[News Xchange] Waleed Aly prône plus de diversité dans les rédactions

Par Laure Delmoly, France Télévisions, MediaLab

Un Australien sur quatre est issu de l’immigration et parle une autre langue que l’anglais chez lui. Pourtant, si vous regardez la télévision australienne, vous aurez tendance à croire que l’Australien est un “hipster blond” originaire de Sydney ou des alentours. Pour la vedette de télé australienne Waleed Aly  “il est grand temps d’avoir plus de diversité dans nos rédactions”. 

Diversité culturelle, mais surtout diversité des formations et des domaines d’expertise des journalistes. 

Interview de Méta-média lors de la conférence News Xchange 2019 à Paris.

Plus de diversité culturelle devant et derrière la caméra

Tout comme en politique, le métier de journaliste comprend une fonction de représentativité. Il faut donc un concentré de diversité dans les rédactions pour que celles-ci soient à l’image de l’Australie. Pour le journaliste d’origine égyptienne, le manque de diversité culturelle dans les médias reste encore un sujet. En 2016, lors de la cérémonie de remise de prix de la télévision australienne, Waleed Aly dédie son logie à « Dimitri, Mustafa et tous ceux qui ont des noms imprononçables comme Waleed » et provoque une vive polémique dans son pays.

Et Waleed Aly d’ajouter : « Lorsqu’on regarde la télévision australienne, il y a très peu de diversité à l’écran. En radio, on entend quelques accents. Dans la presse écrite, on peut trouver des noms difficilement prononçables. Moins le média est visuel, plus l’idée de diversité semble confortable. »

Au lendemain des attentats de Christchurch, Waleed reçoit la Première ministre néo-zélandaise Jacinda Ardern dans son émission TV « The Project » et salue la réaction d’un pays comme la Nouvelle-Zélande à une telle attaque. La PM Jacinda Ardern avait décidé de porter un Hijab noir au lendemain des attentats en solidarité avec la communauté musulmane.

 

Des cursus divers et variés dans les rédactions

Pour Waleed, avocat de formation, le problème réside surtout dans le manque de diversité des cursus. “Aujourd’hui, les rédactions sont constituées de professionnels qui sont allés dans les mêmes écoles pour étudier les même choses. Ils sont en quelques sorte des clones les uns des autres.”

Si la professionnalisation du métier de journaliste permet une plus grande technicité audiovisuelle et numérique, elle va de pair avec une uniformisation. “Le regard sur la société de professionnels formés en finance, en droit et dans les métiers manuels est non seulement intéressant mais nécessaire”.

A cela s’ajoute les effets pervers d’un métier de plus en technique. Waleed dénonce le règne de l’“écriture minute” qui ne permet pas de voir émerger les sujets à temps.

“Si il n’y a pas de réelle querelle du type “il a dit, elle a répondu” – nous n’avons pas de matériau de reportage assez fort et nous ne traitons pas le sujet. Cela impacte fortement notre façon de faire du journalisme.” 

Comment remédier à cela ? La réponse est claire « Une plus grande prise de risque dans les processus de recrutement. »

La diversité, un acte de légitimation de la profession

“Aujourd’hui, les gens sélectionnent ce qu’ils regardent et ce qu’ils lisent en fonction de leur identité” commente Waleed Aly

S’informer dans ces conditions n’est plus un acte d’engagement civique mais une expression d’individualisme. Pour l’éditorialiste et universitaire, le maintien d’une sphère publique inclusive est nécessaire pour permettre l’engagement civique.

« Si la sphère publique est exclusive. Si certaines personnes n’y sont plus représentées. Elles n’ont plus d’existence civique. »

Assurer la diversité dans la profession constitue donc acte important de légitimation dans une période de défiance générale envers les médias.

Plaidoyer de Waleed Aly pour la diversité dans les médias (2017)

 

« Lorsque j’ai voulu évoquer la prison indonésienne de Kerobokan en tant que journaliste TV, voici la réaction que j’ai obtenu : si tu prononces le nom à l’indonésienne, les gens ne vont pas comprendre. Cette réponse n’était pas déraisonnable mais elle significative. On me demande de mal prononcer un nom pour me conformer à une façon de faire. » 

Et Waleed d’ajouter, « Si il y avait davantage de journalistes d’origine indonésienne dans les rédactions news des médias australiens, cet épisode n’aurait jamais eu lieu »

Crédit photo : Ten Network Australia

Le long format : une solution contre la malbouffe de l’info

Par Diana Liu, France Télévisions, MediaLab

La surabondance de formats courts et la défiance générale envers les médias suscitent un désintérêt du public pour l’information. Le long format permet de remédier à cette tendance générale. Les professionnels des médias l’ont bien compris. Retours d’expérience à l’occasion des #NPDJ à l’École de journalisme de Sciences Po Paris.

Une solution contre la malbouffe de l’info

“Dans une économie de l’attention, nous sommes fatigués par la sursollicitation [d’information]. Il y a des signaux faibles de cette fatigue : le nombre trop élevé d’alertes nous conduit par exemple à désactiver les notifications.”  Bruno Patino, Directeur éditorial d’ARTE et de l’Ecole de journalisme de Science Po Paris

“Aux États-Unis, 7 Américains sur 10 se sentent épuisés par les informations.” Jeffrey Gottfried, Chercheur au Pew Research Center.

À travers des méthodes de reportage rigoureuses et transparentes, le long format restaure le lien de confiance. En cela, il est une solution contre la fatigue sensorielle suscitée par la surabondance de formats visuels courts souvent sensationnels.

Un storytelling pour créer de l’empathie

Aujourd’hui, l’importance est de plus en plus accordée à la narration.

« Le meilleur long format est plus qu’une simple présentation des faits — il permet l’empathie et la compréhension émotionnelle. » Robin Kwong, Responsable de l’innovation à la rédaction du Wall Street Journal

Charlotte Pudlowski, co-fondatrice du studio de podcast Louie Media, s’inspire des codes de narration de Save the Cat de Blake Snyder. « Pour la structure, il faut un début, un milieu et une fin  — et des ruptures inattendues. Les personnages ne doivent pas être archétypaux. Et surtout, il faut dire quelque-chose. Ce n’est pas suffisant de raconter gratuitement. »

Et Géraldine Sarratia, animatrice du podcast « Goût de M » d’ajouter : « Il est important de trouver le système narratif adéquat par rapport à l’histoire »

Le journalisme doit se réinventer. Pour Hossein Derakhshan, écrivain canado-iranien, ce renouvellement aura lieu dans une approche interdisciplinaire où le journalisme s’inspirera du cinéma, du théâtre, de la musique et du dessin. “Je crois à la rencontre entre l’art et le journalisme, entre l’affect et les faits.”

Un espace suffisant pour le décryptage et l’analyse

Mais le long format ne se limite pas aux codes du storytellingIl faut se poser la question du rapport du récit à la réalité. Julia Angwin, rédactrice en chef de The Markup, propose de mettre à l’épreuve des hypothèses en analysant les données.

« Les lecteurs veulent tirer des conclusions concrètes des histoires qu’ils entendent – ils veulent des données. Par exemple, dans quelle mesure les inondations à Venise et les incendies aux États-Unis sont-ils liés au changement climatique ? »

« [À Markup] nous présentons les résultats de nos enquêtes et nos preuves. C’est important pour les lecteurs parce qu’ils tiennent à la véracité de l’information qui leur est présentée. » 

Alexi Mostrous, éditeur chez Tortoise estime également que le flux d’information raconte beaucoup mais informe peu. Pour lui, tous les articles sont similaires. Les journalistes y relatent des informations quotidiennes sans y apporter une réflexion.

“Et si on consolidait les ressources afin de se concentrer sur les questions au cœur de l’actualité ? Les lecteurs se sentiraient plus informés et moins submergés [par les informations]. » Alexi Mostrous, éditeur chez Tortoise

Dans cette démarche pour mieux informer le public, la presse écrite joue un rôle essentiel. L’abonnement à Tortoise comprend une édition trimestrielle d’articles long format : « Les lecteurs aiment bien avoir un produit qu’ils peuvent garder. »

Clément Boulle, journaliste chez Big Time, souligne le succès grandissant des « Mooks » (magazine-books) tels que America et Zadig, qui permettent de s’éloigner du “bruit” des smartphones.

Une expérience d’information immersive et personnalisée

De nouveaux formats visent à placer le spectateur au cœur d’une expérience interactive.

Pour Clara Borrás, Directrice de l’innovation et du numérique de Frontline sur PBS, leurs documentaires « permettent d’exploiter la curiosité du public et ouvrent la voie vers un engagement plus long et plus profond ».

Et pourquoi pas combiner jeu vidéo et journalisme ? Robin Kwong a créé avec son ancienne équipe du Financial Times, « The Uber Game », un jeu interactif exploitant le journalisme de données qui met l’internaute dans la peau d’un conducteur Uber.

Crédit photo : Source.opennews.org

Meghan Sims, Directrice de la stratégie vidéo chez McClatchy, un conglomérat américain d’information local, présente les nouvelles techniques de « journalisme volumétrique (3D) » utilisées dans les rédactions.

Le journal local Sacramento Bee a créé un format 3D pour mettre en image une tentative ratée de sauvetage d’une policière abattu en plein service. « C’est un médium idéal lorsque les objets et les photos sont essentiels pour comprendre une actualité. » commente Meghan Sims.

II ne faut pas non plus hésiter à se servir de ces technologies dans la vie réelle. « Nous constatons un degré élevé d’engagement des spectateurs pour la Réalité Augmentée et la Réalité Virtuelle lors de grands événements. Le contact avec le spectateur dans la vie réelle peut créer un lien durable en faveur du journalisme local. » ajoute-t-elle.

La personnalisation des contenus fait également partie des expérimentations. L’équipe de la BBC a produit un documentaire qui s’adapte aux préférences des internautes. Avant de le visionner, l’individu répond à une série de questions, et ses réponses déterminent la présentation de l’histoire. “Nous souhaitions raconter différentes versions de la même histoire afin de mieux répondre aux besoins de nos publics » explique Matthew Brooks, ingénieur R&D à la BBC.

Bien que l’équipe ait reçu de nombreux retours positifs sur ce nouveau format, les utilisateurs s’inquiètent de la « chambre d’écho » que cette approche personnalisée de l’information pourrait créer.

La possibilité pour le public de participer et d’agir

Dans un climat général de défiance, les médias explorent des pistes pour renouer avec leur public.

Laetitia Limmois, journaliste vidéo sur Snapchat Discover souligne l’importance de faire participer le mobinaute à la production et l’exploration de l’information. « On a affaire à une génération qui aime s’exprimer et participer. »

Lucie Beudet et David Creuzot, cofondateurs de Konbini proposent à leur communauté des pistes d’action. Lorsque Konbini a traité la famine au Congo, le pure-player a décidé de lancer un programme de levée de fonds. En une semaine, 500,000 euros ont été récoltés. « Cela est très révélateur de la façon dont les gens consomment l’information aujourd’hui – ils ne sont plus du tout passifs – il veulent changer les choses » explique Lucie Beudet. Et David Creuzot d’ajouter « le journalisme peut mener à davantage d’engagement dans la vie réelle. »

Chez Tortoise, Alexi Mostrous invite les abonnés à participer à la production journalistique à travers des « ThinkIns » — des événements bihebdomadaires qui rassemblent des membres du public et des experts pour discuter d’un thème précis. Derrière cette initiative, une volonté d’inclusion et de transparence. “Nous souhaitons créer un cercle vertueux entre ces think-ins et notre journalisme » explique Alexi.

Crédit photo : Facebook, École de journalisme de Sciences Po

Liens vagabonds : en Chine, plus de limite pour la reconnaissance faciale

À retenir cette semaine : 

Chine & Reconnaissance faciale – La Chine et les Etats-Unis franchissent une étape décisive en terme de reconnaissance faciale. Des scientifiques chinois au Xinjiang utilisent des échantillons de sang de Ouïghours détenus pour développer une technologie qui permettrait de recréer l’image d’un visage à partir de son ADN. Une nouvelle appli de reconnaissance faciale peer to peer a été créée par le bureau de police de GuangzhouLes géants de la surveillance technologique chinoise proposent de nouveaux standards internationaux pour la reconnaissance faciale à l’ONU

Censure & réseaux sociaux – Facebook réfléchit à une réglementation plus stricte sur les publicités politiques. Mark Zuckerberg a encore défendu en public sa décision de ne pas retirer les publicités politiques fausses en comparant l’alternative à une censure, et publié à contre-cœur un correctif sur le post d’un utilisateur à la demande du gouvernement singapourien. Mais en privé, la position du fondateur semble s’adoucir :il  suggère de limiter les publicités politiques et de les labeliser.

Géants de la Tech & défaveur – Les fondateurs de Google démissionnent du groupe AlphabetMais si ces derniers quittent leur rôle exécutif en bon terme, d’autres employés  défient les pratiques anti-syndicales des géants de la Tech partout dans le monde. 4 employées licenciés par Google la semaine dernière ont l’intention de porter plainte contre l’entreprise. Pendant ce temps là, en Chine, Huawei perd le soutien fervent des Chinois pour avoir emprisonné un ancien employé pendant 251 jours. Celui-ci exigeait des indemnités de départ.. 

3 CHIFFRES

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE 

NOS MEILLEURES LECTURES / DIGNES DE VOTRE TEMPS

TENDANCES 2020

DISRUPTION, DISLOCATION, MONDIALISATION

SURVEILLANCE, CONFIANCE, DONNEES

Images from a 2018 study on age estimation and age-related facial reconstruction of Uighur men by analyzing 3-D facial images.

LEGISLATION, REGLEMENTATION

FAKE NEWS, DESINFORMATION, LIBERTE DE LA PRESSE

JOURNALISME

STORYTELLING, NOUVEAUX FORMATS

ÉCOLOGIE

USAGES

RÉSEAUX SOCIAUX / MESSAGERIES

NOUVELLES FONCTIONNALITÉS

STREAMING, OTT, SVOD

AUDIO, PODCAST, BORNES

DATA, AUTOMATISATION, INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, BLOCKCHAIN

5G / MOBILES / TELCOS

PUBLICITE, MONETISATION

IMMERSION, 360, VR, AR

JEUX VIDEO, eSPORT

TECH, STARTUPS, INNOVATION, TRANSFO NUM

OUTILS

ES avec l’équipe Méta-Media

La fin de l’ère des plateformes pour les médias d’infos déçus

Par Diana Liu, France Télévisions, MediaLab.

Pour les éditeurs de presse, c’est la fin de l’ère des plateformes. Ou du moins, la fin d’une ère de « collaboration les yeux fermés » avec les plateformes numériques dont les produits, basés sur des revenus publicitaires et une croissance d’audience apparemment sans limite, n’ont pas généré les retours sur investissement espérés.

C’est le constat du rapport paru il y a quelques jour : « Plateformes et éditeurs : la fin d’une ère » de l’École du Journalisme de Columbia University — une conclusion parmi d’autres tirée d’interviews de professionnels de 27 organisations média (médias traditionnels et « pure players »), 6 plateformes et 1 fondation.

Ce rapport, qui s’inscrit dans le cadre d’une étude pluriannuelle menée par le « Tow Center for Digital Journalism » de Columbia, traque l’évolution de la relation entre ces deux entités, longtemps prises dans un bras de fer.

Les éditeurs ne sont plus dupe — l’optimisme encouragé par les plateformes permettant une publication à grande échelle, avec d’importantes retombées en revenus publicitaires, a pratiquement disparu. Il s’agit désormais de se concentrer sur leur public historique en les attirant vers une offre riche et diversifiée qui ne serait plus dictée pas les exigences des plateformes.

Les éditeurs ne cessent pas leur collaboration avec les plateformes — mais elles élaborent des stratégies en se focalisant d’abord sur leurs propres objectifs. Les plateformes sociales ne sont qu’un moyen parmi d’autres pour y parvenir.

Les plateformes rentrent dans la course et développent des stratégies vis-à-vis de l’information. Elles développent leurs propres rédactions en interne et procèdent à davantage de curation éditoriale dans les fils d’actualités.

Malgré le scepticisme des éditeurs, les plateformes essaient toujours de les attirer avec de nouveaux produits comme Apple News+ et Facebook News Tab. Et on observe une course dans le financement d’initiatives journalistiques, surtout pour les informations locales.

Une nouvelle étape est franchie dans la relation éditeur – plateforme qui met en lumière le déséquilibre flagrant entre les ressources et le pouvoir de ces deux entités et les problèmes éthiques qui en découlent.

Pour les éditeurs : repenser la relation avec les plateformes

1Contrôler son propre modèle de revenu

Le contrôle sur son propre modèle de revenu est désormais considéré par les éditeurs comme la clé du succès. Les médias cherchent à limiter leur dépendance aux plateformes et à tirer leurs revenus d’un modèle basé sur la diversification d’offre : des abonnements, bien sûr, mais aussi de nouveaux produits à valeur ajoutée comme des newsletters, des événements, des produits dérivés, du contenu sponsorisé, des liens d’affiliation et des services d’agence.

Dans cette offre diversifiée, les revenus d’abonnement jouent un rôle prépondérant. Parmi les 12 éditeurs interrogés, les trois « digital natives » BuzzFeed News, HuffPost et Vox, ont tous lancé des offres d’abonnements cette année.

Cette stratégie permet aux éditeurs de mieux maîtriser l’expérience utilisateur, d’avoir accès aux données de ses utilisateurs et de s’appuyer sur un modèle de revenu plus sûr. Un bon moyen de se protéger des changements stratégiques imprévisibles des plateformes.

Crédit photo : cjr.org

2Se recentrer sur l’audience historique

Une conséquence de cette obsession du trafic sur les plateformes était la déshumanisation de l’audience et la dégradation du contenu publié. Les individus deviennent des clics et la ligne éditoriale tombe sous le contrôle de la viralité. Dans le rapport de 2017, les chercheurs ont remarqué que « le journalisme à haute valeur civique a été discriminé par un écosystème qui favorisait l’échelle et le partage ».

Leçon importante : toute stratégie qui éloigne l’attention de l’éditeur de son public le plus fidèle est vouée à l’échec. Cette année, les éditeurs mettent la relation au public et surtout au public le plus fidèle (les abonnés) au coeur de leur stratégie. « Nous avons besoin d’être plus respectueux de notre public, parce que nous devons entretenir une relation directe avec celui-ci. Ce sont de vraies personnes pour qui l’actualité est importante, qui veulent pouvoir nous faire confiance. » En effet, si l’objectif est d’avoir des utilisateurs fidèles et engagés, les médias doivent se concentrer davantage sur la création des contenus de qualité à la place de contenus qui n’obtiendront qu’un seul clic de l’internaute.

3Faire preuve de prudence vis-à-vis des plateformes

Des années de déférence envers les plateformes malgré des rendements décevants ont rendu les éditeurs plus sages — et sceptiques — à leur égard. Ils favorisent maintenant une approche plus mesurée : « quel est notre objectif et est-ce que les plateformes peuvent nous aider à l’atteindre ? Si oui, faisons un partenariat, sinon, ne perdons pas notre temps. »

De plus en plus, les éditeurs voient les plateformes comme un outil lors de la première étape utilisateur : la découverte du produit éditorial. lls mettent ensuite en place des stratégies afin de convertir les internautes et de les fidéliser sur leur propre plateforme. Les éditeurs définissent mieux leurs objectifs en amont et relèvent ainsi le niveau exigé pour rentrer en négociation. Selon un éditeur : « Si la négociation n’évoque pas le revenu ou la rétention, cela ne vaut pas la peine. »

Crédit photo : Support.apple.com

 

Pour les plateformes : réorienter son approche de l’information

1Payer pour du contenu de qualité

Les services d’agrégation de contenus sont les nouveaux produits en vogue que les plateformes veulent vendre aux éditeurs… Mais pas sûr que ceux-ci en veulent ! Apple News+ a été lancé en mars 2019 sans la participation du New York Times et du Washington Post, que l’entreprise a essayé de convaincre à plusieurs reprises.

La proposition d’Apple sur le partage des revenus : 50 % pour l’entreprise et 50 % répartis entre les éditeurs a été fortement critiquée. Sans la participation des médias américains les plus réputés, il n’est pas surprenant que le service ait des difficultés à attirer des abonnés.

Facebook, qui a signé des contrats pluriannuels de millions de dollars avec des éditeurs comme le New York Times et le Wall Street Journal pour le Facebook News Tab, va peut-être changer la donne. Robert Thomson, PDG de News Corporation, a déclaré que cette nouvelle approche était « exactement ce que les éditeurs demandaient » lors du lancement du produit en novembre dernier. Les éditeurs interviewés dans le rapport ne pouvaient pas encore bien évaluer l’utilité de ces produits, mais une chose est sûre : ils les considèrent comme des outils parmi d’autres.

2Créer des rédactions en interne

Avec la création des « salles de rédaction » interne chez Apple et LinkedIn ainsi que la formation d’une équipe de journalistes pour modérer l’actualité sur le Facebook News Tab, la frontière entre plateforme et éditeurs s’estompe de plus en plus.

Suite aux accusations de renforcement de la désinformation, les fils d’actualité des plateformes sont de plus en plus modérés par une équipe éditoriale plutôt que par des algorithmes opaques.

« Les plateformes considèrent désormais les éditeurs humains comme étant essentiels à leurs équipes éditoriales plutôt que du personnel temporaire à remplace à terme. »

Crédit photo : Unsplash.com

3Financer des initiatives journalistiques (surtout locales)

Depuis la publication du rapport précédent en juin 2018, Google et Facebook font de la surenchère pour financer le journalisme. Les deux plateformes ont chacune investi 300 millions de dollars dans le journalisme à l’échelle mondiale, à ventiler entre 2019 et 2022, en se concentrant sur les initiatives d’information locales aux États-Unis.

Facebook a tenu son premier sommet sur les actualités locales pour rencontrer les éditeurs et discuter de leurs attentes à l’égard de la plateforme. Le réseau social a créé des bourses visant à soutenir les initiatives qui « connectent des communautés avec des salles de rédaction locales ».

Google, lui lance des projets expérimentaux sur l’actualité locale et finance la création de nouvelles salles de rédaction sans intervenir sur l’éditorial.

Un bras de fer qui pose des problèmes éthiques

Ces initiatives de financement du journalisme émergent à un moment où la société civile met de plus en plus de pression éthique et réglementaire sur les plateformes. Mais alors que celles-ci essaient de regagner (ou racheter) la confiance des éditeurs, ces derniers restent sur leurs gardes, conscients des dilemmes éthiques dans cette alliance fragile.

Les éditeurs sont confrontés à une sorte d’hypocrisie lorsqu’ils publient sur ces plateformes des reportages accablants sur leurs pratiques. Certain éditeurs s’interrogent sur leur complicité en attirant l’audience vers des plateformes dont ils condamnent les pratiques.

Ce qui inquiète encore davantage les éditeurs, c’est le nouveau rôle que les plateformes s’octroient dans le financement du journalisme. Elles prétendent donner carte blanche… Cependant, les initiatives qu’elles financent ne peuvent que forger le journalisme d’une manière qui soit avantageuse pour elles.

Les plateformes, après avoir siphonné les revenus publicitaires des éditeurs, s’apprêtent à les redistribuer — mais selon leurs propres termes. Cela met en lumière une question essentielle : comment bâtir et maintenir des organisations médiatiques techniquement et idéologiquement indépendantes ?

Crédit photo : Elijah O’Donnell – Unsplash

Les six pratiques clés pour bien manager ses équipes en télétravail

Par Maître de conférences en GRH – Laboratoire ClerMa, Université Clermont Auvergne. Billet originellement publié sur The Conversation et republié sur Méta-Media avec autorisation. 

Selon la dernière enquête Malkoff-Médéric publiée en février 2019, 29 % des salariés français auraient désormais recours au télétravail de manière régulière ou occasionnelle. Et ce taux pourrait augmenter en cette fin d’année en fonction de la mobilisation contre le projet de réforme des retraites qui doit paralyser les réseaux de transports.Si les télétravailleurs se révèlent majoritairement satisfaits et si de nombreux bénéfices sont perçus tant par les salariés que par les dirigeants, pour 56 % d’entre eux, l’inconvénient principal du télétravail concerne les difficultés à manager des collaborateurs à distance.

Il est en effet largement admis dans la littérature que la pratique du télétravail exige de concevoir et mettre en place de nouvelles méthodes de management et de nouvelles procédures. Pour le manager, il s’agit cependant aujourd’hui de gérer à la fois les salariés qui sont en télétravail mais aussi les collègues non-télétravailleurs afin d’organiser et d’intégrer le télétravail dans le fonctionnement global de son service.

Et si les nouvelles pratiques de management induites par le télétravail se révélaient finalement comme un levier du management de toute l’équipe ? Nous présentons dans cet article une synthèse de l’Enquête Malkoff-Médéric « Télétravail : regards croisés salariés et dirigeants »

Cadre

Selon les consultants Patrick Bouvard et Patrick Storhaye, « le management c’est avant tout l’établissement de règles claires et communes qui fixent les limites, marge de manœuvre et responsabilité de chacun au sein de l’équipe ». Dans le cas du télétravail, au-delà du respect des règles contenues dans la charte ou l’accord télétravail de l’entreprise lorsqu’il en existe un, la première tâche du manager consiste ainsi à instaurer un cadre clair, connu par l’ensemble de l’équipe en amont. Il peut s’agir par exemple de définir des règles de répartition des jours de télétravail dans le service, de fixation des plages de disponibilité du télétravailleur…Un temps de travail présentiel minimum dans les locaux de l’entreprise peut également être défini, afin notamment de planifier des temps collectifs.

Par exemple, « un jour commun sans télétravail a été instauré afin de placer la réunion d’équipe hebdomadaire », témoigne une télétravailleuse hébergée dans l’un des télécentres de Cybercantal tiers-lieux (situé sur le site universitaire d’Aurillac dans le Cantal), interviewée dans le cadre de la réalisation d’un cours en ligne.

Communication

L’absence de proximité incite la spécialiste des ressources humaines Hannah Besser à préconiser dans son livre Managez à distance de « mettre en place d’autres formes de contact et d’animation des collaborateurs ». En effet, même – et peut-être surtout – en télétravail, le salarié doit rester en contact avec son manager et avec le reste de son équipe. Mettre en place les outils de communication adéquats est un prérequis à la réussite du télétravail.

Afin de pouvoir échanger à tout moment avec ses collègues, son manager ou encore ses clients, les bons outils comprennent au minimum un ordinateur avec les logiciels adéquats ainsi qu’un accès aux documents et données de l’entreprise, un smartphone, une messagerie instantanée, des outils de visio ou de web conférence. L’accès à des fonctionnalités de partage des agendas constitue également une réelle plus-value afin de connaître la disponibilité des collègues.

Confiance

Dans la littérature, la confiance est largement considérée comme un critère essentiel de sélection des collaborateurs distants, mais aussi comme l’une des missions les plus importantes à gérer par les managers. Le manager aura d’autant plus confiance si le salarié est autonome dans la réalisation de son travail.

Selon les auteurs du courant du management situationnel, l’autonomie d’une personne s’entend comme le croisement de la compétence et de la motivation. C’est en examinant notamment ces deux points lors de la demande de télétravail que le manager décidera d’accorder à son salarié cette possibilité. S’il pense que le salarié dispose du professionnalisme suffisant pour exercer sa mission à distance et s’il le sent prêt à s’investir pour y parvenir, le manager n’a alors aucune raison de ne pas faire confiance à son subordonné. Dans le cas contraire, des formations pourront être proposées au collaborateur selon les motifs du refus.

Contrôle

La question du contrôle reste sans doute la plus discutée dans le cas du télétravail et c’est celle qui pose naturellement le plus de problème aux managers. S’il est largement admis que la supervision et le contrôle directs ne conviennent pas à la gestion des télétravailleurs, les auteurs s’accordent sur le fait que la gestion par les résultats convient mieux au travail à distance. Le management par objectif, prôné par le célèbre théoricien américain Peter Drucker dès 1954, semble ainsi particulièrement adapté au télétravail.

Le manager doit instaurer une méthode de suivi pour apprécier le travail effectué et se mettre d’accord en amont sur les objectifs, les critères d’évaluation et les rendus à produire par le salarié. Ce suivi doit cependant être raisonnable et proportionné au nombre de jours télétravaillés.

Comme le souligne une télétravailleuse interrogée, une tentation consiste à « vouloir contrôler davantage le salarié en télétravail. Or, il n’y a pas de raison ! On demande rarement à un salarié présent dans l’entreprise de faire un rapport quotidien de ses activités ». Dans son entreprise, les outils de reporting déployés pour le suivi des télétravailleurs ont même été étendus aux non-télétravailleurs.

Cohésion (d’équipe)

Pour un manager, il est important de maintenir la cohésion de son équipe malgré l’absence physique de certains collaborateurs. Pamela J. Hinds et Mark Mortensen, respectivement professeur à Stanford et au MIT, ont en effet démontré que « les équipes dispersées peuvent notamment souffrir de problèmes de coordination, de crises de confiance et/ou d’une dynamique de groupe négative ».

Le partage d’un planning collectif visible par tous constitue un premier outil simple à déployer. Pas nécessairement informatisé, mais au contraire affiché dans le service, il permet de visualiser les jours de présence physique et les jours en télétravail de chaque collaborateur mais aussi les absences de chacun (temps partiel, formations, congés, etc.).

« Dans mon entreprise, nous indiquons sur ce planning les numéros de téléphone auxquels les télétravailleurs sont joignables», témoigne cet autre interviewé. Il est également important de ne pas oublier les télétravailleurs dans les e-mails ou les convocations aux réunions et de maintenir des liens au sein de l’équipe en organisant des rencontres régulières entre tous les membres du service.

Collègues (non-télétravailleurs)

Le télétravail n’est cependant pas l’affaire des seuls télétravailleurs : il concerne l’ensemble des salariés de l’entreprise qui doivent travailler collectivement. Le manager doit ainsi aussi gérer les salariés qui ne sont pas en télétravail et ont parfois une mauvaise image des télétravailleurs.

La CARSAT Nord-Picardie (Caisse d’Assurance Retraite et de la Santé au Travail) souligne l’importance de s’intéresser à la perception des salariés non-télétravailleurs et à l’impact du télétravail sur leur charge de travail. L’Observatoire de la parentalité en Entreprise donne pour sa part des conseils au « télémanager » vis-à-vis des collègues non-télétravailleurs.

Il est notamment important de communiquer avec eux sur le principe du télétravail, de les former aux outils collaboratifs et de les sensibiliser sur le fait que les télétravailleurs sont bien présents au travail, même si à distance. Afin de ne pas se créer de surcharge de travail, les collègues doivent les solliciter normalement et ne pas répondre à leur place mais leur rediriger les demandes qui les concernent.

Avec près d’un tiers des salariés régulièrement ou occasionnellement absents physiquement de l’entreprise, c’est désormais toute l’organisation qui est impactée par le développement du télétravail. Les pratiques préconisées pour répondre à la problématique du management du télétravail peuvent ainsi permettre au manager de diriger de manière plus efficace l’ensemble de son équipe et chacun de ses membres.

Crédit photo : Double Robotics press kit – start-up Robotics

The Conversation

Le Dico des années streaming

Par les équipes de France Télévisions au MediaLab de l’Information et à la direction technique du Numérique

DAI, MVP, NPS, VSO, SSO… Le numérique a son affreux jargon bien à lui, et on peut rapidement être dépassé ou se sentir en terre étrangère. Pas de panique, voici un petit dictionnaire qui vous aidera à communiquer avec vos équipes opérationnelles !

AB testing

L’AB testing est une procédure marketing qui permet de mesurer l’impact sur l’atteinte d’un objectif d’un changement d’une variable sur un support donné (ex. une landing page, un emailing), en testant 2 versions ou plus de la variable.

Acquisition (audience)

L’ensemble des actions marketing et commerciales ayant pour objectif de gagner de nouveaux internautes pour un média.

Ad blocker

Un logiciel ou module incorporé au navigateur web d’un internaute qui bloque l’affichage des publicités (ex. bandeaux, vidéos).

Ad serveur

Un serveur publicitaire est un serveur / logiciel web qui aide les éditeurs, les réseaux et les annonceurs à gérer leurs campagnes publicitaires, programmer l’affichage dynamique de contenus publicitaires et consulter les chiffres des campagnes.

Ad stacking

L’ad stacking est une technique de fraude où l’on superpose plusieurs publicités sur un même emplacement d’annonce, alors que seule la première annonce est visible. Si l’utilisateur clique sur l’annonce visible, un clic est enregistré pour toutes les annonces de la pile.

Ad switching

Une technique de media planning qui permet de remplacer un spot publicitaire diffusé d’une chaîne télévisée par un autre spot ciblé sur un support numérique, que ce soit ordinateur, smartphone ou tablette.

Analytics

L’extraction des données brutes (ex. les comportements de son audience sur les réseaux sociaux, le temps moyen passé sur un site, le nombre de pages vues) pour en tirer des enseignements qui guideront ensuite les prises de décision stratégiques.

Crédit photo : Webaroo – Unsplash

 AR (Augmented Reality)

La réalité augmentée (RA) superpose à la réalité des éléments numériques (images 2D, 3D, sons, vidéos, etc) calculés par un système informatique en temps réel. Elle désigne les différentes méthodes qui permettent d’incruster de façon réaliste des objets virtuels dans une séquence d’images.

 Backlog du produit

Le backlog du produit est composé de l’ensemble des besoins recueillis, évalués et découpés en user stories, pour développer le produit cible.

Ces « user stories » sont ensuite priorisées et placées dans les différents « sprints ». Le périmètre du backlog est variable, des éléments pouvant y apparaître et d’autres disparaître tout au long du développement du produit.

Box set

Une compilation de musiques, films, programmes télévisés, ou collections regroupés dans une offre commercialisée (ex. un service streaming, une boîte physique ou numérique).

CD (Continuous Delivery)

La livraison continue est une approche de la publication de logiciels dans laquelle les équipes de développement produisent et testent le code dans des cycles courts, en s’appuyant généralement sur une plus grande automatisation.

Ce processus permet de créer, tester et déployer des logiciels rapidement en privilégiant des mises à jour incrémentielles, au lieu de refontes complètes.

Crédit photo : Luca Bravo – Unsplash

CMS (Content Management System)

Un système de gestion de contenu qui permet de créer, de publier et de gérer le contenu d’un site web ou d’une application multimédia dynamique.

CDN (Content Delivery Network ou réseau de distribution de contenus)

Un Content Delivery Network est un ensemble de serveurs situés à des emplacements différents et mis en réseau via internet. Un site à forte audience qui souhaite offrir un chargement rapide de ses pages à ses utilisateurs du monde entier ne peut pas s’en passer. Le réseau de diffusion de contenus lisse les pics d’audience en répartissant les visiteurs sur les serveurs qui sont à sa disposition. Un CDN se compose de deux types de serveurs :

CPM (Coût pour mille)

Unité standard de facturation et de valorisation des espaces publicitaires internet, le CPM représente le coût / la valeur d’une publicité (ex. une vidéo, un bandeau) pour mille contacts.

Data driven

Une approche stratégique de prise de décision déterminée par l’analyse et l’interprétation des données à disposition.

Data Warehouse (ou entrepôt de données)

Un Data Warehouse est une base de données relationnelle pensée et conçue pour les requêtes et les analyses de données, la prise de décision et les activités de type Business Intelligence.

Data Lake (ou lac de données)

Un Data Lake est un référentiel de données permettant de stocker une très large quantité de données brutes dans le format natif pour une durée indéterminée. Les entreprises ont adopté les Data Lakes très rapidement, en les percevant comme un complément voire une alternative à leurs Data Warehouses.

Data Science (science des données)

La Data Science s’appuie sur des techniques et théories comme les mathématiques, l’analyse et l’informatique pour extraire de la connaissance à partir de l’ensemble des données de l’entreprise.

DAI (Dynamic Ad Insertion)

Une technologie publicitaire qui permet aux annonceurs de diffuser des publicités ciblant spécifiquement les consommateurs dans des formats vidéo linéaires, live ou VOD (vidéo à la demande).

Démo (ou revue de sprint)

C’est une réunion tenue en fin de sprint durant laquelle l’équipe de développement montre le travail accompli pendant le sprint (i.e. la réalisation des « user stories » qu’il contient)

Devops

Mouvement en ingénierie informatique et pratique technique qui vise à rapprocher le développement logiciel (dev) de l’administration des infrastructures informatiques (ops), notamment l’administration système. « You build it, you run it ».

Display (ou affichage)

Le display correspond à l’achat d’espaces publicitaires sur Internet, à savoir de la publicité classique en version web. Il peut être diffusé sur ordinateurs, mobiles et tablettes et se présente sous forme de formats publicitaires digitaux, tels que les bannières, pavés ou habillage.

DVR (Digital Video Recorder)

Un appareil électronique connecté à un téléviseur qui permet à l’utilisateur d’enregistrer et de revoir différents programmes.

Download to go

Une fonctionnalité qui permet aux utilisateurs de télécharger du contenu sur leurs appareils lorsqu’ils sont connectés à Internet, afin de pouvoir le consommer lorsqu’ils sont hors ligne.

DMP (Data Management Platform)

Une plateforme de gestion des données proposée généralement en mode SaaS (Software as a Service, un modèle de distribution de logiciel à travers le Cloud) permettant de récupérer, centraliser, gérer et utiliser les données relatives aux prospects et clients. 

DRM (Digital Right Management)

La gestion des droits numériques désigne l’ensemble des techniques employées pour sécuriser les conditions d’accès et d’utilisation d’une œuvre audio et/ou vidéo sous format numérique. Elle vise à protéger juridiquement une œuvre artistique numérique (film, album audio, etc) soumise à des droits d’auteurs.

Éditorialiser un programme

L’éditorialisation est un processus complexe résultant des interactions entre des contenus (ou des ressources), un environnement technique (le réseau, les serveurs, les plateformes, les CMS, les algorithmes des moteurs de recherche), des structures et formats (l’hypertexte, le multimédia, les métadonnées), et des pratiques (l’annotation, les commentaires, les recommandations via réseaux sociaux). Ce processus d’organisation et d’agencement des contenus numériques est par essence ouvert et dynamique.

Epic (ou Epopée)

Une épopée (ou epic) est une « user story » complexe qui sera découpée en plusieurs « user stories » pour être développée.

EPG (Electronic Program Guide)

Menu interactif accessible sur l’écran du téléviseur, permettant de consulter la liste des émissions diffusées à tout moment et sur diverses chaînes. En principe, il permet une recherche thématique des programmes, afin d’en faciliter le tri.

IA (Intelligence artificielle)

L’intelligence artificielle consiste à mettre en œuvre un certain nombre de techniques visant à permettre aux machines d’imiter une forme d’intelligence réelle. L’IA se retrouve implémentée dans un nombre grandissant de domaines d’application, notamment le transport (ex. voitures autonomes) et les médias (ex. algorithmes de recommandation).

KPI (Key Performance Indicator)

Un indicateur clé de performance permet de piloter et de mesurer l’efficacité une action, d’en évaluer les retombées et de déterminer le retour sur investissement (ROI)

Login ou compte utilisateur

Un login est un identifiant qui permet douvrir une session personnelle sur un système informatique ou site Internet. Un compte utilisateur est un service en ligne (email, compte client, etc) attribué à un utilisateur par son identifiant (et son mot de passe).

Métadonnée

Une Métadonnée désigne une donnée servant à définir ou décrire une autre donnée, comme un titre ou la durée pour une vidéo par exemple.

Méthode agile

C’est un ensemble de méthodes de gestion de produit basé sur une approche empirique. Les méthodes agiles permettent de s’adapter au changement via une démarche itérative et incrémentale.

Pour répondre au besoin de l’audience ciblée, les chefs de produits construisent le produit selon une vision globale, qu’ils incrémentent progressivement en se fixant des objectifs simples et réalisables à court terme (lors des itérations) afin de pouvoir satisfaire le client rapidement.

Le bilan de chaque itération (« la rétrospective ») permet de faire le point par rapport aux objectifs fixés et de réorienter si besoin l’itération suivante dans une logique d’amélioration continue.

Un des éléments clé de l’approche agile est le travail en équipe pluridisciplinaire et auto-organisé, privilégiant la communication en face à face.

Crédit photo : Irfansimsar – Unsplash

Méthode scrum

En anglais, « scrum » signifie « mêlée ». C’est la méthode agile la plus connue et la plus utilisée.

Il y a 3 rôles clé dans une équipe scrum, tenus par le « product owner », le « scrum master » et l’équipe de développement.

Lorsque la vision produit est constituée, celle-ci est découpée en « user stories » placées dans des itérations appelés « sprint »

A la fin de chaque sprint, une « démo » a lieu pour présenter les fonctionnalités développées et une « rétro » permet à l’équipe de faire le bilan et de réadapter si besoin sa stratégie au produit.

Méthode kanban

En japonais, kanban signifie « étiquette ». C’est une méthode agile complémentaire de la méthode scrum.

Le principal outil est un tableau des « choses à faire ». Ce tableau contenant une liste de tâches est divisé en plusieurs colonnes : à faire, en cours, en test, terminé. Chaque tâche passe de colonne en colonne en fonction de son état. Ces tâches sont souvent modélisées par des « post-it » dans les entreprises.

Midroll

L’affichage d’un message publicitaire vidéo d’une durée de quelques secondes (généralement entre 10 et 20 sec) au milieu d’une vidéo de contenu consultée par l’internaute. Le midroll est surtout utilisé sur des contenus vidéo de longue durée.

Mise En Avant

Une opération promotionnelle ponctuelle par laquelle un contenu est mis en avant sur les pages d’un site Internet, notamment sur la page d’accueil ou en tête des catégories.

MVP

Le MVP (Minimal Viable Product) est la version minimale du produit qui permet de répondre au besoin utilisateur. Le MVP sort très rapidement afin de tester sa valeur d’utilisation et de permettre un feedback par les premiers clients.

NPS (Net Promoter Score)

Un indicateur de la propension ou probabilité de recommandation d’un produit, marque ou service par ses clients ou utilisateurs. Selon la note donnée par le client, ce dernier est classé dans une des 3 catégories suivantes :

OTT (Over the Top)

Un service de contenus télévisuels sur internet qui « passe au-dessus » des opérateurs de réseau traditionnel (ex. une compagnie de câble, la box Internet) pour distribuer des contenus. Cela inclut des services tels que Netflix, YouTube, Hulu et Apple TV.

Personnalisation

Politique consistant à adapter (souvent via des algorithmes) tout ou une partie du mix-marketing (produit, prix, communication, mode de distribution) en fonction des préférences d’un client.

Player

Un logiciel qui permet à l’utilisateur de stocker et de consommer des fichiers audio ou vidéo numériques dans divers formats.

Préroll

L’affichage d’un message publicitaire vidéo durant quelques secondes avant la visualisation d’une vidéo de contenu (bande annonce cinéma, émission, vidéo communautaire, catch-up TV etc). Ce format pré-roll dure généralement de 10 à 20 secondes selon les formats proposés par les régies.

Preview

Diffusion d’un message publicitaire à un public constituant un échantillon représentatif de la cible, avant son exploitation commerciale.

Product Owner

Le Product Owner (ou PO) est chargé du développement d’un produit. Son rôle est opérationnel. Il porte la vision du produit auprès des différentes équipes. Expert de la méthodologie agile, il fait le lien entre les équipes métier, marketing et technique du projet. Il est l’interface entre l’utilisateur, le scrum master et les équipes chargées du développement.

Product Manager

Le Product Manager (ou PM) définit et défend la vision stratégique du produit tout au long de son développement. Il doit collaborer avec différentes parties prenantes pour faire aboutir cette vision. Il est également en charge de planifier, budgétiser et rendre compte des différentes phases de développement du produit et de son impact sur l’utilisateur.

Pub native

Un format publicitaire présentant une très forte intégration et une ressemblance avec les contenus éditoriaux classiques d’un site support. Quelques exemples incluent des vidéos in-stream sur YouTube, des tweets sponsorisés, des posts publicitaires sur Facebook et des articles sponsorisés.

Recherche utilisateur (User research ou UX research)

Un processus de recherche qualitative et quantitative ayant pour but de mieux comprendre ses utilisateurs et leurs besoins afin de concevoir un produit / un design qui soit optimisé du point de vue de l’utilisateur final.

Rétro

C’est une réunion permettant à l’équipe de faire un bilan du sprint qui vient de se terminer. On y note ce qui fait avancer le projet et ce qui le ralentit. Dans ce dernier cas, l’équipe se concerte et met en place des actions afin de lever les obstacles.

Responsive

Un site responsive est un site qui est conçu et développé de façon à pouvoir s’adapter à toutes les résolutions d’écran, que ce soit sur ordinateur, sur smartphone ou sur tablette.

Recommandation

La recommandation client est le phénomène ou la démarche par laquelle un client recommande un produit ou un service dont il s’estime à priori satisfait. Selon les contextes, la recommandation client peut être spontanée, encouragée ou même provoquée par l’entreprise. Dans le dernier cas, cette recommandation passe le plus souvent par le biais d’un programme de parrainage ou de clients ambassadeurs.

Reprise de lecture

Une fonctionnalité qui permet de reprendre la lecture (le visionnage) d’une vidéo à l’endroit où on l’a laissée.

Rétention

Mesure du nombre de clients et/ou de consommateurs conservés par l’entreprise sur une période donnée. Elle est parfois utilisée pour décrire la fidélité à une marque chez les consommateurs de cette marque.

RICE

RICE est une méthode de priorisation de backlog. C’est l’acronyme de 4 éléments : le reach (la portée), l’impact, la confiance et l’effort. Cette méthode de priorisation est basée sur un score qui prend en compte ces 4 éléments: (Reach x Impact x Confiance) / Effort. Le backlog est ainsi priorisé du score le plus élevé au score le moins élevé.

Roadmap

Un calendrier de lancement ou feuille de route indiquant les principales étapes d’un projet avec leurs dates de début et de fin, ainsi que tous les événements notables de la vie du projet.

Scrum Master

Le Scrum Master n’est PAS un chef de projet mais un facilitateur, garant du processus agile. Son rôle est de faire en sorte que l’équipe avance. Il veille au bon déroulement des rituels agiles (sprint, démo, rétro) et protège son équipe d’éventuelles interférences extérieures.

Slider

Un module technique dynamique qui permet de faire défiler des « slides » dans un site web. Par slide, on entend généralement des bannières qui peuvent contenir des images, du texte, des liens, des animations ou des vidéos.

SEA (Search Engine Advertising)

Le SEA, ou la publicité sur les moteurs de recherche, désigne l’utilisation de liens commerciaux ou publicitaires sur les moteurs de recherche. L’espace publicitaire est principalement acheté à la performance au clic en ciblant des requêtes précises grâce à des mots clés.

SEO (Search Engine Optimization)

Les pratiques et techniques mises en œuvre pour améliorer la visibilité d’un site web sur les pages de résultats des moteurs de recherche. On l’appelle aussi référencement naturel.

SSO (Single Sign On)

Une technologie d’authentification unique permettant de se connecter avec un seul identifiant à de multiples services, sites web et applications.

Sprint

Un sprint est une période de 2 à 4 semaines dédiée au développement d’un ensemble de user stories consignés dans le backlog, et permettant d’avoir un livrable. Le sprint est itératif.

Streaming adaptatif

Une technologie qui permet aux fournisseurs de vidéo d’adapter automatiquement les flux vidéo à la taille de l’écran, à l’appareil ou à la connexion Internet de l’utilisateur.

Tests utilisateurs

Des tests en situation par lequel un ou plusieurs utilisateurs sont amenés à tester tout ou une partie d’un produit (par exemple, un site web ou une application mobile). Le but du test utilisateur est de détecter les éventuels problèmes ergonomiques ou d’utilisabilité et de recueillir l’impression générale ressentie par l’utilisateur.

User story

Une user story (ou « récit utilisateur ») est la description d’une fonctionnalité du point de vue utilisateur. Elle prend la forme de « En tant qu’utilisateur… je veux… afin de… ».

User centric

Une méthode qui consiste à faire l’analyse des ressentis des utilisateurs concernant un produit particulier (ex. site web). Pour cela, il faut analyser leurs différents comportements, par exemple le parcours de navigation ou les téléchargements effectués.

UX (User Experience) UI (User Interface)

L’UX, ou l’expérience utilisateur, désigne l’expérience globale de l’utilisateur vis-à-vis du produit/service. L’UI, ou l’interface utilisateur, désigne l’interface physique/numérique (écrans, pages, boutons et icônes) qui permet à l’utilisateur d’interagir avec un produit ou un service.

VR (Virtual Reality)

Une technologie qui permet de plonger l’utilisateur dans un monde artificiel créé numériquement. Cette immersion visuelle, auditive et parfois haptique se fait au moyen de casques de réalité virtuelle, de salles de réalité virtuelle ou bien de smartphones.

Crédit photo : Billetto Editorial – Unsplash

VSO (Voice search optimisation)

La pratique par laquelle on optimise un contenu pour favoriser sa position sur des requêtes vocales. Dans le cadre du VSO, on cherche notamment à prendre en compte les spécificités de formulation des requêtes vocales et le fait que la première place a une importance encore plus affirmée dans un contexte de réponse souvent également vocalisé.

A compléter, bien sûr ! 

Sources : experts de France Télévisions (MédiaLab et Direction technique au Numérique), avec aussi https://www.atinternet.com ; Bitmovin.com ; centrepompidou.fr ; data-vibes.com ; definitions-marketing.com ; ecommercemag.fr ; e-marketing.fr ; forceplus.com ; futura-sciences.com ; futura-sciences.com ; journaldunet.fr ; lebigdata.fr ; Larousse.fr ; Linternaute.com ; openclassrooms.com ; seo.fr ; Spotx.tv ; strategies.fr ; Telesatellite.com ; Usertesting.com ; wikipedia.fr

Liens vagabonds : TikTok n’est plus la chasse gardée des ados

À retenir cette semaine :

TikTok – La plateforme est en train de devenir un lieu improbable où les femmes parlent d’infertilité et de santé reproductive, mais aussi un lieu d’expression pour les mamans et grand-mères, qui contrairement à Instagram, s’affichent sans filtre, racontent leurs histoires personnelles, trouvent du soutien… et comptent des centaines de milliers de vues. TikTok n’est plus la chasse gardée des ados : cela annonce-t-il leur migration prochaine vers une nouvelle plateforme ? En attendant, TikTok accélère en France : ouverture de la monétisation, lancement de différents formats publicitaires et recrutements pour le bureau français.

Web – L’inventeur du web Tim Berners-Lee a lancé Contract for the Web, un plan d’action mondial qui appelle les gouvernements, les entreprises et les citoyens à prendre des engagements concrets pour préserver l’avenir du web. Le contrat, qui a été créé par des représentants de plus de 80 organisations, comprend des principes à mettre en œuvre sur la protection de la vie privée et des données en ligne, le développement des technologies qui soutiennent ce qu’il y a de mieux dans l’humain et la co-construction des communautés en ligne respectueuses et sécurisées

Jounalisme – Longuement débattu, voire très contesté, au sein même de la profession, on verra naître le 2 décembre à Paris le « Conseil de déontologie journalistique et de médiation » (CDJM) qui vise à répondre à la défiance du public envers les médias. Fondé par des représentants de la presse française, journalistes et citoyens, il s’agit d’un organe professionnel d’autorégulation, indépendant de l’Etat, qui servira d’instance de médiation et d’arbitrage entre les médias, les rédactions et leurs publics.

3 CHIFFRES

LE GRAPHIQUE DE LA SEMAINE

Vous trouverez plus d’infographie sur Statista

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OUTILS

ES avec l’équipe Méta-Media

VPRO Medialab : intégrer la narration aux nouvelles technologies

Par Annelies Termeer, Directrice créative à VPRO Medialab. Cet article est tiré d’un billet originellement publié sur media-innovation.news. Il est présenté dans le cadre d’un partenariat éditorial entre WAN-IFRA et Méta-Media. © [2019] Tous droits réservés.

Le media lab d’innovation du radiodiffuseur néerlandais VPRO utilise des technologies novatrices pour offrir des expériences narratives captivantes, tout en sensibilisant son public à l’impact possible de ces technologies sur sa vie quotidienne.

Lorsque VPRO Medialab se lance dans l’étude d’une technologie émergente, le laboratoire l’examine sous une multitude d’angles. Par exemple, lorsqu’il a voulu étudier les enceintes intelligentes et leur potentiel pour le storytelling, le projet a donné lieu à une série de résultats :

Ces idées ont donné lieu à Home Smart Home, un projet multimédia qui a été nominé dans la catégorie des projets de médias numériques au Prix Europa de cette année. Home Smart Home réunissait deux objectifs : 

« D’une part, nous voulons explorer de manière créative les possibilités de storytelling qu’offrent les nouvelles technologies » explique Annelies Termeer, directrice créative de VPRO Medialab. « D’autre part, nous cherchons à sensibiliser le public aux aspects positifs et négatifs de ces technologies. Dans ce cas, le projet a permis à notre public de réfléchir à ce que ça veut dire de faire rentrer des technologies intelligentes dans sa maison. »

Les médias traditionnels sur les nouvelles plateformes

En tant que radiodiffuseur public, VPRO est au cœur d’un paysage médiatique en mutation rapide, avec de moins en moins de gens qui regardent la télévision ou écoutent la radio. Cette tendance sous-tend la mission du VPRO Medialab : alors que les médias traditionnels déclinent et que le public se tourne de plus en plus vers les nouvelles plateformes numériques, quel rôle doit jouer un diffuseur public sur ces plateformes ?

Les Pays-Bas comptent huit radiodiffuseurs publiques, dont le Nederlandse Publieke Omroep (NPO) est l’organe directeur. Chaque diffuseur a un profil quelque peu distinct, avec VPRO (Vrijzinnig Protestantse Radio Omroep) considéré comme étant le plus osé et créatif, se concentrant sur l’exploration des frontières et la prospective, explique Annelies Termeer. C’est donc l’endroit parfait pour un laboratoire d’innovation qui se penche sur l’avenir des médias.

Le laboratoire est situé au sein du département d’innovation et de médias numériques de VPRO, et son équipe centrale est composée de Annelies Termeer et d’un autre producteur. Cependant, ils font appel si besoin à des designers, des développeurs et des chefs de projet d’autres secteurs de l’organisation pour travailler sur les projets d’innovation.

Les liens entre le laboratoire et le reste de l’organisation ne sont pas très forts, ce qui, selon Annelies Termeer, est à la fois un avantage et un défi : « Nous voulons être utiles pour VPRO, mais en même temps, nous devons nous assurer d’avoir la capacité de réaliser des projets extravagants, car nous en apprenons beaucoup, même si ce n’est pas directement utile à l’organisation dans l’avenir proche. »

Une approche pratique aux nouvelles technologies

Lorsqu’elle réalise des projets d’innovation, Annelies Termeer dit que le laboratoire adopte une approche pratique en suivant la maxime « apprendre en faisant » et en créant un produit final qui peut être présenté au public. Selon le projet, le financement peut provenir en partie de NPO, en partie de VPRO et en partie de sources externes.

En choisissant les technologies sur lesquelles travailler, le laboratoire essaie de se concentrer sur les domaines à fort potentiel pour des approches novatrices de storytelling, tout en sensibilisant les gens aux complexités liées à cette technologie.

Prenons l’exemple de « Hotel Spieker », un projet autour du potentiel narratif des enceintes intelligentes. Présenté lors de la Semaine des médias néerlandais de cette année, ce jeu coopératif a permis aux joueurs d’enquêter sur un crime dans un hôtel futuriste. Pour ce faire, les joueurs ont écouté les enregistrements des enceintes intelligentes faits dans les différentes chambres de l’hôtel.

« Nous voulions donner aux gens la possibilité de jouer avec la technologie d’une nouvelle manière, mais aussi de raconter une histoire qui soulève des questions sur la confidentialité et le stockage des données » explique Annelies Termeer.

Dans le jeu « Hotel Spieker », les joueurs résolvent un crime en examinant l’audio capturé par des enceintes inteligentes. Crédit photo : VPRO Medialab

De nombreux projets font bon usage des capacités multimédias du radiodiffuseur. La série documentaire « Robo Sapiens » de VPRO a exploré la thématique de la vie avec l’intelligence artificielle, mettant en vedette un robot, Pepper, dans l’émission. Le même concept a été repris avec un point de vue différent en ligne : les utilisateurs ont participé à une version du test de Turing appelée « Bot or Not », où ils devaient deviner s’ils s’envoient des messages avec un robot ou un humain.

« Le rebondissement c’est qu’après, vous pouviez jouer le rôle du robot », dit Annelies Termeer. « Ce rôle fait que vous réfléchissiez vraiment à votre perception et à vos attentes de l’IA. » 

L’intelligence artificielle est susceptible d’inspirer d’autres projets, et Termeer dit que l’exploration de l’intersection entre l’intelligence artificielle et la créativité est particulièrement stimulante. « Si vous voyez une œuvre d’art, par exemple une peinture que vous aimez, et qu’on vous dit par la suite qu’elle a été créée par une IA, cela aurait-il un impact sur votre réaction ? Ce serait une question très intéressante à examiner. » 

Le medialab a élargi son exploration de la vie avec l’intelligence artificielle à un jeu en ligne qui met les joueurs dans le rôle de l’IA. Crédit photo : VPRO Medialab

Un écosystème d’innovation vaste

Comme mentionné ci-dessus, il y a huit radiodiffuseurs publics aux Pays-Bas. Tous sont basés dans la ville de Hilversum, souvent appelée « ville des médias », et chacun dispose de son propre laboratoire ou d’une autre unité dédié aux projets d’innovation. En outre, il existe de nombreux festivals de médias dans le pays, tels que IDFA, Cinekid et STRP, qui offrent à l’écosystème néerlandais d’innovation médiatique davantage de possibilités pour se réunir.

Toutefois, il est également important de se détacher de la scène médiatique et de profiter des efforts d’innovation qui ont lieu dans d’autres industries, explique Annelies Termeer.

« Il est crucial de ne pas se retrouver dans la même bulle que d’autres entreprises de médias. En fait, quand je cherche de l’inspiration, je regarde surtout ce qui se passe dans les domaines de la technologie, du design et de l’art, et je réfléchis à la façon dont nous pourrions appliquer ces tendances. » 

Cette attitude est mise en pratique dans la collaboration avec des personnes d’autres domaines et d’autres entreprises (y compris les start-ups), car VPRO Medialab se veut interdisciplinaire et ouvert dans ses collaborations.

« C’est vraiment au cas par cas. Nous essayons de trouver les bonnes personnes avec la bonne expertise, où qu’elles soient. »

« Un designer ou quelqu’un qui construit des installations interactives ne penserait pas forcément à venir chez VPRO pour suggérer de travailler ensemble » dit Annelies Termeer. « Nous voulons être le point de départ pour ce genre de collaboration, parce que nous pensons que nous pouvons apprendre les uns des autres. »

Répandre l’esprit d’innovation en interne

Fondé en 2015, le VPRO Medialab a mis du temps à prendre ses marques et à établir son rôle au sein de l’organisation. « Au départ, on s’attendait à ce que le medialab soit vraiment novateur, mais aussi à ce que ses projets atteignent un très large public. Au fil du temps, nous avons constaté que ces deux objectifs ne vont pas toujours ensemble » dit Annelies Termeer.

En plus de tester des nouvelles technologies, l’unité cherche à partager ses découvertes avec d’autres secteurs du VPRO, où les idées et les résultats peuvent être développés davantage.

Le laboratoire utilise les réseaux sociaux, l’intranet et les présentations internes mensuelles pour partager ses idées au sein de l’organisation. Il organise également des hackathons réguliers sur des sujets qui intéressent le personnel de VPRO et a utilisé Google Design Sprint pour quelques projets, explique Annelies Termeer. « Nous essayons d’être ouverts pour que les gens puissent venir et discuter des choses qui les intriguent. »

Crédit photo : VPRO Medialab

« Il y a des gens qui aiment l’innovation et qui veulent essayer de nouvelles choses. Mais il y a aussi ceux qui aiment écouter ce qu’on fait avec nos projets, mais qui finissent trop souvent par retourner à leur travail quotidien par manque de temps et de ressources » dit-elle.

« Un problème c’est que les autres départements doivent trouver des ressources supplémentaires s’ils veulent développer davantage nos projets. La plupart des gens sont déjà occupés avec leurs missions normales, donc c’est un gros obstacle. » 

Conseils pour les débutants

En ce qui concerne les tendances futures, Annelies Termeer affirme que la réalité augmentée émerge comme un domaine particulièrement prometteur : « Aujourd’hui, tous les téléphones mobiles ont cette capacité, mais je n’ai pas vraiment vu de cas d’utilisation intéressant dans les médias. La RA n’est utilisée que pour les jeux ou dans le contexte commercial. C’est une opportunité que je vois. »

Par conséquent, le laboratoire est en train de développer « Dustin », une histoire interactive pour smartphone qui utilise des éléments RA. « Vous pourriez voir la RA comme un nouvel espace public, mais qui est maintenant rempli de Pokémons et de publicité. Je pense qu’il y a aussi un rôle pour les radiodiffuseurs publics, qui pourraient créer plus de contenu RA informatif et de haute qualité. »

Enfin, après avoir travaillé dans le domaine de l’innovation médiatique depuis de nombreuses années, Annelies Termeer a-t-elle des conseils à donner à quelqu’un qui voudrait créer une unité d’innovation ?

« Il est très important de déterminer dès le départ l’objectif du medialab. Souvent, chacun a sa propre vision de ce à quoi ça sert. Si ça arrive, tu ne pourras pas plaire à tout le monde. » 

Elle souligne également la nécessité de structures qui assurent la pollinisation croisée des idées au sein de l’organisation. « Par exemple, s’il était obligatoire de passer une journée par mois avec nous dans le medialab, cela ferait partie du travail de chacun de s’engager avec le laboratoire. Sinon, quand on fait venir des gens d’autres secteurs, ça donne facilement l’impression qu’on « vole » des gens de leur travail pour faire quelque chose de plus. »

Enfin, il faudrait réfléchir à se spécialiser sur des sujets plutôt que de se concentrer sur ce que les autres font déjà. « Nous essayons de le faire avec les radiodiffuseurs néerlandais. L’idée est de définir un domaine de concentration pour chacun des laboratoires, d’apprendre les uns des autres et de s’assurer que nous ne marchons pas sur les pieds les uns des autres. »

SÉRIE MEDIA LABS – épisodes précédents

Snapchat Shows : retours d’expérience des éditeurs un an après

Par Barbara Chazelle, France Télévisions, MediaLab et Prospective

Suite à une refonte impopulaire, 2018 avait été difficile pour Snapchat et beaucoup avaient crié à la mort de l’application. 2019 au contraire, est l’année d’un retour en force qui aura défié les pronostics. La croissance de Snapchat est tirée par les séries originales (aux Etats-Unis), par la refonte de sa version Android et par les nombreux filtres de réalité augmentée proposées. La plateforme met aussi l’accent sur des contenus originaux produits par des partenaires médias triés sur le volet.

A l’occasion du lancement de 20 Minutes sur Discover, Snapchat a saisi l’occasion de réunir Anne Kerloch de 20 Minutes, Jean-Guillaume Santi du Monde et Julien Mielcarek de BFMTV pour faire le point sur ce format lancé en novembre 2018. Nous ajouterons ici le retour d’expérience de France TV.

13,6 millions d’utilisateurs quotidiens en France

Dans ses dernières prévisions sur les utilisateurs des réseaux sociaux dans le monde, eMarketer a actualisé ses estimations pour les utilisateurs de Snapchat de 2019 à 2023. A la fin de l’année, Snapchat comptera 293 millions d’utilisateurs dans le monde (+14,2% vs 2018) et la société d’études de marché prévoit 63 millions de nouveaux utilisateurs d’ici 2023 (contre 52 millions précédemment).

Snapchat revendique 201 millions d’utilisateurs quotidiens dont 13,6 millions en France qui ouvrent l’application en moyenne 30 fois par jour.

Et fierté,  « les 13-24 ans sont plus nombreux sur Snapchat que sur Facebook, Instagram et Messenger réunis » a déclaré Molly Benn, responsable des partenariats pour Snapchat France.

Discover, un espace protégé pour les marques

La présence de ces jeunes utilisateurs est une aubaine pour les médias, dont certains bénéficient d’une vitrine sur Discover, un espace dédié aux partenaires et influenceurs.

Molly Benn a rappelé que Discover est une plateforme fermée, avec pour objectif de « répliquer une expérience d’intimité pour les contenus des éditeurs partenaires », 30 désormais en France. Si l’espace médiatique est restreint, cela a aussi protégé la plateforme des fake news et autres contenus viraux indésirables. Les marques n’en sont que mieux protégées.

Retours d’expérience d’éditeurs sur les « shows »

Les shows sont des programmes vidéo quotidiens ou hebdomadaires, « idéalement de trois à cinq minutes » produits par des éditeurs partenaires. Une quinzaine de contenus sont publiés par jour.

Première motivation : atteindre les moins de 18 ans.

« Nous souhaitions être au contact de personnes qui n’ont pas la télé et ne s’informent pas comme nous », a précisé Julien Mielcarek, Directeur de la rédaction BFMTV.com.

Pour Jean-Guillaume Santi, responsable Snapchat Discover du Monde, « l’Edition quotidienne », qui reprend les dominantes de l’actualité, relève d’une « mission de service public » visant à bien informer les jeunes lecteurs.

20 Minutes, dont un tiers de l’audience print a moins de 30 ans, voulait surtout proposer une nouvelle expérience et faire travailler l’esprit critique des jeunes pour discerner le vrai du faux avec son show « Oh My Fake »

Le succès d’audience des « shows » devient un réel argument de visibilité pour faire venir certains invités.

« On touche 800.000 spectateurs uniques par épisode, donc plus que sur l’antenne à certaines heures. Lorsque l’on invite un artiste par exemple, on lui propose un passage sur Snapchat en plus de l’antenne et d’un article » a expliqué Julien Mielcarek.

Il y a deux écoles : les éditeurs qui choisissent de mettre en avant leur marque média (le Monde, FranceTv Sport, Slash, Paris Match, Brut…) et ceux qui préfèrent l’entrée par marque de leurs « shows » (Oh My Fake par 20 Minutes, VROOOOM par RMC, Le look à copier, La Pépite de BFM…)

Il est intéressant de voir qu’il n’y pas de recette miracle, chaque éditeur menant ses propres expérimentations en s’adaptant au fil des résultats d’audience.

Chez BFM, les thèmes déclinés sur Snapchat sont principalement sous-traités à l’antenne, comme la mode ou la culture rap.

Au Monde, deux ou trois sujets sont sélectionnés par édition.

« Il faut trouver des moyens d’attirer les utilisateurs sur des sujets vers lesquels ils n’iraient pas spontanément, le tout saupoudré par des thématiques plus connues ».

Les actualités nationales majeures (décès de Johnny Hallyday, de Jacques Chirac, incendie de Notre Dame de Paris) fédèrent tout particulièrement.

Selon Dorothée Topin, responsable partenariats social media chez France TV, « il y a de la place pour des thématiques sérieuses. On obtient de très bons résultats sur des sujets lourds de société ».

Sur le sport, constat partagé par RMC et FranceTV : il faut privilégier le chaud, les contenus extérieurs plutôt que les interviews de joueurs.

Enfin, il faut convaincre rapidement. Un contenu de 2 minutes, s’il est regardé 30 à 40 secondes, est considéré comme un succès. Oubliez le générique, entrez directement dans le sujet. Le tutoiement est souvent adopté et si le sujet est incarné, le journaliste n’hésitera pas à interpeller le public. Le montage est rythmé, l’habillage plus pop que sur d’autres supports et bien évidemment on jouera avec la verticalité de l’écran pour intégrer un maximum d’images.

« Etre sur Snapchat, c’est accepter un bouleversement permanent ! » a déclaré le directeur de la rédaction BFMTV.com.

Au Monde, une équipe dédiée de 6 personnes y est consacrée (deux journalistes, deux monteurs, un motion designer, et un responsable). Chaque jour, les sujets sont sélectionnés lors d’une conférence de rédaction.

« Les articles sont complètement réécrits. On ajoute du contexte, car on n’a pas la possibilité d’ajouter des liens hypertextes qui renverraient à des articles antérieurs. Parfois, on opte pour un format ‘bullet points’, très efficace. »

Chez BFM, 20 Minutes ou France TV, les équipes travaillent pour d’autres supports de diffusion. 20 Minutes se fait accompagner par Spicee pour la post-production, BFM s’appuie sur la rédaction TV et retravaille ensuite le sujet diffusé à l’antenne.

« Les contenus diffusés sur Snapchat ne sont pas exclusifs. On ne s’interdit pas de les publier ailleurs ensuite. Les codes narratifs pour Snapchat sont tellement forts que chez FranceTV Slash, on pense désormais ‘Snap First’ puis on adapte éventuellement pour d’autres plateformes sociales » explique Dorothée Topin.

Un an après leur lancement, les Shows ont trouvé leur public et les éditeurs ont l’air satisfaits des performances. L’application a réussi à faire adopter une nouvelle grammaire visuelle qui inspire les médias pour d’autres plateformes. Si les chiffres de revenus ne sont pas communiqués, on retiendra qu’ils sont en croissance et surtout non soumis à des changements imprévisibles d’algorithmes. La relation Snapchat/éditeurs semble au beau fixe. A suivre…

Liens vagabonds : publicité politique, Google met la pression sur Facebook

À retenir cette semaine : 

GAFA & politique Google ne permettra plus aux annonceurs politiques de cibler les électeurs en fonction de leur affiliation politique. Si Twitter interdit toute forme de publicité politique depuis le 22 novembre, la nouvelle politique de Google limite la capacité d’ultra-ciblage des annonceurs (toujours en vigueur sur Facebook). Mais les Démocrates ne sont pas d’accord avec ces nouvelles mesures. D’une manière générale, il faut régler ce problème d’origine des publicités

Iran – Retour sur le shutdown Face à une contestation contre la hausse du prix des carburants, l’Iran a procédé à une coupure Internet sans précédant dans tout le pays, rendue possible par les spécificités de l’infrastructure du réseau iranien. La télévision d’Etat a annoncé jeudi que le calme était revenu dans le pays, une condition préalable pour la restauration d’Internet par le gouvernement.

Streaming musical – TikTok débarque dans le streaming musical. L’entreprise négocie le catalogue de l’offre de streaming avec Universal, Sony et Warner Music. Bytedance prévoit de se lancer d’abord sur les marchés émergents comme l’Inde, l’Indonésie et le Brésil avant de pénétrer le marché américain.

3 CHIFFRES

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Infographie: C'est grave docteur Google ? | Statista Vous trouverez plus d’infographie sur Statista

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