Par Kati Bremme, France Télévisions, Direction de l’Innovation et de la Prospective
Internet décentralisé tel que l’a rêvé son fondateur, solution miracle à la crise de confiance que subit le journalisme, ou encore modèle économique sans faille pour une industrie attaquée par la concurrence des GAFANs, la blockchain semble le remède à tous les maux qui gangrènent les médias. Technologie pour les uns, philosophie pour les autres, la blockchain serait-elle réellement en train de révolutionner l’audiovisuel ? Quels sont les secteurs impactés par la blockchain ? Eléments de réponse lors de la conférence « Blockchain et médias » du SATIS SCREEN4ALL 2018.
Avant de dégager les pistes concrètes pour les médias, il s’agit déjà de partager une définition commune de la blockchain.
Qu’est-ce que la blockchain ?
On vient juste de fêter les 10 ans du Bitcoin, la cryptomonnaie devenue symbole par excellence de la blockchain. Souvent réduit à cette monnaie décentralisée, la blockchain, avec ses principes de désintermédiation, traçabilité et consensus, est applicable à bien d’autres secteurs. Eric Minoli, CTO du groupe médias TFO au Canada, explique le modèle à l’aide d’une image : « Lorsque vous regardez un match de football, l’arbitre représente la personne décisionnaire qui va ou non valider un but, il est l’instance de référence. Si des jeunes jouent au même sport dans la rue, sans arbitre, chaque jeune peut décider si le but est valide. L’information n’est plus centralisée, elle est au niveau de chaque joueur qui va avoir connaissance du score. Et si le score doit être changé, chacun va devoir valider de manière implicite le nouveau score… Cette façon de fonctionner repose sur le principe que tout le monde a la même information. Le blockchain s’apparente à ce même principe. »
Fondée sur une technologie disruptive des échanges sur un réseau « indélébile » et en théorie impossible à pirater ou falsifier, la blockchain voit ses utilisations aller de la gestion des droits d’auteur jusqu’à la rémunération en passant par la collaboration entre utilisateurs qui assurent la sécurité et la non-falsification des informations fournies.
Plus concrètement, on peut distinguer 3 champs d’application pour les médias :
L’information, avec la blockchain comme moyen de regagner la confiance par la transparence
La création, à travers une collaboration simplifiée par le réseau, la gestion des droits d’auteur et les contrats intelligents
La distribution, en y apportant une monétisation maîtrisée et une fidélisation par les token
L’information : reconquête de la confiance et nouveau modèle économique
Avec la double crise de confiance et de rentabilité qui affaiblit le journalisme, le remède miracle pour sauver l’information serait, selon certains, la blockchain.
A défaut d’exemple français, le projet américain Civil illustre le rêve d’un nouveau journalisme basé sur la blockchain, qui veut instaurer un lien direct entre le lecteur et le média, éliminer l’influence de la publicité dans les médias pour renforcer leur crédibilité etainsi augmenter l’indépendance financière.
Cette ambitieuse initiative pour soutenir un journalisme de qualité associe un réseau de rédactions à une « constitution », sorte de charte éthique de la collaboration. Les lecteurs intéressés payent les médias basés sur Civil selon leur modèle (à l’article, par abonnement) dans n’importe quelle monnaie, un moyen de s’affranchir d’un modèle économique basé sur la publicité et des abonnements contraignants. Chaque transaction est validée par les utilisateurs (des « mineurs ») de la chaîne, y apportant une notion de valeur, et de confiance. Même si la tentative d’instaurer sa propre crypto-monnaie par une levée de fonds vient d’échouer, Civil continue sa construction d’un web vérifiable.
Ce modèle d’un nouveau journalisme veut offrir aux citoyens et aux diffuseurs d’informations une plus grande transparence dans la fabrication de l’information et garantir la traçabilité par la preuve numérique : d’où viennent les faits, qui les diffuse, quelles ont été les étapes de validation, quelles sont les différentes opinions concernant ces informations. On peut savoir facilement par qui un contenu a été créé, s’il a été modifié ou dénaturé et à quel moment, un outil efficace pour lutter contre les informations falsifiées. Le consensus décentralisé assure par ailleurs la sécurité et la non-falsification des informations fournies par la collaboration entre utilisateurs.
La création : une collaboration simplifiée par le réseau, une origine maîtrisée et des « Smart Contracts »
Confiance, indépendance et maîtrise de coûts pour l’information : des applications qui peuvent aussi représenter une solution pour optimiser la production et la distribution des œuvres audiovisuelles. Dans les médias et la publicité, des utilisations commencent à arriver, notamment pour la monétisation des contenus, la publicité ciblée à la télévision, ou pour déterminer la réputation d’un média. Seul problème : la blockchain est encore sous-utilisée, ce qui nuit logiquement à son usage.
La blockchain peut enregistrer différents types de preuvesliées à la propriété intellectuelle : preuve de paternité, de propriété, de premier usage, d’authenticité, de provenance ou de contrefaçon. Elle permet de former des registres immuables et distribués, enrichis au fil de l’eau et de façon sécurisée, tout en restant facilement consultables par tous à tout moment. En matière de gestion des droits d’auteur, ou de simple référencement des oeuvres, c’est un atout, en rupture avec la logique de fichier centralisé qui prévaut aujourd’hui.
La blockchain est aussi un moyen de faciliter la collaboration de différents artistes, notamment par la mise en place d’un « Smart Contract », ou contrat intelligent, qui permet des transactions programmables, conditionnées à des événements futurs, et qui garantit aux artistes de percevoir la partie de la rémunération qui leur est due en temps réel. Le contrat intelligent décrit les conditions commerciales de cession des droits et établit un fiduciaire décentralisé. Il enregistre ensuite toute la consommation de contenu et déclenche la distribution transparente des revenus générés. Il deviendra par exemple facile de faire évoluer le prix d’une oeuvre en fonction de son succès.
Du côté du service public, le groupe Media TFO figure parmi les pionniers dans le monde à avoir conçu un prototype blockchain pour l’audiovisuel. Lancé en mars 2018, le projet a été testé avec différents partenaires, notamment le le CNC en France, le CRTC (Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes) et la CBC au Canada. L’origine de leur « Proof of Concept » de blockchain se trouve dans la problématique de la gestion manuelle de dix-sept types de droit différents traités chez TFO. Avec un objectif : faciliter, automatiser tous les flux et les processus. Basé sur un modèle de blockchain privé, ce sont surtout les Smart Contracts qui ont intéressé le groupe audiovisuel. Le projet Blockchain TFO a ciblé l’ensemble des acteurs de l’industrie des produits culturels numériques, et plus spécifiquement les films, émissions de télévision et contenus numériques. Le prototype a reproduit les contrats de production, la participation des artistes, la distribution et les contrats de financement. Les conclusions de ce premier test sont attendues avec impatience.
La distribution : une monétisation maîtrisée et une fidélisation par les token
Internet a depuis longtemps disrupté le monopole des diffuseurs, mais uniquement pour le remplacer par de nouveaux monopoles avec Netflix et Amazon. Ces dernières années, nombre d’acteurs se sont établis en complément de la chaîne de valeur historique des médias : les artistes deviennent créateurs directs de contenu, les agrégateurs et plateformes influent sur la distribution des contenus et par conséquent des revenus. L’arrivée de la blockchain permettrait définitivement de contourner les intermédiaires grâce à ses moyens de paiement et ses contrats décentralisés propres. Les intermédiaires seront remplacés au profit des échanges pair à pair qui entraînent une baisse des coûts des transactions. Un changement qui peut ébranler tout le modèle économique des médias : distribution des revenus, publicité, droit d’auteur…
Simon Le Deaut de la société iKAST.io explique son modèle d’une « distribution augmentée » basé sur la blockchain qui veut « aider les fournisseurs de contenus vidéo à mieux monétiser et tracer leurs droits » et rendre plus visibles leurs contenus. iKAST.io et son économie sont alimentés par un token, le KAST, utilisé pour autoriser les échanges entre toutes les parties prenantes de l’écosystème. C’est aussi un moyen de fidéliser une audience à travers un système de récompense des spectateurs pour leurs activités de visionnage, avec la preuve d’expérience qui valide qu’un contenu a bien été visionné. Toutes les activités de partage et de recommandation des utilisateurs vers leur communauté sont également vérifiées et validées grâce à un historique sécurisé des activités sociales et à des codes traçables. Un système de récompense qui gamifiera la consommation.
Avec la blockchain et les micro-paiements on pourra aussi payer une fraction de cryptomonnaie à chaque fois que l’on regarde un bout de film afin que la rétribution que l’on paie aux artistes corresponde à la seconde près à notre consommation. Un modèle qui nécessite un travail de fond sur la fixation des tarifs, mais qui pourrait à terme détrôner le système d’abonnement. En même temps, ce système permettra aussi de s’affranchir de la publicité en la remplaçant par un micro-paiement. Chaque transaction reste tracée finement, un potentiel de revenus intéressant et une source encore plus intéressante pour comprendre le comportement de l’audience.
Centraliser pour mieux décentraliser
Pour mettre en place un circuit de confiance, il sera toujours nécessaire de vérifier à l’entrée l’identité d’une personne physique ou morale qui participe à la blockchain. Pour cela, on a besoin d’organismes centraux qui permettent de valider des informations renseignées dans la blockchain (Carte d’identité ou empreinte pour les personnes physiques, SIRET ou DUNS pour les sociétés).
La blockchain permet de passer d’une société de l’appropriation à une société de l’usage et de partage. Une conclusion unanime de l’ensemble des intervenants de la table ronde : la blockchain est un outil, qui nécessite dans tous les cas l’intervention humaine. Les nouvelles technologies ont en effet permis aux individus de communiquer et de s’organiser entre eux directement sans passer par un intermédiaire. Aujourd’hui, la blockchain permettrait de résoudre le problème des tiers de confiance pour les échanges d’actifs, des votes ou encore les contrats numériques. Une solution rêvée en pleine crise de confiance envers les institutions.
Où en est-on aujourd’hui ?
Il est encore tôt pour concevoir à quel point les applications de la blockchain vont révolutionner le système des médias. La blockchain peut remplacer des monopoles en supprimant les intermédiaires, une révolution culturelle peu probable dans l’immédiat. Elle reste aussi confrontée à un certain nombre de freins : la vitesse (la blockchain Bitcoin ne valide que sept transactions par seconde contre plus de 20 000 pour le réseau VISA), la sécurité (vérification d’une identité numérique), la régulation (vide juridique), sa consommation énergétique titanesque et enfin le frein culturel : sommes nous vraiment prêts à nous passer d’un tiers de confiance ?
Un moyen pour diffuser davantage cette technologie disruptive serait déjà de la normer. Il existe aujourd’hui de multiples protocoles de blockchain en parallèle, sans cadre juridique clairement défini. Pour accélérer l’adaptation de la blockchain, il est incontournable que les différentes plateformes adoptent des technologies capables de communiquer entre-elles. Une idée défendue par les deux représentants du service public dans la table ronde, mais pas forcément intéressante pour les centaines de start-ups qui construisent leurs singularité (et leur modèle économique) autour de la blockchain.
Il reste encore du chemin avant que la blockchain ne passe du « buzzword » aux applications concrètes dans l’industrie des médias. Un dossier à suivre.
Sauver internet : lors de l’ouverture du Web Summit à Lisbonne, Tim Berners-Lee a présenté son contrat pour “sauver Internet”. Pour rendre le web meilleur, et en démocratiser son accès pour les plus pauvres, Berners-Lee veut faire travailler de concert gouvernements, grands groupes, start-up, et individus. La France a annoncé soutenir cette initiative.
Pour un internet au service des humains et de la Planète où la performance est au service des valeurs. Très heureux d’annoncer ce soir au #WebSummit2018 que la France est le premier pays à signer le pacte #ForTheWeb créé par le fondateur du web @timberners_leepic.twitter.com/xABZa0ARdv
Robot journaliste : l’agence de presse chinoise Xinhua et l’opérateur de recherche Sogu ont présenté une intelligence artificielle capable de présenter le JT comme un humain. L’IA est capable de synthétiser un discours réaliste, mouvements des lèvres et expressions faciales.
Et aussi: Samsung a présenté mercredi son smartphone pliable Infinity Flex Display. L’appareil comprend un écran de couverture faisant office de téléphone et un écran de tablette principal de 7,3 pouces, qui peut être replié pour tenir dans une poche. La sortie est prévue pour l’année prochaine.
Retrouvez la sélection des outils Méta-Media sur jTools
ES avec l’équipe Méta-Media
Les formats traditionnels d’information réinventés sur Twitter, la communauté en plus
Par Laure Delmoly, France Télévisions, MediaLab
Journalistes et producteurs s’inspirent des formats journalistiques traditionnels pour créer de nouveaux formats sur Twitter. L’objectif : sortir l’internaute de la torpeur du snacking pour l’inciter à prendre le temps de s’informer en profondeur. Un usage contre-intuitif de la plateforme qui revalorise l’échange de qualité. Décryptage.
L’Analyse via le #thread
Utilisé en mai 2014 par le cofondateur de Netscape Marc Andreessen, le thread (ancien « tweetstorm ») est un enchainement de tweets successifs qui, pris dans leur ensemble, développent une idée.
L’ingénieur, souhaitant s’affranchir de la limite de caractère imposée par la plateforme, a d’abord utilisé les balises html <THREAD> >/THREAD>. En décembre 2017, le thread est devenu une fonctionnalité officielle de Twitter permettant à chaque utilisateur de publier en une seul fois un fil de tweets.
Identifiable en un instant, le thread suscite la furieuse envie de dérouler pour poursuivre la lecture. Il s’impose vite comme le format idéal pour traiter des sujets qui nécessitent un temps long : l’affirmation d’une pensée politique, l’analyse d’un document vidéo ou le décryptage d’une situation géopolitique. Subtile mélange entre précision et art du storystelling, le thread associe l’urgence et le point de vue. Il séduit d’abord les esprits politiques. Pour la journaliste américaine de Politico Virginia Hefferman, le thread a l’avantage de donner au lecteur la satisfaction d’un long-format de magazine tout en pouvant être lu rapidement.
Les thread ne sont pas seulement factuels. Ils suscitent un débat. L’internaute a l’impression d’avoir eu un nouvel éclairage sur un sujet via un expert ou un provocateur.
L’épique thread d’Eric Garland en décembre 2016 présente la “théorie du jeu”. En 127 tweets, l’analyste politique développe sa théorie en abordant des sujets aussi variés que le KGB, Wikileaks, la guerre en Irak, les Médias conservateurs et les relations de Barack Obama avec la Russie.
Le thread permet également à des insiders d’affirmer un point de vue. C’est le cas de l’agent du FBI Asha Rangappa qui s’inquiète en décembre 2017 du possible départ du procureur général adjoint des Etats-Unis Rod Rosenstein.
Cet enchaînement de tweets offre l’espace nécessaire pour analyser des vidéos virales. Le thread de la BBC sur les exactions de l’armée dans le Nord du Cameroun permet d’authentifier la vidéo virale et de dénoncer la position du gouvernement qui la qualifiait de fakes news, à l’aide de formats aussi variés que pédagogique (infographie, podcast, videos, photos…), faisant de ce fil un reportage à part entière.
THREAD
In July 2018, a horrifying video began to circulate on social media.
2 women & 2 young children are led away by a group of soldiers. They are blindfolded, forced to the ground, and shot 22 times. #BBCAfricaEye investigated this atrocity. This is what we found… pic.twitter.com/oFEYnTLT6z
Si le thread réintroduit le temps long nécessaire à l’analyse, il continue de bénéficier des avantages de la plateforme : la spontanéité. Les internautes réagissent à chaud : ils remercient, partagent et expriment leur point de vue.
Le thread de Jules Grandin, journaliste aux Echos, analysant les problèmes frontaliers entre le Soudan et l’Égypte, obtient ainsi plus de 1000 likes et 700 retweets.
« C’est le grand avantage de construire un fil de tweets : lorsqu’il fonctionne, c’est gratifiant. Ça m’a permis de comprendre que les gens aimaient beaucoup les cartes”.
Le rendez-vous d’information
Créé en mars 2015 par la journaliste française Emmanuelle Leneuf pour remédier à l’infobésité, le flashtweet propose chaque matin dix tweets sur la transformation numérique.
« Je me suis rendu compte qu’il y avait beaucoup d’infos sur Twitter et que si on les détectait rapidement on pouvait avoir un temps d’avance sur les autres médias » affirme la journaliste.
Le format fait penser à une matinale : des informations sélectionnées, hiérarchisées et éditorialisées publiées chaque matin à 7h30.
Le flashtweet est construit comme un vrai journal : les informations “chaudes” sont présentées en ouverture renvoyant les sujets d’analyse à la fin. Organisé autour de rubriques régulières (Tech, Start-up, Réseaux Sociaux, Blockchain, Infographie, Marketing, TransfoNum, Intelligence Artificielle), le flashtweet fournit l’essentiel de l’actualité aux professionnels du digital.
« Je fais en sorte que l’information soit présente dans le tweet lui-même afin que l’internaute n’ait pas à se rendre sur le site source » explique Emmanuelle Leneuf.
Chaque tweet du flash adopte la structure suivante : [émoticone],[rubrique],[source],[flashtweet],[photo] .
Le flashtweet réintroduit une logique de rendez-vous d’information. Le flash est programmé, récurrent mais aussi conversationnel.
« Je veux maintenir un ton de proximité avec mes followers. Ils se connectent, disent bonjour et remercient à la fin. » raconte la journaliste qui utilise des émoticones et LOLCATs pour animer son rendez-vous matinal.
Un pari réussi. Dès le début les internautes se sont mobilisés pour jouer le rôle d’éclaireurs et d’ambassadeurs de ce nouveau format. Chaque flashtweet est retweeté entre 20 et 100 fois. Le succès du format est dû à la qualité de sa communauté qui comprend des chief digital officers, des directeurs d’entreprise, de journalistes et des experts. « Certains professionnels sont plus experts que moi, ils réagissent à chaud et enrichissent l’information en apportant leur propre éclairage ».
Le format répond à une demande d’information spécialisée le matin avant de se rendre au travail. Au fil du temps, la communauté de professionnels du digital s’est consolidée grâce à un flash info conversationnel accordant une grande valeur à l’expertise et la spontanéité.
Depuis, d’autres rendez-vous ont vu le jour sur Twitter, souvent sous forme de curation de contenus à destination d’une communauté précise, comme la #tweetsrevue de Patrice Hillaire, la sélection de Eficiens Tweet’Café ou celle en 3 étoiles deMéta-Média. Enfin, on trouve aussi des rendez-vous autour de hashtags que tout à chacun peut s’approprier, tel que #MardiConseil.
Le direct (vidéo ou audio) interactif
Dernière fonctionnalité proposée par Twitter, le live audio permet depuis septembre 2018 de prendre l’antenne avec un simple smartphone. Un terrain de jeu que journalistes et producteurs se sont empressés de tester.
Pierre Philippe Cormeraie (aka @PPC), « chief digital evangelist » du Groupe BPCE, a crée fin septembre un podcast interactif. Les ingrédients de ce format : un sujet envoyé dans la « conversation room » et un rendez-vous en direct sur Twitter. L’animateur prend l’antenne tous les matins sur la plateforme à 7h35 et 7h58. Plus besoin de hashtag pour commenter l’émission en direct : audio et conversation se rejoignent dans une seule interface.
Le thème est choisi la veille en totale collaboration avec les auditeurs. Les sujets traités, sur un ton proche de la libre-antenne, incluent le darkweb, l’industrie 4.0, les Fakenews, la Foodtech et l’ASMR.
Le podcast interactif permet une réelle interaction entre la « conversation room » et l’animateur. Les auditeurs-internautes font bien plus qu’enrichir le débat. En intervenant massivement en live, ils co-construisent l’émission.
Un format qui plait puisque le podcast de #PPC cumule 20 000 écoutes un mois après son lancement. Il est disponible en réécoute sur Twitter mais également sur iTunes, Google play et Spotify.
Plus facile à produire que le live vidéo, le podcast interactif est idéal pour couvrir des événements, faire des interviews ou même créer un talk-show improvisé avec des spécialistes. Le journaliste Damien Douani profite ainsi du MIPCOM à Cannes pour créer un plateau d’experts sur les série TV en invitant Romain Nigita et Alain Caraset à répondre en live aux questions des internautes.
Analyse, Flash info, live interactif, Twitter se renouvelle via l’inventivité et le savoir-faire de ses utilisateurs. On retrouve ce qui a fait le succès de la plateforme dès 2006 : l’échange. Désormais c’est la qualité de la communauté qui permet d’enrichir le format initial. Un mariage prometteur rendu possible par des moyens de production de plus en plus léger et une plus grande maturité des usages.
Grâce à une collecte de fonds totalisant plus d’un milliard de dollars américains, le producteur américain Jeffrey Katzenberg – célèbre pour son travail sur Shrek et son association avec le réalisateur Steven Spielberg dans la création de Dreamworks – lançait en août dernier un nouveau projet nommé NewTV. Cette plateforme de diffusion en continu proposera des contenus originaux spécialement conçus pour mobiles et tablettes de courte durée (de 10 minutes ou moins) et une variété de genres et de formats, de la sitcom aux séries dramatiques, en passant par la télé-réalité et le documentaire,
Le projet survient dans un contexte médiatique particulièrement incertain et marqué par une fragmentation croissante des sources, des types et des modèles de distribution de contenu linéaire.
Le marché du contenu mobile
Le projet de Whitman et de Katzenberg cherche à saisir l’opportunité massive que représente la distribution de contenus sur mobile. NewTV fait le pari qu’un contenu créé expressément pour des écrans de plus petite taille saura capter et captiver des auditoires de masse plus habilement, plus efficacement et avec une perception de valeur plus importante que des contenus développés pour des écrans fixes de grande taille.
Aujourd’hui, le visionnement sur mobile des contenus mis en ligne par des plateformes comme Hulu, HBO et Netflix représente une proportion de l’ordre de 10%. Pendant ce temps, les plateformes hébergeant des contenus tiers comme YouTube et Facebook, où les contenus créés en vue d’un visionnement mobile sont plus nombreux, accaparent une proportion qui est plutôt de l’ordre de 50-70% selon les derniers chiffres d’Ooyala.
Ce rapport montre également une progression marquée de la durée des contenus visionnés sur mobile. De 2016 à 2017, la proportion des vidéos d’une durée de plus de 5 minutes est passée de 23 à 48%, tandis que 30% des vidéos visionnées durent plus de 20 minutes.
Évolution des usages, accroissement de la taille moyenne des écrans mobiles (les ventes de « phablets » dépassant les ventes de téléphones intelligents de plus petite taille dès 2019 selon IDC), mais aussi et surtout, nette amélioration des réseaux cellulaires et des forfaits de données sont autant de facteurs explicatifs de cette nouvelle donne. C’est donc dire qu’il existe aujourd’hui un créneau en forte croissance de contenus mobiles de moyenne durée et que NewTV compte parmi les premiers acteurs strictement dédiés à celui-ci.
Par-delà sa distribution, l’offre de contenu imaginée par Katzenberg et Whitman se démarque également par la qualité du contenu produit, qui bénéficiera de budgets pouvant atteindre 100-125 000$ la minute. À titre comparatif, plusieurs sources, dont leNew York Times, évaluent que la production de contenu mobile professionnel coûte entre 5 000 $ et 10 000$ la minute.
Chaque épisode (d’une durée de dix minutes) pourrait donc coûter plus d’un million de dollars américains, ce qui représente un coût comparable — voire supérieur — à ce qu’il en coûte pour produire une heure de fiction au Québec. Il s’agit d’un investissement du même ordre de grandeur qu’un Game of Thrones (entre 6 M$ et 15 M$ par épisode de 50-80 minutes), mais destiné à être livré sur un écran de 3 à 5 pouces.
Une stratégie d’autodisruption
L’annonce du 7 août est également étonnante d’un point de vue strictement financier. Un milliard de dollars, pour faire quoi au juste? Comme le rappelle leNew York Times, la première ronde de financement sur Facebook a permis de lever 1 M$. Uber, 1,25 M$. Et Netflix, 2,2 M$. Ces premières rondes, de 500 à 1 000 fois inférieures, intervenaient pour soutenir des initiatives existantes et des plateformes fonctionnelles.
L’accumulation d’un milliard de dollars pour une idée, sans plateforme, dont les univers narratifs restent entièrement à imaginer, est donc un fait d’armes plutôt exceptionnel. Il faut toutefois préciser que, à la différence des entreprises susmentionnées, NewTV sera détentrice de la propriété intellectuelle. La plateforme est accessoire à la distribution de contenu et ne peut donc pas être comparée à des entreprises principalement technologiques (l’évolution de Netflix, de distributeur à producteur, est ultérieure à ses premières collectes de fonds).
Il est également étonnant de constater que, au bal des investisseurs, de nombreux grands joueurs du domaine des médias sont présents, incluant Disney, 21st Century Fox, NBC Universal, Sony Pictures, Viacom, AT&T WarnerMedia, Lionsgate, MGM, ITV et Entertainment One. Cet engagement des majeurs américains laisse entrevoir une certaine appréhension du potentiel disruptif du mobile sur les modèles d’affaires et les contenus traditionnels produits par ces grands joueurs.
Cette stratégie d’autodisruption n’est pas sans rappeler le «dilemme de l’innovateur» de Clayton Christensen et témoigne d’une certaine anticipation dans les rangs des majeurs. Prisonniers de structures de coûts et d’infrastructures lourdes, ceux-ci sont mal équipés pour composer avec cette évolution.
Il s’agit en quelque sorte d’une tentative de diversification prospective. Si l’initiative de Katzenberg et de Whitman fonctionne, ces derniers seront avantageusement positionnés pour en tirer parti. Il ne serait d’ailleurs pas surprenant que plusieurs de ces investisseurs aient, à terme, anticipé l’intégration des activités de NewTV dans leur portefeuille d’activités médiatiques.
Le contenu cloisonné
Les mobispectateurs ont certainement de quoi se réjouir de l’arrivée de NewTV. L’apparition d’un pure player dans ce marché va créer un appel d’air où de nombreux autres risquent de s’engouffrer, notamment sur la portion à plus forte valeur ajoutée. (Il n’y a pas pénurie de contenus amateurs pour mobile aujourd’hui, bien au contraire.)
Cela soulève toutefois la question de la monétisation de cette nouvelle offre. La quasi-totalité des acteurs numériques (Netflix, HBO Go, Hulu, etc.) a présentement recours à un modèle reposant entièrement sur l’abonnement. L’annonce de Katzenberg et de Whitman laisse plutôt anticiper un modèle mixte, combinant publicité et formule par abonnement, ce qui n’est pas sans rappeler la récente stratégie de YouTube de lancer son service YouTube Red, renommé YouTube Premium en juin dernier.
Par contre, force est d’admettre que celui-ci ajoute (encore) un nouveau canal de distribution payant à la panoplie de canaux existants, contribuant du coup à la balkanisation croissante des contenus numériques. Alors que les consommateurs se révèlent de plus en plus agnostiques à la plateforme (et plutôt fidèles aux univers de marque) et hostiles à l’égard de l’interruption publicitaire, l’émergence d’un nouvel acteur fait miroiter un « panier minimum » relativement coûteux pour les utilisateurs.
De nombreux consommateurs devront dès lors accepter de payer 15$ par mois à Netflix, HBO, Showcase et TOU.TV pour son service Extra, 80$ par année à Amazon pour Prime, puis 12$ à YouTube et NewTV, et ce, pour n’avoir accès au bout du compte qu’à une quantité limitée de contenus Web. À la lumière de la fin de la neutralité du Web décrétée aux États-Unis en 2017 et des innombrables limites imposées à la diffusion internationale résultant des régimes juridiques archaïques, l’avenir du contenu ne semble pas avoir été pensé pour favoriser le mobispectateur et la découvrabilité spontanée.
NewTV envisagerait-elle d’agir en agrégateur de contenu ? Il est peu probable que ses concurrents lui facilitent la tâche. Comme l’a démontré la saga Netflix c. Disney, l’inverse est plutôt probable, avec comme conséquence la démultiplication de plateformes fermées sur elles-mêmes comme nouvelle norme.
À ce sujet, il sera intéressant d’observer la réaction des GAFA suite à cette annonce, puisqu’aucun n’a encore contribué au financement initial de NewTV. À l’assaut des géants, Katzenberg aura intérêt à se rappeler que le poids d’un milliard de dollars est tout relatif: les réserves en liquidités d’Apple se chiffrent aujourd’hui à plus de 250 milliards de dollars américains et Alphabet (la société mère de Google) dégage – chaque semaine – près d’un milliard de dollars en profits.
Selon Katzenberg, NewTV sera pleinement opérationnelle «vers la fin 2019». L’horizon de 18 mois est ambitieux, puisque le succès d’une telle plateforme risque de reposer très rapidement sur l’élan que créeront spontanément des communautés de fans des miniséries proposées. Il faudra sortir beaucoup de contenus variés rapidement. Entre-temps, Disney finalisera également le lancement de sa propre plateforme numérique qui est censée rivaliser celle de Netflix.
Ces investissements majeurs misent sur le pari que les mobispectateurs seront prêts à ouvrir leur portefeuille pour accéder à toutes ces plateformes ou à subir la publicité. C’est un pari risqué.
Crédit photo de Une : Bruce Mars via Pexels
Liens vagabonds : la « taxe GAFA » préoccupe la tech et divise l’Europe
Ce mercredi soir, ce sont les jeunes journalistes de @RTsinfo TV qui prennent le contrôle du #19h30RTS ! Qu’ont-ils voulu y faire passer ? Comment considèrent-ils leur métier ? Réponse dans ce nouvel épisode d’ #InfoVersopic.twitter.com/ewoQe2tk0B
Retrouvez la sélection des outils Méta-Media sur jTools
ES avec l’équipe Méta-Media
Médias en Seine, 1 festival, 3 lieux : programme des conférences et expositions à France Télévisions
Médias en Seine est le premier festival des médias de demain. Cet événement organisé par franceinfo et Les Echos se déploie le 22 novembre des deux côtés de la Seine : aux Echos, à la Maison de la Radio et au siège de France Télévisions.
Toutes les rédactions seront mobilisées pour animer une diversité de séquences sur plusieurs scènes : ateliers, expériences, keynotes, panels, masterclass… Les portes seront ouvertes aussi bien aux professionnels du secteur qu’au grand public.
La programmation aux Echos et à Radio France sur le site Médias en Seine.
PROGRAMME DES CONFÉRENCES A FRANCE TELEVISIONS
France Télévisions organise un après-midi de conférences sur les médias de demain. Comment les médias internationaux s’organisent pour répondre aux nombreux défis de la mutation du secteur ?
Delphine Ernotte, Présidente de France Télévisions
13h30 – 13h45. Keynote « Post News » (en anglais)
Et si, finalement, le public s’intéressait de moins en moins à l’info ? Quels impacts pour la démocratie ?
Hossein Derakhshan, chercheur au Harvard Shorenstein et au MIT Media Lab
13h45 – 14h35. Crise de confiance, les défis à 5 ans des médias d’information (en anglais)
Entre la défiance croissante envers les institutions et l’influence des infox, qui contribue à alimenter la confusion, la crédibilité des médias d’informations est mise à rude épreuve. Quelles pistes pour retrouver la confiance de nos publics ?
Allan Bo Poulsen, Journaliste à la DR (TV publique danoise) et membre de l’Institut du Journalisme Constructif
Joël Marchetti, Rédacteur en chef adjoint, Radio Télévision Suisse
Christophe Deloire, Journaliste, Secrétaire General de Reporters Sans Frontières
July Jolie, Directrice du Centre de Formation des Journalistes et Directrice générale de l’Ecole W
Guillaume Klossa, conseiller spécial du vice-président de la Commission européenne en charge du numérique
Modération : Eric Scherer, Directeur de l’Innovation et de la Prospective à France TV
14h35-14h50. Keynote « Live Magazine, l’actualité racontée sur scène par des journalistes »
Raconter des histoires en proximité avec son public, c’est le travail quotidien des journalistes. Mais quoi de mieux qu’une scène de théâtre pour resserrer encore les liens et donner un coup de frais à la narration ?
Florence Martin-Kessler, co-fondatrice et rédactrice en chef de Live Magazine
14h50 – 15h35. À quoi ressemblera l’investigation dans 5 ans ?
Le journalisme d’investigation est un marqueur crucial des rédactions et de leur indépendance. Comment l’investigation doit-elle évoluer à l’heure du numérique ?
Elise Lucet, Journaliste et rédactrice en chef de Cash Investigation et d’Envoyé Spécial
Jacques Monin, Directeur de l’investigation à Radio France
Edwy Plenel, Président et cofondateur de Mediapart
Pierre Romera, Chef de la technologie de l’International Consortium of Investigative Journalists
Tristan Waleckx, Journaliste à la rédaction des magazines de France 2
Hacker d’investigation
Modération : Hervé Brusini, Journaliste, Responsable de l’Innovation à la direction de l’Information à France Télévisions
15h50 – 16h35. À quoi sert un Média Lab ? (en anglais)
Mutations des usages, évolution rapide des technologies… Il n’est pas toujours simple de suivre le mouvement ! D’où l’idée, depuis quelques années, de créer des Média Labs pour répondre à la nécessité d’innover plus rapidement. Comment fonctionnent-ils ? Quelles sont les bonnes pratiques et les défis ? Retours d’expérience.
Mathilde Hégron, Chargée de communication chez Ouest Média Lab
Nicolas Henchoz, Directeur du EPFL+ECAL Lab à l’Ecole Polytechnique de Lausanne
Raphaël Poughon, Lab Manager du Groupe Centre France
Björn Staschen, Fondateur et responsable du «NextNewsLab» de la radio allemande NDR à Hambourg
Modération : Andrea Wagemans, chercheuse à l’Université de Groningue (Pays-Bas)
16h40 -17h25. Séries TV, la contre-attaque européenne ?
Netflix, Amazon Prime, bientôt Disney Play, mais aussi YouTube Premium, Facebook Watch… Ces géants ont conquis le marché mondial de la vidéo, de la création originale à la distribution. Est-il encore possible d’organiser la contre-attaque européenne ?
Laurence Herzsberg, Directrice du festival Séries Mania
Caroline Benjo, Cogérante et productrice de Haut et Court
Frank Spotnitz, Chief Executive Officer de Big Light Productions
Takis Candilis, Directeur général délégué à l’antenne et aux programmes de France Télévisions
Modération : Marina Alcaraz, Journaliste aux Echos
17h30 – 18h00. Intelligence artificielle et neuro-sciences : opportunité ou menace pour le secteur de l’audiovisuel ?
De l’analyse de scripts à la production automatique de trailers en passant par les algorithmes de recommandation, comment l’intelligence artificielle et les neuro-sciences impactent le secteur de l’audiovisuel ?
Patrick Danckwardt, CCO, Vionlabs
Marc Herpoux, Scriptwriter
Emmanuel Kuster, Project Manager, The Fiction Lab
Caroline Wanne, Worldwide Entertainment Research Manager, Vault Analytics
Modération : Barbara Chazelle, responsable d’éditions Méta-Media, France Télévisions
18h-18h15. Keynote Dans l’espace avec Thomas Pesquet
Une expérience inédite de sortie immersive en VR dans l’espace avec le spationaute français. Les producteurs nous racontent.
Pierre-Emmanuel Le Goff, Scénariste, réalisateur, et producteur
Pour le programme des conférences à Radio France et aux Echos, c’est ici !
PROGRAMME DES EXPOSITIONS ET DEMOS A FRANCE TELEVISIONS
Médias en Seine à France TV, c’est l’innovation au service des médias de demain.
De la VR à la 8K, en passant par l’IA et la 5G, les nouvelles technologies sont au service de la narration. En immersion complète dans le Journal de 20 Heures avec Anne-Sophie Lapix ou dans l’espace avec Thomas Pesquet, en train de regarder la télé dans une voiture autonome ou entouré des Géants disparus dans un jeu en 360°, France tv pense les médias de demain à travers les yeux de l’utilisateur pour réinventer l’info, la fiction et les magazines avec plus de transparence, plus d’émotion et plus d’engagement.
Parcours découverte à travers les médias de demain et les nouvelles façons de raconter l’information et le monde.
Dans la peau de Thomas Pesquet
Prêts pour le décollage ? Prenez place dans la fusée Soyouz pour vivre l’aventure spatiale de Thomas Pesquet comme si vous y étiez. Immergés dans la réalité virtuelle, vous pouvez suivre le décollage, vous déplacer en apesanteur dans l’ISS et effectuer une sortie extravéhiculaire pour admirer la terre depuis les étoiles. Harnachés et équipés d’un casque audio-vidéo, vous vous installez sur un siège qui reproduit à l’identique les mouvements, chocs et vibrations vécus par l’astronaute au moyen de la technologie du design du mouvement.Dispositif siège VR complété par 4 casques Oculus Go.
Un projet France Télévisions Nouvelles Ecritures / Innovation et La Vingt-Cinquième Heure.
Le JT de 20 Heures de France 2 à la place d’Anne-Sophie Lapix
La pression monte et vous vivez les deux dernières minutes avant le journal de 20 Heures : les tests plateaux, le réalisateur qui vous parle, la rédactrice en chef qui vous informe des changements de dernière minute, cela fourmille de partout et vous, vous devez vous concentrer car vous allez être sous les feux des projecteurs dans 5,4,3,2… Vous êtes au coeur d’une expérience immersive totale, avec une qualité d’image bien supérieure à ce que l’on connaît aujourd’hui, pour pouvoir plonger dans un véritable environnement envoûtant de précision.
Dispositf casque VR avec le décor du 20 Heures.
Un projet France Télévisions Innovation & Développement + MediaLab avec Orange Labs.
La ville connectée grâce à la 5G
Sur un plateau TV, France tv vous présente la vie connectée de demain : regardez France Info dans votre voiture connectée, participez à une vraie course automobile grâce aux données retransmises en 5G sur votre console de jeu, invitez les visages de France tv sur le canapé de votre salon avec Hololens, pilotez votre guide des programmes par la voix pour suivre votre émission préférée sur le téléviseur 8K, après avoir commandé une pizza sur le frigo connecté – ou comment, demain, France tv sera accessible partout et à tout moment.
Dispositif iOT avec la Direction de l’Innovation et différents partenaires.
L’Info au bout du doigt
Touchez l’info du doigt sur le Hub de Franceinfo. Devenez vous-même présentateur de l’actualité pour comprendre comment l’écran tactile s’est imposé comme un outil éditorial central, devenu une signature visuelle de la chaîne TV France Info.
À découvrir : l’appli mobile VR sur la campagne présidentielle, un serious Game mobile avec une incarnation des candidats, Power BI et la Data Visualisation de masse en temps réel, la prolongation d’un reportage d’Envoyé spécial en AR, la Vidéo volumétrique 4D pour le défilé du 14 juillet façon Matrix en direct et de nouvelles perspectives grâce à la vidéo 360°.
France tv & les start-ups
France Télévisions a construit une relation privilégiée avec les start-ups en jouant un rôle d’accélérateur et de client auprès de celles-ci, et non d’incubateur ou de financeur.
Newsbrige, la première start-up incubée à France tv, présente sa solution d’analyse et d’indexation automatique des images et du son basée sur les services cognitifs. ToonYou vous permet d’être le héros de votre dessin animé grâce à son outil de personnalisation des séries d’animation en ligne. Qwant, un moteur de recherche qui respecte votre vie privée. VionLabs, de la recommandation basée sur les émotions boostée à l’IA.
En immersion dans l’histoire
Plongez dans l’histoire de la terre grâce à la réalité virtuelle. Géants disparus VR, une expérience immersive en réalité virtuelle, propose un voyage dans le passé sur plus de 60 millions d’années à la rencontre des animaux géants qui ont peuplé notre terre après l’extinction des dinosaures. Parmi eux, le serpent titanoboa, le baluchithère ou rhinocéros géant, le requin mégalodon et le mégathère ou paresseux géant sont modélisés en 3D dans un décor réel en 360°. Grâce à un système de capteurs, vous devenez vous-même acteur de la Préhistoire.
Dans l’histoire plus récente, expérimentez la reconstitution en son et images du discours de Clemenceau devant la Chambre des députés, le 8 mars 1918.
The Enemyvous transporte au coeur de face-à-face entre combattants provenant de trois zones de conflit : chez les Maras du Salvador, en République Démocratique du Congo, et en Israël et Palestine. Leurs témoignages et confessions sur leur vie, leurs expériences et leurs perspectives sur la guerre vous permettront de mieux comprendre leurs motivations… et leur humanité.
Découvrez aussiPhalaina, la première bande défilée, un roman graphique numérique et interactif conçu pour les écrans tactiles et les esprits curieux !
Confortablement installés sur votre canapé, découvrez ensuite Les Contes d’Hoffmann, Les Championnats d’Europe d’Athlétisme à Berlin et le Concours de l’Eurovision comme si vous y étiez, entourés du son binaural.
Et enfin, visitez le plateau TV France Info pour regarder derrière les coulisses de la fabrication d’une chaîne d’information en continu !
INFORMATIONS PRATIQUES
S’inscrire aux conférences à France Télévisions
L’inscription aux conférences est obligatoire, sous réserve des places disponibles.
7, esplanade Henri-de-France / 75015 Paris Métro : Balard (ligne 8), Tramway : Pont-du-Garigliano (ligne 3a) et RER C
5,5 millions de Français s’intéressent au e-sport. Et pas que les plus jeunes !
Par Mickaël Mavoungou-Nombo, France Télévisions, Media Lab
La France compte de plus en plus passionnés d’e-sport. Et comme pour tous les sports, il y a eux qui regardent et ceux qui jouent. Selon le Baromètre 2018 deFrance E-sports et Médiamétrie*, 12% des Français (soit 5 500 000 d’internautes) auraient déjà regardé de l’e-sport sur Internet, à la télévision ou lors d’un événement. Quant aux joueurs, ils étaient plus de 2 millions en juillet 2018, pratiquant en loisirs ou en tant qu’amateur dans des compétitions avec des enjeux parfois financier. 4 pratiquants d’e-sport sur 10 jouent des parties classées et près d’un quart des pratiquants se sont déjà inscrits et ont participé à une compétition officielle d’e-sport.
Attention aux clichés, l’e-sport est loin de n’intéresser que des ados. Les 35-49 ans sont la tranche d’âge la plus consommatrice et la part des CSP + représente 30% des téléspectateurs.
Le profil des consommateurs et pratiquants d’e-sport
Si le e-sport est encore très masculin, les femmes sont de plus en plus présentes dans la consommation et la pratique en France : 40 % des e-sportifs de loisirs sont des femmes et 28 % des consommateurs sont des consommatrices.
L’autre fait marquant de cette étude concerne les tranches d’âge. Les 35-49 ans représentent la majorité des consommateurs d’e-sport (34 %) et des e-sportifs amateurs (35 %). Les 25-34 ans constituent tout de même la majorité des e-sportifs de loisirs (37%).
L’e-sport regardé sur internet mais aussi à la télévision
L’e-sport est plus largement visionné sur Internet. 47 % des e-sportifs amateurs regardent de l’e-sport au moins une fois par mois sur internet. La télévision apparaît en deuxième position avec 25% des consommateurs qui y regardent de l’e-sport au moins une fois par mois.
Le temps passé à regarder de l’e-sport est de moins d’une heure par semaine pour 41% des consommateurs. Chez les pratiquants, ce chiffre peut monter jusqu’à plus de 5h par semaine pour 18 % des e-sportifs amateurs.
Le visionnage d’une compétition d’e-sport directement sur place lors d’un événement est plus ponctuel. Cette pratique concerne 62 % chez les consommateurs de e-sport sur les 12 derniers mois. Ils sont 74 % e-sportifs amateurs et 57 % chez les e-sportifs de loisirs.
La majorité des consommateurs et des pratiquants d’e-sport regardent de l’e-sport en solitaire. Les femmes sont en revanche plus nombreuses à consommer de l’e-sport accompagnées, à 61%.
Jeux populaires et motivation
Dans le top 3 des compétitions les plus suivies par les amateurs, on retrouve les arènes de bataille, suivies par près de 2 amateurs sur 3, comme par exemple League of Legends.
Esportifs amateurs qui ont suivi au moins une compétition d’esport au cours des 12 derniers mois.
Pour les pratiquants, le podium est un peu différent. Les jeux de sport sont les plus populaires, puis les jeux de tir, et les jeux en arènes de combat. On trouve FIFA18 en tête des jeux les plus joués, suivit de League of Legends puis Call of Duty.
Pratiquants d’esport : Ensemble des esportifs de loisirs et amateurs.
La grande majorité des passionnés de l’e-sport jouent pour le plaisir, pour s’amuser. 80 % des e-sportifs de loisirs jouent pour se divertir, tout comme 82 % des femmes pratiquantes de l’e-sport. Seuls 33 % des e-sportifs amateurs et 25 % des pratiquants hommes jouent pour développer des compétences, apprendre et gagner en expertise.
* Panel de 4090 internautes de plus de 15 ans. L’échantillon est donc encore trop faible pour affiner certaines catégories. A suivre !
Face à la précarité, de plus en plus de journalistes ont aussi des activités dans la communication
Par Caroline Alonso-Alvarez et Corentin Murat, étudiants de l’université de Lorraine à Metz. Billet invité originellement publié sur Obsweb.
Plus de la moitié des journalistes interrogés auraient des activités extérieures au journalisme, le plus souvent tournées vers l’édition ou la communication. C’est ce que révèle les entretiens et analyses (lire ici et là) de Cégolène Frisque, maître de conférences en sociologie à l’Université de Nantes et chercheuse au laboratoire Arènes. Face à un secteur des médias instable, de plus en plus de journalistes évoluent vers des profils hybrides dans l’espoir de trouver un certain équilibre économique.
Communication et journalisme, éternels frères ennemis
«La distinction entre communication et journalisme me semble être un garde-fou important. Et l’emprise croissante de la communication est aujourd’hui un vrai problème.»
C’est le constat que dresse Cégolène Frisque, auquel les professionnels présents ont largement été confrontés. Fred Marvaux et Daniel Andreyev abordent leur travail de la même manière selon qu’il concerne la presse ou la communication et cherchent à appliquer en permanence une certaine déontologie journalistique. Fred Marvaux ajoute : «Que je bosse pour un média ou une institution, mes méthodes de travail ne changent pas. Je sais seulement que mes photos ne seront pas utilisées de la même manière.»
Olivier Villepreux quant à lui, met un point d’honneur à distinguer journalisme et communication : «Pour moi, le journalisme induit une liberté totale ce qui est vraiment l’inverse de la communication. Dans ses publications, le journaliste doit être au centre et ne pas se laisser dominer par son sujet.»
La plupart des intervenants s’accordent à dire qu’ils se sont souvent tournés vers la communication par nécessité économique. Écrire dans des revues professionnelles a notamment permis à Olivier Villepreux de subvenir à ses besoins au quotidien. Les revenus générés par les activités de communication sont, en effet bien souvent supérieurs à ceux du journalisme. Une différence non négligeable qui séduit de nombreux professionnels.
Cégolène Frisque : « on se rend compte qu’à long terme, les travaux de communication sont bien mieux payés que les travaux journalistiques. » #obswebpic.twitter.com/vaVvqHddlt
Le cumul des statuts pour faire face aux contraintes économiques
La multiplication des statuts et des activités des journalistes aujourd’hui en France est la conséquence directe d’une réalité économique compliquée. Daniel Andreyev parle de son expérience personnelle pour illustrer ce phénomène : «En vingt ans de journalisme, j’ai vu beaucoup de maisons de presse disparaître. J’ai l’impression qu’il faut tuer quelqu’un maintenant pour avoir un CDI à Paris !»
Cela amène de plus en plus de journalistes à diversifier leurs activités. Olivier Villepreux, qui a commencé à La Dépêche du Midi, a ensuite été en poste à L’Équipepuis àLibération, qu’il a quitté lors d’un changement d’actionnaire. Désormais indépendant, il réalise des documentaires, écrit des livres, dirige la revue musicaleDelta Tet a confondé la maison d’éditionAnamosa. «Mes revenus en provenance de la presse sont ridicules. Aujourd’hui, j’écris très rarement pour des médias »,confie-t-il.
L’expérience d’Olivier Villepreux met en lumière les recherches de Cégolène Frisque. En effet, elle explique qu’au départ les journalistes se tournent vers diverses autres activités pour toucher un complément de revenus. Mais un déséquilibre se crée sur le long terme en raison de la précarité économique qui découle du journalisme aujourd’hui face à d’autres domaines professionnels. Les cas les plus extrêmes amenant même les journalistes à basculer dans une totale reconversion.
Olivier Villepreux voit son expérience professionnelle déterminer « une espèce de statut hybride très difficile à gérer ». Une des difficultés rencontrées concerne les démarches administratives. Les intervenants de la table ronde s’accordent à dire qu’il est très délicat de faire comprendre à une banque ou à Pôle Emploi la diversité de provenance et l’irrégularité de leurs revenus. Un certain type de rémunération qui parfois n’est pas simplifié par les employeurs. Entre droits d’auteur, micro-entreprenariat, factures ou encore piges en salaire — ce qui devrait être le seul mode de paiement des journalistes —, les entreprises de presse n’adoptent pas toutes la même stratégie.
Daniel Andreyev n’hésite pas à critiquer certains médias qu’il accuse de tirer parti de cette situation. Pour lui, il ne faut pas transiger avec le salariat, cause pour laquelle tous les journalistes devraient se battre.« Il y a toute une génération de jeunes qui galère, j’ai des amis, des connaissances, qui sont dans ces situations délicates et qui du coup abandonnent.» Une nouvelle génération qui doit, en plus du reste, assimiler un nouveau mode de fonctionnement des médias suite à l’émergence d’internet.
« Clash des générations » : le web fait toujours débat
La précarité du statut des journalistes n’est pas nouvelle. Nombreux sont ceux qui ont dû faire face à cette réalité au sein même des médias traditionnels. Néanmoins, l’émergence des médias en ligne et du secteur du web plus globalement, ont largement participé au bouleversement des statuts et des pratiques professionnelles. Oliver Villepreux et Fred Marvaux ont été témoins de la transformation des rédactions, mais aussi des pratiques engendrées par l’arrivée du numérique. Comme beaucoup de leurs confrères, ils pointent les impacts négatifs que ces changements ont pu avoir sur leur environnement professionnel.
Olivier Villepreux, journaliste pendant plus de douze ans àLibération, a assisté à la transition numérique au sein du célèbre quotidien. Il raconte, un brin nostalgique : «Participer à la création d’un journal, c’est particulier. C’est tout un processus, une adrénaline à cause des heures de bouclage. C’est se retrouver à minuit avec deux collègues lorsqu’une info tombe et qu’on doit boucler le journal à une heure. Alors qu’aujourd’hui, on ne fabrique plus un journal, on alimente un flux. De fait, ce n’est pas le même travail.» Il souligne qu’à Libération, un grand nombre de jeunes journalistes ont été embauchés, mais que ceux-ci ne produisent pas la même qualité de contenus que les anciennes générations : «Ils débarquent, ils savent tout faire, mais moins bien !» Et d’ajouter que derrière leurs travaux, «la mécanique intellectuelle n’est pas la même.»
Le photojournaliste Fred Marvaux semble partager le même avis. Selon lui, aucun doute, le numérique a « tué la photo. » En effet, les rédactions comprenant un ou plusieurs photojournaliste(s) se font de plus en plus rares. La photographie a perdu de sa valeur et est davantage envisagée comme une des compétences nécessaires au journaliste et non plus comme un métier en soi.
« Internet, c’est génial ! »
Si Olivier Villepreux et Fred Marvaux dépeignent une image du web peu reluisante, semblant décréditer les travaux qui peuvent y être produits, de nombreux participants au sein du public sont en désaccord. Parmi eux, Jean-Marie Charon, sociologue des médias et ingénieur d’études au CNRS, a pris la parole pour défendre une réalité du web qu’il connaît bien, puisqu’il s’agit de l’un de ses terrains d’étude privilégiés. «Je suis désolé mais je suis un peu saisi par ce que j’entends. Ce que vous dites sur le rôle du web et son évolution dans la presse régionale, ça me parait assez faux. Le web aujourd’hui, ce n’est plus seulement le desk de flux ! Ça, c’était il y a dix ans, quand on a commencé les Entretiens du webjournalisme ici, à Metz.» Il ajoute que le web ne peut être réduit à une forme de sous-journalisme sans intérêt. Selon le sociologue, sur le web, on trouve tout aussi bien de l’enquête, que du reportage et des formats originaux.
Le journaliste Daniel Andreyev, qui est, précisons-le, également le plus jeune des intervenants de cette table ronde, s’oppose aussi à ce discours quelque peu pessimiste. «Internet, c’est génial ! J’adore l’immédiateté permise par ce média et les possibilités de réseautage entre professionnels.» Il reconnaît qu’au début, nombreux sont les jeunes aspirants journalistes qui se sont retrouvés à «bâtonner de la dépêche AFP »et ont ainsi été cantonnés à des tâches peu valorisantes. On a donc assisté d’après lui, à un «clash des générations» au travers duquel les jeunes subissent une grande pression. Mais il soutient qu’il y a un basculement positif de ce côté là. « Heureusement, cela commence à s’estomper, car les vieux qui ne voulaient pas s’y mettre [au web] dégagent enfin! »
« Le web me donne aussi aujourd’hui la possibilité de faire payer les gens pour mon contenu », ajoute-t-il. Daniel Andreyev, écrit et produit des podcasts à l’aide d’un financement participatif en ligne. Une formule d’abonnement est ainsi proposée aux internautes sur la base d’un prix libre. Il insiste : « Sur le web et les formats numériques, il y a une nouvelle vague qui se met aussi en place en ce moment, qu’on peut résumer sous le slogan “Pay is the new cool”. C’est une manière presque engagée de suivre la presse, car les journaux ferment et le public est donc de plus en plus prêt à payer pour accéder à un contenu de qualité, même en ligne. »
À travers cette nouvelle floraison de médias sur le web, Cégolène Frisque concède qu’«il y a eu le pire comme le meilleur.» Évidemment, elle cite en exemple le site internet Médiapart qui illustre bien le fabuleux potentiel d’internet pour les médias d’information. Toutefois, bien d’autres ont contribué au brouillage entre la communication et le journalisme. Mais la chercheuse nuance : «Cela existait déjà en presse traditionnelle, comme le magazineEllequi choisit certains articles en fonction de la pub disposée sur la page d’à côté.»
A very big part of the Anger we see today in our society is caused by the purposely false and inaccurate reporting of the Mainstream Media that I refer to as Fake News. It has gotten so bad and hateful that it is beyond description. Mainstream Media must clean up its act, FAST!
Cinq questions à Clemens Prerovsky, CDO de l’APA-medialab, sur les projets en cours, les leçons apprises et les bonnes pratiques.
L’APA-MediaLab est le lab de l’Austria Presse Agentur, l’agence de presse autrichienne. Lancé en janvier 2017, il a pour but d’améliorer la mise sur le marché des produits de l’agence et de dépasser les silos existants dans l’entreprise en matière d’innovation. Entre temps, le directeur du lab est parti créer une entreprise avec son frère, et Clemens Prerovsky a pris le relais.
1Sur quoi travaillez-vous en ce moment ?
Nous avons beaucoup de choses sur le feu et nous travaillons en ce moment sur un projet très ludique. Quand nous participons à des événements, on nous demande souvent des démonstrations. Nous nous sommes donc mis à travailler sur une application qui utilise la reconnaissance faciale et interprète les émotions en utilisant un logiciel en open source. L’application génère ensuite automatiquement un message que vous pouvez publier sur les réseaux sociaux. En d’autres mots, elle vous permet d’écrire un post avec votre visage.
Mais ce n’est pas uniquement le côté ludique du produit qui nous intéresse, il y aussi de vrais objectifs derrière. L’application intègre des technologies que nous pourrions exploiter dans le futur, comme la reconnaissance des émotions, la détection des visages, la génération automatique de texte et l’intelligence artificielle. C’est vers cela que nous nous dirigeons.
En mai, nous avons lancé notre premier projet d’apprentissage automatique : il classe les contenus d’info pour permettre aux clients de gérer quels sont les articles qui leur sont envoyés chaque jours. Pour l’instant, on a encore quelqu’un qui lit 300 articles chaque matin pour faire une sélection – l’idée est d’automatiser cette tâche à terme. Je suis convaincu que l’on peut y arriver. En tant qu’agence de presse, nous avons des années et des années de données que nous pouvons utiliser pour former un réseau de neurones à cette fin.
2Qu’est-ce qui a changé depuis la création du lab en janvier 2017 ?
Quelque chose va probablement changer très bientôt : la façon dont nous établissons la feuille de route pour le lab. Jusqu’à présent, tout le monde peut prendre rendez-vous avec nous et nous nous efforçons de traiter équitablement toutes les idées émanant des différentes branches de l’entreprise, en collectant les demandes pour établir une feuille de route. C’est un processus assez compliqué et les propositions sont trop souvent axées sur le court terme.
J’aimerais que cela change radicalement, et que ce soit le lab qui fournisse les sujets de la feuille de route. Nous avons aussi une activité de recherche et de veille sur les tendances et, pour le moment, ce volet est quelque peu absent de notre feuille de route – exception faite de l’IA. Je voudrais donc que l’on se tourne davantage vers l’avenir, que l’on décide où l’entreprise veut être dans quelques années et que l’on travaille ensuite ensemble dans ce sens.
3Quelle est la leçon principale que vous avez tirée de cette expérience ?
Une des grandes leçons que nous avons apprises, c’est que la participation à un Design Sprint pendant une semaine est perçue comme un véritable engagement. Cela se comprend, parce que vous abandonnez totalement vos missions habituelles pendant une semaine. Mais personne ne semble se rendre compte qu’il aurait autrement fallu six mois pour développer le même projet.
L’autre chose, c’est que les Design Sprint organisés par Google impliquent des tests le vendredi, ce qui est compliqué en Autriche. Ici, les gens essaient généralement de tout faire le vendredi matin pour pouvoir partir tôt. Ce qui signifie moins de disponibilité pour faire des tests avec nous.
C’est pourquoi nous avons modifié le sprint. Nous l’avons allongé pour que les développeurs puissent continuer à coder le vendredi et que nous fassions les tests utilisateur la semaine suivante. Cela fonctionne très bien et permet aux développeurs d’avoir plus de temps pour faire leur travail.
Nous avons également essayé un sprint très court une fois, qui n’a duré que deux jours et demi. Le propriétaire était très heureux du résultat, mais pas moi : je trouvais les idées tropsimilaires, comme alignées les unes sur les autres, parce que nous n’avions pas effectué la phase de contribution créative au début. Cela ne suffisait pas. D’ailleurs, on a terminé avec sept croquis qui représentaient plus ou moins le même produit.
4Quel a été votre « meilleur échec » ?
Il y a quelques mois, nous avons fait un sprint sur les supports vocaux pour trouver de nouvelles façons d’utiliser la voix dans les médias. Pour l’instant, la seule chose que vous puissiez vraiment faire est de demander les infos à Alexa. Vous recevez une mise à jour qu’elle lit, et c’est la même chose matin et soir. Nous avons donc voulu trouver de nouvelles idées d’usages de la voix pour les médias.
Tout allait très bien et on avait fait coïncider le lancement du sprint avec l’arrivée de Google Home en Allemagne, pour être équipés et préparés. Mais nous nous sommes vite aperçus que même si Google Home fonctionne en allemand, il n’a pas d’API allemande : on ne pouvait donc rien faire avec, personne ne pouvait développer une application en allemand. C’était un échec.
Nous avons décidé d’utiliser Alexa comme alternative, mais ses capacités de reconnaissance vocale sont encore assez médiocres. Cela ne nous a pas découragés pour autant : nous avons fini par utiliser les capacités de reconnaissance vocale de son système. Elles ne sont pas aussi performantes, mais au moins elles étaient disponibles, et ce gratuitement.
Et nous avons pris beaucoup de plaisir, même si Alexa n’arrêtait pas d’échouer ! La méthode du sprint a ceci de positif qu’elle vous permet de vous adapter à la situation, même quand rien ne fonctionne. Plutôt que de rester bloqués sur le Google Home, nous sommes parvenus à contourner le problème pour mener à bien le sprint.
5Quel conseil donneriez-vous à quelqu’un qui cherche à démarrer un lab d’innovation dans les médias ?
Tenez-vous en à la méthode et suivez les règles, au moins au début. Tout peut s’effondrer assez rapidement, mais je vois souvent des gens qui commencent à changer de méthode avant même d’avoir essayé de la suivre correctement, au moins une fois, pour voir comment cela fonctionne.
Ce fut l’une des premières choses que j’ai voulu essayer quand je suis arrivé à la tête de l’APA-medialab : suivre les règles.Même si nous avons joué avec les durées des projets, je n’aime pas trop changer de méthode. Les méthodes agiles sont si concentrées que supprimer une tâche revient à éluder toute une partie du processus. C’est comme conduire une voiture à trois roues.
Ce que vous pouvez faire, c’est prendre des parties de la méthode pour les utiliser dans différents contextes. Chaque pièce est là pour résoudre un problème spécifique, au sein d’une étape spécifique d’idéation. Donc bien sûr, vous pouvez les réutiliser dans d’autres situations.