le rapport de l’Homme et la machine est une question complexe, interrogée par les scientifiques et les philosophes depuis René Descartes, François Rabelais ou Léonard de Vinci : celle de la place de l’automate par rapport à l’Homme, celle de l’exceptionnalité de ce dernier, ou non. Mais plus récemment, le roboticien Masahiro Mori dans La Vallée de l’étrange (1970) explique que plus l’androïd est semblable à un humain, plus il provoque inquiétude et sentiment de malaise. Ici, les IA de création n’ont pas d’apparence physique humaine, mais elles viennent imiter d’une manière qui ne s’était pas encore vue, des talents et capacités, suscitant scepticisme, colère et craintes au sein de certains secteurs d’activité.

Des usages des IA qui sèment la polémique

Lors de l’édition 2022 de la Colorado State Fair aux États-Unis, Jason Allen s’est retrouvé précurseur d’un important débat sur la place des IA au sein de nos sociétés : il remporte la première place dans la catégorie « art numérique » pour son œuvre Théâtre d’opéra spatial, réalisée avec Midjourney. L’affaire crée la polémique, avec un tweet partagé à plusieurs reprises d’un artiste digital, Genel Jumalon. Quelques jours plus tard, il expliquera : « Si l’audience ne prête pas attention à l’art, mais seulement au produit, nous serons tous remplacés. Je ne parle pas que des arts virtuels, mais de tout type d’art. Nous devons nous valoriser dans une mesure plus grande, que celle d’être capable de produire un objet. »

Là où certains perçoivent de nouvelles manières de créer, voire d’apporter une nouvelle génération d’artistes, dans un sens moins conventionnel, — considérant alors le prompt engineering, comme une forme d’art en soi —, d’autres y voient la fin de l’art, et plus généralement, de tout métier nécessitant un haut niveau de maîtrise. ChatGPT est aussi venu questionner les journalistes, mais si l’IA permet de rédiger rapidement, et relativement efficacement, elle ne peut pas (encore) vérifier les informations et produire un contenu approfondi. Il lui a par exemple été demandé, de savoir ce que pouvaient faire les médias pour le climat ? Voici sa réponse :

Dans un autre domaine, celui de la propriété intellectuelle, se sont fait entendre des points de vue créateurs. Pour Stablediffusion, ce sont près de 2,3 millions d’images qui ont été collectées pour faire s’entraîner la machine, sans que le consentement des auteurs à l’origine de ces images ne soit demandé. Dans une tribune publiée dans le Guardian, Kim Leutwyler, une artiste australienne s’est insurgée de la ressemblance quasi identique d’œuvres de certains artistes, avec la réplique proposée par Lense Ai. Aujourd’hui les œuvres et les textes générés par ces intelligences artificielles ne sont pas considérés comme des « oeuvres » et échappent aux règles de droit d’auteur. Les enjeux économiques de ces créations restent ainsi à définir. Au sein de l’Union européenne, un règlement est attendu pour 2023 afin de poser les contours d’utilisation de ces intelligences artificielles pour les rendre « humaines, éthiques, durables et inclusives ».

Porteuses de nouveaux usages, de nouvelles pratiques, et de nouvelles polémiques, les IA apparues ces dernières semaines invitent chacun à s’interroger sur l’usage et l’utilité qu’il pourrait en faire dans son quotidien : assistant personnel, aide à la rédaction, pourvoyeur d’informations, conversation ou outil d’illustration. Mais elles ne pourront exister et continuer à se développer que si l’Humain choisit de les faire entrer dans son univers.

Liens vagabonds : Les Gafam déçoivent encore

A RETENIR CETTE SEMAINE :

Les géants de la tech déçoivent – La série de mauvaises nouvelles dans le secteur technologique se poursuit. Fin 2022, les cinq géants de la tech (Google, Apple, Amazon, Facebook, Microsoft) avaient déjà collectivement perdu plus de 1.500 milliards de dollars de capitalisation boursière en moins d’un mois. Jeudi, après la clôture de la bourse, Apple, Amazon et Alphabet ont présenté des résultats financiers pour la plupart décevants. Les ventes d’Apple chutent de 5 % dans la plus forte baisse trimestrielle du chiffre d’affaires depuis 2016, notamment en Chine. La holding Alphabet autour du groupe Internet Google a déçu sur un large front. Le commerçant en ligne Amazon a certes dépassé les attentes en termes de chiffre d’affaires avec plus de 149 milliards de dollars, mais la croissance de sa division cloud computing a continué de s’affaiblir. Après des années d’expansion et des milliards de dollars de bénéfices, les grandes entreprises technologiques réduisent leurs dépenses excessives, notamment par des licenciements massifs, pour entrer dans une période d’austerité.

Les résultats de Meta sont un peu moins médiocres que prévu, et les investisseurs sont rassurés par le tournant réaliste de la firme : avec « moins de science-fiction et plus de concret« . L’IA pourrait bien être la clé du redressement de la société mère de Facebook. Le cours de Meta a rebondi de 19% dans les minutes qui ont suivi la publication de ses résultats trimestriels mercredi soir. Google a annoncé jeudi une baisse de ses revenus publicitaires lors du quatrième trimestre. La publicité sur YouTube a notamment chuté de 8 % en un an (à 8 milliards de dollars). Ses revenus issus du Search ont baissé de 2 %. Le Search résistait jusqu’ici plutôt bien aux crises publicitaires même s’il était déjà menacé par TikTok, le nouveau moteur de recherche de la GenZ. Une raison de plus pour Google de concurrencer la recherche intelligente de ChatGPT

 

La course au moteur de recherche intelligent – Dans la course mondiale à l’IA, Google ambitionne d’être le chef de file. En décembre 2022, quelques semaines seulement après la sortie de ChatGPT, Google avait montré ses inquiétudes en interne. Dans le cadre d’une réponse « code rouge » au ChatGPT d’OpenAI, le projet Atlas du géant de la technologie a développé un chatbot appelé Apprentice Bard qu’il teste dans un format de questions-réponses avec ses employés. Contrairement à ChatGPT, Apprentice Bard prendrait en compte les évènements qui se sont déroulés en 2022. Apprentice Bard est basé sur le modèle LaMDA de Google, dont un ancien ingénieur de la société pensait « qu’il était sensible« , ce qui avait causé son licenciement immédiat en juillet dernier. Microsoft, pour son moteur de recherche Bing, a dernièrement investi encore 10 milliards dans OpenAI. D’après le créateur de Gmail, ChatGPT a le potentiel pour détruire Google en une ou deux années au maximum ».

L’IA grand public est arrivéeMicrosoft fait passer Teams en version Premium, avec ChatGPT d’OpenAI. Teams Premium comprend une fonction de résumé intelligent alimentée par l’IA, certaines fonctions existantes de Teams et une meilleure protection des réunions. En même temps, Brad Smith, le président de Microsoft appelle au dialogue sur l’IA, les dernières technologies d’IA nécessitant des garde-fous qui ne peuvent être établis par les seules entreprises technologiques. Aujourd’hui encore, peu de lois régissent la manière dont les entreprises ou les gouvernements peuvent utiliser les technologies de l’IA, bien que les législateurs européens aient entamé l’AI Act. Et même quand elles existent, elles sont difficiles à appliquer à grande échelle, comme nous montre l’exemple de la RGPD.

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Liens vagabonds : Le NYT arrive sur TikTok, sérieusement

A RETENIR CETTE SEMAINE : 

Le NYT arrive sur TikTok – Avec seulement trois ans de retard par rapport à ses principaux concurrents, le New York Times a finalement rejoint TikTok cette semaine. Lorsque le New York Times a lancé son TikTok le 24 janvier, il a commencé par des « hard news » dans un ton loin des comptes des autres médias « sérieux » qui s’essaient dans l’info-divertissement, en présentant Brandon Tsay, le jeune homme de 26 ans qui a désarmé un tireur dans une salle de danse à Alhambra, en Californie. Tout le contraire du Washington Post, qui avait ouvert son compte en mai 2019 avec le sketch de 15 secondes devenu viral mettant en scène le sénateur Cory Booker et Dave Jorgenson, reporter vidéo senior du Post. Le Times a peut-être quelques années de retard sur les autres éditeurs (même s’il avait des verticales sur TikTok avec NYT Cooking, Wirecutter et le podcast Hard Fork), mais l‘attente pour ouvrir ce compte ne transcrit certainement pas un manque d’innovation. 

Il a été l’un des premiers éditeurs à offrir une expérience numérique immersive à ses lecteurs avec sa couverture révolutionnaire de la tragédie de l’avalanche de Snow Fall à Tunnel Creek en 2012, et en 2021, il avait lancé la campagne The Truth Takes a Journalist. En exploitant les vidéos courtes, le journal avait déjà adopté la nouvelle norme en faisant tomber les barrières entre les créateurs (ou dans ce cas, les journalistes) et le public. Selon le NYT, “le contenu publié sur ce compte reflétera la substance et le style du reportage du Times et le dynamisme de notre narration multimédia.” En pleine crise réglementaire aux US, les éditeurs de presse continuent donc de se ruer sur TikTok pour trouver de nouveaux publics ; avec  +700 exemples d’éditeurs dans le monde sur la plateforme rassemblés dans ce document 


Finalement pour le NYT, TikTok ne serait plus une opportunité gâchée ? Mais TikTok n’était-il pas censé être drôlePourquoi Vice, la BBC, le WaPo et d’autres considèrent les nouvelles équipes TikTok comme la prochaine vague de talents de l’édition.

TikTok attaque –  Le réseau social chinois en a assez d’être “diabolisé” et a décidé de changer de tactique dans ses négociations en cours avec les États-Unis, en choisissant de rendre publics ses efforts pour devenir plus transparent et protéger les données des utilisateurs. L’entreprise chinoise a récemment invité des journalistes dans son « Centre de transparence et de responsabilité » et a rendu publics les détails de sa proposition de « projet Texas« , qui décrit comment l’entreprise dépenserait 1,5 milliard de dollars pour donner la priorité à la sécurité des données. Comment TikTok pourrait devenir une entreprise américaine avant qu’une commission de la Chambre des représentants des États-Unis ne votera le mois prochain sur une éventuelle interdiction nationale de la populaire application de vidéos courtes ? Lors d’un appel vidéo avec le PDG de TikTok, Shou Zi Chew, le commissaire européen Thierry Breton, de son côté, avait déjà déclaré la semaine dernière qu’il n’était « pas acceptable » que « les utilisateurs n’aient besoin que de quelques secondes pour accéder à des contenus préjudiciables« .

Win-Win pour Meta et l’IA –  Meta versera 10 millions de dollars à Buzzfeed pour développer du contenu pour Facebook et Instagram. Ce partenariat mutuellement bénéfique devrait permettre d’attirer davantage de personnes sur les plates-formes sociales de Meta tout en contribuant à augmenter le temps que les gens passent sur les sites web de Buzzfeed. C’est aussi la dernière étape d’une relation de plusieurs années entre l’éditeur numérique et le géant des médias sociaux. Après l’année la plus difficile de son histoire de Meta, la société mère de Facebook commence à rebondir grâce à l’IA. Les utilisateurs regardent ses vidéos de format court, le ciblage publicitaire s’améliore et la société de médias sociaux est en bonne voie pour se remettre de l’impact des modifications de la confidentialité imposées par Apple. D’après les entretiens et les documents partagés avec le WSJ, les investissements importants dans les outils d’intelligence artificielle ont permis à l’entreprise d’améliorer les systèmes de ciblage publicitaire afin de faire de meilleures prédictions à partir de moins de données.

Bien que Mark Zuckerberg ait déclaré l’année dernière que l’entreprise serait « metaverse-first, not Facebook-first », la plupart des efforts portent sur l’optimisation de ses plateformes de médias sociaux traditionnelles, en particulier Facebook.  Des sources détaillent la pression exercée au sein de Meta et de Google pour accélérer le développement de l’IA dans le contexte de la vague d’attention suscitée par ChatGPT, en balayant potentiellement les problèmes de sécurité. BuzzFeed, de son côté, prévoit de s’appuyer sur OpenAI pour améliorer ses quiz et personnaliser son contenu, tandis que les humains offrent des idées, une « monnaie culturelle » et des « incitations inspirées ». Pour finir, Springer Nature, le plus grand éditeur universitaire du monde, ne permet pas aux LLM comme ChatGPT d’être crédités en tant qu’auteurs, mais autorise l’IA à aider à la rédaction d’articles, si elle est clairement affichée. Malgré l’accident CNET, les rédactions doivent décidément faire face à l’IA. Ce que CNET a appris de son utilisation de l’IA : veiller à ce que les signatures et les déclarations soient visibles et que les contrôles de plagiat soient effectués correctement 

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Baromètre Kantar-La Croix : La confiance des Français dans les médias remonte

Après une année 2022, où l’intérêt dans l’information était tombé au plus bas chez les 18-24 ans, plus de trois quarts des Français déclarent cette année suivre « avec un grand intérêt » l’actualité, selon le baromètre annuel de La Croix, réalisé avec Kantar Public et onepoint. Une proportion qui bondit de 14 points pour atteindre un niveau semblable à 2015, malgré une défiance vis-à-vis des médias qui reste endémique.

Par Myriam Hammad, MediaLab de l’Information
L’édition 2023, qui a a interrogé un plus grand échantillon représentatif de la population française, en ligne ou par téléphone, comporte pluseiurs bonnes nouvelles : à côté du regain d’intérêt dans l’information sur fond de guerre en Ukraine, de crise énergétique et de disruptions mondiales, et même si les Français multiplient les sources d’information, avec en moyenne quatre canaux consultés quotidiennement, la télévision « garde une place centrale » dans leur consommation d’actualité. Les JT sont privilégiés par les Français pour s’informer au quotidien, quel que soit l’âge (35 % sur l’ensemble du panel).

La fatigue informationnelle toujours d’actualité 

Mais 51% des sondés ressentent souvent de la lassitude par rapport à l’actualité face à seulement 5 % qui disent ne jamais se lasser de l’actualité. La raison pour ce manque d’intérêt se trouve principalement dans une absence de diversité des sujets (pour 45%), une angoisse ou une impuissance (pour 35%) ou bien encore un manque de confiance dans les médias (22%). Un constat également à mettre en parallèle avec un contexte anxiogène (guerre en Ukraine, crise énergétique…) et une « infobésité » avec l’actualité qui est largement devenue multicanale, pour arriver jusque sur TikTok. Un sondé sur cinq (21 %) s’intéresse moins qu’avant à l’actualité, et même un sur trois (33 %) chez les moins de 35 ans. 

Une confiance dans les médias en hausse, et en particulier pour l’information provenant d’internet

Radio, journaux, télévision et internet sont en progression (avec une évolution de 9 points pour internet). Parmi les sondés qui s’informent via les JT, 73 % leur font confiance. Cette proportion est aussi de 73 % pour la radio , 66 % pour les quotidiens nationaux, mais seulement 46 % pour les émissions d’actualité et de divertissement à la télé et 40 % pour les influenceurs, qui viennent d’intégrer l’enquête. Les réseaux sociaux arrivent avant la presse comme média privilégié au quotidien pour s’informer. 

 

A la question “A propos des nouvelles que vous lisez sur Internet, est-ce que vous vous dites plutôt que les choses se sont passées vraiment“, 55% des répondants considèrent qu’il y a de nombreuses différences ou que les choses ne se sont vraisemblablement pas passées comme racontées. 

Clivage générationnel sur la perception de l’information sur les réseaux sociaux

Après 35 ans, six sondés sur 10 pensent que la diffusion sur les réseaux d’informations par « des personnes qui ne sont pas des médias ou des journalistes » est une mauvaise chose. Une proportion qui s’inverse chez les plus jeunes : la moitié des moins de 35 ans juge au contraire que c’est une bonne chose. Pour les 18-24 ans, ainsi que les 35-49 ans, les réseaux sociaux arrivent parmi les trois médias privilégiés au quotidien. 

Là où les plus jeunes voient un moyen d’avoir plus de diversité, ce sentiment peut être contré dans les générations plus anciennes par la perception d’être confronté à de fausses informations sur ces réseaux.

Médias publics, médias privés : le paradoxe français

48% considèrent que le service audiovisuel public est majoritairement une “bonne chose”, mais la suppression de la redevance télé est pour 62% un fait positif, s’agissant d’une taxe de moins à payer.

Traitement médiatique des grands évènements 2022

La Coupe du monde de football, la mort de la reine Elisabeth II et la pénurie de carburant dans les stations-services sont les 3 évènements dont les médias ont trop parlé en 2022 selon les Français. Le débat sur la fin de vie, les abus sexuels au sein de l’Eglise catholique et le mouvement de protestation en Iran sont les 3 évènements dont on n’a pas assez parlé.

Les chaines d’information en continu, autre paradoxe

Pour 70% des sondés, les chaines d’info en continu permettent d’être rapidement informé de l’actualié. Mais il est intéressant de constater que parmi ceux qui les regardent tous les jours, ils sont 76% à considérer qu’elles ne se concentrent que sur un seul sujet d’actualité, 66% à trop donner la parole à des personnes pas assez expertes du sujet.

 

Une méfiance persiste : 54% des répondants considèrent qu’il faut se méfier de la façon dont sont traités les grands sujets d’actualité dans les médias et 59% considèrent que les journalistes ne sont pas indépendants des pressions politiques et du pouvoir. C’es chiffres sont parmi les niveaux de croyance en l’indépendance les plus faibles depuis la création du baromètre en 1993. Parmi les réponses pour lutter contre la désinformation, deux points sont particulièrement intéressants : le besoin d’une vérification des informations circulant sur les réseaux sociaux, et la nécessité de comprendre comment les journalistes travaillent.

Illustration : Laura Ohanessian, Unsplash 

Liens vagabonds : ChatGPT, petits mensonges entre amis

A RETENIR CETTE SEMAINE : 

ChatGPT, fabulateur ? – Grosse surprise : Le robot d’écriture d’OpenAI ne sait pas de quoi il parle. Outre l’enchaînement de phrases fluides dignes d’un être humain en plus de langues qu’il ne s’en doute lui-même, l’une des compétences de ChatGPT semble être de se tromper. Dans le but de générer des paragraphes, le programme d’IA fabrique des informations et mélange les faits comme personne. Le site CNET en a payé les frais. A l’instar d’Associated Press, pionnier de l’utilisation de l’IA pour la rédaction d’articles avec Wordsmith en 2014, CNET avait expérimenté l’écriture de plusieurs dizaines d’articles (environ 75) avec ChatGPT entre novembre et le 13 janvier. Le tout sans grande transparence, la signature sur tous ces articles se limitant simplement à « CNET Money ». Après des révélations d’erreurs dans le texte, le site a finalement modifié la signature en « Cette histoire a été assistée par un moteur d’IA et revue, vérifiée au niveau des faits et éditée par notre équipe éditoriale. » Buzzfeed s’est amusé de cette mésaventure en publiant sa propre version de contenu généré par IA. En l’absence de régulation, ChatGPT est même déjà cité comme co-auteur dans des travaux de recherche scientifique. Pendant ce temps, Microsoft lance le service Azure OpenAI avec ChatGPT, et Google se prépare à concurrencer ChatGPT avec son propre chatbot intelligent [selon un article d’un journaliste de CNET]. 

CNN, l’infomédie ? –  Face aux audiences de CNN en primetime qui chutent, la chaîne envisage d’ajouter un comédien à sa programmation. Une nouvelle émission de « divertissement d’actualité » de deux heures s’adressera à des téléspectateurs qui opteraient normalement pour des programmes proposés par Netflix, ESPN et HGTV, plutôt qu’aux accros de l’information câblée traditionnels qui passent d’un CNN à un MSNBC. La chaîne d’information, propriété de Warner Bros. Discovery, est loin derrière ses concurrents Fox News et MSNBC dans la course à l’audimat aux heures de grande écoute, malgré les changements radicaux opérés par Chris Licht, le nouveau patron de CNN, depuis son arrivée à la tête de la chaîne au printemps dernier. Il vient de licencier des centaines de personnes le mois dernier, et avait aussi mis fin à la très courte aventure de CNN+, le service de streaming par abonnement / chaîne d’information en ligne arrêté seulement un mois après son lancement. 

 

Adieu Stadia – La plateforme de jeux cloud de Google n’est plus. Le géant de la tech avait annoncé en septembre qu’il mettait fin à Stadia après avoir échoué à séduire suffisamment d’utilisateurs, et mercredi a marqué le dernier jour de la plateforme. Google a cependant reçu des félicitations pour la façon dont il a géré la fermeture. Stadia avait été lancé en 2019 en espérant s’attaquer à un secteur longtemps dominé par Microsoft, Sony et Nintendo. Mais alors que Netflix, Amazon et Disney ont réussi à nous faire adopter en masse le streaming pour les films et la télévision, les espoirs de Google de voir les joueurs faire de même n’ont jamais semblé près de se concrétiser. Pourtant, le cloud gaming a de l’avenir, avec des alternatives chez Amazon Luna, Nvidia GeForce Now, Xbox Cloud Gaming, PlayStation Plus et autres Shadow. Le dématérialisé gagne en poids dans le secteur vidéoludique et la guerre du streaming entre Netflix, Paramount+ et d’autres s’attaque aux jeux vidéo, même si les développeurs de jeux pensent que le métavers est bidon

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Infographie: Hécatombe dans la tech : plus de 190 000 licenciements sur l'année écoulée | Statista

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L’Année TV 2022 – Les 10 chiffres clés Médiamétrie sur Vimeo

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BeReal, Hive, Gas, de nouveaux réseaux sociaux pour informer différemment ? 

Moins d’algorithmes, plus de transparence – les nouveaux réseaux, s’ils sont encore parfois à l’état embryonnaire, pourraient représenter de nouvelles opportunités dans la communication des marques et des médias à destination des jeunes générations en quête d’authenticité.   

Par Victor Lepoutre, Direction de l’Innovation 

La génération Z ne va plus délibérément vers les médias pour s’informer. C’est ce que rappelait Amanda Edelman, COO du Gen Z Lab & Associate Director chez Edelman lors de son intervention à Médias en Seine en novembre dernier. “Au lieu de vérifier activement les sites d’information, la génération Z reçoit une grande partie des actualités sur les réseaux sociaux”. Le parcours des jeunes consommateurs d’actualité a donc changé. Les jeunes reçoivent l’information de manière passive entre deux reels ou autres contenus visionnés sur Instagram ou TikTok. De même, rappelle l’experte, “on constate que ce qui compte le plus c’est le messager et non le message. La génération Z fait confiance aux experts, à leurs amis et à leur famille, à des gens comme eux, et c’est de là qu’ils trouvent le contenu qui leur plaît« . La manière dont les jeunes consomment l’actualité dépend donc en grande partie des personnes qu’ils suivent plutôt que du type de contenu en lui-même. 

Un besoin de transparence et d’authenticité 

Selon l’enquête d’Edelman The Power of Gen Z, les membres de cette génération seraient 48% à penser que les médias traditionnels ne sont pas dignes de confiance. Une statistique qui révèle un “besoin de transparence et de responsabilité » selon Amanda Edelman. “Les personnes qu’ils suivent sur les réseaux sociaux – influenceurs, amis et famille – sont beaucoup plus transparentes dans leur contenu que les institutions monolithiques, comme les médias, qui, en raison de leur taille et de leurs modèles opérationnels, sont intrinsèquement moins transparentes” rappelle-t-elle. 

BeReal, une plateforme authentique mais encore trop fragile 

Ce besoin de “transparence et de responsabilité” est également éprouvé par les marques et ces dernières et leurs conseillers regardent largement en direction de nouveaux réseaux sociaux pour optimiser leur image auprès des jeunes générations. BeReal, le réseau social lancé en 2020 par deux Français, incite chaque jour ses utilisateurs à prendre deux photos depuis l’avant et l’arrière de leur téléphone. Une opportunité pour les marques? “Au delà de l’authenticité, BeReal à une belle capacité créative, qui est reprise par un nombre croissant d’utilisateurs sur la plateforme” affirme Jean Baptiste Quesnay, cofondateur et CEO de Trends, une agence de relations presse.

Capture d’écran BeReal

De son côté, Jonathan Noble, CEO de Swello, un gestionnaire de réseaux sociaux, voit BeReal comme “une excellente opportunité pour les membres d’une entreprise de devenir de vrais influenceurs”. En octobre 2022, le réseau social français atteignait les 50 millions de téléchargements dans le monde, de quoi réjouir les social media managers. Un chiffre atténué par un bémol : selon les statistiques de Sensor Tower seulement 9% de ses utilisateurs se connectent de manière quotidienne.Il faut voir si le réseau social parviendra à engager ses utilisateurs. Le concept peut ne pas plaire à tout le monde” précise Jonathan Noble. 

Autre point à ne pas négliger, le modèle économique de l’application. Entièrement gratuite et ne proposant pas de publicité, ni d’achat intégrés, elle survit pour l’instant grâce à des fonds levés auprès d’investisseurs en capital risque. D’après le Financial Times, l’application serait en train d’étudier des solutions d’abonnements et d’options payantes pour éviter de bombarder ses utilisateurs avec de la publicité. Pour le moment, l’appli ne convainc pas encore les professionnels de la publicité.

Hive Social, un réseau positif à mi-chemin entre Twitter et Instagram 

Lancé en 2019, Hive Social propose aux utilisateurs de poster des images et des vidéos, mais aussi des GIFs et créer des sondages qu’ils peuvent envoyer à leurs amis. Il est possible de personnaliser son profil avec de la musique, des couleurs et même son signe astrologique, le tout sans subir la loi d’un algorithme: le feed de Hive fonctionne de manière entièrement chronologique. Pour l’une de ses créatrices, Raluca Pop, Hive Social est “bien plus intuitive” que les réseaux traditionnels, mais selon elle, l’équipe a surtout pris soin de créer une culture différente sur l’appli: “nous avons précisé à plusieurs reprise que Donald Trump et Andrew Tate n’avaient pas leur place sur l’application” expliquait Raluca Pop au site web Mashable en novembre 2022.

Capture d’écran Hive Social sur l’AppStore 

Les utilisateurs, eux, y voient un condensé des avantages d’Instagram et de Twitter. Hive permet de concilier le mode conversationnel et le suivi des tendances comme sur Twitter, avec le mode galerie d’Instagram” constate Jean-Baptiste Quesnay. Pour le CEO de Trends, les marques et les médias qui y seront présents le plus tôt possible pourront potentiellement en tirer un fort avantage compétitif. “Avec Hive, il est possible de cultiver la conversation et les réactions au sujet d’un lancement produit par exemple, mais dans un esprit plus bon enfant que Twitter qui attire des utilisateurs ayant parfois un esprit plus extrémiste” rappelle l’expert, en reconnaissant que la haine parfois présente sur Twitter pourrait bien se déverser sur Hive Social.  Enfin, même si l’application jouit d’une bonne croissance, son nombre d’utilisateurs demeure plutôt restreint (2 millions d’utilisateurs en novembre 2022 selon Yahoo).

Succès des applications ‘feel good’ auprès des lycéens 

Autre acteur prônant l’assainissement des réseaux sociaux, Gas a été lancé en août 2022. Ses 7,4 millions de téléchargements et les 7 millions de dollars dépensés par les consommateurs sur la plateforme ont attiré l’attention du réseau social Discord, qui vient d’en faire l’acquisition le 18 janvier dernier. L’application, qui restera dissociée de Discord, a pour objectif d’inciter les jeunes à dire du bien des uns et des autres. Pour l’instant présente dans quelques États américains, elle invite les utilisateurs à s’inscrire via le compte de leur école. Ils peuvent ensuite ajouter des amis et répondent à des sondages sur leurs camarades de classe. Les questions posées dans les sondages sont cependant destinées à renforcer la confiance des utilisateurs, plutôt qu’à la décimer. “Qui est le meilleur DJ du lycée? Qui est la personne que vous admirez le plus? Qui devrait-être le délégué de classe?” Le message reçu est signé par un “garçon de seconde” ou “une fille de première”, une option payante permet au destinataire de découvrir qui se cache derrière cet anonymat. 

Capture d’écran Slay sur l’AppStore 

 “On a une nouvelle génération qui va sur les réseaux pour du positif et pour s’amuser avec ses potes. Les réseaux sociaux seront d’autant plus une extension de notre vie” explique Jean-Baptiste Quesnay. “Le principe du sondage est également intéressant: rapide, il permet  de mieux atteindre une communauté qui à tendance à scroller” rappelle l’expert. En Allemagne, Slay, le “réseau social positif pour les adolescents” a rapidement été validé par ces derniers. L’application a atteint la première place de l’App Store allemand, seulement quatre jours après son lancement et prétend rassembler 250 000 utilisateurs dans les pays où elle est présente (Allemagne, Suisse, Autriche et Royaume-Uni). “Notre application est similaire à Gas, et leur acquisition est une preuve que notre modèle est bon” expliquait Fabian Kamberi, le CEO de Slay. Il affirme cependant que ces systèmes de questions/réponses peuvent elles aussi être source de cyberharcèlement et qu’elles nécessitent une gamification appropriée et surtout une modération rigoureuse. 

Le succès de ces nouvelles plateformes authentiques et positives transcrit la volonté des jeunes de revenir à une interaction plus saine sur les réseaux sociaux. Libérées du scroll et des algorithmes, elles permettront aux marques et aux médias qui les utilisent à bon escient de créer un nouveau contact avec les communauté de jeunes utilisateurs qui leur dédieront plus d’attention. Mais face à la fragilité de modération des réseaux « feel good » et au modèle économique peu développé, les marques ont pour le moment encore du mal à trouver leur place et les formats d’information s’y font toujours attendre.