Media for Good : Maintenir la mission de service public dans l’espace numérique

Par Laure Delmoly, France Télévisions, MediaLab

À l’heure de la suprématie des GAFAN, de l’intelligence artificielle et du Big Data, comment se démarquer en tant que média de service public ? Dans Media for Good, Guillaume Klossa publie un plaidoyer sur le rôle majeur que doivent jouer les médias publics européens dans l’espace numérique. Pour le conseiller spécial du vice-président de la Commission européenne en charge du numérique, les médias publics doivent avoir un usage éthique des nouvelles technologies au bénéfice des citoyens et agir de manière coordonnée au niveau européen.

 

 

Une crise de confiance liée à la transformation numérique

Le constat est clair. Les médias, historiquement considérés en Europe comme un pilier essentiel de la vie démocratique font l’objet d’une réelle crise de confiance. Selon le baromètre de confiance Edelman, (dont méta-media fait la synthèse ici) la défiance envers les médias atteint 47% en janvier 2019.

 

Source : Baromètre de confiance Edelman 2019

Plusieurs facteurs liés à la numérisation de l’écosystème médiatique peuvent expliquer cette perte de confiance.

Les réseaux sociaux sont devenus une source d’information majeure voire principale. A ce titre, ils sont devenus des médias sociaux, utilisés par 36% des Français pour s’informer. Or les influenceurs s’expriment sur ces plateformes au même niveau que les journalistes. La conséquence directe de cette frontière de plus en plus floue entre information et opinion est la propagation rapide des fake news.

 

Source : Baromètre 2018 de l’Institut Reuters

Les médias ont mis l’accent sur le gratuit et l’instantanéité afin de s’adapter aux standards de l’information numérique. L’information est désormais fabriquée pour être partagée et lue par le plus grand nombre. Or l’information gratuite est souvent partielle, la mise en perspective étant réservée à des informations payantes à plus forte valeur ajoutée. Et ceux qui sont prêts à payer pour s’informer sur internet demeurent une minorité. Selon le Baromètre 2018 de l’Institut Reuters, seulement 11 % des Français ont payé pour de l’information en ligne en 2018.

Source : Baromètre 2018 de l’Institut Reuters

Sur les réseaux sociaux, les algorithmes de recommandation de contenu créent des bulles de filtres qui enferment les utilisateurs dans leurs préférences individuelles.

Les GAFANS font disparaître la notion de sérendipité qui pouvait naître au kiosque à journaux à la vue d’autres titres de presse ou dans un média via les autres rubriques. Or proposer à l’utilisateur des contenus qui reflètent ses préférences le maintient dans sa zone de confort et réduit son horizon intellectuel et culturel.

Pour Guillaume Klossa, ex-patron de l’UER, les médias européens de service public doivent informer, rassembler et susciter la réflexion en prenant le rôle de “Smart Media” innovants et responsables.

Mettre la technologie au service de l’éthique

L’objectif des médias publics européens pour les prochaines années ? Tirer parti des avancées technologiques pour stimuler la curiosité, l’intelligence et l’esprit citoyen des lecteurs, auditeurs et spectateurs.

Les médias doivent appliquer une politique de la transparence sur la fabrication de l’information. D’où viennent ces images ? Comment ont-elle été produites ? Ont-elles été falsifiées ? L’idée est d’apprendre aux utilisateurs à forger leur esprit critique en remontant et recoupant l’information. Dans les années à venir, la technologie blockchain permettra une traçabilité de l’information garantissant une information authentifiée.

Mais surtout, les « Smart Media » doivent adopter une stratégie de distribution offensive et différenciée. L’idée force : développer des algorithmes de recommandation de contenu favorisant une information de qualité et plurielle. Cette capacité à développer et entretenir une relation personnalisée avec l’utilisateur stimulant sa curiosité et sa réflexion sera déterminante dans les années à venir. Elle implique une utilisation intelligente des données personnelles des utilisateurs.

Si un spectateur est intéressé par un sujet sur le Soudan, le « Smart Media » lui proposera une émission sur l’histoire du pays et une interview sur la situation géopolitique de la région. La mise en valeur et la re-contextualisation des archives permettra d’enrichir cet univers. Il est nécessaire de créer une sensibilité chez les équipes éditoriales à cet enjeu de distribution pour qu’elles s’approprient le potentiel des technologies et adaptent les formats. La traduction automatique des contenus permettrait au citoyen européen d’avoir une information plurielle dans sa propre langue et de comparer ainsi les différents traitements éditoriaux selon les pays.

Agir au niveau européen

Dans un contexte économique difficile pour l’audiovisuel public, la rôle de « Smart Media » n’est pas toujours facile à tenir. Avec la transformation numérique, la concurrence est désormais mondiale et polymorphe. Les GAFANS trustent la majorité des ressources publicitaires et ont clairement une longueur d’avance sur la collecte de données personnelles des utilisateurs. Pour s’en sortir, les « Smart Medias » doivent adopter une stratégie coordonnée et agir au niveau européen.

Plusieurs initiatives ont déjà vu le jour.

La Commission Européenne a mis en place en mars 2018 un groupe européen d’experts pour définir les principes communs en matière d’utilisation de l’IA. L’objectif : développer une relation de confiance avec l’utilisateur sur l’exploitation de ses données.

Le lecteur, le spectateur, l’auditeur, doivent être convaincus que les données qui les concernent seront consultées dans leur intérêt. La Charte de l’Union Européenne de radio-télévision sur la protection des données personnelles toujours en cours de négociation s’inscrit dans cette démarche.

Les programmes européens en R&D sont une importante source de financement pour développer des technologies au service de l’éthique. Le programme Digital Europe vise à favoriser l’émergence d’un marché unique digital européen. Il court jusqu’à 2020 et son budget est de 9,2 Milliards d’Euro. Digital Europe peut constituer une aide à la distribution via par exemple la création de plateformes de documentaires, de podcasts ou de news. Il est également une aide à la création afin de former les journalistes aux nouvelles technologies et de faire émerger les talents de demain.

L’Initiative MediaRoad de l’UER et l’Union Européenne pose les bases d’un nouvel écosystème d’innovation européen en favorisant une hybridation entre public et privé. Elle réunit des groupes de médias publics et privés, des fédérations professionnelles et des universités telles que l’Ecole Polytechnique de Lausanne.

D’un point de vue législatif, la décision du Parlement Européen d’instituer un droit d’usage à payer pour l’utilisation des contenus sur le net pourrait, si elle est confirmée, contribuer à rééquilibrer l’économie des médias européens qui n’a fait que se fragiliser ces dernières années.

Il est aujourd’hui évident qu’une action publique européenne sur le rôle des plateformes en ligne d’envergure internationale est nécessaire.

Une action au niveau européen permettrait aux médias publics d’être suffisamment puissants pour perpétuer un écosystème médiatique reflétant la diversité et les valeurs européennes. Il est aujourd’hui urgent de proposer une alternative aux algorithmes développés au service de l’audience. Les « Smart Medias » doivent se donner les moyens financiers et humains de défragmenter l’espace public digital afin de perpétuer les valeurs du service public. Une seule solution : l’agilité.

Fact Checking : apprenez à géolocaliser des photos en suivant ce compte Twitter

Par Gaëlle Faure, journaliste au Global Investigative Journalism Network.
Billet originellement publié en anglais sur 
GIJN et republié sur méta-media avec autorisation.

Une fois par jour, le compte Twitter @Quiztime publie une image. Cela peut être une rue vide, des collines ou un avion garé sur une piste. C’est généralement une photo, parfois une vidéo, mais toujours teintée de mystère. Et c’est là tout l’essentiel : en cherchant des indices dans l’image, les joueurs de ce quiz, qui pour la plupart sont journalistes, tentent de déterminer avec exactitude l’endroit du monde dans lequel la photo a été prise.

Quiztime a commencé en 2017 lorsque la journaliste allemande Julia Bayer a publié une photo sur son compte Twitter montrant un carrefour sous la pluie à Cologne et a posé une question : « Où suis-je ? Trouvez le lieu exact ». Elle a fait cela pour ses étudiants dans le cadre d’un cours qu’elle préparait, mais soudain, elle a vu ses mentions Twitter exploser. Ses followers avaient commencé à essayer de relever le défi.


« Au début, je pensais : « oh non, les élèves de ma classe pourraient voir la réponse ! » se souvient-elle. « Mais c’était vraiment amusant de voir les gens commencer à travailler ensemble sur ce défi, et j’ai pensé, pourquoi ne pas continuer ? »

Julia Bayer a commencé à poster un quiz tous les lundis et a très vite invité certains joueurs à prendre le relais les autres jours de la semaine. Aujourd’hui, les quizmasters principaux comptent plusieurs journalistes allemands, un journaliste d’investigation pour Bellingcat et un expert OSINT. Tous les dimanches, les membres du public peuvent poster leur propre quiz et le bot de Quiztime le relaie à la communauté.

« Je voyage beaucoup et j’ai toujours les yeux ouverts pour des photos que je pourrais prendre et garder sous la main pour les prochains quiz », a déclaré Julia Bayer. « Je vais voir la lumière du soleil frapper un bâtiment en particulier et penser : je demanderai aux joueurs à quelle heure j’ai pris la photo. Je pourrais aussi laisser des indices, par exemple en publiant sur mon compte Instagram quelque chose qui leur permettrait de faire le lien avec le quiz ».

Julia Bayer explique que les joueurs sont généralement un mélange de journalistes et d’experts OSINT cherchant à perfectionner leurs compétences en matière de géolocalisation et de vérification, ainsi que des personnes simplement curieuses et qui aiment résoudre des énigmes.

Comment ça marche

Voici comment Quiztime fonctionne : le quizmaster tweete une photo, qu’il a généralement prise lui-même, avec une ou plusieurs questions. Parfois, c’est aussi simple que de demander le lieu, la date et l’heure. Cependant, les questions deviennent souvent plus élaborées et créatives. Les membres de l’équipe de base de quizzers sont toujours taggués pour pouvoir aider les autres.


Les joueurs qui souhaitent échanger pour résoudre le défi ensemble peuvent « répondre à tous ». Ils peuvent, par exemple, rechercher le logo d’un magasin, identifier une tour au loin ou examiner l’angle des ombres. Généralement, il ne s’agit pas d’un indice, mais plutôt d’une combinaison d’indices qui les mènera à la bonne réponse. En cours de route, le quizmaster interagit souvent avec les joueurs pour leur dire s’ils sont sur la bonne voie.

Ceux qui ont trouvé la réponse répondent directement au quizmaster, afin de ne pas spoiler tout le monde. Cela signifie que les joueurs peuvent commencer à travailler sur un quiz à tout moment, même après que d’autres l’aient déjà résolu. Pendant ce temps, ceux qui n’ont pas le temps de faire le quiz peuvent jeter un coup d’œil dans la conversation pour lire les explications des joueurs sur la façon dont ils l’ont résolu.

« La technique est beaucoup plus importante que les outils. Beaucoup de gens connaissent les outils, mais peu de gens savent comment les utiliser correctement » —Mohamed Kassab

Les quiz ont différents niveaux de difficulté. Certains ont été résolus en quelques minutes, d’autres ont pris des heures ou des jours et quelques-uns n’ont jamais été résolus (les cas non résolus sont énumérés ici).

« Au début, certaines images semblent ne contenir aucun indice », dit Julia Bayer. « Mais il y a toujours quelque chose, un petit indice caché. Il s’agit d’entraîner vos yeux à les voir ».

Perfectionner ses compétences de vérification

Mohamed Kassab, un journaliste égyptien qui joue à Quiztime depuis le début, explique que lui et les autres joueurs utilisent toutes sortes d’outils en ligne, tels que Google Images (ou de plus en plus Yandex) pour les recherches d’images inversées, Suncalc pour calculer l’heure de la journée, etc. – mais il explique que les outils ne font pas tout le travail.

« La technique est beaucoup plus importante que les outils », déclare-t-il. « Beaucoup de gens connaissent les outils, mais peu de gens savent comment bien les utiliser. Et quand un outil ne fonctionne pas, comment pouvez-vous réussir à trouver la réponse ? Par la pratique et en faisant appel à toutes vos connaissances accumulées, vous commencez à repérer des indices et des chemins que vous n’auriez jamais vus auparavant ».

Mohamed Kassab utilise maintenant ce qu’il a appris pour former d’autres journalistes en Égypte et au Moyen-Orient. Il ajoute que ces compétences sont indispensables pour que les journalistes de la région puissent vérifier des vidéos et mettre en exergue des incohérences qui peuvent parfois figurer sur des images qui circulent avec de fausses informations.

« Il y a un vrai esprit de collaboration et d’entraide avec Quiztime », déclare-t-il. « J’ai tellement appris en interagissant avec les quizmasters et les joueurs réguliers, qui sont très généreux en partageant leurs connaissances ».

La journaliste polonaise Beata Biel est une autre habituée. Elle a remarqué qu’avec Quiztime, il n’existait que rarement un seul chemin vers la réponse.

« Il y avait un quiz pour lequel j’ai fait une recherche par mots clés assez surprenante, « rocher qui ressemble à l’arrière train d’un éléphant« , et j’ai obtenu un meilleur résultat que les joueurs qui utilisaient des requêtes plus élégantes comme « rocher avec une fissure » », a déclaré Beata Biel. « Et dans d’autres cas, j’ai trouvé la réponse à l’aide de recherche par mots clés tandis que d’autres l’ont trouvée à l’aide d’une recherche d’image inversée. Je trouve donc qu’observer l’approche que les autres adoptent peut être vraiment intéressant ».


Pour Beata Biel, Quiztime consiste à entraîner son cerveau de manière utile : « Je pourrais jouer au Sudoku, mais cela ne me permettrait pas d’acquérir des compétences supplémentaires que je pourrais utiliser dans mon travail journalistique ».

« Les quiz ont renforcé ma conviction que vous pouvez faire beaucoup de bonnes choses avec ce genre de compétences »

Elle cite, à titre d’exemple, une enquête publiée par BBC Africa Eye qui portait sur le meurtre de deux femmes et de deux jeunes enfants par des soldats camerounais. En analysant des images de la scène, qualifiées de « fake news » par le gouvernement camerounais, les journalistes ont établi le lieu de l’assassinat et qui était responsable. Ils ont examiné des indices tels que le contour des montagnes au loin et l’angle des ombres. Au cours de leur enquête, ils ont été aidés par un certain nombre de « détectives » sur Twitter, notamment des membres de Bellingcat et des joueurs réguliers de Quiztime.

« Un de mes amis m’a demandé : « Pourquoi est-ce que tu essayes de savoir où cette vidéo a été tournée ?  Tu n’as jamais été au Cameroun » », déclare Béata Biel. « Et c’était vrai. Mais je savais aussi qu’il était possible de découvrir beaucoup de choses grâce à divers indices visibles dans une vidéo, même en utilisant les outils numériques gratuits les plus simples. Les quiz ont renforcé ma conviction que vous pouvez faire beaucoup de bonnes choses avec ce genre de compétences. »

Bien que ces compétences soient souvent utilisées pour documenter des violations des droits de l’Homme, Quiztime lui-même ne consiste en aucun cas à enquêter sur des images violentes ou traumatisantes. Ceci, dit Julia Bayer, est inhérent au projet.

« Certains d’entre nous travaillent dans l’actualité quotidienne, ce qui peut être épuisant, nous voulons donc que ce soit un divertissement », renchérit Julia Bayer. « Je pense que c’est aussi ce que nos utilisateurs apprécient : ils peuvent être sûrs de ne pas trouver d’images traumatisantes ici ».

Quiztime est ouvert à tous ceux qui veulent y participer. Tout ce dont vous avez besoin est un compte Twitter. Beata Biel a quelques derniers conseils :

« Même si vous êtes trop timide pour suggérer votre réponse publiquement, vous pouvez la garder pour vous et regarder comment d’autres personnes ont essayé de trouver la solution. Vous constaterez que ces compétences peuvent vous être utiles très rapidement, comme par exemple lorsqu’une source vous envoie une photo ou que vous voyez une photo en ligne et que vous devez vérifier où elle a été prise ».

Autres lectures et études de cas du blog Quiztime :

 

Crédit de Une : Photo de Oleg Magni via Pexels

Liens Vagabonds : Google se met au jeu, Apple à l’info payante, et Facebook a de nouveaux problèmes

A retenir cette semaine :

Cette semaine encore, les GAFAN sont au cœur de l’actu. À l’occasion de la Game Developers Conference, Google annonce son arrivée dans le jeu vidéo en streaming et sans console. Mais visiblement sa plate-forme de jeu à la demande n’a pas convaincu tout le monde. Peut-être parce que cette entrée sur le marché de jeu vidéo n’est qu’un moyen de sécuriser l’avenir de YouTube ? ! Et c’est probablement la 5G qui décidera du succès. 

Pérenniser son avenir, c’est aussi ce que recherche Netflix. Après l’officialisation du rachat de 21st Fox Century par Disney,  la concurrence se fait de plus en plus pressante. Nous sommes même au début d’un combat de géant entre Apple et Netflix. C’est la raison pour laquelle Netflix sort désormais plus de contenus originaux que des programmes achetésIl est également question d’un « Netflix de l’information » pour la version payante du kiosque d’Apple News qui sera présentée lundi 25 avril. Il est déjà acté que ni le New York Times ni le Washington Post ne seront de la partie, contrairement au Wall Street Journal. L’événement Apple de lundi sera aussi l’occasion de lancer le nouveau service vidéo sur Apple (sans Netflix). Mais le patron du Nytimes, ancien président de la BBC, avertit : attention, on s’est déjà fait avoir par Netflix !

Facebook est une fois de plus au centre des polémiques. La plateforme a reconnu un dysfonctionnement de son IA qui n’a pas réussi à détecter les scènes de violence de l’attaque terroriste à Christchurch. Le réseau social a donc décidé de revoir ses conditions de live-streaming. Pourquoi Facebook parvient-il mieux à gérer la nudité que le terrorisme ? Facebook a également reconnu qu’il a été incapable de stocker correctement nos mots de passe : 20.000 employés ont eu accès pendant des années aux mots de passe écrits en toutes lettres de centaines de millions d’utilisateurs !

La preuve donc que Facebook n’a pas vraiment changé depuis le scandale de Cambridge Analytica, dont elle avait connaissance d’ailleurs bien avant ce qu’elle a affirmé. Données encore, Facebook a annoncé cette semaine des changements dans son ciblage publicitaire : après des années de critiques, la plateforme réduit la capacité des annonceurs à cibler les utilisateurs en fonction de leur race, sexe, âge, handicap. Un nouvel engagement a été pris. Pendant ce temps, Instagram prend avantage de la seule faiblesse d’Amazon, le shopping découverte, et propose des achats sans sortir de l’appli

Aussi cette semaine :

Wikipédia se met en grève pendant 1 jour contre la directive européenne sur le copyright. Imaginons une seconde que YouTube fasse de même avec ses 400 heures de vidéos chargées par minute….

3 CHIFFRES

2,3 milliards c’est le nombre de “mauvaises publicités” que Google a supprimé en 2018

1,5 milliard d’euros – c’est le montant de la nouvelle amende européenne contre Google pour pratique publicitaire abusive

42% – c‘est le pourcentage d’Américains qui déclarent souscrire à un service de SVOD pour éviter la publicité

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE

Infographie: D'où viennent les licornes ? | Statista

Vous trouverez plus d’infographies sur Statista

DIGNE DE VOTRE TEMPS

DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION

USAGES ET COMPORTEMENTS

SURVEILLANCE, CONFIANCE, DONNEES

https://www.youtube.com/watch?v=A_6uV9A12ok&feature=youtu.be

LEGISLATION, REGLEMENTATION

FAKE NEWS, LIBERTE DE LA PRESSE

JOURNALISME

RÉSEAUX SOCIAUX

PLATEFORMES VIDEOS, OTT, SVOD

STORYTELLING, NOUVEAUX FORMATS

IMMERSION, 360, VR, AR

Image : Oculus VR

AUDIO, PODCAST, BORNES

SPORTS  

DATA, AUTOMATISATION, INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, BLOCKCHAIN

Observatoire des chatbots – l’innovation en entreprise et les bots

4K,  U-HD, 8K, HDR

5G / MOBILES / TELCOS

CINEMA

JEUX VIDEO, eSPORT

PUBLICITE, MONETISATION

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Le numérique, moteur du marché de la publicité en France en 2018

Par Alexandre Bouniol, France Télévisions, MediaLab

La publicité en France se porte bien, merci pour elle. L’Institut de Recherches et d’Etudes Publicitaires (IREP), France Pub et Kantar Media ont présenté les résultats du BUMP, baromètre unifié du marché publicitaire. Croissance à deux chiffres pour le numérique, stabilité pour les autres investissements publicitaires ou encore poussée de l’affichage DOOH, Méta-Media revient sur la présentation des résultats du marché publicitaire en 2018.

Un marché global en croissance

A périmètre égal, il aura fallu onze années au marché global de la communication pour retrouver son niveau d’investissement publicitaire d’avant la crise des subprimes. En 2007, le montant net global des investissements en communication des annonceurs s’établissait à 33,15 milliards d’euros. En 2018, il s’établit à 33,33 milliards d’euros, en croissance de 2,3% par rapport à 2017. C’est le plus haut niveau jamais atteint par le marché.


C’est « le maintien de la croissance qu’on avait retrouvé depuis deux ans » nous confie Xavier Guillon, Fondateur et Directeur général de France Pub. « L’ensemble de la croissance du marché est tiré par les médias digitaux » poursuit-il. Parmi les médias digitaux, sont comptabilisés « les médias propriétaires et l’internet classique ». Ils représentent environ 20% du marché global, soit 6 milliards d’euros et ont connu une croissance de 14,7% sur l’année. Les médias propriétaires sont ceux qui ont été le plus été investis avec pas moins 3,4 milliards d’euros dépensés, enregistrant une croissance de 16,8% par rapport à 2017.

L’année 2018 a connu une forte hausse grâce au phénomène de la coupe du monde de football. Ces valeurs restent relativement élevées jusqu’à la fin de l’année par rapport à l’année précédente avant de connaître une vraie chute au mois de décembre suite à la crise des Gilets Jaunes. Par rapport aux trois mois précédents, le mois de décembre accuse une baisse de 4,5%.

Médias digitaux, télévision et DOOH, locomotives des recettes publicitaires des médias

Les recettes publicitaires globales des médias s’établissent en 2018 à 14,443 milliards d’euros soit une progression de 4,2% par rapport à l’année dernière. En plus des recettes « historiques » des médias, sont inclues pour la première fois dans cette comptabilisation les recettes issues du numérique. Là aussi, « le secteur est tiré par le digital » enchérit à son tour Christine Robert, Directrice déléguée de l’IREP.

En regardant de plus près, les recettes liées aux extensions des marques médias en digital (c’est-à-dire l’ensemble des plateformes des médias en excluant les pureplayers détenus par des groupes médias, comme Aufeminin par TF1) ont joué un rôle majeur cette année en engrangeant près de 400 millions d’euros de recettes soit une croissance de 9,4% en un an. Dans une autre étude menée quelques mois plus tôt, le SRI revient sur le détail de l’ensemble des recettes publicitaires  digitale, le search et le display social enregistrant les recettes les plus importantes. Cette année n’est que la confirmation des années précédentes, où la croissance du numérique est bien supérieure à celle de l’ensemble du marché.


La télévision est l’autre média qui tire les recettes publicitaires vers le haut. Avec 3,43 milliards d’euros de recettes en 2018, ce marché croît de 2,4% par rapport à 2017. Cette croissance provient principalement des revenus générés par le parrainage qui croît de 32,7% sur l’année, sachant qu’il représente entre 9% et 10% des recettes de la télévision. Elle s’explique par l’assouplissement des critères du parrainage opéré en 2017. L’autre levier de croissance est le numérique qui croît de 14,2%, et qui représente entre 4% et 5% des recettes globales. La vente d’espaces publicitaires classiques est quant à elle stable (-0,3%) mais représente toujours près de 85% des recettes totales.

La publicité extérieure enregistre une progression de 2,3% atteignant 1,24 milliards d’euros de recettes. Cette croissance est massivement soutenue par l’affichage DOOH qui affiche 22,3% de croissance par rapport à 2017.

Les recettes publicitaires des autres médias sont quant à elles en stagnation ou en récession, malgré des croissances significatives dans le digital. Le problème majeur vient de la trop faible part que représente le numérique dans les recettes pour compenser la baisse des autres : les recettes publicitaires de la radio atteignent 701 millions d’euros (stagnation par rapport à 2017 à -0,2%, avec une tendance à la baisse pour les radios locales) ; celles de la presse (PQN, PQR, PHR, Magazines, Presse spécialisée, Gratuits) accusent toutes un recul, celles des magazines étant les plus touchées accusant une chute de 8,5%. Les recettes dans l’adressage suivent le même chemin que celles de la presse, la plus grande perte étant attribuée aux annuaires qui perdent 7,5% par rapport à 2017 pour un total de 693 millions d’euros.

Les recettes publicitaires du cinéma, très dépendantes des entrées en salles accusent cette année une baisse de 3,5%. « Le résultat est à nuancer. Comme c’est un petit marché, il est plus soumis aux aléas. Mais tendanciellement, il suit la courbe de croissance du marché » argumente Christine Robert.

Elle attire notre attention sur « un média à regarder » à savoir celui de l’audio numérique (podcasts et plateformes de streaming musical). Ce média a enregistré 1,2 milliards d’impressions, soit une augmentation de 12% par rapport à l’année dernière et un intérêt massif des annonceurs qui sont 79% de plus qu’en 2017 pour un total de 379.

Une croissance portée par l’ensemble des secteurs d’activité

Le BUMP décompose les investissements publicitaires selon les secteurs d’activités, à savoir l’industrie, les biens de consommation, la distribution et les services. En 2018, chaque secteur connait de la croissance. L’industrie étant celui qui a le plus investi en proportion avec une augmentation de 5,8% (soit 2,9 milliards d’euros de dépenses au total). C’est la deuxième année consécutive de forte croissance pour l’industrie, « même si la tendance était baissière lors des dix dernières années » nous affirme Xavier Guillon. Quant à la distribution, « c’est le seul secteur depuis dix ans à être en progression continue ». Le secteur des services, « compte-tenu de son poids très important, près de 11 milliards d’euros et de cette très forte progression (3,9%), ce secteur explique à lui seul la moitié de la croissance du marché publicitaire cette année » analyse-t-il.


Ces secteurs n’ont pas adopté les mêmes stratégies de communication, se traduisant par des investissements dans des moyens de communication complètement différents. Par exemple, l’industrie investit principalement dans la télévision, les médias propriétaires numériques et l’internet classique. Les biens de consommation sont eux dans « une logique de flux et de contact ». Internet et la radio sont privilégiés par rapport à la presse qui est délaissée par ce secteur. Le secteur de la distribution investit massivement dans les médias propriétaires où l’on peut constater « un transfert du rôle des catalogues, qui étaient physiques, vers les médias propriétaires ».

En prévision du prochain BUMP, Xavier Guillon, Christine Robert et Florence Doré, directrice marketing et communication de Kantar Media estiment une croissance du marché publicitaire inférieure ou égale à 2% pour 2019. En cause, un « climat attentiste, mais pas alarmiste » conclut Xavier Guillon.

Combattre la haine sur Internet : trois défis à relever

Par Angeliki Monnier, Professeure en Sciences de l’Information et de la Communication, chercheure au Centre de recherche sur les médiations, Université de Lorraine. Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

Les discours de haine – aversion profonde de l’Autre – inondent Internet, et cela malgré les tentatives de réguler la parole en ligne. La société civile ainsi que les instances étatiques – européennes et extra-européennes (délégations, Commission européenne, Conseil de l’Europe, Unesco) – tentent de lutter contre la prolifération de ces propos haineux. Les plates-formes elles-mêmes – Facebook, Twitter, etc. – s’efforcent d’instaurer des politiques de surveillance des conduites haineuses, entre détection automatique et recours à des signalements par des personnes.

La volonté de « passer à une nouvelle étape » dans la lutte contre le racisme et la haine sur Internet a, par ailleurs, été exprimée clairement dans un rapport soumis au premier ministre en septembre 2018. L’adoption d’une nouvelle loi est annoncée pour 2019.

Cependant, au-delà de la détermination des instances gouvernantes et de celle – parfois vue avec plus de scepticisme – des géants du web, l’éradication du discours de haine en ligne nécessite de pouvoir relever au moins trois défis.

Défi numéro 1 : maîtriser la parole affective sur le web

Aujourd’hui, exprimer ses états d’âme en ligne constitue un acte aussi banal que recherché, notamment par les plates-formes qui en tirent profit pour capter l’attention des publics. Entre divertissement, impression (illusion ?) d’émancipation, besoin de visibilité, etc., les raisons qui encouragent la désinhibition des individus en ligne sont diverses. Mais elles convergent toutes vers le même résultat : la légitimation de l’affect en tant que cadre naturel des échanges virtuels.

Bien évidemment, la dimension affective fait partie structurante de la nature humaine et ce ne sont pas les techniques qui l’ont inventée. Les médias dits de masse, la publicité, la communication politique, entre autres, se sont très tôt intéressés à l’instrumentalisation des émotions à des fins de propagande, sous-tendues par des préoccupations politiques ou mercantiles.

Néanmoins, la dimension affective se trouve aujourd’hui amplifiée par la portée du numérique, épaissie par l’anonymat, et érigée en ressource principale qui nourrit le web participatif et conditionne son fonctionnement. Au cœur des manifestations émotives, les discours de haine prolifèrent sur Internet : insultes, menaces, injures, rien ne semble retenir certains.

Des chercheurs voient dans ce phénomène une nouvelle forme de la lutte des classes. D’autres pointent davantage le rôle des dispositifs : l’immédiateté faciliterait la parole affective, l’anonymat réduirait les inhibitions. Les dispositifs « à forte dominante captatrice » que seraient les réseaux socio-numériques renforceraient des mises en scène « à visée pathémique », c’est-à-dire s’adressant à nos émotions.

Derrière l’apparence de diversité et de pluralisme, l’accumulation de répliques instaurerait un simulacre de démocratie et un relativisme subjectif. D’autres examinent les « affordances » affectives des dispositifs socio-numériques (petites phrases, storytelling, etc.), qui produisent à leur tour des « publics affectifs » : des ensembles d’individus disparates, liés juste par l’affect, aussi bien entre eux qu’avec le monde.

Défi numéro 2 : mieux comprendre le discours qui sous-tend la haine

Le discours de haine n’a pas de définition précise du point de vue des droits de l’Homme au niveau international. Selon le Comité des ministres du Conseil de l’Europe, il couvre toute forme d’expression qui répand ou justifie la haine raciale, la xénophobie, l’antisémitisme ou toute forme de haine basée sur l’intolérance, y incite ou en fait l’apologie.

En France, depuis 1972 et la loi Pleven, l’incitation à la haine via des propos tenus en public est une infraction pénale. Bien avant cela, en 1966, le Pacte international sur les droits civils et politiques prévoyait que « tout appel à la haine nationale, raciale ou religieuse qui constitue une incitation à la discrimination, à l’hostilité ou à la violence est interdit par la loi » (article 20).

Cependant, il faut souligner que le discours de haine n’est pas illicite parce qu’il est haineux, mais parce qu’il est dangereux : soit il débouche directement sur la discrimination et la violence, soit il y conduit indirectement.

En effet, combattre ce que l’on appelle couramment le discours de haine sur Internet signifie s’arrêter sur le sens même de la haine. Cette dernière doit être appréhendée sous une triple dimension.

Elle est d’abord une émotion, plus forte que la colère, vis-à-vis d’un objet (cible) ; mais la haine sous-entend aussi un récit, un scénario, une « argumentation », qui rend l’émotion légitime. Entre diagnostiquer les causes d’un « mal » et/ou suggérer des solutions, le récit de haine puise sa polyphonie dans un ensemble de jugements partageables, des « savoirs de croyance » ; il stigmatise la différence et refuse l’Autre.

Les actes de langage opérés dans les messages haineux sont souvent les mêmes : accuser, ordonner, décrire, associer, menacer, critiquer, faire taire, offenser, inciter à un acte (qui peut être violent)… Certains groupes sont les plus visés en raison de leurs caractéristiques spécifiques – notamment « raciales », ethniques, religieuses, sexuelles. Ce sont des groupes « protégés ») par la loi, puisqu’il s’agit de caractéristiques qui font partie structurante de l’identité d’un individu.

Mais les cibles de la haine vont au-delà de ces populations. Les propos haineux deviennent les noyaux d’espaces d’interaction en ligne où la disqualification de l’interlocuteur (son ethos) constitue l’objectif principal.

Cet univers émotionnel (de « pathémisation ») puise sa justification dans un fond plus général de « désordre social » qui vise aussi les « élites » : journalistes, médias, hommes et femmes politiques…

Défi numéro 3 : détecter automatiquement le discours de haine

L’absence d’une « norme de référence » dans la définition du discours de haine en ligne rend sa détection difficile, aussi bien pour les modérateurs humains que pour les machines (algorithmes). D’autant plus que le contenu en ligne à analyser est vaste et que le contexte – situationnel (actualité) et culturel (histoire, société, etc.) – affecte l’émergence et la nature de ce type de discours.

Dans le domaine de la linguistique informatique – notamment en anglais, danois, allemand, italien et finlandais –, la lutte contre le discours de haine passe souvent par le recours à des listes préétablies de mots « haineux ». Toutefois, ces listes arrivent difficilement à capter les formes les plus subtiles – et donc implicites – de haine (sarcasmes, euphémismes, stéréotypes, références contextuelles, par exemple historiques), ainsi que les « stratégies de masquage » mises en place par les internautes (jeux avec l’orthographe, crypto-langages réservés aux initiés, etc.).

Le recours au deep learning (« apprentissage profond »), qui présente quelques résultats impressionnants, apparaît comme une tendance actuelle. Des données étiquetées manuellement comme exemples « haineux » permettent ainsi à un ordinateur d’apprendre à étiqueter d’autres données de manière autonome.

Mais des progrès restent à faire et des recherches plus poussées sont nécessaires, afin de réussir à tenir compte des caractéristiques lexicales combinées à des paramètres syntaxiques et contextuels, pour repérer toutes les formes du discours de haine dans les contenus générés par les utilisateurs en ligne.

Malgré quelques avancées, une question de fond demeure pourtant sans réponse. Même si on parvenait à réduire, voire à réprimer les discours haineux sur Internet, peut-on espérer faire disparaître la haine elle-même ?The Conversation

 

 

#SXSW 19 : fin du techno-chauvinisme, attaques sévères contre les géants de la tech

Par Kati Bremme, Direction de l’Innovation et de la Prospective #sxsw2019

Pour cette édition 2019 du festival “South by Southwest” qui se clôture dimanche, un air de régulation remplace l’optimisme sans limites qui accueillait jusqu’à maintenant les représentants de la Silicon Valley au Texas. C’est un peu le monde à l’envers à Austin : les stars du festival ce ne sont plus Facebook, Amazon, Twitter et Elon Musk, mais des hommes, et surtout des femmes politiques qui cultivent ouvertement du Gafa-bashing face à un public composé de … nombreux salariés d’Apple, Google et Cie.

Cette année, les CEO de la Silicon Valley se font discret, Mark Zuckerberg a préféré envoyer sa femme pour parler de leur fondation au lieu d’affronter directement le scepticisme du public face aux géants de la tech et un Internet non régulé. En revanche, les politiques montrent leurs poings, et certains peuvent en même temps bêta-tester leurs slogans pour la campagne présidentielle de 2020. Devant un public conquis, Alexandria Ocasio-Cortez (trop jeune pour la Présidentielle), réclame un “socialisme démocratique”, une taxe robots, et vient d’ailleurs d’empêcher l’implémentation d’Amazon dans sa circonscription à New York. La sénatrice Amy Klobuchar parle aussi d’une nouvelle taxe pour les géants d’Internet et défend le droit à la vie vie privée. Margrethe Vestager, la commissaire-figure de proue de la croisade anti-Gafa et anti-monopoles en Europe a déjà infligé plusieurs amendes record à Google, et la très sérieuse candidate démocrate Elizabeth Warren veut tout simplement démanteler Facebook, Google et Amazon.


On trouve même cette année un panel autour de l’éthique publicitaire, où Matt Rivitz, co-fondateur de l’initiative “Sleeping Giants” accuse le duopole Facebook/Google “d’abus de confiance” et les compare à un bébé qui “tiendrait un couteau dans une main, et dans l’autre une bouteille de Jack Daniels” pour décrire leur niveau d’irresponsabilité. Enfin, le sujet des Fake News est bien sûr aussi sur la table, notamment avec Wajahat Ali du New York Times qui reproche à Facebook de ne pas utiliser les moyens appropriés pour combattre le “virus” de la désinformation, en prenant en exemple les groupes fermés qui vont plus cacher le problème que protéger la sphère privée. Même les amis de la première heure lâchent les Gafa : Roger McNamee les voit désormais comme “une menace pour la démocratie”. Dans cette bataille acharnée, le fondateur de Starbucks, Howard Schultz, qui a également annoncé sa candidature à la Présidentielle, paraît presque trop modéré.

L’ambiance reste cependant conviviale à Austin : entre barbecue, bière, tacos et hackathon au Cannabusiness track, les 75.000 visiteurs geeks micromobiles courent les 2.100 conférences sur leurs trottinettes électriques, en croisant des cowboys à cheval et des choristes déguisés en Ku Klux Klan, s’arrêtant de temps en temps pour prendre une photo des décors parfaitement instagrammables, avec des musiciens qui jouent à tout bout de rue dans cette ville en croissance exponentielle.  

Impossible de résumer ce cocktail créatif de cinéma, musique, tech, start-ups et trade show, où on peut donner son sang pour “Game of Thrones”, mais voici quelques idées à retenir en plus de l’apparition des nouvelles stars politiques du festival :  

La tech pour répondre à un besoin, les fondateurs d’Instagram se défendent  

La politique est à Austin pour parler tech, et la tech riposte en accusant la politique. Kevin Systrom et Mike Krieger, les fondateurs d’Instagram, qui se lancent désormais dans une nouvelle aventure, demandent à la politique de trouver des solutions à la place de la proposition de “tout casser” : “But my fear is that a proposal to break up all tech is playing on everyone’s current feeling of anti-tech rather than doing what politicians should do, which is address real problems and give real solutions.” Systrom et Krieger restent, de leur côté, persuadés d’avoir répondu eux-mêmes à un problème (“Que faire avec l’appareil photo dans ce nouveau smartphone”) au lieu d’en avoir créé un (addiction, dépression, déformation de l’image de soi). Mais même ces deux stars, qui sont toujours plébiscités par les gourous d’Instagram capables de faire la queue sur 4 étages pour les écouter, se font attaquer par l’animateur de Techcrunch qui les remet devant leurs responsabilités en leur rappelant que l’on peut facilement contacter des dealers d’opium sur Instagram.

Et a-t-on vraiment besoin du RealSelf House of Modern Beauty qui promeut la chirurgie esthétique auprès d’un public de millénials pour ressembler à leur filtre Instagram ?  

Face à la perte de confiance, la recherche du contenu de qualité

Même si Alex Chung, fondateur de Giphy, proclame la “fin du contenu”, surtout pour les millénials qui passent plus de 18 heures par jour à en consommer, les médias plus ou moins traditionnels sont toujours à la recherche de formats pour engager une audience. Jonah Peretti de BuzzFeed, qui a pourtant licencié 15% de son staff cette année, appelle à la bataille “pour un meilleur Internet” : “The internet is at a crossroads. In one direction, there is a flaming dumpster fire, pushing people apart. In the other, the internet is a source of joy and truth, connecting people together.” Justement, pour proposer des contenus de qualité 100% “Web” Jeffrey Katzenberg et Meg Whitman annoncent aux SXSW la sortie en juin de leur plateforme de contenus courts premium en format smartphone, nom de code “Quibi” (pour quick bites). Adossé à la puissance des 9 studios majeurs d’Hollywood, et avec les moyens financiers en conséquence, ils proclament une “nouvelle forme de storytelling aidée par la technologie”, un mariage entre Hollywood et la Silicon Valley dont les thématiques iront du comedy au thriller, en passant par l’information (cette dernière avec la BBC). Compte tenu des moyens investis, les deux anciens de chez Walt Disney sont confiants que leur projet ne prendra pas le même chemin que les projets européens similaires abandonnés faute de public (Studio+). 

La crise de confiance déclenche aussi (plus ou moins volontaire) une ère de Renaissance pour le journalisme. NBC News investit massivement dans le journalisme d’investigation. Noah Oppenheim​, président de NBC News souligne l’importance du “journalisme original”. Le New York Times se lance dans la TV avec son nouveau format “The Weekly”, des documentaires de 30 minutes qui seront diffusés sur FX et Hulu. Après son premier portrait vidéo, Sweta Vohra, journaliste au NYT, constate que “TV is really hard”, mais souligne que ce format se veut surtout aider à comprendre en prenant le temps de traiter un sujet en détail, autour de caractères forts, compatibles écran.

Un techno peu représentée cette année : la VR, jugée pas assez “utile” (sauf dans le monde du travail), même si une salle entière lui est consacrée côté cinéma.

Marché en forte croissance oblige, un des formats à l’honneur est bien sûr le podcast. Dawn Ostroff de Spotify est d’ailleurs venue souligner le potentiel énorme de croissance du marché de l’audio (et de la boîte qui l’emploie) en rappelant que les gens passent autant de temps à écouter qu’à regarder des contenus. Mais pendant que le marché de la vidéo vaut autour de 3 milliards de milliards, l’audio n’en vaut que le 1/10ème. Le deuxième Age d’Or de l’audio est annoncé.

La peur de l’Intelligence Artificielle, remise à plat par les experts

Pas un panel à Austin sans évoquer l’Intelligence Artificielle sous toutes ses formes. Amy Webb, qui a présenté ses Future Trends à l’occasion de SXSW19, résume cette année que l’IA n’est pas une des tendances, mais qu’elle est partie intégrante de chacun des trends. Possibilités techniques et nécessités éthiques se côtoient dans les conférences, avec une IA un peu humaine, mais pas trop. Des utilisateurs qui communiquent avec une machine intelligente, veulent toujours avoir le sentiment de parler à une machine, souligne Aleksandra Przegalinska, chercheuse au MIT. Ce serait là le seul moyen de construire une confiance avec les machines. Un des grands sujets autour de l’éthique IA était aussi la recherche d’une solution face aux biais de l’IA. Comment éviter la discrimination dans un monde piloté par l’IA ?

Déjà en comprenant comme fonctionne l’IA. La chercheuse Meredith Broussard, qui vient de publier son livre “Artificial Unintelligence, How Computers misunderstood the World” (lecture vivement recommandée), rappelle que l’IA n’est pas un système robotique magique, mais de simples mathématiques qu’il s’agit de maîtriser et d’utiliser à bon escient.


Toutes les intervenantes du panel “AI and the future of Journalism” rappellent d’ailleurs l’importance de l’éducation à ces sujets pour que les utilisateurs comprennent le fonctionnement des algos et l’importance de la protection des données. Des questions importantes à se poser autour de l’arrivée des voitures autonomes (dont la date est de plus en plus repoussée faute de réponse éthique), et d’autant plus d’actualité avec les géants de la tech qui sont en train de monopoliser le marché de la Santé. Amazon, Google, IBM, Apple, Microsoft et Facebook ont tous lancé leurs initiatives de Santé, basées sur un accès illimité à nos données, et qui nous amènera peut être rapidement à la situation décrite par George Hotz, le célèbre jailbreaker de l’iPhone et de la Playstation : “Un jour nous aurons un modèle informatique du comportement de chacun, et plus personne ne pourra croire en le libre arbitre”. 

Des maisons “smart” remplies de nos données, de plus en plus vulnérables

Avec la démocratisation des outils connectés désormais à la portée de tous, de la montre à la maison et bientôt la voiture, nous devenons aussi de plus en plus vulnérables. Démonstration faite avec Gary Kasparov, champion d’échec battu par une machine intelligente en 1994, et Vladislav Iluishin, un hackeur tchèque, qui exposent en quelques minutes comment on peut rentrer dans une maison connectée  en passant par les ampoules, smart speakers et caméras IP qui diffusent joyeusement les données nécessaires pour ouvrir nos portes. Autre “hackeur éthique” (il a travaillé pour HSBC et Barclays), Rob Hope démontre comment hacker la blockchain et les cryptomonnaies. Des scénarios presque aussi catastrophiques que celui décrit par Amy Webb qui imagine notre toaster connecté prendre le pouvoir en refusant de nous nourrir parce que la smart-montre vient de lui transmettre une augmentation de poids (probabilité 70%). Jusqu’où voulons nous connecter notre frigo, et est-ce vraiment une bonne idée de laisser Alexa prendre la place des parents dans l’éducation des enfants ?

L’IA comme outil au service de la créativité

Mais il y a aussi une bonne nouvelle : à partir du moment où l’on comprend l‘IA comme un outil, elle permet non seulement de distribuer les contenus de façon personnalisée, mais aussi d’en créer, ou en tout cas d’assister à la création. SXSW est aussi un festival de musique, et c’est notamment dans ce domaine que l’IA excelle. “Amper” est un programme d’intelligence artificielle « créateur » de musique, utilisé par la chanteuse américaine Taryn Southern pour composer son album« I am AI ». A SXSW, la chanteuse décrit ses premières difficultés pour composer une chanson : « j’écrivais les paroles, j’avais la mélodie, mais c’était dur de composer la musique« .  La découverte d’Amper lui a permis de composer « en deux jours,… une chanson dont j’avais le sentiment qu’elle venait de moi« . 

L’IA comme aide à la création, c’est aussi ce que considère Lance Weiler, écrivain et cinéaste américain qui utilise les algorithmes pour enrichir ses œuvres, « c’est la collaboration entre une machine et l’artiste qui est importante, cela permet d’améliorer la façon dont vous exprimez votre propre créativité ». 

Le panel “AI and the Future of Storytelling” est aussi d’accord que l’IA ne remplace pas les artistes, mais qu’elle est un outil pour créer de nouveaux formats, comme ces entretiens avec des victimes de l’Holocauste développés par Heather Smith chez StoryFile, ou encore Frankenstein AI du Digital Storytelling Lab de Lance Weiler. Pour Stephen Andersen de Capital One, l’IA sera aussi à l’origine de nouveaux formats d’interfaces pour les designers : le design 3.0 reposera sur des systèmes qui produiront des interfaces automatiquement, sans UI designers mais avec de l’IA, transformant complètement le metier d’UI designer. Un travail plus axé sur les données pour que ces systèmes basés sur l’IA puissent apporter des réels bénéfices aux utilisateurs.  Nick Law, le CCO de Publicis, souligne d’ailleurs l’importance d’une organisation qui intègre intelligemment la tech pour un bon fonctionnement du processus créatif. En résumé : “Technology is a condition of creativity”, mais pas la seule.  

Conclusion de cette semaine à Austin  

Dans la course folle vers l’évolution technologique, il s’agit peut être simplement de ne pas oublier que Facebook et Cie ne sont que des outils, dont on pourra potentiellement se passer. L’euphorie tech se tasse à « South by Southwest » pour laisser la place à une véritable réflexion autour de l’éthique. L’IA, ce n’est que des maths, la techno est au service de l’humain, et pas l’inverse, et même si elle arrive parfois à faire les choses mieux, plus vite et moins chère que nous, elle n’est peut être finalement pas la solution miracle à tous nos problèmes.    

Image de Une : Victor Garcia sur Unsplash

-> Pour retrouver les principales conférences et keynotes

Liens vagabonds : nouvelle dure semaine pour Facebook, un an après Cambridge Analytica

A retenir cette semaine :

Encore une difficile semaine pour Facebook et cette fois c’est une enquête criminelle sur ses deals liés aux données qui est lancée. Zuckerberg perd deux proches collaborateurs en désaccord avec lui, notamment sur le virage pour crypter les conversations. Mais un an après Cambridge Analytica, Facebook refuse toujours de toucher aux fondamentaux de son modèle d’affaires. Une situation assez comparable à celle de Microsoft il y a 20 ans.

La tuerie en Nouvelle Zélande montre encore une fois l’incapacité de YouTube et Facebook de gérer la haine et les images violentes. Comment Facebook a-t-il permis la diffusion en direct de la tuerie pendant 17 mnSes processus internes de modération ne fonctionnent pas. En d’autres termes, il s’agit bien d’un massacre produit pour Internet. Et pour radicaliser les internautes.  Les réseaux sociaux n’ont pas su gérer. Même s’il n’y pas que les réseaux sociaux qui montrent la tuerie. Attention donc à l’oxygène d’amplification.

Anti-trust : plainte de Spotify contre Apple en Europe. Par cette action, l’opposition à l’actuel partage des revenus des applications mobiles offert par Google et Apple s’accélère. Spotify explique ses déboires avec Apple. La réponse d’Apple : Spotify ne serait pas ce qu’il est aujourd’hui sans Apple

Côté télé, la nouvelle offre Canal+ Séries est enfin proposée à prix réduit.  BFM TV pourrait ne plus être distribuée sur les box Free.

3 CHIFFRES

13 milliards de dollarsc’est l’amende que Google est menacé de devoir payer en Europe pour abus de position dominante dans la pub
30 ansc’est l’âge du World Wide Web, concept présenté par Tim Berners Lee au CERN le 12 mars 1989
2 heuresc’est le temps moyen qu’un utilisateur passe sur Netflix par jour

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE

Infographie: Le coût de l'Internet mobile à travers le monde | Statista Vous trouverez plus de infographies sur Statista 

DIGNE DE VOTRE TEMPS

DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION

USAGES ET COMPORTEMENTS

SURVEILLANCE, CONFIANCE, DONNEES

LEGISLATION, REGLEMENTATION

FAKE NEWS, LIBERTE DE LA PRESSE

JOURNALISME

RÉSEAUX SOCIAUX

PLATEFORMES VIDEOS, OTT, SVOD

STORYTELLING, NOUVEAUX FORMATS

IMMERSION, 360, VR, AR

AUDIO, PODCAST, BORNES

DATA, AUTOMATISATION, INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, BLOCKCHAIN

JEUX VIDEO, eSPORT

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“Tech Trends 2019”, Amy Webb décrypte notre avenir dominé par l’IA

Par Kati Bremme, Direction de l’Innovation et de la Prospective #sxsw2019

Injecter des nuages en eau de mer dans le ciel pour réguler la température, se retrouver enfermés dans notre smart-home avec un micro-ondes qui refuse de nous préparer à manger parce qu’il a décidé que nous avons besoin d’un régime, un service premium payant réservé aux riches pour bénéficier de la protection des données – voici quelques scénarios de notre futur possible. Amy Webb, la fondatrice de l’Institut Future Today et professeure à la New York University Stern School of Business a publié ce week-end son rapport Tech Trends 2019 lors du festival SXSW à Austin, Texas

Pour cette 12ème édition de son ouvrage visionnaire sur les enjeux à suivre à court et long terme, 315 tendances dans la tech et la science ont été détectées (+30% par rapport aux précédents rapports), une augmentation due à l’accélération des technos l’année dernière, des biotechnologies aux réalités mixtes, en passant par les satellites ou encore le transport. Comme pour la dernière décennie, le rapport est dominé par l’IA comme enjeu principal pour l’ensemble des secteurs, y compris les médias.  

Déclinées en 48 scénarios calculés par des algos, elles prédisent un avenir mi optimiste (17) mi catastrophique (11), et incitent surtout à l’action.

La méthode
Quel rapport entre Walmart et les genomes ? S’il fallait retenir une idée de ce rapport de 381 pages c’est bien qu’il ne suffit pas de regarder sa propre industrie pour comprendre les tendances à venir. Les technos convergent de plus en plus : impression 4D, décryptage des génomes avec CRISPR-Cas9, micro-agriculture combinés feront que nos aliments en 2030 ne viendront plus de l’Amazonie, mais bien d’Amazon, qui a d’ailleurs annoncé la semaine dernière la sortie une nouvelle chaîne d’épiceries. Pour prévoir efficacement le futur, selon Amy Webb, les entreprises devraient modifier leur relation au temps pour trouver le bon équilibre entre décisions tactiques, stratégiques et visions à long terme. 

7 idées clés à emporter du rapport 2019

1. La mort de la vie privée

En 2019, nous sommes devenus des machines produisant perpétuellement des données (de façon volontaire ou non), à travers l’utilisation de nos smartphones, smart-speaker ou dans nos smart-homes tout court. Un nouvel enjeu pour les entreprises qui traitent nos données : stocker et protéger les données, et éviter les biais dans leur utilisation. 

2. VSO est le nouveau SEO 

D’ici fin 2020 la moitié de nos interactions avec des ordinateurs se fera par la voix. La “Voice Search Optimization” vient alors le nouvel enjeu pour être trouvé dans un océan de contenus. Selon Amy Webb, 40% des ménages américains seront équipés d’un assistant vocal d’ici fin 2019. 

3. La domination des « Big Nine »

La recherche autour de l’IA est aujourd’hui concentrée entre les mains de seulement 9 companies tech (Google, Amazon, Microsoft, Apple, IBM et Facebook aux US, et Baidu, Alibaba and Tencent en Chine). Les labos de recherche dépendent de leurs données, outils et moyens. Des systèmes d’IA complexes seront construits sur l’un de ces environnements, des décisions difficilement réversibles.  

4. PDR, un dossier de données personnelles

Des compilations de l’ensemble de nos données, des données d’utilisation de nos smartphones à nos diplômes d’école, qui seront passées de génération en génération, et dont nous serons, normalement, les propriétaires. Cette tendance sera soutenue par les moyens de la reconnaissance faciale et vocale, de la détection de la structure de nos os (sur laquelle travaille l’armée aux US) et même de la reconnaissance de personnalité. 

5. L’ascension continue de la Chine, non seulement en IA

La tendance évoquée l’année dernière est confirmée. Conquête de l’espace, nouvelle génération d’Internet, édition des génomes, voitures électriques… « Aucun autre gouvernement est dans la course vers l’avenir de façon aussi contrôlée et véloce », même si un ralentissement de l’économie signifiera aussi une décélération dans ces industries. Un rapport de l’institut Elsevier voit la Chine comme la puissance dominante en IA dans les 5 années à venir. 

6. La réglementation juridique des nouvelles technos

Les juristes du monde entier sont dépassés par la vitesse et l’étendue des développements de nouvelles technos, et il leur sera difficile de proposer des lois adéquates. 

7. La consolidation

La collaboration entre géants de la tech, médias et robotique est bénéfique pour les développements techniques, mais attire aussi l’attention des régulateurs. 

La robotique moléculaire, des collaborations de robots, des robots hackés par des humains, des flottes de drônes et leurs centres de contrôle, des bateaux autonomes et voitures sous-marines et le retour du voyage supersonique sont d’autres tendances évoquées dans le rapport. Amy Webb dresse aussi la liste des villes les plus « smart », avec en numéro 1 cette année Copenhague, suivie d’autres capitales nordiques. Pas étonnant quand on connaît leur puissance en termes d’innovation.

Les enjeux pour les médias

Un chapitre est consacré aux tendances détectées pour le secteur des médias, de l’édition et des réseaux sociaux. L’IA y est évidemment prédominante, avec des compétences à acquérir d’urgence.

Maîtriser les algorithmes et les données

Des compétences nouvelles sont demandées aux journalistes pour investiguer des sujets autour de l’IA et les algos. Il est plus que jamais important de rendre transparent le fonctionnement des algos, pour comprendre d’où vient une information et comment elle est diffusée. Nous arriverons bientôt au point critique où nous ne serons plus capables de distinguer entre un jeu de données détérioré volontairement ou modifié accidentellement. Le reportage assisté par ordinateur est augmenté par l’IA et permet, grâce à l’indexation multilingue, à l’extraction d’entités, à la visualisation algorithmique et à l’analyse multidimensionelle des jeux de données pour trouver des liens impossibles à détecter auparavant. Le « crowdlearning » scrute en parallèle les comportements des utilisateurs sur les plateformes pour en déduire des tendances. La demande de compétences dans ces domaines sera exponentielle pour les rédactions, mais difficile à satisfaire pour le service public, qui manque de moyens pour attirer ce type de profils. Il s’agira non seulement d’être capable d’utiliser l’IA pour investiguer des masses de données, mais aussi d’investiguer sur les IA et les algos eux-mêmes.

Pour entraîner l’IA, on manque aujourd’hui cruellement de jeux de données fiables. Des chercheurs du Data to AI Lab au MIT Laboratory for Information and Decision Systems sont en train, grâce au machine learning, de créer des jeux de données synthétiques (SynLBD) pour éviter les biais des bases d’entraînement habituels, comme les fameux emails d’Enron. Selon Amy Webb, ces jeux de données artificiels seront de plus en plus importants. L’IA aidera aussi au fact-checking automatisé par des algorithmes, sans qu’Amy Webb n’aille cependant plus en détail sur cette partie (le mot blockchain n’est même pas évoqué dans cette partie du rapport).

Elle évoque en revanche le besoin d’une « transparence radicale » désormais, pour contrer la perte de confiance à laquelle sont confrontés les les médias, depuis les scandales Cambridge Analytica, les élections US et la diffusion continue de fake news.

Tirer profit des nouvelles technologies pour rendre un service personnalisé et créer l’engagement

La GAT (Génération automatique de textes) pourra servir aux médias pour proposer non seulement une seule version d’un texte, mais pour adapter le texte aux différents publics. Les données annuelles du Berkshire Hathaway’s pourraient ainsi être présentées différemment à un public d’experts de la finance, d’étudiants ou de non professionnels, et peuvent aider à atteindre de nouvelles cibles. Les médias peuvent aussi renforcer leur relation avec l’audience par les plateformes de messageries, qui concentreront, à l’instar de WeChat, de plus en plus de fonctionnalités, avec un enjeu important de monétisation grâce à un service personnalisé.

Dans le même sens, l’apparition de rédactions éphémères et d’éditions limitées très ciblées pour un seul événement permettra d’atteindre des cibles spécifiques et de proposer des modèles publicitaires efficaces. Le retour des newsletters et podcasts, mais aussi l’évolution des réalités mixtes, permettent d’atteindre une audience de niche, et les modèles « One to few » vont encore grandir, le journalisme se transformant en réel « service« .

Twilio, un service de connexion aux utilisateurs et de distribution de contenu

Des nouveaux formats audio et visuels permettront d’engager davantage l’audience. Interactivité, immersion et personnalisation sont les 3 enjeux clés. Bandersnatch de Netflix n’est qu’un début. A l’instar de la maison de production Eko qui crée des expériences vidéos interactives, ces nouvelles narrations vont se diffuser plus largement, notamment aussi avec des nouveaux formats pour les assistants vocaux et les réalités mixtes. Eko est d’ailleurs en train de construire une plateforme pour Walmart.

La fragilité numérique, consolidation… et fragmentation des offres 

Des contenus uniquement accessibles en ligne créent une nouvelle fragilité. Des sites fermés à cause de problèmes économiques, comme The Village Voice, avec des reportages d’investigation récompensées, le Rocky Mountain News, ou encore le Tampa Tribune coupent du jour au lendemain l’accès à des informations. A la fin d’un partenariat entre Microsoft et la NBC, le projet a été dépublié. Sous le gouvernement Trump, de nombreuses études et statistiques auparavant accessible en ligne ont été dépubliées. Des solutions pour garantir une archive numérique accessible sont à trouver.

Coupures dans les budgets des rédactions, dépendance de plus en plus grande envers les agences de presse, regroupement de médias et dérégulation par le FCC créent un déséquilibre dans le paysage média US, avec des déserts de désinformation naissant dans les zones rurales. Une menace pour la démocratie qui n’est pas prête de s’arranger avec la reprise de grands médias par des investisseurs (Fortune vendu à l’homme d’affaires thaïlandais Chatchaval Jiaravanon, Quartz acheté par le japonais Uzabase, Forbes vendu à un groupe à Hong Kong, et le New York Times en négociation avec Ev Williams). En même temps, le paysage audiovisuel continue à se fragmenter, avec la saturation du marché OTT et streaming (Disney lance son service cette année, AT&T, Viacom and Discovery sont à venir). Le contenu est de plus en plus fragmenté, et le choix devient difficile.

Une bonne nouvelle cependant :

The Big Nine

En parallèle du rapport, Amy Webb sort son livre “The Big Nine”, qui reprend l’enjeu le plus important et le fil conducteur de son rapport : l’IA et l’impact des géants de la tech. Amazon, Google, Facebook, Tencent, Baidu, Alibaba, Microsoft, IBM et Apple sont les nouveaux dieux de l’IA qui transformeront notre vie, non pas pour l’améliorer, mais bien pour en tirer un profit économique immédiat.

Le conseil d’Amy Webb aux entreprises pour rester dans la course : regarder autour de soi et “prendre des décisions stratégiques incrémentales chaque jour”.

-> Pour accéder au rapport complet 

 

© Photo de Une : Franki Chamaki sur Unsplash

 

Liens Vagabonds : ce qu’il faut comprendre du pivot de Facebook vers la messagerie

A retenir cette semaine :

Pivot stratégique de Facebook : vers une messagerie cryptée ?

La fin de l’espace public sur les réseaux sociaux est-elle arrivée ? C’est en tout cas ce que Marc Zuckerberg envisage pour le futur de Facebook qui souhaite revenir à des échanges privés et cryptés. C’est en tout cas ce que veulent les gens : des relations profondes qui ont du sens. Mais les intentions derrière cette annonce sont assez obscures. Est-ce un moyen d’adapter son modèle économique aux revenus de demain ? Est-ce une tactique pour faire le ménage concernant les atteintes à la vie privée, scandales dans lesquels le réseau social ne finit plus de s’empêtrer ? Est-ce un moyen à terme pour ne pas se faire interdire de relier ses services de messagerie Instagram, WhatsApp et Messenger en créant un gigantesque WeChat pour asseoir sa domination dans le domaine de la télécommunication ? La prudence est de rigueur quant à ses ambitions ! Car le fondateur de Facebook n’a pas la même définition que vous et moi de la vie privée. Ce n’est pas ce qui l’intéresse. Il va continuer à collecter vos données dans un contexte où la désinformation va être plus difficile à traquer. Ce pivot stratégique apparaît donc comme un défi d’autant plus grand à relever pour les régulateurs. Quelles sont les garde-fous qu’il faut instaurer ? Faut-il aller jusqu’au démantèlement de la plateforme pour ne pas lui donner un blanc-seing ? Et surtout, si Facebook devient uniquement une messagerie privée, où ira la désinformation?

Faire face aux géants du web, c’est aussi ce que le gouvernement français ambitionne. Après l’échec d’un accord européen, Bruno Le Maire a annoncé une taxe de 3% sur les revenus des GAFA. Amazon n’en tient visiblement pas rigueur à la France, car la plateforme a annoncé l’ouverture d’un bureau pour sa plateforme Twitch à Paris. Rappelons que Twitch est une plateforme vidéo spécialisée dans la diffusion en direct, notamment dans le secteur du jeu video.

Les plateformes de streaming vidéo sont en effet au cœur de différentes batailles ! AT&T qui a récemment racheté WarnerMedia procède à toute une réorganisation interne, notamment au sein des chaines HBO et CNN. John Stankey, PDG de Warnermedia estime que les activités numériques de CNN « n’ont pas atteint leur plein potentiel et nécessitent d’avantage d’investissements ». Cette restructuration a pour but de mieux s’armer pour faire face à Netflix et Disney dans la bataille du SVOD.

Aussi cette semaine :

#Rachat. Du mouvement il y en eu également cette semaine du côté des médias. Le Financial Times a racheté The Next Web, une entreprise média et événementielle spécialisée dans les nouvelles technologies et les start-ups en Europe. En France, Webedia fait a pris possession du groupe Elephant, spécialisé dans la production audiovisuelle.

3 CHIFFRES

1,5 million – c’est le nombre de visiteurs uniques quotidiens sur Discover pour Konbini

15 millions – c’est le nombre d’utilisateurs américains qui auraient quitté Facebook (surtout chez les 12-34 ans)

52% – c’est la part des revenus du marché du streaming empoché par Netflix en Europe. Amazon est à 21%

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Today, as I visit the Science Museum I was interested to discover a letter from the Royal Archives, written in 1843 to my great-great-grandfather Prince Albert.  Charles Babbage, credited as the world’s first computer pioneer, designed the “Difference Engine”, of which Prince Albert had the opportunity to see a prototype in July 1843.  In the letter, Babbage told Queen Victoria and Prince Albert about his invention the “Analytical Engine” upon which the first computer programmes were created by Ada Lovelace, a daughter of Lord Byron.  Today, I had the pleasure of learning about children’s computer coding initiatives and it seems fitting to me that I publish this Instagram post, at the Science Museum which has long championed technology, innovation and inspired the next generation of inventors. Elizabeth R. PHOTOS: Supplied by the Royal Archives © Royal Collection Trust / Her Majesty Queen Elizabeth II 2019

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6 facteurs clés pour réussir sa stratégie en marketing digital nouvelle génération

Par Alexandre Bouniol, France Télévisions, MediaLab

Le marketing digital est mort (ou presque). Place au marketing digital nouvelle génération. Le cabinet de conseil Altimeter a récemment sorti un rapport sur ces nouvelles pratiques pour que les entreprises s’adaptent au mieux à ces nouveaux enjeux. Utilisation pertinentes des données, nouveaux outils technologiques, dernières tendances, Méta-Media fait le point pour vous.

En dix ans, le marketing digital a considérablement évolué. Passant à « des messages de masses à des messages entièrement personnalisés » mais aussi à une connaissance beaucoup plus fine des consommateurs à travers la masse de données récoltées, les possibilités dans le marketing sont infiniment plus variées.

Cette évolution continue a donné naissance à des « stratégies en marketing digital modernes » que l’on peut définir à partir de trois critères :

  1. La capacité d’accélérer la décision d’un client lors du processus d’achat
  2. La capacité d’optimiser chaque interaction digitale en utilisant des données relatives au comportement, à la démographie et aux prédispositions des consommateurs pour délivrer un contenu personnalisé
  3. La capacité de communiquer avec le consommateur à partir de canaux innovants mais aussi des environnement mixtes digitaux et physiques

1Dis-moi quels sont tes objectifs, je te dirai qui tu es

La première étape vers le succès d’une bonne stratégie en marketing digital nouvelle génération est de bien connaître quels sont ses objectifs dans un « processus de sélection et priorisation » à un moment donné. Le tableau ci-dessous propose différents types d’objectifs que peuvent poursuivre les entreprises et la mise en place de tactiques pour la réalisation opérationnelle de ces derniers.

Le rapport propose une catégorisation en quatre entreprises types pour aider les entreprises à mieux se positionner :

2Bien connaître et maitriser ses données

Il est désormais aisé de collecter des données sophistiquées : psychographiques, géographiques, l’activité digitale, les comportements d’achat précédents, l’attachement à un produit, etc. « La clé est de déterminer exactement les données dont on a besoin » pour délivrer un message le plus pertinent et personnalisé possible. Pour cela, il est nécessaire de connaître ses objectifs propres, évoqués ci-dessus.

« Conceptualiser un parcours client type » est vital pour utiliser au mieux les données collectées. Cela permet d’anticiper le meilleur moyen possible pour atteindre le consommateur en fonction de sa position dans le tunnel d’achat, à un moment donné.

3Créer du contenu personnalisé de qualité

Pour adopter cette nouvelle stratégie en marketing digital, le rapport souligne l’importance de créer du contenu de très « grande qualité » et qu’il soit « pertinent » aux yeux des clients. Il doit répondre à un « besoin immédiat du client » au moment où il le reçoit, d’où l’importance de bien maitriser les données pour pouvoir personnaliser le contenu au mieux. Pour améliorer le ciblage, « l’utilisation de données extérieures comme le CRM ou une base de données externe » peut s’avérer être un bon moyen pour mieux comprendre le processus de création d’un contenu pertinent.

4Être en mesure de maitriser les prochains canaux de communication

A l’instar de ce que pouvait être le marketing digital il y a dix ans, le rapport préconise de se préparer aux « prochaines évolutions des canaux de communication » pour anticiper les usages de demain. Sans être exhaustif, il est question de s’intéresser aux chatbots, assistants vocaux, panneaux d’affichage digitaux, etc. Cela permet entre autres d’adapter les formats des contenus et d’être en mesure de communiquer dans ces nouveaux environnements, à terme.

5Avoir les bons outils marketing

Pour être en mesure de mettre en place une bonne stratégie en marketing digital nouvelle génération, il est impératif de « posséder les bons outils technologiques et d’avoir mis en place une bonne architecture de données ». Ils doivent permettre de :

Voici une liste de recommandations d’outils en fonction de la typologie de l’entreprise :

6Avoir les bonnes personnes dans son entreprise

 « Avoir les bonnes compétences et les talents est peut-être l’élément le plus crucial d’un succès d’une organisation en marketing digital ». Sans les bonnes personnes qui sont capables de comprendre et mettre en place les points précédemment abordés, le succès d’une stratégie est compromis. Sans leaders capables d’évaluer des KPI, de décider et prioriser les objectifs ou d’investir dans des projets innovants sont des obstacles évidents au bon succès de stratégie. De même du point de vue opérationnel, où des spécialistes sont nécessaires pour « suivre au jour le jour les résultats et les optimiser si besoin ».

 

Crédit photo en Une : rawpixel.com via Pexels