FIL 2020 – Un journalisme local d’engagement et collaboratif pour maintenir l’intérêt des lecteurs

Par Laure Delmoly, France Télévisions, MediaLab

S’engager sur le territoire, être à l’écoute de sa communauté et collaborer. Voici le mot d’ordre de la seconde édition du festival d’information locale qui s’est tenu fin septembre. Malgré les difficultés économiques, l’intérêt pour l’information locale est réel. Une bonne nouvelle pour les professionnels qui ajustent leur stratégie afin d’essayer de développer des modèles économiques plus pérennes.

Maintenir l’intérêt et la confiance pour l’information locale

Le journalisme local renforce le sentiment du lecteur d’appartenance à une communauté. Il lui fournit des informations utiles pour sa vie quotidienne. Il l’aide à penser l’évolution de sa ville et de la société. Le journalisme des grandes villes n’est pas suffisant. En l’absence d’investigation locale, le risque est d’avoir une mauvaise perception de la société. Les exemples sont nombreux : les Gilets Jaunes en France, le Brexit en Grande Bretagne, l’élection de Trump aux Etats-Unis” rappelle Rasmus Kleis Nielsen, Directeur de l’Institut Reuters.

Dans une économie de l’attention de plus en plus fragmentée et compétitive, les médias locaux demeurent les mieux placés en terme d’attention. Selon un récente étude de l’Institut Reuters, 47% des personnes interrogées sont intéressées par l’information locale.

Alors que la vie politique est très polarisée et que le journalisme des grandes villes en souffre, ce n’est pas le cas du journalisme local. Celui-ci réunit en effet toutes les classes sociales et tous les niveaux d’éducation dont l’intérêt converge vers le même type d’information. « La localité est peut-être ce qui réunit le plus en ces temps de polarisation.” déclare Rasmus Kleis. Un constat encourageant pour l’avenir dès lors que les médias locaux restent à l’écoute de leur communauté : Que souhaitent les lecteurs ? Quelles sont leurs valeurs ? Que peut-on leur apporter ?

S’engager auprès de sa communauté et de son territoire

La PQR s’engage de plus en plus vis à vis de sa communauté. Sandrine Thomas, Rédactrice en chef de La Montagne s’est fait la porte-parole d’un mouvement sur les réseaux sociaux pour améliorer la qualité de la ligne SNCF Paris-Clermont. L’objectif ? Améliorer le quotidien de ses lecteurs qui souffrent des retards incessants et de la dégradation de la ligne. L’engagement du journal La Montagne auprès de ses lecteurs a contribué à maintenir le dialogue avec le gouvernement.

Autre exemple : l’obtention pour la région d’un second hélicoptère de secours pour pouvoir acheminer des blessés de la route et de montagne vers les CHU les plus proches. Le média local ne se contente plus de couvrir l’information mais s’engage pour améliorer les choses.

Etre porte voix de sa communauté et s’engager pour la région et ses citoyens, c’est également la ligne de conduite de Voix du Nord. “Il y a une attente des gens autour de cette notion d’utilité surtout de la part des nouvelles générations – les « impact natives ». Le média local est particulièrement adapté à cette mission” explique Gabriel d’Arcourt, Directeur général.

Le quotidien s’est ainsi récemment mobilisé sur le harcèlement scolaire via des rencontres, enquêtes et témoignages pour aboutir à huit propositions de solutions à la rectrice dont trois sont mise en application. Autre initiative de la Voix du Nord, un partenariat avec Croisons le Faire, un collectif d’entrepreneurs dont l’objectif est d’identifier des initiatives positives pour la communauté et de les répliquer à l’échelle de la région. La Voix du Nord couvre les success stories mais contribue également à les identifier. 

Les journalistes d’information locale se mettent au service de leurs lecteurs pour contribuer à faire émerger des solutions. Rue89 Strasbourg a ainsi mené plusieurs opérations de terrain dans des quartiers populaires pour écouter les habitants et faire remonter des sujets. Un quartier récemment rénové avait ainsi totalement disparu de toutes les plateformes de service – basées sur des coordonnées GPS – en raison d’un changement de nom des rues. Suite à la parution de l’article dans le journal, le problème a été résolu très rapidement. 

Collaborer avec d’autres acteurs

Collaborer avec des médias nationaux est également un moyen pour les médias locaux de mettre en valeur leur savoir faire. La BBC collabore ainsi avec les médias d’information locale britanniques. 150 journalistes ont été recruté au sein de médias locaux “pour être des journalistes de la démocratie locale”. Ils couvrent l’actualité en Angleterre, en Ecosse, au Pays de Galles et  en Irlande du Nord et fournissent des contenus utilisés par 900 médias locaux.

“La BBC prend en charge le salaire des journalistes affectés dans les rédactions locales. Cela nous permet d’avoir une bonne couverture de la politique locale et d’échanger des bonnes pratiques. Les médias partenaires ont accès au contenu de la BBC, produisent des contenus locaux et nous partageons des jeux de données” explique Matthew Baraclough, Responsable de ce Local News Partnerships.

1 500 articles sont ainsi produits par semaine dont 99 % sont utilisés par au moins deux partenaires. Le budget est de 8 M£ dont 5 pris en charge par la BBC.

« LNP est une grosse contribution à l’écosystème de l’information en Angleterre et cette organisation est reproductible. C’est d’ailleurs déjà le cas en Nouvelle-Zélande (12 journalistes) et au Canada (105 journalistes)” ajoute Matthew Baraclough.

Autre exemple de collaboration à l’échelle locale : le partenariat de Nantes Métropole avec Ouest France durant la pandémie pour imprimer deux éditions spéciales avec les données suivantes : aide alimentaire et sociale de la ville, dates de réouverture des écoles et des marchés, coordonnées des associations qui fournissent des masques. L’enjeu de ce partenariat était de médiatiser des informations importantes de la ville grâce à la PQR.

Envisager des modèles économiques hybrides

Si les médias locaux connaissent une crise de leur modèle économique avec la chute des ventes print et la concurrence des GAFAS auprès des annonceurs, l’intérêt des lecteurs leur permet d’innover dans leur modèle économique et d’envisager des modèles hybrides. 

En France, Maïté Torres a créé Made In Perpignan en 2016, Flo Laval a créé Far Ouest –une revue qui raconte la région entre journalisme et série documentaire – et Pierre-Olivier Bobo a fondé le média associatif Sparse. Ces trois médias locaux ont chacun un modèle économique qui repose sur plusieurs activités : la formation aux médias, la création de contenu pour des tiers et le crowdfunding. 

Différents business model ont ainsi émergé dans les médias locaux : Lincolnite en Grande Bretagne via un modèle basé sur la publicité, Bristol Cable avec un modèle basé sur l’abonnement, Our Media en Norvège sur une structure collaborative et associative et Texas Tribune aux Etats-Unis sur la base des dons des lecteurs.

Mais l’innovation peut également être « manageriale » afin de concentrer tous les efforts sur le modèle de revenus. Au Canada, le groupe Village Media – qui compte 14 sites internet d’information locale et 22 sites partenaires – s’inspire de la méthode Lean. Les équipes du Quartier General occupent plusieurs fonctions : stratégie, back-office, soutien informatique et même certaines tâches d’édition. Le groupe mutualise les coûts de fonctionnement et peut ainsi concentrer son investissement sur l’acquisition de nouveaux lecteurs et d’annonceurs.

 

Les nouveaux entrants sur le marché de l’information locale sont nombreux et les modèles économiques sont de plus en plus diversifiés. “L’âge d’or des années quatre-vingt dix est derrière nous. Si le journalisme produit est de qualité et que la structure parvient à en vivre, c’est déjà un succès” commente Rasmus Kleis. Le journalisme local doit se concentrer sur ce qu’il fait de mieux : produire de l’info utile, fournir un sentiment d’appartenance à la communauté et contribuer à faire vivre les débats de société au niveau local. Et Gabriel d’Arcourt de conclure : Le média local doit servir de catalyseur pour impulser des mouvements qui le dépassent lui-même ».

 

Crédit photo : FIL de Nantes

 

Liens vagabonds : élections US, les plateformes se préparent au pire

A RETENIR CETTE SEMAINE 

Elections américaines & plateformes – Facebook supprime de fausses pages créées en Chine dans le but d’influencer les élections américaines. Ce faux réseau de comptes chinois utilisait des visages générés par l’IA, une tactique de plus en plus courante destinée à échapper à la détection. Le vice-président prendra des mesures exceptionnelles de restriction de contenu si les élections américaines tournent au chaos le 3 novembre. Dans cette perspective, la plateforme met en place un conseil de surveillanceTwitter, de son côté encourage les citoyens américains à voter avec de nouvelles fonctionnalités : invitation dans la timeline, notifications push, promotion de certaines tendances. Et YouTube met en place du factchecking aux Etats-Unis mais également en Europe.

Données utilisateurs, Facebook menace de se retirer d’Europe – Les données d’utilisateurs européens doivent être traitées en Europe… et non pas outre-Atlantique. C’est en quelques mots la position des régulateurs européens. Une position que Facebook réfute. Attaqué par les régulateurs irlandais, la plateforme menace de mettre un terme à ses activités sur le vieux continent si ceux-ci ne cèdent pas.

Feuilleton TikTok – L’application est dans le viseur de la Maison Blanche qui la soupçonne d’être liée au gouvernement chinois. Malgré l’accord trouvé avec Oracle et Walmart, TikTok pourrait potentiellement être interdit aux Etats-Unis ce dimanche, après un répit d’une semaine accordé in extremis dimanche dernier. Après la demande d’’injonction préliminaire de la plateforme, la cour américaine déclare que l’administration Trump doit soit retarder l’interdiction soit fournir des documents juridiques pour justifier cette demande.

Cette semaine en France :

Publication d’une lettre ouverte de 100 médias pour défendre la liberté d’expression à l’initiative de la rédaction de Charlie Hebdo 

3 CHIFFRES

+63% de followers sur Instagram pour le Guardian grâce a des formats innovants en 1 an. 

États-Unis : 400 000 inscriptions sur les listes électorales grâce à Snapchat

104 millions videos TikTok retirées pour violation de contenu début 2020.

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE

Infographie: La bataille de la publicité sur Internet | Statista Vous trouverez plus d’infographie sur Statista

NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ

DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION

DONNEES, CONFIANCE, LIBERTE DE LA PRESSE, DESINFORMATION

LEGISLATION, REGLEMENTATION

JOURNALISME

STORYTELLING, NOUVEAUX FORMATS

ENVIRONNEMENT

RÉSEAUX SOCIAUX / MESSAGERIES

@kcmbrly##duet with @smoothavacado yea maybe don’t 😍😍🙌 let find a different symbol, okay? 🥰🥰♬ original sound – Jordyy

STREAMING, OTT, SVOD

 

AUDIO, PODCAST, BORNES

 

DATA, AUTOMATISATION, INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, BLOCKCHAIN

MONETISATION, MODELE ECONOMIQUE, PUBLICITE

IMMERSION, 360, VR, AR

JEUX VIDEO, eSPORT

5G, 8K

TECH, STARTUPS, INNOVATION, TRANSFO NUM

OUTILS 

ES avec Laure Delmoly & Kati Bremme

Crédit photo : Unsplash

La destruction de la démocratie comme modèle économique

Par Kati Bremme, Direction de l’Innovation et de la Prospective

“On a l’impression que le monde devient fou”, affirme Tristan Harris, ancien Designer « éthique » chez Google, aujourd’hui lanceur d’alerte et un de ceux qui révèlent les raisons profondes d’une guerre civile d’opinions extrêmes au coeur de laquelle nous sommes projetés chaque jour. Tous conscients des deux extrêmes des réseaux sociaux – d’un côté la formidable liberté de donner la parole à tout le monde, de l’autre, la manipulation, les bulles de filtre -, nous le sommes peut être un peu moins du véritable pouvoir de Google, Facebook, Twitter et Cie de mettre en danger nos démocraties. 

Le documentaire de Jeff Orlowski Derrière nos écrans de fumée”, disponible sur Netflix, retrace des faits déjà connus, mais dans un format intéressant qui montre les coulisses des grandes machineries de la Big Tech, à travers des témoignages d’anciens cadres de la Silicon Valley, dont la plupart ont été les concepteurs de ces fameux algorithmes. Ils racontent la détermination toute sauf accidentelle des géants de la tech à influer sur l’individu, et, en effet secondaire désagréable, sur la société.

« Le problème, d’après The Social Dilemma, est que le modèle commercial basé sur la publicité et l’engagement, qui en est venu à dominer Internet, est principalement fondé sur la manipulation », résume bien Will Oremus, rubricard technologie chez Slate US.

On peut reprocher à ce documentaire des côtés un peu “sur-dramatisés” avec son trio fictif d’algorithmes sociopathes anthropomorphisés travaillant au sein d’un réseau social sans nom pour concevoir des notifications push sur mesure afin de capter leurs utilisateurs, ou encore cette famille angoissée qui se bat pour que les enfants rangent leur téléphone pendant le dîner. Casey Newton, dans sa newsletter The Interface, critique d’ailleurs vivement le côté simpliste du film. Mais le sujet est assez dramatique pour que chaque utilisateur des réseaux sociaux doive comprendre l’influence des plateformes sur sa vie. 

Roger McNamee, un des premiers investisseurs de Facebook, retrace le chemin d’un Géant du web qui vendait d’abord un produit et des services, puis ses utilisateurs. Google n’est pas juste un moteur de recherche, et Facebook n’est pas juste un endroit pour voir ce que font nos amis. “Si c’est gratuit, c’est vous le produit” n’est que le début d’une évolution dangereuse de nos rapports avec les plateformes engagées dans une bataille féroce pour notre attention

Un des pionniers d’Internet et de la réalité virtuelle, Jaron Lanier, auteur de “Ten Arguments for Deleting your Social Media Accounts Right Now” (Dix arguments pour supprimer vos comptes sur les réseaux sociaux immédiatement) différencie un peu plus en y ajoutant, que ce n’est pas nous, mais bien “le changement graduel, léger et imperceptible de notre propre comportement et de la perception qui est le produit”. 

Vendre la certitude

Shoshana Zuboff de la Harvard Business School explique le succès du modèle économique dont nous sommes le produit : “vendre de la certitude”.

Grâce à la quantité astronomique de données que les plateformes récoltent en compagnons de notre vie quotidienne, ils ont créé un nouveau marché qui ferait du commerce avec “le futur des êtres humains à grande échelle” et qui fait des compagnies tech les entreprises les plus riches de l’histoire de l’humanité. Les prises de décision plus ou moins maîtrisées à coups de Deep Learning ont 3 objectifs : 

En effet, ce n’est pas la donnée qui est intéressante, ce sont les modèles pour prédire nos actions construits à partir de ces données qui font gagner des milliards de milliards de dollars aux plateformes. 

Mais si elles sont capables de nous comprendre jusque dans le moindre détail de notre personnalité et de prédire nos comportements, de là il n’y a qu’un petit pas vers la tentation d’agir sur nos comportements. Tim Kendall, ancien cadre Facebook et ex-président de Pinterest, pris lui aussi dans le maelström de la dépendance à ces machines qu’il a aidé à développer, évoque des discussions de ce type chez Facebook (“laissez les commandes à Mark”). 

De la domination de nos vie quotidiennes à la prise d’influence 

C’est à Stanford, au Laboratoire de Captologie, que la plupart des maîtres de la tech ont appris comment devenir des “génies de la modification du comportement” en rendant la tech plus captive en suivant de simples règles comportementales, tout comme les machines à sous à Las Vegas. 

Chamath Palihapitiya, ancien VP Growth de Facebook a écrit la bible du “growth hacking”, qui explore les failles de la psychologie humaine, appliqué par l’ensemble des plateformes de la Silicon Valley. Nous sommes tous des rats de laboratoire, non pas pour développer un nouveau médicament contre le cancer, mais pour renforcer la “contagion à grande échelle” à coups de messages subliminaux. Nous devenons la proie d’une “fake brutal popularity” qui nous laisse pourtant souvent plus vides qu’avant l’apparition des plateformes. La comparaison avec la drogue n’est pas loin. Avec la seule différence qu’ici, ce n’est pas une combinaison de molécules mais d’algorithmes sophistiqués qui nous rendent accros. 

Tristan Harris affirme que tout ceci a été fait consciemment. Il ne s’agirait pas d’un accident dans le parcours du développement d’une entreprise, la déviation du simple outil vers une technologie basée sur la dépendance et la manipulation s’est faite “on purpose”.

Jonathan Haidt, auteur de “The Righteous Mind: Why Good People Are Divided by Politics and Religion”, évoque des chiffres alarmants : depuis l’arrivée des réseaux sociaux, les automutilations chez les pré-ados ont triplés et le taux de suicide est monté à +151%. Toute une génération a grandi sans protection au milieu des réseaux sociaux, accrochée à leur “tétine numérique” (Tristan Harris) qui les a rendus plus fragiles qu’avant. 

Bien sûr que les médias “anciens” essayaient déjà de capter l’attention de leur audience le plus longtemps possible. Mais aujourd’hui, toute tentative de maîtriser notre dépendance se heurte à un combat inégal entre un cerveau humain qui a peu évolué depuis des millions d’années et une technologie qui se développe exponentiellement.  

Les Fake News comme modèle économique, un danger pour la démocratie  

Les algorithmes ne sont pas neutres. Cathy O’Neil, Data Scientist et auteure de “Weapons of Math Destruction” nous rappelle que les “algorithmes sont des opinions codées”. Là où il y a encore 20 ans tout le monde recevait plus au moins la même information pour se former ensuite son propre avis, les algorithmes des plateformes nous servent aujourd’hui des mondes complètement différents. Chaque personne voit sa propre réalité, avec ses propres faits, et bien au chaud dans nos bulles de filtre et nos fils d’actualité, nous avons la (fausse) impression que “tout le monde est d’accord avec nous grâce aux magiciens des algos de Facebook” (Roger McNamee). 

Avec un résultat dangereux mis en exergue par Rashida Richardson de la NY School of Law : Nous devenons imperméables à des informations qui diffèrent de notre monde virtuel. Si chacun est imbu de ses propres faits “le compromis n’est plus nécessaire, ni le besoin de se réunir. Il n’y a plus besoin d’interagir” (Roger McNamee). 

Nous pensons que les algorithmes sont conçus pour nous donner ce que nous voulons, mais ils sont juste là pour nous faire nous engouffrer dans des “Rabbit Hole” à l’instar de YouTube, au plus près de nos intérêts, dans une boucle infinie d’attention captée. 

Avec des dérives, comme les Fake News qui sont diffusées 6 fois plus vite sur Twitter que la “vraie” information, selon une étude du MIT. A l’échelle d’une société, les Fake News rapportent plus d’argent que la vérité ennuyeuse, la preuve en a encore été faite avec l’infodémie en pleine crise de la Covid-19. 

A force de passer notre vie sur les réseaux sociaux, nous avons de moins en moins le contrôle de qui nous sommes et en quoi nous croyons. A ce stade, la manipulation comportementale est une menace existentielle. La tech, capable de révéler le pire dans une société est un formidable outil de persuasion, si ce n’est pas une arme de destruction massive de notre capacité de juger et de vivre en démocratie. 

Nous avons créé un monde, où la connexion en ligne est primaire. Sauf que l’on n’est jamais connecté tout seuls, il y a toujours une 3ème personne sous la forme de l’algorithme qui a comme seul but de nous manipuler. L’IA dirige déjà le monde depuis des salles immenses de supercalculateurs. Pour certaines voix dans le documentaire, ces marchés qui détruisent la démocratie et la liberté devraient être interdits. Pour d’autres, il n’est pas trop tard pour basculer du bon côté entre utopie et dystopie. 

Faut-il supprimer les réseaux sociaux ?

Nous sommes loin de l’idée de Steve Jobs d’un ordinateur comme bicyclette de nos esprits. Aujourd’hui, la tech est au service d’un centre commercial géant avec l’extraction de l’attention comme modèle économique destructeur. Mais la tech ne suit pas des lois physiques. Nous, et surtout les dirigeants des plateformes, avons toujours le choix, et il serait bien de ne pas laisser décider de notre avenir uniquement une 50aine de designers de 20 à 35 ans en Californie (et en Chine). Bien-sûr que les réseaux sociaux ne sont pas les seuls responsables de tous les maux de la société, mais ils contribuent à une polarisation qui met en danger la démocratie. Il est peu probable qu’un changement vienne de l’intérieur de ces entreprises, même si elles affirment désormais vouloir s’auto-réguler. 

Nous avons besoin d’un point de vue commun sur la réalité, c’est peut être là un des rôles principaux des médias de service public, à contre-poids des géants de la tech. 

 

Illustration : Capture d’écran “The Social Dilemma”, Netflix 

 

Liens vagabonds : “Derrière nos écrans de fumée”, un documentaire Netflix comme accélérateur de prise de conscience ?

A RETENIR CETTE SEMAINE 

« The Social Dilemma » (« Derrière nos écrans de fumée », dans sa version française) incite les utilisateurs des médias sociaux à repenser leur position à l’égard de Facebook, Instagram et d’autres, voire même à prendre leurs distances. Le documentaire Netflix de 90 minutes, sujet d’analyse dans de nombreux médias cette semaine (avec un peu de retard par rapport à sa sortie mondiale le 9 septembre), se concentre sur les mauvais côtés des principales plateformes technologiques, à travers des entretiens avec d’anciens cadres de la Silicon Valley concepteurs des fameux algorithmes, devenus lanceurs d’alerte, et démontre comment les plateformes numériques sont devenues une menace existentielle pour la société et la démocratie. Ils tirent la sonnette d’alarme sur leurs propres créations. Tim Kendall, ancien de Facebook, à qui l’on a demandé ce qui l’inquiétait le plus, répond : « Dans l’immédiat, je suis le plus inquiet d’une guerre civile. » 

Le documentaire de Jeff Orlowski explore comment l’addiction et les atteintes à la vie privée sont des caractéristiques voulues, et non des bugs, des plateformes de médias sociaux et fait décrit les différentes façons dont les médias sociaux déforment nos perceptions. Facebook aurait délibérément fermé les yeux sur les manipulations politiques mondiales, selon Sophie Zhang, ancienne datascientiste chez Facebook et lanceuse d’alerte. « La vitesse et l’ampleur des dommages que Facebook fait subir aux démocraties du monde entier sont vraiment terrifiantes ». 

Seule solution pour s’échapper : couper son smartphone ? Mais demander au gens de supprimer l’appli Facebook ne sauvera pas Internet. Ce que le documentaire comprendrait mal à propos des réseaux sociaux. 

 

Feuilleton TikTok – Qui n’en aurait pas aussi assez de suivre le feuilleton sans fin TikTokLes applis TikTok et WeChat seront interdites aux États-Unis à partir de dimanche. La Maison Blanche met à exécution la menace brandie récemment par Donald Trump. Les deux applications chinoises ne seront plus disponibles sur les app stores américains. ByteDance est toujours en négociation avec le gouvernement américain. Pour faire aboutir les négociations entre la maison-mère chinoise, Oracle, Walmart et la Maison Blanche, la nouvelle entité gestionnaire de l’application de vidéos aux Etats-Unis pourrait inscrire l’ouverture de son capital aux marchés avec une IPO d’ici un an. En attendant, la Chine réagit avec l’annonce de représaillesMais Trump se trompe sur TikTok, les plans de la Chine seraient beaucoup plus sinistres. Quelqu’un va-t-il acheter les activités de TikTok en Inde Voici l’effet réel des interdictions de TikTok et de WeChat par l’administration TrumpCe que Trump reproche à TikTok pourrait aussi s’appliquer à Facebook et Google.

La keynote Apple – Pas de nouvel iPhone, mais un pivotement vers les services, Apple s’inspire d’Amazon avec son « super-bundle » Apple One. Apple One, Apple Fitness +, Apple Watch Series, toutes les annonces d’Apple.

Cette semaine en France : 

Lors d’un débat organisé dans le cadre du Festival de la fiction de La Rochelle, plusieurs patrons des chaînes historiques ont appelé à avoir davantage de droits sur les oeuvres qu’ils financent.

3 CHIFFRES

4 milliards en 4 ans c’est la somme que Huawei annonce vouloir investir en France 

67 millards de dollars – c’est la capitalisation de la start-up française Snowflake, spécialiste du traitement de données dans le cloud, atteinte lors de sa première journée en Bourse 

-40 % des ventes physiques pour le marché français de la musique au premier semestre, mais un chiffre d’affaires stable à 279 millions d’euros grâce au streaming 

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE

Infographie: Une minute sur Internet en 2020 | Statista Vous trouverez plus d’infographie sur Statista

NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ

DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION

DONNEES, CONFIANCE, LIBERTE DE LA PRESSE, DESINFORMATION

LEGISLATION, REGLEMENTATION

JOURNALISME

« Comme les gens ne viennent pas dans nos studios, nous pouvons recevoir des invités de plus loin. Si c’est la bonne personne, peu importe où elle se trouve« . Dixit le rédacteur en chef de BBC News

STORYTELLING FORMATS

ENVIRONNEMENT

RÉSEAUX SOCIAUX / MESSAGERIES

STREAMING, OTT, SVOD

AUDIO, PODCAST, BORNES

DATA, AUTOMATISATION, INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, BLOCKCHAIN

MONETISATION, MODELE ECONOMIQUE, PUBLICITE

IMMERSION, 360, VR, AR

JEUX VIDEO, eSPORT

5G, 8K

TECH, STARTUPS, INNOVATION, TRANSFO NUM

OUTILS 

ES avec Kati Bremme, Laure Delmoly

 

La télé en mode télé-visio ou en télé-travail : le coronavirus impose de s’adapter et d’innover

Billet invité de Damien Douani, Eclaireur et Raconteur du Numérique, expert innovations et nouveaux médias, et Nicolas Celic, Directeur de l’Innovation chez YRSA Communications

Confinement oblige, les télévisions du monde entier se sont adaptées aux moyens de tournage réduits en plateau en lieu clos. Créativité et innovation naissant alors de la frugalité, avec un certain « laisser-aller » dans la (re)présentation, mais aussi plus d’authenticité et moins d’artifices. Tour rapide de quelques formats nés en confinement et analyse de ce qui reste de ce nouvel état d’esprit en cette rentrée audiovisuelle 2020. 

10 mars 2017 : un expert politique interviewé par la BBC se filme chez lui en webcam. Échappant à la vigilance de leur nounou, son bureau est envahi par ses enfants en plein direct. Gêne à l’antenne, buzz sur les réseaux sociaux.

Tout le monde trouve cela cocasse.

Avril 2020 : en plein confinement, Cyril Hanouna décide d’arrêter son émission phare Touche Pas à Mon Poste et de migrer avec une caméra… dans son salon. 

Tout le monde trouve cela normal.

Ceci paraît anodin, mais ce qui paraissait être une hérésie de YouTubeur sans moyen pour tout producteur de télévision normalement constitué va devenir la norme durant toute la durée du confinement… et même après. Et personne ne fut surpris. Ou tout au moins la « cible » d’Hanouna, les 16-35 ans. Ceci a été rendu possible par le fait que les codes du Web ont envahi nos rétines, les rendant banals et acceptables. De fait, la télévision n’avait qu’à les réutiliser, avec professionnalisme et improvisation, sous contrainte créative de Coronavirus.

De la créativité et de la récupération d’idées, il y en a eu plein ! Chacun étant bloqué chez soi, il a bien fallu assurer des heures d’antenne, ne pouvant pas rediffuser en boucle la 7ème Compagnie ou Rabbi Jacob (bien qu’il paraît que cela fût un des plans imaginé par M6).

La période du confinement fut très instructive, car elle a obligé les productions audiovisuelles à prendre des risques, et à « faire avec ». Or ce n’est en général pas leur ADN : les processus de production sont rodés et robustes, notamment lors des directs. Ce qui est d’autant plus remarquable, c’est ce qui reste de cette période et qui se diffuse dans cette rentrée audiovisuelle. Nous y reviendrons à la fin de cet article.

De la télévision à la télé-visio : les productions forcées à l’innovation

Par nécessité d’impliquer peu de monde sur les plateaux improvisés dans les salles à manger, les modes de production se sont singulièrement allégés, reprenant les techniques utilisées par Webedia et autres boîtes de production digitales.

La trousse à outils de base est assez sommaire : l’ordinateur et la webcam. Puis il faut ajouter les éclairages, le son, les caméras pilotées, et surtout la mise en place d’une connexion internet efficace. L’usage de la plateforme de visioconférence Zoom, grande révélation de cette période et désormais valorisée 112 milliards de dollars (soit 4 fois Orange !), n’est finalement que le décalque des usages spontanés du grand public qui utilisait déjà Facetime ou Skype au quotidien.

Cela donne les frères ennemis Hanouna et Arthur invitant chez eux, à distance, chroniqueurs et stars ami.e.s dans un joyeux désordre d’AperoZoom :

Cyril Hanouna et ses invités en Zoom :

Arthur : Show must go home : 



Ne nous trompons pas : tout ceci est bien travaillé et écrit, les apparences d’unscripted sont respectées pour garder la fraîcheur du format et du médium. A noter qu’Arthur, pour aller au bout du concept « d’émission à la maison via une webcam », a donné rendez-vous 7 jours sur 7 sur Facebook, pour le plus grand bonheur de son équipe de production…
 

Il faut aussi avoir en tête qu’en général, les animateurs télé sont peu à être rompus aux codes de l’Internet, et à l’aise avec les outils en ligne. Show must go home a été une « révélation » pour Arthur prouvant que les réseaux sociaux n’étaient pas uniquement des espaces de promotion mais aussi de diffusion où se trouve le public. Hanouna, lui, était déjà bien au fait des nouveaux usages avec ses « fanzouzes ».

Le format Zoom peut aussi reprendre une tonalité plus sérieuse et professionnelle, avec une émission de débat citoyen comme FlashTalk dont le principe de base était d’aller à la rencontre des gens dans les lieux publics. De fait, il a fallu se réinventer avec la Covid-19 et ce sont à nouveau les codes internet de la visio à plusieurs qui se sont imposés naturellement.

Si Hanouna et Arthur ont choisi l’ambiance AperoZoom, Cyril Lignac s’est plus inspiré de Skype avec ses recettes de cuisine à la maison. Là encore, l’outil audiovisuel s’est adapté et a repris les recettes des YouTubeurs (matériel léger, caméras à cadrage fixe), avec un soupçon gourmand de Live Periscope ou Instagram avec l’excellente idée d’ajouter de « vrais gens » cuisinant en même temps dans leur cuisine. L’écriture audiovisuelle a ajouté de son côté l’idée du sidekick rigolo et à distance en la personne du sémillant Jérôme Anthony. Carton total : plus de 2 millions de téléspectateurs. Le public s’identifie à ce joyeux moment de partage culinaire.

L’exemple d’adaptation extrême pour cause de pandémie est venue d’un format… ultra formaté. S’il y a bien une émission dont le cahier des charges stipule tout, jusqu’à la couleur de la cravate de l’animateur, c’est Qui Veut Gagner Des Millions. C’est une mécanique de précision, à la dramaturgie exacte, basée sur des mouvements de caméras, une musique, des lumières. A la lecture de cette interview de Camille Combal, on s’est demandé à quoi cela pourrait bien ressembler. Disons, à QVGDM version années 70 : un écran de télé, une plante verte, un candidat à distance en visio, et Camille Combal dans son salon. On sentirait presque la litière du chat dans un coin la pièce.

Et cela marche ! Nous sommes ici dans un cas particulier où le concept est tellement fort que vous pouvez le décliner version deluxe ou version low cost. Idem avec les Chiffres et les Lettres.

Il n’y a pas que les émissions de divertissement qui ont adapté le réflexe visio : les journaux télévisés, navires amiraux des grandes chaînes et émissions très organisées, sont passés sans sourciller aux duplex FaceTime avec AirPods vissés dans les oreilles des interviewés (scrutez le prochain 20h, vous verrez).

Le confinement au service de la création en fiction

Là où on touche au sublime de l’inspiration, c’est dans le domaine de la fiction. France 2 a mis en access prime time une série tournée durant le confinement, et prenant prétexte de celui-ci. « Bonjour Au Secours » se base sur un principe fallacieux et publiable d’un service d’aide téléphonique aux confinés pour donner lieu à de mignonnes et croustillantes saynètes par visios interposées dont certaines, comme celle de Jean-Paul Rouve, ne sont pas sans rappeler les grandes heures de Merci Bernard. Un format malin, frais, et circonstancié.

 

Cet usage créatif et détourné de la visioconférence donne l’opportunité de faire des choses dont on ne rêvait pas ou plus. Comme par exemple, l’occasion extraordinaire de réunir le casting éparpillé d’une série « 20 ans après » ou d’un film culte via une visioconférence multi-points. Ce qui était difficile à monter, à concevoir, à imaginer, devient simple, et qu’importe si la forme n’est pas parfaite : le plaisir l’emporte sur les finitions.

C’est même l’occasion de créer un épisode spécial basé sur le confinement (Parks & Recreation), utilisant Zoom, et parfaitement scénarisé.

De l’autre côté de l’Atlantique, aussi, la Covid-19 a eu des impacts surprenants sur les fameux “Late-night show”, ces émissions de deuxième partie de soirée très préparées où se mêlent animateur vedette multi-cartes, stars du show biz et chroniques à l’humour acéré.

Les grands shows américains font de la télévision en télétravail

La télévision aux Etats-Unis est un des enfants d’Hollywood. Très produite, elle est dotée de moyens considérables pour habiller chaque émission : jingles et effets sonores, orchestre, incrustation, public chauffé… même l’arrivée de l’invité, sa démarche, sa façon de saluer le public et de prendre place dans le fauteuil sont millimétrés.

Avec les mesures sanitaires, les grands présentateurs se sont vite retrouvés dans une situation similaire à la nôtre mais ils ont en grande partie opté pour un autre style. La plupart des grands late-night shows font désormais dans le sobre, et le “fait maison”. C’est-à-dire : chez le présentateur.

Passons en revue les différents cas de figure : 

Steven Colbert présente son émission depuis sa bibliothèque où figure un écran de télé éteint. Il continue à interagir un peu… avec le caméraman et son chien. Il cabotine comme d’habitude mais ne joue plus avec la caméra, et il manque la complicité avec Jon Baptiste qui rythmait l’émission par la musique ou les commentaires sur-joués.

Jimmy Kimmel reçoit chez lui, et d’ailleurs ses invités font des sketches depuis son appartement, soit seuls, soit à bonne distance. On a droit ainsi à Matt Damon sortant de la chambre d’amis, poursuivi d’un jeu de détestation mutuelle devenu un running gag avec les années.

Jimmy Fallon est passé en mode visioconférence, dans un plateau qui ressemble à un appartement : clairement, on cherche à rendre l’exercice proche de ce que le public fait au quotidien, sans virer complètement dans la nonchalance des YouTubeurs.

Le caustique Bill Maher a fait le choix de présenter l’émission depuis son jardin californien. S’il fait l’effort de mettre une cravate et un joli costume dans toute cette verdure, c’est à ce moment-là que l’on voit que le travail des éclairagistes, maquilleurs et coiffeurs manque : peau luisante à cause de la chaleur, coloration approximative et soleil qui fait plisser les yeux montrent une réalité plus crue qu’avec les artifices usuels. 

Casual Friday tous les jours ?

On remarque quelque chose de très frappant dans ces émissions confinées : il y a du laisser-aller dans le style, qui devient de plus en plus casual pour certains. C’est manifestement voulu. Seth Myers a troqué le costume pour la chemise de bûcheron, et côté capillaire on approche un peu de la forêt en friche aussi. Trevor Noah ne se rase plus pour le Daily Show, il se laisse pousser les cheveux et parle en plan serré en survêtement à capuche devant sa bibliothèque. Si l’on met à part les deux Golden Globes qui y trônent derrière lui, on pourrait presque le prendre pour notre voisin.

Le style « cool » qui demande d’énormes efforts hors caméra a donc laissé une place plus importante à l’authenticité avec moins d’artifices, elle-même pensée et travaillée car on n’improvise jamais vraiment au pays de PT Barnum : The show must go on !

Oprah Winfrey a adopté la posture de l’influenceuse, en commentant l’actualité face caméra depuis son jardin : du confinement au mouvement Black Lives Matter, et même des choux fleurs qui poussent. 

Dans un genre différent, Ellen Degeneres est, de son côté, prise dans un scandale de harcèlement au travail. Son show a été purement et simplement annulé. 

Au final, deux camps s’affrontent : les stand uppers très à l’aise dans la relation directe avec le public, et les autres qui dépendent d’une grosse machinerie pour que la sauce prenne. La décontraction affichée à l’américaine, cet unscripted en réalité très travaillée, n’est pas si facile à reproduire dans la vie confinée. Alors, est-ce que les shows vont arriver à se passer durablement de leurs artifices ?

Cas un peu à part, le très britannique John Oliver a gardé son format pour Last week Tonight, en commentant l’actualité avec un dossier chaque semaine. La différence tient à ce qu’il est sur fond blanc, sans séquence finale spectaculaire. Malgré la bonhomie du personnage et une écriture très peu changée dans les plaisanteries et incrustations d’image, une partie de la magie manque (rires du public et interactions).

Notons qu’à la rentrée, et à l’approche d’un momentum d’audience annoncé, Bill Maher a fait le choix de revenir en studio, mais cette fois seul. Le public est remplacé, assez maladroitement, par des rires enregistrés qui sonnent faux. Les plans de coupe sur le public sont, eux, remplacés par des extraits de films.   

Comme pendant le télétravail, certains se sont négligés, certains ont perdu de leur superbe quand il a fallu se montrer au saut du lit, certains ont fait semblant d’être au saut du lit, ou ont parfaitement assumé. Qui s’en plaindra ? Les costumiers, sans doute. Le public semble avoir accepté cet état de fait : on bricole un peu sans trop improviser, l’important étant que l’on ne voie pas les soudures les plus gênantes ou inesthétiques.

Et cela n’est que le début… de changements de fond ?

La télévision n’est pas un art, c’est un meuble”, aime à rappeler Philippe Vandel. C’est bien toute l’ambiguïté de cette industrie artisanale : un producteur n’aime rien de plus qu’une mécanique bien huilée, immuable et rassurante pour les chaînes et les annonceurs ; un réalisateur sait parfaitement que le contrôle apparent face caméra laisse hors champ tout ce qui tient à des bouts de ficelle, des approximations, quelques improvisations plus ou moins géniales et d’habiles montages en plans cut, habillés d’inserts et de musique.

La télévision au temps du coronavirus se caractérise par un mode dégradé : il était impensable de cesser toute production et diffusion, il a fallu s’adapter en baissant d’un cran le niveau d’exigence. D’ailleurs le public confiné en mars et en avril l’a parfaitement accepté. Bloqué chez lui, parfois en chômage partiel, en plus du divertissement réchauffé (très efficace), il était fortement en recherche de contenu en direct avec les personnages qu’il avait l’habitude de voir à l’antenne. 

Avec le virus toujours très présent, tout ceci semble s’installer dans la durée. 

Parmi les changements durables, on peut noter :

Chassez le naturel, il revient au galop : en cette rentrée, on retrouve des émissions davantage produites, prenant en compte les impératifs du virus. Ceci est tout à fait normal. Preuve a été faite qu’il était possible de créer des choses malignes, intrigantes, captivantes, avec peu de moyens. Cela laissera immanquablement des traces dans les techniques de production. Mais si l’improvisation a été acceptée, ce que le public cherche, c’est tout de même le professionnalisme de la belle ouvrage et du spectacle, propre à l’industrie de la télévision.

Illustration : MorningBrew sur Unsplash 

 

Liens vagabonds : le fléau des cyberattaques frappe de nouveau les élections américaines

A RETENIR CETTE SEMAINE : 

Elections US & sécurité : Selon Microsoft, la Russie, la Chine et l’Iran auraient lancé des cyberattaques sur les campagnes présidentielles. Les hackers russes de 2016 ciblent de nouveau les élections 2020. Twitter interdit les messages qui « sapent la confiance » dans les élections tandis que Google élimine les suggestions ciblées pour soutenir un candidat ou voter. Les théories du complot modèlent l’élection de 2020 et ébranlent les fondements de la démocratie américaine. Les experts de la sécurité partagent leurs pires cauchemars concernant le jour J.

Cinéma & controverses – « Tenet » a dopé la fréquentation des cinémas français et redonne un peu d’espoir aux salles obscures américaines. La sortie de Mulan a augmenté les téléchargements de l’application Disney+ de 68 %, mais les appels au boycott du film se multiplient. L’académie des Oscars va imposer des critères de diversité pour la catégorie du meilleur film, tandis que débute la concertation visant à faire contribuer les Netflix & Co à la création française.

Vente de TikTok & réseaux sociaux – ByteDance va probablement manquer la date limite de l’administration Trump pour la vente des opérations américaines de TikTok (le 20 septembre). Trump affirme qu’il n’y aura pas d’extension. Les Etats-Unis discutent avec ByteDance et envisagent d’autres solutions que la vente. Facebook renoue avec ses racines avec le lancement officiel de Campus, une section de son application principale destinée aux étudiants. Instagram recrute un nouveau directeur de la diversité et de l’inclusion et teste trois nouveaux designs pour faire de la place à Reels et au shopping.

Cette semaine en France : 

3 CHIFFRES

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE

Infographie: Slack accélère sa croissance | Statista Vous trouverez plus d’infographie sur Statista

NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ

DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION

DONNEES, CONFIANCE, LIBERTE DE LA PRESSE, DESINFORMATION

Cybersécurité

Liberté de la presse

Désinformation

Applis de traçage

LEGISLATION, REGLEMENTATION

JOURNALISME

STORYTELLING FORMATS

ENVIRONNEMENT

RÉSEAUX SOCIAUX / MESSAGERIES

STREAMING, OTT, SVOD

wired.com

AUDIO, PODCAST, BORNES

DATA, AUTOMATISATION, INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, BLOCKCHAIN

MONETISATION, MODELE ECONOMIQUE, PUBLICITE

IMMERSION, 360, VR, AR

JEUX VIDEO, eSPORT

5G, 8K

TECH, STARTUPS, INNOVATION, TRANSFO NUM

techcrunch.com

OUTILS 

 

 

ES avec Laure Delmoly, Kati Bremme, Diana Liu et Mathilde Floc’h

 

Credit photo : Chris Yang – Unsplash

 

 

 

Instagram, plateforme d’info-activisme ? Lorsque l’influence et l’information se rencontrent

Par Diana Liu, MediaLab de France Télévisions

Sur la liste des bouleversements cette année 2020, nous devons en rajouter un autre : la fissure dans l’univers doré d’Instagram. Au milieu de la pandémie de Covid-19 et de la résurgence du mouvement politique #BlackLivesMatter, la plateforme s’est transformée du jour au lendemain : les photos de brunch ont été remplacées par les carrés noirs, le banana bread fait maison par des diaporamas politiques « explainer » et les stories inondées par des vidéos de manifestation et des flash infos pas encore confirmées par la presse.

Cette transformation pourrait paraître soudaine. Or, Instagram évolue depuis longtemps vers des contenus plus politisés et axés sur l’information avec l’essor des comptes d’info-activisme indépendants. Le Digital News Report 2020 du Reuters Institute constate que l’utilisation de la plateforme pour accéder aux informations a doublé dans toutes les tranches d’âge depuis 2018, en particulier chez les jeunes. En Allemagne, 38 % des personnes sondées entre 18-24 ans ont utilisé Instagram pour s’informer sur la Covid-19, contre 26 % aux États-Unis et 49 % en Argentine. 64 % des personnes ayant moins de 25 ans utilisent la plateforme régulièrement. Instagram devient vite une source d’information aussi populaire que Twitter.

Reste à interroger ce virage journalistique de la plateforme, dont l’ADN de départ — l’influence et l’esthétique — influe fortement sur la dissémination des informations. Que se passe-t-il lorsque l’information et l’influence se rencontrent, et quels sont les opportunités et les écueils de l’information instagrammée ?

Instagram, écosystème d’information divers et marqué par l’influence

En ce qui concerne les informations sur Instagram, les comptes de la presse traditionnelle restent les plus influents en termes de chiffres : le principal compte du New York Times compte 10,2 millions d’abonnés, ceux du Guardian et du Washington Post 3,6 millions chacun, et celui du Monde 1,2 million.

Mais la plateforme foisonne également de comptes d’informations indépendants, souvent dédiés à des sujets précis — la justice climatique, la répression des Ouïghours, la pensée postcoloniale, etc. Même si leurs chiffres sont moins élevés, ils atteignent des taux d’engagement impressionnants avec ce que l’on pourrait appeler des « articles à la Instagram » — des diaporamas qui présentent l’information de manière visuelle et accessible. Un post sur l’empreinte carbone de « Future Earth », un compte sur la crise climatique avec 184 000 d’abonnés, a rapporté 23 mille likes.

 

View this post on Instagram

 

“The term “personal carbon footprint” is a sham and a powerful piece of propaganda coined by @bp_plc in 2004. Of course, this doesn’t mean we should all not care about what we personally contribute to global warming – because that does matter. But we need to hold fossil fuel companies and other polluting organisations responsible for the vast amount of damage they’re doing. The reality is, most people in the world can’t afford to just switch to an electric car, or insulate their homes better, or go vegan, or go to a plastic free shop. But we can vote, educate and protest for our right to a clean Earth. 👊” Credit: @chicksforclimate 🌏💋

A post shared by steph & max (@futureearth) on

À la différence des médias traditionnels, ces comptes mélangent actualité, décryptage, memes et activisme. Certains fonctionnent comme des start-up médias, d’autres représentent le travail d’un créateur dédié. Ils présentent l’information avec des graphiques soignés et en citant leurs sources (souvent des médias traditionnels). La plupart assument un parti pris politique, et ceux qui essaient de présenter les informations de manière plus neutre sont rares. (Selon le rapport de Reuters, les jeunes de moins de 35 ans partout dans le monde ont tendance à privilégier « les informations qui énoncent clairement leur point de vue ». Plus de la moitié des utilisateurs d’Instagram dans le monde ont 34 ans ou moins.)

Si l’éclatement du coronavirus a entraîné la prolifération de la désinformation sur la plateforme des sources peu crédibles, Black Lives Matter a amplifié l’influence de ces comptes d’info-activisme et montré à quel point les internautes sont réceptifs aux diverses sources d’information sur la plateforme. Dans une interview accordée à Vox, la fondatrice du compte Instagram « so you want to talk about », qui expose des politiques de gauche en forme de diaporamas pastel, s’étonne de la croissance explosive de ses chiffres — de 10 000 abonnés en juin à 1,4 million début septembre. Instagram a même promu certains de ces comptes dans son « guide pour la justice raciale », placé en haut du fil Instagram début juin.

 

View this post on Instagram

 

Let’s talk about the Black Lives Matter movement.

A post shared by so you want to talk about… (@soyouwanttotalkabout) on

La dissémination des informations dépend largement de l’influence détenue par l’utilisateur. Pendant Black Lives Matter, les personnalités qui en possèdent par millions ont cédé leurs comptes à d’autres en forme de « takeover ». Selena Gomez, star américaine avec plus de 192 millions d’abonnés, a donné ses identifiants à Sarah Lewis, professeur à l’Université de Harvard, et auteur et universitaire Ibram X. Kendi. La campagne #ShareTheMicNow (partager le micro maintenant) a également organisé le « takeover » des comptes des femmes blanches influentes par des femmes noires afin d’amplifier les voix de celles-là.

Les informations présentées de façon « instagrammables »

Instagram est une plateforme qui récompense un certain type d’intelligence et de perfection visuelle — une exigence que les comptes d’info-activisme ont bien comprise. L’article à la Instagram remplace la photo ou même le texte avec des infographies d’apparence professionnelle — tantôt douces et épurées, tantôt plus voyantes et agressives. Cette année a vu en particulier l’essor des « diaporamas de justice sociale », qui présentent des informations (et souvent des pistes d’action) de manière esthétique et digeste.

 

View this post on Instagram

 

Lebanon is currently fighting a pandemic, political unrest, an uprecedented economic crisis and famine. Swipe to learn more and what you can do to help. info from @atomicoffeeart ❤️💚🤍 #lebanon #thawra

A post shared by Slow Factory 🌍 (@theslowfactory) on

Rachel Cargle, écrivaine et activiste connue sur la plateforme, a aussi popularisé le format « annotations » — sa manière de répondre de manière plus approfondie aux questions et critiques de son lectorat.

La vidéo reste un format important, que ce soit des Instagram Live, des clips des manifestations ou des reportages faits par des médias traditionnels.

L’adoption rapide de ces nouveaux formats confirme les types de contenu que les jeunes privilégient : du texte, mais aussi des « explainers » visuels et du storytelling visuel. Il s’agit d’une approche éditoriale qui intègre le design dans la conception de l’article, tout en prenant en compte les exigences de la plateforme et des utilisateurs. Dans le scroll infini, ces posts attirent l’attention, se lisent en peu de temps et peuvent facilement être partagés via les stories.

 

View this post on Instagram

 

California is on fire. “The heat waves, the power outages, the fires. The lost homes, the lost lives, the lost trees. What’s happening in California has a name: climate change. It doesn’t have to be this way. A better world is possible.” – Leah Stokes, a Professor at UC Santa Barbara, wrote in the Atlantic. Credit: research & design by @aveiary for @futureearth

A post shared by steph & max (@futureearth) on

Les risques de l’information instagrammée

Or, ces graphiques soignés peuvent rendre crédible ce qui ne l’est pas forcément. Cette démocratisation de la création des contenus journalistiques suscite des inquiétudes sur la désinformation et le manque de fact-checking par des professionnels. Des formats visuels sur Instagram peuvent être particulièrement convaincants, tandis que la modération de ces contenus risque d’être plus compliquée.

Le rôle de l’influence dans la dissémination des informations pose également problème à l’heure où les adolescentes se tournent vers des influenceurs qui ne sont pas forcément experts pour s’informer. Le mélange entre information et activisme qui tend vers la création des contenus partisans est un autre sujet d’inquiétude.

 

View this post on Instagram

 

Donald Trump is campaigning for re-election by describing what Joe Biden’s America will look like… by describing Donald Trump’s America. Let’s talk.

A post shared by so you want to talk about… (@soyouwanttotalkabout) on

Instagram redéfinit le journalisme pour une nouvelle génération

Sur Instagram, tout le monde peut devenir influenceur — et maintenant, journaliste. Or, malgré les risques, on pourrait également y voir autre chose : le passage (ou la prise) du flambeau de la part d’une jeune génération qui veut non seulement consommer mais rapporter des informations, avec des formats et des angles qui lui sont propres.

 

View this post on Instagram

 

🤗 En 1 minute, votre résumé de l’actualité du jour 🤗 . ✅ Donnez une note à ce post ! Votez directement via notre commentaire ci-dessous ✅ . 🍿 Pour suivre l’actu culture : @hugodecrypte.pop . 🏋 Pour suivre l’actualité sport : @hugodecrypte.sport . SHOUTOUT à @alban._chr et @max2plv pour leur participation au débat ! . Tous les jours, on met en avant deux participants du débat. Pour participer : like + débat en commentaire. . Êtes-vous inquiets concernant l’évolution de l’épidémie en France ? 🤔 . Commentez oui/non/sans opinion suivi de vos éventuels arguments, résultats dans l’édition de demain ! . SOURCES actu 1 : Le Figaro, Midi-Libre, Le Parisien actu 2 : RTL, Ouest-France, Le HuffPost actu 3 : Franceinfo, Libération, L’Obs actu 4 : Courrier International, Le HuffPost, franceinfo actu 5 : Le Point, 20 Minutes, CNews . #Covid19 #France #épidémie #zonerouge #séparatisme #certificatdevirginité #VladimirPoutine #Russie #AlexeïNavalny #Novitchok #Kenosha #Wisconsin #JacobBlake #mohalasquale #agressionssexuelles #séquestration .

A post shared by HugoDécrypte (@hugodecrypte) on

En effet, dans un contexte de bouleversement et de transformation des médias, ces comptes Instagram y apportent des réponses — et même des innovations. Au moment du réexamen de l’objectivité journalistique et la recherche des rédactions plus diversifiées dans les médias américains, les créateurs de ces comptes utilisent la plateforme pour amplifier de nouvelles voix et perspectives. Dans leurs contenus, on constate souvent la volonté de mieux couvrir des sujets comme la crise climatique, ou d’allier information avec action à l’instar du journalisme de solutions — des transformations qui se font également dans les médias traditionnels.

La place du journalisme sur Instagram continuera à évoluer — de fait, la pandémie et le confinement mondial ont créé un contexte particulier à l’égard de l’activisme et la consommation des informations sur les réseaux sociaux. Malgré l’utilisation croissante de la plateforme pour s’informer, Instagram reste une source parmi d’autres.

Enfin, les comptes d’info-activisme et les « articles à la Instagram » représentent la volonté de beaucoup de redéfinir les médias pour une nouvelle génération et pour le « monde d’après ». Une tendance à suivre de près.

Crédit photo : Instagram

Liens vagabonds : Facebook agit contre la désinformation avant la présidentielle américaine

A RETENIR CETTE SEMAINE : 

Facebook & présidentielle américaine – Deux mois avant l’élection, le réseau social annonce de nouvelles mesures pour lutter contre la désinformation. Facebook contrera d’éventuels messages destinés à décourager les électeurs de voter, n’acceptera plus les nouvelles publicités politiques la semaine précédant les élections et supprimera les fausses informations concernant les modalités de vote jusqu’à ce qu’un résultat clair se dégage. La plateforme s’associera à Reuters pour fournir les résultats des élections en direct. Facebook va mener une étude pour savoir quelle aura été son influence lors des élections

GAFA & revenus publicitaires – Sommé par les médias de rémunérer leurs contenus, Facebook menace d’empêcher le partage d’articles de presse sur ses plateformes. Le conflit opposant les médias à Facebook et à Google se durcit, tandis que Google fait traîner les négociations en France et répercute le coût des taxes digitales sur les publicitaires. Sur Google Chrome, un nouveau bloqueur de publicités prend les éditeurs par surprise, tandis qu’un changement dans le logiciel du future iPhone 14 inquiète Facebook et d’autres développeurs, en ce qu’il pourrait heurter leur système publicitaire. 

La vente de TikTok compliquée par la Chine – Pékin décidé à se poser en arbitre dans la vente de TikTok en mettant en place de nouvelles règles sur les exportations de technologies d’intelligence artificielle. TikTok peut-il être vendu sans ses algorithmes ? En Europe, Thierry Breton exclut d’interdire TikTok, mais les décisions prises au sujet de l’application constituent tout de même un mauvais présage pour la technologie chinoise en Europe. En attendant son sort, TikTok lance de nouveaux outils marketing et une nouvelle fonctionnalité « Stitch », qui permet de prélever 5 secondes de la vidéo d’un autre utilisateur.

Cette semaine en France : 

3 CHIFFRES

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE

Infographie: Les pays les plus innovants au monde | Statista Vous trouverez plus d’infographie sur Statista

NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS / LONG READ

DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION

DONNEES, CONFIANCE, LIBERTE DE LA PRESSE, DESINFORMATION

Cybersécurité : 

Applis de traçage

Liberté de la presse

Désinformation

niemanlab.org

LEGISLATION, REGLEMENTATION

JOURNALISME

niemanlab.org

Crise & transformations :

STORYTELLING FORMATS

lesmediaslemondeetmoi.com

ENVIRONNEMENT

theguardian.com

USAGES

RÉSEAUX SOCIAUX / MESSAGERIES

STREAMING, OTT, SVOD

AUDIO, PODCAST, BORNES

DATA, AUTOMATISATION, INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, BLOCKCHAIN

MONETISATION, MODELE ECONOMIQUE, PUBLICITE

IMMERSION, 360, VR, AR

JEUX VIDEO, eSPORT

numerama.com

5G, 8K

TECH, STARTUPS, INNOVATION, TRANSFO NUM

blogdumoderateur.com

OUTILS 

 

ES avec Laure Delmoly, Kati Bremme, Diana Liu et Mathilde Floc’h

 

 

Credit photo : Morning Brew – Unsplash

 

 

 

 

Tendances médias : 10 choses à retenir d’un été pas comme les autres

Par Kati Bremme, Direction de l’Innovation et de la Prospective 

Comme chaque année, Méta-Media a suivi l’actualité médias du monde pendant les mois de juillet / août pour vous proposer un condensé des principales informations à retenir de cet été si particulier, marqué par la pandémie. 

1La tech chinoise et américaine s’affrontent dans une nouvelle guerre froide

Sous la devise “CleanNetwork”, Donald Trump veut purger les applications chinoises. TikTok est au centre d’une guerre diplomatico-économique entre Washington et Pékin. Le président américain a signé le 6 août au nom de la « sécurité nationale » un décret visant à forcer ByteDance à vendre ses opérations américaines. Après une contre-attaque de TikTok, Trump a accordé un délai de 90 jours à TikTok pour trouver un investisseur américain. Au-delà de ce délai, le réseau social de ByteDance sera totalement banni du sol américain. Les grandes entreprises américaines (Microsoft, Walmart, Oracle) se bousculent pour racheter la plateforme de vidéos courtes. 

Kevin Mayer, ancien de chez Disney, dernière tentative de Bytedance pour convaincre les utilisateurs de TikTok que le réseau social n’est pas une entreprise chinoise mais internationale, a quitté son poste après seulement 3 mois. En juin, l’Inde avait déjà interdit TikTok et plusieurs dizaines d’autres applications mobiles chinoises. Pour Thierry Breton, le commissaire européen au marché intérieur, il n’est pas question d’interdire TikTok en Europe, mais il donne raison à l’administration Tump sur l’argument de la propriété des données. La vente des activités de TikTok aux États-Unis pourrait se compliquer avec l’introduction de nouvelles règles à l’exportation de l’IA de la ChineUn décret du même ordre vise la plateforme WeChat. En réaction, la Chine menace d’interdire AppleSplinternet”, Internet est-il sous la menace d’une double fragmentation?

2Révolution de l’industrie des médias sur fond de pandémie et #BlackLivesMatter

La pandémie et le mouvement #BlackLivesMatter ont bouleversé l’industrie des médias, qui doit révolutionner ses modes de fonctionnement tout comme sa politique de recrutement. Pour Ted Tarandos, le nouveau co-CEO de Netflix, l’industrie du divertissement ne sera plus jamais la même après la pandémie, les gestes barrière devenant partie intégrante de la production. Même si Disney et Netflix affichent des pertes en bourse, leur nombre d’abonnés est toujours en hausse. Netflix compte dépasser la série James Bond avec un budget de 200 million $, et propose des programmes gratuits sans abonnement. Son concurrent principal serait d’ailleurs TikTok dont trois des plus grandes stars décrochent des contrats majeurs hors plateforme. Après Disney+, Broadway s’allie à Netflix pour diffuser ses productions. Amazon envisagerait d’ajouter la télévision en direct à son service Prime Video. Pour entrer dans le jeu, Google préparerait Kaleidoscope, un service d’agrégation de tous les services SVOD auxquels un utilisateur s’est abonné. Pendant ce temps, Quibi, victime de la « méritocratie des contenus« , a perdu 90 % des premiers utilisateurs après l’expiration de leurs essais gratuits

Comment les médias de service public peuvent-ils survivre à la guerre du streaming ? Garantir une réelle diversité et rester pertinents sont les éléments clés pour la transformation de l »industrie. Vaincre le racisme passe aussi par un regard sur les salles de rédaction : le Washington Post annonce la création de nouveaux postes axés sur la couverture ethnique, et la plupart des médias mettent en place des postes de “directeur de la diversité”. Netflix promet d’apporter 100 millions de dollars pour supporter les communautés noires.

Grand gagnant de la pandémie : l’audio, avec une consommation de contenus musique, radio, podcasts aux Etats-Unis qui est devenue au deuxième trimestre 2020 majoritaire (53 %) sur les supports numériquesMême avec le télétravail, les recettes publicitaires des podcasts continuent d’augmenter. Le New York Times rachète la société derrière le podcast phare « Serial ». La publicité audio est le seul levier au sein du marché du display en croissance pendant la pandémie (+ 40 %), selon l’Observatoire de l’e-pub SRI-Udecam. Médiamétrie constate que le nombre de téléchargements et d’écoutes de podcasts de replay de radio et podcasts natifs a progressé de 29 % entre juin 2019 et juin 2020Spotify lance (quand même) des podcasts vidéo. 

3Vers une souveraineté numérique européenne

Dans le contexte de tensions sino-américaines, l’Europe est dans une situation fragile avec son offre technologique fragmentée. Elle tente de se distinguer par la conception de normes de référence, y compris éthiques, en exerçant ainsi une sorte de soft power. Après plusieurs plaintes déposées auprès des autorités de contrôle de pays européens – dont la CNIL -, contre 101 entreprises européennes pour transfert illégal de données vers les États-Unis, la justice européenne a annulé le “Privacy Shield”. Il faudra aller plus loin pour exister face aux géants. L’Europe a besoin d’une infrastructure numérique indépendante. Le papier « European Public Sphere – Gestaltung der Digitalen Souveränität Europas» (Sphère publique européenne – Façonner la souveraineté numérique de l’Europe), publié en juillet par une alliance allemande de scientifiques, d’experts en informatique et de responsables des médias, menée par l’ancien directeur de SAP, Henning Kagermann, et Ulrich Wilhelm, le directeur du Bayerischer Rundfunk (BR), se lit presque comme une déclaration d’indépendance. Selon les auteurs du projet, la mise en place d’un écosystème numérique indépendant serait la seule possibilité de défendre des valeurs européennes de diversité, de protection de la vie privée et d’ouverture face à la toute puissance des modèles existants.

 

Les régulateurs européens ciblent les GAFA avec de nouvelles lois pour limiter leur pouvoir monopolistiqueMême aux US, les géants de la tech sont dans le viseur des autorités ; les patrons de Google, Apple, Facebook et Amazon ont été auditionnés en visioconférence devant les parlementaires américains pour de possibles abus de position dominante.

4Les réseaux sociaux de plus en plus politisés

Le mouvement #BlackLivesMatter, s’est traduit en une forte politisation d’Instagram et TikTok. En 2020, les utilisateurs Facebook ont délaissé des contenus divertissants pour s’intéresser en priorité aux informations concernant le mouvement Black Lives Matter et la pandémie. Les millenials et les Gen Z se tournent vers Instagram comme source d’information, et utilisent Facebook et Instagram comme moteurs de recherche. Résultat : la désinformation s’amplifie.

Basé dans ses débuts sur le divertissement, TikTok est devenu une plateforme d’engagement politique sous forme de tribune politique. Présent partout dans le monde, le réseau social de ByteDance se fait logiquement le réceptacle des mouvements de son temps, et d’une nouvelle révolution esthétique. Son audience suit la tendance vers le “sérieux”, avec les 18-25 ans qui ont désormais rejoint les 13 ans. Depuis la pandémie, on observe une hausse massive dans la création des vidéos TikTok politiques. Les médias intègrent aussi de plus en plus la plateforme. Le Monde a lancé son compte cet été, et les personnalités politiques se mettent timidement à TikTok. TikTok lance sa campagne “Be Informedavec des créateurs populaires pour combattre la désinformation sur la plateforme. Le dilemme moderne du journalisme TikTok

@emmanuelmacronSi vous venez d’avoir votre Bac, ce message est pour vous ! ##bac ##bac2020♬ son original – emmanuelmacron


Parfois, l’engagement s’arrête à un militantisme “fainéant” à l’instar du hashtag #ChallengeAccepted, qui a envahi cet été Instagram et Twitter. TikTok a annoncé aussi la mise en place aux Etats-Unis d’un fonds doté de 200 millions de dollars pour rémunérer des créateurs de contenus sur sa plateforme, et l’application a sélectionné sept créateurs de contenu français qui bénéficieront de son “Creator Fund” européen doté de 60 millions d’euros

5Nouveaux modèles économiques pour le journalisme, et dangers

Sur fond de crise économique de la presse, Jonah Peretti, co-fondateur et PDG de BuzzFeed, déclare qu’à l’avenir, Facebook et Google couvriront les coûts du journalisme. Google va en effet rémunérer des contenus de certains médias en Allemagne, en Australie et au Brésil. Le géant américain est actuellement en discussion avec des éditeurs de presse dans six autres pays, dont la France – où l’annonce de ces « deals » n’a pas forcément été reçue favorablement. Certains éditeurs de presse craignent que Google ne signe des accords individuels avec les éditeurs afin de ne plus avoir à appliquer la directive européenne sur les droits voisins. Le géant de la tech a fait appel de la décision de l’Autorité de la concurrence du 9 avril le contraignant à négocier avec les éditeurs médias et les agences de presse une rémunération collective pour l’indexation de leurs contenus en France.

Pendant ce temps, l‘Australie va obliger Facebook et Google à payer les contenus des médiasSi les entreprises ne respectent pas les règles du code, elles peuvent encourir des amendes allant jusqu’à 6 millions d’euros par infraction, 10% du chiffre d’affaires ou le triple des bénéfices obtenus. Facebook booste les nouveaux articles grâce à un nouvel algorithme et permet aux journalistes de s’enregistrer pour se “protéger contre le harcèlement”. Facebook News se lancera à l’international, y compris en France. Jack Dorsey confirme que Twitter réfléchit à un système d’abonnement.

Publicité – L’IAB a publié les résultats de la 6e édition de son enquête menée auprès de 242 acheteurs d’espaces publicitaires : les médias traditionnels sont en net recul. Les professionnels du secteur n’ont pas de visibilité sur leurs budgets de dépenses publicitaires pour 2021. En même temps, la publicité segmentée avance. Après avoir annoncé un partenariat avec Orange, FranceTV Publicité signe un accord avec Bouygues TelecomLa difficile naissance de la publicité ciblée à la télévision. Apple a annoncé la mise en place, lors du lancement d’iOS 14 à l’automne 2020, de son propre pop-up obligatoire de recueil de consentement lors du téléchargement des applications pour accéder à l’IDFA, et crée la discorde avec Facebook et d’autres applis. La MMAF estime la décision inutile et contraire au RGPD. 

Partenariats – le Think Tank Terra Nova a publié plusieurs propositions pour des collaborations entre les différents acteurs de l’audiovisuel public, comme le développement d’offres numériques partagées dédiées à la culture, à l’information en régions, ou encore à la création et aux jeunes adultes. En test depuis début juin, Salto, le partenariat TF1, M6 et France tv, sera lancé à l’automne. 

Pendant ce temps, au New York Times, les revenus du web dépassent pour la première fois ceux du papier. Le journal publie un résultat meilleur qu’espéré grâce au numérique, et prend aussi la décision de se retirer d’Apple News. 

Le Covid-19 accélère la fin de la presse papier à travers le monde. Pour contrer la tendance, la presse innove : Nice-Matin lance une newsletter entièrement dédiée au journalisme de solutions. 

6Lutte contre la haine en ligne, sur fond d’augmentation de cyberattaques et de la désinformation

Bill Gates, Elon Musk, Joe Biden, Apple, Uberun piratage massif a visé les comptes Twitter de personnalités et d’entreprises. Twitter a banni définitivement des milliers de comptes liés à la théorie complotiste QAnon, tout comme Facebook, qui a supprimé des centaines de pages et de groupes de cette mouvance pro-Trump. Sous pression des marques, qui demandent à Facebook d’améliorer sa gestion des contenus haineux et des fake news, la plateforme admet l’existence d’un “déficit de confiance” et tente de réagir avec des premières mesures. Avec le boycott publicitaire de Facebook, une impulsion pour l’inclusivité émerge dans le secteur publicitaire. Plus d’un millier d’annonceurs ont boycotté Facebook sans grand impact sur ses résultats

Google, Facebook et les autres forment une coalition tech pour sécuriser les élections américainesFacebook annonce même qu’il bloquera les publicités politiquesReddit, Twitch, Snapchat, YouTube, les géants du net se réveillent (enfin) contre les discours de haineTwitter, de son côté, a précisé ses nouvelles règles en matière de transparence de l’information. En France, le CSA met en place un observatoire de la haine en ligne.

7Censure Internet et érosion de la liberté de la presse

De nombreux pays ont utilisé la pandémie comme prétexte pour renforcer les attaques contre les journalistes et pour limiter la liberté de la presse. Ces derniers mois, des journalistes ont notamment été arrêtés ou victimes des violences en marge des manifestations contre le pouvoir en Algérie et en Biélorussie. A Hong Kong, c’est la loi sur la sécurité nationale qui brouille l’avenir de l’Internet libre et constitue un « risque grave » pour les libertés, selon l’ONU. Le texte est entré en vigueur fin juin dans le territoire autonome. Dès juillet, des militants avaient été arrêtés en vertu de cette loi contre laquelle ils protestaient. Les géants du numérique ont suspendu leur coopération avec Hong Kong : WhatsApp, TikTok, Microsoft, Zoom... La police a arrêté Jimmy Lai, fondateur du journal d’opposition Apple Daily à Hong Kong et Agnes Chow, célèbre militante pro démocratie. Deux cents policiers ont fouillé la rédaction. Jimmy Lai a été libéré sous caution et a appelé les journalistes à « se battre ».

Pendant ce temps, la justice russe cible un groupe de discussion en ligne alors que les mesures répressives du gouvernement s’intensifient, et en Turquie une nouvelle loi renforce la censure sur les réseaux sociaux. Artistes et écrivains alertent sur les dangers d’un « climat intolérant » et Harper’s publie une lettre ouverte sur la liberté d’expression et l’intolérance à l’égard des opinions divergentes signée Mark Lilla, Margaret Atwood, Wynton Marsalis… : « Notre résistance à Donald Trump ne doit pas conduire au dogmatisme ou à la coercition ».

8Télétravail forever, le « new normal » en entreprise ?

Facebook, TwitterAmazon ou encore Microsoft ont tous annoncé un passage au télétravail à presque 100% et ad vitam après l’expérience du confinement. Tout comme les employés des géants de la tech, les journalistes du New York Times ne retourneront pas au bureau avant 2021, de même que ceux d’un nombre important de médias. Sans grand étonnement, le PDG de Slack estime que le télétravail est indispensable pour « rester attractif », se basant notamment sur une étude menée par Slack en pleine pandémie. Pourtant, le travail a domicile présenterait de graves dangers pour les employeurs et les employés. En tout cas, il est le nouveau filon de la cybersécurité. Les sondages portant sur les attentes des collaborateurs en matière de télétravail, comme ceux de Kantar ou de Corona-work, font état d’un véritable engouement chez les cadres, malgré des réticences observés chez les jeunes. Les rédactions peuvent réussir le télétravail – en mettant en place quelques ajustements nécessaires

Reste à trouver le juste équilibre entre présence et télétravail (en respectant les gestes écologiques) et à réinventer de nouveaux modes d’engagement des salariés, dans un monde où la pandémie bouleverse le rapport au travail et aux autres, pour que la longue et malheureuse histoire du télétravail aboutisse enfin à une réelle proposition de valeur

9Réseaux sociaux : les nouvelles fonctionnalités à tester

10Le grand retour du journalisme d’investigation

Pas de résumé de cet été sans noter l’énorme succès du journalisme d’investigation de Society avec l’enquête consacrée à Xavier Dupont de Ligonnès. Au milieu des conjectures de mort de la presse magazine, le magazine a réussi un coup éditorial de maître cet été, générant un engouement qui s’était fait sentir dès la publication de la première partie du feuilleton, le 23 juillet. En tout, les deux volets de l’enquête initiée par le bimensuel de société ont déjà été imprimés à 280 000 exemplaires

Pour les 77 pages d’enquête, le quinzomadaire a mobilisé 4 journalistes – dont un à plein temps – pendant 4 ans. Un pari coûteux et risqué pour un média dont la marge ne dépasse pas 1,7 %. Même si le succès des deux volumes ne peut pas contrebalancer la tendance négative du déclin de la presse magazine – renforcée encore par le Covid-19 (25 % du chiffre d’affaires de Society repose sur la publicité) et la faillite de Presstalis – il indique tout de même, moins d’un an après le naufrage journalistique constitué par la fausse arrestation de Xavier de Ligonnès, à la presse écrite en général, et à la presse magazine en particulier, un moyen de retrouver l’estime de son public.

N’hésitez pas à commenter cet article pour ajouter les sujets que l’on aurait oubliés (certainement) dans notre liste !

Image de Une : Victor Garcia, Unsplash, illustrations KB

Quels podcasts écouter pour une rentrée éco-responsable ?

Par Mathilde Floch, MediaLab de France Télévisions

Le 28 avril 2020 dernier, Audion (une adtech créée en 2018, leader de la pub audio digitale) publiait une étude sur l’évolution de la consommation audio digitale et podcast des Français pendant le confinement. Près de la moitié (46%) des Français écoutent désormais davantage de contenus audio qu’avant le confinement. 

Septembre sonne le retour des trajets quotidiens, ces principaux horaires d’écoute dont la disparition avait impacté les écoutes au début du confinement.Pour Yann Thebault, ancien DG de Spotify et directeur général de la plateforme de podcasts Acast France, le trop plein d’écrans favorise le développement des podcasts, au delà du contexte actuel particulier.

Voici donc une sélection de podcasts écologiques, pour s’informer dès le retour des vacances, en français et en anglais. 

Découvrir les acteurs du développement durable 

De cause à effets (en français, hebdomadaire)
Aurélie Luneau donne la parole à des personnalités ou militants engagés pour la planète (Nicolas Hulot, Vandana Shiva, Hubert Reeves, Pierre Rhabi, Jacques Perrin…). Une émission similaire existe également sur France Inter : 
Des idées pour demain (en français, hebdomadaire), dans laquelle des personnalités françaises (artistes, journalistes, membres d’associations…) engagés pour la transition écologique se succèdent au micro de Valère Corréard.

Basilic (en français, bimensuel)
Juriste en droit de l’environnement, Jeane Clesse écoute des fondateurs d’entreprises éco-responsables ou des membres d’association qui partagent leur parcours et leurs projets à venir. Les sujets abordés sont très variés : du zéro déchet à la mode éthique, en passant par les cosmétiques biologiques ou le végétarisme.

Présages (en français, bimensuel)
Alexia Soyeux réalise dans ce podcast une série d’entretiens sur le futur de notre société. Chercheurs, entrepreneurs, artistes, militants, spécialistes sont interviewés sur leurs projets et leur vision pour l’avenir. Les sujets liés à l’environnement sont là aussi multiples (transition énergétique, éco-féminisme, agriculture durable, biodiversité, alimentation). C’est aussi l’une des rares émissions à aborder la question des 
« effondrements en cours et à venir ».

présages.fr

Prendre de bonnes initiatives 

Les Mouvements Zéro (bilingue français-anglais, deux saisons)
Ce podcast éduque à la transition écologique et aux gestes éco-responsables. Issu d’une initiative lancée en 2015 par Justine Davasse, il vient s’ajouter à des conférences, ateliers, événements, ainsi qu’à d’autres contenus médiatiques (articles et reportages).

« Y’a le feu au lac«  (en français, 10 épisodes)
Ce podcast cherche à rétablir la vérité concernant les gestes utiles pour la planète. Un exemple : vider sa boite mail constitue-t-il vraiment un bon geste écologique ? (Réponse : oui.)

Nouveau modèle (en français, hebdomadaire)
Chloé Cohen converse avec des femmes au sujet de leur engagement pour une mode plus responsable. Un bon moyen de comprendre quelles sont les alternatives nécessaires à la pérennisation d’un secteur avec un fort impact environnemental. 

nouveaumodelepodcast.com

Prendre la température de l’actualité

La Terre au carré (en français, quotidien)
Chaque après midi sur France Inter, Mathieu Vidard défriche avec l’aide d’un expert l’actualité scientifique liée à l’environnement.

C’est pas du vent (en français, hebdomadaire)
Ce podcast vieux « historique » (il a 10 ans) traite de l’actualité écologique et environnementale sur tous les continents.

Costing The Earth (en anglais)
Ce podcast de la BBC traite des  interactions permanentes entre notre environnement et notre existence contemporaine. Du coût environnemental des terrains de golf aux impacts du réchauffement climatique sur notre fertilité, tous les sujets sont abordés. 

Heated (en anglais, 6 épisodes)
Le podcast d’Emily Atkin  démontre à quel point le Covid-19 et la crise climatique sont liés. 

heated.world

S’informer de façon ludique et pédagogique

Drilled (en anglais, 3 saisons)
C’est  l’un des rares podcasts narratifs à traiter du changement climatique. La journaliste Amy Westervel présente les affaires de “déni de changement climatique” comme autant de “true crimes”. La saison 3 de ce podcast date de janvier 2020, et 4 autres saisons sont prévues pour 2020 et 2021.

TILclimateClimate (mensuel)
Le Massachusetts Institute of Technology produit son propre podcast sur l’environnement, très pédagogique et dynamique. 

« Pour que nature vive » (en français, 12 épisodes)
Cette série donne la parole à des experts du Museum national d’histoire naturelle, pour analyser et expliquer le monde qui nous entoure.

D’utilité publique (en français, 8 épisodes)
Un podcast pédagogique de la Caisse des Dépôts qui aborde la question de l’économie durable, et explique pourquoi il est essentiel que les entreprises et les investisseurs s’intéressent aux Objectifs de Développement durable (ODD). 

D’après l’étude de l’adtech Audion réalisée par Happydemics ce sont au total 83% des Français qui écoutent aujourd’hui du contenu audio sur le digital. Ces auditeurs cherchent à 66% à s’informer à travers les podcasts, et la pandémie pourrait être l’occasion pour eux de renouer avec le thème du réchauffement climatique et de la crise écologique en cours.