Les TikTokers volent la vedette aux YouTubers au VidCon
Par Barbara Chazelle, France Télévisions, Media Lab et Prospective
Créateurs reconnus ou aspirants à la célébrité, acteurs de l’industrie des médias et du divertissement, représentants des plateformes de vidéos en ligne et fans se sont côtoyés du 10 au 13 juillet dernier lors de la 10e édition du VidCon qui s’est tenue à Anaheim, en Californie.
Le VidCon, c’est le rendez-vous des créateurs en ligne. Si YouTube était la star incontestée ces dernières années, la convention s’est élargie à d’autres plateformes. Cette année, étaient présents Facebook, Instagram, Snapchat, Twitch, Twitter. LinkedIn et Pinterest étaient aussi là pour encourager les créateurs à considérer leur plateforme, mais c’est sans conteste TikTok, la plateforme chinoise de vidéos courtes, qui a fait le plus parler d’elle.
Une invasion de TikTokers très commentée
L’événement de cette année, c’est sans aucun doute la présence massive des TikTokers. Ils ont envahi le centre de convention en enchaînant rencontres avec les fans smartphone à la main, mais surtout des « collabs » avec d’autres TikTokers, prévues vraisemblablement en amont du VidCon.
Si vous cherchez « #Vidcon » sur Instagram ou TikTok, vous verrez de nombreuses vidéos de chorégraphies ou scénettes plus ou moins humoristiques réalisées par des TikTokers.
Comme l’explique la journaliste Taylors Lorenz de The Atlantic, les TikTokers ont été particulièrement visibles cette année, car ils sont se mêlés aux autres participants du VidCon alors que les YouTubers déambulaient comme « la royauté » en regardant de haut les plus jeunes et en se déplaçant accompagnés de gardes de sécurité via des passages secrets pour se rendre d’un point à l’autre du bâtiment.
Quoiqu’il en soit, la soirée la plus VIP du VidCon était bien celle de TikTok, dont la file d’attente est devenue célèbre.
Ce hold-up des TikTokers est néanmoins loin d’avoir fait l’unanimité !
« Niche is the new normal »
Outre la prééminence de TikTok, on notera aussi cette année la présence de nombreuses entreprises de tech chinoises, l’intérêt croissant pour l’esport et plus particulièrement des discussions sur la croissance de Twitch. La plateforme de live streaming d’Amazon, connue originellement pour son offre de gaming, développe des verticales autour du sport, de l’animation, de l’info et des “contenus créatifs” et se distingue par des solutions de rémunération des créateurs innovantes.
Parmi les thématiques abordées durant les panels de cette année, la monétisation des contenus bien évidemment, mais aussi l’ASMR, les humains dernières les animaux stars des réseaux, les activistes LGBTQ, comment créer avec son jumeau ou en tant que couple. Côté fooding, la tendance est au “food duplicators” qui recréent des plats iconiques, comme le Big Mac ou le Peanut Butter Cup de Reese’s. Enfin, les créateurs s’inquiètent des deepfakes et se demandent comment s’en protéger.
« Niche is the new normal » : un seul conseil pour émerger, être authentique !
4 nouveaux épisodes de notre podcast La Balade Virtuelle, consacré aux médias immersifs
Après nos recommandations de lectures pour cet été, Méta-Media vous propose d’écouter les quatre nouveaux épisodes de « La Balade Virtuelle », disponibles sur l’ensemble de vos plateformes préférées.
Episode 5 : La Balade Virtuelle, avec Landia Egal, réalisatrice et productrice d’expériences en VR
La Balade Virtuelle vous emmène à Londres, rencontrer Landia Egal, réalisatrice et productrice d’expériences en VR. C’est elle qui a choisit le lieu, Hampstead Heath, une forêt en plein cœur de la ville, qu’elle connaît bien. Car si c’est à Paris qu’elle découvre la réalité virtuelle, en travaillant au côté du producteur Arnaud Colinart, c’est à Londres qu’elle entame son parcours de création avec Umami, une œuvre poétique et touchante qui parle du goût des choses et de leur empreinte émotionnelle. Dans ce podcast, elle nous immerge dans son nouveau projet en cours « Welcome To the Savoy », dans lequel elle fait revivre le Savoy, salle de danse légendaire d’où le Harlem des années 30 cultive d’irrépressibles désirs de joie, de brassage et de liberté.
Episode 6 : La Balade Virtuelle, avec Antoine Bertin, artiste du son
Antoine Bertin est un artiste du son. Sa spécialité, ce sont les expériences sonores qui font appel à notre écoute attentive. En 2015, il signe le design sonore de l’expérience VR In the Eyes of the Animals de Marshmallow Laser Feast. Antoine révèle alors son talent marqué par la sensorialité des sons. La Balade virtuelle s’invite dans son studio pour savoir comment son travail évolue.
Episode 7 : La Balade Virtuelle, avec Blanca Li, chorégraphe
On ne présente plus Blanca Li, chorégraphe habituée des scènes et festivals internationaux de danse. C’est une aventurière de son art qui mêle allégrement les genres et les époques dans des créations de grande vitalité. Très tôt, elle se frotte à la réalité virtuelle et dès 2014, entame un premier projet de danse en VR à l’heure où le médium revendique son lien avec le spectacle vivant. Au cœur de Paris, près du Forum des Images, Blanca Li se raconte à travers son nouveau grand projet immersif : l’adaptation en danse immersive en VR de l’opérette festive la Veuve joyeuse au micro de la Balade Virtuelle.
Episode 8 : La Balade Virtuelle, avec Mathieu Pradat, réalisateur VR
Mathieu Pradat est le réalisateur du court-métrage en VR, Proxima. Son univers surréaliste et onirique rappellent les visions de Bunuel et de Jodorowsky. Ces jours-ci, Mathieu prépare une expérience de théâtre immersive, ambitieuse et exigeante. Il vient de s’installer dans le sud, et c’est dans la Friche Belle de Mai, célèbre lieu de création à Marseille qu’il se livre à une Balade pas seulement Virtuelle, un très beau soir de printemps.
Episodes précédents
Crédits : La Balade Virtuelle est un podcast de Fabbula. Coordonné par Camille Jeanjean Mixé par Laurie Galligani. Musique de Ghislain Besançon et Fabien Siouffi. Illustrations de Welid Labidi.
La Balade Virtuelle est soutenue par Méta-media, Magelis et UNI-XR.
Le Tank Media : stimulateur de l’entrepreneuriat media
Par Alexandre Bouniol, France Télévisions, MediaLab
Lancé il y a deux ans par Nicolas Vanbremeersch et Mathieu Maire du Poset, le Tank Media est devenu l’un des principaux acteurs de l’entrepreneuriat media en France. Fort de cette expérience, il nourrit de nouvelles ambitions avec l’ouverture imminente d’un lieu dédié aux médias émergents de 1700m² et de nouveaux projets. Entretien avec Mathieu Maire du Poset.
Un écosystème à structurer
La presse va mal. Des plans de départ volontaires sont annoncés dans plusieurs grands groupes audiovisuels. Le climat dans le monde des médias est pour le moins morose. Ce qui tranche avec l’optimisme affiché par le Tank Media avec son slogan « l’avenir des médias est radieux ». Selon Mathieu Maire du Poset, ce sont surtout les grands médias qui vont mal : « les transformer de l’intérieur, c’est compliqué » admet-il. Mais ils ne représentent pas l’ensemble du spectre des médias présents en France. Il existe une réelle vitalité de l’entrepreneuriat média. C’est une des observations qu’il a pu faire via le prisme de crowdfunding, qu’il considère comme un « outil de veille, de tendances et signaux faibles très intéressants ». Que ce soient des professionnels des médias, des entrepreneurs venant d’autres secteurs ou des passionnés qui veulent se professionnaliser, il existe une demande forte.
Le problème jusqu’à présent est que cet écosystème « ne fait pas corps, ne fait pas communauté ». Il n’y a pas de structure au sein de laquelle on peut partager son expérience. Le manque de structure s’ajoute à celui du manque de compétences. Les fondateurs ont constaté qu’il y a « un manque de savoir-faire sur le numérique. Beaucoup l’utilisent en tant que support, mais peu en tant qu’outil en menant de vraies réflexions sur le sujet ». C’est également le cas pour le savoir-faire entrepreneurial : « beaucoup viennent de l’éditorial et ne sont pas formés pour ça ». C’est sur la base de l’ensemble de ces constatations que le Tank Media est né en proposant une offre à cette demande existante.
« Au Tank media, j’ai appris à comprendre quels étaient les points forts et mes points faibles pour apprendre à travailler de façon plus pragmatique. » pic.twitter.com/D4mt2BoD1w
— Le Tank media (@letankmedia) June 27, 2019
Une organisation ouverte sur l’extérieur
Déjà présent dans l’ADN de la maison mère Spintank (« nous sommes avec ceux qui transforment la société » est le slogan de l’agence), le Tank Media s’est développé dans la même lignée. Mathieu Maire du Poset explique que « le but du Tank Media, c’est de favoriser l’émergence d’un nouvel entrepreneuriat dans les médias, d’aider les nouvelles générations de médias à grandir, à se structurer et aller chercher les clés de leur rentabilité et de leur indépendance ». Le Tank Media s’appuie sur quatre piliers :
- Être média.
C’est un moyen pour le Tank Media de raconter « ce qui se passe dans le monde des médias actuel, apporter un regard bienveillant sur cet écosystème dont on dit souvent être en crise, alors que nous pensons qu’il est plutôt en transformation et dans lequel il se passe beaucoup de choses positives ». Le Tank Media produit des contenus via un blog, un podcast et une newsletter.
- Être un animateur de communauté.
C’est un point central de la réponse apportée par le Tank Media pour « essayer de faire vivre cette communauté des entrepreneurs média. Leur donner la possibilité de se rencontrer, d’échanger, de partager leur expérience… Cela s’organise via des déjeuners mensuels avec des entrepreneurs, des événements annuels, trimestriels ».
- Une vocation d’accueil.
Basé au sein de l’espace de coworking du Tank, le Tank Media partage déjà ses locaux avec Spintank et d’autres entreprises (dont des médias). Il s’agit ici en particulier de « donner la possibilité à cette communauté de se retrouver au quotidien ». L’ambition est même d’aller encore plus loin avec l’ouverture « d’un lieu à Paris de 1700m² mi-octobre / début novembre dédié aux médias émergents. Il y aura environ 170 postes de travail, un studio de production vidéo et audio, des postes de montage et une salle événementielle ».
1 700m2 au cœur du 11eme à Paris pour favoriser l’émergence d’un nouvel entrepreneuriat dans les médias. Espace événementiel, studios audio et vidéos, 170 postes de travail, 1 rooftop végétalisé…
— Le Tank media (@letankmedia) July 5, 2019
- Une fonction d’incubation, d’accompagnement et de formation.
C’est le cœur du projet du Tank Media qui « propose aux entrepreneurs média de les accompagner, quel que soit leur stade de développement. C’est un programme d’incubation pour des médias qui à un moment de leur vie, ont besoin de repenser en profondeur leur proposition de valeur. Soient des médias en phase de lancement, soient des médias qui ont besoin de se réinventer ». Deux fois par an, le Tank Media lance un appel à projet. En moyenne, 35 candidatures sont envoyées. Sélectionnées par un jury composé de membres du Tank Media et des entrepreneurs média, un tiers sont reçues en entretien.
Depuis son lancement, trois programmes d’incubation ont déjà eu lieu pour un total de 19 médias incubés. Tout média est accepté, il n’y a pas de modèle type. Par exemple lors de la dernière « promotion » incubée, un podcast, un tutoriel YouTube ou encore un magazine suivaient le programme (Internet actu ou Bouche Magazine par exemple). Pendant douze semaines, les médias incubés suivent des formations, rencontrent des intervenants, échangent avec les autres participants et sont accompagnés par les équipes du Tank Media. À la rentrée 2019, Mathieu Maire du Poset a annoncé vouloir aller plus loin :
« On va lancer un premier catalogue de formations autour de ces sujets d’intrapreneuriat et d’entrepreneuriat. Et une fonction d’agence/studio qui a pour but d’accompagner des médias existants dans leur capacité à développer l’intrapreneurship en interne, lancer des nouveaux projets et le faire en se connectant à cet écosystème des nouveaux médias pour aller chercher plus d’agilité et de résilience dans leur modèle ».
Fédérer une communauté
C’est l’une des ambitions affichées par le Tank Media : fédérer une communauté. Mathieu Maire du Poset l’affirme : « on travaille beaucoup sur l’esprit de promotion » des médias incubés. Les anciennes promotions rencontrent les nouvelles et ainsi de suite. Tout est mis en œuvre pour favoriser l’échange entre des acteurs issus de tout bord. C’est l’une des grandes richesses de l’incubation : la diversité. Ils ont tous des stades de développement différents, viennent de divers horizons, ne travaillent pas sur les mêmes thématiques ou objets médiatiques. « Un des enjeux pour nous est de les mettre en contact. Ils ont tous quelque chose à apprendre les uns des autres ».
La dimension événementielle est prégnante au Tank Media pour contribuer à la construction de cette communauté d’entrepreneurs média. Des déjeuners avec des intervenants sont organisés chaque mois. « Sous l’écume », un événement trimestriel, s’intéresse à une tendance médiatique en profondeur et « Horizon(s) », événement trimestriel lui aussi, s’intéresse aux métiers et aux organisations dans les médias. Une fois par an, le Tank Media organise une rencontre consacrée aux retours d’expériences d’entrepreneurs média.
Aujourd’hui, on vous présente Horizon(s), notre événement pour interroger et comprendre les impacts de l’innovation et du numérique sur nos métiers et nos organisations. 💫 https://t.co/Q2MZuKhUyj
— Le Tank media (@letankmedia) June 27, 2019
A travers l’ensemble de ces dispositifs mis en place, le but est de créer une communauté d’entrepreneurs média qui sera amenée à grossir d’année en année. Même si tous les projets n’aboutiront pas, la communauté sera malgré tout établie. C’est ce que souligne Mathieu Maire du Poset : « ce sont des dizaines et des dizaines de gens qui se rencontrent, font réseau, s’entraident, à qui on donne des façons de penser de travailler et qui vont les appliquer ailleurs dans des médias émergents ».
Ils auront également gagné en compétences qui seront utiles et valorisées pour le secteur à moyen-terme. « Ce sera peut-être une fierté de se dire dans quelques années que l’on a favorisé la naissance d’un écosystème et que l’on a aidé plein de gens à travailler différemment » ajoute-t-il. Participer à la naissance de ce nouvel écosystème est également un pari sur l’avenir. « Je pense que dans 10 ans, les cinq plus gros médias français ne seront pas forcément ceux d’aujourd’hui à un ou deux près ».
SÉRIE MEDIA LABS – épisodes précédents
- Episode 12 Stanford Computational Journalism Lab : Jeter les bases du data journalisme américain
- Episode 11 La Compagnie Rotative, l’innovation par la proximité
- Episode 10 Le MAS, nouveau bras armé de l’innovation de Nice-Matin
- Episode 9 Enquête sur les Média Labs : à la recherche de ce que les médias et l’information peuvent devenir
- Episode 8 APA-MediaLab : le Lab doit être tourné vers l’avenir
- Episode 7 L’innovation à l’Associated Press : partager une culture plutôt qu’un Lab
- Episode 6 Next Media Accelerator : comment l’Agence de Presse allemande accélère des start-ups médias et marketing
- Episode 5 Ouest Médialab, un cluster et laboratoire des médias qui accompagne les acteurs régionaux dans leur transition numérique
- Episode 4 BBC News Labs : une cellule dédiée à l’innovation média et au développement produit
- Episode 3 « Media and Democracy » : un lab de recherche et d’innovation au service du journalisme et du débat public
- Episode 2 Le MediaLab « Théophraste » de Sud Ouest : créer des relations avec l’écosystème régional de startups
- Episode 1 Le Medialab de l’AFP : la vérification de l’info et l’UX au cœur de l’innovation journalistique
Quelles stratégies concrètes pour renouer la confiance entre médias et lecteurs ?
Par Maxime Loisel, chef de projet chez Datagif, une agence de design d’information et de conseil en stratégie numérique. Billet invité
Non, la défiance envers les médias n’est pas un problème insoluble à l’ère numérique. De nombreux sites d’info explorent des pistes prometteuses, à mi-chemin entre stratégie éditoriale, design et marketing. Elles impliquent toutefois de bousculer les réflexes des rédactions et de repenser le rapport aux lecteurs.
« Tous pourris », « déconnectés du terrain », « pas crédibles » : c’est bien connu, la défiance envers les médias atteint des sommets. Difficile d’imaginer une recette miracle face à cette problématique complexe, accrue par les dynamiques de fake news.
Evidemment, la défiance des citoyens renvoie souvent à des questions de ligne éditoriale ou de financement — des paramètres compliqués à bousculer au sein d’un média. Mais renouer la confiance est aussi une affaire de choix quotidiens au sein des rédactions. De nombreuses pistes existent pour repenser la relation avec les citoyens, sans être forcément complexes à mettre en place.
Nous avons donc assemblé un vaste benchmark de bonnes pratiques observées chez des sites d’info du monde entier. Leur point commun : adopter une approche plus transparente et plus inclusive avec les lecteurs. Avec des résultats bien souvent prometteurs, bien que difficiles à mesurer.
Alors, quels leviers concrets pour les sites d’info ?
Mieux se présenter en tant que média
Les grands médias ont tendance à penser que leur notoriété est naturelle et font souvent l’économie d’une présentation claire sur leurs propres sites. Nous pensons l’inverse : dans un climat de défiance généralisée contre les « grands méchants médias », chaque rédaction devrait mieux mettre en avant sa mission éditoriale et ses valeurs. C’est naturel pour un jeune média comme Les Jours (qui doit pitcher sans cesse sa différence auprès du public), mais ce serait aussi salutaire pour les grandes rédactions nationales ! La réflexion permettrait sans doute à plus d’un site d’info de clarifier sa ligne éditoriale et de mieux se différencier de la concurrence.
Des pistes concrètes :
- Créer une zone « À propos » sur son site, et en faire un véritable manifeste éditorial
- Imaginer une baseline et des slogans marketing plus offensifs, pour incarner les valeurs du média
- Montrer son allégeance au public d’abord : baisser son paywall en cas d’actualité exceptionnelle (attentat, catastrophe naturelle…)
- Avoir un organigramme à jour, avec les contacts des journalistes
- Mettre en place des portraits pour les journalistes (et pas que les éditorialistes !)
- Développer des rendez-vous éditoriaux « incarnés » par un journaliste (rubriques, podcasts, vidéos, newsletters)
Le site local américain KPCC met en avant fortement sa mission éditoriale. Chaque journaliste rédige un “statement” adressé aux lecteurs, avec un formulaire pour les contacter.
Le Washington Post et BuzzFeed News ont ajouté des baselines à leur logo pour incarner leurs valeurs.
A gauche : la rubrique “Courrier des lecteurs” de Slate US, fortement incarnée par une journaliste. A droite : la newsletter “On Politics” du New York Times, incarnée par Lisa Lerer.
Favoriser la transparence, à tous les niveaux
La perception des médias comme une élite qui cache des choses au public et qui ne se remettrait jamais en question doit inévitablement interroger toute la profession. Les médias doivent absolument se remettre en question et adopter une démarche plus transparente, et ce, à tous les étages.
La défiance se nourrit en effet d’un manque de transparence de nombreuses entreprises de presse (notamment celles ayant pignon sur rue), peu enclines à avouer leurs erreurs éditoriales, à recueillir des feedbacks… et encore moins à expliquer leur structure actionnariale. On note également une certaine méconnaissance du travail journalistique dans la société, qui peut donner lieu à de nombreuses initiatives.
Bref, les médias feraient mieux de capitaliser sur les vertus de la transparence. Cela peut même devenir un argument marketing. Attention toutefois : la transparence est à double tranchant et nécessite d’être irréprochable à tous les niveaux…
Des pistes concrètes :
- Afficher ses règles déontologiques sur son site (de façon visible et pédagogique)
- Instaurer des déclarations d’intérêt pour les journalistes
- Expliciter davantage le processus journalistique et les choix éditoriaux
- Valoriser certains métiers synonymes de qualité éditoriale (les reporters ou correspondants étrangers, proches du « terrain » ) ou synonymes de rigueur (les correcteurs)
- Ne pas mettre sous le tapis les corrections éditoriales, et permettre de rapporter des erreurs
- Bien distinguer les articles d’actu et ceux d’opinion, y compris sur les réseaux sociaux
- Expliquer son modèle économique et son financement, et tenir des comptes réguliers
- Distinguer visiblement les contenus publi-rédactionnels et les infâmes « liens sponsorisés » Outbrain ou Taboola !
A gauche : The Globe and Mail affiche un lien vers sa charte éditoriale en bas de chaque article. A droite : Contexte publie les déclarations d’intérêts de ses journalistes.
Le site britannique Tortoise explique ses choix éditoriaux systématiquement dans chaque article.
Le site du Guardian distingue graphiquement les articles d’actualité (à gauche) et les articles d’opinion (à droite)
A gauche : Le Desk explique son modèle économique aux lecteurs de façon pédagogique. A droite : Mediapart publie ses résultats financiers en détail chaque année.
Mieux “engager” les lecteurs
Si l’effort de transparence est nécessaire, il n’est pas suffisant pour renouer un lien vertueux avec les lecteurs. C’est un pré-requis, dirons-nous. Mais les citoyens attendent davantage d’un média en 2019 qu’une simple relation d’autorité descendante. A l’heure où beaucoup de journalistes sont critiqués pour être « déconnectés du terrain », il semble urgent de s’interroger sur les façons les plus pertinentes de réintroduire les citoyens dans le process éditorial.
L’objectif : mieux connaître les lecteurs, leur donner la parole de façon encadrée, et prendre en compte leurs feedbacks dans la vie du média. Attention, ça ne veut pas dire qu’il faut faire du journalisme de la demande, ou de l’interactivité gadget !
Quelques pistes concrètes :
- Mieux designer les espaces de commentaires, pour élever la qualité du débat
- Valoriser les meilleures contributions des lecteurs
- S’organiser pour répondre aux feedbacks des lecteurs (rubrique dédiée, médiateur)
- Faire davantage de « tchats » avec les lecteurs sur l’actualité chaude
- Solliciter l’avis ou les idées des lecteurs sur des sujets d’actualité, et en faire des formats intéressants
- Délocaliser les conférences de rédaction ou les ouvrir au public ponctuellement
- Lister les expertises des lecteurs et s’appuyer dessus pour des enquêtes
A gauche : la rubrique “Reader Center” du New York Times. A droite : un extrait de la rubrique “Hyperlien” du Temps.
A gauche : le nouvel espace “Contributions” du Monde. A droite : les journalistes du Wall Street Journal orientent les commentaires des lecteurs en leur posant une question ouverte.
A gauche : le labo des propositions du Grand Débat du Parisien. A droite : Checknews, la rubrique participative de Libération.
Rue89 Strasbourg organise régulièrement des conférences de rédaction dans les quartiers populaires, pour reconnecter les habitants à l’info (et vice-versa).
La balle est désormais dans le camp des médias, pour prendre la mesure du climat de défiance qui règne dans la société. Les réponses à ce problème résident dans une réflexion inévitable sur l’écosystème médiatique en France (et notamment son financement)… mais ce n’est pas une raison pour ne rien faire en attendant que cela change !
Réinterroger la relation entre médias et lecteurs est désormais un pré-requis indispensable pour renouer la confiance. Et pour cela, plein de petites actions sont à imaginer pour reconquérir les lecteurs. Un peu de créativité et de volontarisme organisationnel peuvent mener à des résultats intéressants. Pour y arriver, le volontarisme des rédactions est un facteur capital, mais il doit également être partagé par les autres services qui contribuent à la vie d’un média (marketing, produit/UX, régie publicitaire…). Et comme bien souvent, les choix de design ne sont pas anodins : ils permettent de valoriser et d’amplifier cette dynamique !
Pour plus d’exemples, retrouvez la présentation de l’Heure Médias ici.
Lectures : nos recommandations pour cet été (1/2)
Fermez les yeux. Vous êtes sur la plage. Il fait chaud. Les rayons du soleil illuminent votre visage. Le bruit des vagues berce vos oreilles. Les grains de sable glissent entre vos doigts (un peu d’ASMR par écrit ne fait pas de mal !). Vous voilà dans de parfaites conditions pour vous installer et commencer vos lectures de l’été. Voici notre sélection !
Bonne lecture et bel été à tous !
AI Super-Powers: China, Silicon Valley and the new world order, Kai-Fu Lee
Dans AI Superpowers, Kai-fu Lee affirme qu’en raison de développements sans précédent dans le domaine de l’IA, des changements spectaculaires se produiront bien plus tôt que prévu. Avec une concurrence accrue entre la Chine et les États-Unis, l’auteur enjoint les deux pays d’accepter et d’assumer les grandes responsabilités inhérentes face à une telle puissance technologique. Il décrit clairement quels seront les emplois affectés et la période à laquelle cela devrait se produire, mais aussi la manière dont des métiers pourront être améliorés grâce à l’IA et les solutions que l’on pourra apporter face à cette disruption majeure.
Ces cons de journalistes, Olivier Goujon
S’appuyant sur une actualité brûlante, le livre analyse la situation de la presse et du métier de journaliste en 2019. L’auteur montre comment les nouveaux statuts prolétarisent des milliers de journalistes, comment la communication prend le pas sur l’information, l’urgence sur la vérité, comment la loi (fake news, protection des sources…) génère de la censure et de l’autocensure, et comment, face à cette adversité, « ces cons de journalistes » tentent de se réinventer, d’exister sur le web, de renouer avec le temps long, de créer un Conseil de déontologie, et de continuer à faire leur métier… tout simplement !
Comment s’informer, Sophie Eustache & Elodie Perrotin
Aujourd’hui, l’information est partout : chaînes d’information en continu, notifications, réseaux sociaux… Mais comment faire le tri entre le vrai, l’intox, l’essentiel ? Comment travaillent les journalistes ? Sont-ils libres d’aborder tous les sujets ? Sont-ils objectifs ? Cela fait beaucoup de questions ! Sophie Eustache et Elodie Perrotin ont mené l’enquête pour aider le lecteur à prendre le recul nécessaire face à la masse d’informations que nous recevons chaque jour.
The age of surveillance capitalism: the fight for a human future at the new frontier of power, Shoshana Zuboff
Shoshana Zuboff met en lumière les conséquences de l’avancée du « capitalisme de la surveillance » depuis la Silicon Valley dans tous les secteurs de l’économie. La menace est passée d’un état totalitaire Big Brother à une architecture numérique omniprésente : un « Big Other » agissant dans l’intérêt du capital de surveillance. Voici le creuset d’une forme de pouvoir sans précédent caractérisée par une concentration extrême de connaissances et exempte de tout contrôle démocratique.
The Future Is Asian: Global Order in the Twenty-first Century, Parag Khanna
Cinq milliards de personnes, deux tiers de la croissance économique mondiale, huit des dix plus grandes armées, cinq puissances nucléaires, une innovation technologique massive… L’Asie est également la région de la planète la plus diversifiée au monde sur le plan ethnique, linguistique et culturel, évitant toute généralisation peu significative au-delà de l’étiquette géographique elle-même. Même pour les Asiatiques, l’Asie est vertigineuse. Que vous jugiez par sa démographie, sa géographie, son économie ou toute autre mesure, l’Asie est déjà le présent – et c’est certainement l’avenir. The Future is Asian montre fidèlement l’Asie de l’intérieur, racontant comment cette méga-région se rassemble et transforme ainsi la planète entière.
L’apocalypse numérique n’aura pas lieu, Guy Mamou-Mani
Selon Guy Mamou-Mani, avec la révolution numérique qui s’applique dans tous les secteurs de la société, on ne change pas seulement d’outil. On change la condition humaine. Loin des discours catastrophistes, ce chef d’entreprise conscient des enjeux actuels brosse le tableau d’une industrie numérique par et pour l’homme et défend la vision optimiste d’une société portée par l’innovation.
La civilisation du poisson rouge : petit traité sur le marché de l’attention, Bruno Patino
Bruno Patino montre les liens entre l’économie de l’attention et de nouvelles formes de servitude. Après avoir réduit l’espace, il s’agit d’étendre le temps tout en le comprimant, et de créer un instantané infini. L’accélération générale a remplacé l’habitude par l’attention, et la satisfaction par l’addiction. Cette économie de l’attention détruit, peu à peu, nos repères. Notre rapport aux médias, à l’espace public, au savoir, à la vérité, à l’information, rien n’échappe à l’économie de l’attention qui préfère les réflexes à la réflexion et les passions à la raison. Les lumières philosophiques s’éteignent au profit des signaux numériques. Le marché de l’attention, c’est la société de la fatigue.
Spending Time: the most valuable resource, Daniel Hamermesh
Le temps est la ressource rare par excellence et constitue donc un sujet essentiel pour l’économie, qui étudie la rareté. Partant du constat que le temps est de plus en plus précieux compte tenu des demandes contradictoires et que nous avons plus de choses à acheter et à faire, Spending Time décrit et analyse la façon dont les gens utilisent leur temps et sur ce qui détermine leurs décisions.
How to Do Nothing, Jenny Odell
Jenny Odell considère notre attention comme la ressource la plus précieuse mais aussi la plus saturée que nous ayons. Une fois que nous pouvons commencer à accorder une nouvelle forme d’attention écrit-elle, nous pouvons entreprendre des formes d’action politique plus audacieuses, réinventer le rôle de l’humanité dans l’environnement et en arriver à une compréhension plus significative du bonheur et du progrès. How to do Nothing est un plan d’action pour penser en dehors des récits capitalistes d’efficacité et de techno-déterminisme.
Les Furtifs, Alain Damasio
Les Furtifs vous plonge dans un futur proche et fluide où le techno-cocon a affiné ses prises sur nos existences. Une bague interface nos rapports au monde en offrant à chaque individu son alter ego numérique, sous forme d’IA personnalisée, où viennent se concentrer nos besoins vampirisés d’écoute et d’échanges. Partout où cela s’avérait rentable, les villes ont été rachetées par des multinationales pour être gérées en zones standard, premium et privilège selon le forfait citoyen dont vous vous acquittez. La bague au doigt, vous êtes tout à fait libres et parfaitement tracés, soumis au régime d’auto-aliénation consentant propre au raffinement du capitalisme cognitif.
Plateformes : vers une nouvelle gouvernance pour des algorithmes responsables ?
Par Alexandre Bouniol, France Télévisions, MédiaLab
Ils déterminent notre fil d’actualité, notre catalogue de vidéos à la demande, nos suggestions d’achats, nos recherches internet… Les algorithmes sont omniprésents sur l’ensemble des plateformes et pourtant leur fonctionnement reste obscur, même pour les plus avisés ! Au vu du pouvoir acquis par les plateformes, sont-elles à même de pouvoir en faire « bon usage » ? C’est la question à laquelle quatre experts ont essayé de répondre à l’occasion du Forum sur la gouvernance de l’internet. Décryptage.
L’utilisation des algorithmes par les plateformes
Eric Brousseau, professeur à l’université Paris Dauphine / PSL, directeur scientifique de la chaire « gouvernance et régulation » et du club des régulateurs, directeur de l’initiative de recherche PSL « governance analytics », co-directeur du master IREN (Industries de réseaux et économie numérique) distingue deux types d’algorithmes utilisés par les plateformes. La programmation « classique » et l’intelligence artificielle (IA). Les algorithmes de l’IA sont des « logiciels sophistiqués d’inférences statistiques à très haute fréquence et de manière très approfondie avec un objectif particulier : être décisionnel ». En pratique, les algorithmes sont utilisés par les plateformes pour deux cas d’usage : le ciblage et le filtrage.
Le ciblage est utilisé dans une logique de curation de contenu. « Cela tient au fait que nous avons une attention limitée. On peut demander aux machines de sélectionner du contenu pertinent » explique Eric Brousseau. Le filtrage quant à lui permet de « prendre des mesures de protection contextuelles en évitant la censure absolue ». « Sur la question du ciblage et du filtrage, aujourd’hui le ciblage est plutôt du domaine de l’intelligence artificielle alors que le filtrage est aujourd’hui encore de la programmation ». Même si « en pratique, on utilise les deux » conclut-il.
Laurène Beccucci, doctorante à l’école doctorale 480 Montagne Humanités, souligne les limites du filtrage exercé par les algorithmes. Notamment dans la modération de contenu, pratique qui consiste à surveiller « l’ensemble des contenus soumis et générés par les utilisateurs sur des sites. Ce sont des choix éditoriaux sur des critères non arrêtés ». À l’heure actuelle, les algorithmes ont beaucoup de mal à distinguer les propos ironiques ou sarcastiques des autres. C’est la raison pour laquelle les plateformes font appel à des modérateurs de contenus en complément, qui peuvent arbitrer lorsque la machine n’est pas en mesure de le faire. Il y en aurait environ 100 00 dans le monde.
Des biais inhérents aux algorithmes
« Attention à ne pas essentialiser l’algorithme » alerte Loïc Rivière, Délégué général de Tech in France. Nous avons tendance à croire que l’algorithme est une machine auto-suffisante, mais elle reste une création humaine. Par définition, un algorithme, « c’est un processus de discrimination, il a vocation à sélectionner, classer, ordonner et donc à discriminer » renchérit-il. Il n’est pas neutre. C’est également le sens des travaux d’Aurélie Jean qui souligne que les biais cognitifs se transposent aux biais algorithmiques. Eric Brousseau confirme l’idée que « le concepteur de l’algorithme s’intéresse à son efficacité compte tenu de son objectif, mais ne s’intéresse pas à la stratégie suivie par l’algorithme ; comme les principes éthiques par exemple ».
Mais il est également possible de détourner de manière intentionnelle les algorithmes. Notamment les algorithmes de ciblage. Il est question de manipulation politique, économique ou encore d’opinion. Aurélie Jean parle « d’algorithme de captologie » pour capter l’attention de l’utilisateur. Par exemple le fait d’inciter les utilisateurs à consommer du contenu audiovisuel sur une plateforme relève de ce genre d’algorithme. Eric Brousseau voit une forme « de retrait du libre-arbitre ». Au niveau économique, il décrit « des risques de discrimination absolue et de création de situation de monopoles ou de monopsones ». Sur le plan civique, le ciblage peut selon lui aboutir « à une forme de disparition d’espace commun, de fragmentation sociale ». Il est ici question de filter bubble, théorisé par Eli Pariser, qui enfermerait chaque internaute dans sa bulle informationnelle.
Toujours selon Eric Brousseau, le filtrage fait aussi « la même chose, mais peut avoir d’autres inconvénients ». Notamment sur le principe de la propriété intellectuelle, sur lequel les algorithmes peuvent avoir une application asymétrique trop stricte pouvant peut bloquer l’innovation ou bloquer l’accès à certains types de contenus.
#IA/algorithmes? «La CNIL a un rôle d’éclaireur. Nous avions mené une réflexion #algoethique en dégageant des principes (transparence, intervention humaine, notamment sur la décision). On travaille également sur la problématique des biais pour ne pas être victime de la machine» pic.twitter.com/bJdCBZTAxA
— CNIL (@CNIL) 24 juin 2019
Un besoin urgent de nouvelle gouvernance
Eric Brousseau est clair : « il y a une menace sur l’État de droit ».
Le problème réside non pas dans l’intentionnalité des plateformes mais dans le fonctionnement de leurs procédures.
Ce sont des acteurs privés, à la fois soumis à des règles de responsabilité (comme le fait de ne pas diffuser des images violentes ou à caractère pédopornographique) et à des risques réputationnels très importants. L’image d’un réseau social peut très vite se dégrader, Facebook en étant peut-être le meilleur exemple. « Les coûts de changement de fournisseurs étant très faibles, les conséquences peuvent être catastrophiques » prévient-il. « La pression des intérêts organisés » (intérêts économiques, politiques, etc.) est très forte. Cela a pour conséquence la mise en place d’une « certaine forme de conservatisme » et de radicalité de la part des plateformes.
En ce qui concerne le filtrage, il y a en général « plus de retraits que nécessaire » et les « procédures d’appel sont très difficiles à mettre en œuvre ». Par exemple, le tableau « L’Origine du monde » de Gustave Courbet est systématiquement retiré des plateformes car les algorithmes (ou les modérateurs selon les cas) n’y voient non pas une œuvre d’art, mais une forme de nudité. Cette censure pose question, car un règlement privé entre en conflit direct avec l’État de droit en niant la liberté d’expression. « Le filtrage empêche le débat » assène Eric Brousseau. La quasi-immédiateté de ces actions pose problème, l’État de droit fonctionnant sur des temporalités plus longues. Le fait de débattre d’un retrait d’un contenu est ici impossible. Il arrive à la conclusion que « ces procédures ‘traditionnelles’ apparaissent aujourd’hui inadaptées ». « Les plateformes sont assaillies de demandes » (qu’elles viennent des pouvoirs publics, mais aussi de groupes d’intérêts privés) et il « est très difficile de toutes les traiter de manière équitable. Et ce n’est pas à eux de faire cet arbitrage. C’est un arbitrage qui relève du débat social ».
De la même manière, les pouvoirs publics ont des moyens d’action plus que limités pour agir. Leurs mandats sont limités territorialement (alors que les plateformes sont globales) et ont des compétences techniques plus que limitées face à celle des plateformes. La régulation ne pouvant s’effectuer ni par l’un ni par l’autre de manière décorrélée, Eric Brousseau propose une nouvelle forme de gouvernance sur trois axes :
- « Développer les compétences étatiques pour mieux comprendre les évolutions en cours et les moyens d’actions possibles afin d’être en mesure d’être en capacité d’action ». L’univers des plateformes étant extrêmement mouvant, il insiste sur le fait de développer une forme d’agilité des pouvoirs publics. Le droit dur ou hard law n’est donc pas nécessairement adapté pour répondre à ces enjeux.
- « Ne pas négliger l’importance du maintien de la concurrence entre les plateformes ». C’est un élément de régulation entre les plateformes. Même si la concurrence n’est pas directe, la logique du secteur étant « the winner takes all », il est important de conserver « ce que les économistes appellent la contestabilité des marchés, le fait que l’entrée soit possible ». Pas nécessairement via le même modèle, mais qu’il soit possible d’intégrer un marché à l’instar de ce que Google ou Apple a pu faire face Microsoft.
- « La vigilance citoyenne ». Elle se met en place via différents dispositifs comme la formation (donc une forme d’éducation citoyenne numérique) et l’organisation de débat publics.
Il est selon lui vital que la société fasse « évoluer ses normes sociales » notamment pour les problématiques en lien avec la vie privée qui « sont différentes de celles d’il y a vingt ans et seront différents de celles dans vingt ans ». En bref, créer de nouvelles éthiques plutôt que de revenir en arrière.
Revoir le « design institutionnel »
C’est en ces termes de « design institutionnel » que Célia Zolynski, professeure à l’école de droit de la Sorbonne, a développé son argumentation. Selon elle, il faut une régulation systémique de l’économie de l’attention qui implique la donnée, les opérateurs et les utilisateurs à l’instar du modèle du RGPD : « la logique RGPD est intéressante puisqu’elle allie responsabilisation des opérateurs et pouvoir d’agir des utilisateurs. L’objectif est d’articuler droit dur et droit mou dans une logique de ‘compliance’ différentes normes qui auraient pour intérêt d’adresser la question de façon transversale pour questionner la captation, la valorisation de notre attention. »

Un des enjeux majeurs se situe dans la capacité des utilisateurs à comprendre comment fonctionnent les algorithmes. Actuellement, le droit de la consommation est violé, car les consommateurs ne savent pas quels sont les « mécaniques intentionnelles » à l’œuvre dans les algorithmes, leurs capacités d’action sont donc limitées. Cela ne signifie pas pour autant rendre leurs algorithmes publics, qui pourraient « entrer en conflit avec le secret des affaires » alerte Eric Brousseau. À l’instar d’une étiquette sur un soda, on peut savoir quels sont les ingrédients sans pour autant avoir la recette. C’est ici la même logique.
Une autre piste envisagée par Célia Zolynski est de donner la possibilité aux utilisateurs de choisir personnellement les réglages des algorithmes. On parle de « critères de jouabilité », solution également proposée par la CNIL. Cela consiste à choisir les capteurs à partir desquels on souhaite établir notre propre attention. Concrètement cela reviendrait à choisir ce qui apparait sur notre fil d’actualité plutôt que ce que la plateforme en question choisit à notre place. Célia Zolynski propose une solution qui va encore plus loin en soumettant l’idée d’une « portabilité de notre attention » entre les plateformes. Cela permettrait de garder les critères précédemment rentrés d’une plateforme à une autre.
Pour paraphraser Tancredi Falconeri dans le film « le Guépard » : « pour que tout reste comme avant [un État de droit], il faut que tout change [la gouvernance des algortihmes] »
Pour aller plus loin sur Méta-Media :
Réseaux sociaux et médias à l’ère des algorithmes : une expérimentation sans fin ?
Ne laissez pas les robots tout seuls !
Du journalisme « chien de garde » au journalisme « chien guide » : tour d’horizon des nouvelles pratiques journalistiques constructives
Par Barbara Chazelle, France Télévisions, Prospective et MediaLab
« Where it bleeds, it leads ». Les événements relayés par les médias sont principalement négatifs et leur traitement dans les médias tend à renforcer leur caractère anxiogène. Cette négativité a un impact direct sur la consommation de nouvelles. 32% des personnes interrogées par le Reuters Institute dans sa dernière étude annuelle évitent régulièrement ou parfois les actualités.
« La négativité conduit à un manque de confiance, car la société décrite par les médias n’est pas celle que les gens voient », explique Nina Fasciaux, rédactrice et coordinatrice du Solutions Journalism Network en Europe, qui est intervenue lors du Festival de l’Info Locale fin juin à Nantes. « Mais lorsque l’on propose une solution, le public est plus réceptif à l’information : 52% sont plus enclins à lire plus d’articles du même journal et 60% à partager l’article. »
Certains médias ou organisations dans le monde ont d’ores et déjà tenté de corriger le tir à travers diverses initiatives. Journalisme positif, d’impact, de solutions, de construction… On utilise parfois un terme pour un autre, mais les approches diffèrent quelque peu. Tour d’horizon.
Le journalisme positif
Le journalisme positif ou journalisme de bonnes nouvelles se concentre… sur les nouvelles positives. Bonne humeur garantie.
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Le journalisme constructif
Ulrik Haagerup, ancien patron de l’info de l’audiovisuel public danois (DR) et fondateur du Constructive Institute, affiche l’ambition de changer la culture des médias d’ici à cinq ans. Pour ce faire, le journalisme constructif émet un certain nombre de principes à suivre. 
Le journalisme constructif s’appuie sur des méthodes de psychologie positive dans la couverture de l’actualité, impliquant davantage le public en tâchant de créer des liens sans polariser. Le journaliste devient un « médiateur » qui regarde vers le futur et répond à la question « qu’est-ce qu’on fait maintenant ».
constructiveinstitute.org / capture d’écran
À noter que le journalisme constructif est européen et n’existe pas Outre Atlantique. Il reste relativement complexe à appréhender faute de consensus clair sur la méthodologie. Considérant le projet trop vague, la BBC a ainsi choisi de s’orienter vers un « solutions focused journalism ».
Le journalisme de solution
Le journalisme de solution enquête sur une ou plusieurs réponses à un problème, en s’intéressant à leur fonctionnement et à leur efficacité.
Le journalisme de solution ne propose pas de remède miracle et ne fait pas la promotion d’une solution plutôt qu’une autre, mais propose un bilan des avantages et des inconvénients. L’article doit répondre à la question « qui fait mieux ».
« Parfois, une réponse n’est pas une solution. Mais même si le résultat est insatisfaisant, cela reste néanmoins intéressant à raconter. C’est pourquoi je préfère parler de journalisme de réponse« , explique Nina Fasciaux.
Elle conseille aux journalistes qui veulent se lancer « d’enlever tout le vocabulaire positif » de leur article afin d’éviter de tomber dans le piège du plaidoyer.
Le Learning Lab du Solutions Journalism Network propose par ailleurs un guide de base pour qui voudrait aller plus loin dans la méthodologie et a recensé plus de 6000 enquêtes correspondant à leurs critères.
Le journalisme de solutions se distingue du journalisme d’impact :
« Notre mission première reste d’informer. Si l’on crée de l’impact, de l’inspiration, c’est un bonus » précise Nina Fasciaux.
Le journalisme d’engagement
Cette approche journalistique met les communautés (géographiques ou thématiques) au cœur de la production éditoriale, du modèle de revenus ou du financement du média qui l’adopte.
A ne pas confondre donc avec le « journalisme engagé » qui prend ouvertement parti pour une cause ou une idéologie.
Nous détaillons cette approche dans notre article : L’engagement, la clé pour un journalisme durable ?
Le journalisme d’impact
L’objectif final affiché du journalisme d’impact est l’engagement de la part du citoyen. Les articles visent ainsi à encourager certains projets ou initiatives. Le but est l’action, l’activation de communauté(s).
Sur le site de espagnol En positivo, on trouve par exemple cette déclaration :
« Le journalisme en tant qu’outil de service social ne doit pas rester uniquement une simple interprétation de la réalité ; il peut aussi et doit inviter à l’action, générant finalement un impact positif sur l’environnement immédiat. »
Cela se traduit aussi par des rubriques « passez à l’action », avec des tutos Do It Yourself sur le site de Kaizen par exemple ou via des pétitions en ligne à l’instar du journal néerlandais De Correspondent ou du chatbot d’information Voxe.
Le risque pour un journaliste, c’est de « fleureter avec l’activisme » selon Nina Fasciaux.
Toutes ces approches visent à renouveler la pratique journalistique et à renforcer le lien avec le public. Rares sont les sites qui ne se revendiquent que d’une seule approche. La plupart du temps, il s’agit d’articles ponctuels ou de numéros spéciaux. L’idée étant d’équilibrer au maximum la ligne éditoriale du média.
« On aura toujours besoin du journalisme « chien de garde » qui met les problèmes en lumière. Mais il faut aussi un journalisme « chien guide » qui éclaire sur les solutions » conclut Nina Fasciaux.
L’avenir du cinéma analysé par des producteurs d’Hollywood et de petits distributeurs
Par Alexandre Bouniol, France Télévisions, MediaLab
Comment les films vont survivre les 10 prochaines années ? C’est la question à laquelle le New York Times a voulu répondre dans un article qui donne la parole à des personnalités d’Hollywood. Quelques jours plus tard, le média Indie Wire pose la même question à des petits distributeurs de films. Les avis divergent forcément. Alors, qui voit au plus juste ?
La prise de pouvoir du numérique
Moteur, ça tourne ! Et plutôt deux fois qu’une. Jamais l’industrie du film n’avait autant rapporté qu’en 2018. D’après le rapport de la Motion Picture Association of America, l’industrie a généré près de 97 milliards de dollars dans le monde. Le principal facteur de croissance est lié à l’augmentation de 16 % des recettes du visionnage à domicile pour un sous-total atteignant pas moins de 55,7 milliards de dollars dans le monde. Tendance de fond puisque « depuis 2014, les dépenses pour le numérique ont augmenté de 170% dans le monde, alors que celles pour les supports physiques ont diminué de 48% ». Le nombre d’abonnements à des services SVoD a également explosé. En une année, il a progressé de 27% pour un total de 131,2 millions d’abonnements dans le monde.
Le cinéma tient aussi une place – évidemment – prépondérante dans l’industrie du film. Les salles de cinéma ont généré à elles seules plus de 40 milliards d’euros en 2018 dans le monde. La tendance dans le monde est cependant à la baisse (-1%) alors que les recettes ont augmenté de 7% aux États-Unis et au Canada. Étrange paradoxe puisqu’il n’y jamais eu autant d’écrans de cinéma dans le monde : 190 000, soit 7% de plus par rapport à 2017.
Hollywood en proie aux doutes
Hollywood est pleinement conscient de la réalité froide des chiffres évoqués ci-dessus. On sent même une forme de peur s’installer. Le réalisateur J.J. Abrams a déclaré que « les gens avaient pris l’habitude de dire que l’industrie changeait. C’est désormais indéniable. C’est en cours ». Jason Blum, producteur de « Whiplash » et de « Get out », parle même « d’énergie nerveuse qui croit chaque jour ». Ils s’inquiètent de savoir ce qui pourra encore motiver les gens d’aller au cinéma plutôt que de regarder Netflix chez eux. Alors que le producteur de « La La Land », Jordan Horowitz, s’inquiète de ce que vont devenir les films indépendants, le réalisateur Joe Russo confie ses craintes concernant les blockbusters puisqu’il a dû « réaliser ‘Avengers : Endgame’ de manière plus sombre, ce qui n’aurait pas été le cas il y a quelques années ».
Pour inciter les gens à se rendre au cinéma, Nancy Utley, dirigeante chez Fox Searchlight pense qu’il faut accroître la sélectivité des films et donc faire un bond qualitatif majeur des films diffusés au cinéma. L’acteur Kumail Nanjiani est sur la même longueur d’onde, puisque selon lui, un spectateur pardonnera beaucoup plus à Netflix de ne pas aimer un film dans son catalogue qu’au cinéma d’être allé voir un mauvais film.
Tom Rothman, dirigeant chez Sony pense que « dans un monde du tout à la demande, l’élément différenciant est justement l’expérience que procure le cinéma ».
Il insiste notamment sur la notion de « théâtralité » d’un film. Selon lui, les gens feront le déplacement s’ils estiment que le film vaut la peine d’être vu au cinéma. Peu importe le genre, tant que l’expérience attendue est inatteignable chez soi. Le réalisateur Jon M. Chu va même plus loin en percevant le cinéma en tant qu’expérience sociale. Selon lui, le cinéma est difficilement remplaçable avec le fait de partager un film avec des amis, de la famille et des inconnus.
Mais tout le monde n’est pas aussi convaincu par la place sociale qu’occupe le cinéma. Kumail Nanjiani voit dans les jeunes une génération qui ne regarde que YouTube et qui n’a pas de culture cinématographique. Le cinéma n’aurait donc plus une place centrale dans la société. Joe Russo et le producteur Jeffrey Katzenberg, plus nuancés, voient une évolution du type de formats consommés par les jeunes auquel le cinéma doit s’adapter pour continuer de les intéresser, en feuilletonant les films par exemple.
Hollywood « un cinéma » parmi d’autres
Mais Hollywood n’est pas représentatif du cinéma mondial. Simplement sa forme la plus visible. C’est ce que Indie Wire a voulu rappeler en donnant la parole aux petits distributeurs de films, dont les avis n’étaient pas rapportés dans le New York Times.
Ryan Kampe, président de la société de distribution VisitFilms, partage en partie la vision d’Hollywood comme quoi le cinéma actuel ne va pas bien. Surtout pour les « petits films » pour lesquels le modèle classique du cinéma « est cassé ». Dennis Lim, directeur de la programmation à Film at Lincoln Center, rejoint lui aussi l’idée qu’Hollywood est en difficulté. Mais selon lui, l’art en lui-même est à dissocier du modèle économique. Il conclue son intervention par demander « comment une forme d’art pourrait-elle se maintenir ou même prospérer pendant que le modèle économique qui l’encadre s’effondre » ? Même si « le cinéma est beaucoup plus que le cinéma oscarisé et les festivals ».
Eric Hynes, conservateur au Musée de l’image animée, parle d’un Hollywood assez nombriliste. Il existe d’autres types de cinéma qui s’adressent à « des amateurs qui souhaitent regarder des films indépendants ou en 35mm ». Richard Lorber, PDG de Kino Lorber partage entièrement cet avis et invite à « élargir le débat de l’avenir du cinéma aux indépendants ». Selon lui, « il reste une communauté de passionnés soutenant l’expérience en salle de cinéma ».
Ted Mundorff, PDG de Landmark Theatres, pense qu’il s’agit davantage d’un problème conjoncturel que structurel : « depuis toujours nous avons dû traverser des épreuves et nous nous en sommes toujours remis ».
Le marché est suffisamment fort pour résister selon lui. Joana Vicente, directrice exécutive et vice-présidente du Festival International du Film de Toronto et TIFF Bell Lightbox compare l’industrie du film à l’industrie du livre « que beaucoup déclaraient comme morte alors qu’elle ne s’est jamais aussi bien porté en Amérique du Nord ».
Il faut redynamiser la programmation et créer des conditions d’engagement direct avec les cinéastes selon Rajendra Roy qui est conservateur en chef des films au MOMA. La notion de « communauté » est d’ailleurs peut-être une des clefs du problème. Rachel Jacobson, directrice de cinéma, a en effet mis en place un système de « membership » auprès de sa communauté grâce à laquelle elle tire une partie de ses revenus. Cameron Bailey, co-directeur de TIFF, suggère d’utiliser la data comme Netflix pour connaître les attentes précises des spectateurs.

Le cinéma va-t-il survivre ?
À l’instar de chaque disruption dans un secteur ou une industrie, les comportements des consommateurs changent, de nouveaux acteurs majeurs émergent, les logiques économiques ne sont plus les mêmes et les acteurs traditionnels doutent de leur capacité à faire face à un nouveau changement. Oui, le cinéma tel que nous l’avons connu va nécessairement évoluer. Mais pas pour autant disparaître. La clé pour survivre se situe dans l’innovation. Sous toutes ses formes. Elle englobe à la fois un travail d’écriture pour adapter les narrations aux nouvelles générations, une remise en cause des modèles économiques existants, l’utilisation de nouvelles formes de marketing (notamment avec une meilleure maîtrise des données), trouver de nouveaux marchés ou encore s’appuyer et renforcer les communautés d’amateurs.
Il faut garder en tête que le cinéma est une industrie mouvante depuis sa création. Le cinéma d’aujourd’hui n’est pas celui d’hier et celui d’hier pas plus que celui d’avant-hier. Il a survécu à la télévision, il survivra à Netflix. Le tout est d’accepter ces changements, s’adapter et ne pas s’attacher à une vieille chimère. Sous peine de « faire une Kodak » : s’arrêter à la pellicule…
– Fin –
Photo de Une : Ben Breitenstein via Unsplash
Liens Vagabonds : indépendance et liberté de la presse, un combat permanent
À retenir cette semaine :
LIBERTÉ DE LA PRESSE. Dans le cadre de loi contre la cyberhaine dite « Loi Avia », la Garde des Sceaux Nicole Belloubet s’interroge sur le fait de retirer l’injure et la diffamation de la loi de 1881 sur la liberté de la presse. Dans une tribune dans Libération, les journalistes dénoncent « une nouvelle atteinte à la liberté de la presse ». Face à cette levée de bouclier, la ministre de la Justice fait marche arrière et se défend de vouloir la modifier pour le moment.
INDÉPENDANCE. « Mediapart » modifie sa gouvernance pour préserver son indépendance : « il s’agit d’une invention capitalistique, qui vise à sanctuariser le capital de Mediapart pour le rendre incessible, inviolable et inattaquable » d’après Edwy Plenel.
CONFIANCE. Reporters Sans Frontières et ses partenaires lancent la consultation publique sur la Journalism Trust Initiative. Elle consiste « à définir des indicateurs pour un journalisme digne de confiance ».
Et aussi cette semaine :
Révolution dans la mesure d’audience. Médiamétrie a annoncé désormais comptabiliser YouTube dans sa mesure d’audience vidéo internet « 3 écrans ». Elle permettra une connaissance plus fine des profils des spectateurs.
Canal + prépare un plan de départs volontaires portant au moins sur 500 postes.
3 CHIFFRES
80% – c’est la part des profits sont issus des services numériques chez Axel Springer
70% – c’est le pourcentage de gamers européens qui ne sont pas intéressés par les jeux en streaming
91% – c’est le pourcentage de Britanniques qui utilisent les services de la BBC au moins une fois par semaine
LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE
Vous trouverez plus d’infographies sur Statista
NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS
- Comment bien s’informer au 21ème siècle
- Que se passera-t-il lorsque nous ferons du bon journalisme et que personne ne regardera ?
- La Norvège, un modèle pour Frånce Télévisiøns
- « Les pratiques numériques ne peuvent pas se réduire à l’utilisation des outils »
- Axel Springer, 1er groupe de presse allemand
- 80% des profits issus de services numériques
- 400.000 abonnés numériques au Bild
- Valorisation à 6,8 mds $ (> NYTimes)
- (pub imprimée = 10% des revenus / en 2010, le print assurait 70% des revenus)
SURVEILLANCE, CONFIANCE, DONNEES
- La Californie, 1er état à réduire le pouvoir des bots en les forçant à révéler leur identité artificielle
- Enquête de l’autorité de la concurrence britannique sur les pratiques de Google et Facebook
- Ce n’est pas que nous n’avons pas réussi à maîtriser Facebook et Google. Nous n’avons même pas essayé.
- TikTok sous le coup d’une enquête sur l’utilisation de données sur les enfants
- Les gardes-frontières chinois mettent une application de surveillance secrète sur les téléphones des touristes
- La panne de Facebook dévoile comment les algorithmes étiquettent vos photos
LEGISLATION, REGLEMENTATION
- La loi “haine” va transformer internet en télévision
- Députés et sénateurs s’entendent sur le contrôle des équipements 5G
FAKE NEWS, LIBERTE DE LA PRESSE
- Le » faux texte » pourrait-il être la prochaine menace politique mondiale ?
- Le WSJ a une équipe de plus de 20 personnes pour lutter contre les fake news
- Qu’est-ce qui peut nous protéger des deepfakes ?
- Légiférer pour faire cesser les deepfakes est une mauvaise idée
- Une vision optimiste des deepfakes
JOURNALISME
- Les médias qui ne personnalisent pas leurs contenus passent à côté d’opportunités « vitales » de croissance
- Produire moins mais mieux, le nouveau défi des médias sur le Web
- Les médias sont de plus en plus accessibles mais de plus en plus déconnectés de la vie des gens
- Presse locale: la grande hémorragie
- Des médias en ligne font le pari de l’investigation, « champ inexploité par la presse locale »
USAGES
- Netflix de plus en plus utilisé pour regarder des vidéos en ligne, au détriment de Facebook
- OTT, VR, podcasts : forte croissance des secteurs liés à la personnalisation dans les médias et l’entertainment d’après PwC
- La plupart des républicains ne font pas confiance aux fact-checkers, et la plupart des américains ne font pas confiance aux médias
RÉSEAUX SOCIAUX
- WhatsApp serait “bon pour la santé”
- Un ancien ingénieur de Google explique comment les réseaux sociaux nous rendent accros
- Les nouvelles conditions de Facebook entreront en vigueur le 31 juillet
- Facebook change l’algorithme de son fil d’actualité pour limiter les infox liées à la santé
- LinkedIn classe désormais le contenu en fonction de son intérêt professionnel
- Le cofondateur de Wikipédia invite à la grève des réseaux sociaux
- Instagram lance une nouvelle fonctionnalité de chat dans les stories
- Facebook et le problème des groupes privés
- Étude Kantar : le taux de pénétration des réseaux sociaux, pays par pays
PLATEFORMES VIDEOS, OTT, SVOD
- Talk show: un format que Netflix ne parvient pas à craquer
- Apple TV+ va davantage miser sur la “qualité que sur la quantité”
- Lancement de EU ARTS LIVE, la 1ère plateforme européenne interactive de diffusion en direct des arts de la scène
- Netflix resserre ses budgets et annonce la fin des films expérimentaux
- La guerre pour le streaming vidéo a officiellement commencé
STORYTELLING, NOUVEAUX FORMATS
- Radio sexe, l’émission trash et sexiste qui fait un carton chez les jeunes
- Podcast : un panorama de l’offre de la presse française
- Les memes sont les nouvelles pop stars : comment tik tok est devenu le futur de l’industrie musicale
- Le Storytelling, ce Graal de la communication
AUDIO, PODCAST, BORNES
- Podcasts : l’écosystème se structure
- Mathieu Gallet : « La plateforme de podcasts Majelan a déjà 50.000 utilisateurs »
.@majelan est déjà présent dans 137 pays et plus de 10% de ses auditeurs sont à l’international.
Merci aux 50 000 premiers utilisateurs #podcast 🎧 https://t.co/1SeeOaJACm— Mathieu Gallet (@mathieu_gallet) 1 juillet 2019
- Spotify ne permet plus aux artistes indépendants de publier eux-mêmes leur musique
- Assistants vocaux : le pari de Samsung pour livrer bataille à Alexa et Google
- Enceintes connectées : Google dépasse pour la première fois Amazon en Europe
- Les conversations avec Alexa seraient stockées indéfiniment
- Le POD. premier magazine de poche grand public francophone dédié à l’univers du Podcast.
IMMERSION, 360, VR, AR
SPORTS
DATA, AUTOMATISATION, INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, BLOCKCHAIN
Nous devons construire une offre française compétitive d’intelligence artificielle. Pour la bâtir, 1,5 milliard d’euros sera investi dans l’#IA d’ici 2022. Il nous faut aussi les compétences nécessaires et les formations adéquates pour développer cette technologie #StratégieIA pic.twitter.com/aS6lIPhAd7
— Bruno Le Maire (@BrunoLeMaire) 3 juillet 2019
- La Commission européenne publie ses recommandations de politique et d’investissement pour une IA de confiance
- Principales tendances du paysage des données et de l’IA en 2019
- Les États-Unis demandent à Facebook de mettre en pause la Libra
- Pourquoi l’IA ne peut pas résoudre la modération de contenu
5G / MOBILES / TELCOS
CINÉMA
PUBLICITE, MONETISATION
OUTILS
- Des outils pour accéder gratuitement à des articles scientifiques
- Brizy : un outil gratuit (ou presque) pour générer des landing pages solides en drag’n drop
ES avec l’équipe Méta-Media
Réseaux sociaux et médias à l’ère des algorithmes : une expérimentation sans fin ?
Par Claire Aboudarham et Louis Thibault, de Presscast.io. Billet invité.
Depuis l’émergence des réseaux sociaux, des algorithmes publicitaires dictent notre accès à l’information et aux différents types de contenu présents sur Facebook, Twitter ou encore Instagram. Entre les changements d’algorithme et des intérêts économiques divergents, la relation entre médias sociaux et médias traditionnels est aussi symbiotique que paradoxale. Edgerank, l’algorithme créé spécifiquement par et pour Facebook, change régulièrement de priorités. Vidéos live mises en avant (2017), avant de prioriser les groupes et les communautés (2018) ou encore les posts de notre entourage (famille et amis proches…) depuis mai dernier.
Comment fonctionnent les algorithmes des réseaux sociaux ?
Les algorithmes des réseaux sociaux (Facebook, Twitter…) ont été créés pour s’assurer que seul le contenu pertinent et intéressant aux yeux des utilisateurs n’atterrissait sur leurs fils d’actualité personnalisés.
En analysant nos réactions personnelles (le nombre de likes que nous pouvons donner sur une période de temps donnée, le nombre de commentaires que nous postons ou encore les statuts et liens que nous pouvons partager ou sauvegarder, entre autres…) ainsi que les réactions similaires de notre réseau, EdgeRank est capable de déterminer les posts les plus aptes à nous faire réagir et donc, sur du plus long terme, à nous faire rester sur sa plateforme.
Comme l’explique Antoine Bonino, doctorant en sciences de l’information et de la communication au CELSA – Sorbonne Université, les algorithmes de ces plateformes doivent « inciter les usagers à « participer » à la pratique communicationnelle proposée par la plateforme. Ils doivent les inciter à lire et à manipuler les contenus exposés afin, ultimement, de requalifier les usages enregistrés et les incorporer à une ingénierie publicitaire relativement sophistiquée. »
Pourquoi ces changements d’algorithme ?
Ces changements sont ancrés dans une dynamique de recherche ou d’optimisation de leur business model. Pour les réseaux sociaux, l’algorithme parfait optimise l’implication des utilisateurs et pousse les advertisers à dépenser plus.
Camille Saint-Paul, présidente de 5e Rue et maître de conférences à Science Po, explique :
« On le sait, sans publicité, seuls 8 à 10% des contenus que vous postez (sur Facebook, NDLR) seront in fine visibles par la timeline de votre audience. Les annonceurs et les médias sont ainsi obligés de payer pour être vus. »
Elle ajoute : « L’usage quasi-forcé de la publicité a de fait multiplié les mécontentements, notamment les internautes qui refusent les publicités intrusives. Autre motif de mécontentement de ces internautes : l’usage de leurs données comportementales pour ces stratégies de targeting, qu’a révélé l’affaire Cambridge Analytica ».
Des inquiétudes majeures des citoyens pour la protection de leur vie privée qui ont d’ailleurs mené à une audience du Congrès après des soupçons d’ingérences russes lors des élections présidentielles américaines de 2016.
Ce scandale serait d’ailleurs à l’origine de la dernière récente « réécriture algorithmique » de Facebook. Il s’agirait en effet d’une « manoeuvre éditoriale visant à mitiger le feu des récents scandales qui brûle la crédibilité de la plateforme », interprète Antoine Bonino.
Des changements obligatoires au sein des rédactions
Ces changements d’algorithmes ont d’ailleurs valu à de nombreux médias, dépendants de ces plateformes, à repenser leur utilisation et à pivoter leur priorité sur d’autres types de contenu.
BuzzFeed s’est vu obligé de licencier de nombreux employés au Royaume-Uni et de fermer sa branche française. Vox Media a fermé une cinquantaine de postes dédiés à la vidéo sur les réseaux sociaux. Mic.com a été vendu pour 5 millions de dollars (alors que le média avait levé plus de 60 millions de dollars à son lancement), après avoir laissé partir la quasi-totalité de ses équipes (près de 100 personnes), focalisées quasiment exclusivement sur la vidéo.
Depuis les changements d’algorithme de janvier 2018, un des plus impactants pour les médias, les publications des médias ont perdu 9.4% de réactions et d’interactions sur leurs updates en moyenne selon le rapport Private Sector News, Social Media Distribution,and Algorithm Change du Reuters Institute for the Study of Journalism de septembre 2019.
« Les professionnels savent que la plateforme n’est pas la panacée publicitaire qu’elle prétend être et que leurs intérêts à y publier sont limités, mais simultanément, ils sont tenus de produire des contenus dédiés s’ils espèrent tirer parti des suppléments de visibilité qu’elle ne cesse de promettre », complète Antoine Bonino.
Si, aux premiers jours de Facebook, les annonceurs et les médias traditionnels semblaient fascinés par les opportunités d’exposition offertes par le réseau social, l’usage leur a appris à tempérer leurs espoirs.
« La méfiance progressivement acquise par les professionnels est étroitement liée aux irrégularités des « performances » enregistrées par leurs propres pages, aux anomalies observées au niveau des « résultats » de leurs campagnes publicitaires, etc. », ajoute-t-il.
Les médias doivent-ils stopper leur utilisation des réseaux sociaux ?
Selon Camille Saint-Paul, ces plateformes constituent encore et toujours des “points de contact essentiels vers l’internaute”. Elle ajoute que “les médias n’ont de choix que de composer avec eux”, mais sans forcément “dépendre d’eux.”
Cela implique aussi pour les médias de « ne pas mettre tous les œufs dans le même panier » et ne pas céder aux sirènes du « tout social media » ajoute la présidente de 5e Rue. C’est toute la réflexion en cours sur les modèles payants qui impliquent de créer du contenu de forte qualité et ciblé. Cela semble d’ores et déjà fonctionner pour des médias comme Mediapart, en France, ou The Guardian, en Angleterre.
Cette opinion est également partagée par le Reuters Institute qui, dans son rapport Journalism, Media, and Technology Trends and Predictions 2019 , montre que l’objectif premier de plus de la moitié (52%) des « Digital Leaders » interrogés est désormais l’abonnement payant.
Pour la première fois, le modèle d’abonnement dépasse le display advertising en terme d’objectifs de revenus pour les rédactions. Ces modèles payants apportent en effet de nombreux avantages aux médias.
Ben Whitelaw, chef du développement des audiences pour The Times, explique, « qu’un des grands avantages d’un modèle focalisé sur des abonnements payants est sa résilience face aux changements de ces plateformes. C’est si rafraîchissant d’être capable de ne pas avoir à organiser des réunions d’urgence à chaque fois que nous entendons parler un nouveau changement d’algorithme de Facebook ou de Google. »
Que ce soit par manque de ressources ou par manque de nombre de lecteurs, la viabilité du modèle économique de l’abonnement ne semble toutefois profiter qu’aux poids lourds de l’industrie tels que le Times ou The Guardian.
Aux yeux de Thomas Pain, rédacteur en chef de Sport’s House, »un média doit obtenir une certaine notoriété et crédibilité pour espérer rentabiliser un système d’abonnement. Personne n’a de problème avec le fait de payer un abonnement au New York Times ou au journal Le Monde, par exemple, mais pour une structure plus jeune, c’est d’ores et déjà un pari plus risqué. »
Pour ces plus petites structures médiatiques, plutôt que de vendre de l’information, la diversification des revenus s’explique davantage par de la vente d’influence, tels que le guest posting, les articles sponsorisés, la vente de tweet, les webinars, ou encore les formations en ligne, entre autres.
Il s’agit désormais de penser à d’autres canaux stratégiques et de penser à la question du média digital d’une manière plus globale.
« Les médias doivent penser à d’autres canaux et à d’autres réserves d’audience, comme les podcasts par exemple, ou encore les assistants vocaux », ajoute Camille Saint-Paul.
Une expérimentation sans fin pour les médias
De plus, si les réseaux sociaux n’apportent pas, ou plus, de forts revenus aux médias, ils restent de bons moyens d’obtenir des accès directs à de nouvelles audiences, des vues, des renvois directs sur leur site principal, et une grande visibilité.
Comme expliqué au Reuters Institute par Nicolas Moscovici, rédacteur en chef en ligne de LCI : « Nous ne gagnons pas d’argent grâce aux réseaux sociaux. Il y a seulement une monétisation indirecte, à travers du trafic qui renvoie directement vers notre site web. »
Les changements d’algorithmes poussent les médias à expérimenter de nouveaux types de contenu sur ces plateformes. Sans réelles garanties de résultats ou de revenus.
« Nous posons parfois des questions aux équipes de Facebook, mais n’obtenons pas toujours de réponses. Nous conduisons donc nous-même nos tests pour tenter de comprendre ces nouveaux systèmes », explique un journaliste au Reuters Institute.
« Si les professionnels peinent à déterminer ce qu’ils ont à gagner au jeu de la conformité initié par les plateformes, ils savent clairement ce qu’ils ont à perdre s’ils enfreignent les politiques éditoriales affichées », explique Antoine Bonino.
Il conclut en expliquant que « ces sanctions peuvent prendre diverses formes, allant de l’avertissement à la liquidation des comptes fautifs ou – dans le cas des moteurs de recherche – à la désindexation. Les sanctions silencieuses – liées à des réécritures algorithmiques implémentées en tapinois – sont assez régulières pour dissuader les éditeurs de ne pas multiplier les risques. »
Un paradoxe à part entière pour ces médias, qui se doivent de créer du contenu spécifique pour ces plateformes, tout en suivant leurs directives floues, voire souvent inconnues.
Photo de Une: Con Karampelas on Unsplash