Comment les médias se font manipuler par le « source hacking »

Les diffuseurs de fake news utilisent souvent des techniques spécifiques pour masquer la source des informations fausses qu’ils distribuent. Les chercheurs Joan Donovan et Brian Friedberg de la Harvard Kennedy School qualifient cette stratégie de «piratage de la source». Dans leur étude Source Hacking: Media Manipulation in Practice,  ils distinguent 4 techniques principales de « piratage de la source » : la diffusion de slogans viraux (« viral sloganeering »), la fuite de faux (« leak forgery »), le collage de preuves (« evidence collage ») et la préemption de mots clés (« keyword squatting »).

Le « piratage de la source » est un ensemble de techniques pour cacher les sources des informations manipulées afin de faciliter leur diffusion dans les médias grand public. Créateurs habiles de contenu aux formats numériques persuasifs et opportuns, les manipulateurs de l’information s’appuient sur des mèmes, articles et vidéos qu’ils diffusent ensuite d’abord dans des communications privées ou sur des forums. En associant techniques de marketing et de propagande politique, le matériel manipulé est facilement distribué auprès du plus grand nombre. Les manipulateurs portent une attention particulière à la fois à la « qualité » du message et aux méta-données qui y sont associées.

1Le « Viral Sloganeering »

Dans cette technique, les messages politiques clivants sont formatés pour une diffusion efficace sur les réseaux sociaux. Soit les manipulateurs sélectionnent des slogans viraux qui cooptent une discussion déjà en cours, soit ils lancent un sujet entièrement nouveau qui remplit un vide dans les requêtes de recherche avec des mots clés proches de messages politiques. Les slogans viraux sont propagés au moyen de mèmes, hashtags et vidéos. Ils peuvent rapidement se diffuser sur des forums publics. Si les diffuseurs à la source de la fausse information sont capables de créer une prise assez forte sur les réseaux sociaux, les médias de masse peuvent détecter l’information et l’amplifier. Donovan et Friedberg évoquent l’exemple du slogan « Jobs not Mobs » qui, grâce à Twitter, Facebook et Reddit, a fait son chemin d’un utilisateur anonyme sur un réseau social jusqu’à à la bouche du président. Il incombe aux journalistes et aux plateformes de comprendre comment ces slogans viraux attirent l’attention et de déterminer si la diffusion de ce type de contenu est organique ou opérationnelle.

2La « Leak forgery »

La fabrication de fausses « fuites » est un processus de falsification de documents qui sont ensuite mis en diffusion par les manipulateurs sous forme de fuites apparentes provenant de leurs adversaires politiques. Edward Snowden, Chelsea Manning et WikiLeaks ont préparé le terrain pour les fuites qui sont désormais acceptées comme une forme légitime de protestation dans l’intérêt public. Mais comme les fuites proviennent souvent de sources anonymes avec de grandes quantités de documents, elles sont maintenant un terrain fertile pour la diffusion de pièces manipulées ou de contenu falsifié. Les deux chercheurs citent le cas du « Water’s Leak », dans lequel le candidat républicain Omar Navarro avait utilisé Twitter pour diffuser une « fausse fuite » concernant des activités de son opposante politique Maxine Waters. Les fuites falsifiées sont bien sûr le plus efficace au début de leur circulation, avant que les documents ne puissent être soumis à un contrôle d’authenticité.

 

3Le « collage de preuves »

Ces « Evidence collages » sont des fichiers image contenant une série de des screenshots et de texte qui ont pour objectif de fournir la preuve d’un événement particulier. En copiant le mode de présentation graphique existant et en compilant des informations vérifiées et non vérifiées dans une seule image partageable, les théoriciens du complot peuvent décider des sources à mettre en évidence. Les campagnes de manipulation utilisent les techniques de mise en évidence en combinant différentes sources de données de médias et d’autres sites pour créer de nouveaux visuels, alimentés même de captures de YouTube et Periscope, pour ensuite être diffusés sur des sites comme 4chan ou Reddit. Un exemple de « collage de preuves » est le « Pizzagate », la théorie conspirationniste prétendant qu’il existe un réseau de pédophilie autour de John Podesta, l’ancien directeur de campagne d’Hillary Clinton. Les collages de preuves sont une tactique récurrente utilisée par les manipulateurs lors d’événements importants (élections) et à l’appui de campagnes de harcèlement ou théories de complot.

 

4Le « keyword squatting »

La « préemption de mots clés » est une technique de création de comptes ou de contenu associé à des termes spécifiques avec l’objectif de capturer et contrôler le futur trafic depuis les moteurs de recherche sur ces termes. Cette technique de «squatting» tire son nom de «domain squatting», où les individus enregistrent des domaines Web, dans l’espoir d’en profiter plus tard. A l’origine une technique de marketing, sur des breaking news, les manipulateurs de l’info peuvent détourner l’attention vers des sites et comptes diffusant des commentaires et des contenus biaisés ou faux pour influer sur le poids de la discussion. Un exemple évoqué dans l’étude sont des faux comptes « Antifa » créés en 2017 par lesquels ont ensuite été diffusées des fake news, et dont un a même été couvert par le New York Times.  Le squattage de mots clés est efficace car il repose sur la technique basique de recherche sur Internet. Ces campagnes particulières sont difficiles à détecter depuis l’extérieur. Facebook possède bien plus de méta-données pour agir et a commencé à détecter des « comportements non authentiques coordonnés ».

Souvent utilisées de façon combinée, ces quatre techniques compliquent la vérification de l’information. Mais sans l’élément le plus important, elles seraient beaucoup moins efficaces : «ladhésion du public, des influenceurs et des journalistes », et donc leur amplification par ces mêmes canaux de diffusion.

Photo de couverture : Markus Spiske sur Unsplash

 

 

Liens vagabonds : la guerre du streaming est bien déclarée en France

À retenir cette semaine : 

Sur fond de guerre entre Free et Altice, et après l’annonce de Salto la semaine dernière, les colosses internationaux du streaming préparent leur arrivée sur le marché de la vidéo à la demande en France. Disney+ devrait débarquer en printemps prochain et visera directement, contrairement à Netflix (qui s’adresse plutôt à la cible des jeunes adultes) le public des grandes chaînes de télévision TF1, M6 et France Télévisions. 

Free contre Altice – En ce moment, Free bloque BFM TV pour éviter une sanction financière, révélation de la guerre financière féroce que se livrent depuis des mois en coulisses les groupes Free et Altice, maison mère de SFR. C’est BFM TV qui paye les pots cassés avec une baisse d’audience de 15%. Orange menace également de couper l’accès à la chaîne dirigée par Marc-Olivier Fogiel. 

Altice, pendant ce temps, signe avec Amazon Prime pour diffuser ses vidéos en France, et Canal+ devrait, de son côté, distribuer Netflix

Disney+Quand les contenus parlent d’eux-mêmes. Disney a ouvert des précommandes pour son service de streaming qu’il lancera en novembre aux États-Unis avec une offre promotionnelle à 3,92 dollars par mois pendant trois ans qui a provoqué une ruée et fait tomber le site. Les trois quart des Américains sont déjà abonnés à la SVoD

Privacy –  Facebook savait depuis septembre 2015 que Cambridge Analytica récoltait des données personnelles de manière illégale sur sa plateforme. Après le scandale Messenger, on apprend que les sous-traitants dApple auraient écouté 1 000 enregistrements Siri par jour.

Et aussi cette semaine :

Au G7, la France fait signer une charte sur la modération des contenus en ligne avec 4 grands principes : la liberté d’expression, la protection des victimes, le retrait immédiat des contenus terroristes et la lutte contre les contenus haineux. La France annonce aussi un « bon compromis » en vue d’une solution internationale autour d’une taxe GAFA.

En rachetant les parts de Prisa et de l’héritier de Pierre Bergé, le tandem Daniel Kretinsky-Matthieu Pigasse est assuré de frôler les 60% du capital de la holding du Monde en mars 2021.

Le fonds US KKR détient plus de 42% de l’allemand Axel Springer.

3 CHIFFRES

4,5 M d’assistants vocaux Baidu vendus, le Chinois devient numéro 2 du marché mondial et passe devant Google

100 millions – c’est le nombre d’abonnés du YouTubeur PewDiePie, qui devient le premier individu à avoir atteint ce chiffre

2h23 par jourc’est le temps que passent en moyenne les utilisateurs sur les réseaux sociaux dans le monde 

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE 
Infographie: Combien y a-t-il de sites Internet ? | Statista

Vous trouverez plus d’infographies sur Statista

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ES avec l’équipe Méta-Media

Telegram pourrait lancer sa cryptomonnaie en octobre

Par Barbara Chazelle, France Télévisions, MediaLab et Prospective

On a beaucoup parlé de Facebook Libra cet été mais on avait un peu oublié que l’application de messagerie cryptée Telegram avait aussi un projet dans ses cartons… Ce qui relance les discussions autour de la régulation des cryptomonnaies.

Gram : une deadline au 31 octobre 2019

L’application de messagerie Telegram, réseau social dominant en Russie, pourrait lancer sa propre cryptomonnaie, dénommée Gram, fin octobre, selon The New York Times.

La compagnie travaille sur le sujet depuis 2017. Deux levées de fond avaient permis de réunir 1,7 milliard de dollars. Restée très discrète depuis, les choses devraient s’accélérer, car contractuellement, Telegram est tenu de lancer ses Gram avant le 31 octobre 2019.

Si la deadline n’était pas respectée, Telegram devrait rendre aux investisseurs leur 1,7 milliard.

Les régulateurs sur le qui-vive

Depuis l’annonce de Facebook de lancer sa propre cryptomonnaie, le Libra, la plateforme est dans le collimateur des régulateurs.

Aux États-Unis, le Trésor américain s’est inquiété de la manière dont la cryptomonnaie pourrait être utilisée pour le financement du terrorisme et le blanchiment d’argent et la Federal Reserve a mis en place un groupe de travail chargé de suivre le projet en coordination avec d’autres banques centrales à travers le monde.

Lors de l’audition par le Sénat américain d’un responsable de Libra, Sherrod Brown, membre de la commission sénatoriale des banques, a déclaré :

« Facebook a démontré scandale après scandale qu’il ne méritait pas notre confiance. Nous serions fous de leur donner une chance de les laisser toucher les comptes bancaires des gens. »

En Europe, le projet Libra fait l’objet d’une enquête anti-trust.

Au G7, les ministres des Finances et gouverneurs de banque centrale se sont mis d’accord pour « agir rapidement » contre des risques « systémiques ».

La particularité du Gram

L’idée de Telegram est de permettre de transférer de l’argent dans le monde et de mettre à disposition de ses 200 à 300 millions utilisateurs des porte-monnaie électroniques.

Comme le Bitcoin, le Gram devrait reposé sur une structure décentralisée et ne serait donc pas contrôlé par Telegram. Son cours ne serait pas adossé à une autre monnaie et suivrait donc la loi (et les spéculations) du marché.

Un rapport de l’agence financière russe Aton paru en mai dévoilait de nombreuses informations sur la blockchain TON sur laquelle Telegram va s’appuyer mais aussi sur l’offre de GRAM, qui serait au lancement d’environ 5 milliards de tokens. Si les prévisions concernant le taux d’inflation à 2%, sont justes, l’offre totale de GRAM devrait atteindre les 10 milliards dans 35 ans

Une version d’essai des GRAM et de sa blockchain TON est attendue dans deux semaines. Il est fort à parier que Telegram, qui était restée sous le radar jusqu’à présent, doive alors affronter les régulateurs à son tour.

Pendant ce temps, en Chine….

La Chine s’apprête à lancer sa cryptomonnaie souveraine le 11 novembre prochain à l’occasion du Single Day (le Black Friday local), et deviendrait le premier pays à se doter d’une monnaie virtuelle officielle.

Forbes a révélé le 27 août que le lancement sera appuyé par sept institutions : l’Agricultural Bank of China, la Bank of China, Union Pay (son réseau de carte bancaire), l’Industrial and Commercial Bank of China, la China Construction Bank, et les deux géants du numérique Alibaba et Tencent.

Si l’on en croit les 80 brevets déposés – la Chine travaille sur ce projet depuis 2014.

 

 

 

Tendances médias : 10 choses à retenir de l’été

Par Barbara Chazelle, France Télévisions, Media Lab et Prospective

L’été touche à sa fin et l’on espère que vous avez bien déconnecté ! Nous avons veillé et gardé un œil pour vous sur les médias et nouvelles plateformes tout au long de l’été pour une rentrée en douceur. 

1La frontière entre télévision linéaire et à la carte s’estompe 

En France, l’écoute de la télévision (direct et le rattrapage via le téléviseur) a baissé de 9 minutes au premier semestre en France, selon Publicis Media.

Selon le dernier rapport de FreeWheel sur le marché vidéo du quatrième trimestre 2018, la ligne de démarcation entre télévision linéaire et télévision numérique est en train de disparaître. En Europe, les éditeurs continuent de monétiser lourdement les directs, avec un nombre de visionnages de publicités en direct qui a plus que doublé par rapport à l’année précédente, le sport représentant plus de la moitié (55%) du nombre total de visionnages de pub en direct. A noter que le visionnage de publicité sur TV connectée pèse pour 40% désormais.

Mais c’est sur le terrain de la SVOD que la bataille s’annonce la plus féroce. Netflix a perdu des abonnés au 2e trimestre. Une première depuis 2011 ! Alors qu’un tiers des abonnés Netflix se disent prêts à changer de plateforme SVoD, Disney a confirmé le lancement en novembre prochain de Disney + , son service de streaming à 6,99 dollars par mois ainsi qu’un abonnement groupé aux trois services du groupe, Disney +, ESPN + et Hulu pour 12,99 dollars par mois, AppleTV+ serait lancé en novembre autour de 10 euros par mois, Salto début 2020…

A surveiller donc, les nouvelles stratégies de bouquets destinée à appâter le public, qui, au final, va une fois de plus devoir payer pour des contenus qu’il ne regarde pas. Le nouveau monde de la TV ressemble de plus en plus à l’ancien pour cela.

De leur côté, les géants de la tech, riches à milliards, produisent de plus en plus : Apple va dépenser 6 milliards pour lancer AppleTv+ , le budget de Disney est de 23,8 milliards ou 16,4 milliards si l’on exclut la part consacrée au sport et celui de Netflix va atteindre les 15 milliards cette année pour produire films et séries originales à travers le monde. Snapchat souhaite lever 1 milliard de dollars cette année pour acheter d’autres compagnies, produire plus de contenus et investir dans de nouvelles fonctionnalités en réalité augmentée. Quant à YouTube Originals, les séries passent gratuites le 24 septembre.

2Contenus : documentaires, interactivité, ASMR et cleanfluenceurs en vogue

Montée en puissance des documentaires haut de gamme sur les plateformes. Dans une interview pour The Guardian, Nick Fraser, ancien journaliste de la BBC et producteur de documentaires, affirme qu’un « très bon documentaire est plus puissant que la plupart des écrits. » A l’heure où les gens ne lisent plus les journaux, beaucoup découvrent des sujets importants à travers ces œuvres. 

« American Factory », la première œuvre produite par la société de production de Michelle et Barack Obama et distribuée sur Netflix et dans certains cinémas depuis le 21 août, pourrait bien être le carton de 2019. A ne pas rater non plus, « The Great Hack » sur Netflix, le documentaire qui revient sur le scandale de Cambridge Analytica.

Depuis L’épopée du Chat Potté en 2017, Netflix semble satisfait de ses premières expérimentations de fictions interactives et a annoncé produire de nouveaux épisodes interactifs pour 3 séries jeunesse (Carmen Sandiego, Boss Baby et Last Kids on Earth)

Autre tendance qui s’affirme : l’ASMR (de l’anglais Autonomous Sensory Meridian Response). Cela fait des mois que YouTube et Instagram sont envahis de ces vidéos de bruits en tout genre sensées procurer un sentiment de bien être, de sérénité à ceux qui écoutent : slimejeux de rôle, triggers, et plus récemment le ASMR Eating, par des humains ou des animaux... Cette activité peut rapporter gros et les marques s’y sont mises. Après KFC, Dove, IKEA, et Toyota, Apple s’est lancé cet été !

Quoi que l’on pense du format, il met en lumière un besoin de calme, d’intimité, de confiance et prouve la puissance de l’audio et le goût du grand public pour le son binaural.

A surveiller, la montée en puissance des « cleanfluenceurs », des spécialistes du ménage et du rangement, qui fascinent de plus en plus sur les réseaux sociaux et aussi les stars d’Instagram en quête de revenus complémentaires qui s’exposent plus ou moins nus sur OnlyFans contre un abonnement entre 5 et 25 dollars.

3L’accélération de la crise du journalisme 

Aux Etats-Unis, on ne compte plus le nombre de journaux en difficulté. Cet été, Gannett et GateHouse, les plus grands éditeurs du pays en termes de diffusion, ont enregistré de lourdes pertes de revenus et ont annoncé leur intention de fusionner. Le Los Angeles Times estime le nombre de ses abonnés numériques insuffisants pour couvrir les frais éditoriaux. La fusion entre CBS et Viacom, qui pourrait avoir de graves conséquences pour les entreprises de médias, inquiète.

Pour les bonnes nouvelles, il faut regarder du côté de The Guardian et The New York Times qui ont tous deux annoncé une croissance de leurs revenus numériques. Les paywalls dynamiques semblent aussi donner de bons résultats. 

En France, malgré une hausse des abonnements numériques, peu de médias français sont épargnés par les réductions massives d’effectifs et l’effondrement des ventes en kiosque.

Les milliardaires se disputent la presse régionale : le rachat de Nice Matin par Xavier Niel, a divisé les salariés du groupe en juillet. Les milliardaires Matthieu Pigasse et Daniel Kretinsky sont en passe d’être quasiment majoritaires du groupe Le Monde en rachetant les parts du groupe espagnol Prisa, autre propriétaire du groupe.

Adopté en mars dernier au Parlement Européen, la France est devenu cet été le premier pays à transposer le droit voisin pour les éditeurs et agences de presse. Les plateformes numériques sont censées les rémunérer pour l’utilisation de leurs contenus. L’Assemblée a également adopté la réforme de la distribution de la presse qui a pour but de la moderniser.

4Désinformation et haine en ligne sans relâche

C’est malheureusement un tendance lourde en 2019 et l’été n’aura pas connu de relâcheAlors que les sites qui colportent de fausses informations génèrent des millions de dollars en publicité, selon un rapport du Global Disinformation Index, il est de plus en plus difficile de lutter contre la désinformation en ligne. Et avec la personnalisation de plus en plus fine des contenus sponsorisés poussés par les algorithmes des grandes plateformes, il sera de plus en plus difficile pour les médias et/ou les tiers de confiance de jouer leur rôle de contre-pouvoirs.

A voir si le recrutement de journalistes par Facebook pour son futur onglet news et la possibilité sur Instagram de dénoncer la désinformation aura un quelconque effet.

En France, la loi Avia, « visant à lutter contre les contenus haineux sur Internet » qui renforce les obligations des grandes plateformes, a été adoptée en juillet, non sans quelques inquiétudes.  

Les plateformes commencent à prendre des mesures restrictives: Twitter a annoncé que les tweets injurieux des personnalités publiques seront cachés. Mais pas supprimés ! Facebook lui emboîte le pas en proposant de nouveaux outils pour rendre la modération du contenu moins toxique. La plateforme va même plus loin puisque Facebook a accepté de communiquer à la justice française les adresses IP des auteurs de propos haineux.

Après la tuerie d’El Paso, le forum de discussions géré par ses utilisateurs 8chan, a fermé. La plateforme était devenue le lieu de rencontre privilégié de personnes racistes et extrémistes. Ces six derniers mois, trois auteurs de fusillades aux Etats-Unis avaient aussi publié leur « manifeste » de revendication sur 8chan. Mais la nature a horreur du vide et c’est sur Endchan, un forum concurrent, que l’auteur présumé de la fusillade d’Oslo a annoncé son attaque quelques jours plus tard.

Cette affaire relance les réflexions sur la surveillance du web et de la libre expression en ligne. En fermant des sites bien identifiés, on prend le risque d’en voir d’autres se créer et proliférer dans des recoins encore plus sombres d’Internet.

5La saga Facebook continue

Facebook est soumis à une surveillance accrue des autorités de réglementation américaines, qui s’intéressent notamment à l’achat par la firme de Mark Zuckerberg de près de 90 sociétés au cours des 15 dernières années. Dans le cadre de ces enquêtes, Instagram et WhatsApp devront changer de nom pour afficher leur appartenance à Facebook.

Côté contenu, Facebook teste laccès par abonnement à des contenus vidéo et offre des millions de dollars aux médias qui voudront céder une licence de leurs contenus à destination d’un nouvel onglet « news » pour lequel, donc nous l’avons signifié plus haut, la plateforme va recruter des journalistes

Après avoir écopé d’une amende de 5 milliards de dollars par la FTC aux Etats-Unis pour violation de données, Facebook a lancé le 20 août « Off-facebook activity » qui permettrait de mieux contrôler les informations partagées par les applications et sites web avec la plateforme. Une approche jugée insuffisante et maladroite par certains. 

Le scandale de l’été : Facebook va devoir s’expliquer sur l’écoute de conversations Messenger retranscrites par des tiers.

En France, la plateforme de Mark Zuckerberg est en forte perte de vitesse chez les 12 à 17 ans, avec une baisse de 9,3% cette année.

6Live Streaming : la compétition ne fait que commencer

Microsoft compte bien se faire une place sur le marché du streaming. Cet été, le célèbre streamer Ninja a annoncé quitter Twitch suite à un partenariat exclusif avec Mixer, la plateforme de Microsoft. Il aurait empoché 50 millions de dollars pour ce deal. Quelques jours plus tard, il pesait déjà un million d’abonnés payants sur Mixer.

Mi-août, la star de Fortnite s’est adressé à son public depuis sa nouvelle chaîne pour exposer sa stratégie future pour Mixer et les besoins de la plateforme de streaming pour réussir. Un bon coup de pub pour la plateforme qui était jusque-là plutôt confidentielle. A l’inverse, bad buzz pour Twitch qui a détourné l’ancienne chaîne de Ninja en y diffusant des vidéos porno.

7Cryptomonnaie : à suivre de près

Fin juin, Facebook a annoncé le lancement de sa monnaie virtuelle Libra pour 2020, qui a suscité de nombreux commentaires et inquiétudes : problèmes (majeurs) de confidentialité, mais aussi risques aux souverainetés de certains Etats. Les ministres des Finances du G7 ont émis leurs réserves sur le projet, le Sénat américain a fixé une date d’audience à Mark Zuckerberg et l’Union européenne va lancer une enquête antitrust sur Libra.

Pendant ce temps-là, la Chine s’apprête à lancer sa cryptomonnaie souveraine.

8GAFA : taxation et enquête antitrust

Après l’échec d’un projet européen, le Parlement français a adopté une taxe sur les géants du numérique en juillet fixée à  3% de leur chiffre d’affaires s’ils réalisent au moins 750 millions d’euros de chiffre d’affaires dans le monde dont 25 millions dans notre pays.

Les ministres des Finances du G7 se sont accordés sur le principe dans la foulée mais on s’attend un bras de fer entre la France et les Etats-Unis qui juge la taxe discriminatoire lors du G7 ce week-end à Biarritz.

Le mouvement de défiance envers les GAFA se poursuit. Washington a lancé un enquête antitrust contre les GAFA en juillet et a été rejoint cette semaine par une vingtaine d’Etats américains. Le patron de la FTC n’est quant à lui pas opposé à un démantèlement des géants du numérique.

9Un œil sur la Chine

En Chine, l’Etat utilise YouTube et Twitter pour sa propagande. Les manifestants à Hong-Kong contournent la censure en utilisant PokemonGo et Tinder pour communiquer.

TikTok devient incontournable auprès de la génération Z. Au Vidcon, les TikTokers ont carrément volé la vedette aux YouTubers. La force de la plateforme : sa capacité à générer des revenus ! TikTok a par ailleurs racheté Jukedeck, une startup créant de la musique générative grâce à l’IA.

Enfin, Tencent prend des parts dans Vivendi. Tencent possède déjà 10% de Spotify, ce qui amène le Chinois à une participation équivalente dans le plus gros service de streaming et la plus grande marque de musique de l’Ouest. 

10Réseaux sociaux : les nouvelles fonctionnalités à tester

Bonus : FaceApp, l’app de l’été

Disponible depuis 2017, l’application développée en Russie qui permet de modifier une photo à l’aide de filtre, le plus souvent pour rajeunir ou vieillir la personne photographiée, a connu un regain de popularité en début d’été.

Mais les conditions générales d’utilisation de FaceApp qui précisent que « vous accordez à FaceApp une licence perpétuelle, irrévocable, non exclusive, libre de droits, mondiale (…) pour utiliser, reproduire, modifier, adapter, publier, traduire, créer des travaux dérivés, distribuer, exploiter publiquement et afficher » les photos et informations comme les noms ou pseudos, ont ravivé les débats sur l’utilisation de données personnelles.

Edinburgh TV Festival 2019 : pour survivre, la télé doit cesser d’être polie

Par Kati Bremme, Direction de l’innovation et de la Prospective 

“Same procedure as every year” : 2.000 professionnels de la télévision de 25 pays — dont la majeure partie du Royaume Uni — se sont rassemblés cette semaine sous la météo imprévisible de la capitale de l’Ecosse, cette fois-ci en pleine tempête du Brexit, pour trouver le remède à la disparition de leur industrie, qui vaut tout de même encore 500 milliards de dollars. Entre auto-célébration, BBC-bashing et « jeunisme » affirmé, la question qui préoccupe tout le monde : avec la démultiplication des plateformes de diffusion, comment obtenir les scénarios garants d’un succès qui légitimera notamment la survie de l’audiovisuel public ?

Une piste évoquée par Dorothy Byrne,  directrice de l’information de Channel 4 : “cesser d’être poli”. 

La concurrence des diffuseurs Outre-Manche est particulièrement rude : Netflix s’endette à hauteur de milliards pour décrocher les droits de diffusion les plus intéressants et continue à enrichir son catalogue britannique de 700 émissions dans les Shepperton Studios, Amazon Studios est en train de constituer une équipe au UK pour produire des émissions phare qui recyclent les stars de la BBC, YouTube Originals se lance dans la science grand public avec ses stars et veut devenir “la plus grande bibliothèque du monde”, le budget des programmes de Sky vient d’être doublé par le nouveau propriétaire Comcast, et Boris Johnson préfère s’auto-produire en Facebook Live plutôt que de passer dans le JT de Channel 4. 

Chacun, sur ce champ de bataille, met en avant sa particularité “so british” en prétendant être le complémentaire de l’autre. Beaucoup de complémentarité pour peu de temps de cerveau disponible. Et encore moins avec la BritBox, la plateforme SVOD de la BBC (10% de participation) et d’ITV (90%), qui est annoncée pour la fin d’année au UK, et qui veut atteindre une audience de 2M en 2 ans (contre 11,5 M pour Netflix aujourd’hui). Avec un léger flou autour de la façon dont les 2 médias vont gérer les droits de diffusion, au moment où la BBC vient d’obtenir une extension du streaming à 1 an pour son iPlayer.

Une question qui préoccupe aussi les producteurs, pour lesquels Sara Geater, chair du PACT, constate que “les négociations ne se passent pas très bien”. Fiction, Information, Divertissement, tout devient alors question de choix de la bonne plateforme de diffusion, et la solution par défaut n’est plus forcément la BBC. 

L’information juste ou juste du divertissement ? 

Ce n’est d’ailleurs pas la BBC qui accueille Carole Cadwalladr, la journaliste d’investigation à la source de la révélation du scandale de Cambridge Analytica, mais Richard Gizbert d’Al Jazeera. Et ce n’est pas non plus à l’antenne de la BBC que le scandale de Facebook a été exposé, mais dans un TED Talk. 

Pendant que Nigel Farrage devient une sorte de “co-animateur” de l’antenne nationale, avec plus de 30 apparitions, Carole Cadwalladr résume son temps d’antenne à la BBC à 2 minutes sur ces 3 dernières années, et compte plus d’apparitions en Allemagne, Suède, sur CNN et sur Netflix, dans “The Great Hack”, que dans son pays natal. “Les plateformes qui étaient au départ créées pour nous connecter, deviennent des outils de guerre”, selon elle, visiblement pas un message compatible avec l’antenne d’un média de service public, “enfermée dans sa bulle médiatique libérale”. 

It’s all about money”, d’où il vient et où il va. Bien sûr, pour les journalistes, reste l’éternel problème des sources (et ressources). Un mois seulement après les révélations sur Cambridge Analytica, la BBC tourne un documentaire (très poli) au coeur de la firme de Mark Zuckerberg, peu compatible avec les révélations de Carole Cadwalladr. La journaliste freelance, qui soutient que “ce manque de prise de risque face aux financeurs devient un enjeu de sécurité nationale” vient de lancer une campagne GoFundMe. Selon elle, “la course à l’audience est l’antithèse de la mission de service public”. “Retenir ce torrent de mensonges” est une mission qui, visiblement, l’épuise. 

Carole Cadwalladr, qui a relevé le scandal Cambridge Analytica

Des choix courageux, c’est aussi ce que revendique Dorothy Byrne, la directrice de l’information de Channel 4, dans la fameuse conférence annuelle « MacTaggart Lecture » d’Edimbourg (la 6ème femme sur 44!) pour la survie de la télé. Selon elle, le journalisme est devenu “trop divertissant”. Dans cette crise, “la compétition entre les médias d’information est devenue obsolète”. 

Une chance pour la télé, la confiance des Britanniques dans la télé est toujours très forte : 72% croient que les informations à la télé sont exactes. “Truth – Trust – Transparency”, voilà comment elle veut reconquérir les audiences. 

La télé n’est pas morte, mais…  

2019 a été une année extraordinaire pour la TV britannique  avec des succès de Leaving Neverland (vendu dans 194 pays) à Killing Eve, en passant par Bodyguard et A very English Scandal. Après un détour par Netflix, Sir David Attenborough revient même sur la BBC avec un documentaire sur le changement climatique. La télé est toujours le plus grand investisseur dans le contenu, on observe une augmentation massive du visionnage de vidéo avec 5 heures de contenus vidéo regardés chaque jour. La télévision linéaire compte encore pour 69% de tous les visionnages au UK, 3 heures et 12 minutes

Mais la mesure d’audience du lendemain ne veut plus rien dire (NDLR : on se tue à vous le dire depuis des années !). Comme l’observe la directrice de BBC One, Charlotte Moore, la BBC voit augmenter de plus en plus les audiences de l’iPlayer face à la télé linéaire, et le pourcentage des programmes regardés plusieurs jours après la première diffusion ne cesse d’augmenter. Par exemple le film “Mrs Wilson” est passé de 4,6 M à 9 M d’audience après la mesure 4 écrans sur 28 jours. La série Killing Eve a une audience consolidée de 96 M vues sur le BBC iPlayer. 

En réaction à ce constat, la BBC vient d’obtenir les droits de replay sur 1 an pour pour son iPlayer, ainsi que la remise à disposition de saisons passées pour valoriser les archives. Pour Charlotte Moore, cette solution semble inévitable pour attirer les audiences jeunes sur le player. Elle annonce en même temps augmenter le budget de la chaîne numérique BBC3. Mais on est loin de concurrencer Netflix en adaptant juste les modes de diffusion au player américain sur les contenus forts. Droits de diffusion étendus, possibilité de binge watching ne cachent pas les moyens relativement faibles, comme l’évoque Cassian Harrison de BBC4, qui défend son budget de £40m, considérablement plus bas que les players mondiaux. 

La télévision linéaire souffre de la fragmentation des usages et du vieillissement de son public, un point souligné même par la star américaine (d’origine britannique) Hugh Laurie, qui constate que le storytelling télé présuppose un “consensus de quelque sorte.” “Si on commence à sentir une audience fracturée, et penser complètement différemment sur la même information” (il prend l’exemple du buzz sur la robe bleue/blanche), “cela rend très difficile la narration”. 

Chaque représentant de la BBC qui intervient dans les tables rondes souligne l’importance du iPlayer. Mais les chiffres présentés dans le “State de la TV Nation” par Oliver&Ohlbaum montrent toujours la suprématie des acteurs internationaux face aux players des broadcasters, qui ont pris beaucoup de retard pour s’adapter aux nouveaux usages de leur audience : 

Et la bataille continue, les GAFAs contituent à disrupter le marché et toute la chaîne de valeur des médias : 

Cliquez pour consulter l’étude complète 

Pendant que les chaînes se font la bataille pour le meilleur contenu, Netflix peut offrir une présence simultanée sur 150 marchés dans le monde, contrecarrant complètement le process traditionnel de sortie d’un programme (d’abord dans un pays, ensuite vendu dans d’autres). 13,3 M des menages UK payent pour un service de streaming.  

Jeff Wachtel de NBCUniversal’s remarque : “Tout le monde est en difficulté et en même temps, il n’y a jamais eu plus d’opportunités. C’est à la fois la meilleure et la pire des époques”. 

 

… elle doit se rappeler son rôle de service public 

Oliver&Ohlbaum voit trois solutions pour la télé : 1. Se serrer les coudes (à l’instar de Disney-Fox, CBS-Viacom, BritBox), 2. Surfer la vague (ESG, Sony, Endeavour), ou 3. S’associer (Comcast-NBCU-Sky…).  

Dorothy Byrne rappelle la nécessité de la télé de se “réinventer”, afin de mieux refléter le changement sismique de la société britannique. Dans son discours, elle décrit la télé comme le “bastion” de la démocratie, avec cependant des chaînes incapables de répondre au besoin des audiences jeunes et engagés politiquement. Après 15 minutes de revanche envers la gent masculine, elle rend finalement honneur à une génération désormais en cours de disparition : elle n’a pas que abusé de son pouvoir, mais a encore osé dire et produire, ce qui ne semble plus être le cas aujourd’hui. Jerry Springer avance dans son Alternative MacTaggart, que « 90% des informations diffusées sont inutiles« . 

Dorothy Byrne, Directrice de l’Info à Channel 4, cliquez pour voir toute la vidéo 

Même si en cela, la télé n’est pas aidée par les politiques au UK, qui refusent, depuis Theresa May, de plus en plus à s’exprimer à l’antenne des chaînes publiques ou privées, à la mode Trump qui diabolise les “médias de masse”, un terme devenu péjoratif désormais. Boris Johnson (déclaré 1er Ministre “Social Media” par Downing Street) préfère les monologues en Facebook Live, et Jeremy Corbyn ne permet qu’une question à laquelle il ne répond pas. “Quoi qu’il se passe, nous avons besoin de grandes idées, mais je ne vois pas de grandes idées à la télé aujourd’hui”, conclut Dorothy Byrne.

Il faut construire sur les bases de la grande confiance que le public a encore en la télévision, contrairement à ce que pourraient faire croire les politiques. Rétablir la primauté de la vérité, détecter les mensonges, est pour elle, un des rôles principaux de la télé. Dans un commentaire le lendemain face à Kay Burley de Sky News, elle poursuit son idée : “Je pense que nous devons réfléchir, en tant que journaliste, en particulier de TV et de radio, à ce que nous devons faire, quand des politiques mentent. Parce que nous sommes britanniques, nous restons polis, et utilisons des mots comme “étrange” ou disent “ce n’est peut être pas tout à fait cela”. Mais aujourd’hui, nous devons être plus clairs avec notre audience quand un politique ne dit pas la vérité”. 


Le défi : refléter la société. Et comme l’évoque Dorothy Byrne : « tant que nous ne changeons pas les personnes à la tête de la télé on ne change pas la télé ». Seulement 14% des films prime time sont écrits par des femmes, selon Lisa Holdsworth de The Writer’s Guild. Paul Feig parle même d’un pool de réalisateurs « vérifiés » à Hollywood, qui empêche l’entrée de nouvelles têtes pour rejoindre les 4% de réalisatrices femmes. Cassion Harrison de BBC Four souligne l’importance d’une identité forte de chaque chaîne et ajoute que le « ton paternaliste de la BBC doit changer« . « La BBC doit aller au-delà de sa manière autoritaire et moralisante« . 

Aller plus loin que juste décrire la société et “faire des programmes difficiles”. 

Avec quel contenu ? En ce qui concerne la télé, “nous sommes les seuls qui avons un intérêt à raconter des grandes choses sur la Grande Bretagne”, selon Dorothy Byrne. Sauf que ce n’est pas tellement vrai… 

Amazon, créateur de contenu local 

Georgia Brown, nouvelle directrice des contenus chez Amazon Studios, ex Freemantle (et BBC Worldwide) n’a pas de focus sur un seul genre, mais une affirmation forte : créer du contenu “britannique” avec sa nouvelle équipe constituée en Europe.

Interrogée par Ayesha Hazarika, sur comment elle s’intègre dans le paysage audiovisuel local, elle répond : “Au UK, nous travaillons avec les diffuseurs nationaux. Nous sommes en train de travailler sur quelque chose avec la BBC en ce moment. Mais nous sommes surtout là pour donner plus de choix aux audiences.” Il n’y a rien qu’elle ne considère pas, le tout au service d’un meilleure retour sur abonnement.

Tout comme la BBC, Amazon Studios UK met le poids sur des contenus locaux dans la langue locale, des contenus pour les Britanniques, avec les Britanniques (y compris des stars recyclés de la BBC ou des visages parfaitement inconnus). Concentré sur la qualité, plutôt que la quantité, Georgia Brown incite tous les producteurs dans la salle à proposer leurs contenus à son équipe de production toute fraîche. L’indicateur clé important pour Amazon : qui souscrit à un abonnement pour regarder quoi. Avec l’objectif ; faire du contenu que les gens aiment” (mesuré avec le même KPI que YouTube, du taux de complétion des épisodes regardées), pour fidéliser l’audience. Même réflexion d’ailleurs côté ITV : “nous avons besoin de programmes qui font que les gens reviennent”.

Le mode de développement d’un programme chez Amazon Studios est d’ailleurs proche de la télé “classique » : script, co-développement, diffusion dans un petit cercle, puis élargissement. Les choix de programmation chez Amazon Studios sont motivés par deux obsessions : celle de l’audience (ce qu’elle veut et ce qu’elle n’obtient pas à la télé), et celle des producteurs (ce qu’ils ont toujours voulu raconter et que la télé n’a pas voulu acheter) pour créer du contenu original qui connecte l’audience par les émotions et “amener le monde sur le canapé”, avec une disruption qui doit correspondre aux critères locaux (comme par exemple le Japon expliqué par Jeremy Clarks). 

YouTube, “la plus grande bibliothèque du monde”

Pour s’adresser aux jeunes, YouTube a depuis longtemps trouvé la formule. Tandis que Netflix et Amazon se livrent la bataille sur les drames addictifs, YouTube se positionne comme « la plus grande bibliothèque dans l’histoire de la civilisation » (Luke Hyams, directeur de YouTube Originals) et se lance dans la science grand public, l’un des sujets les plus vues de la plateforme. Comme partenaire de l’événement, YouTube est présent dans plusieurs tables rondes. Tandis que dans le State of the TV Nation, on se pose sérieusement la question si “YouTube est toujours notre ami”, la plateforme continue à affirmer sa double raison d’être : fédérer les talents (y compris britanniques) sur sa plateforme, et offrir un espace de diffusion supplémentaire aux broadcasters. 

YouTube’s head of EMEA Originals Luke Hyams, le présentateur Rick Edwards, la YouTubeuse Jessica Kellgren-Fozard, le producteur Joff Wilson, et la journaliste Edith Bowman

A l’heure pour le changement majeur sur la plateforme – les séries passent gratuites le 24 septembre 2019, plus besoin d’abonnement – YouTube s’associe à la « School of Life » du philosophe Alain de Botton, de l’équipe science de la BBC et au producteur Remarkable TV qui met en scène 8 stars de YouTube sur des sujets allant de « Qu’est-ce que le bonheur » à “La démocratie est-elle dangereuse? » (une question que YouTube lui-même pourrait se poser). Le format est libre et peut aller jusqu’à 38 minutes (selon Luke Hyams). Certains utilisent même des grands moyens : Jeff Wilson propose un voyage dans le temps grace à la techno 360 dans laquelle il incruste des proches d’une personne liée à l’histoire. Il sera notamment possible de se retrouver dans le tunnel creusé entre Berlin Est et Ouest, pour comprendre l’histoire récente en immersion face à une frontière devenue invisible.

D’autres thématiques dans les cartons : les sciences et le sport, ou encore l’art. Pour mesurer le succès d’un programme, Hyams liste les indicateurs classiques du nombre de vues, mais surtout la durée de visionnage, l’impact chez le public (les conversations), l’impact auprès des professionnels (journalistes en parlent ), et le taux de complétion (le nombre d’épisodes regardé). Pour lui, on ne peut se faire une idée du succès d’un programme qu’au bout de 6 semaines. The School of Life est inspiré de la chaîne YouTube éponyme qui attire déjà 4,7 millions d’abonnés. 

La collaboration avec des broadcasters est d’ailleurs bénéfique à la fois pour le YouTuber et le média : comme l’évoque la YouTubeuse Amelia Dimoldenberg, qui a été catapultée de sa chaîne YouTube avec le format Gen Z Chicken Shop Date sous les projecteurs de l’antenne de Channel 4, « la collaboration entre un nouveau talent / des créateurs de contenu, des sociétés de production et des broadcasters est la clé de succès d’un programme – quand c’est juste toi et YouTube, tu as la liberté, mais aussi des rôles multiples à remplir, ce qui peut être décourageant« .

De son côté, la chaîne bénéficie d’un apport de public jeune. C’est aussi un peu le fonctionnement de BBC Three, qui lance les projets avec des formats courts sur les réseaux sociaux, et leur donne ensuite une place à l’antenne. En affirmant de vouloir fournir « du bon contenu pour notre santé mentale » (pour elle, l’époque des drogues et du sexe pour les jeunes est passée), Fiona Campbell, directrice de la chaîne 100% numérique, insiste sur les valeurs que la BBC doit diffuser, et le moyen à travers des formats mixtes, y compris l’humour. Soutenir les jeunes à l’antenne et hors antenne fait partie de ses missions. La bande-annonce de son nouveau programme, « Meet the Queens« , approche le million de vues sur YouTube, signe que le concept fonctionne. 

Les partenariats internationaux

Quand l’accès au contenu devient global, la production aussi doit se faire de plus en plus internationale. Le festival s’est ouvert avec un petit déjeuner de la délégation chinoise, avec le producteur Shandong Film (basé à Los Angeles!) et la “Helen Mirren chinoise”, madame Sarina, qui proposent un échange de savoir faire européen contre une audience de 1,4 milliard de chinois. Face au besoin de coproductions et financements de plus en plus important, le futur de la télé britannique, serait-il chinois ?  Au-delà des collaborations historiques avec les Américains (Bad Wolf annoncé avec HBO et BBC Two), la Chine serait-elle la nouvelle ressource pour concurrencer les GAFA ? 

Associés auparavant aux plateformes de streaming internationales, de plus en plus de broadcasters retirent leur contenu de Netflix pour le mettre en avant sur leurs propres plateformes de SVOD/ BritBox et ITV copient en cela Warner qui a fait de même avec Friends

CONCLUSION

Dans un univers médiatique fragmenté, concurrentiel, mondialisé, la place du service public est en jeu. La télévision britannique essaie de se réinventer, que ce soit par des formats exclusivement numériques et inclusifs ou par des blockbusters aux grands moyens. Rassembler toute la population anglaise devant un programme fort, pas forcément au même moment et sur la même plateforme, passer d’un indicateur de résultat à un indicateur d’impact, voilà une solution évoquée et partiellement adoptée par presque tous les représentants de l’audiovisuel présents à Edimbourg. La concurrence accrue est aussi un moyen de diversification des contenus et l’occasion de donner la voix à l’antenne à un public moins visible dans le bon vieux temps de l’hégémonie de 3 chaînes. 

Le festival d’Edimbourg, lui-même, prend finalement en compte ces changements, et décerne cette année pour la première fois un prix pour la chaîne numérique de l’année (BBC Three), et un autre pour le diffuseur VOD de l’année (sans grand étonnement, BBC iPlayer). 

Créer du contenu de qualité qui engage le public et qui génère de l’émotion, faire une télé pour inspirer, créer le débat, plutôt que pour passer le temps, sera peut être l’occasion de déclencher la recommandation d’un ami ou d’un proche, toujours déterminante dans un monde surchargé de programmes de moyenne qualité. 

 

Liens vagabonds : la société de désinformation

À retenir cette semaine :  

Désinformation à l’échelle mondialela désinformation a créé un nouveau désordre mondial, où notre volonté de partager du contenu sans réfléchir est exploitée. En plus des fake news, la vraie info est manipulée et orientée pour polariser. Il va nous falloir nous muscler cognitivement. Et les réseaux sociaux ne parviennent pas à contrer les autoroutes mondiales de la haine qui traversent pays, continents & langues. Le réseau haineux actuel se recâble et s’autorépare rapidement au niveau micro lorsqu’il est attaqué. Quelques pistes pour traiter et infiltrer de tout petits groupes.

Chine – Pékin produit de la désinformation sur Hong Kong via Twitter et Facebook mais aussi YouTube. Twitter indique avoir bloqué 936 comptes relativement actifs et neutralisé 200 000 autres profils plus discrets et Youtube avoir désactivé 200 chaînes. Facebook a de son côté repéré une activité anormale de trois groupes, sept pages et cinq comptes. Tous ont été supprimés.

SVOD et streaming – Apple lancera son service Apple TV+ en novembre à 9,99 $/mois et investirait près de 6 milliards $ dans les contenus face à Netflix et Amazon. Disney+ arrive en Europe (Pays-Bas) le 12 novembre. En France, Salto a officiellement le droit d’exister, mais l’« alternative » française à Netflix aura les poings liés Les contenus originaux produits par YouTube passent en gratuit le 24 septembre

Et aussi cette semaine :

3 CHIFFRES

235 millions de dollarsc’est ce que génèrent les sites de fake news en publicité chaque année

1,71 milliardc’est le nombre de sites internet en 2019

200.000c’est le nombre de colis issus d’achats en ligne livrés chaque jour à des particuliers à Paris. Ce chiffre peut atteindre 1 million à New York

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE

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TECH, STARTUPS, INNOVATION

OUTILS

 

ES avec l’équipe Méta-Media

Crédit photo de Une : Austin Chan via Unsplash

Comment les acteurs de l’OTT utilisent les données pour améliorer leurs services

Par Leora Kornfeld. Billet invité présenté dans le cadre d’un partenariat éditorial entre la plateforme FMC Veille du Fonds des Médias du Canada (FMC) et Méta-Media. © [2019] Tous droits réservés.

La plupart d’entre nous sont désormais conscients que les services de diffusion en continu savent habilement exploiter leurs vastes entrepôts de données, afin de recommander des contenus et d’encourager les visionnements prolongés. Ce qu’on ignore, cependant, c’est que l’impact de ces données s’étend à l’ensemble de l’exploitation et des stratégies de ces mêmes services.

Lors de la conférence Collision à Toronto, Jaya Kolhatkar, directeur principal des données chez Hulu, ainsi que Mike Benson, chef du marketing chez Amazon Studios, ont tous deux démontré les façons dont ils exploitent les données bien au-delà des recommandations personnalisées qui nous gardent rivés à l’écran plus longtemps qu’on l’aurait anticipé.

De toute évidence, Netflix se démarque de la concurrence, ayant dépensé quelque 15 milliards de dollars en production de contenus en 2019, soit trois fois plus qu’Amazon (5 milliards) et près de sept fois plus que Hulu (2,5 milliards). Il faut cependant souligner que Hulu est une plateforme dont les activités et le public sont concentrés aux États-Unis seulement, et que son service principal est financé par la publicité. Ainsi, pour l’instant du moins, Hulu n’évolue pas dans la même sphère que Netflix et Amazon.

Toutefois, suite à la récente acquisition de la plateforme par Disney, on s’attend à observer une croissance significative au cours des cinq prochaines années, ce qui devrait rapprocher Hulu de ses plus importants compétiteurs. Les analystes prévoient d’ailleurs que, grâce à l’impressionnant catalogue de titres de Disney, l’éventuelle transition du géant américain vers un modèle ciblant directement les consommateurs et sa puissante machine publicitaire, Hulu verra son nombre d’abonnés passer de 28 millions à 40 à 60 millions d’ici 2023 ou 2024.

Répartition des adeptes de visionnement en rafale (binge-watching) aux États-Unis en 2017, par âge

Crédit: Statista

Comment Hulu exploite ses 15 milliards de points de données quotidiens

À titre de directeur principal des données de Hulu, Kolhatkar supervise une équipe qui doit analyser les quelque 15 milliards de points de données générés chaque jour. Les résultats viennent alors alimenter la quasi-totalité des décisions prises par l’entreprise, qu’il s’agisse de développement de produits, de la programmation ou de la publicité ciblée. Or, avec ses 28 millions d’abonnés, sa programmation comptant 85 000 épisodes et ses milliers de partenaires au contenu, Hulu doit prendre de nombreuses décisions sur une base régulière. Ainsi, Kolhatkar a expliqué comment Hulu exploite les données afin de bien saisir le comportement de ses abonnés.

Par exemple, le consommateur de contenu sur Hulu est âgé en moyenne de 31 ans, soit 20 ans de moins que le téléspectateur moyen pour les chaînes traditionnelles ou câblées. Celui-ci a donc des goûts – et des attentes – bien spécifiques. Hulu est très familier avec ce type de téléspectateur, ayant bien analysé son historique de recherche et ses habitudes de visionnement (défilement des menus, recul, avance rapide, mises sur pause). De plus, afin d’améliorer ses profils de groupes d’auditoires et de membres, et aussi de mieux cibler ses initiatives publicitaires, Hulu acquiert des données en provenance de tierces parties.

Comment l’entreprise s’y prend-elle pour intégrer toutes ces données à son processus décisionnel ? Kolhatkar répond en expliquant que, au sein de l’industrie, on mise sur les quatre « V », soit :

Autrement dit, on tient compte de la quantité de données, de la vitesse à laquelle elle est accumulée, de son hétérogénéité et, finalement, de sa précision. Puis, scientifiques et analystes étudient ces données brutes en fonction de ces quatre attributs, le but étant de créer un cinquième « V », soit la valeur. Une valeur pour le téléspectateur qui se traduira en valeur pour l’entreprise.

On songe entre autres au système sophistiqué de gestion de la relation client (GRC) chez Hulu, où des données sont entreposées pour chaque téléspectateur individuellement, et qui adapte l’offre de contenu à même l’application ou en dehors de celle-ci. Le système inclut notamment des notifications poussées et des courriels visant à accroître le niveau d’engagement et de satisfaction des téléspectateurs. L’entreprise a également recours à l’intelligence artificielle et l’apprentissage automatique afin de récompenser les visionnements en rafale (que Hulu définit comme étant le visionnement de plus de trois épisodes en une seule séance) en éliminant les publicités.

La plateforme explore aussi d’autres alternatives où la publicité serait moins intrusive, tel que leur apparition seulement lors de la mise en pause d’un visionnement, ou encore les «publicités situationnelles», qui «cibleraient ceux qui privilégient les visionnements en rafale avec des messages créatifs adaptés à leur situation et leurs habitudes». L’entreprise prévoit que la moitié de ses revenus publicitaires sera générée par de tels formats d’ici 2022.

Amazon et le marketing expérientiel

Sur certains aspects, Amazon Studios concurrence avec les autres géants de la diffusion en continu. Toutefois, un important point distinguant la plateforme est qu’elle demeure en fait un avantage offert avec tout abonnement annuel à Amazon Prime, un service offrant la livraison gratuite ainsi qu’un accès à de la musique, des vidéos et des livres numériques. Or, même s’il s’agit d’un ajout à ce qui se veut essentiellement une vaste gamme de produits vendus en ligne, Amazon Studios dépense des milliards de dollars chaque année dans la production de contenu, sachant qu’elle doit se démarquer dans un univers où les internautes ont accès à une multitude de services et plateformes de visionnement.

À titre de chef du marketing chez Amazon Studios, Mike Benson doit déterminer comment exploiter les données afin d’anticiper le succès potentiel d’une série, et de soutenir l’intérêt des amateurs entre deux sessions de visionnement en rafale. Sa méthode s’appuie sur un vieux principe du marketing : « Soit on cherche à élargir notre base de clientèle, soit on cherche à inciter nos consommateurs actuels à acheter davantage – ou plus souvent », dit-il. Ainsi, Benson et son équipe utilisent les données à leur disposition pour déterminer quels auditoires cibler pour des séries en particulier, celles susceptibles de plaire à un créneau précis, ou encore celles ayant le plus grand potentiel de succès. Les ressources sont ensuite allouées en conséquence.

Une telle approche a motivé la décision de Benson et son équipe à mettre en œuvre, en 2018, une campagne promotionnelle IRL (in real life) pour la populaire série The Marvelous Mrs. Maisel, créée par Amazon. Le concept : faire renaître, sur une base temporaire, le légendaire Carnegie Deli de New York. Ouvert en 1937, le célèbre restaurant a connu ses heures de gloire durant les années 50, avant de fermer définitivement en 2016. L’endroit fut fort prisé par les comédiens à une certaine époque, et devient littéralement un personnage dans la série. Benson et son équipe ont donc eu l’idée de rouvrir le Carnegie Deli durant un week-end, et de recréer dans les moindres détails sa version des années 50 – incluant les prix de l’époque, la décoration, de vieux téléphones permettant d’entendre des conversations imaginaires aux diverses tables, et même des messagers anachroniques annonçant le retour du restaurant auprès des journaux et des influenceurs sur les médias sociaux.

Sans surprise, des milliers de New Yorkais ont fait la file durant des heures pour pouvoir vivre cette expérience unique, et quelque 11 000 d’entre eux ont pu être servis à une table. Or, le véritable succès de l’initiative s’est constaté dans l’engouement généré, l’impact positif (le taux de satisfaction a atteint les 98%) et les plus de 3 milliards d’impressions médias – et 70 millions de personnes ayant découvert l’événement grâce aux publications des visiteurs sur Twitter, Instagram et Facebook. Comme le souligne Benson, « l’impact social est la véritable mesure de l’expérience».

Aussi, afin de capitaliser sur un tel succès, Amazon s’est assurée de ne pas en faire un événement unique. La couverture médiatique s’est étendue aux médias traditionnels, du New York Times au magazine Vogue et aux émissions The Today Show et Entertainment Tonight. Puis, afin de faire perdurer les retombées positives, l’initiative fut recréée à six autres endroits à New York en mai 2019.

Plusieurs années après l’arrivée des plateformes de diffusion en continu et du divertissement propulsé par les données, les grands joueurs démontrent à quel point il est possible de tirer profit des données par rapport au comportement du consommateur ainsi qu’aux contenus présentés. Aujourd’hui, une approche combinant des initiatives sur et hors écran permet de cumuler des données dans les deux sens, de plateforme à personne et de personne à plateforme.

Crédit photo de Une : Glenn Carstens-Peters

Lectures : nos recommandations pour cet été (2/2)

Pas de raison qu’il n’y ait que les juillettistes qui bénéficient de la sélection de Méta-Media ! Voici notre deuxième liste de recommandations. Vous pouvez-même aller jeter un œil à la première liste ici.

Bonnes vacances !

Médias & Sociétés, Francis Balle

Les médias sont aujourd’hui l’un des lieux privilégiés d’où l’on peut le mieux observer et comprendre le monde dans lequel nous vivons. En renvoyant dos à dos ceux qui dénoncent l’américanisation rampante de la culture et ceux qui chantent les charmes du multiculturalisme, ce livre pose autrement la question des relations entre les médias et les collectivités qui composent la société. Refondue, enrichie et mise à jour, la 17e édition de Médias & Sociétés répond à chacune de ces interrogations.

Propagande : la manipulation de masse dans le monde contemporain, David Colon

A l’ère de la révolution numérique et des réseaux sociaux, chaque jour apporte son lot de fausses nouvelles, de manipulation, de rumeurs et de théories du complot. Afin de comprendre ce phénomène complexe et en réalité ancien, ce livre retrace l’histoire de la propagande moderne, de Pékin à Palo Alto, en passant par Moscou et Paris. L’auteur en explique les fondements, en expose les principales techniques et donne à comprendre les rouages comme le rôle de la « fabrique du consentement ». Il montre ainsi que la propagande n’a cessé de se perfectionner à mesure que les sciences sociales et les neurosciences permettaient d’améliorer l’efficacité des techniques de persuasion, d’influence ou de manipulation. À travers une synthèse accessible et percutante, David Colon livre une contribution essentielle pour mieux cerner les ravages causés par la désinformation, hier comme aujourd’hui.

Factfulness, Hans Rossling, Ola Rosling, Anna Rosling Rönnlund

Il se trouve que le monde, malgré toutes ses imperfections, est dans un état bien meilleur qu’on pourrait le penser. Mais lorsque nous nous préoccupons de tout à tout moment au lieu d’adopter une vision du monde basée sur des faits, nous pouvons perdre notre capacité à nous concentrer sur les choses qui nous menacent le plus. Inspirant et révélateur, rempli d’anecdotes animées et d’histoires émouvantes, Factfulness est un livre urgent et essentiel qui changera votre façon de voir le monde.

Zucked: waking up to the Facebook Catastrophe, Roger McNamee

Zucked, c’est l’histoire d’une entreprise et de ses dirigeants, mais c’est aussi l’histoire plus vaste d’un secteur commercial qui traverse une crise politique et culturelle. Comme Jimmy Stewart dans Rear Window, Roger McNamee s’est trouvé au bon endroit pour assister à un crime. Il lui a fallu un certain temps pour comprendre ce qu’il voyait et ce que nous devrions faire à ce sujet. Le résultat de cet effort est un compte-rendu sage, percutant et urgent, qui cristallise définitivement la question pour le reste d’entre nous.

Digital Minimalism: choosing a focused life in a noisy world, Cal Newport

S’appuyant sur un large éventail d’exemples concrets, allant des agriculteurs Amish aux parents harcelés en passant par les programmeurs de la Silicon Valley, Cal Newport identifie les pratiques courantes des « minimalistes numériques » et les idées qui les sous-tendent. Il montre comment les minimalistes numériques repensent leur relation aux médias sociaux, redécouvrent les plaisirs du monde hors connexion et renouent avec leur être intérieur au cours de périodes de solitude régulières. Il partage ensuite des stratégies pour intégrer ces pratiques dans votre vie, en commençant par un processus de « désencombrement numérique » de trente jours qui a déjà aidé des milliers de personnes à se sentir moins submergées et plus en contrôle.

Ruined by design: how designers destroyed the world, and what we can do to fix it, Mike Monteiro

Si vous êtes un designer, ce livre pourrait vous mettre en colère. Mais cela vous donnera également les outils dont vous avez besoin pour prendre de meilleures décisions. Vous apprendrez à évaluer les avantages et les inconvénients potentiels de vos travaux. Vous allez apprendre à présenter vos préoccupations. Vous apprendrez combien il est important de constituer et de travailler avec des équipes diverses qui peuvent aborder les problèmes de plusieurs points de vue. Vous apprendrez à faire valoir vos arguments en utilisant des données et une bonne narration. Vous apprendrez à dire non de manière à ce que les gens écoutent. Mais surtout, ce livre vous procurera la confiance nécessaire pour faire le travail comme vous avez toujours voulu le faire. Ce livre vous aidera à comprendre vos responsabilités.

La transformation numérique et les patrons : les dirigeants à la manœuvre, Christophe Deshayes

La transformation digitale est devenue une priorité affichée pour toutes les entreprises. On entend cependant dire souvent que les grandes entreprises et organisations françaises ont pris du retard dans cette transformation. À travers plus de quinze entretiens approfondis avec des grands patrons, mais aussi des dirigeants d’ETI et des responsables d’organisations publiques, l’auteur nous emmène dans les coulisses de la transformation au plus haut niveau. Si chacun aborde le problème selon les priorités de son secteur d’activités, tous ont conscience du défi lancé par ce nouveau monde et entendent y prendre toute leur place, sans laisser le monopole de la parole aux experts, aux GAFA ou aux start-uppeurs. Leur parole pourra inspirer utilement les patrons de PME et ETI qui s’interrogent sur la façon d’aborder cette question à l’échelle de leur entreprise ou de leur écosystème.

Les métiers du futur, Isabelle Rouhan et Clara Doina Schmelck

La totalité des observateurs nous le prédisent : avec les progrès majeurs de la robotique, l’internationalisation constante des marchés et la dématérialisation croissante des échanges, le marché du travail va connaître de profondes mutations dans les années à venir. Dans un travail d’analyse et d’interviews riches et variés, les deux femmes tentent l’exercice de la prospective, et, fait rare, s’essaient même aux fiches métiers : ces métiers de demain, qui n’existent pas encore ou pas sous cette forme, et que des experts ont dessiné pour elles : avocat augmenté, éthicien de l’IA, éducateur de robots, mais aussi le développement incroyable des services à la personne.

 

Team Human, Douglas Rushkoff

Bien que créés par l’homme, nos technologies, nos marchés et nos institutions contiennent souvent un aspect « antihumain ». Les technologies de l’ère numérique n’ont fait qu’amplifier le phénomène, posant les plus grands défis à ce jour pour notre autonomie collective : des robots qui prennent  notre travail, algorithmes qui captent notre attention et médias sociaux qui sapent notre démocratie. Mais tout n’est pas perdu. C’est le moment pour Douglas Rushkoff de prendre position dans Team Human, afin de régénérer les liens sociaux qui nous définissent et, ensemble, avoir un impact positif sur cette terre.

 

The Creativity Code, Marcus du Sautoy

Dans The Creativity Code, Marcus du Sautoy examine la nature de la créativité, tout en fournissant un guide essentiel sur le fonctionnement des algorithmes et sur les règles mathématiques qui les sous-tendent. Il se demande dans quelle mesure notre réponse émotionnelle à l’art est un produit de notre cerveau réagissant au fond et à la forme, et ce que signifie être créatif en mathématiques, en art, en langage et en musique. Il cherche à savoir combien de temps il pourrait s’écouler avant que les machines ne proposent quelque chose de créatif et si elles pourraient nous rendre plus imaginatifs à leur tour. Le résultat est une exploration fascinante à la fois de l’intelligence artificielle et de l’essence-même de ce que signifie d’être humain.

L’objectif de l’équipe R&D du Wall Street Journal : développer la science de la donnée et l’IA au sein des rédactions

Cet article est tiré d’un billet originellement publié sur media-innovation.news. Il est présenté dans le cadre d’un partenariat éditorial entre WAN-IFRA et Méta-Media. © [2018] Tous droits réservés. Billet de Ana Cecília B. Nunes Chercheur à l’Université Pontificale de Rio Grande do Sul.

La mission du département R&D du Wall Street Journal : développer des outils basés sur l’IA et le machine-learning afin d’aider les journalistes dans leur travail au quotidien.

Créé en mars 2018, le département R&D du Wall Street Journal (anciennement WSJ Media Science Lab) est conscient du rôle prépondérant de l’IA dans le journalisme. Ce département est constitué d’une équipe multidisciplinaire dont le rôle est d’aider et d’accompagner les journalistes.

Le département R&D fait partie du comité stratégique et travaille de manière transverse avec les autres départements. En plus de cette mission d’accompagnement, l’équipe R&D fait venir des universitaires, chercheurs et jeunes diplômés au sein du Journal. Les projets du département comprennent aussi bien des outils de collecte de l’information, des enquêtes basées sur des outils de traitement de données et des logiciels d’automatisation. 

Les derniers en date : un outil de machine-learning analysant les archives du Journal et permettant aux journalistes d’avoir un aperçu éditorial de n’importe quel sujet, un logiciel de rédaction automatique de textes à partir des données de classement des universités américaines et une enquête sur Facebook et l’utilisation des données personnelles

Composé de data-scientists, d’ingénieurs en machine-learning, de chefs de projets et d’éditeurs spécialisés, le département R&D est chargé d’aider les journalistes dans la collecte et l’analyse de données via de nouveaux outils.

Ses principales missions sont : 

« Nous créons des outils qui aident les journalistes à trouver et élaborer de bons sujets »explique Francesco Marconi, responsable du département R&D et auteur du livre : Newsmakers: Artificial Intelligence and the Future of Journalism.

L’équipe rédige également des manuels à destination des rédactions« Comment traiter l’actualité algorithmique ? » et « Comment détecter les deepfakes ». Certains de ces sujets ont donné naissance à des initiatives de plus grande ampleur comme la constitution du WSJ Media Forensics Committee – fruit d’une collaboration étroite entre les équipes Standards et Ethique et R&D. Ce comité est en charge de former les journalistes à détecter les Deepfakes. 

Un processus collaboratif : l’engagement interne des journalistes

Pour Francesco Marconi, la force de l’équipe R&D réside dans son approche collaborative. 

« Nous essayons de rendre le processus le plus transparent et collectif possible au sein du Journal. Nous priorisons nos projets en fonction des objectifs stratégiques fixés par les équipes de rédaction. » 

Cette approche collaborative est facilitée par l’existence d’une plateforme en interne permettant de faire remonter des idées. Cette plateforme a été mise en place dès la création du département. 

« Nous avons mis en place un outil afin de permettre à chacun de participer au processus de transformation digitale en soumettant des idées. Cette plateforme est aujourd’hui primordiale dans le processus d’innovation des rédactions. Nous avons donc mis en place une équipe dédiée pour sa gestion quotidienne. »

Pour Francesco Marconi, la stratégie du département R&D, menée par Louise Story, est par essence collaborative et inclusive.

« N’importe quel membre de la rédaction peut soumettre une idée. Une session de sélection des idées est organisée chaque mois. Celle-ci ouverte à tous. »

En plus de cette plateforme de crowdsourcing, l’équipe R&D génère de nouvelles idées en organisant des bootcamp de design-thinking à destination des journalistes, une activité menée conjointement avec l’équipe de Training & Outreach et l’équipe UX/UI. 

Atelier de design-thinking à destination des journalistes au WSJ – Crédit image : WSJ

Principes de priorisation : innovation et objectifs de résultats.

Au delà des processus, le département R&D est avant-tout tourné vers des objectifs de résultats. Chaque projet est associé à des objectifs stratégiques comme la recherche de nouveaux publics, la diversification de l’activité où la création d’un journalisme spécifique « à la WSJ ». 

« Nous ne faisons pas les choses dans le seul but d’expérimenter. Chaque projet est associé à des objectifs de résultats, une notion introduite par nos collègues de l’équipe Projet, Design et Ingénierie»

Lors de la définition du périmètre d’un nouveau projet R&D, l’équipe l’examine afin de vérifier que celui-ci répond bien aux principes suivants 

  1. L’impact sur les rédactions : Chaque projet doit correspondre à un cas d’usage de la rédaction. Toute expérimentation non exploitée éditorialement est mise de côté.
  2. Degré de collaboration au sein de l’entreprise :  l’outil développé doit servir aux journalistes et éditeurs de plusieurs départements. 
  3. Évolutivité : Eviter les projets “one-shot” et garantir une répartition des ressources intelligente. 
  4. Impact sur la collecte de données ou la production : l’objectif de l’équipe R&D est d’aider à faire émerger des processus journalistiques à la différence du développement de produit (géré par une équipe différente)
  5. Déploiement de l’Intelligence Artificielle (IA) et/ou du Machine-learning (ML) : pré-requis nécessaires à la constitution d’une rédaction performante selon le département R&D. 

Le département R&D au sein du WSJ

La mission du département R&D est de contribuer à la stratégie éditoriale globale du WSJ. La collaboration étroite avec les différentes équipes au sein du Journal est donc très importante et nécessaire. Un exemple : la base de données du Dow Jones (Maison-Mère du WSJ) sur laquelle le groupe s’appuie pour rendre ses projets scalable. 

« Le grand intérêt dans le développement de l’IA au sein du WSJ est le soutien et l’accompagnement dont nous bénéficions de la part du Dow Jones. Ils possèdent une équipe technique fantastique et des compétences en data-science sur lesquelles nous pouvons capitaliser. »

En plus de cette collaboration avec les différents départements du Journal, le département R&D noue des partenariats avec des universités et des entreprises technologiques autour de certains projets. Pour exemple : la collaboration avec la Craig Newmark Graduate School of Journalism qui a permis de tester de nouveaux outils. L’outil développé par Cortico a ainsi permis d’enregistrer et de structurer des interviews de journalistes.

 

L’outil IA développé par Cortico au service des journalistes du WSJ – Crédit image : WSJ

L’objectif à long terme du département R&D : démocratiser l’IA et la data science au sein des rédactions en développant des outils au service des compétences et des talents journalistiques. 

« Ces outils intelligents peuvent aider grandement les journalistes dans leur travail au quotidien, mais ils ne se substituent pas à leur instinct journalistique. Même si les technologies sont de plus en plus présentes dans le paysage médiatique, l’éditorial sera toujours piloté par des humains » conclut Francesco Marconi.

SÉRIE MEDIA LABS – épisodes précédents

L’éthique dans les écoles d’informatique : préparer au mieux les ingénieurs aux problématiques de demain

Par Laure Delmoly, France Télévisions, MediaLab

Cyberattaques, utilisation abusive des données personnelles, commercialisation de robot cuiseur comportant une caméra : les problématiques éthiques liées aux nouvelles technologies font partie de l’actualité quotidienne. Les nouvelles technologies sont un véritable vecteur de progrès, mais créent également de nouvelles menaces pas toujours correctement anticipées. Comment la France forme-t-elle ses futurs ingénieurs à ces problématiques ? Comment conjuguer innovation et éthique ? Nous nous sommes entretenus avec les responsables pédagogiques des écoles 42, EPITA et Epitech.

Etat des lieux législatif

Au Québec, il existe un Ordre des ingénieurs depuis 1920 incluant les ingénieurs informatique. Un ingénieur qui déroge au code de déontologie peut être radié, limité dans son droit d’exercice ou encore se faire imposer de suivre des stages ou des cours. 

En France, l’ordre des ingénieurs n’existe pas. Il existe une Commission des titres d’ingénieur (CTI) qui encadre les pratiques des ingénieurs français.

La CTI stipule que les ingénieurs doivent « prendre en compte dans leur activité les enjeux sociétaux qu’ils concernent les questions d’énergie, de gestion des ressources, de biologie, d’environnement, de communication, de transformation numérique, de mobilité, de risque, de santé, de gestion des données, de diffusion de la connaissance, d’innovation, et d’entrepreneuriat ». 

Dans les écoles d’ingénieur françaises, la sensibilisation à l’éthique est encouragée par cette Commission des titres d’ingénieur qui vérifie l’existence de cours d’éthique dans les cursus. Les limites de cet outil législatif ? Il n’est pas applicable aux nouvelles méthodes pédagogiques des grandes écoles d’informatique qui fonctionnent en peer learning : un apprentissage en mode projet basé sur l’intelligence collective sans cours ni professeur !

Un état d’esprit agile

Les écoles d’informatique forment des ingénieurs pour les cinquante ans à venir. Comment les préparer à faire face à des problématiques éthiques posées par des technologies qui n’existent pas encore ?

Selon les responsables pédagogiques interrogés, les méthodes agiles répondent en partie à ce besoin. Elles forment les ingénieurs à trouver rapidement plusieurs solutions afin de choisir la meilleure et de la tester. Si une solution adoptée trouve ses limites dans la pratique, il est alors possible à tout moment de revenir dessus, de la modifier ou d’en choisir une autre. Ainsi, les ingénieurs évitent tout choix définitif pouvant être lourd de conséquences (d’un point de vue humain ou économique).

Face à de nouvelles problématiques, ces professionnels du numérique seraient donc formés à envisager plusieurs solutions possibles et à requestionner leur choix si nécessaire. 

Be Agile ! Conférence sur l’agilité à l’Ecole 42 par André De Sousa, Coach Agile (Juin 2016)

« Nous avons déjà remarqué un phénomène d’osmose de cette capacité d’adaptation, de la technique pure vers les soft skills. C’est finalement un état d’esprit agile qui s’installe et s’applique à de très nombreux aspects de la vie » explique Olivier Crouzet, directeur pédagogique de l’école 42. 

Des meetups et conférences 

Durant l’année, les écoles d’informatique font intervenir régulièrement des personnalités pour sensibiliser les étudiants à l’impact des nouvelles technologies sur la société : Greentech, Foodtech, Fintech, Santé, Transport et Energie.

La « Piscine Moonshot » d’Epitech est un cycle de conférences qui existe depuis 2015.

« La Moonshot a pour but de regarder plus loin et plus haut en compagnie d’invités et conférenciers de haute qualité, pour pousser les étudiants à trouver des réponses digitales aux questionnements sous-jacents de notre société » explique Axelle Ziegler, responsable contenu pédagogique d’Epitech. 

Parmi les thèmes abordés : « Plus collaborative, transparente et personnalisée : la Fintech va-t-elle enfin nous faire aimer la banque ? » (sur l’IA et les SmartContracts) « Demain, tous producteurs et revendeurs d’énergie ? (sur la Blockchain et le photovoltaïque) « Se dirige-t-on vers une médecine sans médecin ? » (sur le biohacking et la dématérialisation) « Conduire ou être conduit ? » (sur l’autonomie et la Smartcity) 

L’occasion également de faire intervenir au Moonshot des professionnels de l’IA : Laurence Devillers et Clara Jean sur les biais algorithmiques, des entrepreneurs : Paul Benoit de Qarnot Computing, un système permettant de récupérer la chaleur des serveurs informatiques pour chauffer les immeubles et Arthur Alba de Streetco, une application participative permettant aux personnes à mobilité réduite de prendre connaissance des obstacles se dressant sur leur chemin.

Les futurs ingénieurs prennent ainsi conscience de l’ouverture d’esprit nécessaire pour évoluer avec sagesse et provocation dans le monde de l’innovation numérique. 

« Les associations d’étudiants de l’école 42, 42AI et 42entrepreneurs organisent régulièrement des conférences et des meetups, pour aborder des aspects techniques très en pointe, des retours d’expérience et des situations professionnelles sujettes à des questions d’éthique », ajoute Olivier Crouzet, directeur pédagogique de l’école 42. 

Des hackathons

De nombreux projets sont proposés aux étudiants par des entreprises lors de hackathons. L’école 42 est ainsi connue pour ses hackathons d’envergure internationale. Les entreprises au travers de leur accompagnement, sensibilisent les étudiants sur l’éthique des solutions qu’elles cherchent à développer. 

« Les questions éthiques ressortent souvent lors des hackathons. Par exemple, un hackathon santé fait intervenir des patients, des acteurs privés et des médecins » explique Olivier Crouzet, de l’école 42. 

Les hackathons constituent une formidable opportunité pour se confronter en équipe à un problème complexe. Lors de ces défis collaboratifs chronométrés, les futurs ingénieurs sont confrontés à une multitude d’information et leur rôle est justement de faire des choix justes, en évaluant, ce qui est pertinent ou hors sujet.

« Lors des hackathons, les étudiants prennent conscience des différences de perception de chacun sur un même projet », ajoute Axelle Ziegler, responsable d’Epitech.

Une mise en application éthique

Le Big Data, les algorithmes de traitement, l’intelligence artificielle, la réalité augmentée et virtuelle et la robotisation demandent une réelle attention. Ces technologies peuvent être des vecteurs incroyables de progrès si elles sont mise en application correctement.

« Il n’y a pas d’informatique éthique. Il y a des utilisations éthique de l’informatique. La reconnaissance faciale, par exemple peut être utilisée pour identifier certains enfants isolés dans les camps de réfugiés et les remettre avec leur famille. Mais cette même technologie peut aussi être utilisée pour traquer une certaine population sur un territoire » souligne Axelle Ziegler d’Epitech.

Au-delà de la conception, c’est bien la mise en application qui importe.

« Il ne faut pas brider la créativité dans la recherche informatique, mais distiller de l’éthique au quotidien dans les pratiques », rappelle Joel Courtois, directeur d’EPITA.

Les ingénieurs doivent adopter une attitude à la hauteur de leur responsabilité grandissante dans un monde de plus en plus digitalisé. Les formations en informatique dépassent clairement le simple cadre technologique et scientifique pour intégrer les valeurs d’une responsabilité environnementale, sociétale, entrepreneuriale, éthique et humaine. Pour se faire : agilité, conférences, meetups et hackathons. Le chemin vers la reconnaissance d’un professionnalisme « ingéniérial » qui serait le pendant du professionnalisme médical en terme d’éthique est encore long, mais l’état d’esprit alliant rigueur intellectuelle, ouverture d’esprit et pragmatisme est le bon.

 

Crédit image de Une : Danial RiCaRoS via Unsplash